Chapitre: L'éclat.
Severus monta l'escalier menant jusqu'à la Salle de Jeux des enfants où, inévitablement, il trouverait Aleksandre, les yeux rivés sur la télévision étant donné qu'il n'était ni dans le salon, ni dans la cuisine, ni dans sa chambre. En ouvrant la porte, il eut confirmation de ses prédictions. Assis à côté de Jonathan dans une des banquettes, il regardait une… bagarre. Les yeux plissés, Severus put lire en bas de l'écran de télévision: match de catch. Décidément, les Moldus avaient bien des manières étranges d'aimer regarder toute cette violence. Cependant, il constata que tous les garçons présents, c'est à dire Jonathan mais aussi Drago, les jumeaux Weasley, Ronald Weasley et bien sur Aleksandre, étaient concentrés sur l'écran.
L'homme baissa les yeux vers ses mains et les deux petites boîtes de comprimés qu'il tenait. Après une séance lourde en émotions selon Ivan, la veille, celui-ci avait décidé d'entamer un traitement pour aider l'adolescent à se sentir mieux maintenant qu'il connaissait un peu plus profondément le mal qui l'habitait. Alors en quelques secondes, Severus eut une boîte de médicament entre les mains.
-Ce sont des antidépresseurs. A faible dose pour éviter qu'Aleksandre ne se blesse en étant seul, avait expliqué Ivan. Oh bien sur, ces médicaments ne vont pas le faire changer de comportement ou le rendre euphorique. Et s'il a réellement envie de se faire du mal comme il l'a déjà fait, alors il le fera. Il n'y a aucun danger à ce qu'il les prenne, ne vous faîtes pas de soucis et éloignez tous les préjugés que vous avez déjà eu le plaisir d'entendre sur ces traitements. C'est néanmoins un coup de pouce pour l'aider.
Après toutes les explications sur la prise de ce médicament, Severus avait pensé que c'était tout. Mais le plus étonnant, parce qu'honnêtement il s'attendait à ce qu'Aleksandre soit mis sous traitement un jour ou l'autre, fut l'autre boîte de comprimés qu'il reçut. Avec surprise, il écouta Ivan lui rapporter la confidence de son fils sur des maux de têtes récurrents, surtout le soir avant de s'endormir. Il était resté bêtement à fixer l'homme en face de lui. Maux de têtes? Mais pourquoi Aleksandre ne lui avait rien dit? Et surtout… pourquoi à chaque fois qu'il le lui demandait, lui répondait-il que non il n'avait plus eu de douleurs depuis la dernière fois?
Avec Lucius, Narcissa et Elena, ils avaient décidé de replacer un sortilège bloquant et un autre repoussant sur la magie qui s'échappait de la cicatrice désormais invisible d'Aleksandre. Il n'y avait aucune solution mis à part l'Occlumancie et ils en avaient malheureusement conscience. Cependant, le garçon était incapable, même si Severus voulait essayer, d'apprendre les bases même de cette branche difficile de la magie. Il n'avait plus qu'à espérer que le Seigneur des Ténèbres reste le plus longtemps ignorant de ce lien complexe.
-Aleksandre, l'appela-t-il en faisant remarquant sa présence.
-Hmm?
-Viens avec moi, s'il te plaît.
-Oui, répondit l'enfant sans pour autant quitter des yeux les deux hommes costauds qui se battaient au milieu d'une piste.
Finalement, le Maître des Potions se racla bruyamment la gorge, faisant ainsi tourner toutes les têtes vers lui. Jonathan détourna rapidement le regard car il fallait le dire, en ce moment, l'ambiance était pesante chez les Snape. Elena et Jonathan ne s'adressaient pratiquement plus la parole comme dans toutes les disputes adolescents-parents. Severus ne souhaitait pas forcer son neveu à discuter avec lui s'il ne le désirait pas. Et comme il l'avait craint, les regards en biais que Jon recevait à longueur de journée par les autres étudiants et les adultes, étaient remplis de suspicion. Severus jeta ensuite un regard perçant sur Aleksandre qui rougit légèrement avant de quitter le fauteuil pour trottiner rapidement vers lui. D'un hochement de la tête, Severus l'invita à le suivre.
Un grand sourire sur les lèvres, Aleksandre attrapa la main de son Père pour être à la même hauteur que lui et ce dernier ralentit le pas. Stupidement, le jeune Snape se sentait beaucoup plus léger depuis la veille où il avait évoqué le placard et l'Oncle Vernon avec Ivan. C'était comme si le poids que représentait ces deux choses s'était amoindri. En entrant dans le bureau privé de son Père, il songea qu'il ne restait plus que six jours de vacances. Il arbora une moue chagrinée à cette constatation avant de s'installer sur une chaise face à celle de son Père.
-Tu as mal à la tête mon cœur? Tenta Severus d'une voix douce et rassurante.
La réponse fusa rapidement dans l'air.
-Non, papa.
-Aleksandre, pourquoi ne me dis-tu pas que tu as parfois mal à la tête avant de t'endormir?
-Désolé, s'excusa précipitamment Aleksandre, les yeux grands ouverts. Je suis désolé. Je ne… je… désolé…
-Ce n'est pas grave, le coupa Severus en se retenant de soupirer pour que ce geste ne soit pas mal compris. Mais maintenant, j'ai un médicament qui va pouvoir t'aider à t'endormir le soir. On va essayer même si je ne te promets rien quant à son efficacité. Je t'en donnerais un ce soir.
Mal à l'aise, Aleksandre acquiesça. Une énorme boule d'angoisse apparut brusquement au creux de son estomac en se rendant compte réellement qu'il avait menti à son Père. Mais la douleur n'était jamais aussi intense que le jour où il avait passé la journée à souffrir aux côtés de Lucius et Elena. Le garçon sursauta violemment lorsque les longs doigts fins et blancs de son Père apparurent devant ses yeux avant de s'enrouler autour de son menton pour lui relever délicatement la tête malgré sa réticence à croiser son regard.
-Ce n'est pas grave, chuchota l'homme. Je souhaite juste que tu viennes me trouver lorsque tu as mal quelque part. Bien, maintenant, tu vas devoir prendre un autre médicament, deux fois par jour. C'est un petit comprimé pour t'aider à rester en forme.
Severus ne voulait pas se lancer dans de grandes explications difficiles à comprendre pour Aleksandre et ne pas non plus le braquer en évoquant ses crises. Il commença alors à lui dire comment il allait devoir les prendre.
Aleksandre écouta attentivement son Père qui lui expliqua qu'il devait avaler tous les jours un comprimé le matin et un autre le soir, durant le dîner. C'était étrange comme médicament, différent des potions en tout cas. Dans les tous cas, c'était Severus qui lui donnerait ces médicaments lorsqu'il serait à la maison et les infirmiers s'en occuperaient à l'Hôpital.
-Je vais t'en donner un maintenant qui va certainement te faire sommeiller toute la journée afin que ton organisme, c'est ce qui est à l'intérieur de toi chéri, s'habitue à recevoir les comprimés. Tu pourras retourner devant la télévision et t'endormir devant si tu en ressens le besoin.
Le garçon grimaça en songeant à la possibilité qu'il dorme toute la journée. Une fois les explications terminées, il vit son Père se relever de sa chaise mais il tendit vivement les bras vers lui, demandant ainsi un câlin. Il eut un large sourire lorsque Severus s'agenouilla devant lui pour être à sa hauteur et le serra contre lui. À chaque fois que les bras forts et grands de son Père s'enroulait autour de lui, il avait l'impression de nager dans le bonheur tant le soulagement qui l'envahissait était immense.
Rusé, le garçon glissa doucement de sa chaise en veillant à ne pas chuter pour enrouler ses pieds autour de la taille de son Père. Discrètement, son sourire s'élargit lorsque son Père fut obligé de se relever pour ne pas tomber au sol sous son poids. Évidemment, Aleksandre posa sa tête dans le creux de son épaule. Le rire que lâcha Severus provoqua des vibrations dans sa poitrine et le garçon qui était appuyé contre gloussa en lui demandant de le refaire.
-Je me demande parfois si tu ne ferais pas un parfait élève à Serpentard, glissa Severus à l'oreille de son fils.
-C'est vrai? Dans ta maison? Demanda Aleksandre, les yeux brillants d'espoir. Papa…oh, papa tu pourras m'emmener à Poudlard un jour? S'il te plaît. J'sais plus trop comment c'est et Jonathan il a dit que c'était très très grand!! Et beau aussi. Même Drago l'a dit.
-Pourquoi pas, accepta Severus sans trop s'aventurer. Nous verrons bien cela un jour.
Le sourire rayonnant qu'Aleksandre lui envoya réchauffa tout son être et instinctivement, ses bras se resserrèrent autour de la taille fine du garçon. Les temps étaient particulièrement dangereux pour amener Aleksandre à Poudlard et lui faire redécouvrir le château. Surtout avec Ombrage. Et Severus doutait que les élèves, qu'ils soient dans n'importe quelle Maison, se montrent cordiaux envers le fils de leur si détesté Professeur de Potions. Cependant, il n'avait pas le cœur à décevoir Aleksandre.
Severus tira un des tiroirs de son bureau en dissimulant habilement l'épais dossier qu'Ivan lui avait procuré au début des vacances. De toute manière, Aleksandre était en train de jouer avec ses cheveux qui tombaient au niveau de ses épaules. Severus grimaça lorsqu'il tira vivement sur une de ses longues mèches noires en gloussant. L'enfant recommença plusieurs fois pendant qu'il sortait la boîte de médicament sur le bureau d'une main.
-Doucement Aleksandre, le pria Severus mais l'enfant continua néanmoins.
Le besoin de tester son Père se faisait de plus en plus ressentir chez Aleksandre. Oh bien sur, il obéissait toujours avec cette docilité parfois exaspérante mais il titillait la patience de Severus dans ses gestes. Par exemple, il prenait tout son temps lorsque ce dernier lui ordonnait d'aller prendre sa douche. Évidemment, il y allait sans que Severus n'ait à l'y obliger mais cela se faisait une bonne demi-heure après. La veille encore, il avait mis plus de quinze minutes pour ranger les crayons de couleur qu'il avait étalés sur le sol de son bureau pendant que l'adulte corrigeait des copies.
Severus fronça les sourcils et déposa Aleksandre au sol. Celui-ci eut la décence de paraître embarrassé lorsque son Père haussa les sourcils. Dans tout les cas, le Maître des Potions n'était pas décidé à tomber dans son jeu qui consistait à le pousser hors de ses limites afin de vivre une de ses colères. Surtout que les petits actes innocents d'Aleksandre pour le moment étaient raisonnables même s'il n'hésitait pas à poser les limites immédiatement.
-Allons, ne me tire pas les cheveux ainsi, sermonna doucement l'homme. Tu n'aimerais pas que l'on te fasse pareil. Nous allons prendre ton médicament maintenant et ensuite, tu pourras retourner vers les garçons.
-Oui Papa, répondit Aleksandre en boudant. Je veux pas dormir la journée entière!
-Je m'en doute mais c'est un inconvénient de ce médicament mais il est important que tu le prennes. Je te fais confiance sur cela Aleksandre. Et tu vas seulement te reposer, d'accord?
La tentation de dire non était évidente chez Aleksandre qui croisa les bras sur sa poitrine. Ses lèvres se pincèrent d'agacement lorsque son Père remplit un verre d'eau qu'il lui tendit puis un comprimé d'une autre main. Finalement, il prit le verre dans sa main tandis que Severus plaçait le comprimé sur le fond de sa langue puis il avala une grande rasade d'eau. Une grimace déforma les traits de son visage un instant lorsque la pilule descendit le long de sa gorge.
-Voilà mon chéri, le félicita Severus en reprenant le verre qu'il vida magiquement. Tu veux faire quelque chose?
Le garçon haussa distraitement les épaules, le regard fixé sur un point du sol. Il se sentait parfaitement inutile en ce moment. Non pas inutile mais d'une incapacité affligeante. Tous les jours, il voyait chacun parler avec des mots si grands et compliqués, et manger normalement sans présenter des difficultés à couper sa viande sans même se salir. Il était le seul à jouer à ces jeux de construction qui consistaient à empiler des cubes les uns sur les autres. Le seul à colorier dans les cahiers magiques de coloriage qu'Elena lui avait offert sans raison apparente. Le seul à sucer son pouce en s'endormant et à serrer une peluche contre lui.
Ce sentiment d'être différent revint violemment en lui et il garda les yeux rivés au sol. Son Père devait rêver d'avoir un fils aussi sensationnel que Jonathan même s'il avait insulté les nés de Moldus. Et ça c'était franchement mauvais selon lui. Mais au moins, il était intelligent, puissant et beau. Drago aussi était un sorcier puissant selon les rumeurs qui couraient dans le Manoir et il était indéniablement magnifique, de son point de vue, avec ses cheveux semblables à des fils d'ors et avec ses deux iris gris tempétueux. Weasley n'était peut-être pas très agréable à regarder avec ses nombreuses tâches de rousseurs et son air continuellement farouche mais au moins, il était intelligent et élève de Poudlard.
En comparaison à eux, lui qu'était-il? Un garçon idiot. Incontestablement moche. Ce côté horrible était accentué par sa petite taille. Sale par toutes les fois où les mains de l'Oncle Vernon avaient caressé sa peau et surtout son sexe. Perverti par le mal. Un petit monstre en fait. Instinctivement, il passa ses bras autour de sa taille à la recherche de chaleur en se sentant mal.
-Aleksandre, quelque chose ne vas pas? S'enquit immédiatement Severus en s'approchant de lui. Dis-moi ce qui te tracasse, je t'en prie.
-Je suis désolé, chuchota Aleksandre sans lever la tête. Je suis désolé, papa.
-De quoi? Tu n'as rien fait, Aleksandre.
-De pas réussir. J'sais pas pourquoi je suis bête mais j'essaye de changer… et…
-Oh Aleks, tu es comme tu es et peu m'importe l'âge que tu as. Tu le comprends ça? Je t'aime et ceci pour toujours. Bien sur, tu as des difficultés et tu échoueras à certains moments, mais ce n'est pas grave. Tu recommenceras tout ce que tu voudras jusqu'à ce que tu arrives.
-Mais j'écris mal, donna-t-il comme exemple en frissonnant. Et je sais même pas parler bien!
-Et alors? Tu vas apprendre petit à petit. À l'école vous apprenez des sortilèges comme celui de désarmement et de bouclier et en les étudiant, tu apprends de nouveaux mots. Tu fais aussi des exercices écrits qui te permettent d'améliorer ton écriture.
-MAIS ILS SAVENT TOUS LE FAIRE!
Aleksandre se dégagea brutalement des deux bras que son Père avait posés sur ses épaules. Il fit quelques pas en arrière, s'approchant ainsi de la fenêtre. Le temps était nuageux et gris mais la pluie n'avait toujours pas pointé le bout de son nez même si ça ne saurait tarder. Observé ainsi, le Parc du Manoir semblait véritablement immense. Il voyait l'herbe s'étendre jusqu'à un portail noir immense. Il voyait aussi la mare. D'ailleurs son Père lui avait dit qu'en été, elle serait parfaite pour aller se rafraîchir et nager à l'intérieur.
-Tu avances à ton rythme, déclara Severus qui n'avait pas bougé, l'observant avec inquiétude. N'ais pas honte de ce que tu es car moi, je suis très fier de toi. Je trouve qu'en plus de cela, tu as beaucoup grandi depuis que tu es venu à la maison. Tu peux prendre ta douche tout seul, manger facilement, t'habiller aussi sans te tromper. Tu as appris de nombreux sortilèges à l'école et acquis d'autres connaissances dans les autres matières comme la Botanique et l'étude des Moldus.
Seul le silence lui répondit. Finalement, Aleksandre se tourna vers lui et murmura qu'il se sentait fatigué. Severus acquiesça et lui proposa d'aller au lit. Cependant le garçon chuchota d'une voix timide le prénom de son cousin. Le cœur de l'adulte fit un saut périlleux dans sa poitrine. Jonathan et Aleksandre s'étaient rapprochés plus qu'il ne l'avait espéré en seulement dix jours. C'était tout simplement fantastique.
-Tu peux veiller sur ton cousin? Sollicita Severus en s'adressant à Jonathan en entrant dans la salle de Jeux. Il va certainement s'endormir à cause d'un médicament qu'il a pris.
-Oui bien sur, accepta Jonathan en invitant Aleksandre à s'allonger près de lui.
-Merci, et, évites de le toucher s'il s'endort, s'il te plaît, murmura t-il pour qu'Aleksandre ne l'entende pas.
L'étrange requête de son Oncle laissa Jonathan perplexe mais il acquiesça néanmoins. Drago et lui échangèrent un regard confus lorsque la porte se referma silencieusement derrière Severus après qu'il ait embrassé son fils. Jonathan s'aperçut alors qu'Aleksandre s'était allongé de manière à ce que ce soit ses pieds et non sa tête qui le frôle. Le garçon fixait la télévision même si ses yeux paraissaient étrangement brumeux.
Pour Drago et Jonathan, Aleksandre était une énigme à lui seul. Ce changement permanent d'émotions était plus que troublant et difficile à comprendre. Les deux Serpentards avaient vu le garçon passer de la tristesse, à la limite des pleurs, à une ivresse de joie incontrôlable en quelques minutes. Mais c'était surtout ce passé douloureux qui le faisait paraître si étrange, si mystique. Les cauchemars récurrents dont il souffrait, son besoin de pratiquement toujours serrer quelque chose contre lui, souvent c'était son doudou, comme pour à la fois conserver un semblant de chaleur et se protéger des autres.
Oh et la confirmation à Jonathan de son suivi psychiatrique par Aleksandre lui-même les laissaient toujours un peu perplexe. Jusque là, ni Drago ni Jonathan n'avait alors eu réellement conscience des dommages que sa maltraitance avait laissés en lui. Il y avait plus que ce recul mental qui s'était fait plus ou moins inconsciemment dans le but de se protéger d'une manière ou d'une autre des autres. Comme leur avait expliqué Severus lorsqu'ils méprisaient encore l'enfant, et leur comportement s'était révélé véritablement stupide. En réalité, Aleksandre était brisé. Totalement par les mauvais traitements endurés jour après jour.
L'énonciation de ceux-ci, de ces sévices horribles, leur avait été donnée très sommairement. Des coups. Les privations de nourriture. Et le pire évidemment: les viols et autres attouchements sexuels par son Oncle. À chaque fois qu'il y pensait, Drago sentait un frisson l'envahir et un dégoût profond survenait à l'encontre de l'homme qui avait osé faire ça à un garçon aussi adorable qu'Aleksandre. Et non, ce n'était même pas parce que c'était Aleksandre mais c'était simplement quelque chose d'horrible, d'inimaginable mais aussi d'incompréhensible pour lui! Comment ce monstre pouvait-il prendre un quelconque plaisir en violant un enfant innocent?
-Tu veux quelque chose à boire, Malefoy? Demanda poliment Hermione en se levant.
-Non, répondit le blond, troublé.
-Aleks… oh, il dort, constata la Gryffondor avec un sourire attendri.
Évidemment, la jeune femme passa devant Jonathan, la tête haute et l'ignora superbement. L'adolescent grimaça en gardant les yeux rivés sur la télévision. Hermione, avec qui il avait pourtant les meilleurs relations parmi les Gryffondors, refusait de lui adresser la parole ou de ne serait-ce le regarder depuis qu'il avait insulté ouvertement et avec virulence, les nés-Moldus. Jonathan comprenait parfaitement sa colère vis à vis de cela mais voir la jeune fille aussi distante avec lui minait quelque peu son moral. Même Drago était plus considéré que lui par Granger et c'était pour dire à quel point elle l'ignorait!
Une soudaine explosion fit pratiquement trembler les murs du Manoir et la voix de lionne de Mrs Weasley rugit un instant plus tard contre les jumeaux qui tentaient de nouvelles expériences dans leur chambre. Étrangement, les deux frères avaient reçu l'aide, presque inaperçue, de leur Professeur de Potion. Il leur avait généreusement prêté un Chaudron en étain même s'ils avaient dû écouter un sermon couvert de menaces sur l'utilisation de celui-ci et le soin qu'ils devaient y porter. Et le Professeur Snape accédait, la plupart du temps, à chacune de leur requête en ce qui concernait les ingrédients.
Ronald Weasley qui s'était montré plus que silencieux depuis sa bagarre avec le neveu de son Professeur de Potion bondit sur ses pieds et quitta la pièce pour rejoindre ses deux frères dont les rires étouffés leur parvenaient. Oui, Jonathan regrettait de s'être laissé emporter de cette façon et encore plus d'avoir porté des insultes aussi graves. Oui, il regrettait d'avoir avouer, sous l'effet de la colère, le méfait qui l'avait conduit aux portes de Poudlard. Mais il ne pouvait s'empêcher de détester Ron Weasley. Autant les autres enfants rouquins étaient agréables, amusants pour la plupart, autant celui-ci n'était qu'un imbécile qui, d'après les rumeurs, tentait de régner chez les Gryffondors en prenant la place de son ancien meilleur ami: Harry Potter.
Oui, oui, ancien. Il l'avait hurlé au beau milieu d'un repas lorsque son Père, Arthur, avait évoqué Harry. Immédiatement, les yeux de Sirius s'étaient voilés et une boule énorme avait pris place dans sa gorge se forçant à rester silencieux. Cependant, Ronald avait reniflé dédaigneusement à l'évocation du Survivant. Ce fut son Père, oui et cela était vraiment assez surprenant pour laisser un grand malaise envahir le Manoir, qui le gifla violemment lorsqu'il hurla en se levant: 'Il n'est qu'un sale traître qui a eu peur! Je ne serais même pas étonné qu'il ait rejoint Vous-Savez-Qui alors arrêtez de vous morfondre pour lui'. Au début, Jonathan avait cru que c'était Sirius qui allait étrangler le garçon mais c'était Mr Weasley qui s'était montré le plus rapide.
-Le Professeur Snape vient de partir, annonça Hermione en revenant, les mains chargées de verres remplis de jus de citrouille. Il n'a pas pu vous prévenir qu'il devait déjà transplaner. Tes parents aussi, Malefoy.
-Oh, répondit Jonathan déconcerté en jetant un coup d'œil à Aleksandre qui avait ouvert brusquement les yeux. Il reviendra plus tard, Aleksandre, ne t'inquiète pas. Oncle Severus a dit que tu devais te reposer pour le moment.
Avec hésitation, le garçon reposa sa tête contre l'accoudoir de la banquette sans détacher son regard craintif des yeux de son cousin qui tentait au maximum de paraître rassurant même si la nervosité apparaissait sur son visage. Il craignait plus que tout que quelque chose n'arrive à son cousin en l'absence de Severus. Bien sur, sa Mère était toujours là mais ce n'était pas suffisant pour réconforter et calmer le jeune Snape.
Le soulagement détendit ses traits lorsqu'Aleksandre referma les yeux sans poser plus de questions auxquelles il aurait bien été incapable de répondre. Drago et lui commencèrent à chuchoter en émettant différentes suppositions sur les raisons qui auraient pu conduire Severus et les époux Malefoy près du Seigneur des Ténèbres.
-Ils ne nous disent jamais rien, constata amèrement Drago en étendant ses jambes. Nous ne sommes plus des enfants.
La frustration de Drago envers cette injustice ne put s'étendre plus loin car il fut coupé par une alarme stridente qui se déclencha. Jonathan leva inutilement les yeux vers le plafond, le visage affolé puis il tourna la tête vers les autres qui étaient tous aussi figés que lui. Aleksandre fut brusquement réveillé par le bruit perçant et il se redressa si vivement qu'il manqua de tomber au sol. Machinalement, Jonathan tendit un bras vers lui pour le retenir malgré son bref mouvement de recul.
Ce fut alors les nombreux cris à l'étage inférieur et les pas de course qui sortirent les adolescents de leur stupeur. D'un même mouvement, ils se levèrent et Hermione fut la première à ouvrir la porte à la volée, manquant de la jeter dans la figure de Ginny qui ne protesta même pas.
Désorienté, Aleksandre se leva à son tour même si la pièce était déjà vide. Ses sourcils se froncèrent et il jeta un regard apeuré autour de lui, à la fois effrayé et exaspéré par le bruit sifflant de cette étrange alarme. Les jambes légèrement cotonneuses de par son réveil brusque, le garçon fit quelques pas en dehors de la Salle de Jeux et tout aussi brusquement qu'elle était apparue, l'alarme disparut, plongeant le Manoir dans un silence étouffant. Il n'y avait plus aucun bruit. Seulement le silence régnait.
-JE NE COMPRENDS PAS TOUT SIMPLEMENT CET ORDRE! DES INSANITÉS VOILÀ CE QUE C'EST!
Sirius. Aleksandre était certain que la voix qui venait de faire pratiquement trembler les murs appartenait à Sirius. Une voix d'une tonalité beaucoup plus basse parvint à Aleksandre même s'il ne réussit pas à comprendre ce qu'elle disait. Courant quasiment le long du couloir pour découvrir la raison de cet éclat mais aussi de ce vacarme assourdissant, Aleksandre dérapa et il tomba sur ses fesses dans un bruit sourd. Grimaçant sous la douleur occasionné à son derrière, il resta assis sur le tapis, les yeux remplis de larmes.
Aleksandre amorçait un geste pour se relever lorsque son prénom fut hélé. Relevant les yeux, le garçon découvrit Drago qui approchait à grandes enjambées, un air inquiet inscrit sur son visage. Le blond s'agenouilla devant lui.
-Tout va bien?
-J'ai…
Mais sa voix resta bloquée dans sa gorge en fixant Drago. Le rouge lui monta subitement aux joues en prenant conscience qu'il ne pouvait pas dire qu'il avait mal aux fesses! L'enfant baissa la tête et sursauta lorsque la main de Drago se posa sur son épaule. Malgré lui, il se recroquevilla un instant sur lui avant de se détendre: c'était Drago, il ne risquait rien.
Le jeune Serpentard resta mal à l'aise à fixer lui aussi Aleksandre. Voir quelqu'un toujours se recroqueviller au moindre contact était déstabilisant et même si à présent il s'était fait à l'idée que son Parrain avait un fils retardé mentalement, il ne pouvait s'empêcher de parfois dévisager le garçon pour… le comprendre peut-être. Il ne savait pas trop mais d'une certaine manière, Aleksandre et ses manières d'animal blessé, d'enfant à la fois épanoui et refermé l'intriguait, le fascinait. Il était tout à la fois: le bonheur, la peur, le plaisir et la joie de vivre, le désespoir et les larmes. Et Drago était parfaitement conscient d'ignorer beaucoup d'autres choses au sujet du garçon.
-Qu'est…
-Oh, il y a eu une attaque, coupa sombrement Drago en fermant un instant les yeux. Tu-Sais-Qui a finalement décidé de lancer ses troupes apparemment au centre du Royaume-Uni. Un petit bourg à ce que j'ai compris. Les membres de l'Ordre sont partis combattre même si je ne crains que les effectifs soient trop faibles pour réussir à quelque chose contre les Mangemorts.
Le regard éberlué d'Aleksandre fit réagir Drago qui eut un faible sourire. Oh bien sur, sa phrase pouvait paraître légèrement compliquée pour le cousin de son meilleur ami. Il haussa les épaules puis se redressa en constatant qu'ils étaient toujours au sol et que les cris de colère de Sirius provenant du Salon étaient de plus en plus forts. Drago tendit une main apaisante à Aleksandre qui la regardait un instant, avec un mélange de méfiance et de crainte, avant d'y glisser la sienne, plus petite et tremblante. Une fois qu'il fut debout, Drago le regarda en attendant une réponse ou alors une réaction de ce dernier.
Et en effet, le cerveau du garçon tournait à vive allure en tentant de saisir le sens de ces deux longues phrases. Comment Drago avait-il fait pour aligner autant de mots à la suite, sans bafouiller ni hésiter et en plus de cela, utiliser des mots de pleins de lettres? Impressionné. Voilà comment se trouvait Aleksandre en regardant les yeux gris de l'adolescent qui le dévisageait. Oh bien sur, son Père ou encore Ivan et même Elena, Lucius ou Jonathan utilisaient très souvent des phrases comme ça -et honnêtement, comment faisaient-ils?- mais Drago s'était adressé à lui ainsi, et même s'il ne comprenait rien, c'était flatteur dans un sens.
-Tu n'as pas compris? Demanda Drago en riant gentiment.
-Non, marmonna Aleksandre, les joues rougies.
-Ce n'est pas grave. Ce n'est pas si important.
-SI! Protesta Aleksandre. Voldemort a attaqué?
La fatigue due aux médicaments qu'il avait ingurgités plus tôt commençait à se faire ressentir mais Aleksandre ne voulait pas retourner se coucher sans savoir ce qu'il se passait réellement. Drago resta muet à sa question, laissant un soupir las traverser ses lèvres roses, puis le jeune homme lui demanda de le suivre jusque dans le Salon où il comprendrait.
Quoi! Si Voldemort avait attaqué un endroit du Royaume-Uni qu'il soit Moldu ou non, c'était catastrophique. Le visage déjà pâle d'Aleksandre blêmit à cette idée. Il ignorait comment l'homme-serpent pouvait attaquer -avec des chars et des bombes comme les Moldus dans le film qu'il avait regardé avant les vacances avec Jeremy ou alors avec l'aide des baguettes magiques ?- mais ça devait certainement être mauvais. Et dangereux. Et son Père y était. Oh. Merlin.
Aleksandre n'eut pas le temps de s'horrifier sur ce fait qu'ils pénétraient déjà dans le Salon. Sirius faisait les cents pas devant la Cheminée, le visage rouge, les bras raides le long de son corps où ses poings étaient crispés de fureur. Assis dans les fauteuils, les adolescents semblaient tous horrifiés, le visage pâle, les yeux brillants d'inquiétude et rivés sur Sirius pour s'occuper l'esprit.
-Sirius calme-toi, demanda une nouvelle fois Elena, une trace de supplication dans la voix. J'ai conscience, non nous avons tous conscience que ta situation précaire est difficile à supporter mais il est préférable que tu restes en sécurité, ici, plutôt que d'aller risquer ta liberté voire même ta vie pour un combat.
-Et pourquoi? S'entêta l'animagus en jetant un regard furieux à la Cheminée. Et pourquoi? Mon filleul a disparu! Il se balade dans la nature. Oh et Dumbledore, notre Sainteté même, qui était au courant de ce qui se passait chez cette famille ignoble de Moldu n'a rien fait d'autre que répéter : ' Mais non Sirius, c'est pour son bien qu'il va chez les Dursley chaque année. Vous savez, le sang.' Non je ne savais pas et maintenant il a disparu! DISPARU!
Aleksandre sursauta et un étrange goût se logea dans sa bouche suite aux paroles emplies de désespoir de son ancien Parrain. Il resta sur le seuil de la porte, appuyé contre le mur pour ne pas chanceler, à fixer l'homme qui, à ses yeux, avait représenté son premier espoir de quitter son Oncle. Oh oui, c'était un des souvenirs les plus marquants dans son esprit. Dans les brumes de son esprit et de ses souvenirs hasardeux, Aleksandre était certain d'une chose: il avait profondément aimé Sirius et aujourd'hui encore, avoir l'homme près de lui d'une manière ou d'une autre était un réconfort.
Drago s'était réinstallé près d'un Jonathan livide, mourant d'inquiétude pour son Oncle. Même Drago semblait devenir de plus en plus pâle à mesure que les minutes s'écoulaient: ses parents étaient avec le Seigneur des Ténèbres. Lucius participait certainement à l'attaque et Narcissa… Narcissa devait être en train de se ronger le sang au Manoir de Voldemort.
-Et quoi, rajouta soudainement Sirius en s'arrêtant, la voix basse comme si la lassitude avait gagné sur sa rage de vaincre. Que dois-je faire maintenant? Rester ici et attendre. Je le fais tous les jours, tous les jours, je ne fais rien. Je ne dis rien. Je suis amorphe, ne réagissant à rien. C'est ce que veux Dumbledore mais aussi puissant soit-il, il n'est pas infaillible Elena et tu le sais! Tu le sais aussi bien que moi! Il a laissé Harry seul, sans famille et sans un entraînement adéquat à sa situation particulière. Il refait les mêmes erreurs avec ces enfants.
Malgré elle, Elena ne put se retenir de jeter un coup d'œil aux adolescents qui paraissaient désemparés. À présent, ils observaient le fugitif avec un intérêt encore plus grand. Rares étaient les personnes au sein de l'Ordre du Phénix qui osaient, publiquement en plus de cela, critiquer Dumbledore. À vrai dire, Sirius se fichait pas mal de détruire l'image idéaliste que tous ces étudiants s'étaient forgés sur leur précieux Directeur.
-Tout le monde veut les tenir à l'écart. Pourquoi? Ils vont tous êtres impliqués dans la guerre et un jour, le plus tard possible je l'espère, ils devront se battre pour échapper aux Mangemorts. Même si cela arrive lors d'une bataille banale, sans préméditation contre eux. Mais Dumbledore veut, encore et encore, les protéger en refusant de leur fournir un entraînement. Seul Jonathan et peut-être Drago sont capables aujourd'hui d'échapper aux Mangemorts.
Un silence lourd tomba dans la pièce et Aleksandre toujours appuyé contre le mur sentit quelque chose se briser en lui. Un rappel et des souvenirs. Un rappel brusque et puissant de son ancienne vie. De cette vie qu'il voulait oublier, rejeter, éloigner et enfouir le plus possible. La rayer de son esprit serait merveilleux mais là, à l'instant même, les propos de Sirius, les larmes contenues dans les yeux de Hermione, les oreilles rouges de Ronald, les regards lourds de sens que les jumeaux Weasley échangèrent balayèrent tous les efforts qu'il faisait depuis plusieurs mois pour se libérer de son ancien lui.
Est-ce que grandir signifiait souffrir? Est-ce que devenir grand et arrêter de sucer son pouce en rangeant son doudou devenu si précieux dans un placard lui permettrait d'être comme Sirius ou encore Elena? Mais en les voyant, les deux debout face à face, Aleksandre ne voulait pas. Non, il ne voulait pas devenir comme eux. Tellement de tristesse transparaissait d'eux, tellement de peines, de colère, de rancœur! Il ne voulait pas redevenir comme cela.
Était-ce trop de rêver d'un monde merveilleux où il serait grand, très grand, et qu'il vivrait encore avec son Père, Elena et Jonathan? Où ses phrases, oui les siennes, seraient belles, longues? Était-ce idiot de rêver qu'il était à la fois intelligent, grand et heureux. Les trois en même temps?
-Sirius a…
-raison, termina George à la suite de son jumeau, en se tournant vers Elena. Vous devez convaincre…
-… le Professeur Dumbledore et les autres de nous apprendre!
-Nous ne pouvons pas rester ainsi démuni! Intervint Ginny, une flamme de détermination illuminant son regard.
Et lorsque les yeux d'Aleksandre furent remplis de larmes prêtes à glisser silencieusement sur ses joues, Jonathan se tourna brusquement vers lui comme s'il prenait conscience uniquement à ce moment là de sa présence. Immédiatement, Aleksandre baissa la tête en direction du sol à la fois pour dissimuler son visage tourmenté et son regard triste mais aussi pour que l'attention ne se porte pas sur lui. Malgré sa fatigue écrasante qui le faisait pratiquement trembler, il n'avait aucune envie de s'éloigner de cet endroit, de dormir lorsque son Père arriverait!
-Aleksandre, chuchota t-il avec inquiétude.
Comme il s'y attendait, tous les regards se tournèrent vers lui et la culpabilité d'avoir proférer de telles choses envahit le visage ravagé de Sirius qui ouvrit la bouche pour se répandre en excuse mais Elena le devança et s'approcha de son neveu qui tressaillit nerveusement.
-Tu devrais être couché, murmura-t-elle avec un ton joyeux qui sonnait horriblement faux. Tu dois être épuisé.
-Arrête! Arrête de faire comme si tout bien! Comme si tout va bien!
-Oh non Aleksandre, je… tenta Elena, désemparée. Je…
-NON!
oOo
Lucius sentit sa respiration s'accélérer de plus en plus en entendant les cris déchirants et suppliants d'une femme derrière lui. Ses doigts se contractèrent autour de sa baguette magique jusqu'à ce qu'ils deviennent blancs et sans regarder sa prochaine victime, il murmura le sortilège de la mort. Un éclair vert jaillit de son arme, toucha l'homme à la poitrine le faisant s'effondrer au sol, l'horreur inscrite à jamais sur son visage.
Le massacre durait depuis ce qu'il avait l'impression être de longues et interminables heures. Ils avaient tous été convoqués comme pour une réunion banale jusqu'à ce que le Seigneur des Ténèbres prononce le mot fatidique: 'aujourd'hui' avec des lèvres frémissantes de joie à l'idée du bain de sang qui se pré, Severus et lui avaient échangé un regard, alarmés, inquiets mais surtout déconfits. L'effet de surprise allait être mémorable selon leur Maître qui était persuadé que l'Ordre du Phénix allait se montrer surpris d'une attaque matinale. Encore une fois, il n'avait pas eu tort.
-Stupéfix!
Instinctivement, l'aristocrate sut que ce sortilège lui était destiné si bien qu'il se retourna à temps pour contrer le sortilège. Remus. Il put voir la surprise teinter les traits du Loup-garou qui hésita une fraction de seconde lorsqu'il le reconnut malgré le masque qu'il portait. Mais les Mangemorts autour d'eux ne leur laissaient pas le choix: ils devaient combattre ou tout du moins faire semblant.
Un combat s'engagèrent entre eux. Certainement le moins sanglant et le moins violent que la petite bourgade dans un coin de Leeds au centre du Royaume-Uni connaissait depuis le début de cette boucherie. Les Moldus terrifiés hurlaient en courant mais un sortilège vert réussissait toujours à les atteindre. Ils ne comprenaient pas. C'était, avec la peur, le sentiment le plus récurrent. Voldemort avait préféré attaquer une de ces villes bourgeoises plutôt qu'une grande ville dont le massacre alerterait inévitablement les forces Moldus mais aussi Sorcières en laissant plus de chance à ses hommes d'en sortir vainqueurs.
Bellatrix exultait. Son visage durcit par la soif de vengeance et le plaisir de voir tous ces gens hurler, pleurer, supplier mais surtout mourir sous leurs sortilèges, la rendait folle de joie. Elle attendait un instant pareil depuis tant d'années. À Azkaban, pour tenir le coup, elle avait rêvé de ces bains de sang qu'elle organisait le plus souvent avec le Lord. Aujourd'hui, elle pouvait enfin assouvir ce désir incontrôlable de tuer.
Le Lord lui avait confié le déroulement de l'attaque. C'était peut-être pour cela que la rue était aussi sanglante. Seul Lucius était capable d'organiser méthodiquement un tel massacre. Et encore, l'homme paraissait s'être ramolli ces dernières années. Mais aujourd'hui était son jour. À elle. Et elle prenait un plaisir fou à faire cracher des flammes de sa baguette pour encercler chaque maison, pour faire cramer tous les corps.
-Ton heure est venu petit Moldu… Avada Kedavra! Siffla t'elle en direction d'un Moldu qui, blessé à la jambe, rampait au sol en pleurant.
Une dizaine de mètre plus loin, Severus tentait de faire abstraction à tous ces cris, ces larmes, de la fumée étouffante qui l'encerclait depuis que ses condisciples brûlaient les petites maisonnettes. Abstraction de ces hurlements perçants, cette agitation, en lançant à l'aveuglette des sortilèges de stupéfixion informulés qui pouvaient aisément passer pour d'autres sortilèges bien plus dangereux. Il ne s'y attendait pas. Pas si tôt. Le Lord ne devait pas attaquer aussi tôt!
C'était stupide mais penser à Aleksandre lui permettait de serrer sa baguette magique plus fermement et de lancer de simple sortilège de stupéfixion ou encore d'entrave à ses victimes sans flancher face à cette horreur. Il pouvait très bien se laisser prendre un sortilège mais inévitablement, il serait mené au Ministère pour finir à Azkaban. Loin de son fils et de sa famille. Et cela, c'était hors de question. Près de lui, il voyait tous ces condisciples tuer aussi facilement que s'ils prononçaient un sortilège d'attraction.
Le Maître des Potions était incapable de décrire les émotions qui le saisissaient à la gorge, lui donnant la nausée. Depuis quatorze ans, le monde n'avait connu aucune tuerie perpétrée par le Seigneur des Ténèbres et à ce jour, cette paix était renversée. Un mal pour un bien, songea un instant Severus avant de se fustiger. Il ne pouvait pas penser à tous ces innocents qui mourraient et à ces dizaines de cadavres qui l'entouraient déjà, et se dire que leur mort était bénéfique pour une chose: la révélation du retour de Lord Voldemort. Il était inhumain de penser cela.
-Ex lumina!
Bêtement, Severus regarda le rayon bleuté qui quitta la baguette magique de son opposant, visiblement un auror lui signalant ainsi que le Ministère était arrivé sur place, puis le toucher. Il fut soulevé du sol par un souffle invisible et retomba quelques mètres plus loin poussant un cri rauque lorsque tout son corps hurla de douleur face à la chute douloureuse. Cependant, il n'eut pas le loisir d'attendre que la douleur ne se passe et il bondit sur ses pieds avec autant d'agilité que dans ses toutes jeunes années. Combien de temps tout ceci allait encore continuer?
-Sev! L'appela soudainement quelqu'un à sa droite.
Lucius.
-Severus, répéta Lucius en s'approchant de lui à grandes enjambées.
-Quoi? Demanda abruptement le Maître des Potions en se baissant pour éviter des pierres d'une maison qui éclatait.
-Nous sommes des monstres.
Et alors, le Maître des Potions s'aperçut que Lucius comprenait. Oui, il comprenait vraiment, il prenait conscience des actes terribles qu'il avait commis pendant des années au service du Seigneur des Ténèbres qui, comme pour Severus, avait été en quelque sorte un mentor voire même un Père. Les Malefoy avaient rejoint Dumbledore et l'Ordre pour, avant tout, offrir une protection à Drago et même si Lucius avait encore quelques problèmes avec la pureté du sang, il acceptait facilement son intégration dans l'Ordre. Mais jamais Lucius n'avait compris l'horreur qu'il créait en étant Mangemort, lançant si facilement les sortilèges impardonnables.
Peut-être que cette prise de conscience venait de se réaliser parce qu'il combattait contre des personnes qu'il côtoyait chaque jour voire avec qui il était devenu amis comme Remus ou d'autres. Ou bien l'évolution avait eu lieu à la disparition de Samaël et que seulement cette première attaque depuis lors effectuait un changement notable et visible chez le blond.
Dans tous les cas, Lucius avait compris. Et ça ne pouvait qu'être bien.
oOo
Au Manoir Snape, la situation, bien que meilleure, n'était pas plus joyeuse. Toujours regroupés dans le salon, tous attendaient silencieusement. Un signe, une arrivée prouvant que tout allait bien pour tout le monde. Grâce à un sortilège ancien trouvé dans un livre de rune par Elena, Lucius et Severus avaient réussi à établir une connexion entre le Manoir Snape et celui des Malefoy. Ils n'avaient pas tentés le domaine de Voldemort, craignant que l'homme ne le remarque trop facilement. L'un d'eux avait dû rentrer rapidement au Manoir Malefoy pour déclencher l'alarme de danger et la faire sonner chez les Snape.
Il y avait aussi Aleksandre. Aleksandre qui s'était réfugié dans sa chambre en s'échappant des bras de sa Tante alors qu'elle tentait de le rassurer. Il s'était probablement endormi, assommé par les médicaments car il ne lui avait pas répondu lorsqu'elle était venue le voir alors qu'il était allongé sur son lit.
La tension était si forte que Jonathan se leva, échangeant un regard avec sa Mère. Avec cet évènement, toutes les discordes avec elle étaient oubliées et il ne fut pas étonné lorsqu'elle l'attira contre lui pour le serrer dans ses bras. Rougissant légèrement lorsque tous les regards se portaient sur lui alors qu'elle l'étouffait pratiquement, Jonathan jeta un regard à Drago.
Les deux Serpentards quittèrent le Salon, silencieux. Ils n'avaient rien à se dire. Le choc était bien trop important. C'était la première fois, oui vraiment la toute première fois, où tous deux prenaient conscience du danger que courait leur famille à jouer les espions. Et ce danger était énorme. Suicidaire même.
-On va voir Aleksandre? Proposa Jonathan la gorge serrée. Il ne doit pas être très bien lui non plus…
Drago accepta, un peu hébété. Parfois, l'existence d'Aleksandre lui rappelait l'absence de Samaël et il ne pouvait s'empêcher de hurler intérieurement de rage et de tristesse. C'était douloureux. Il avait l'impression que son cœur se déchirait de toute part, le faisant presque hurler de douleur à chaque fois que ce prénom -si beau, si tendre- flottait dans son esprit, lui rappelant inévitablement que Samaël était absent. Définitivement.
Ouvrant la porte de la chambre doucement, Jonathan put voir qu'Aleksandre venait tout juste de se réveiller. Ses cheveux noirs lui arrivant jusqu'aux épaules étaient ébouriffés et emmêlés. Ses yeux noirs et verts étaient bouffis de sommeil et il se les frottait d'une main.
-Salut Aleks, murmura Jonathan en pénétrant dans la Chambre. On venait voir comment tu allais.
-J'ai fait dodo… Où papa? Bégaya l'enfant en serrant sa peluche contre lui.
-Il n'est pas encore rentré, répondit Drago d'une voix incroyablement douce. Mais ne t'inquiète pas, il viendra te voir dès qu'il arrivera.
-Promis? Chuchota Aleksandre.
-Promis, acquiescèrent les deux Serpentards en même temps.
Le soulagement atteignit le visage d'Aleksandre qui eut un petit sourire après avoir bailler. Il observa son cousin et Drago. Ils étaient simplement là, debout au milieu de sa chambre où l'obscurité régnait malgré la petite veilleuse dont il était incapable de se séparer pour dormir.
-Vous v'lez dormir?
La proposition innocente d'Aleksandre qui remit précipitamment son pouce dans sa bouche après avoir parlé, comme s'il craignait qu'il ne disparaisse, les fit sourire. Ils échangèrent un regard amusé en voyant il désignait de sa main libre le grand lit qui trônait au milieu de la pièce. Finalement, Drago et Jonathan se déchaussèrent et s'installèrent dans le lit, de chaque côté d'Aleksandre.
Sans pouvoir se contenir, un énorme sourire illumina le visage de Jonathan en remarquant que la réaction d'Aleksandre d'être si proche de deux personnes à la fois fut seulement une légère crispation avant de se détendre et se recoucher. Aleksandre semblait commencer à lui faire totalement confiance ainsi qu'à Drago. C'était tout simplement génial.
En quelques minutes, Aleksandre replongea dans le sommeil et les deux meilleurs amis restèrent simplement silencieux, fixant le plafond circulaire et étrange de la pièce et écoutant la respiration calme de l'endormi.
Bonjour, je tiens à m'excuser pour ceux auxquelles je n'ai pas eu le temps de répondre aux reviews mais sachez que ça me fait énormément plaisir et que je vous remercie:D
Ensuite, l'attaque est finalement arrivée ^^ Ce chaptire vous a-til plu?
A mercredi prochain!
Passez une bonne fin de semaine!
