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Chapitre 26 : Hei Hei
« Oh bonjour Créo ! Que faites-vous là ? »
La native de Weselton, Hei Hei dans les bras, se retourna vers la princesse Anna avec ennui.
« Je vais voir la reine. »
Puis, comme si elle n'avait jamais été interrompue dans sa marche, continua de se diriger vers le bureau du monarque. Anna, amusée, la suivit.
« D'accord ça je m'en doutais. Mais pourquoi ? »
Agacée d'être suivie, Crescentia accéléra le pas, qui bien sûr ne fut pas assez pour semer l'enthousiaste rousse.
« On m'a dit qu'elle était avec Bouboule.
_ D'accord…et tu as besoin d'Olaf parce que… ?
_ Mais ma vie privée ne vous regarde pas !
_ Je posais juste une question.
_ Vous me harcelez !
_ Oulala quelqu'un s'est levé du mauvais pied aujourd'hui… »
Le ton taquin de la princesse ne plaisait pas, mais alors pas du tout à Créo. Bien évidemment, la femme aux yeux rouges savait que la plus jeune essayait d'être gentille avec elle. Mais honnêtement, c'était à se demander si en ce beau samedi ensoleillé, elle n'avait rien de mieux à faire que de suivre Créo dans les couloirs.
« Bon ça va j'ai compris. Vous n'allez jamais me laisser tranquille pas vrai ? Votre sœur m'a demandé de veiller sur votre Bouboule aujourd'hui. De fait je compte juste l'emmener faire un tour en ville. »
Ceci fit sourire Anna. Dire qu'à une époque, elle voyait Créo comme une vilaine sorcière au cœur de pierre, dont la méchanceté rivalisait avec celle de Hans. Le fait qu'elle accepte si facilement de garder Olaf montrait qu'au final, la marchande était douce comme un agneau, même si elle essayait désespérément de le cacher.
Arrivées devant l'endroit voulu, les deux femmes trouvèrent le soldat Whilhelm, perdu dans ses pensées, en train de garder la porte d'entrée du bureau d'Elsa. A la vue de Créo et Hei Hei, l'homme eut un sourire éclatant.
« Dame Créo ! Seigneur Hei Hei !
_ Pour la énième fois Créo tout court suf…
_ Pr…Prin-princesse Anna ?! Ah désolé, mes manières ! »
Il s'inclina profondément sous le regard amusé d'Anna. Roulant des yeux, Crescentia porta son attention sur Hei Hei qui se débattait dans ses bras. Voyant que le poulet semblait inconfortable, Whilhelm se proposa de le prendre.
« Non.
_ Oh…je voulais juste…enfin je voyais qu'il voulait partir alors je me disais que si quelqu'un d'autre le portait, il se calmerait un peu… »
D'effrayants yeux rouges toisèrent le jeune Whilhelm.
« Hei Hei est un animal fragile. Je ne veux pas d'un débutant pour le tenir dans ses bras. Il a besoin d'une certaine inclinaison et d'une certaine pression sous ses ailes pour être totalement à son aise. C'est une créature problématique et profondément chétive. Un gamin dans ton genre ne pourrait pas comprendre la précaution et la préparation qu'il faut pour tenir Hei Hei dans ses bras. »
Anna mit une main devant la bouche pour s'empêcher de répliquer quoique ce soit.
Quand il s'agissait de son poulet, Créo avait vraiment tendance à en faire des tonnes. Encore plus ces temps-ci, à croire que retourner chez Oaken lui avait donné la manie de gâter son animal. Lorsque le coq commença à hurler pour une raison que Dieu seul savait, la princesse se boucha les oreilles avec douleur. Whilhelm pourtant, ne sembla pas vexé de l'attitude de Créo à son égard et jugea que le cri strident de Hei Hei était une confirmation des dires de sa propriétaire.
« Oh je vois…ce poulet est incroyable. Vous vous en occupez comme si c'était votre enfant, il a de la chance.
_ Que pardon ? J'y suis bien obligée ! J'ai pas envie qu'il meure de manière impromptue moi !
_ Créo je ne pense pas que votre poulet puisse mourir juste parce que vous le tenez un peu mal dans vos bras !
_ Qu'en savez-vous vous ? Votre seul animal de compagnie est un bonhomme de neige immortel !
_ Ah oui ça c'est pas f- »
Anna interrompit sa phrase lorsque la porte du bureau s'ouvrit avec fracas, laissant apparaître une Elsa exaspérée. Le soldat, la princesse et la marchande observèrent silencieusement la reine qui les fusilla du regard. Avec un semblant de contrôle, elle articula :
« Pourriez-vous être plus bruyants s'il-vous plait ? Je ne suis pas certaine que le royaume voisin vous ait très bien entendu. »
Whilhelm baissa la tête tandis que Crescentia roula des yeux. Anna elle, mit ses mains dans son dos et sourit avec enthousiasme.
« Coucou Elsa ! Je t'ai ramené Créo ! »
La concerné eut une exclamation outrée.
« C'est une blague ? C'est vous qui m'avez suivi !
_ Oooooh merci Anna, c'est très gentil à toi. »
La princesse sourit à Olaf qui venait d'émerger de derrière Elsa.
« C'est tout naturel Olaf ! »
Le bonhomme de neige salua alors Créo et Hei Hei avec allégresse tout en souriant à Whilhelm. Ses personnes préférées réunies en un seul endroit, était-ce son anniversaire ?
Hei Hei, qui s'était arrêté quelques instants de hurler à l'arrivée de la reine et d'Olaf, recommença à crier avec excitation. Anna grimaça tandis que Whilhelm le caressa tendrement. Créo, qui le tenait toujours dans ses bras, le berça paresseusement, comme si les pics de folie du coq n'avaient rien d'inhabituels.
Elsa grinça des dents et sentit des flocons agacés apparaître près de ses mains.
« Pouvez-vous le faire taire une bonne fois pour toute s'il-vous plait ?! Cet animal me casse les oreilles ! »
La marchande haussa les épaules et répondit nonchalamment :
« Il doit sentir votre exaspération à son égard. Vous dégagez des ondes néfastes, il a sûrement peur.
_ N'importe quoi, un animal aussi idiot ne peut pas…
_ En vérité je pense qu'il le peut. »
Tous les yeux se retournèrent vers Whilhelm qui offrit un sourire timide au monarque avant de continuer.
« Les animaux ont un sixième sens particulièrement accru. Il est possible qu'il sente le danger…ou même que vous ne l'aimiez pas. »
Elsa roula des yeux.
« Donc si je veux qu'il se taise, je dois partir de mon propre château ? »
Whilhelm et Anna partagèrent un rire. La princesse jeta un coup d'œil amusé à sa sœur.
« Tu n'as qu'à essayer de faire la paix avec lui sinon. Essaie de le caresser, peut-être que ça le mettra en confiance. »
Elsa grimaça. Toucher cette infamie n'avait rien d'engageant. Pourtant, lorsqu'elle vit le sourire sarcastique de Créo, la mettant au défi de le faire, les yeux innocents du soldat Whilhelm et le visage joyeux de sa sœur, elle dut y repenser.
Ce fut pourtant son bien-aimé Olaf qui lui donna le coup de grâce.
« Ooooh Elsa ce serait super de te voir caresser Hei Hei au moins une fois ! J'adore quand tous les gens que j'aime s'apprécient ! »
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« Je savais que cette bête aimait le sang ! Je le savais !
_ Arrêtez de hurler par pitié. Il vous a à peine pincé !
_ Vous plaisantez j'espère ?! Je ne reconnais plus mes doigts ! Plus jamais je n'écouterai qui que ce soit en ce qui concerne cette chose ! Plus jamais je ne toucherai une plume de ce monstre ! »
Pour mettre l'emphase sur sa dernière réplique, Elsa montra sa main ensanglantée à Créo qui haussa les épaules.
Anna et Whilhelm, au début effrayés par le spectacle du poulet attaquant la reine, se calmèrent rapidement. Maintenant au sol et câliné par Olaf, Hei Hei était redevenu inoffensif. La princesse songea avec amusement que seule Elsa pouvait provoquer une si violente réaction de la part du coq. Lui qui était d'un naturel si détaché de tout. Ne sachant même pas différencier humains et objets. Cette attaque aurait été inquiétante si le spectacle de sa sœur maudissant un animal, dont le QI devait à peine dépasser les 5 points, n'était pas aussi ridicule.
Whilhelm, ne sachant pas vraiment quel type de protocole adopter dans une telle situation, demanda d'une voix timide :
« Vous voulez…que j'aille quérir un médecin pour votre main Majesté ? »
Elsa, d'un regard qui faisait froid dans le dos, lorgna le soldat un instant avant de se retourner vers Créo.
« Vous voyez, même le soldat Whilhelm pense que c'est grave. »
Comment ça « même le soldat Whilhelm » ?
La femme au chaperon secoua sa main droite avec lassitude.
« Sauf votre respect, le soldat Whilhelm est loin d'être une flèche. Donc prendre son avis en compte dans une situation pareille… »
Whilhelm avait envie de pleurer. Elles n'étaient vraiment pas sympa avec lui toutes les deux.
Contre toute attente, Olaf vint à la rescousse du jeune homme :
« Moi je trouve que Whilhelm est gentil ! Et il faut toujours prendre en compte l'avis des personnes gentilles !
_ Haaaaan Seigneur Olaf merci ! Vous êtes vraiment…vraiment un cadeau du ciel !
_ Mais je le pense vraiment Whilhelm ! Et vu que tu es mon ami, c'est toi le cadeau du ciel ! »
Le soldat se baissa pour tapoter la tête du bonhomme de neige, essuyant par la-même quelques larmes de joie coulant sur ses joues.
« Non Petit Seigneur, pour ainsi illuminer la vie de la cour et mon quotidien, vous êtes le rayon de soleil. Le plus brillant qui soit.
_ Oooooh vous allez me faire rougir… »
Devant le larmoyant spectacle offert par le bonhomme de neige et le soldat, Anna se sentit obligée de se racler la gorge. Il fallait stopper cette scène, les expressions profondément dégoûtées d'Elsa et Créo allaient finir par rester à jamais ancrées sur leur visage.
« Bon quand vous aurez tous les deux terminés….On va pouvoir revenir au sujet principal : Elsa, ta main ne peut pas rester comme ça, tu veux que l'on appelle quelqu'un ou pas finalement ? »
Elsa s'apprêta à répondre mais fut interrompue par Créo :
« Laissez, je vais m'en occuper. J'ai ce qu'il faut pour les premiers soins dans ma bourse.
_ Créo…ne me dites pas que vous êtes parano au point de vous balader avec une trousse de secours dans vos poches ?
_ J'ai aussi un couteau. Qui sait ce qu'il peut arriver.»
Anna ne préféra même pas relever.
Les trois adultes, le bonhomme de neige et le poulet suivirent Elsa à l'intérieur du bureau. Cette dernière s'assit alors sur une chaise et présenta sa main blessée à Crescentia qui se mit à genoux afin de l'examiner de plus près.
« Si votre poulet est infecté par une quelconque maladie, je vous fais couper la tête. »
Créo ne répondit pas, se contentant de nettoyer la blessure avec le plus de précaution possible.
« Ça va piquer un peu. »
En effet, lorsque la marchande passa du désinfectant, Elsa ne put s'empêcher de grogner de douleur. Cet animal…elle le maudissait. Il allait brûler en Enfer pour ses méfaits un jour. Il ne perdait rien pour attendre. La reine jeta un coup d'œil fugace à Hei Hei qui sembla lui répondre en caquetant avec tranquillité. Elsa ne rêvait pas, il se moquait d'elle ?!
Le monarque sentit sa main se faire enrouler dans du tissu et reporta son attention sur Créo, toujours concentrée sur sa tâche. Lorsque cette dernière eut terminé, elle releva la tête et murmura :
« Voilà c'est fini. »
En croisant le regard de sa guérisseuse, la reine fut surprise d'y trouver une tendresse particulière. Le cœur d'Elsa s'agita. Il était si rare pour Créo de baisser sa garde au point de montrer à quiconque une telle douceur. Le regard qu'elle offrait en ce moment à Elsa, si intime, empli d'affection et de bienveillance, était enivrant. Bien évidemment, la reine savait que le cœur de Crescentia était plein de bonté et de délicatesse. Pourtant, le voir ainsi se refléter dans son regard était un spectacle aussi rare que précieux. Si seulement…oh si seulement Crescentia pouvait laisser Elsa voir plus souvent cette facette de sa personnalité. Elle était si…
« Pourquoi vous vous fixez comme ça ? »
Les deux femmes sursautèrent en même temps à l'entente de la voix d'Olaf. Elsa ne sut pas vraiment pourquoi elle se sentit prise sur le fait et rougit. Créo, quant à elle, se contenta de détourner les yeux et de se relever, sans que la reine n'ait pu apercevoir son expression.
Anna et Whilhelm échangèrent un regard.
La petite scène, n'ayant pas durée plus d'une minute, qui s'était déroulée devant eux avait paru bien plus intime qu'un simple traitement de morsure de poulet. Mais si Anna était bien loin d'en imaginer la raison, Whilhelm lui, n'était pas dupe.
Il avait un bon instinct après tout.
« On ne se fixait pas Bouboule. Tu imagines encore des choses.
_ Quoi ? C'est pas vrai !
_ Si c'est vrai !
_ Non !
_ Si !
_ Nooooooon !
_ Siiiiiii ! »
Elsa se massa les tempes.
« Si vous voulez bien vous disputer ailleurs…mon bureau n'est pas une foire merci. J'aimerais bien retourner travailler. »
Anna frappa dans ses mains avec enthousiasme.
« C'est vrai qu'à la base, on voulait juste venir chercher Olaf pour faire un tour en ville ! »
Créo tiqua.
« Comment ça on ?
_ Ah tu viens avec nous Anna ?! Trop bien !
_ Une minute, j'ai pas donné mon accord pour ça moi !
_ Haaaan Créo, plus on est de fous plus on rit !
_ J'ai une tête à rire moi ?! Je joue déjà ta babysitter pour l'après-midi Bouboule, je vois pas pourquoi je prendrais en plus le bébé princesse avec moi !
_ Hey ! J'ai 24 ans tu sais ?
_ S.o.r.t.e.z d.e m.o.n b.u.r.e.a.u. »
La neige qui tomba dans la pièce tout en accompagnant chaque syllabe prononcée par la reine fit taire toute protestation.
A part celle de Whilhelm bien évidemment.
« Euh et moi je fais quoi ?
_ DEHORS ! »
Le soldat courut hors du bureau à la suite de ses camarades. Prenant pitié de son air apeuré, Anna demanda :
« Créo, est-ce qu'on peut l'amener avec nous ?
_ Ah parce que pour lui vous demandez l'autorisation hein ?
_ Bah je l'aime bien.
_ C'est pas un chien. Il va pas nous suivre parce que vous voulez l'adopter et le sortir de sa situation compliquée avec sa tyrannique propriétaire.
_ Ah je veux bien venir avec vous !
_ Mais vous n'êtes pas sensé travailler ?! »
Créo se rendit compte de son impuissance lorsqu'elle vit Olaf sauter au cou de Whilhelm et Anna rire avec joie.
Donc pour résumer, elle avait maintenant dans les pattes : un poulet, un bouboule, un bébé princesse et un chiot. Cet après-midi allait être long.
-o-
Ce jour-là, Kristoff était en repos. Pour au mieux profiter de sa journée, il avait décidé de tranquillement se balader près de la place du marché. Il serait dommage de rester cloîtré chez lui un temps pareil après tout.
Le soleil, qui commençait à se faire rare en cet automne déjà bien entamé, était une bénédiction. Le doux parfum des roses de la fleuriste et la si alléchante odeur du pain chaud ravissaient les sens du blond.
Marchant avec sérénité, il aperçut soudainement un attroupement d'enfants surexcités. Le fournisseur de blocs de glace s'avança vers eux avec étonnement :
« Et bien, qu'est-ce que vous faites tous là ? »
Un seul d'entre eux daigna porter attention à Kristoff et répondit :
« Regarde là-bas le ciel ! Tu sais ce que c'est toi ? »
Kristoff se retourna vers le point que lui montrait le petit garçon. Il eut alors un hoquet de surprise.
« Oh…oh non… »
Dans le ciel, au-dessus de ce qui semblait être la grande cathédrale d'Arendelle, se formaient rapidement d'immenses nuages aux reflets écarlates que Kristoff n'eut aucun mal à reconnaître.
Sans demander son reste, l'homme courut vers le monument à toute allure.
« Hey Monsieur ! Mais ça va pas qu'est-ce qu'il a ?! »
Oh pitié. Pitié pitié pitié que ce ne soit pas Kaupe. Pas ici en pleine ville. Pas maintenant c'était trop tôt. Moana n'était pas revenue. Ce monstre n'avait pas dit qu'il reviendrait si tôt…il n'avait pas donné de date précise en même temps….
« Merde ! »
Quels imbéciles ils avaient étés. Le fait que Kaupe revienne avant le retour des Motunuis n'avait traversé l'esprit à aucun d'entre eux. Ils avaient été bêtes. Ils avaient été très bêtes.
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« Créo ? Je peux vous poser une question ?
_ Non.
_ Comment êtes-vous devenue amie avec Elsa ? »
Crescentia soupira. La princesse Anna et elle ouvraient la marche du petit groupe qui, depuis près d'une heure, déambulait dans les rues d'Arendelle. A l'arrière, Whilhelm discutait joyeusement avec Olaf qui tenait Hei Hei par l'aile droite, afin que ce dernier ne se perde pas.
« Votre sœur et moi ne sommes pas si proches que ça.
_ Oh moi je ne trouve pas ! Au contraire même ! »
La femme au chaperon grimaça à l'entente de la voix du jeune soldat qui avait décidé de se mêler à la conversation.
« On t'a rien demandé à toi. »
Whilhelm ignora le ton maussade de Créo et continua avec enthousiasme.
« Je suis de votre côté pour cette relation Dame Créo ! Sachez que je vous soutiens et que si vous avez besoin d'une personne avec qui parler je…
_ Oh Seigneur tu veux bien te taire pauvre imbécile ?! Il n'y a rien entre la reine et moi ! »
Anna inclina la tête.
« Rien ? Rien de quoi ?
_ Laissez tomber. On vous à rien demandé à vous non plus !
_ Mais la scène de tout-à-l'heure avec Sa Majesté…
_ Hein ? Il s'est passé quelque chose que j'ai loupé tout-à-l'heure ? Je me disais bien aussi que…
_ IL S'EST RIEN PASSE DU TOUT ! »
Voyant le regard meurtrier que Crescentia leur offrit, Anna et Whilhelm se turent.
Olaf, n'ayant perdu aucune miette de la conversation, eut un doux rire.
« Je crois que Whilhelm veut parler du fait que Créo soit amoureuse d'Elsa.
_ Qu…Quoi ?
_ Pa-pa-pas du tout ! Pas du tout ! Bon sang me regardez pas comme ça ! C'est pas vrai, c'est pas vrai ! »
Crescentia ne voulait pas que son attirance pour la reine soit révélée à qui que ce soit. Encore moins à la sœur de cette dernière, qui pouvait à tout moment lui répéter. Les conséquences seraient dramatiques.
La marchande ne rougit pas. Pourtant, ses yeux alarmés et emplis de terreur inquiétèrent Olaf. Il ne savait pas que les sentiments de Créo étaient un secret, c'était pourtant si évident. Mais à la vue de son amie tétanisée par la peur, il comprit qu'il avait fait une bêtise. Ainsi, pour la première fois de sa vie, Olaf décida de délibérément mentir à Anna.
« Hihihi t'as vu ta tête Anna ? Tu m'as cru hein ? C'était une blague ! »
Devant le sourire innocent d'Olaf, Anna ne put que se taire. Elle jeta un coup d'œil à Whilhelm et Créo qui détournèrent aussitôt la tête. La princesse avait vraiment loupé un épisode il semblerait…enfin qu'importe, elle en parlerait ce soir à Elsa de toutes manières !
« Qu'est-ce qu'il a votre poulet depuis tout-à-l'heure Dame Créo ? Il s'agite bizarrement… »
L'attention du petit groupe se reporta sur Hei Hei qui, en effet, se débattait comme un diable pour se défaire d'Olaf.
Anna se retint de déclarer que le comportement de l'animal était tout le temps loufoque. Elle observa Créo s'agenouiller auprès du coq afin de le caresser et tenter de le calmer. En vain. Il semblait pris d'un coup de folie.
Regroupés en bas de la grande cathédrale qui, par chance, n'était pas particulièrement bondée ce jour-là, les camarades formaient un groupe bien étrange. Un bonhomme de neige et une marchande essayant d'apaiser un poulet furieux sous l'œil d'une princesse et d'un soldat…véritablement étrange en effet.
Olaf offrit à Créo un regard inquiet.
« C'est la première fois que je le vois comme ça…d'habitude il se contente de crier…tu crois que je devrais le lâcher ? »
La femme au chaperon rouge réfléchit un instant.
« Non…qui sait où il pourrait aller dans cet état. Tiens-le bien et ne le lâche pas. Il va se calmer tout seul. »
Trop obnubilé par Hei Hei, le groupe mit un temps avant de se rendre compte de l'agitation ambiante. La plupart des passants se précipitait hors de la place de la cathédrale tandis que des fenêtres et des portes se fermaient, comme si un cataclysme allait se produire.
Whilhelm leva alors la tête, se rendant compte de l'étrange ambiance qui s'était soudainement installée.
« Euuuuuuh…je crois qu'on a un problème Princesse ? »
Anna se retourna vers Whilhelm avec interrogation et suivit son regard. Ce qu'elle vit la terrifia.
« Oh non. Oh non. Oh non non non ! Créo ! Créo !
_ Quoi ?! Je suis occupée là !
_ Le ciel ! Regarde le ciel ! »
La femme se détourna de son poulet avec réluctance pour porter son attention sur le ciel obscurci. Elle n'eut pas le temps d'enregistrer la singulière couleur des nuages qu'un coup de tonnerre s'abattit à quelques mètres du groupe, mettant encore plus la panique auprès du peu de citoyens qui restaient sur la place.
Whilhelm, sentant le danger, prit la main d'Anna.
« Vite Majesté, ne restons pas là ! »
Il eut à peine le temps de terminer sa phrase qu'un nouveau coup de tonnerre retentit, tombant cette fois-ci en plein sur la cathédrale. Sous les yeux effarés de la princesse, la foudre recommença plusieurs fois à frapper au même endroit, incendiant peu à peu ce dernier.
« Princesse vite ! Ce temps n'est pas naturel, allons-nous en ! Dame Créo ! Dame Créo vous aussi venez ! »
Crescentia ne répondit pas. Toujours à genoux à côté de Hei Hei, son attention s'était figée sur la cathédrale enflammée. Whilhelm suivit le regard de la marchande et vit une ombre se former dans les flammes. Peu à peu, cette dernière prenait consistance tout en s'avançant lentement dans leur direction.
Whilhelm eut le souffle coupé.
« Mais que…
_ Bonjour Crescentia. Je t'ai manqué ? »
Un loup noir aux yeux dorés se tenait devant eux. Sa voix désincarnée semblait résonner dans toute la place.
Whilhelm fut le seul à pouvoir articuler idiotement.
« Il parle…
_ Est-ce la seule chose qui t'étonne mon enfant ? »
La chaleur des flammes, l'odeur putride qui émanait de cette chose et l'effrayante aura qu'il dégageait semblaient anéantir toute pensée cohérente.
Le tonnerre grondait au dessus de la place de la cathédrale et ce, même si aucune pluie ne semblait prête à tomber.
Hei Hei ne cessait de gesticuler dans les bras d'Olaf qui le retenait tant bien que mal. Whilhelm, continuant de fixer le loup, ne put que répondre la première chose lui venant à l'esprit.
« Vous…avez de grandes oreilles.
_ C'est pour mieux écouter vos cris désespérés. »
Anna mit machinalement une main devant sa bouche tandis que Whilhelm continua, ne sachant pas vraiment où allait le mener cette discussion.
« Aussi…vous avez de grands yeux…
_ C'est pour mieux vous voir agonir. »
La tension était palpable. Tout, de la fumée aux hurlements des habitants d'Arendelle, semblait surréaliste. Le cerveau de Crescentia était en pause, revivant la fatidique journée qui l'avait conduite vers l'Enfer. Voir la cathédrale brûler avec une telle simplicité lui rappelait le macabre spectacle de l'orphelinat Grimm. L'odeur, les cris…les morts. La mort.
« Vous avez…de grandes dents.
_ Oh ça...c'est pour mieux…vous dévorer ! »
A ces mots, le démon bondit sur le groupe à toute allure.
Le premier réflexe de Whilhelm fut de se mettre devant la princesse pour la protéger. Pourtant il se rendit rapidement compte que le loup fonçait sur Créo, toujours immobile sur le sol, en transe.
« Créo sauve-toi ! »
Le cri d'Olaf ne parvint pas aux oreilles de la femme au chaperon. Dans sa panique, le bonhomme de neige avait lâché Hei Hei qui se jeta en avant, courant dans la direction du loup.
Un grondement sonore. Un hurlement étouffé. Des pas se stoppant petit à petit. Des bruits de mastication. Il n'en fallu pas plus à Anna pour pousser un hurlement effaré.
Whilhelm détourna douloureusement le regard du spectacle sanguinaire s'offrant à lui.
A quelques pas, le monstre se tenait droit comme un i, mâchant avec délectation les restes d'un poulet trop idiot pour s'enfuir dans la direction opposée à son prédateur.
Lorsque la dernière plume d'Hei Hei vint se poser à côté d'Olaf, le bonhomme de neige sursauta, de grosses larmes coulant le long de ses joues.
« Hei Hei…HEI HEI ! »
Whilhelm se précipita sur le pauvre Olaf afin de le retenir.
Dans sa confusion et son désespoir, le bonhomme de neige semblait près à lui aussi foncer sur le démon. Anna s'écroula à genoux, les yeux fixés sur le loup, se sentant à la fois impuissante et effrayée.
La voix brisée d'Olaf sortit Créo de sa torpeur. Lorsque les yeux de cette dernière se détachèrent enfin de la cathédrale enflammée pour se poser sur la gueule sanguinolente de Perrault, elle écarquilla les yeux.
« Hei…Hei ? »
Sa main chercha vainement les plumes de son poulet, qui devait se tenir près d'elle.
« Hei… »
Il n'était pas là.
« Hei… ?
_ Bien. Etant donné que les Motunuis ne sont pas là…je me suis permis d'au moins me faire un encas avec leur stupide animal. »
La voix éteinte de Créo semblait issue d'un autre monde.
« Olaf…où est Hei Hei ? »
Les pleurs étouffés d'Olaf furent sa seule réponse.
Se rendant compte de l'inutilité de la plupart des personnes du groupe, Perrault s'adressa à Whilhelm qui, malgré ses nombreux tremblements, semblait le plus apte à enregistrer des informations.
« J'avais dit que je reviendrai pour les Motunuis…mais ils ne sont pas là.
_ Ils…sont…la reine…elle leur a donné une mission.
_ Mission ? »
La terrible odeur de souffre sembla s'accentuer.
« Quand reviendront-ils ?
_ Bien…bientôt…bientôt.
_ QUAND ?! »
La foudre tomba une nouvelle fois sur la cathédrale désormais en ruines.
« Je ne sais pas ! Je ne sais vraiment pas ! Je…je… »
Perrault réfléchit silencieusement. Toisant le jeune soldat avec malice, il déclara.
« Je reviendrai dans un mois. S'ils ne sont pas de retour à ce moment-là…votre royaume ne sera plus. »
Lorsque la pluie tomba soudainement, commençant à éteindre les flammes gourmandes de l'incendie, le loup disparut sans un bruit. Aussi vite qu'il était apparu.
« Anna ! »
La voix affolée de Kristoff parvint à peine aux oreilles de Crescentia qui restait immobile, l'attention happée par le sol maculé du sang de son poulet.
« Kristoff ! Kristoff ! »
La princesse se leva pour se jeter dans les bras de son ex-petit-ami et pleura à chaudes larmes.
Whilhelm échangea un regard avec Kristoff. Le soldat raconterait tout au fournisseur de blocs de glace plus tard. Pour le moment, il fallait absolument évacuer les lieux et prévenir la reine.
Olaf, serrant la plume d'Hei Hei avec force d'une main, posa celle de libre sur l'épaule de Créo.
« Créo je… »
Soudainement, comme prise de démence, la femme aux yeux rouges eut un rire sonore, entrecoupé de hoquets. Elle prit ses cheveux dans les mains, les tirant au point de presque les arracher, et hurla avec désespoir.
« HEI HEIIIIIII ! »
-o-
Fin du chapitre 26 !
Dé…solée ?
J'avais prévu le sort de Hei Hei depuis le début de cette histoire en réalité. C'est triste à dire et franchement, écrire ce chapitre m'a donné beaucoup de mal. CAR IL EST ADORABLE CE POULET BON SANG.
Mais bon que voulez-vous, quand on n'a pas le choix…
J'espère que vous continuerez de suivre cette histoire malgré tout ahaha !
Bon courage, soyez heureux et à dans deux semaines !
