Bonjour à toutes,

Ne sachant que dire, comment exprimer ce que je ressens face aux évènements de ce week-end, je ne ferais pas de grand discours. J'exprime juste mes condoléances et mon soutien aux proches des victimes.

Merci beaucoup pour vos reviews, je vous laisse découvrir ce que je vous ai réservé !


Chapitre 28

Pov Edward

Assis à l'arrière du véhicule de l'agent Udson, les mains moites, la bouche sèche, je serrais et desserrais les poings, mon cœur tambourinant à tout rompre contre ma cage thoracique. Une voiture de police avait suivi un individu « louche », qui avait été signalé par un fleuriste à cause d'une demande étrange, et les flics avaient vite compris de quoi il retournait, pour ensuite réclamer des renforts de toute urgence. Je regardais par la fenêtre le paysage, qui changeait au fur et à mesure de notre approche de la frontière canadienne, et me concentrai dessus pour ne pas penser à notre destination, et surtout pourquoi nous nous y rendions.

-Je veux que vous restiez dans la voiture tous les deux, nous ordonna l'agent fédéral à Emm' et moi. Nous ne savons pas ce qu'on va trouver là-bas, on ne connait pas la topographie des lieux, s'ils sont nombreux… Je sais que vous vous faîtes du mauvais sang pour votre compagne, mais ça ne l'aidera pas si vous vous jetez dans la gueule du loup.

Je hochai la tête distraitement, essayant de me focaliser tout entier sur ma fille au lieu d'imaginer Bella à cet instant. Mary-Bel avait les yeux de sa mère, et sa couleur de cheveux. Selon ma mère, elle avait mon nez, et mes doigts fins. Esmee était restée sans voix devant ma fille quand elle l'avait vue pour la première fois, avant de me féliciter chaleureusement. Pourtant, j'avais du mal à me réjouir de cette naissance : il manquait une personne importante, tellement importante ! Je ne me voyais pas élever Mary-Bel tout seul. Bien sûr, je savais pouvoir compter sur toute ma famille, mais la présence de Bella me semblait tellement indispensable que son absence me serait intolérable, insurmontable, invivable. Oui, c'était bien ça : sans la femme de ma vie, je ne pourrais que survivre.

Je sursautai lorsque le coéquipier de l'agent Udson enclencha le gyrophare sur la demande de celui-ci, puis je compris que nous approchions de notre destination lorsqu'il l'arrêta. Nous empruntions un chemin forestier, sombre, mal entretenu, mais les voix des forces de l'ordre qui se faisaient entendre malgré les grésillements de la radio nous indiquaient la voie à suivre. Au bout de quelques minutes, nous débouchâmes dans une clairière où de nombreuses voitures étaient garées, tandis que les policiers s'équipaient. Udson et son collègue arrêtèrent la voiture puis nous descendîmes tous pour nous approcher du groupe de flics. Ils étaient tous fébriles, sur les nerfs, et je remarquai que trois chiens les accompagnaient, les muscles bandés, sur le qui-vive.

-On est bien d'accord ? Nous rappela le collègue de l'agent Udson en enfilant un gilet pare-balles. Vous restez ici tous les deux, jusqu'à ce qu'on ait sécurisé les lieux. Vous êtes là parce que vos parents connaissent le chef de département du FBI et que vous avez réussi à le persuader de vous emmener avec nous, mais vous seriez mieux chez vous, et en sécurité. Alors ne jouez pas aux héros !

Il vérifia son arme, puis l'agent Udson donna quelques ordres, et ils commencèrent à avancer en formation, prêts à se déployer dès que l'ordre serait donné.

-Ça va ? S'enquit Emmett d'une voix tendue.

-Ouais. Tu me traiterais de trouillard si je te disais que je flippe à mort ?

-Pas là, non.

Je l'entendis soupirer, puis il ouvrit soudain sa portière.

-Faut que je bouge, Bella est là-bas.

Je le rejoignis aussitôt, et pus lire dans son regard qu'il avait le même mauvais pressentiment que moi, le genre d'intuition qui prend aux tripes et qui fout les jetons. Les oiseaux ne chantaient plus, et on aurait dit que l'air était lourd, suffocant, irrespirable. Mes jambes prirent la décision à ma place, me conduisant dans la direction qu'avait prise la police. Plus rien n'existait autour de moi : les arbres auraient pu s'envoler, des bombes auraient pu exploser, je ne m'en serai pas rendu compte. Emmett avait raison, ma femme était là, à ma portée, et peu importe ce que pensait Udson, je ne pouvais pas rester en arrière. C'était impossible.

Des cris s'élevèrent tout à coup, puis des claquements secs, caractéristiques des coups tirés par des armes à feu, et des aboiements se firent entendre. J'accélérai mes pas, jusqu'à courir, malgré les appels de mon frère qui me hurlait de ne pas y aller. Malgré la pratique de sport que je faisais régulièrement, mes poumons protestèrent contre cet effort intense et brusque, surtout sans préparation. Je fixai le sol pour ne pas me prendre les pieds dans une racine ou autre, quand brusquement un arbre me heurta. Je tombai en arrière, mes fesses amortissant la chute, ce fut alors que je m'aperçus de ma méprise : ce n'était pas un arbre, mais mon père qui me tendait déjà la main pour m'aider à me relever. Emmett arriva en soufflant, de la sueur ruisselant sur son visage. Il fut aussi surpris que moi de voir Carlisle ici, cependant je ne m'appesantis pas là-dessus parce que la fusillade continuait, et je voulais m'assurer que Bella allait bien.

Mon père et mon frère me suivaient sans mot dire, tellement près qu'Emmett me rentra dedans quand je m'arrêtai brutalement devant une cabane. Un policier en uniforme nous barra l'accès vers l'intérieur, mais on pouvait entendre des cris à l'intérieur. A l'extérieur, les chiens remuaient, nerveux, tirant sur leurs laisses, sous l'œil vigilant de leurs propriétaires.

-Ne restez pas là, les lieux ne sont pas totalement sécurisés, et nous recherchons toujours l'un d'entre eux.

-Qui ? Questionna Carlisle d'une voix tendue.

L'homme secoua la tête, refusant de parler. Je tendais l'oreille, essayant de comprendre ce qui se disait à l'intérieur de la cabane, quand Appledown, un bras en écharpe, apparut sur le seuil, l'air grave, et me jeta un regard désolé.

-Docteur, vous pouvez venir s'il vous plaît ? S'enquit-il auprès de mon père avant de préciser. Vous seul.

J'avais besoin d'aller avec mon père. Bella était là, à quelques mètres, et … blessée ? Pire ? Mon cœur tambourina encore plus vite dans ma cage thoracique, me donnant la nausée. Je sentis que quelqu'un serrait mon bras pour me retenir, mais je tentais quand même d'avancer.

-Chef, on a trouvé l'entrée d'un sous-terrain, il n'a pu s'enfuir que par là ! S'écria soudain un des agents d'Appledown. Il va vers l'Est !

Aussitôt, une dizaine d'hommes se bousculèrent pour se disperser entre les arbres, et le concert d'aboiements reprit, les flics ordonnant aux chiens de chercher. Emmett se joignit à eux en jurant, et je l'imitai, pour ne pas réfléchir à ce que mon père verrait dans cette cabane misérable. La forêt se fit bruyante tout à coup, chaque homme faisant un compte-rendu tous les cents mètres. Je tournai la tête à droite, à gauche, courant moi aussi droit devant moi, mes poings me démangeaient à présent, j'avais besoin de cogner quelque chose. Quelqu'un surtout. Plus j'avançais à la recherche de James Connor, plus je cogitais. Appledown n'était pas arrivé en courant, ou appelé pour que Carlisle vienne le voir immédiatement, c'était un signe que l'urgence était passée. Bella avait accouché deux jours avant, et la sage-femme avait affirmé qu'elle était très faible et perdait du sang. Si cette ordure de Connor ne lui avait pas fait prodiguer des soins, et j'étais certain qu'il ne l'avait pas fait, elle s'était affaibli inexorablement. En plus, quel était le pourcentage de chance pour que ce monstre se sauve en laissant Bella en vie ?

Au fur et à mesure que ces pensées devenaient plus claires, je prenais conscience de ce que je refusais d'accepter : Bella n'avait pas survécu. Le regard d'Appledown n'était pas un regard désolé : c'était un regard de compassion, parce que j'avais perdu la femme de ma vie.

-Edward ! Mais où tu vas ?

La voix de mon frère me fit prendre conscience que je m'éloignais du groupe de flics, mais je n'en avais rien à faire. Je me sentais vide tout à coup, vide, épuisé et glacé. Plus rien n'avait d'importance. Des larmes me piquèrent les yeux, mais je les fis refluer, préférant la colère au désespoir.

-Eh mec, attends-moi !

J'entendais Emmett souffler dans mon dos, comme s'il courait. Est-ce que je courais moi aussi ? Possible. Le vide que je ressentais se transforma petit à petit en rage. La rage de ne pas avoir pu sauver Bella, la rage de se dire que James Connor s'en sortirait peut-être comme une fleur, la rage de ne pas avoir le contrôle de la situation. A peine quelques secondes après ces réflexions silencieuses, je remarquai des feuilles au sol bouger, et en m'approchant je constatai qu'il s'agissait de James Connor qui se tortillait tant bien que mal pour sortir d'une ouverture creusée dans la terre. Je savais avec certitude que c'était lui puisque l'agent Appledown nous avait transmis les photos de James Connor, Laurent Ruiz et d'une dizaine d'individus ayant collaboré ou collaborant en ce moment avec le dealer. Du sang maculait sa chemise au niveau de son épaule, et je fus satisfait qu'il soit blessé.

-Je vais te tuer fils de pute ! Vociférai-je en me jetant sur lui. Je vais te découper en morceaux !

Je le labourai de coups de poings en jurant. Il réussit à se mettre debout et riposta, mais tandis que je le frappais à chaque fois violemment, lui m'effleurait à peine. A moins que je ne sois tellement déchaîné et furieux que je ne sentais rien. Malheureusement, Emmett ne me laissa pas faire assez longtemps à mon goût, et il fondit sur moi pour me retenir pendant que les flics arrivaient eux aussi et qu'ils passaient les menottes à ce monstre à peine humain. Son nez saignait abondamment, signe que je le lui avais fracturé, ainsi que son arcade sourcilière gauche. Je fus satisfait de voir des hématomes fleurir sur son visage, et son torse devait être dans le même état.

-Viens, retournons aux voitures, me poussa mon frère. Ne lui donne pas la satisfaction de s'en tirer parce que tu lui auras pété le nez.

Il ne mentionna pas Bella, ce qui me fit comprendre qu'il avait suivi le même raisonnement que moi, et qu'il supposait également que Bella était décédée. Aidé par Emmett qui me soutenait et me tirait, nous suivîmes les policiers qui encadraient Connor, ne lui laissant aucune chance de s'échapper. Je faisais un pas après l'autre, puisant dans mon énergie et ma concentration pour mettre un pied devant l'autre, parce que l'adrénaline qui parcourait mon corps jusque-là avait cessé de faire effet. Cette chape de désespoir qui menaçait de m'engloutir me permettait de ne pas réfléchir, de juste faire les choses instinctivement. Une coquille vide ne peut pas penser.

Nous n'étions pas encore en vue des véhicules quand une sirène commença à se faire entendre, de loin d'abord, puis se rapprocha rapidement, de plus en plus près. Au début, je me laissais bercer par les sirènes, tel un marin se laissant envoûter par de belles sirènes comme Ulysse eut pu en rencontrer, pourtant une pensée réussit à percer le brouillard qui embrumait mon esprit : les ambulanciers ne mettent pas leur signal d'avertissement pour un mort. Alors ça voulait dire que quelqu'un était blessé. Mon cœur, qui avait ralenti son rythme après avoir frappé James Connor, repartit dans une course effrénée, à la pensée que cela puisse être mon père, blessé par un des complices du dealer qui s'était peut-être caché ou avait réussi à se rebeller.

-Emmett ! Tu me broies le bras !

C'était la vérité : mon frère serrait mon bras comme s'il voulait le briser, mais son regard était si lointain que je compris qu'il n'était pas avec nous psychiquement. Soudain, des voix se mirent à crépiter dans le talkie-walkie d'un des flics en uniforme près de nous.

-Dépêchez-vous bordel ! Hurlait Udson. Elle ne tiendra pas longtemps !

-Nous sommes presque là, répondit un timbre jeune. A combien est le pouls maintenant ?

Il y eut un instant de silence, avant qu'Udson ne reprenne, moins paniqué.

-Sa tension est à 7/9, je n'ai aucune idée de ce que ça veut dire…

-Ça veut dire qu'elle s'accroche. Ok, on est garé, on arrive avec le matériel !

Elle ? Pris d'une soudaine inspiration, j'abandonnai les forces de l'ordre et Connor pour me précipiter vers la cabane, un fol espoir naissant dans ma tête et dans mon cœur. Emmett était derrière moi, mais j'avais toujours été meilleur que lui à la course, le devançant de plusieurs mètres à chaque fois. Il ne me fallut que quelques instants pour arriver en vue de la maison en bois, temps qu'il fallut également aux ambulanciers pour y parvenir, porteurs d'une civière. Je les laissai passer, avant de m'engouffrer à l'intérieur, suivi de mon frère.

Je stoppai net mes pas une fois sur le seuil de la porte, pour appréhender ce qui se passait dans cette sinistre chambre. Pour être certain de ne pas me bercer d'illusions. Bella était étendue sur un grand lit, le visage couvert d'hématomes, vêtue d'une robe blanche qui pâlissait encore plus la peau de la jeune fille qu'à l'ordinaire. Une rose noire et une autre rouge bordeaux gisaient sur le lit, contre le flanc de ma compagne. Son rouge à lèvres, rouge vif, renforçait encore l'impression que sa peau semblait en marbre blanc, pâle comme… la mort, d'autant qu'une immense tâche rouge maculait la robe au niveau du bas-ventre de Bella. Mon père était agenouillé sur le lit, à ses côtés, et lui faisait un massage cardio-respiratoire pendant que les ambulanciers préparaient leur matériel, son visage trahissant une concentration désespérée. Il leva les yeux, et nos regards se croisèrent, se soudant quelques instants avant qu'il ne ramène son attention sur Bella. Un des professionnels avait posé une perfusion à ma compagne, tandis que l'autre plaçait des électrodes aux bons endroits avant de prendre le relai de Carlisle. Appledown s'était rencogné dans un coin, observant la scène en serrant et desserrant son poing valide, anxieux, tandis que l'agent Udson prenait des notes, appuyé sur le mur à côté de moi sous la dictée de son supérieur. Emmett était à côté de moi, une main sur mon épaule.

Je vis les lèvres de mon père bouger, comme s'il parlait, mais seuls me parvenaient des bourdonnements, tant je m'étais coupé de la réalité. L'image de Bella, apprêtée comme si elle avait rejoins sa demeure éternelle, me choquait à un point inimaginable, mais je n'arrivais pas à détourner mon regard d'elle, incapable d'imaginer sortir de là seul, sans elle. Le monde autour de nous ne pouvait pas exister sans elle.

Je sentis qu'on me poussait à m'éloigner, à retourner dans la salle à vivre, et je ne résistai pas. Quelqu'un m'aida à m'asseoir, mais en levant les yeux, je me rendis compte que c'était mon père. Je pris de profondes respirations, ce qui me rendit ma capacité à comprendre ce que me disait Emmett quand il demanda des explications à Carlisle.

-Je vous raconterai tout dès que Bella sera sauvée et à l'hôpital. Edward, tu dois te secouer, elle va avoir besoin de toi. L'agent Appledown m'a dit tout à l'heure qu'elle avait accouché, est-ce que le bébé va bien ?

-Mary-Bel va bien, répondit Emmett tandis que je hochai la tête. Elle est magnifique, Edward a de quoi être fier ! Maman a du mal à la quitter pour la nuit.

Des bruits de pas précipités me firent lever la tête : les ambulanciers passèrent devant nous, poussant la civière sur laquelle Bella était allongée, un masque à oxygène sur le visage, la perfusion plantée dans son bras. L'agent Appledown les suivait, nous faisant signe de l'accompagner. Je ne me fis pas prier, et sans demander la permission à quiconque, montai dans l'ambulance, pour ne pas lâcher Bella des yeux. Les autres sauraient où nous trouver.

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Le trajet me parut court et long à la fois. L'ambulancier surveillait attentivement le moniteur, tandis que je m'agrippais à la main inerte de Bella. Elle n'était pas aussi froide que je le supposais, mais elle était indubitablement trop fraîche. J'espérais qu'elle sentait ma présence à ses côtés, et que ça l'aiderait à rester avec nous.

Le passage aux urgences fut plus difficile, parce que j'assistai les deux médecins qui officiaient. Je n'aurais jamais pu rester éloigné d'elle pendant qu'ils la soignaient de toute manière. Arrêter son hémorragie interne fut relativement facile, mais la quantité de sang qu'elle avait perdu l'avait plongée dans le coma, et nous ne pourrions pas savoir quand elle se réveillerait. Du sang lui fut transfusé, puis quand son état fut stabilisé, une chambre lui fut attribuée en priorité, ce qui fit que trois heures à peine après notre arrivée avec l'ambulance, je pus m'asseoir à côté d'elle, dans une des plus grandes chambres que possédait l'hôpital de Seattle.

Propre, coiffée et soignée, Bella dormait. Sans tous ces fils et tuyaux, on pouvait croire qu'elle se lèverait au matin, comme les princesses des contes de fées. Une chose était certaine : son magnifique visage était serein, malgré les bleus qui coloraient son visage.

-Bella ? Tu m'entends ? Demandai-je doucement en lui caressant la joue. Tu es sauvée mon ange, tout va aller bien maintenant. Connor a essayé de s'enfuir, mais la Providence a voulu que je sois celui qui l'en empêche, et j'espère qu'il va croupir en prison jusqu'à la fin de sa vie, ou mieux encore, qu'il sera condamné à mort. Je n'ai jamais été pour de telles extrémités, tu le sais, mais là… Néanmoins, pour qu'il soit condamné, tu dois te réveiller, tu sais ? Je ne sais pas encore comment va se passer la suite, avec les fédéraux et tout, mais je sais qu'ils ont besoin de toi. Tout comme moi j'ai besoin de toi, et comme notre fille Mary-Bel en a besoin. Tu verras comme elle est belle…

Je continuais à parler, et parler, et parler encore, jusqu'à ce que l'épuisement me fasse sombrer dans un sommeil profond, mais ma main tenait toujours la sienne, comme le symbole de ce que je voulais lui faire comprendre.

Pov Esmee

Je finis de me laver les mains avant de me passer de l'eau sur le visage afin de me rafraîchir, un moyen comme un autre pour tenter de me sentir mieux. J'étais déjà infiniment soulagée que mon mari soit revenu sain et sauf. Jusqu'à présent, nous n'avions pas encore pu réunir toute la famille, or Carlisle refusait de tout nous expliquer tant que tous les membres de notre famille ne seraient pas tous réunis.

Si un poids s'était envolé de mes épaules, il restait encore plusieurs problèmes qui m'empêcheraient de dormir sereinement tant que la situation ne se serait pas améliorée. La fille de Bella était née avec plus d'un mois d'avance, mais son état était stable, et elle évoluait bien. En revanche, l'état de Bella était plus préoccupant, et personne ne pouvait dire quand, ou au pire des cas, si elle sortirait du coma.

Nous avions prévu d'aller la voir avec Carlisle dans l'après-midi, après une nuit de retrouvailles. En effet, moins de vingt-quatre heures plus tôt, j'étais encore sans nouvelle récente de mon mari, puis tout s'était emballé en peu de temps : Bella avait été retrouvée, mon époux avait refait surface avec l'agent Jack Appledown, et Connor avait été arrêté. Emmett était rentré chez lui tandis que Carlisle était revenu chez nous, quant à Edward il avait retrouvé sa place auprès de Bella. Je voulais m'assurer qu'il allait bien, sachant que Bella recevait les meilleurs soins, et qu'Edward était capable de se laisser mourir tout en s'occupant de sa moitié.

Carlisle m'observa tandis que je sortais de la salle d'eau du rez-de-chaussée, lui s'étant assis sur le divan, son manteau sur le dos.

-Ça va mieux ? S'enquit-il en venant vers moi pour m'enlacer. Pourquoi es-tu si nerveuse ?

Je haussai les épaules, inspirant profondément l'odeur de mon époux. Je ne savais même pas mettre de mots sur cette nervosité, moi un grand professeur en médecine à la retraite ! Je le laissai m'aider à mettre mon manteau, puis nous partîmes pour l'hôpital de Seattle. Le trajet se fit dans un silence un peu tendu, mais la musique diffusée à la radio mettait un peu de vie dans l'habitacle de la voiture. Enfin, après plus d'une heure de voyage, nous pûmes nous garer sur le parking de l'hôpital.

J'avais beau être à l'aise dans les hôpitaux, depuis que j'étais venue admirer Mary-Bel, ce n'était plus tout à fait le cas. J'avais conscience d'avoir changé de statut, d'être passée de médecin sûre d'elle à grand-mère inquiète, et j'étais fière et heureuse de cet état de fait. La fille de Bella et Edward était un des nourrissons les plus mignons qu'il m'ait été donné de voir. Ce n'était pas ma première petite-fille, mais je me trouvais presque méchante de penser que mon sang coulait dans les veines de Mary-Bel, alors que je n'étais pas la grand-mère biologique de l'enfant de Rose et Emmett puisqu'Emmett avait été adopté. J'aimais les deux fillettes aussi fort l'une que l'autre, et j'avais hâte de pouvoir les voir grandir jour après jour.

Je pressai le pas, imitant mon mari, afin de ne pas rater l'ascenseur. Heureusement, une infirmière était déjà dans la cabine, aussi nous attendit-elle avant de laisser les portes se refermer derrière nous. Edward m'avait envoyé par sms le numéro de chambre et l'étage où était Bella, et puisque Carlisle et moi connaissions plutôt bien cet hôpital, il fut facile de nous y rendre. Mon mari frappa doucement à la porte, puis l'ouvrit lentement. Edward dormait, la tête sur sa main posée à plat sur le lit, et en regardant plus attentivement, je pus constater que sa bouche était à quelques millimètres des doigts de Bella. Je ne pus empêcher un sourire de naître sur mes lèvres en voyant leur proximité, et je fus soulagée de voir enfin ma belle-fille : elle était là, sous nos yeux, en vie, soignée par de bons médecins.

Mon fils sursauta soudain, comme s'il avait reçu une décharge électrique, et il regarda autour de lui, son regard se posant sur Bella et enfin sur nous. Il se redressa en se frottant les yeux. Je me précipitai vers lui pour le prendre dans mes bras et le presser contre moi le plus fort possible.

-Comment va-t-elle ? Demandai-je lorsque je me fus écartée et que Carlisle étreignait son fils.

-Mieux, puisqu'on a arrêté l'hémorragie interne, mais elle a perdu beaucoup de sang, et ça l'a plongée dans le coma. Elle a des transfusions, mais seul le corps de Bella peut décider du meilleur moment pour la sortir de ce coma.

-C'est un coma profond ?

Mon époux n'y allait pas par quatre chemins lorsqu'il s'agissait de la santé des gens. A plus forte raison lorsque c'était sa belle-fille. Il parcourut la fiche de santé des yeux, établissant sûrement son propre diagnostic.

-Stade 2, répondit laconiquement Edward.

-Alors ça peut prendre quelques heures ou quelques jours, soupira Carlisle. Les médecins ont-ils proposé qu'elle soit hospitalisée à domicile ?

-Oui, même s'ils pensent que ce ne sera pas nécessaire, puisqu'elle évolue bien. Une ambulance la conduira à l'hôpital de Port Angeles ce soir. Mary-Bel sera transférée demain.

Carlisle hocha la tête.

-Tu veux qu'on te relaie auprès de Bella pour que tu puisses aller voir ta fille ? Proposai-je.

Les yeux de mon fils s'éclairèrent, et son père et lui sortirent de la chambre, me laissant seule avec la jeune fille. Je m'assis à côté d'elle, et lui expliquai à quel point j'étais soulagée de la voir saine et sauve. Bella et Mary-Bel seraient bien soignées à Port Angeles, et surtout elles seraient plus proches géographiquement.

Pov Bella

Des pleurs d'enfants. Plus exactement des pleurs de bébé. Mes bras me démangeaient, me demandant silencieusement de me lever pour faire cesser ces pleurs qui me serraient le cœur. Mes pensées étaient confuses, et j'avais du mal à me rappeler mon dernier souvenir, ce que je faisais et où j'étais. Tout était… noir et embrouillé. Mon corps, lui, refusait de bouger, mais étrangement je ne paniquais pas, peut-être parce que réfléchir était déjà difficile, alors déplacer mes membres… c'était tout bonnement impossible !

Enfin, les pleurs cessèrent, et je soupirai de soulagement. Ce fut seulement à ce moment-là que je me demandai où je pouvais bien me trouver pour être à proximité d'un enfant. A présent, une voix grave s'exprimait doucement, une voix chaude qui m'apaisait, et mes doigts me chatouillaient, sans que je ne sache pourquoi. Une caresse sur ma joue me tira de mes réflexions, et en me concentrant, je me rendis compte que je pouvais comprendre ce que disait la voix.

-… comme elle est douce ? Quand tu pourras la tenir dans tes bras, tu verras que tu ne pourras plus t'en passer. Pour te dire vrai, je me suis octroyé une pause rien que pour venir voir mes deux beautés, alors que plusieurs patients attendent encore leur rendez-vous. Un baiser pour toi…

Un effleurement sur mes lèvres qui picotèrent à leur tour…

-Et un bisou pour toi Mary-Bel… Avant de te remettre dans ton berceau. Ta maman tombera sous ton charme dès qu'elle posera les yeux sur toi, si elle ne t'a pas encore vue.

Il y eut un silence, et cette fois, je perçus les mouvements de l'homme qui bougeait à proximité. Il s'approcha de moi, puis des mains se posèrent sur moi : l'une d'elle saisit doucement la mienne, tandis que l'autre caressait ma joue, mon front… Un souffle chaud percutait la peau de mon cou, m'apportant des sensations intenses. Je tentai de bouger, de montrer que j'étais consciente, mais j'échouai lamentablement. Je respirai profondément, essayant de ne pas m'énerver, et essayai à nouveau. Je n'eus pas le résultat escompté, mais je repris espoir quand la personne souffla dans mon oreille. Je sentis mes lèvres s'étirer en un sourire réel.

-Bonjour ma chérie, dit-il tendrement. Si tu savais à quel point j'ai hâte que tu ouvres les yeux ! Tu réponds de mieux en mieux aux stimuli, c'est très bien. Je reviens à la fin de ma garde, ne bouge pas d'ici, hein ?

Je voulais rire, mais mon corps ne m'obéissait pas. Après avoir entendu la porte se fermer, je recommençai à cogiter. J'avais reconnu la voix de l'homme dans ma chambre, je savais que c'était Edward, cependant je ne savais toujours pas où j'étais ni ce qui s'était passé pour que je sois dans cet état.

Encore fatiguée, je sombrai à nouveau dans le sommeil, consciente cette fois qu'il y aurait un nouveau réveil.

-Salut beauté !

Cet éclat de voix me fit sursauter, et l'inconnu s'en aperçut parce qu'il s'excusa.

-Excuse-moi Bella, je ne voulais pas te faire peur. Tu sais si Rose est passée ? Elle voulait amener Elisabeth voir Mary-Bel, mais je ne l'ai pas vue. Mais bon, tu la connais, elle donne une tranche d'heures et se pointe à un tout autre moment !

Il continua à monologuer, tandis que je réussissais à mettre un visage sur les noms dont parlait Emmett : sa femme Rosalie, sa fille Elisabeth. Il mentionna aussi Alice, qui était passée et qui m'avait apporté un énième nounours géant. Peu à peu, mes idées se faisaient plus claires, les souvenirs me revenaient. Je revoyais ma mère, le meurtre de San Francisco, les agents Appledown et Stattle, ma vie chez les Cullen, la traque du clan Connor… Jusqu'à mon accouchement.

-Calme-toi Bella, tu affoles le moniteur cardiaque, me rabroua gentiment Emmett. Tu es en sécurité, à l'hôpital. Edward ne devrait pas tarder à finir ses consultations.

Un couinement attira mon attention, et cette fois, je pris pleinement conscience que c'était ma fille. Comment Edward l'avait-il appelée ?

-Regarde Mary-Bel, voilà papa !

Mary-Bel, c'était ça !

-Ed', t'as vu ?

Ce dernier grogna, appréciant peu ce genre de surnoms, avant de se rapprocher de moi. Je voulais le voir. Je voulais enfin voir ma fille, la prendre dans mes bras, la toucher, la sentir… Une caresse sur ma main m'incita à essayer à nouveau d'ouvrir les yeux. Je me concentrai sur mes sensations, sur chaque tressaillement de mes muscles, sur ma respiration, et peu à peu, mes paupières réussirent à se soulever, battement après battement, pour révéler le visage radieux d'Edward. Le silence régnait dans la chambre, un instant de flottement, jusqu'à ce qu'Edward se jette contre moi en gloussant.


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