Chapitre 28: La musique des âmes
Les premiers jours du séjour d'Elizabeth à Darcy House furent étonnamment paisibles. Elle avait constaté avec surprise qu'en dépit du peu de temps qu'elle y avait passé, elle se désormais sentait chez elle dans la demeure londonienne de son mari. Ses relations avec Mrs. Wilson, si elles étaient froides, n'en restaient pas moins cordiales. Au cours du dernier séjour des Darcy à l'automne, les deux femmes avaient trouvé un terrain d'entente, laissant à chacune assez de prérogatives et de responsabilités pour ne pas créer de rancœur et de frustration. Elizabeth avait eu l'intelligence de comprendre que malgré tout ce que lui avait enseigné Mrs. Reynolds, l'intendance d'une demeure telle que Darcy House, amenée à occuper une place déterminante pendant la Saison, était très différente de celle d'un manoir de campagne, fût-ce Pemberley. Elle laissa donc à Mrs. Wilson le soin de superviser le personnel, se contentant de gérer la comptabilité, et de vérifier que ses ordres étaient bien respectés. Elle n'avait pas tardé à s'apercevoir que, malgré son erreur de jugement de l'été précédent, Mrs. Wilson était une femme pragmatique et très compétente. Elizabeth ne regretta à aucun moment d'être intervenue auprès de Darcy pour qu'il ne la renvoie pas.
Néanmoins, la nouvelle du retour des Darcy à Londres ne tarda pas à s'ébruiter dans le cercle de la haute société londonienne, relayée par Lady Matlock qui avait mis un point d'honneur à évoquer la présence des Darcy à Londres auprès de ses nombreuses connaissances. Aperçue en compagnie de Georgiana à la sortie de la boutique de l'une des couturières les plus en vue de Londres, Elizabeth avait en effet eu bien du mal à rester inaperçue plus d'une semaine. Aussitôt, avant même le véritable début de la Saison, les invitations affluèrent, ce qui fit sourire la jeune femme qui n'était jamais parvenue à oublier les menaces de Lady Catherine.
Encouragée par Lady Matlock qui était désireuse de voir la jeune Mrs. Darcy prendre enfin la place qui lui revenait de droit dans la haute société londonienne, la décision de participer activement à la Saison s'imposa d'elle-même dans l'esprit d'Elizabeth. Tout comme à l'automne, lorsqu'elle avait organisé le bal de Pemberley pour éviter de penser qu'elle n'était pas enceinte, elle comptait sur l'activité frénétique de Londres pour éviter de songer aux événements qu'elle venait de traverser.
Convaincre Darcy ne fut pas été une mince affaire. Il la savait encore fatiguée et très affectée par sa fausse couche, et connaissait mieux qu'elle le rythme effréné de la Saison londonienne, le tourbillon de visites, de bals et des dîners auxquels les femmes de la haute société devaient s'astreindre. Il expliqua à Elizabeth qu'elle n'aurait aucun répit pendant plusieurs mois, ne pourrait déroger à aucune règle, serait tenue d'honorer ses activités mondaines quotidiennement, et ne pourrait dormir que quelques heures chaque nuit. Mais convaincue que c'était précisément le rythme dont elle avait besoin pour se remettre de sa fausse couche, et surtout que c'était son devoir de Maîtresse de Pemberley de tenir son rang à Londres, Elizabeth fut inflexible.
Lady Matlock savait qu'Elizabeth ne pourrait pas participer à la Saison si elle n'était pas au préalable présentée à la Reine Charlotte et à sa cour. Elle avait donc convaincu sa nièce qu'elle de participer à la Présentation des Débutantes aux côtés de Georgiana. Cet événement, unique dans la vie d'une jeune fille, intervenait tardivement pour Elizabeth puisqu'elle ne serait pas présentée comme jeune fille à marier mais comme épouse de Fitzwilliam Darcy et maîtresse de Pemberley.
Pour la première fois depuis leur mariage, Elizabeth sollicita donc la générosité de Darcy, afin qu'il intercède en sa faveur pour qu'elle puisse prendre part à la cérémonie. Malgré ses réticences, Darcy accepta, et une invitation en provenance du palais St James arriva à Darcy House une dizaine de jours plus tard.
Et Elizabeth prenait très à cœur l'entrée dans le monde de Georgiana qu'elle tenait à entourer de son mieux. Elle savait la jeune fille réservée, presque timide au point de perdre tous ses moyens en présence d'inconnus. La présentation à la Cour revêtait donc des allures de cauchemar aux yeux de Georgiana. La présence réconfortante d'Elizabeth à ses côtés ne serait pas de trop pour l'aider à surmonter cette épreuve. Dans l'attente de ce grand jour, elle s'appuyait sur les conseils de sa belle-sœur pour surmonter sa timidité, ainsi que sur ceux de Lady Matlock.
Dès qu'Elizabeth avait reçu sa propre invitation, Lady Matlock avait commencé à organiser activement ce grand jour avec ses deux nièces. Si la présentation de chaque Débutante ne durait que quelques instants, sa préparation prenait des semaines. Du choix de la robe, à la répétition du salut en passant par la façon de se mouvoir avec une robe à traîne, rien ne fut laissé au hasard. Mrs. Vernon, l'amie d'Elizabeth, leur recommanda son propre maître à danser qu'il l'avait aidée à répéter pour sa présentation à la cour sept ans plus tôt.
Fort heureusement pour Darcy, un événement vint distraire sa sœur et Elizabeth de leur frénésie d'activités : après plusieurs semaines de séparation, Kitty vint à nouveau les rejoindre, accompagnée par une lettre virulente de Mrs. Bennet qui insistait pour que la jeune fille soit présentée à la Cour en même temps qu'Elizabeth. Et ce fut cette fois à Lord Matlock d'intervenir auprès de ses relations pour que la jeune fille fut admise à la présentation à la Cour aux côtés de Georgiana et Elizabeth. Quelques jours après, la réponse favorable fut reçue, plongeant la jeune fille dans une extase continuelle. Contrairement à Elizabeth et Georgiana, elle attendait cet événement avec une impatience et une fierté immenses, apportant ainsi une joie de vivre plus que bienvenue à Darcy House.
Et Kitty était d'autant plus joyeuse qu'elle était presque soulagée de quitter Longbourn, où la situation s'était considérablement dégradée avec le retour de Lydia. Le jour de son arrivée, peu après qu'Elizabeth eût conduit sa sœur à la chambre qui allait être la sienne durant son séjour, Kitty redescendit dans le grand salon. Elle y fut accueillie par Georgiana qui, avec un enthousiasme débordant, l'étreignit avec force de rires et d'exclamations de joie. Lorsqu'il rentra de son club le soir, Darcy fut agréablement surpris en pénétrant dans un salon empli de rires et de bonne humeur.
L'atmosphère se chargea pourtant de tension durant le dîner lorsque Kitty évoqua le retour de Lydia à Longbourn. Le silence tomba autour de la table, brisé seulement par le cliquetis des couverts. Kitty n'avait été que vaguement informée des circonstances qui entouraient la fausse couche d'Elizabeth mais elle craignait un faux pas qui aurait ravivé sa peine. Elle venait d'en faire un sans le savoir, aussi ne comprit-elle pas le silence qui tomba lorsqu'elle mentionna Lydia. Comprenant intuitivement que les deux événements étaient apparemment liés, Kitty chercha à lire les traits d'Elizabeth, tentant d'y déceler une trace de tristesse ou de mélancolie. Mais Elizabeth avait depuis longtemps appris à ne pas laisser transparaître ses émotions. Désireuse d'épargner Georgiana, Elizabeth changea habilement de sujet. Néanmoins, elle ne manqua pas de questionner Kitty lorsque Georgiana se fut retirée, et elle reporta leur conversation à Darcy lorsqu'ils se retrouvèrent seuls dans leur chambre.
« Alors comment va Lydia ? demanda aussitôt Darcy en la voyant entrer.
- Comme on pouvait le craindre : elle se plaint sans cesse.
- Tu m'as souvent dit que ta sœur s'est toujours plainte, et rarement à juste titre. Je n'ose pas imaginer l'attitude qu'elle peut avoir maintenant qu'elle a toutes les raisons de le faire...
- Elle est arrivée à Longbourn en grand fracas. Mes parents ont essayé de la calmer mais cela a pris des heures. Et les jours suivants, elle a continué. Certains jours, elle ne fait que pleurer, et le reste du temps, elle est d'une humeur exécrable. Elle commencerait même à parler d'un complot qui visait à la séparer de Wickham.
- C'est ridicule ! Pourquoi voudrions-nous la séparer de son mari ? Nous savons tous qu'elle l'aime, même si cela dépasse notre entendement. Leur mariage a été accepté depuis longtemps par ta famille.
- Elle ignore tout de la vraie raison du départ de Wickham, donc elle envisage toutes les théories possibles.
- Aurais-tu préféré que nous lui disions tout ? A mon avis il est préférable qu'elle pense qu'il est parti de son propre chef.
- Pourquoi ?
- Elle t'en aurait voulu si nous l'avions informée de la vérité, répondit-il avec tendresse.
- William… Là tu penses à ce qu'il y a de mieux pour moi, mais pas à elle, alors qu'elle a perdu son mari.
- Ton bonheur est ma priorité. Tu as suffisamment souffert à cause de Wickham. Je ne veux pas que tu te brouilles avec Lydia par sa faute.
- Nous n'avons jamais été très proches… De toute façon, il semblerait qu'elle en veuille à tout le monde. Elle l'aime vraiment, William. Je pense que c'est pire pour elle de croire que Wickham est parti de lui-même, sans penser à elle. Elle doit avoir le sentiment de le perdre une deuxième fois.
- Mais c'est le cas. Il ne s'est jamais soucié d'elle. Elle doit l'accepter pour pouvoir se remettre de toute cette sombre histoire le plus rapidement possible.
- Penses-tu vraiment qu'elle le peut ? Elle a perdu son mari sans être veuve pour autant. Elle ne pourra pas devenir mère, ni fonder sa propre famille… Sa vie est terminée avant même d'avoir commencé.
- Tu connais l'opinion que j'ai de Wickham. Personnellement je pense qu'elle est mieux sans lui.
- Mais tu n'es pas à sa place. Elle est jeune, amoureuse et mariée. Et pourtant elle n'a rien de tout ce qu'elle devrait avoir, et a perdu toute chance de l'obtenir un jour.
- Penses-tu qu'il vaudrait mieux pour elle qu'elle le rejoigne ?
- Je pense qu'elle a le droit de connaître la vérité, et que nous avons le devoir de la lui dire. Ensuite, elle pourra choisir en toute connaissance de cause.
- Tu ne peux pas lui raconter tout cela par lettre.
- J'attendrai de la revoir. Ou je demanderai à mon père de tout lui expliquer si je ne peux pas la revoir assez tôt. Mais il n'est pas impossible que ma mère lui propose de venir à Londres d'ici quelques semaines pour l'aider à retrouver un peu de joie de vivre. Auquel cas je lui parlerai.
- Que dit ta mère au sujet de toute cette histoire ?
- Mon père ne lui pas dit toute la vérité. Il a trop peur qu'elle ébruite l'affaire.
- Ce qui ne serait vraiment pas dans son intérêt ni celui de Kitty et Mary.
- Elle ne pensera pas si loin, dit Elizabeth amèrement. Donc pour l'instant elle prend le parti de Lydia, racontant à qui veut l'entendre que son gendre est le pire scélérat qui soit, et qu'elle regrette de lui avoir donné la main de sa fille…
- Se rend-elle seulement compte qu'elle aggrave la situation de Lydia en faisant croire à tous que son mari l'a abandonnée ?
- Je ne pense pas. En tout cas, Kitty m'a confié que mon père commence à perdre patience… J'espère qu'elle va rapidement se ressaisir et faire preuve de plus de discrétion.
- Kitty doit être soulagée de venir séjourner quelques temps loin de Longbourn…!
- Plus que tu ne peux imaginer ! Sans compter qu'elle ne pense plus qu'à Mr. Cooper. Elle a dû suivre le retour de Lydia assez distraitement.
- Es-tu consciente que les Cooper risquent d'être difficiles à convaincre ?
- J'en ai peur… Mais je veux espérer. Jonathan Cooper l'aime sincèrement, et je pense que leur mariage serait très heureux.
- C'est mon avis également. Je te promets que je ferai tout ce que je peux pour les aider si nécessaire.
- Mr. Darcy, vous ai-je déjà dit à quel point vous m'êtes indispensable ? » dit-elle en souriant.
Il sourit et l'embrassa sur le front avant de la serrer contre lui, lisant dans son regard les mots qu'elle avait tus, et sa culpabilité en apprenant les souffrances de Lydia. Désireux de la dérider, il resserra son étreinte autour d'elle, et lui demanda comment les préparatifs de sa présentation à la Cour avançaient.
Dix jours plus tard, alors que Kitty ne tenait plus en place à l'idée de pouvoir enfin assister aux réceptions qui lui permettraient de revoir Jonathan Cooper, un événement attendu depuis plusieurs mois par Elizabeth et Georgiana survint. C'était en effet le début de la saison pour l'Opéra de Londres qui commençait par donner La Tempête de Purcell. Même s'il n'avait pas prévu de se rendre à l'opéra avant la représentation de Didon et Enée en mars, Darcy ne put résister aux demandes répétées de sa sœur, encouragée par les sourires discrets mais lourds de sens d'Elizabeth. Il céda donc, invitant Kitty à se joindre à eux.
La présence de Kitty et de Georgiana, jeunes filles à marier n'ayant pas encore été présentées à la cour, pouvait faire jaser les membres de la haute société londonienne. Mais Darcy, connaissant la passion de sa sœur pour la musique, passait outre depuis de nombreuses années en l'invitant à assister aux représentations. Georgiana surmontait ces soirs-là sa timidité avec une facilité étonnante. Elle comptait par ailleurs sur la présence de Kitty pour rendre la soirée encore plus agréable.
Toutefois, la jeune Miss Bennet avait bien d'autres préoccupations. La représentation était la dernière pensée de Kitty qui ne parvenait à oublier que c'était la première fois qu'elle aurait l'opportunité de revoir Mr. Cooper. Elizabeth n'était pas dupe et savait qu'elle devrait surveiller sa sœur de près. Dans son élan, cette dernière avait plus d'une fois risqué de se trahir auprès des parents et de la sœur de Mr. Cooper. L'inquiétude d'Elizabeth ne cessait de grandir à ce sujet, n'anticipant que trop bien les obstacles que le jeune couple aurait à surmonter si leurs sentiments persistaient.
Mais dans l'immédiat, toutes ses pensées étaient tournées vers le fait qu'elle s'apprêtait à affronter tous les regards lors de son arrivée au bras de Darcy au Royal Theatre de Londres. C'était leur première sortie publique de la Saison. Fort heureusement, nombre de leurs connaissances lui avaient été présentées lors de la réception qu'elle avait donnée à Pemberley en novembre. Elle pressentait néanmoins que la première impression qu'elle susciterait ce soir-là serait déterminante pour les semaines et les mois à venir. Lors de la Saison, le moindre faux pas était impardonnable, et elle savait que Lady Catherine ne manquerait pas de tout mettre en œuvre pour lui nuire. Néanmoins, elle préférait encore cette angoisse à la douleur sourde et persistante qu'elle ressentait depuis la perte de son premier enfant.
Le soir de la représentation arriva enfin. Lorsque la voiture des Darcy parvint enfin à se frayer un chemin parmi les innombrables calèches des autres invités, l'atmosphère était électrique, Kitty et Elizabeth gardant le silence tandis que Georgiana questionnait sans cesse son frère. Leur voiture finit par s'arrêter devant les marches du Royal Theatre et, leur donnant le bras, Darcy aida les trois jeunes femmes à descendre. L'entrée dans le foyer marbré de l'opéra parut solennel à Kitty qui en oublia un instant de chercher du regard les Cooper. Tout n'était qu'abondance de luxe, de dorures, de femmes au summum de l'élégance au bras d'hommes qui n'avaient rien à leur envier en prestance. Leurs voix et leurs éclats de rire résonnaient dans le foyer de marbre, se mêlant à l'atmosphère fiévreuse qui précède toujours les spectacles.
Elizabeth sentit de nombreux regards se porter sur eux à l'instant où ils passèrent les portes de l'opéra. Darcy les escorta jusqu'au vestiaire, attendant patiemment leur tour. Tandis qu'il aidait son épouse retirait sa pelisse, il admira la ligne délicate de son cou, accentuée par ses cheveux relevés dans un élégant chignon. Il ne put s'empêcher de noter la pâleur de son teint, que lui envieraient bien des femmes au cours des mois à venir, mais qu'elle devait aux épreuves terribles qu'ils venaient de traverser. Malgré tout, elle lui paraissait divine, vêtue d'une robe lilas à la dernière mode, avec pour seule parure le collier de saphirs qu'il lui avait offert le soir où il l'avait présentée aux Matlock.
Reprenant son bras, Elizabeth lui offrit le plus doux des sourires, chassant ainsi sans le savoir les pensées nostalgiques de son mari, et ils gravirent le large escalier qui devait les conduire à leur loge. Chemin faisant, ils croisèrent les Vernon, qui les accueillirent avec enthousiasme. Puis, tandis qu'ils gravissaient les marches, suivant la foule, Elizabeth sentit à nouveau les regards se porter sur eux. Lady Catherine n'avait pas manqué de lui rappeler combien l'absence de Darcy et de sa jeune épousée durant la Saison précédente avait fait jaser. Elle se doutait que la curiosité n'avait fait que croître au fil des mois, notamment depuis les excellents échos qu'avait eus leur bal à Pemberley en novembre.
Et de fait, toutes les personnes qui se trouvaient déjà en haut de l'escalier, ou postées aux balcons du hall de réception, les observèrent avec attention, chuchotant entre elles. Mais Elizabeth n'en avait cure, trop occupée à admirer la beauté des lieux, impatiente d'assister à son premier opéra. Puis, ils arrivèrent à l'étage de leur loge, et Darcy leur demanda si elles préféraient s'installer immédiatement. Avant même qu'Elizabeth puisse répondre, elle entendit une voix qu'elle ne reconnut pas appeler son mari.
« Mr. Darcy, vous voilà enfin ! »
Les deux époux se retournèrent, et Elizabeth aperçut alors la créature la plus extraordinaire qu'elle eut jamais vue. Vêtue d'une robe gris perle d'une simplicité et d'une élégance rares, se mouvant avec tant de fluidité qu'elle donnait l'impression de glisser sur le sol, une femme grande et mince d'une quarantaine d'années s'avança vers eux.
« Lady Von Lieven, quel plaisir ! dit Darcy d'une voix qui semblait sincèrement ravie aux oreilles d'Elizabeth.
- Vous daignez à nouveau vous montrer à Londres ! Mon cher, vous nous avez délaissés bien trop longtemps ! Je devrais vous punir pour avoir déserté mes salons pendant deux ans ! Néanmoins, comme je suis ravie de vous revoir, je n'en ferais rien !
- Votre magnanimité vous perdra.
- C'est surtout que j'aurais peur de vous faire fuir à nouveau !
- Permettez-moi vous présenter mon épouse, Elizabeth Darcy. Et voici également sa sœur, Miss Catherine Bennet. Et vous vous souvenez bien sûr de ma sœur, Miss Georgiana Darcy. Elizabeth, Catherine, je vous présente la Comtesse Von Lieven.
- Enchantée, dit la Comtesse à l'intention des deux sœurs Bennet en esquissant une révérence exquise qui donna l'impression aux deux jeunes femmes de ne jamais avoir été si maladroites de leur vie. Miss Darcy, c'est un plaisir de vous revoir. Je vois que vous êtes restée fidèle à votre passion pour l'opéra.
- En effet, Lady Von Lieven. Je suis heureuse de pouvoir vous compter parmi nous.
- Et voici donc la jeune femme qui a tant fait jaser ! dit la Comtesse en se tournant vers Elizabeth. Mrs. Darcy, je vous dois des remerciements. Votre union a alimenté les discussions pendant des semaines, c'était passionnant. J'avoue que j'étais très curieuse de vous rencontrer !
- Moi de même. Mr. Darcy m'a dit beaucoup de bien à votre sujet.
- Beaucoup de bien, vraiment ? Ma chère, il faudra que nous ayons une discussion en tête-à-tête. Et je n'accepterai aucune dérobade de votre part ! A moins que votre époux ne vous laisse aucune liberté ? Ce qui serait fort dommage car s'il est toujours à vos côtés comment pourrons-nous médire à son sujet ?
- En effet ! Mais je vous rassure, je devrais pouvoir m'échapper assez facilement, répondit Elizabeth avec un sourire sincère.
- Je crois que c'en est fait de moi, dit Darcy en souriant galamment.
- Voyons mon ami, il ne faut pas vous formaliser pour si peu ! Vous semblez avoir épousé une jeune femme délicieuse, ce qui ne m'étonne pas de la part d'un homme de goût tel que vous. Je souhaite simplement faire davantage connaissance avec elle. Et tâcher de comprendre comment elle s'y est prise pour capturer votre cœur alors que nous étions tous prêts à parier nos fortunes que vous ne vous laisseriez jamais prendre dans les filets du mariage ! De plus, vous savez aussi bien que moi combien les visages amicaux se font rares pendant la Saison. Et pourtant, j'en profite, j'aime tellement revenir dans ma chère Angleterre !
- N'y résidez-vous pas à l'année ? demanda Elizabeth.
- Malheureusement non. Mon époux et moi partageons notre temps entre sa Bavière natale et Londres. J'aime beaucoup la Bavière, c'est une contrée magnifique, et je parle désormais très bien allemand. Mais il m'arrive encore d'éprouver le mal du pays plus souvent que je ne le voudrais. Donc j'en profite autant que je le peux lorsque je séjourne en Angleterre.
- Et c'est toujours un plaisir de vous revoir parmi nous, dit Darcy.
- Si je vous manque tant que cela, pourquoi ne pas venir en Bavière ? Mon invitation a été lancée il y a des années, elle tient toujours. Mrs. Darcy, voici un des nombreux sujets que nous devrons aborder lorsqu'il ne sera pas là pour nous espionner : il faudra absolument le convaincre ! Il peut être si obstiné ! Votre père le répétait sans cesse, Mr. Darcy, je vois qu'il ne s'est pas trompé !
- C'était un homme d'une grande sagesse qui avait très bien cerné mes défauts.
- En tout cas, Mrs. Darcy, vous n'êtes pas sans savoir que votre époux est amateur de chasse, il serait aux anges dans nos forêts ! Quant à vous, Miss Darcy, je n'ose même pas imaginer votre joie : nous organisons fréquemment des concerts. Les compositeurs et les orchestres de la région sont extraordinairement talentueux.
- C'est une invitation très tentante, en effet, dit timidement Georgiana.
- Et vous, Miss Bennet ? Quelle est votre plus grande passion ?
- La lecture.
- Dans ce cas il me sera difficile de rivaliser avec la bibliothèque de Pemberley. De quel domaine venez-vous ?
- Longbourn, Hertfordshire.
- Voilà une contrée charmante ! Ne vous manque-t-elle pas trop, Mrs. Darcy ?
- Tout comme vous, il m'arrive d'éprouver le mal du pays. Mais j'aime tellement Pemberley que ma nostalgie est toujours passagère.
- Comtesse ! Quel plaisir ! s'exclama soudain une voix, interrompant leur conversation.
- Mr. et Mrs. Stafford ! Vous ici ce soir ! En voilà une surprise ! Je croyais que vous ne supportiez pas Purcell, Mrs. Stafford ?
- En effet, mais que ne ferais-je pas pour contenter mon mari et mon fils ?
- Mrs. Darcy, Miss Bennet, laissez-moi vous présenter : Mr. et Mrs. Stafford, de très bons amis, depuis plus de vingt ans ! Mes chers amis, vous vous souvenez bien sûr de Mr. Darcy et de sa jeune sœur, Miss Darcy ? Et voici Mrs. Darcy, la jeune épousée dont nous étions si curieux, et sa sœur, Miss Catherine Bennet.
- Et voici notre fils, Mr. Benjamin Stafford, dit son père.
- Mr. Stafford ! En voilà une surprise ! Je ne vous aurais presque pas reconnu ! s'exclama la Comtesse.
- C'est un plaisir. L'Europe m'a semblée fort ennuyeuse sans votre esprit et votre humour, dit Benjamin Stafford en s'inclinant.
- J'en doute ! Nous savons tous combien vous autres jeunes gens prenez du bon temps pendant votre Grand Tour.
- Il faut que jeunesse passe. Et je crois savoir que Mr. Stafford l'a amplement mérité, dit Darcy.
- En effet, Mr. Darcy, il a été brillamment diplômé de Cambridge il y a un an et demi ! » dit fièrement Mrs. Stafford.
C'était son fils unique et Elizabeth comprit instantanément qu'elle l'idolâtrait. Réussissant momentanément à se soustraire à l'attention de la Comtesse et aux félicitations des Darcy, Mr. Benjamin Stafford fit un baisemain à Elizabeth et salua Kitty et Georgiana. Cette dernière était restée muette en l'apercevant, et ne sut que répondre lorsqu'il lui dit les formules d'usage pour la saluer et lui souhaiter une bonne soirée. Avec mortification, elle se sentit rougir violemment. Baissant les yeux, elle mit du temps à trouver le courage de le regarder à nouveau. Tout en lui la charmait : son allure, sa voix enjouée, ses manières raffinées, ses yeux toujours en mouvement et la moue boudeuse qu'il arbora lorsque de nouvelles connaissances rejoignirent leur groupe.
Elizabeth et Darcy, tout à leur discussion avec la Comtesse Von Lieven, ne s'aperçurent pas de l'émoi de la jeune fille. Kitty en revanche, ne manqua pas de noter la rougeur de ses joues et son attitude figée durant les minutes qui suivirent. Elle ne se souvenait que trop bien de sa première rencontre avec Jonathan Cooper pour ne pas savoir interpréter les symptômes de la première rencontre de Georgiana avec Mr. Stafford de façon immédiate.
Effaçant son sourire, elle se ravisa. Si Jonathan Cooper avait tout de suite montré de l'intérêt pour elle et du plaisir à être en sa compagnie, il ne semblait pas en aller de même pour Benjamin Stafford. Après avoir salué tous les membres de leur groupe, il s'était légèrement écarté et faisait mine d'écouter leur conversation d'un air distant sans pour autant parvenir à masquer son ennui.
Kitty en était à ces réflexions lorsque la sonnerie retentit, les avertissant que la représentation allait bientôt commencer. C'est alors qu'elle s'aperçut que les Cooper étaient restés invisibles. Elle savait pourtant de source sûre qu'ils étaient présents à Londres depuis plusieurs semaines. Et elle avait suffisamment entendu Georgiana et Jonathan Cooper disserter sur leur passion pour la musique en général, et Purcell en particulier, pour s'étonner de son absence à une telle représentation.
« Tu le verras lorsque nous irons à la soirée des Cooper à la fin du mois, tenta de la rassurer Elizabeth alors qu'ils venaient de prendre congé des Stafford et de la Comtesse Von Lieven, escortée par un de ses cousins.
- Je sais bien. Mais j'ai tellement espéré et attendu de cette soirée !
- Je m'en doute. Mais n'oublie jamais que tout vient à point à qui sait attendre. Souviens-toi de Jane et Mr. Bingley.
- Oui, tu as sans doute raison. Mais combien Jane a-t-elle dû souffrir avant de voir son rêve se réaliser ! »
Les Darcy et Kitty prirent place dans leur loge. Elizabeth, installée au premier rang des huit sièges disposés dans l'espace capitonné de velours rouge, fut émerveillée par leur emplacement. A cinq loges à peine de la tribune royale, la vue sur la scène était idéale. Darcy se tourna vers elle pour voir sa réaction et il sourit de sa joie, ravi de voir qu'il avait réussi à lui faire plaisir. Lorsque la représentation commença, Elizabeth fut scandalisée de constater que bien peu de personnes dans l'assistance avaient tourné leur attention vers la scène. Nombreux étaient ceux qui observaient les autres loges avec leurs lunettes de spectacle, commentant à foison tout ce qu'ils voyaient. Leurs regards étaient souvent tournés vers la loge des Darcy, Elizabeth suscitant toujours la curiosité, d'autant plus après le long échange qu'elle avait eu avec la Comtesse Von Lieven.
La loge de cette dernière ne désemplissait d'ailleurs quasiment jamais. Plusieurs personnes de l'audience passaient une grande partie de la représentation à rendre visite à leurs connaissances, allant de loge en loge. Le mouvement ne cessait pas. La Comtesse semblait ennuyée de ne pouvoir suivre la représentation tranquillement, reléguant à son cousin le soin de répondre à la plupart des sollicitations des gens qui entraient dans sa loge. Elle ne saluait que ses plus proches amis, et très brièvement, leur faisant comprendre que leur présence n'était pas la bienvenue en dehors des entractes.
Darcy avait depuis longtemps réglé le problème en ce qui concernait sa propre loge en la fermant à clé de l'intérieur. Il se moquait éperdument que cela soit contraire aux convenances. A ses yeux, le spectacle à l'opéra était bel et bien sur scène et non dans la salle. Ses parents avaient été trop amoureux des arts pour qu'il puisse se laisser distraire par des bavardages qu'il jugeait par ailleurs sources d'ennui. La majeure partie de la Saison était consacrée aux commérages et à la critique acerbe et continue des faits et gestes de chacun. C'était bien assez selon Darcy pour laisser les vrais amateurs d'art profiter de l'opéra et du théâtre en toute tranquillité.
Néanmoins, Lady Matlock lui avait fait remarquer à de nombreuses reprises que fermer sa loge était très mal perçu. Mais Georgiana et Darcy n'avaient cure de ces préoccupations. Mélomane passionnée, la jeune fille avait fréquemment demandé à son frère de faire selon ses souhaits et de fermer leur loge. Ce soir-là, il le fit pour Elizabeth. Il savait qu'elle ne tenait pas particulièrement à rencontrer leurs relations avant même le début de la Saison, mais surtout car il souhaitait qu'elle profite pleinement de son premier opéra.
En l'observant boire avidement chaque note, fermer les yeux durant les passages les plus lyriques, et détailler attentivement les chanteurs et les acteurs à l'aide ses lunettes de spectacle, sans jamais détourner les yeux de la scène, il sut qu'il ne s'était pas trompé, et qu'elle deviendrait rapidement aussi mélomane que Georgiana et lui. La magie du spectacle, pour les yeux et l'ouïe inexpérimentés d'Elizabeth, était totale. Elle se laissa submerger par l'émotion, oubliant le reste de la salle, consciente uniquement de la main de son époux qui tenait la sienne discrètement entre leurs sièges. Il se penchait parfois pour lui chuchoter un commentaire sur le livret ou les arias. A la fin du premier acte, après les applaudissements, il porta sa main à ses lèvres et l'embrassa délicatement, heureux de voir son regard émerveillé lorsqu'elle détourna enfin les yeux de la scène.
Nul ne souhaitant de rafraîchissements durant les entractes, ils restèrent tous les quatre dans leur loge. Quelques-unes de leurs connaissances vinrent les saluer à cette occasion. Georgiana fut distraite pendant toute la soirée, peinant à se concentrer sur le spectacle. Pour la première fois de sa vie, elle détourna ses yeux de la scène, cherchant dans la foule pour observer Mr. Stafford. Ses parents ne louaient pas de loge et se contentaient de places dans l'orchestre mais hors du champ de vision de la jeune fille. Elle comprit rapidement qu'elle ne le reverrait pas avant plusieurs jours voire quelques semaines.
Lorsqu'ils reprirent le chemin de Darcy House, tous partageaient des sentiments mêlés. Elizabeth était encore transportée par la beauté du spectacle sur lequel elle ne tarissait pas d'éloges en l'évoquant avec son mari, mais triste pour sa sœur, et intriguée par l'attitude de Georgiana. Elle s'inquiéta même de sa santé, jusqu'à ce que la jeune fille l'informe qu'elle se sentait parfaitement bien. Kitty garda le silence, tentant de se remémorer la musique pour ne pas penser à sa déception causée par l'absence des Cooper. Quant à Darcy, il était ravi que son épouse ait passé une bonne soirée, et heureusement surpris qu'elle ait fait connaissance avec la Comtesse Von Lieven. Il était loin de se douter à quel point cette rencontre serait déterminante pour Elizabeth pour les semaines et les années à venir.
Au fil des jours, les trois Débutantes se sentirent frustrées que la Saison tarde à commencer. Les parlementaires siégeaient depuis quelques semaines mais tous s'accordaient à dire que le véritable début de la Saison coïncidait avec la présentation à la Cour des jeunes filles à marier. Il leur fallut donc prendre leur mal en patience. Si Elizabeth put participer à quelques dîners en compagnie de Darcy, Kitty et Georgiana durent quant à elles rester à Darcy House tous les soirs, ce qui les privait de la moindre opportunité de revoir les Cooper et les Stafford.
Georgiana ne s'était pas encore confiée à Kitty ou Elizabeth, consciente que quelques secondes d'échange avec Mr. Benjamin Stafford ne suffisaient pas pour qu'elle s'autorise à penser à lui plus qu'elle ne le devait. Et pourtant, ces quelques secondes restaient gravées dans sa mémoire. Mais elle comptait la patience au nombre de ses qualités, et elle ne souffla mot à quiconque. Au lieu de cela, elle fit même preuve d'assez de générosité pour aider Kitty à attendre le bal des Cooper auquel, contre toutes attentes, la jeune fille avait été invitée.
Tous ignoraient pourquoi Kitty avait reçu une invitation alors que les parents de Jonathan Cooper considéraient le rapprochement des deux jeunes gens avec une forte réticence. Quant à Elizabeth, dès lors qu'elle sut que Lady Catherine serait également présente ce soir-là, elle sentit l'angoisse s'emparer d'elle à l'idée de ce que sa tante par alliance pourrait tenter en vue de lui nuire.
Cette dernière n'était pas encore présente lorsque Darcy, Elizabeth et Kitty furent accueillis par Mr. et Mrs. Cooper dans leur demeure londonienne. Ils donnaient un bal privé précédé d'un dîner auquel assisteraient environ cent personnes. L'atmosphère était donc presque calme lorsqu'ils pénétrèrent dans la salle de réception. Elizabeth chercha des regards certaines de ses connaissances mais n'en vit aucune. Elle tint donc compagnie à sa sœur qui était sur des charbons ardents et manquait de sursauter à chaque fois qu'une nouvelle personne entrait dans la salle. Malgré son attente, Jonathan Cooper restait invisible et Elizabeth commença alors à redouter que c'était précisément cette absence qui avait poussé les Cooper à inviter Kitty sans crainte de la voir se rapprocher davantage de leur fils. Mais elle eut elle-même un autre souci de préoccupation moins d'une heure après son arrivée.
En effet, alors que presque tous les invités étaient réunis et conversaient aimablement dans l'attente du dîner, Lady Catherine de Bourgh fit son entrée, solennellement escortée par Mr. Cooper en personne. Tous la saluèrent avec déférence. Darcy se contenta d'un simple salut guindé de la tête, détournant le regard aussi rapidement que les convenances l'y autorisaient, reportant son attention sur Elizabeth qui saluait toujours Lady Catherine. Cette dernière la gratifia d'un bref et glacial « Mrs. Darcy » sans même esquisser un signe de tête, avant de se détourner et de déplorer, assez haut pour que les personnes les plus proches d'elles puissent l'entendre, la présence de Kitty, « une jeune fille de la campagne, sans relations et pas même présentée à la Cour ». Kitty se mordit les lèvres, se retenant de pleurer. La soirée virait à la torture pour elle. Jamais elle ne s'était sentie aussi indésirable.
Fort heureusement pour Elizabeth et elle, l'arrivée spectaculaire de Lady Catherine ne fut rien comparée à celle de la Comtesse Von Lieven qui avait étonnamment accepté l'invitation des Cooper malgré son agenda surchargé. Elle fut rapidement le centre de l'attention. Elizabeth resta aux côtés de sa sœur, attendant tout comme elle que la soirée se termine le plus rapidement possible. Il n'était pas rare que pendant la saison les personnes les plus en vue de la société assistent à deux voire trois bals dans la soirée et prennent congé très tôt pour se rendre au suivant. Elle comptait bien utiliser cette excuse pour mettre un terme à une soirée qui s'annonçait exécrable.
Et elle le fut.
Tout commença au dîner. Vers vingt heures trente, Mrs. Cooper invita ses hôtes à rejoindre l'immense salle à manger et à s'installer à la table qui avait été dressée pour l'occasion. Les places d'honneur étaient réservées aux deux reines mondaines de la soirée : Lady Catherine et la Comtesse Von Lieven.
Alors que Kitty n'y croyait plus, Jonathan Cooper se joignit aux hôtes de ses parents en compagnie de sa sœur juste avant le début du dîner, et ce malgré leur père qui les fustigea du regard d'arriver si tardivement. Ils prirent place si loin des Darcy que Kitty fut persuadée qu'il ne l'avait même pas aperçue. Mais elle put passer les deux interminables heures du repas à le détailler. Chaque trait de son visage lui avait manqué. Elle trépignait intérieurement de ne pouvoir entendre sa voix. Malgré cela, elle ne manqua pas de noter une pâleur qui lui était inhabituelle et l'inquiéta grandement. Son impatience alla croissant au fil du dîner. Lorsqu'enfin Mrs. Cooper, escortée par son fils jusqu'au salon attenant qui devait accueillir les danseurs, donna le signal de la fin du dîner. Kitty, délaissant sa sœur, tenta tant bien que mal de se frayer un chemin parmi la foule, sans y parvenir vraiment. Elizabeth ne put que l'observer s'éloigner, prenant le bras de Darcy pour rejoindre les salons.
« Ta sœur semble soucieuse, dit Darcy. Que s'est-il passé ?
- Je ne sais pas trop. Je pensais qu'elle serait heureuse de revoir Mr. Cooper mais ce n'est pas le cas visiblement.
- Pourquoi cela ?
- Je n'en ai aucune idée. Elle semblait inquiète, pas du tout enjouée comme je m'y attendais.
- Crois-tu qu'elle sache quelque chose que nous ignorons ?
- Je n'espère pas. Et si c'est le cas j'espère qu'elle m'en parlera rapidement afin que je l'aide.
- Je l'espère aussi. Ma chérie, je dois te laisser pour quelques minutes. Des amis m'attendent. »
Baisant la main de son épouse, il retourna dans la salle à manger où les hommes s'étaient réunis pour fumer des cigares et discuter de leurs affaires et de politique après avoir escorté les dames jusqu'aux salons.
Elizabeth connaissait parfaitement les usages de ce genre de bal privé. Tandis que les jeunes gens dansaient et faisaient connaissance, dûment chaperonnés par les femmes mariées, les hommes se réunissaient entre eux pour discuter, leurs épouses faisant de même de leur côté. Cherchant quelques instants sa sœur, elle finit par abandonner et, apercevant un groupe des femmes qui conversaient aimablement, elle se dirigea vers elles. A son grand désarroi, elle se rendit compte en approchant qu'il était présidé par Lady Catherine autour de laquelle gravitaient près de la moitié des femmes mariées de l'assistance. Refusant de se laisser intimider, et se rappelant que Darcy l'avait choisie, elle, pour être sa compagne et la Maîtresse de Pemberley et de Darcy House, elle adopta la plus digne des démarches et continua à s'approcher, se forçant à sourire.
La discussion tournait visiblement autour de la prochaine présentation des Débutantes à la Cour qui devait avoir lieu deux semaines plus tard. Lady Catherine s'était toujours proclamée spécialiste sur ce sujet et nombreuses étaient les jeunes filles et les mères qui venaient chercher conseil auprès d'elle. Néanmoins, leur discussion s'arrêta presque lorsqu'Elizabeth arriva à hauteur de leur groupe. Les regards n'étaient pas accueillants et les quelques personnes qui continuaient à parler ne lui accordèrent aucune attention. Elizabeth prit la parole, s'adressant à la femme la plus proche d'elle, lui demandant si une jeune fille de sa famille devait participer à la présentation des Débutantes. La seule réponse qu'elle obtint fut cinglante :
« Je crois savoir que vous y serez vous-même. Vous le verrez bien.
- Jamais je n'aurais pensé que cette cérémonie serait ouverte aux jeunes filles de basse extraction, déclara Lady Catherine sans même accorder un regard à sa nièce par alliance.
- Comme vous avez raison ! Ma nièce doit y participer, j'ai frémi en voyant la liste des Débutantes de cette année. Attendez quelques années et tout le monde pourra prétendre à être Débutante ! l'appuya l'une de ses amies en dévisageant Elizabeth avec mépris.
- Je crois savoir au contraire que la sélection est draconienne, dit Elizabeth en se rapprochant davantage, bien décidée à ne pas baisser les armes.
- Vous imaginez cela parce qu'il a fallu que votre époux intervienne pour vous obtenir une invitation. Mais le mariage ne fait pas tout. Seule la naissance compte, continua l'amie de Lady Catherine.
- Mrs. Darcy, votre place n'est pas ici. Pourquoi ne pas plutôt aller prendre un rafraîchissement ? Vous êtes bien pâle. » dit Lady Catherine en regardant finalement Elizabeth.
Les deux femmes s'affrontèrent du regard, ce qui n'était pas sans rappeler à Elizabeth leur dernière discussion à Pemberley. Tant de choses avaient changé depuis ! Se rappelant les semaines que Darcy et elle venaient de vivre, elle comprit combien les mesquineries de Lady Catherine étaient sans importance. Et après la scène à laquelle elle venait d'assister, elle comprenait Darcy mieux que jamais : faire partie de ce groupe ne revêtait aucune importance à ses yeux.
« Je vous remercie, Lady Catherine, de penser à ma santé avec tant de sollicitude. Il est vrai qu'il faut que je sois en parfaite condition pour ma présentation à la Cour. C'est un grand jour et je veux qu'il soit parfait. Bonne soirée, mesdames. »
Elle se détourna, cherchant son mari des yeux, songeant qu'une danse serait une bonne distraction en attendant de pouvoir prendre congé à une heure décente, constatant avec déception qu'il devait encore être en compagnie de Mr. Cooper, qui avait proposé un brandy aux gentlemen de l'assemblée. Kitty était également invisible. Soupirant, elle choisit l'option qui lui parut la plus simple et alla se retirer dans un des salons attenants, qui était désert. Refermant à moitié la porte, elle savoura le calme, méditant sur ce qui venait de se passer. Elle s'était attendue à de telles mesquineries de Lady Catherine mais elle avait toujours compté sur le soutien de ses amies et de Lady Matlock. Aucune d'entre elles n'était présente ce soir-là. Et Elizabeth prit conscience que ce serait le cas fréquemment au cours de nombreuses réceptions données durant la Saison. Elle n'aurait pas toujours le bras de Darcy pour la protéger et si elle n'y remédiait pas très vite, la situation allait empirer, qu'elle soit présentée à la Cour ou non.
Elle en était à cet état de ses réflexions lorsque la porte s'ouvrit en silence.
« Mrs. Darcy ?
- Oh ! Lady Von Lieven ! Quel plaisir ! dit Elizabeth en se levant pour saluer la Comtesse Von Lieven.
- Je vous ai vue disparaître. J'espère que vous n'êtes pas souffrante ?
- Juste un léger mal de tête, mentit Elizabeth.
- Avec un tel accueil, rien d'étonnant. Je me demande comment Mrs. Cooper a pu avoir l'idée de toutes les réunir. Elles ne sont qu'une dizaine mais se croient tout permis.
- J'ignorais que vous aviez vu ce qui s'est passé…
- Pendant que vous tentiez vaillamment d'engager la conversation avec la coterie de Lady Catherine ? Peu de choses m'échappent pendant des réceptions de ce genre. Et c'est un bal privé, il est aisé d'observer tout le monde.
- Ne souhaitez-vous pas y retourner ?
- Cette soirée m'ennuie profondément. Plusieurs amis devaient se joindre à moi mais ils se sont désistés. Il était trop tard pour les imiter. Par ailleurs, je savais que votre époux et vous seriez présents, cela m'a convaincue.
- Vraiment ? Désirez-vous vous entretenir d'un sujet particulier avec Mr. Darcy ?
- Non, avec vous. Et la scène à laquelle je viens d'assister me convainc d'autant plus de le faire.
- Vous piquez ma curiosité...
- Vous êtes une jeune femme intéressante, Mrs. Darcy. Votre mari est un homme intelligent et au sens moral irréprochable, ce qui est rare dans notre cercle. Sous des dehors élégants et des règles intransigeantes, vous trouverez les pires individus qui soient. Mais vous avez déjà compris cela. Connaissant Mr. Darcy, je suis sûre qu'il a choisi pour compagne quelqu'un qui partage ses valeurs. Et donc les miennes.
- Bien que je sois flattée de votre jugement, je ne comprends pas où vous voulez en venir…
- Vous avez tout ce qu'il faut pour briller : l'intelligence, l'esprit, les manières, l'époux et la richesse. Il ne vous manque qu'une chose : la naissance. J'espère que vous ne prendrez pas ombrage de mes propos… ?
- Je n'ai jamais cherché à être ce que je ne suis pas.
- Et c'est bien pour cela que vous pouvez me compter parmi vos alliés.
- J'ignorais que je m'engageais dans une bataille.
- C'est pourtant le cas. L'issue se décidera à coups de réceptions, d'invitations et de luttes d'influence. Puisque vous n'avez pas la naissance, il vous faudra compenser par autre chose. Vous êtes intelligente, ce qui vous place au-dessus de bien des femmes de cette société qui ne voient guère plus loin que la mode et les commérages. Vous voyez les gens, vous les comprenez et vous cernez leurs défauts et leurs qualités. C'est un don, il faut l'utiliser sans compter. Cette Saison sera pour vous semée d'embuches et vous ne les surmonterez pas toute seule. Je suppose que vous pourrez vous appuyer sur Lady Matlock qui est très respectée. Mais vous pourrez également compter sur mon soutien, et je ne crois pas m'avancer en affirmant qu'il ne sera pas de trop.
- Votre offre me touche infiniment. Mais pourquoi feriez-vous cela ? Nous nous connaissons à peine…
- L'enjeu vous dépasse encore, Mrs. Darcy. Mais tout ceci n'est qu'une lutte d'influences. Lady Catherine et moi avons de nombreux différends depuis plusieurs années. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'elle fait partie de mes ennemies car je n'en ai pas, mais je ne la compte définitivement pas parmi mes amies. En revanche, la famille Darcy a toujours été très liée à celle de mes parents. J'apprécie la compagnie et la personnalité de votre mari, et je suis convaincue que je m'entendrai tout aussi bien avec vous. Mais la principale raison, est que j'ai participé à plus de vingt Saisons et que cela commence à m'ennuyer prodigieusement. Je ne peux pas ne pas y assister car c'est la seule période de l'année à laquelle mon époux m'autorise à revenir en Angleterre. Mais cela me pèse. Votre présence rendra cette Saison attractive. Et qui sait ? Peut-être pourrons-nous devenir bonnes amies !
- Vous semblez avoir mûrement réfléchi tout cela.
- Lorsque vos faits et gestes sont épiés et commentés en permanence, vous n'avez pas le droit à l'erreur. Que dites-vous de ma proposition ?
- Elle est très tentante. Votre compagnie m'a jusque-là beaucoup plu et je pense en effet avoir sous-estimé les obstacles que je vais devoir surmonter.
- Lady Catherine est votre tante par alliance, je ne parviens pas à comprendre ce qui s'est passé entre vous, Mr. Darcy, et elle, pour qu'elle tente de vous nuire, et de nuire par la même occasion à l'ensemble de votre famille. Néanmoins, cela ne me regarde en rien. Je ne vois que votre intérêt. Cette Saison sera la vôtre. Vous devrez faire forte impression pour votre entrée dans le monde. Ne vous inquiétez pas trop au sujet de la présentation à la Cour…
- On dit pourtant qu'elle est décisive…
- Vous êtes nouvelle à Londres, cela se voit… La Reine Charlotte est trop éprouvée par la folie de son mari pour mener une vraie vie de cour. Quant à son fils… sa fonction de Régent ne le sauve pas de sa réputation désastreuse, et il est plus occupé de sa maîtresse que des relations qu'il devrait entretenir avec la noblesse. Le jour de votre présentation, les plus grands noms du royaume auront certes les yeux rivés sur vous pendant deux minutes, mais ce n'est pas cela qui déterminera votre place pendant la Saison. C'est votre entrée à Almack's qui sera décisive, car c'est là que réside la véritable cour de ce pays. Et vous êtes chanceuse, Mrs. Darcy, car je suis l'une de ses dirigeantes. Je suppose que Mr. Darcy vous en parlé ?
- Pas que je me souvienne, il a Almack's en horreur, dit Elizabeth avec une franchise déconcertante qui fit éclater de rire la Comtesse.
- Voilà qui ne m'étonne pas de lui ! Je le comprends, les quelques années où il l'a fréquenté, il était la cible de toutes les mères qui s'étaient mises en chasse d'un mari pour leurs filles… C'était suffisant pour rebuter une nature telle que la sienne. Mais je doute qu'il évite Almack's cette année s'il veut que Miss Darcy et vous réussissiez votre entrée dans le monde. Il est trop au fait des usages de Londres, et soucieux de l'éducation de sa jeune sœur, pour faire cette erreur. Notre comité s'est déjà réuni pour établir la liste des heureux élus à qui nous accorderons le droit d'entrée à nos soirées. Bien sûr, le nom de Miss Darcy est sur cette liste depuis de nombreux mois déjà. Je vais intervenir pour que vous receviez vous aussi une invitation personnelle pour cette Saison. Le reste dépendra de vous.
- Serez-vous présente ?
- En tant que membre du comité, je ne peux me permettre de manquer les mercredis d'Almack's. Comme mes consœurs, je suis chargée d'accorder ou de refuser l'accès au club. Cette année, j'y assisterai avec un regain d'intérêt. Pour le moment, je dois vous laisser. »
Les deux femmes se saluèrent. Au moment où elle s'apprêtait à quitter la pièce, la Comtesse se retourna.
« Je crois que vous devriez aller voir votre jeune sœur. Il me semble que quelque jeune homme mal intentionné mette ses sentiments à rude épreuve. Je l'ai aperçue dans le foyer. C'est visiblement un trait de famille de chercher un peu d'intimité pendant les réceptions. Bonne fin de soirée, Mrs. Darcy. » dit-elle avec un fin sourire.
Bien qu'intriguée par sa conversation avec la Comtesse et désireuse de pouvoir y réfléchir davantage, Elizabeth se pressa pour tenter de retrouver Kitty. Elle ne fut pas difficile à localiser. Comme la Comtesse Von Lieven l'avait indiqué, Kitty avait trouvé refuge dans un recoin du foyer qui était quasiment désert à l'exception des quelques invités qui quittaient la demeure des Cooper.
« Kitty, qu'y a-t-il ? Es-tu souffrante ? s'inquiéta Elizabeth en accourant près de sa sœur.
- C'est… c'est Mr. Cooper ! Oh mon dieu, je ne peux pas croire cela ! » dit Kitty avant de s'effondrer.
Elle tomba lourdement sur le plus proche sofa et prit son visage entre ses mains, laissant ses sanglots redoubler.
« Kitty, tu vas te rendre malade, il faut absolument que tu te calmes et que tu m'expliques ce qui s'est passé. Je ne vais pas pouvoir t'aider si je ne sais pas ce qui se passe.
- Tu ne pourras rien faire. C'est terminé !
- Mr. Cooper t'a-t-il parlé ?
- Non ! Il m'a ignorée ! Et c'était plus terrible que s'il m'avait dit la pire méchanceté qui soit !
- Ignorée ? Je ne comprends pas. Vous vous êtes toujours si bien entendus… Es-tu sûre qu'il t'a reconnue ?
- Evidemment ! Je suis allée à sa rencontre après une de ses danses avec sa sœur. Je voulais le saluer, savoir comment s'étaient passées ces dernières semaines … Il m'a vue, a fait un bref signe de tête, m'a dit qu'il espérait que je me portais bien et que je m'amuserai beaucoup pendant mon séjour à Londres. Puis il s'est retourné pour aller discuter avec un groupe d'amis. Il s'est détourné de moi. Délibérément. Sans un regard en arrière ! »
Elizabeth ne sut que répondre face aux révélations de sa sœur. Elle ne comprenait pas comment un tel revirement avait pu se produire.
« Vous vous étiez pourtant quittés en de très bons termes…
- C'est pour cela que je ne comprends pas ! Comment peut-il passer d'une telle affection à cette froideur ? Lizzie, je t'en prie, dis-moi que cela va s'arranger, qu'il est juste malade ou contrarié par autre chose !
- Nous allons rentrer. Nous discuterons ensuite. Cette soirée était une très mauvaise idée depuis le début et je suis désolée de t'y avoir entraînée.
- Je voulais tellement le revoir… dit Kitty en pleurant, serrant la main de sa sœur dans la sienne.
- Je vais chercher Mr. Darcy afin qu'il nous ramène à Darcy House. Veux-tu bien m'attendre ici ? »
Le retour fut morose. Durant tout le trajet, Kitty tenta tant bien que mal de dissimuler ses larmes car elle ne voulait pas que son beau-frère la voit dans pareil état. Quant à Elizabeth, les pensées se bousculaient dans son esprit. Elle relégua dans un coin de son esprit sa discussion avec la Comtesse Von Lieven pour tenter de trouver des réponses à l'étrange comportement de Jonathan Cooper. Il ne faisait aucun doute pour Elizabeth qu'il nourrissait de tendres sentiments pour Kitty, du moins jusqu'à leur dernière rencontre en décembre. Elle savait certains jeunes gens inconstants, mais était convaincue que Mr. Cooper n'était pas de ce bois-là. Les regards qu'il avait portés sur Kitty en décembre ne laissaient pas de place au doute. C'était un amour sincère et destiné à durer. La seule réponse qui pouvait expliquer son comportement actuel ne plaisait pas du tout à Elizabeth. Elle redoutait depuis des semaines que Mrs. Cooper interdise à son fils de se lier davantage à une Miss Bennet sans naissance ni fortune. Mais elle ne pouvait se résoudre à évoquer cette possibilité avec Kitty dès ce soir-là, elle voulait encore croire qu'elle avait une chance d'être heureuse.
Leur discussion lorsqu'elles arrivèrent à Darcy House et que Lizzie rejoignit Kitty dans sa chambre fut douloureuse. Kitty pressentait la même vérité qu'Elizabeth, elle voulut écrire à Jonathan Cooper pour le pousser à lui dire la vérité mais Elizabeth l'en dissuada. Elle tenta de la rassurer, lui disant que ce n'était peut-être que passager que le jeune homme pouvait avoir d'autres soucis plus graves en tête qui expliqueraient son attitude. Mais rien de tout cela ne calma Kitty. Elizabeth finit par la convaincre de se coucher, lui rappelant qu'il fallait qu'elle soit en forme pour affronter les semaines à venir, notamment la présentation à la Cour, et qu'elles devraient attendre de revoir les Cooper pour savoir ce qu'il s'était vraiment passé.
De guerre lasse, Kitty finit par se coucher. D'un pas titubant de fatigue, Elizabeth rejoignit ses appartements où l'attendait Darcy. Ayant congédié Emma pour le reste de la nuit, il aida son épouse à se préparer pour la nuit, chassant par des baisers ses traits tirés et ses pensées inquiètes. Il ne la questionna pas sur l'état de Kitty ni sur ce qu'elle avait pensé de la soirée et elle lui en fut reconnaissante. Elle n'était pas prête à lui raconter l'esclandre de Lady Catherine et la conversation qu'elle avait eue avec la Comtesse Von Lieven. Elle comptait briller pendant cette Saison, avec l'aide de la Comtesse, mais sans que Darcy intervienne une fois de plus auprès de sa tante, ce qui ne ferait qu'aggraver leur différend. Elle se coucha donc le cœur lourd et plein de questionnements mais soulagée de sentir les bras de son mari l'enserrer. Son soutien et son amour sans faille allaient être déterminants pour surmonter les événements à venir.
La Comtesse Von Lieven a véritablement existé mais je me suis librement inspiré de sa vie pour en faire un nouveau personnage qui me sera très utile au cours des chapitres à venir. C'est d'ailleurs un personnage auquel je tiens tout particulièrement car je veux en faire une femme fascinante.
Pour ceux qui sont passionnés d'Histoire : en ce qui concerne la vraie Comtesse Von Lieven, elle a vécu de 1785 à 1857 et était en fait russe. Née Dorothea von Benckendorff, elle est nommée dame d'honneur de la tsarine en 1799. Elle était connue pour sa finesse diplomatique, ses dons en musique et en langues. Elle épouse en 1800 un diplomate russe, le lieutenant-général-comte (créé prince en 1834) Christophe de Lieven (1770-1839), qu'elle suit dans ses différents postes diplomatiques, d'abord à Berlin, de 1809 à 1811, puis à Londres, de 1811 à 1834, où il est ambassadeur. Dès 1814, elle faisait en effet partie du comité de dirigeantes d'Almack's, ce qui faisait d'elle, de facto, une des reines de la Société londonienne.
Elle était donc bien présente à Londres à l'époque où la Lizzie et le Darcy de ma fanfiction s'y trouvent mais la ressemblance avec le personnage s'arrête là.
