Bonjour tout le monde! J'espère que vous allez tous très bien et que, contrairement à moi, vous n'avez pas des profs sadiques qui ont juré votre mort; en clair: bac blanc dans deux semaines et de grands encouragements légèrement hystériques "Votre bac est dans huit semaines et si vous continuez comme ça, vous ne serez jamais prêts!". J'aime quand on me rassure, lol.

Enfin, je vous préviens, je sens que vous allez me haïr à la fin de ce chapitre. J'avais annoncé qu'il en restait une dizaine avant la fin, mais j'ai changé d'optique. J'ai fini par pencher en faveur d'une fin pas très heureuse, tout du moins pour mon héroïne. Il me restera un dernier chapitre, et un épilogue.

En tous les cas, je ne m'arrêterai pas d'écrire sur la Terre du Milieu puisque j'ai l'intention d'entamer l'histoire d'Eithne, la mère d'Hoela.

J'interromps mon bavardage et vous laisse avec mon chapitre; n'oubliez pas les review, lol!

Bonne lecture!

émilie: je vois que tu aimes prévoir à l'avance, moi aussi, j'aime faire cela! Voila le chapitre qui répondra à toutes tes question, et merci pour ta review. Bisous

Chap 28 ; la destinée

Les spectateurs de ce massacre n'eurent pas à attendre longtemps pour avoir la réponse à leur attente angoissée. La brumes'était levée, mais le ciel demeurait gris mat. Avec impuissance, ils avaient vu les troupes ennemies quitter Osgiliath pour se rassembler aux portes de la Cité. Ils étaient des dizaine de milliers, Orcs et Trolls, tous solidement armés et haineux. Organisés. Sûrs de leur victoire sur ces Hommes faibles et dévorés par une peur insidieuse qui divisait leurs forces, et leur courage. De hautes tours d'assaut s'élevaient et on distinguait ça et là des catapultes. Tout ce qu'il fallait pour assiéger une ville et détruire jusqu'au dernier ses habitants.

« Regardez ! » dit un soldat, dont le visage était masqué par son casque d'acier, sa main crispée sur sa lance, en désignant un cheval qui s'avançait, traînant un homme accroché à un des étriers, que les adversaires avaient laissé passer avec des rires qui leur parvenaient, grinçants comme des portes rouillées, provoquant des frissons qui remontaient le long des échines. Elle se pencha un peu plus sur le mur, tentant de savoir de qui il s'agissait. Mais ce fut la couleur de la tunique en dessous de l'armure qui la renseigna. Elle blêmit ; Faramir était revenu.

« Ouvrez les portes ! » hurlait-on en bas. Une guérisseuse prit Hoela par le bras « Venez, ils vont l'emmener aux Maisons de Guérison s'il n'est pas mort ». C'était une vieille femme, ridée, les cheveux neigeux, etde beaux yeux verts baignés de larmes. Faramir était très aimé dans la Cité, et on devinait qu'il n'y aurait que lui qui reviendrait. Les autres ? Nul ne le savait et nul n'osait imaginer le sort qu'on leur avait réservé.

« Je vous rejoint là-bas » dit Hoela en se dégageant doucement, une douceur qui ne lui était pas coutumière, surtout dans ce genre de situation. Mais elle avait l'impression qu'elle aurait pu réduire la vieillarde en poussière si elle avait euun geste trop brusque. Elle descendit jusqu'à la grande porte, maudissant la robe qui empêtrait ses mouvements.

On enlevait le pied du jeune capitaine de l'étrier. Elle se précipita à ses côtés, glissant presque par terre dans sa hâte. Ses genoux heurtèrent le sol, mais elle n'avait cure de la douleur. Deux flèches étaient plantées du côté gauche. Elle ôta le casque, fendu sur le dessus, effleura son visage et posa deux doigts sur sa gorge. Le pouls battait encore, très faiblement, un simple sursaut du cœur qui n'avait pas été touché, par chance. Des fidèles serviteurs de Denethor, sans se préoccuper d'elle, le ramassèrent pour l'allonger sur une civière de fortune. Un des Gardiens, habitué à ce genre d'exercice, s'agenouilla, prit les deux flèches à leur base et tira d'un coup sec. Faramir ne réagit pas. Pourtant, Hoela avait déjà assisté à ce genre d'extraction, et généralement, la douleur était insupportable. Ils décidèrent de l'amener jusqu'à Denethor. Elle protesta, en vain :

« C'est de soins dont il a besoin, pas d'un père qui n'a plus toute sa tête ! »

Furieux, le Gardien fit volte face. On n'aurait pu dire lequel des deux était le plus en colère.

« Je me fais autant de souci pour notre Capitaine que vous ! Mais notre Seigneur a dû être averti et il voudra le voir, je le sais ! Nous n'avons pas le choix ; nous sommes sous ses ordres ! Alors, au lieu de geindre, suivez nous ou retournez là où se trouve votre place : auprès des autres femmes. »

Elle ne répondit pas ; chaque minute qu'ils passaient là à se disputer était une minute qui rapprochait Faramir de sa cruelle destinée. Elle ne voulait en être la cause. A aucun prix. Elle ne retourna pas aux Maisons, mais monta tous les niveaux, à leur suite, pour parvenir sur la terrasse. Ils rencontrèrent nombre defigures affligées sur leur chemin. Beaucoup aurait donné leur vie pour sauver celle de leur capitaine. Mais il était trop tard. Il s'était sacrifié pour une cause perdue d'avance. Un murmure grondeur contre l'Intendant s'éleva dans la foule. Le mot « mourant » fut bientôt sur toutes les lèvres.

Les nouvelles allaient vite. Lorsqu'ils arrivèrent, Denethor sortait de la salle du trône, Pippin sur les talons. Il s'écria :

« -Ne me dites pas qu'il est tombé !

-Ils étaient trop peu nombreux, murmura Hoela, la gorge serrée. Aucun d'eux n'a survécu. »

Il y eut des cris soudains. Elle tourna la tête. Ce n'était pas les cris de rage que poussaient depuis des heures les Hommes vers ceux qui voulaient les voir disparaître et qui avaient pour seule conséquence de les faire éclater de rire, devant ces petites manifestations de courage. Ils ne comprenaient pas les langues des Hommes de l'Ouest mais les insultes avaient faiblis.

Le désespoir rampait dans les rues, sournoisement. Hoela entendait encore Gandalf « Le roi sorcier d'Angmâr dirigera ses troupes et il tentera d'éteindre toute velléité de courage chez les Hommes. Plus efficace qu'un long siège et que la faim est la peur, Hoela. »

Elle fronça les sourcils. A présent, le ton était celui de la frayeur. Elle s'éloigna de Denethor, pour s'appuyer sur le rebord du rempart et voir les niveaux inférieurs. Des projectiles étaient lancés, mais elle n'arrivait pas voir de quoi il s'agissait. Elle força ses yeux à distinguer plus bas ce qui tombait ; quand elle comprit, elle serra les poings si fort que ses ongles entamèrent les paume de ses mains. Des têtes. Les têtes des prisonniers. Elle crut qu'elle allait vomir, et respira à grandes goulées. La voix de Denethor lui parvint :

« Mes deux fils sont morts. Ma lignée est brisée. La Maison des Intendants a failli… »

Mort ? Que racontait-il ? Elle se retourna. Elle courut aux côtés de Pippin qui avait posé sa main sur le front du jeune homme. Il respirait.

"Il est vivant, Monseigneur !" s'exclama le Hobbit.

Mais Denethor continuait de s'approcher du bord, avec une démarche maladroite. Il trébucha et tomba à genoux. Il poussa une longue plainte, déchirante. Il se releva, tremblant sur ses genoux de vieillard. Il paraissait avoir perdu toute raison, ses yeux sombres jetaient des regards hagards. Sur ce visage sec et dur coulaient, d'abord ruisseau puis torrent, des larmes, qui semblaient le ronger, l'acide mordant la pierre. Ces larmes étaient encore plus insupportables que sa colère ou son arrogance. Il vieillissait sous leurs yeux, en l'espace de quelques instants comme si quelque chose eut craqué sous son orgueilleuse volonté et que son esprit rigide se fut défait. Il arriva à l'endroit même où Hoela s'était tenue deux minutes auparavant ; mais ce ne fut pas la Cité qu'il regarda. Les Champs de Pelennor paraissaient être devenus vivants. On ne distinguait plus le vert de l'herbe, ou le doré des blés, renouveau du printemps. Ils étaient noirs d'ennemis qui appelaient la mort des Hommes, qui se mouvaient en vagues, tels un océan sous la proie du vent.

Il y eut un grand fracas, des pierres qui s'écroulaient, des bâtiments qui s'effondraient et des nuages de poussière qui assaillaient le ciel. Les catapultes commençaient leur travail Les premiers hurlements. Les morts coincés sous les décombres.

« Abandonnez vos postes ! les apostropha l'Intendant, de sa voix qui portait loin. Fuyez ! Fuyez pour vos vies ! »

Elle sursauta en entendant ces mots. Il ne retrouverait plus sa raison. Comme le soleil qui avait disparu derrière l'ombre du Mordor, la sienne avait sombrée dans le chagrin. Elle se releva ; s'il continuait, on finirait par l'écouter, guidé par la terreur et ce serait la débandade. Mais un autre la devança ; Gandalf venait d'arriver, prévenu par la rumeur du retour de Faramir, dans un état plus que critique.

Il l'assomma prestement. Il y eut un bruit mat, le bâton tapant sur le crâne. Denethor s'écroula, inconscient, un mince filet de sang sur la tempe gauche, des traces de larmes sur ses joues ridées. Hoela ouvrit tout grand ses yeux clairs. Jamais elle n'aurait pensé que le magicien puisse faire une chose pareille. Il se tourna vers elle.

« -Occupez vous de Faramir. Ne laissez personne s'approcher de lui sinon vous. Est-ce clair ? Je prendrai la défense de la ville. Faites ce que vous pouvez.

-Oui. » répondit-elle.

Il ordonna aux hommes de reprendre leurs postes. Denethor restait sur le pavé froid, ses serviteurs ne sachant s'ils devaient rester avec son fils ou le ramasser. Elle résista à son envie, néanmoins fort légitime, de lui donner un coup à son tour. Mais elle avait de la dignité. Elle ne frappait pas les hommes à terre. Même si cela se révélait tentant…Il y eut un cri strident. Un Nazgûl battait de ses ailes noires, surveillant ses troupes, sans encore s'approcher de Minas Tirith. Elle détourna les yeux. Elle avait assez d'inquiétude comme cela sans avoir besoin de s'en donner de nouvelles.

Pippin semblait perdu. Elle posa la main sur son épaule :

« Restez dehors. Surveillez le. Je ne lui fais pas confiance. Et vous êtes à son service, ne l'oubliez pas Pippin. Mais que cela ne vous empêche de faire ce que vous croyez juste. Suivre aveuglément des ordres et la volonté d'autrui peut conduire aux plus grandes catastrophes. »

Il hocha la tête, prêt à lui obéir. Il lui avait confiance dès le début, ce n'était pas le moment pour douter d'elle. Non, pas maintenant surtout en ces heures sombres.

Elle fit signe à ceux qui portaient le brancard de la suivre jusqu'aux Maisons, qui se trouvaient au niveau juste en dessous, sur le flanc de laCité, protégées par des murs plus solides et ayant l'avantage d'être moins à découvert que les autres bâtisses. Ils s'accomplirent avec une évidente mauvaise grâce, mais ils craignaient Gandalf et encore plus le feu qui couvait dans les iris froids de cette femme. Un feu de glace. Les femmes s'écartèrent, peinées comme l'avaient été les soldats plus bas en le voyant revenir. Elles étaient relativement nombreuses, toutes habillées de la même façon qu'Hoela, une robe de travail de couleur pastel, un tablier noué sur les hanches. On ne choisissait pas n'importe quelle femme pour ce genre de chose. Il fallait avoir être patiente, avoir un peu de jugeote. Ne pas craindre le sang ou les cadavres. Il y avait quelques hommes, des sages qui détenaient un certain savoir. La médecine du Gondor était encore sagace et habile à la guérison des contusions et des blessures. Les femmes, elles, avaient toutes une connaissance basique des herbes et étaient capables de soigner les blessures bénignes. Mais celles d'à présent seraient beaucoup plus graves….

Ils le déposèrent sur un lit. Elle affronta le regard à la fois dédaigneux et craintif des fidèles de l'Intendant, qui n'avaient aucune intention d'obéir à la jeune femme. Ils voulaient rester là, mais elle se méfiait d'eux. C'était viscéral. Un sentiment qu'elle ne pouvait expliquer. Ils faisaient peser une menace sur Faramir.

Elle ramena une lourde bassine d'eau, le dos courbé. La dizaine d'hommes n'avait pas bougé. Sans les regarder, elle épongea la blessure. L'armure avait été laissée à terre. Elle ne put que le bander, sans rien pouvoir accomplir de plus. Le sang avait cessé de couler. Mais il n'avait pas repris connaissance, loin, très loin, trop pour qu'on puisse l'atteindre. Puis, d'une voix sèche :

« Vous feriez mieux d'aller ramasser le seigneur Denethor. Seul, il aura du mal. Vous n'avez plus rien à faire avec Faramir. »

Ils ne répondirent pas, mais la tension grimpa un peu dans la salle. Elle les entendit s'éloigner, leurs pas lourds contre la pierre. Les autres guérisseuses ne s'approchaient pas. On avait compris qu'Hoela ne bougerait pas de sa place et qu'elle se chargeait de lui.

Elle déposa une éponge gonflée d'eau sur son front, pour faire baisser sa fièvre. Les flèches avaient été enlevées, et heureusement, aucune pointe n'était restée fichée dans son corps. Mais la blessure était grave. Elle se sentait impuissante et détestait cette impression. La frustration de ne rien faire et de voir les choses se passer, sans aucun pouvoir sur elles. Comme si quelqu'un d'autre décidait à sa place. Elle ferma les yeux tout en appliquant sa main sur son front. Sa mère avait le don de soulager certains maux, mais elle n'en n'avait pas tellement hérité. Pourtant, elle eutla sensationque sa température baissait un peu.

Un bruit d'effondrement et la salle trembla. Il y eut des cris. Elle se releva et sans hésitation, se retrouva dehors. Le vent soufflait, lourd et l'air était moite et étouffant. Elle ne sut pas ce qui lui avait pris de quitter la veille de Faramir. Mais attendre sans voir ce qui se passait au dehors lui était tout simplement insupportable. On la bouscula ; on emmenait les premiers blessés.

Un soldat l'appela « Vous ! Oui, vous ! Venez nous aider ! Vous ne serez pas de trop ! »

Ils tiraient des blessés de sous les décombres. Son pied accrocha quelque chose ; elle baissa les yeux et le regretta aussitôt.

C'étaient quelques unes des têtes qui avaient été lancées. Des visages figés pour l'éternité dans une expression d'horreur et de douleur. Une main l'agrippa et la voix de Gandalf s'éleva :

« Retournez tout de suite aux maisons de Guérisons Hoela ! »

Elle était tellement abasourdie de ce qu'elle voyait qu'elle ne songea même pas à protester. Elle jeta un long regard au magicien qui encourageait les soldats, puis partit. Elle avait déjà les mains pleines de sang. Les guérisseuses s'activaient ; on faisait bouillir de l'eau, on sortait les plantes médicinales, on préparait les lits…

Elle cherchait Faramir. Mais il n'était plus là où elle l'avait laissé, brûlant de fièvre et inconscient. Le lit était vide. Elle posa la main sur les draps. Ils étaient encore chauds. Elle eut un mauvais pressentiment ; comme si on avait profité de son absence pour venir le chercher. Elle attrapa une jeune fille, une jolie bonde fragile, dont les yeux étaient agrandis par la terreur.

«- Où est Faramir ? interrogea-t-elle durement.

-Il… il… balbutia la fille.

-Oui, il quoi ? s'énerva Hoela.

-Le Seigneur Denethor est venu le chercher. Il voulait le veiller dans une des chambres. »

Elle n'eut pas le temps d'en demander plus. On avait besoin d'elle.

Hoela entendait les cris, la rage au cœur. Les blessés arrivaient, toujours plus nombreux, avec des plaies horribles. Elles n'avaient pas les moyens de les soigner, et ils mourraient dans des souffrances atroces. A peine si elles pouvaient les soulager un peu. Hoela passa près des lits ; un homme agrippa sa main :

« De l'eau… je vous en prie… de l'eau… ». Elle fit une grimace, mais alla chercher une coupe. Les mourants avaient souvent soif, une soif dévorante, comme un dernier sursaut de survie, de vitalité. Celui-ci était un jeune homme, aux iris bleus foncés, candides, aux cheveux ébouriffés, les joues encore rondes, avec une fossette sur le menton, reste d'enfance. On lui avait fait un bandage au ventre pour étancher le flot de sang mais le tissu était imbibé, et les draps tachés. Il se vidait. Elle l'aida à soulever sa tête et lui donna l'eau.

« Merci, » dit-il en un souffle. Il se mit à pleurer soudain, de grosses larmes :

« - Est-ce que je vais mourir ? J'ai tellement mal…

-Non, » répondit-elle en un pieux mensonge, en se collant un sourire faux sur le visage, comme si elle n'avait envie de hurler sa colère pour ces vies brisées. Elle devait les réconforter. Leur faire croire jusqu'au bout qu'ils s'en sortiraient.

Il parut soulagé et se laissa tomber sur le matelas. Il aurait au moins la chance de périr confortablement. D'autres hommes avaient du être mis à même le sol, car il n'y avait pas assez de place pour tous les accueillir. Nombreux étaient ceux atteints d'un mal incurable, qu'ils appelèrent l'Ombre Noire, car elle était provoquée par les Nazgûl. Ceux qui en étaient atteints tombaient dans un rêve toujours plus profond, puis ils passaient au silence, à un froid mortel et succombaient. Hoela frissonna en songeant à la blessure de Faramir; n'était ce pas de ce mal qu'il était atteint? Les hurlements faisaient résonner la pièce, au loin, les bombardements faisaient s'écrouler la Cité. Le sol qui tremblait était rouge, rouge, rouge. Hoela n'avait aucune conscience du temps qui passait, jusqu'à ce que l'on allume des bougies, des chandeliers, bref , tout ce qui pouvait fournir un peu de lumière.

Elle s'arrêta. Les guérisseuses ne savaient où donner de la tête. On courait, on nettoyait le sang, on amenait les cadavres dans une salle attenante…Hoela eut un vertige. Elle s'appuya au mur, le cœur au bord des lèvres, son dos souffrant le martyre. Que faisait cette jeune femme aux longs cheveux bruns, trop mince, trop pâle, dans cette pièce qui retentirait jusqu'à la fin des temps des cris des mourants ? Sa place n'était pas ici, mais sur le champ de bataille. Elle ne pouvait pas demeurer là, en attendant que son destin la rattrape. Elle voulait se battre. Elle devait se battre. Elle n'était pas faite pour soigner mais pour tuer. Non, elle ne voulait pas que la mort la trouve ici.

Elle courut vers la porte, les pans de sa robe volant autour de ses chevilles. Personne ne tenta de l'interrompre. Chacun avait à faire. Le jeune homme qu'elle avait consolé semblait dormir, son visage enfin apaisé. . Mais ses yeux fixaient le vide, sa main pendait inerte. Elle s'approcha de lui et referma les paupières. C'était tout ce qu'elle pouvait faire pour lui. Il ne pouvait que reposer en paix à présent.

Au dehors, le spectacle qui s'offrait devant elle la désespéra. La nuit était tombée mais aucune étoile ne brillait. Le ciel n'était pas noir pourtant ; des colonnes de fumées le faisaient rougeoyer, comme s'il avait pris feu et flamboyait. Le premier niveau commençait à brûler de part et d'autre.

Elle courut jusqu'à en perdre haleine pour arriver chez sa tante, où elle avait laissé toutes ses affaires. Sa chambre. Ses vêtements. La cotte de maille. Elle aperçut un instant furtif son reflet dans un morceau de miroir. Son visage amaigri était plein de détermination. Elle n'aurait pas peur. Elle ne fléchirait pas. L'épée, sur laquelle elle apposa un baiser, perpétuant la tradition de la maison de son père. Elle en était la dernière descendante et ses ancêtres n'auraient pas à rougir d'elle. Elle leur ferait honneur, pour Minas Tirith.

Elle retrouva des soldats plus bas, terrifiés. Tous se précipitaient vers la grande porte d'entrée de la Cité, qui menaçait de céder, et de livrer ainsi les bases de la ville aux ennemis. Si elle cédait, leur chute ne serait qu'une question d'heures, sans renforts. Elle se demanda si ses amis viendraient. Aragorn abandonnerait-il le royaume qui lui revenait de droit ? Théoden avait-il trahi le Gondor ? Gandalf était là, sur Gripoil, le bâton fermement en main. Elle ne s'inquiétait pas ; il avait mieux à faire que se préoccuper si elle lui avait obéi. S'il avait été attentif, il n'aurait pas eu de mal à la voir ; elle était la seule à ne pas être en armure. Un sentiment de culpabilité la rongea un instant, bref mais intense. Faramir. On lui dit que le Seigneur Denethor l'avait installé dans une des pièces du château pour veiller lui-même sur lui, mais elle en doutait. Une intuition.

Le bois qui craquait lui fit oublier tout ceci. Cette porte avait résisté à nombre d'ennemis. Mais là, elle vibrait, tant et tant que les montants d'acier claquaient en un bruit clair. Le grand bélier retentit une dernière fois et il traversa la Porte de Gondor, énorme loup d'acier à la mâchoire enflammée. Comme frappée par un quelconque maléfice, la porte éclata ; il y eut un éclair et les battants s'effondrèrent.

« Vous êtes des soldats du Gondor. Peu importe ce qui arrivera par cette porte, vous maintiendrez vos positions ! » s'écria Gandalf.

Il en avait de bonnes ! Elle était bien placée pour savoir que les répugnantes créatures de Sauron ne manquaient pas, et qu'il fallait plus que du courage pour tenir devant elles. De la témérité. Elle en avait, et était prête à envoyer ses ennemis dans un monde où ils auraient rarement l'occasion de dépecer des hommes…

La porte s'ouvrit en grand, et laissa place aux plus immenses trolls qu'elle n'ait jamais vus. En armures, la massue à la main, ils firent des ravages dans les premiers rangs. Ceux là, rien ne pouvaient mieux les atteindre qu'une bonne volée de flèches. Elle se jeta à terre pour éviter celles des archers. Les Orcs entrèrent et ce fut un véritable massacre qui commença. Ils empalaient les Homme sur leurs lances ; elle hésita un court instant.

Elle voulait sortir de cette Cité qui ne serait qu'un piège, et dans l'agitation qui régnait, elle aurait passé sur le flanc de la Cité. Là, il y aurait moins d'Orcs, occupés à pénétrer dans Minas Tirith par la Grande Porte. Les cris se turent soudain, et même leurs ennemis parurent abandonner le combat un moment. Les arcs s'abaissèrent. Tout le monde semblait retenir son souffle. Le Capitaine Noir, encapuchonné, venait de surgir. Il prononça en quelque langue oubliée des mots de puissance et de terreur de nature à briser les cœurs et les pierres. Tous fuirent devant sa face. Hoela l'aurait fait, mais elle était comme paralysée. Gandalf attendait là, silencieux et immobile, monté sur Gripoil qui ne bronchait pas.

« Vous ne pouvez entrer ici, dit le magicien, et le seigneur des Nazgûl s'arrêta. Retournez à l'abîme préparé pour vous ! Tombez dans le néant qui vous attend, vous et votre maître ! »

Le Cavalier Noir rejeta son capuchon en arrière et il portait une couronne royale, qui n'était posée sur aucune tête visible. Il éclata d'un rire sépulcral.

« Vieux fou ! Mon heure est venue ! Ne reconnais-tu pas la mort quand tu la vois ? Meurs maintenant et maudis en vain ! »

Il leva haut son épée, et Hoela eut l'impression de voir des flammes bleues descendre le long de la lame. Gandalf ne bougea pas mais il leva en réponse son bâton. Il y eut un éclair et un craquement sec. Elle constata avec horreur que c'étaient des morceaux blancs. Le magicien était sans défense. Sans doute serait-il mort là mais un cor retentit soudain, faisant vibrer la vallée. Elle l'aurait reconnu n'importe où. Le cor du Rohan, qui avait vibré dans la vallée du Gouffre de Helm. Le cri de guerre des Eorlingas retentissait, pour une aube rouge. Elle releva la tête. Un pâle soleil levant réussissait enfin à percer le brouillard opaque. Le Roi Sorcier sursauta ; il s'enfuit, pour retrouver ses troupes.

Gandalf annonça la retraite. Elle, elle voulait sortir de ce piège. Les autres niveaux étaient consolidés et bientôt clos. Mais certains soldats devaient demeurer ici bas pour leur donner le temps de se préparer. Elle en fit partie. Elle n'entendit pas l'encouragement du Capitaine. Elle n'en n'avait pas besoin. Elle voulait survivre, plus que tout, elle le savait à présent. Elle voulait revoir le soleil se lever, la lune être ronde, sentir la caresse du vent sur sa peau. Elle voulait réapprendre à aimer. Des idées qui paraissaient stupides en un tel moment mais il lui fallait une raison de se battre. Un but à atteindre.

Ils se battirent avec l'énergie du désespoir. Un autre sacrifice. Les Orcs rirent de cette tentative. Peu à peu, elle vit ses compagnons périr. Mais les rires moururent dans la gorge de leurs ennemis. Car une rumeur leur parvenait ; les cavaliers de Rohan décimaient leurs troupes. Ils reculèrent ; ils avaient à renforcer leur défense. Mais ce fut un immense chaos ; ils commencèrent à se battre entre eux, ne sachant s'ils devaient continuer à entrer dans la Cité ou rejoindre les autres au dehors.

Elle profita de la confusion des Orcs pour sortir, non par la porte principale, ce qui aurait été complètement stupide et impossible, mais par une porte à flanc. Seule la cape elfique lui permis de rester discrète; se fondant contre les pierres.

Elle avait réussi à s'échapper, mais se trouvait sur le flanc de la Cité. Elle avait eu beaucoup de chance. Car l'ordre était revenu dans les troupes des Orcs. Plusieurs milliersdemeuraient dans la Cité, achevant les blessés et montaient vers les niveaux supérieurs.

Des bannières vertes, frappées du cheval blanc du Rohan claquaient. Les lances brillaient. Des chevaux passaient près d'elle, en coup de vent. A pied, elle était en position de faiblesse. Soudain, un cavalier s'effondra, tout près d'elle, une flèche dans la poitrine. Elle attrapa les rênes de sa monture et le chevaucha. Le cheval se cabra, mais elle le talonna. Elle imita ses compagnons. La rage de vaincre, sans craindre la mort.

Les coups pleuvaient et les Orcs semblèrent effectuer un semblant de retraite. Le roi levait son épée. « Gloire ! »hurlèrent les hommes. Hoela avait reconnu Théoden , à sa prestance, inimitable. La victoire était criée bien trop tôt.

Car un autre cor retentit. Elle se retourna. Et resta bouche bée, manquant lâcher son épée. Elle plissa les yeux, comme si elle n'était pas sûre de ce qu'elle voyait. Des oliphants traversaient le Champ, autrefois verdoyant, désormais rouge, des flaques qui miroitaient dans le semblant de lumière matinale. Enormes bêtes, grises comme des souris, grosses comme des maisons, menées par les Suderons. Ces Hommes étaient à la solde de Sauron depuis le début ; cruels, et enflammés d'une haine comme les Hommes Libres qu'on avait allumée dans leurs cœurs depuis des centaines d'années. Eux non plus ne feraient pas de quartiers.

Ils se battaient sans espoir à présent. Les Oliphants faisait beaucoup de dégâts dans les troupes. Une ombre noire survola le Champ et la peur fut dans les cœurs. La créature ailéepoussa un cri et elle se jeta sur Nivacrin, le cheval du roi, qu'elle enserra dans ses serres et le lança. Hoela aurait voulu l'aider;mais elle le crut déjà mort. Son corps devait être brisé après une telle chute. Elle vit un homme, pas très grand, aux longs cheveux blonds quicascadaient sous le casque courir vers le cheval. Hoela secoua la tête comme si elle avait eu uneillusion trompeuse.Elle avait cru reconnaître la démarche d'Eowyn…

Un grand coup dans son dos. Elle tomba de sa monture. Ce n'était pas une lame qui l'avait touchée, mais un bouclier, destiné à la faire chuter. Elle lâcha sonarme sous le choc,qui fut emmenée plus loin par le cheval qui l'accrocha. Elle se releva rapidement, en roulant sur le côté pour éviter un coup d'épée.

Elle se tourna vers son ennemi. Le visage dissimulé par un tissu rouge enturbanné, elle ne voyait que ses yeux, si noirs qu'on ne distinguait pas la pupille de l'iris. Des yeux incandescents, comme le charbon qui s'apprête à rougeoyer. Elle n'avait plus rien pour se battre. Son épée avait été envoyée trop loin pour qu'elle puisse espérer avoir le temps de la reprendre. Il s'approcha d'elle ; elle le frappa avec un bouclier, qu'elle avait ramassé, de toutes ses forces ce qui l'assomma, mais redoubla aussi sa colère. Ces Hommes étaient solides et il en fallait plus pour les abattre. Il se jeta sur elle. Elle se débattit et d'un coup de coude bien placé, lui brisa le genou, en un craquement sinistre. Il hurla de douleur ; l'os était à découvert. Mais il réussit à se relever, animé par sa rage. Il agrippa la taille de la jeune femme, tout en portant la main à sa ceinture.

Elle vit le mince couteau se planter dans son ventre. Elle eut un cri étouffé ; mais l'homme fut abattu d'une flèche perdue, qui se ficha dans son cou. Elle glissa à terre ; sa tunique s'imbibait de sang. Elle repoussa le corps de l'homme, d'un coup de pied. Elle rampa en gémissant, puis s'appuya contre le cadavre d'un cheval. Tout autour d'elle, on se battait et l'issue était incertaine. Elle agrippa le manche et tira d'un coup sec. Le couteau tomba à terre, la lame saignante. Mais le fracas des armes, les cris, tout cela se perdait peu à peu. Tout se brouillait devant ses yeux. Elle eut même une hallucination. L'impression de voir des silhouettes fantomatiques lacérer des Orcs et des Orientaux. Au loin, elle crut apercevoir un étendard qui remuait dans le vent, l'arbre du Gondor, mais entouré de sept étoiles et surmonté d'une couronne, tel qu'on n'en n'avait vu depuis l'échec de la lignée des Rois.Elle crut que le ciel se dégageait, et que le bleu était celui de ses yeux. Même la douleur disparaissait.

Elle essaya de ne bouger que la main mais l'effort lui parut insurmontable. « Je suis en train de mourir » songea-t-elle, avec calme et un peu d'étonnement. Et comme si elle avait regardé dans le miroir de Galadriel, les images défilèrent. Amis, ennemis, moments de vie, tout n'était plus qu'une ronde qui la berçait, valse des images entraînante. Frodon lui apparut, gravissant les flancs d'une montagne, sèche et aride. Il se traînait à terre. Elle eut un spasme et un flot de sang jaillit de ses lèvres, la vie qui s'échappait de son corps. Elle n'entendait plus rien, sauf une voix qui venait en s'approchant :

« Hoela… Hoela… » Elle ouvrit les yeux, péniblement. Elle connaissait cette voix ; Boromir se penchait au dessus d'elle. Elle sentit sa main se poser sur son front, il essuya l'écume sanglante. Elle pleurait. Il s'agenouilla.

« Je ne peux rien faire pour toi. » dit-il, un peu dur. Elle ne répondit pas. Elle ne le pouvait pas. Tout était paralysé en elle. Elle se contenta de la dévorer du regard. Il était tel qu'elle l'avait laissé, gisant pour son dernier voyage.

« Tu aurais dû écouter Gandalf. Et écouter ce que te disait ton cœur. Regretter les morts et vivre dans leur souvenir ne les a jamais fait revenir. Maintenant, je crains qu'il ne soit trop tard. » Il déposa un baiser léger sur les lèvres. La lumière s'estompait. Tout ne fut plus que ténèbres.