Suite enfin là, désolée pour le retard ! La longueur (17 pages environ/un peu plus de 9000 mots) devrait compenser le temps de publication, enfin j'espère ;)
Au début, Yukki resta intimidé par ses nouveaux comparses qui se connaissaient depuis près de deux ans. Une nouvelle fois, ce fut le bassiste du groupe qui l'aida à se sentir plus à l'aise, même si une distance subsistait entre lui et le chanteur qui l'avait pourtant recruté.
- Ne t'en fais pas, ça passera. Tusk est comme ça avec tout le monde.
- Ça m'inquiète quand même, avoua Yukki. Je n'ai pas l'impression qu'il remarque mes efforts.
Seiichi lui donna une tape sur le bras.
- Arrête de dire n'importe quoi ! Tu ne serais pas là s'il pensait que tu es incapable de prendre la relève de Masami.
Pas franchement convaincu, le blond se contenta d'acquiescer vaguement.
- La seule chose qu'il pourrait peut-être te dire, c'est de changer de couleur de cheveux.
- Pourquoi pas... Je suis coiffé comme ça depuis trop longtemps.
Les mois qui suivirent furent l'occasion pour Yukki de jouer à plusieurs reprises devant un public beaucoup plus conséquent. Si se produire en concert lui plaisait, les séances en studio le laissaient sur sa faim puisqu'il n'avait pas la possibilité de faire entendre son propre travail.
Ennuyé par la situation, il n'osa pourtant rien dire jusqu'à ce que Kaoru avec lequel il travaillait toujours à Tower Records l'entraîne à sa suite pendant une pause déjeuner.
- Allez, vide ton sac.
- Je vais très bien.
- Te fiche pas de moi, Yukihiro. Comme si j'allais te croire en voyant tes cernes et ton visage renfrogné ! Tu ne t'es pas remis à boire au moins ?
- Mais non ! protesta le batteur. C'est juste que... J'aimerais bien avoir une plus grande responsabilité dans le groupe en faisant passer une de mes créations, mais le leader trouve que ça ne colle pas à ce qu'on fait.
- C'est vrai que le hard-rock est particulier, reconnut Kaoru. Tu vas sûrement devoir te contenter de jouer de la batterie.
- On dirait bien.
Kaoru ne put s'empêcher de sourire face la morosité de son ami : Yukihiro avait encore pas mal de choses à apprendre...
- Ne baisse pas les bras, tes efforts finiront peut-être par payer ! ajouta-t-il.
L'étreinte qui suivit remua Yukki une fois de plus, en laissant un sentiment de regret lorsque le bassiste s'écarta. Ce n'était pas la première fois après tout : à chaque fois qu'une fille parlait à son aîné avec un peu trop d'enthousiasme, Yukki ne pouvait s'empêcher d'être jaloux.
Kaoru demanda ensuite sans remarquer le trouble de son ami :
- Ça te dit d'aller au Mc Do ce soir ?
- Oui, chef ! répliqua aussitôt le plus jeune.
Il était tard quand ils quittèrent le fast food. Perdu dans la contemplation des flocons qui tombaient, Yukki ne vit pas les hommes venant en sens inverse et bouscula l'un d'eux qui l'empoigna immédiatement.
- Lâchez-le, il ne l'a pas fait exprès ! intervint Kaoru sur la défensive.
- De quoi tu te mêles, toi ?
Inquiet, Yukki s'interposa aussitôt.
- Attendez ! Si vous voulez de l'argent, prenez ça, dit-il en tendant ce qu'il avait sur lui.
- C'est pas assez comme réparation, répliqua l'autre avant de se tourner vers Kaoru. Vide tes poches toi aussi.
- Tu rêves. J'ai pas l'intention de céder aussi facilement que le gamin ici présent.
- Kao, donne-leur et allons-nous en, souffla le batteur.
- Pas question ! Montre que tu es un homme pour une fois !
Agacé, le meneur le frappa à l'aide d'un poing américain, ce qui le fit tomber à genoux. Du sang coulait le long de son visage, et il leva le bras quand son agresseur s'approcha de lui. Pendant ce temps, Yukki paniqué sortit la baguette cachée dans son sac - conséquence d'une visite sur l'Avenue pour l'entretien annuel- et la dirigea vers son ami, sans songer aux conséquences que son geste engendrerait.
- Protego !
L'homme face à lui fut repoussé en arrière suite au sort du Bouclier, et le petit brun soupira de soulagement. Quelques éclairs de stupéfixion lui permirent ensuite de se débarrasser des importuns dont il modifia la mémoire. Le cœur battant à tout rompre, il se souvint de la présence de Kaoru et pivota lentement. Ce qu'il vit augmenta ses craintes : le bassiste le fixait en fronçant les sourcils et gardait une distance entre eux.
- Qui es-tu... Ou plutôt, qu'est-ce que tu es ? voulut-il savoir.
- ... Tu ne me croiras jamais.
- Après ce qui vient de se passer, je peux tout entendre.
- Tu ne me rejetteras pas ? insista le batteur qui tenait à conserver leur relation intacte.
- Yukihiro, tu es mon ami. Je serais idiot de te laisser tomber même pour une chose que je ne comprends pas.
Rongé par l'anxiété, Yukki acquiesça néanmoins.
- Bon, d'accord... Allons chez moi, je t'expliquerai tout.
Une fois à l'appartement, le batteur s'empressa de rassembler le nécessaire pour soigner son ami dont l'arcade sourcillère saignait toujours.
- Tu aurais dû aller à l'hôpital, reprocha-t-il.
- Et me retrouver avec des points de suture ? Non merci ! J'irai seulement si ça s'infecte, alors je te conseille de bien t'occuper de moi !
Le petit brun gêné bénit la concentration due à sa tâche et qui lui évitait de regarder son ami.
- C'est bon, j'ai fini, annonça-t-il une fois le pansement posé.
- Alors je t'écoute.
Muet au départ puisqu'il réfléchissait à la façon de commencer, Yukki décida de démarrer par le jour où il avait reçu sa lettre. Kaoru l'écouta sans l'interrompre et déclara finalement, les yeux dans le vague :
- Donc elle n'était pas folle...
- Qui ça ? demanda Yukki en fronçant les sourcils.
- Ça remonte à l'époque où j'étais au collège, expliqua le bassiste. La fille de mes voisins disparaissait parfois plusieurs semaines sans qu'on sache où elle allait. Je me suis mis à l'espionner à travers la haie, et plusieurs fois je l'ai vue en train d'agiter un bâton semblable au tien. Ça m'intriguait beaucoup, mais elle devait avoir de bonnes raisons de ne pas en parler aux autres enfants du quartier. De toute façon, ils la considéraient tous comme une gamine excentrique. Maintenant que tu m'as expliqué ton cas, je comprends mieux pourquoi Mari se tenait à l'écart.
- Elle craignait sûrement d'être découverte, approuva le batteur. Ne pas utiliser la magie en présence d'un non-sorcier est une des lois les plus importantes dans notre monde.
- Pourquoi être passé outre dans ce cas ? demanda Kaoru, plutôt perplexe.
- En tant que majeur, je ne devrais pas être poursuivi. C'était de la légitime défense même s'il ne s'agissait que d'humains face à nous, et puis ce n'est pas comme si je m'étais vengé en retour des coups subis !
Le bassiste acquiesça pensivement avant de questionner :
- Tu vas effacer ma mémoire aussi ?
- ... Non. J'y ai pensé, mais je préfère croire que tu ne diras rien à personne, comme tu l'as fait avec ta voisine.
- Je te l'ai dit, Yukihiro, tu es un ami. Je n'ai pas vraiment envie qu'il t'arrive des bricoles juste parce que tu m'as aidé contre des voleurs.
- Merci, souffla le petit brun.
Après plusieurs minutes de mutisme, Kaoru remarqua que le batteur le fixait d'une manière étrange, puis le visage de Yukki se rapprocha progressivement du sien. Le bassiste comprit ce que son voisin s'apprêtait à faire et tourna immédiatement la tête, si bien que la bouche du batteur se posa contre sa tempe.
- Yukihiro, tu sais bien que je ne m'intéresse qu'aux filles...
- ... Oui... Mais j'ai quand même voulu tenter ma chance.
- Si tu en étais une, pourquoi pas.
Si j'étais une fille... Le pire, c'est que c'est possible... Sauf que ce serait trahir sa confiance, et je ne veux pas le perdre.
Conscient de blesser son ami, Kaoru ajouta tout de même suite à quelques instants supplémentaires de réflexion :
- Cela dit, il y a quelque chose que je peux essayer de faire.
- Quoi ?
- T'embrasser.
Yukki fut aussitôt envahi par la chaleur, ce qui fit sourire Kaoru amusé de voir le batteur rougissant. Ses lèvres se scellèrent avec retenue à celles de Yukki dont le visage vira à l'écarlate. Il dut se faire violence pour ne pas étreindre le bassiste et approfondir le baiser : que Kaoru effectue ce geste était déjà surprenant, alors lui en demander davantage l'effraierait peut-être. Toutefois, il ne put s'empêcher de poser sa main sur la joue de son ami.
- Kaoru, je...
L'index du bassiste vint immédiatement se placer en travers de sa bouche. Pas besoin d'être grand clerc pour savoir ce que Yukihiro allait avouer.
- S'il te plaît, n'en dis pas plus. Tu souffres déjà suffisamment.
Un silence pesant s'établit peu après. Kaoru réfléchissait à nouveau tandis que Yukki n'osait plus prononcer le moindre mot par crainte de commettre une faute.
- Tu sais, dit finalement le bassiste. J'ai toujours été curieux... Alors comme je n'ai pas envie de mourir ignorant, te donner ce que tu veux ne me paraît pas incompatible.
- Comment ça ?
- Je vais être plus explicite : j'accepte de le faire avec toi.
- Tu... tu en es bien sûr ? bredouilla Yukki.
- Oui. Mais je pose certaines conditions : c'est moi qui serai dessus, et on gardera nos vêtements.
Le batteur hocha aussitôt la tête.
- Accordé !
La mise au point terminée, ils se dirigèrent vers la chambre où le plus jeune demanda à son invité de s'allonger sur le lit, et ce dernier plutôt curieux s'exécuta. Le batteur fouilla ensuite dans un tiroir, et afin de ne pas perturber Kaoru plus que nécessaire, Yukki lui banda les yeux et baissa la fermeture de son pantalon.
- Yukihiro, ne fais pas ça...
- Si, ce sera plus facile pour moi tout à l'heure... Je te toucherai le moins possible, c'est promis.
D'abord réticent, le bassiste finit par se laisser aller. Les gestes restaient les mêmes après tout, peu importe le genre de la personne qui les effectuait... Après réflexion, être avec un homme comportait un avantage non négligeable : Yukihiro savait exactement où le toucher pour lui donner du plaisir.
Malgré tout, Kaoru ne pouvait s'empêcher d'être anxieux : la douceur de Yukihiro trahissait son amour pour le bassiste... Alors que se passerait-il par la suite ? Le souffle du petit brun sur son ventre lui fit oublier toute pensée cohérente.
- Tu réfléchis trop, murmura Yukki entre deux baisers le long de son torse.
- Plus bas, souffla Kaoru impatient de la suite.
Avec un sourire, Yukki s'installa au-dessus de l'entrejambe de son ami et ouvrit la bouche. Le bassiste fut immédiatement parcouru d'un long frisson, ce qui ne le décida pas pour autant à intervenir. Plus tard peut-être, s'il se sentait davantage à l'aise... Pour le moment, son ami contrôlait tout, et ça lui suffisait.
Après que Yukki eut jugé la lubrification suffisante, il baissa son pantalon juste comme il fallait et guida lentement Kaoru en lui. Ce n'était pas tout à fait ce que son aîné avait demandé, mais autant commencer doucement puisqu'il n'était plus habitué à cette douleur lancinante. Les premiers mouvements furent donc à son initiative, frustrant de plus en plus le bassiste, et alors que Yukki parvenait de moins en moins à retenir ses soupirs, Kaoru cessa brusquement de bouger.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda aussitôt le petit brun perturbé.
- Allonge-toi. Je ne supporte plus de rester à rien faire.
Plutôt soulagé à la pensée de jouer un rôle quasiment passif, Yukki s'exécuta sans protester. Il écarta ensuite les jambes et sourit à son ami qui avait retiré le foulard le temps de la pénétration. Kaoru donna presque immédiatement quelques coups de rein arrachant des manifestations de plaisir au plus jeune. Ce dernier dut d'ailleurs se mordre la lèvre pour étouffer un cri qui aurait probablement dérangé le bassiste. Ce n'était pas si simple de rester immobile finalement... De son côté, Kaoru eut un rire moqueur lorsque le batteur murmura :
- Oui... !
- Je me débrouille bien alors ?
- ... J'ai connu plus intelligent comme question.
- Ça ne me dit pas ce que tu penses de ma performance.
- Satisfaisante... Pour l'instant, tu mérites un sept.
- Seulement sept ? Je suis déçu, dit le bassiste avant de donner un coup de rein plus fort.
- AAAAH !
- C'est qui le patron ? questionna Kaoru plutôt flatté du cri de son ami.
- ... Toi, souffla Yukki entre deux gémissements.
Il resta muet lorsque son ami vint en lui quelques minutes plus tard. Son regard croisa celui de Kaoru débarrassé du bandeau, et il ne put qu'émettre une brève protestation quand l'aîné lui baissa son pantalon et se pencha vers son entrejambe.
- Kao, non...
- Si. Je n'aurai pas d'autre occasion de savoir comment c'est.
Au bout de quelques minutes à peine, Yukki supplia presque :
- Écarte-toi, je vais... Mmmmh... Kami-sama... Oui !
- Alors, gamin, je mérite toujours un petit sept ? demanda Kaoru peu après.
- N... Neuf.
- J'aime mieux ça ! s'exclama le bassiste d'un ton réjoui.
Le jeune homme retrouva lentement ses esprits sans bouger de sa place. Il doutait que Kaoru accepte qu'il vienne s'allonger contre lui... Et que son ami ne fasse pas le moindre geste le conforta dans sa décision.
- Et toi, tu as pensé quoi de moi ?
- Hum... Je préfère définitivement les filles, elles ont plus de formes. Tu resteras donc ma seule expérience du genre, mais je dois avouer que c'était pas mal.
- Content que ça ne t'ait pas déplu.
Oublier ses sentiments pour son ami et passer à autre chose s'avéra moins compliqué que Yukki le pensait : que le bassiste se mette à fréquenter une fille quelques semaines plus tard y fut pour beaucoup, même si leur relation n'était pas réellement sérieuse. Puisqu'il était toujours le bienvenu chez son ami, Yukki prit l'habitude de lui rendre visite un soir par semaine, quand la copine de Kaoru faisait acte de présence dans sa famille. La plupart du temps, leurs moments à deux se terminaient en joutes verbales : Kaoru était loin de posséder le niveau de maîtrise du batteur concernant les jeux vidéo, et Yukki se moquait souvent de ses piètres performances.
Content que son ami soit redevenu lui-même, Kaoru ne protestait que faiblement aux remarques. Il arriva cependant une fois que la soirée manque de mal se terminer, lorsqu'un visiteur arriva à l'improviste et que Yukki n'eut pas le temps de partir. Piégé dans le salon, il chercha en vain une cachette alors que Noriaki s'approchait.
- J'ai quelque chose à te faire écouter, tu as cinq minutes ?
- C'est-à-dire que... commença le bassiste embarrassé.
- Ah, tu es en bonne compagnie ? Tu aurais dû prévenir alors, je ne... Qu'est-ce qu'il fait là, lui ?
- Je crois que je ferais mieux d'y aller, marmonna Yukki désireux d'éviter l'affrontement.
Noriaki chez qui le ressentiment dominait voulut frapper Yukki au moment où ce dernier passa à côté de lui, mais la main de Kaoru interrompit son geste.
- Bon, tout le monde se calme. Yukihiro, tu connais la sortie... Et toi, tu sais où est la guitare.
- Au plaisir de ne plus te revoir, acheva le musicien à l'attention du plus jeune.
- Il en va de même pour moi, répliqua froidement Yukki en serrant les poings.
Il n'en tint pas rigueur à Kaoru le lendemain et s'excusa d'avoir provoqué l'altercation entre les deux membres de Guerilla. Lui aussi était préoccupé de toute façon : ses relations avec le chanteur de Zi:kill se dégradaient, et après avoir failli en venir aux mains, Yukki et le leader convinrent du départ à l'amiable du plus jeune. Cette décision soulagea beaucoup le batteur même s'il se retrouvait sans groupe, d'autant plus que la discussion avec un des autres musiciens lui fit un choc.
- Yukihiro, est-ce que tu as une minute ? demanda le bassiste visiblement nerveux, après un signe de tête aux présents.
- Oui, qu'est-ce que tu veux ? questionna-t-il dès qu'ils furent à l'écart des oreilles indiscrètes.
- Ma question va sûrement te paraître déplacée, mais... Est-ce que tu es libre en ce moment ?
La surprise du batteur fut remplacée par une gêne croissante au moment où son interlocuteur voulait en venir, puis il secoua la tête.
- Désolé, Seiichi. Je te considère comme un ami, rien de plus.
- ... Je vois. Excuse-moi de t'avoir importuné.
- J'espère que ça ne change rien entre nous ? demanda Yukki assez anxieux.
- T'en fais pas, répondit le bassiste. Je finirai bien par passer à autre chose.
- Au cas où Tusk ne t'en a pas parlé... Je m'en vais la semaine prochaine. Même si être avec vous pendant cinq mois m'a plu et que les concerts devant des centaines de personnes m'ont laissé une bonne expérience, j'ai envie de découvrir autre chose.
- Il ne me reste plus qu'à te souhaiter bonne chance, conclut Seiichi avec un sourire sincère.
Être désormais libre de ses mouvements ne fut pas pour autant synonyme d'inactivité : Yukki continua à travailler à Tower Records et sortit à nouveau avec des connaissances rencontrées lors des live. L'un de ses amis les plus proches, un jeune bassiste nommé Tetsuya, arriva un soir sans prévenir pour annoncer avec enthousiasme le futur enregistrement du premier album de son groupe. Sa mine radieuse faisait plaisir à voir, tout autant que son énergie débordante. Il se calma cependant à la vue du programme diffusé à la télévision.
- Ça fait déjà dix ans, soupira-t-il.
- Oui, confirma le batteur. Le temps passe vite...
- Tu te souviens où tu étais ce jour-là ?
- Ce jour-là...
C'était un vendredi après-midi, et il soufflait après les examens clôturant sa première année de potions. Installé dans la salle commune avec Yume, il s'efforçait d'assimiler une dernière fois la pratique lui posant quelques problèmes... Puis un élève plus âgé avait fait irruption dans le bâtiment et annoncé la nouvelle. Yume s'était alors précipitée comme plusieurs autres vers les hiboux afin de s'assurer que ses parents allaient bien. Yukki n'avait pas bougé de sa place, mais quelques heures plus tard il avait tenu à aller avec la mère de Yume au jardin d'enfants où se trouvait Erina, sa petite sœur. En veillant à rester hors du champ visuel de la fillette de cinq ans, il avait été soulagé de la voir en bonne santé malgré son angoisse évidente. Leurs regards s'étaient finalement croisés, mais Yukki avait préféré s'esquiver immédiatement, pour essayer de faire croire à Erina qu'elle avait rêvé.
- J'étais à l'école, et à la fin du séisme j'ai couru jusque chez moi histoire d'être rassuré sur le sort de ma famille, expliqua-t-il. Ça me faisait peur, surtout après l'explosion de la raffinerie.
Ce n'était pas totalement mensonger après tout, sa famille ne comprenant plus qu'Erina à ses yeux.
- Et toi ?
- Je venais de finir les cours et je rentrais avec Ken quand un écran géant a commencé à diffuser les premières images avec l'aéroport de Sendai inondé. Ce n'était pas du tout pareil à Osaka puisque nous étions épargnés, mais je me rappelle que mes parents se sont beaucoup inquiétés pour ma famille ici. Heureusement, ils n'ont eu droit qu'à une belle frayeur quand leur immeuble s'est mis à bouger. Par contre, tous ces pauvres gens dans le nord-est...
La commémoration finie, Tetsuya s'empara de sa basse afin de dissiper l'ambiance lourde qui s'était installée, et joua distraitement le morceau devant normalement faire office de premier single.
- C'est quoi le titre ?
- Floods of tears.
- Ça me plaît, déclara Yukki en souriant.
- J'espère que nos fans apprécieront aussi... On réfléchit à la suite en ce moment, Hyde m'a fait lire un de ses textes en l'interprétant à la guitare et j'aime bien. Plus qu'à avoir les avis de Ken et Sakura, et on développera l'idée si elle les intéresse.
- Ne stresse pas autant, Tetsuya. Je pense que vous êtes bien partis pour avoir beaucoup de succès.
- Puisses-tu avoir raison, soupira le bassiste.
OoOoOoOoO
Après un an passé dans un groupe nommé Die In Cries où il avait enfin pu collaborer musicalement à l'élaboration de morceaux, le chanteur décida de baisser le rideau, ce qui attrista quelque peu Yukki. Cela dit, l'expérience tout juste terminée ne lui laissait que des bons souvenirs, et il avait convenu avec Kyo, Shun et Takashi de garder le contact.
En rentrant chez lui à la fin du live, il eut la surprise de découvrir un hibou installé sur le balcon. Dès qu'il eut ouvert, le rapace profita de l'occasion pour entrer dans le living et lâcher la lettre sur la tête du batteur. Ce dernier reconnut immédiatement les symboles sur l'enveloppe et s'assit brutalement sur un fauteuil à peine la lecture entamée.
Awaji,
Les élèves seront plus nombreux cette année et le directeur envisage de scinder en deux les classes les plus importantes. Afin de pallier au problème des horaires de cours, et si votre emploi du temps le permet, j'aimerais que vous vous occupiez des élèves de première et deuxième année pendant que je me chargerai des autres niveaux.
J'attends votre réponse le plus rapidement possible.
Aoki Mai.
La stupéfaction passée, Yukki se mit à réfléchir. Cette proposition arrivait à point nommé : même s'il n'avait pas d'ennuis financiers, pour le moment du moins, l'inactivité lui pèserait vite. Il décida donc d'aller demander conseil à Yume qu'il n'avait pas vue depuis longtemps.
- Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?
La jeune femme vida son Coca citron d'un trait et répondit :
- J'accepterais sans hésiter. C'est ton domaine de prédilection dans ce monde-ci, Yuchan, comme la musique de l'autre côté. Et puisque tu es libre pour l'instant, t'as pas de bonne raison de refuser la proposition d'Aoki-sensei.
- Mais je n'ai aucune expérience dans l'enseignement !
- Ça s'apprend. Des gosses, j'en vois tous les jours aux magasins, et ils sont pas trop difficiles à maîtriser. La promesse d'une paire de baffes pour les plus jeunes et t'es tranquille.
- ... J'espère que tu plaisantes, articula Yukki en écarquillant les yeux.
- J'ai l'air de blaguer ? répliqua Yume sans pouvoir s'empêcher de sourire. Pour en revenir au sujet qui te préoccupe, je pense que tu devrais dire oui. Parles-en avec la prof, c'est la seule qui pourra dissiper tes doutes. Elle fait partie des gens qui ont cru en toi dès le début.
Yukki hocha la tête. C'était effectivement la meilleure solution... Et il apprécierait de revoir Mahoutokoro.
- En plus, reprit son amie, tu rencontreras d'autres gens. J'ai entendu que certains ont été remplacés, mais le poste de sortilèges reste toujours vacant. C'est encore le directeur qui enseigne. Tu seras pas complètement dépaysé comme ça.
- D'accord, j'irai à l'école demain pour discuter avec eux.
Découvrir le silence de la forêt à cause des vacances de printemps rassura le batteur qui préférait rencontrer les étudiants le jour de la rentrée. La vue des sakura en fleurs près du bâtiment administratif le ravit, et il frappa avec assurance à la porte du bureau principal.
- Je savais que vous viendriez, Awaji.
- Aoki-sensei ?! Mais... Le directeur...
- M'a donné pour mission de vous recevoir pendant qu'il cherche un professeur de sortilèges, termina l'enseignante. Puisque vous vous êtes déplacé, j'imagine que la réponse est positive ?
- Presque. J'aimerais savoir auparavant combien d'élèves j'aurai à ma charge, et si le programme est toujours le même qu'il y a douze ans.
- Quarante-cinq en première et quarante en deuxième. Les livres ont un peu changé pour correspondre aux dernières découvertes, je vous aiderai en cas de problème de compréhension. Vous avez gardé vos notes ?
Yukki acquiesça aussitôt. Même s'il s'était débarrassé de certaines choses pendant son déménagement, ses anciens classeurs faisaient partie des éléments conservés.
- Bien. En ce qui concerne le volume horaire, ce sera trois heures par semaine pour chaque groupe d'une vingtaine d'élèves, soit douze heures en tout. Si vous voulez, je peux vous donner le plan du tout premier cours à suivre.
- Je pense que cela m'aiderait, alors oui.
- Pour l'hébergement, vous pouvez loger ici ou rester en ville. Quoi qu'il en soit, il reste quelques deux-pièces libres.
- Merci, je vais y réfléchir.
L'enseignante se leva, mettant fin à l'entretien, et invita Yukki à le suivre jusqu'à la Grande Salle où il pourrait faire la connaissance des nouveaux professeurs et revoir les anciens.
À peine était-il entré dans la pièce qu'une voix se fit entendre et manqua de lui faire lâcher les feuilles remises par la directrice adjointe.
- Yuchan, par ici !
- ... Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je vais enseigner, quelle question ! Akimoto-san cherchait quelqu'un en Défense contre les Forces du Mal. Comme Masato a embauché des gens pour l'aider dans les magasins, je serai plus qu'à mi-temps sur l'Avenue, expliqua la petite brune.
- Toi, enseigner ? Pauvres élèves.
Il se baissa juste à temps pour éviter le livre lancé, et le volume atterrit dans le visage de sa voisine.
- Désolée Yoshida ! s'excusa aussitôt Yume. C'est pas toi que je visais !
- J'espère bien, marmonna Misaki en se passant de l'eau froide sur la joue.
- Nakamura, ne me faites pas déjà regretter de vous avoir engagée, soupira la responsable.
- Toutes mes excuses, Aoki-sensei.
Gêné par la présence de son ex devenue professeur de potions trois ans plus tôt, Yukki s'installa à côté de son amie d'enfance puis se concentra sur son assiette. Il passa le reste de la journée à préparer ses futurs cours avec la directrice adjointe et à déménager quelques affaires de son appartement principal. Après réflexion, mieux valait être directement sur place que faire le trajet deux fois par jour.
Le jour de la rentrée lui donna l'occasion d'observer l'ensemble des élèves en repérant immédiatement les première année venant d'une famille non-sorcière : contrairement aux autres du même niveau, ils scrutaient chaque détail de leur nouvel environnement avec une curiosité évidente. Lorsqu'ils rejoignirent leurs aînés, Yukki remarqua un jeune garçon de la maison du feu qui parlait plus fort que les autres, tandis que du côté opposé de la salle une fille fixait son camarade d'un air furieux.
Pourvu que ces deux-là ensemble ne posent pas de souci...
Ce qu'il avait craint se produisit le lendemain. Dès son arrivée, l'élève qui avait retenu son attention pendant le dîner annonça la couleur en demandant :
- Sensei, je peux vous poser une question ou deux ?
- Si tu veux.
- Vous avez quel âge ?
D'abord surpris, Yukki répondit :
- Vingt-trois ans.
- Et est-ce que c'est vrai que vous avez déjà attrapé Yoshida-sensei dans vos filets ?
Alors que tous les regards se posaient sur lui, le batteur devint rouge de confusion et se tut.
- Ton nom ? demanda-t-il après un long silence.
- Ueda Hayato, boss de la classe parce qu'il en faut bien un !
- Ueda... Comme Ueda Masato ?
- Oui, on fait partie de la même famille ! Son frère aîné, c'est mon père !
Pitié... Il ne pouvait pas avoir le même caractère que son oncle ?
L'enfant continua ses plaisanteries sans que Yukki sache comment l'arrêter, et la fille de la veille installée dans le fond de la classe laissa finalement échapper un soupir agacé.
- Hayato, ça suffit. Il y en a qui veulent suivre contrairement à toi, alors ferme-la et reste tranquille.
- ... D'accord, Oneesan, dit précipitamment le garçon avant d'ouvrir son livre.
Dominé par une fille, tu parles d'un chef...
- Et toi, qui es-tu ? questionna-t-il ensuite.
- Ueda Meisa, jumelle du trouble-fête ici présent et plus âgée de vingt minutes. Appartenant à la maison de l'eau. Autre chose, sensei ?
- ... Non, ça ira.
OK, je comprends pourquoi son frère s'aplatit devant elle.
- Bien ! dit-il d'une voix plus forte afin de garder un semblant de contrôle. Même si l'année commence tout juste, je n'ai pas l'intention de vous laisser vous reposer sur vos lauriers. La métamorphose est une matière complexe demandant beaucoup de concentration et parfois d'efforts, même si certains d'entre vous disposent peut-être de prédispositions naturelles.
- Parce qu'ils viennent de familles sorcières ? lança un garçon au troisième rang.
Yukki se crispa aussitôt et serra les dents. Encore un qui se croyait supérieur aux autres...
- Pas du tout, répliqua-t-il calmement, la puissance du sorcier n'est pas déterminée par ses origines. Je viens moi-même d'une famille moldue et j'ai réussi à obtenir un Optimal à tous les examens en métamorphose. Mais ce n'est pas le sujet. Le premier exercice pratique consistera à transformer une allumette en aiguille. Vous avez jusqu'à la fin de l'heure. Ceux qui n'y parviendraient pas auront l'occasion de réessayer au prochain cours.
Comme il s'y attendait, la nièce de Ueda n'éprouva aucune difficulté et proposa son aide à sa voisine qui sembla reconnaissante, ce qui ramena le batteur des années en arrière lors de la première confrontation avec Yamato. Pendant ce temps, le petit "chef de classe" avait suivi sa sœur en réussissant à moitié l'exercice, l'allumette sur son bureau devenant simplement grise. Ils furent les seuls à parvenir à ce résultat, et Yukki donna comme consigne collective de s'entraîner à transformer de petits objets en d'autres d'apparence et de volume semblables.
Alors qu'il s'efforçait de maîtriser son stress même si sa première heure d'enseignement était plutôt positive, une brune à l'air décidé s'approcha du bureau.
- Tu ne vas pas être en retard au cours suivant ? s'inquiéta le batteur.
Meisa déclara qu'elle prétexterait s'être perdue puis enchaîna immédiatement :
- Je vais vous donner un conseil, sensei. Hayato vous a testé pour savoir jusqu'où il peut aller. Si vous ne montrez pas de l'autorité dès le début, il continuera comme ça pendant les deux ans où vous aurez notre classe. Vous n'avez qu'à faire comme...
- UEDA, DONNE-MOI TOUT DE SUITE CETTE BOÎTE DE PÉTARDS OU JE TE CHANGE EN BOURSOUFLET ! hurla Yume à l'autre bout du bâtiment.
- Voilà, comme Nakamura-sensei, reprit Meisa avec un sourire amusé. En plus d'être mignon, vous avez l'air gentil. Soyez quand même plus sévère avec Hayato et il arrêtera de faire l'imbécile pendant vos cours. Au pire, faites apparaître un loup, ça le calmera d'office. Ces bêtes le terrorisent.
- D'accord, merci pour l'information.
Heureusement, les deuxième année se montrèrent plus coopératifs et assidus malgré l'inexpérience de leur nouveau professeur. Soulagé, Yukki les remercia en les autorisant exceptionnellement à sortir quelques minutes avant la sonnerie. À mesure que les semaines passaient, il commença à prendre davantage confiance en lui et veilla à garder le petit Ueda sous son contrôle.
- Alors sensei, prêt pour quelques blagues ? lança l'enfant visiblement en forme.
La vue d'un loup montrant les crocs lui fit perdre toute contenance, et il s'en fallut de peu que le jeune garçon livide s'enfuie à toutes jambes. Magnanime, Yukki reprit forme humaine et déclara :
- Tu sais ce qui t'attend à la moindre incartade.
- Oui... oui, sensei... Message reçu.
Derrière son frère, Meisa eut un sourire ironique et leva la main dans le but de signaler au professeur qu'il avait bien agi.
OoOoOoOoO
Avril touchait à sa fin, et Yukki installé sur le toit du bâtiment administratif profitait d'un moment de calme en écoutant les bruits de la forêt environnante. Après quelques semaines passées à donner des cours, il se rendait compte que transmettre son savoir était assez plaisant finalement, et la plupart ses élèves se montraient attentifs aux conseils qu'il leur donnait. Même Hayato l'écoutait religieusement, quoique Meisa ne devait pas être étrangère au calme de son frère pendant les heures qu'ils avaient en commun. Seuls certains issus de familles sorcières rechignaient parfois à suivre ses directives, soi-disant à cause de son ascendance. Yukki avait alors décidé de ne se consacrer qu'à ceux prêts à faire des efforts, et les réfractaires étaient revenus à de meilleurs sentiments. Cela lui faisait ressentir un semblant d'affection envers les enfants, qui le lui rendaient bien d'après les dires de Yume. Pour l'instant, il n'y avait donc que du positif à tirer de son retour à l'école. Ses devoirs d'enseignant l'empêchaient de trop songer à la musique, même s'il utilisait de temps en temps la batterie dont il se servait pendant ses études. De toute façon, les seuls musiciens qu'il voyait toujours étaient Kaoru et Tetsuya, alors pas de quoi replonger immédiatement dans sa première passion. Il savait seulement qu'il consacrerait au moins un an à son nouveau travail.
Il en était à se demander s'il allait retourner à Tôkyô pour rendre visite à ses amis lorsqu'une jeune femme apparut sur le sentier venant de l'extérieur de la forêt. Sous les yeux intrigués de Yukki, l'inconnue se dirigea vers l'école sans cesser de regarder autour d'elle. Voulant en savoir plus, le batteur quitta son poste d'observation et alla à la rencontre de la nouvelle arrivante. Leurs regards se croisèrent bientôt, et il remarqua qu'elle semblait perdue.
- Bonjour, je peux vous aider ? demanda-t-il.
Tandis qu'elle cherchait ses mots, Yukki ne put s'empêcher de l'observer. Mince, de la même taille que lui et plus âgée de quelques années apparemment... Son teint pâle indiquait qu'elle ne voyait pas souvent le soleil, et ses longs cheveux bruns qui tombaient en cascade sur ses épaules encadraient un visage aux yeux cernés. Mais malgré cela, elle restait très jolie.
- Oui, si cela ne vous dérange pas, répondit-elle dans un japonais correct, avec toutefois un léger accent. Où se trouve le bureau du directeur ? Je ne lis pas encore très bien les kanji sur les panneaux.
- Venez, je vais vous montrer.
- Merci...
- Awaji. Awaji Yukihiro.
- Merci, Awaji-san. Je m'appelle Karin Ishizuka.
Le fait qu'elle donne son nom à l'occidentale permit à Yukki d'en savoir plus. Visiblement, son interlocutrice avait grandi très loin du Japon en dépit de ses origines clairement nippones.
Un parfum de fleur monta à ses narines lorsqu'il se baissa en même temps que la jeune femme pour ramasser ses sacs, et il inspira profondément.
- Laissez-moi faire, proposa-t-il ensuite. Vous êtes épuisée. Pas la peine de vous fatiguer davantage.
- C'est rare qu'un homme soit galant de nos jours, fit-elle remarquer. Sans arrière-pensée en tout cas... Vous êtes vraiment gentil.
Yukki formula à son tour un remerciement, et ils échangèrent un sourire timide. Finalement, il guida son interlocutrice vers le bâtiment administratif où elle frappa à la bonne porte. Le temps que le directeur l'autorise à entrer, elle se tourna vers Yukki et déclara avec de la gêne dans la voix :
- Est-ce que vous pouvez surveiller mes affaires ? Je ne me vois pas les garder pendant l'entretien...
- Oui, pas de problème. Je vous attendrai à l'accueil.
Vingt minutes plus tard, la nouvelle arrivante le retrouva dans le hall en arborant une mine réjouie.
- Awaji-san, vous pouvez conduire Ishizuka-san à la salle de sortilèges afin qu'elle prenne ses marques ?
- Bien sûr. Si vous voulez bien me suivre...
Son esprit fourmilla de questions durant le court trajet, mais par discrétion il choisit d'en poser une seule.
- Alors comme ça, vous êtes la nouvelle professeure ?
- C'est exact, acquiesça la brune. J'ai déjà enseigné quelques années, même si c'était principalement en tant qu'assistante.
- Donc nous sommes collègues à partir de maintenant, annonça Yukki.
- Vraiment ? Quelle matière enseignez-vous ?
- La métamorphose aux deux premières années. J'ai toujours eu des facilités, l'obtention du poste s'est faite sur une recommandation. Ça ne va pas ? s'inquiéta-t-il en voyant la jeune femme blêmir et vaciller.
Il lâcha immédiatement un des sacs et soutint sa voisine de son bras libre.
- Je n'ai pas dormi pendant le voyage en avion. Et comme je suis venue directement ici sans prendre le temps de manger, avoua-t-elle, je commence à avoir faim.
- Dans ce cas, oublions la présentation des locaux pour le moment. Je vous emmène aux cuisines.
- Vous êtes la bonté incarnée.
- ... Merci, Ishizuka-san.
- Karin, rectifia-t-elle aussitôt.
- Entendu... A condition que vous m'appeliez Yukihiro.
- Comme vous voudrez.
L'abondance de nourriture laissa Karin hésitante, ce que Yukki ne tarda pas à remarquer.
- Vous devriez prendre les sushi, ils sont très bons.
- D'accord, je m'en remets à votre appréciation.
Un léger sourire naquit sur ses lèvres tandis que Karin dévorait son repas et retournait ensuite chercher une assiette.
- Vous avez raison, ils en valent la peine ! Je n'en mange pas souvent, c'est l'occasion d'en profiter.
- C'est vrai ? s'étonna Yukki. Pourtant, vous êtes Japonaise, non ?
- Mes parents sont effectivement Japonais, acquiesça-t-elle. Mais j'ai vécu au Royaume-Uni jusqu'à mon départ.
Curieux, Yukki demanda :
- Et qu'est-ce qui vous a fait changer d'environnement ?
- L'opportunité donnée par Akimoto-san, répondit Karin après quelques instants. Je n'avais jamais quitté ma ville natale avant si on excepte l'endroit où se trouve l'école où j'ai fait mes études, alors j'en suis venue à vouloir découvrir autre chose et j'ai sauté sur l'occasion même en sachant que ma famille allait sûrement me manquer. Je revenais chez mes parents seulement pour les vacances d'été à cause de la distance.
- Alors vous étiez séparée d'eux presque tout le temps... Ça n'a pas été trop difficile ?
- Les premiers temps, si... Heureusement, ils m'écrivaient toutes les semaines, même s'ils avaient du mal à s'habituer à l'envoi postal par hibou.
- Vous êtes issue d'une famille moldue ?
- Ça vous pose problème ? voulut savoir Karin subitement méfiante.
- Non, pas du tout ! Je suis dans le même cas que vous à ce niveau-là.
Sauf qu'ils ne m'ont jamais écrit.
La conversation se poursuivit jusqu'à ce que Karin se sente rassasiée. Elle se rendait compte qu'elle appréciait déjà Mahoutokoro tout autant que l'attitude désintéressée de son guide. Yukki lui fit faire le tour de l'école et elle s'assit finalement sur un banc pour se reposer, puis une petite brune surgit soudain devant eux.
- Te voilà enfin, ça fait des heures que je te cherche ! lança-t-elle à Yukki. Vous êtes qui ? demanda-t-elle ensuite à Karin surprise par sa spontanéité.
La jeune femme se présenta, tirant un sourire à Yume qui reprit d'une voix enjouée :
- Contente de voir que tu as une nouvelle copine, Yuchan !
- Ne dis pas n'importe quoi ! protesta son ami d'enfance. Elle vient juste d'arriver !
- T'énerve pas, je sais que t'es absolument pas du genre à sauter sur tout ce qui bouge.
- Je ne suis pas sûr que tes paroles me réconfortent, marmonna le musicien.
- Bon, je dois vous laisser, ou Masato va râler si je suis en retard. À une prochaine fois, Ishizuka-sensei !
- Elle est toujours comme ça ? demanda Karin après le départ de Yume, tout aussi rapide que son entrée en scène.
- Oui. Je la connais depuis plus de douze ans, et l'âge adulte ne l'a pas fait changer du tout.
- Être impulsif n'est pas forcément une mauvaise chose.
Yukki hocha la tête et termina la discussion en proposant à sa voisine de lui montrer où se trouvaient les chambres libres.
Il ne fallut pas longtemps avant que Karin devienne populaire auprès des élèves et plus particulièrement des garçons. Moins stricte que le directeur, elle savait rendre les cours vivants en mettant en place le plus d'exercices pratiques possible. Parallèlement, Yukki et elle finirent par se lier d'amitié grâce à leurs caractères semblables. Ainsi, il n'était pas rare de les voir discuter et rire ensemble ou partager la même table lors de corrections de devoirs dans la salle des professeurs.
Yume qui les épiait souvent était satisfaite de ce rapprochement progressif qui allait selon elle au-delà de la relation platonique. Être naturellement timide n'aidant pas vraiment Yukki à s'ouvrir aux autres et réussir à construire une relation, son amie finit par en avoir assez. Lorsqu'elle décida de s'en mêler, le batteur joua d'abord les innocents en espérant qu'elle abandonne.
- Si tu vas pas la voir, un autre lui mettra le grappin dessus ! Tu crois que personne n'est intéressé par elle ?
- Je ne sais pas... J'ai peur que ça se termine comme avec Chûya. Et puis d'abord, qu'est-ce qui te fait croire que je lui plais ?
La petite brune eut un sourire en coin.
- Yuchan, imbécile... Je suis certaine qu'elle t'apprécie sincèrement. T'as vraiment pas remarqué la façon dont elle t'observe quand tu fais pas attention ?
- Non... Explique-toi.
- C'est peut-être pas un sentiment profond. Mais quand elle pose les yeux sur toi, son expression change. Comment dire... Son regard devient beaucoup plus doux quand c'est à toi qu'il est destiné.
- ... N'importe quoi, dit finalement le batteur en haussant les épaules. Comme si je pouvais intéresser quelqu'un.
- TU VEUX UNE BAFFE, C'EST ÇA ?!
- Admettons que ça soit le cas, reprit Yukki pour éviter une dispute. Il reste un obstacle de taille.
- Et lequel ?
- Je ne veux pas souffrir une nouvelle fois.
Yume resta muette quelques instants.
- Tu sais... Ce qui s'est passé une fois ne va pas forcément se reproduire.
Agacé par la discussion qu'il jugeait inutile, Yukki l'interrompit :
- Laisse-moi tranquille et mêle-toi de tes affaires.
- Comme tu veux, mais viens pas te plaindre après !
La conversation avec Yume eut au moins le mérite de faire réfléchir Yukki. Son amie n'avait pas tort, il devait réellement tourner la page... La seule chose qui l'effrayait comme il l'avait dit : être à nouveau blessé et avoir mal.
Une chance sur deux pour que ça se produise... Ça ne sera pas si terrible dans le cas où elle dirait non.
Bien qu'il ne soit pas tout à fait sûr de ses sentiments envers Karin, il se doutait qu'il aurait des regrets en n'agissant pas du tout. Les vacances d'été lui donnèrent l'occasion rêvée : l'école fermait pendant plus d'un mois, et Karin ne voulait pas vraiment se retrouver sans aucune compagnie. Le professeur d'astronomie s'étant fait poliment éconduire, Yukki hésita un peu avant de proposer à son tour d'héberger la jeune femme. Contre toute attente, Karin accepta avec un grand sourire, ce qui remua le cœur de l'Animagus.
- J'ai une chambre libre, tu pourras l'aménager comme tu le souhaites.
- Merci vraiment, Yukihiro. Je n'aurais pas su où aller sans toi !
Derrière l'enseignante, Yume qui passait "par hasard" applaudit silencieusement la réponse.
À l'appartement, Yukki décida de laisser sa collègue s'installer puis attendit de savoir si elle voulait se reposer ou découvrir les environs.
- Qu'est-ce qu'il est possible de faire dans l'immédiat ?
- Un peu de shopping à la Tour 109, ça t'intéresse ? Ce n'est pas un endroit qui m'attire particulièrement vu qu'il est destiné aux filles, mais une de mes connaissances y travaille. D'ailleurs, il essaiera sûrement de te séduire s'il te voit.
- C'est un risque à prendre, dit Karin en souriant. De toute façon, j'ai besoin de renouveler ma garde-robe. Une salopette et un haut, ce n'est pas le summum de la féminité.
- Je trouve que ça te va très bien, déclara aussitôt Yukki.
Le compliment fit rougir la jeune femme, et le batteur un peu gêné reprit pour mettre fin au silence pesant :
- Je vais t'y conduire, acheter de nouveaux vêtements ne me fera pas de mal non plus. J'irai voir un ami après s'il me reste du temps.
- D'accord ! Tu me donnes ton numéro ? J'en aurai besoin pour qu'on sache à quelle heure se retrouver. Il va me falloir plusieurs trajets avant que je sache à peu près où ton immeuble se situe.
- Utilise le transplanage au pire, suggéra Yukki. Enfin, ce n'est pas utile pour l'instant vu qu'on y va ensemble. Tu es prête ?
- Allons-y, monsieur le guide !
Lorsqu'il rejoignit Karin devant le Starbucks de Shibuya, cette dernière ployait sous le poids de ses sacs.
- Je vois que tu as trouvé ton bonheur, dit le batteur avec un sourire. Un coup de main, peut-être ?
- Volontiers !
Comme la porte abritant le petit studio de Yukki à l'appartement était entrouverte, Karin ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil curieux.
- Tu peux entrer si tu en as envie.
- Oh, une batterie ! s'exclama aussitôt l'enseignante. Tu fais de la musique ?
- Oui, j'ai joué pour quelques groupes dont un avec qui j'ai participé à des enregistrements.
Enthousiasmée, la jeune femme demanda :
- Je peux t'écouter ?
Sans se faire prier, Yukki saisit les baguettes et s'installa pour deux morceaux. À la fin, Karin le félicita en applaudissant.
- Ça doit être quelque chose de te voir en concert ! J'imagine que tu as beaucoup de filles parmi tes fans ?
- En effet, ce sont surtout des demoiselles. C'est parfois perturbant d'entendre son nom crié depuis le public.
Ils discutèrent à bâtons rompus durant plusieurs heures, Yukki abordant ses expériences musicales et Karin lui décrivant ses meilleurs souvenirs scolaires.
- Il y avait des jumeaux du même âge que moi, dans une maison différente, qui passaient leur temps à cumuler les bêtises, expliqua-t-elle. Une fois, ils ont même soudoyé un des fantômes de l'école pour harceler un garçon qui s'était moqué d'eux.
En imaginant la scène, l'Animagus laissa échapper un petit rire.
- On n'a pas eu de réel comique, du moins pas pendant la période où j'étudiais. C'est Yume qui se distinguait le plus, jusqu'à ce que son copain actuel parvienne à la tempérer un peu.
- C'est une fille intéressante, déclara Karin. Mais revenons-en à toi ! Qu'est-ce que tu aimes à part la musique ?
Yukki tourna la tête et désigna l'armoire vitrée où reposaient les consoles et leurs cartouches qu'il n'avait pas pu se résoudre à jeter.
- Les mangas ne m'attirent pas vraiment. En revanche, je suis un otaku des jeux vidéos.
- Je vois ça, sourit son interlocutrice. Et niveau sorties ? Où est-ce qu'on pourrait aller ensemble ?
- Mh... Akihabara au cas où tu aimes les mangas et tout ce qui se rapporte à l'électronique, Asakusa pour les articles traditionnels et les souvenirs... On peut aussi faire un tour au zoo d'Ueno, dans une arcade de jeux, ou bien un karaoké. Demain soir, on ira voir l'Hanabi Taikai dans la baie. Sinon, pourquoi pas Disneyland ? J'imagine que tu n'es jamais allée dans un parc d'attractions ?
- Effectivement, avoua Karin à regret. Tout ça m'a l'air d'être un beau programme ! Mais d'abord, l'Hanabi Taikai : qu'est-ce que c'est ?
- Ça, tu le verras sur place, se contenta de répondre Yukki.
Les deux semaines suivantes enchantèrent la professeure qui consignait chaque soir les souvenirs marquants de ses sorties, l'un des plus importants étant le feu d'artifice. La gentillesse désintéressée de Yukki la touchait beaucoup, et elle réalisa au fil du temps passé chez lui qu'il lui plaisait de plus en plus. Elle sentait tout de même que le jeune homme dissimulait des blessures profondes et aurait bien voulu en savoir davantage, surtout depuis qu'elle l'avait vu par inadvertance en train de fixer tristement une cartouche parmi la multitude.
Tomb Raider... Ce jeu doit représenter beaucoup pour lui.
Étant elle-même une amatrice de Lara Croft, elle hésita longuement et se décida seulement le soir suivant à formuler sa requête.
- Yukihiro ? Est-ce que je peux t'emprunter la console et jouer un peu ?
- Évidemment, je t'ai déjà dit de faire comme chez toi ! Et moi, je... Je voudrais savoir si... si tu accepterais qu'on dîne ensemble, dit le batteur à voix basse.
La jeune femme rougit aussitôt et balbutia :
- Je... Oui... Oui, bien sûr !
- Demain soir alors ? demanda Yukki avec un sourire timide.
- Ça me va !
- Bien. Passe une bonne nuit...
- Toi aussi, Yukihiro.
Karin resta volontairement invisible toute la journée du lendemain, afin d'éviter que Yukihiro puisse apercevoir sa tenue. Lorsqu'elle ouvrit la porte quelques minutes avant l'heure convenue pour le départ, l'Animagus écarquilla les yeux.
Kami-sama...
- Ce que tu es belle, souffla le musicien.
La jeune femme avait choisi la simplicité et revêtu une robe bleue sans manches qui lui arrivait au-dessus des genoux. Yukki sentit la chaleur l'envahir lorsqu'il lorgna son décolleté puis se mit à fixer le sol. Face à lui, Karin se félicita de ne pas en avoir trop fait. Des ballerines, un maquillage discret, les cheveux détachés... À en juger par le désir dans son regard, Yukihiro semblait beaucoup apprécier le résultat.
- Merci, déclara-t-elle avec l'impression qu'elle était comme une adolescente à son premier rendez-vous. On y va ?
- On y va !
Le repas se passa aussi bien que Yukki l'avait espéré, jusqu'au moment où il renversa involontairement son verre sur Karin. Il se confondit aussitôt en excuses, et la jeune femme s'empressa de le rassurer. Après tout, ce n'était que de l'eau !
- Ne t'inquiète pas, ce n'est pas une petite maladresse qui va gâcher notre soirée. Les plats sont délicieux, la compagnie très agréable... Je n'ai absolument rien à redire.
Seul le mauvais temps approchant de la ville apporta une ombre à la sortie. Perturbée par l'accumulation des nuages noirs, Karin resta presque collée à son hôte durant tout le trajet vers l'immeuble. Elle renouvela ensuite ses remerciements et disparut dans sa chambre après que Yukki lui ait à nouveau souhaité une bonne nuit. Lui passa un long moment à essayer de trouver le sommeil, la faute à son seul regret : ne pas avoir cédé à son envie d'embrasser la jeune femme.
Il commençait à s'assoupir lorsqu'un grondement proche lui fit rouvrir les yeux. Ennuyé par l'orage qui l'empêchait de dormir, il ralluma la lampe de chevet et s'empara d'un livre. Il aurait bien le temps de se reposer le lendemain si la tempête ne se calmait pas... Plongé dans sa lecture, il ne s'aperçut pas immédiatement du rai de lumière filtrant sous la porte, et seul un cri étouffé lui fit lever la tête. Il croisa alors le regard apeuré de Karin qui le fixait depuis l'embrasure. Inquiet, il abandonna Stephen King et se leva d'un bond.
- Qu'est-ce qui se passe ? C'est le mauvais temps qui t'effraie ?
Un grand coup de tonnerre tira à la jeune femme une autre exclamation, et elle se blottit contre Yukki pour être rassurée.
- Ne t'en fais pas, l'immeuble possède un paratonnerre sur le toit. Je te promets qu'il ne t'arrivera rien. Si tu veux, je te laisse ma chambre, elle est moins exposée que la tienne.
- Non, je... Reste avec moi ! supplia Karin.
Le batteur céda presque aussitôt. Son invitée semblait réellement terrorisée, et si la présence de l'Animagus pouvait atténuer ses craintes, alors soit.
Comme l'enseignante restait figée, il murmura des paroles apaisantes à son oreille et l'embrassa sur le front. Karin frémit immédiatement face à ce geste doux et chuchota :
- Yukihiro, je... Je t'aime.
... Quoi ?
Elle se méprit sur l'expression stupéfaite de Yukki et voulut s'écarter lorsque la déception l'envahit, mais les mains du batteur vinrent encadrer son visage afin que leurs lèvres s'unissent. Après le baiser, la jeune femme se laissa entraîner vers le lit sans plus tenir compte de l'orage au dehors.
Voilà, nouvelle relation qui débute ! Au fait, j'allais oublier : ça fait un moment que j'utilise de vraies personnes pour donner un visage à certains protagonistes. Donc :
- Ueda : Jin Akanishi.
- Yamato : Kazuya Kamenashi.
- Misaki : Saki Fukuda.
- Aoki Mai, la prof de métamorphose : Michelle Yeoh.
- Meisa, la nièce de Ueda : Meisa Kuroki.
- Karin : Karina Nose.
Allez voir sur Google ou le site Nautiljon pour le visuel :) quant à la chanson de l'Arc (oui, ils apparaissent enfin xD), elle est disponible à l'écoute sur Youtube.
Voilà, à la prochaine, et bonnes fêtes à tou(te)s ! ^^
