Merci pour vos lectures et reviews… La suite pour vous, avec ma reconnaissance et mon amitié. je vous embrasse…

Chapitre 27 : Le grand frère

J'ouvris les yeux et constatai qu'il était déjà quatre heures de l'après-midi. Je souris en songeant aux exigences de Lola. Quinze minutes de sieste et deux heures quarante-cinq de galipettes… Nous avions scrupuleusement suivi le programme, quoiqu'un peu dans le désordre…

Il était temps de bouger si nous voulions aller voir Matthieu. Je me dégageai doucement de l'étreinte de ma compagne, souhaitant la laisser dormir encore quelques minutes, le temps de prendre une douche pour bien me réveiller. Alors que l'eau coulait sur moi, je pensais à l'incroyable tournant qu'avait pris ma vie. J'allais être père ! Moi le Mangemort, le professeur acariâtre qui ne trouvait grâce en rien ni personne, j'allais avoir un enfant avec une femme que je ne connaissais pas six mois auparavant et dont j'étais tombé fou amoureux ! L'existence nous jouait parfois de ces tours… !

Je vis Lola s'étirer alors que je revenais dans la chambre en finissant de boutonner les manches de ma chemise. Je la trouvais tellement belle au réveil, avec ce petit air de félin repu de sommeil et d'amour. J'agitai ma baguette et déposai entre ses mains une tasse de thé chaud. Deux cookies tout chocolat atterrirent sur la table de chevet, que Lola avala en quelques secondes ainsi que le thé.

Après avoir déposé un baiser rapide sur ma bouche, elle s'élança vers la salle de bain, sans se soucier de sa nudité. Un sourire flotta sur mes lèvres devant la spontanéité cette femme. Lola était d'une fougue, d'une franchise et d'un naturel déroutants pour moi. Jamais je n'avais rencontré une personne aussi sincère et impulsive qu'elle. Petit à petit je m'y habituais, conscient qu'elle ne voulait que mon bonheur et mon plaisir.

Peu avant dix-sept heures, je pris Lola dans mes bras, me concentrai et un instant plus tard, nous nous retrouvâmes dans la cour intérieure de son immeuble de Paris, à l'abri des curieux. Je baissai mon regard sur elle et déposai un léger baiser sur ses lèvres alors qu'elle clignait des yeux. Je la maintins quelques secondes contre moi, jusqu'à ce qu'elle me fasse un sourire en hochant la tête.

— Ça va, merci, chuchota-t-elle. Allons-y…

Main dans la main, nous montâmes les quatre étages, lentement, comme pour nous laisser le temps de nous préparer à ce qui allait suivre. Arrivés devant la porte de Matthieu, Lola me pressa le bras et appuya sur la sonnette. Des bruits de pas précipités nous parvinrent et l'huis s'ouvrit en grand. Manon tomba dans les bras de sa futur belle-mère alors que le jeune homme tendait la main pour serrer la mienne. Les effusions durèrent quelques instants avant que les jeunes nous fassent entrer au salon.

Dans un joyeux bavardage, nous nous installâmes sur le divan, les enfants chacun sur un fauteuil. Manon servit le café, que Lola déclina, préférant un jus de fruits. Au bout d'un moment, mon amie se tourna vers moi, et ramena son attention vers son fils.

— Matthieu, j'ai… Severus et moi avons quelque chose à te dire… à vous dire…

Le garçon inclina la tête, dévisageant sa mère avec circonspection.

— Ah ! Qu'avez-vous donc à nous annoncer ? fit-il avec un sourire en coin.

Lola prit sa respiration puis la relâcha lentement.

— Je ne sais pas comment te le dire, c'est assez compliqué à révéler…

— Vous voulez nous prévenir que vous aviez décidé de vous marier ? demanda-t-il avec un franc sourire cette fois.

Je décidai brusquement de me mêler à la conversation.

— Probablement d'ici à quelques mois, oui nous nous marierons. Mais ce n'est pas cela que ta mère veut te dire Matthieu.

Je me tournai alors vers Lola qui me regardait, interdite.

— Tu veux qu'on se marie ? souffla-t-elle, sous le choc.

— Bien sûr, j'ai l'intention de faire de toi une femme honnête…

Matthieu nous regardait l'un et l'autre sans comprendre alors que Manon avait soudain posé une main sur sa bouche comme pour contenir un cri. La jeune fille avait compris le sens de ma phrase.

— Lola, murmura-t-elle, tu veux dire que… tu veux dire que tu es enceinte ?

Son cher et tendre la regarda comme si elle débarquait d'une autre planète. Il se leva d'un bond.

— Mais qu'est-ce que tu racontes Manon ! Maman ne peut pas être… maman ne… mais maman ne…

Son bégaiement aurait pu m'amuser si je ne voyais pas Lola si mal. Elle était pâle, au bord des larmes. Son grand garçon s'agenouilla devant elle et lui prit les mains.

— C'est vrai maman ? Tu es enceinte ? souffla-t-il les yeux écarquillés.

Lola ne put que hocher la tête alors que les larmes coulaient sur ses joues, silencieuses.

— Mais… comment ?

Manon leva les yeux au ciel.

— Matthieu ! s'exclama-t-elle. On ne va pas encore te raconter comment les abeilles butinent les roses pour faire les petites filles et comment les bourdons butinent les choux pour faire les petits garçons !

Sa sortie eut pour mérite de détendre l'atmosphère et de provoquer l'hilarité générale. Je vis le jeune homme se détendre et reporter son attention sur sa mère.

— Il n'y a aucun risque pour toi maman ? s'enquit-il, visiblement inquiet.

Lola se remit à respirer normalement, l'instant qu'elle appréhendait tellement était passé.

— Pas plus que pour une autre femme. Je bénéficierai d'un suivi particulier de la part de l'infirmière de Poudlard, Poppy, qui m'a annoncé la nouvelle ce matin. Crois-moi que nous avons été aussi surpris que vous. Et je me suis fait du souci quant à ta réaction. Car je veux garder ce bébé, Matthieu.

Celui-ci fit lever sa mère et la serra entre ses bras. Il avait les yeux brillants de larmes.

— Bien sûr que tu vas garder cet enfant, maman ! Simplement, il me faut un peu de temps pour intégrer que je vais être grand frère à mon âge…

Il pouffa.

— Ça tombe bien qu'on vienne vivre en Angleterre. Tu auras des baby-sitters à disposition quand tu voudras passer du temps seule avec ton… mari.

Se détournant vers Severus, il demanda.

— Vous voulez vraiment épouser ma mère Severus ? À l'inclinaison de tête affirmative de l'interpellé, il continua. Il faudra alors penser à me faire votre demande, jeune homme ! fit-il avec un clin d'œil.

Me revint alors en mémoire la conversation que nous avions eue lorsque nous nous étions retrouvés, au lendemain de Noël, au bord du lac Serpentine. J'eus un sourire de connivence avec lui et lui serrai la main. Il enroula alors un bras autour de mes épaules et me serra contre lui.

— Prenez soin d'elle, Severus, murmura-t-il à mon oreille.

Incapable de parler, submergé par l'émotion, je me contentai de lui rendre son étreinte à laquelle se joignirent bientôt les deux femmes, que nous avions plus ou moins oubliées. Avec un raclement de gorge gêné, je rompis l'accolade et chacun se rassit. Manon se mit alors à babiller, comme une gamine, nous posant des questions. Où allions-nous vivre, quand allions-nous nous marier ? Oh ! Et pourrait-elle être demoiselle d'honneur ? Je voyais Lola un peu perdue par ces interrogations auxquelles elle n'avait pas encore de réponse. Aussi coupai-je la jeune fille.

— Manon… Nous allons vivre chez Minerva, au quatrième. Peut-être plus tard chercherons-nous un endroit à nous. Pour l'instant, nous y sommes bien. En ce qui concerne le mariage, nous n'en avons pas encore parlé mais j'y pense depuis un moment déjà. La nouvelle que nous avons apprise ce matin ne fait que précipiter les choses. N'est-ce pas Lola ?

Mais Lola était bien incapable d'aligner deux mots ; elle me regardait bouche bée, avec de grands yeux. Elle balbutia d'une faible voix :

— Tu… tu penses au mariage depuis un moment ?

— Le mot « mariage » n'était pas encore arrivé à mon cerveau à vrai dire. Par contre, je pensais bien à officialiser, un jour ou l'autre, notre relation. Ça c'est certain, conclus-je avec un rictus goguenard.

Le sourire qui se posa sur ses lèvres me convainquit de sa pleine acceptation. Elle savait que je ne lui faisais pas cette proposition à cause du bébé mais bien en raison de mes sentiments et de mon besoin d'elle.

Manon s'écria alors :

— C'est la pire demande en mariage que j'aie pu entendre ! Même dans les plus mauvais films de série B, il y a plus de romantisme ! Enfin Severus, faites un effort !

Je haussai un sourcil, toisant la jeune impertinente. Que savais-je des demandes en mariage, du romantisme ? Toutefois, je devais convenir que Lola méritait mieux que ce désir « d'officialiser notre relation ». Je me devais de la ménager, par amour pour elle et pour l'enfant qu'elle portait. Aussi me levai-je et la fis se mettre debout aussi. D'un geste, je demandai à Matthieu d'en faire autant et me tournai vers Lola.

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Quand Severus me tira la main pour que je me tienne debout à ses côtés et devant mon fils, mes jambes se mirent à trembler. L'émotion m'envahit et j'entendis à peine les paroles du Maître des Potions. Parvinrent à mon subconscient les mots épouser, mère, cérémonie, après la naissance…

Puis Matthieu me sera dans ses bras, ensuite Manon et enfin Severus. Après coup, il me sembla que j'avais eu un peu l'air idiote à les regarder avec un sourire surpris mais néanmoins heureux. Et c'était tout à fait cela. J'étais surprise et heureuse. Quoique un peu dépassée par les évènements. D'abord apprendre que j'étais enceinte, à quarante-deux ans, ensuite recevoir une demande en mariage du futur papa et enfin, entendre mon fils donner sa bénédiction… tout cela avait de quoi me précipiter dans un état second.

Au bout de quelques minutes, je repris pied dans la réalité et dévisageai Matthieu. Il discutait avec Severus de leur installation à Oxford et je lus dans son regard tout le respect qu'il portait à son aîné. Assurément, le professeur le lui rendait et un lien d'amitié sincère était en train de se tisser entre les deux.

Manon s'approcha de moi et m'embrassa sur la joue.

— Lola… Me permets-tu d'annoncer la… euh… les nouvelles à mes parents ? demanda-t-elle avec un sourire.

J'eus un petit rire.

— Oui Manon, tu peux leur dire, bien évidement. Et dis-leur aussi qu'ils seront invités au mariage.

— Je les appellerai demain matin.

je regardai ma montre puis Severus. Il avait le regard posé sur moi, empreint de douceur. Je lui souris et me levai.

— Nous allons rentrer, les enfants. Je suis sûre que vous avez une sortie de prévue ce soir, fis-je avec un clin d'œil.

— Oui effectivement, c'est ce qui était prévu mais après ces nouvelles, on pourrait aller diner quelque part tous les quatre. Qu'est-ce que tu en penses maman ?

— J'en pense que nous aurons tout le temps d'être ensemble dans quelques semaines. Profitez de vos amis ici, il ne vous reste que deux week-ends. Je suis un peu fatiguée, tu sais que j'ai du mal avec le transplanage…

Un sourire entendu se posa sur les lèvres de mon fils. il me prit dans ses bras en chuchotant à mon oreille :

— Prends soin de toi ma petite maman. Dans deux semaines nous serons avec toi, avec vous, tu n'auras plus à transplaner.

Je le serrai contre moi, embrassant sa joue.

— J'ai hâte que vous soyez avec nous. En attendant, regarde les photos que j'ai prises pour votre appartement. J'ai meublé comme pour moi, vous me direz si vous voulez autre chose. Le magasin peut procéder à des échanges si ça ne vous plait pas.

Les deux jeunes firent défiler les photos sur mon portable. Ils se montrèrent enchantés de leur futur intérieur et m'indiquèrent ce qu'ils voulaient emporter de Paris. La plupart de leurs vêtements et quelques bibelots. J'avais décidé de ne pas louer l'appartement. Il resterait libre pour des vacances, pour nous, la famille de Manon et nos amis. J'avais prévu de donner une clé à Emilie et Julien.

Après maintes effusions, nous prîmes congé des jeunes et Severus nous emporta. Je repris mes esprits dans le couloir de Minerva, effondrée dans les bras du Maître des Potions qui affichait un air soucieux. Me voyant cligner des yeux et lui sourire bravement, il gronda.

— Fais-moi penser à demander à Poppy jusqu'à quand je peux te faire transplaner. Je ne pense pas que ce soit très indiqué dans ton état.

— Tout va bien, le rassurai-je. Mon état n'a rien à voir avec mon malaise. Tu sais bien que le transplanage me fait cet effet depuis le début.

— Oui, renifla-t-il. Il te fait plus d'effet que moi…

Je pouffai sous son trait d'humour mais n'eus pas le temps de répliquer. Minerva déboula de la cuisine.

— Il me semblait bien avoir entendu du bruit, s'écria-t-elle. Je ne savais pas que vous étiez sortis !

— Nous étions partis voir Matthieu, expliquai-je.

Je tournai la tête vers Severus, interrogative. Il me fit un signe de tête affirmatif. Je pris alors Minerva par la main et l'entrainai pour la faire asseoir dans la cuisine. Je m'installai en face d'elle, Severus à mes côtés. À ce moment, des pas se firent entendre dans les étages et bientôt, Sybille fit son apparition, avec sa tête de perpétuelle ahurie. Je me levai pour qu'elle se pose près de Minerva et repris ma place. Et ma respiration.

— Minerva, Sybille… Nous avons quelque chose à vous dire…

— Vous voulez partir ! se lamenta la vieille Ecossaise.

— Non ! intervint Severus. Enfin, sauf si vous nous mettez dehors à cause des cris du bébé…

Je dus me retenir de rire devant leurs réaction. Sybille ressemblait plus que jamais à une chouette alors que Minerva avait l'air changée en statue de sel, les yeux exorbités. Incroyablement, ce fut la divinatrice qui réagit la première.

— Un bébé… Vous allez avoir un bébé… s'écria-t-elle d'une voix stridente qui me fit sursauter.

Je sentais Severus prêt à intervenir en cas de danger mais ce qui suivit nous laissa ébahis. L'étrange femme se mit à pleurer et rire en même temps tout en me prenant les mains.

— Je suis si heureuse… pour vous Lola, je suis si… si heureuse… balbutia-t-elle. Et pour vous aussi… Severus… Je suis im…impatiente que ce petit arrive. Quelle joie… dans cette maison… un bébé…

Minerva la regardait comme si elle s'était transformée en grenouille. Jamais elle n'avait vu son amie pleurer et rire ainsi, visiblement réjouie. Elle en paraissait plus humaine, capable de s'intéresser au bien-être des autres, sincère. Je n'eus aucun mouvement de recul quand elle se leva brusquement pour venir m'enlacer et me serrer contre elle. Je lui rendis son étreinte, émue et touchée, mes mains se perdant dans ses châles en se posant sur son dos. Elle posa ensuite une main sur l'épaule de Severus, très brièvement, en cause le regard d'avertissement qu'il lui lança.

Quand je reposai le regard sur Minerva, je m'aperçus que la vieille femme avait les yeux brillants de joie. Ses prunelles bleues étaient fixées sur son ancien collègue et les larmes se mirent à couler sur les joues ridées. Elle avança une main qu'elle posa sur celle de Severus et n'eut besoin d'aucun mot pour lui dire tout le bonheur quelle ressentait pour lui. L'amitié et l'affection qu'elle éprouvait pour cet homme se lisaient dans son attitude. Ainsi que le soulagement de savoir que sa vie avait basculé dans la lumière, enfin. Il le méritait bien…

À ce moment, Sybille surprit tout le monde en émettant d'une petite voix :

— Vous accepteriez que je vous invite au restaurant où vous allez souvent ? Je n'y suis allée qu'une fois…

Minerva réagit la première à cette stupéfiante proposition en enlaçant sa collègue.

— Avec plaisir, Sybille ! Il est vrai que chaque fois que nous y sommes allés vous étiez chez votre cousine.

J'envoyai un coup de coude dans les côtes de Severus, pressentant qu'il n'était pas ravi. Pour ma part, j'étais contente de voir la divinatrice heureuse d'être avec nous. Et qu'elle propose de nous inviter était comme une main tendue à l'amitié. Il fallait la saisir…

La soirée se passa remarquablement bien. Sybille, toujours un peu dans la lune, apprécia les plats et ne fit aucune difficulté pour régler la note. De ce jour, elle devint réellement une amie pour moi, avec son caractère et ses lubies qui finirent pas m'amuser. Seul Severus restait à distance de « la folle du deuxième ». Il fallait dire qu'il y avait des années de contentieux entre eux…