Parce que c'est trop cruel de ne pas mettre la suite et de vous laissez ainsi, je vous mets le chapitre le plus dur qui m'ai été donné d'écrire dans ma courte vie. Bonne lecture.
Peut être toi
Chapitre 25 : Brisée.
Le coup fusa encore et la brulure m'arracha un autre cri. Un cri parmi tant d'autres. Du sang s'écoula d'autres plaies, une larme perla encore, tandis qu'une autre tomba.
Un petit ricanement mesquin alimenta la scène, puis un geste, un seul, annonciateur de la fin de mon supplice.
« -Je pense qu'elle a compris, fit Kami. Alors Sesshomaru, acceptes-tu d'être mienne ? »
Il posa son regard pervers sur moi, faisant vibrer toutes mes cellules de rancœur et de haine mélangées à de la crainte. Mon estomac protestait contre la vue de tout ce sang, les brulures causées par le fouet circulaient sur tout mon corps en des vagues de souffrance atroce et ma vue se troublait à cause de mes larmes.
Pourtant, je ne sais comment, je réussis à trouver la force de lui répondre, même si ma voix était cassée, et faible :
« -Jamais.
-Tu es têtu ! Tu as beau recevoir des dizaines de coup de fouet tu ne veux toujours pas me céder ! Très bien ! Fit-il en s'énervant. Je vais passer au stade supérieur ! »
Puis il poussa mon bourreau, sortit son fouet et poursuivit la besogne.
Sauf que ses coups étaient milles fois plus douloureux, ses gestes plus précis et plus insupportables…
A chaque contact, l'impact résonnait dans tout mon corps, réveillant la souffrance de mes membres et alimentant un mal être nauséeux des plus désagréable. Pourtant ce n'était pas ça qui me faisait aussi mal : c'était de savoir que ça ne faisait que commencer.
C'était de savoir que depuis maintenant deux jours, je me retrouvais en proie à ses sautes d'humeur, à ses coup bas, à sa perversité malfaisante et à celle de ses sbires.
Il venait régulièrement me rendre visite, espérait beaucoup de l'allée, repartait furieux.
Et entre temps il s'amusait à me frapper, se délectait de mes cris de souffrance et de mes larmes. Et quand il n'était pas là, quand l'heure de manger ou de dormir venait, les cris des autres captifs résonnaient dans toute la grotte comme une mélodie plaintive et constante, le sang séché sur le sol donnait à l'eau le goût de rouille et de sel…
Partout où l'on pouvait porter le regard, tout n'était que peine, douleur, écho de plainte, lamentation…tristesse.
Et Kami aimait ça…plus que tous les autres il adorait cette ambiance, l'essence de la souffrance provoqué aux autres, le sentiment de supériorité imposée le rendait jouissif…
Et il revenait sans cesse. Car brisée il me désirait et il n'aurait de cesse jusqu'à la fin…
Mais aujourd'hui était pire que les précédents. D'une part parce que j'avais un nouveau locataire dans ma cellule : une petite fille youkai, Svadjala.
Des yeux d'un bleu innocent, une chevelure d'un argent soyeux, maigrelette et terriblement affaiblie par les épreuves de sa petite vie.
Et de savoir que cette petite subissait des sorts identiques aux miens étaient un redoutable combat entre ma compassion et ma frustration. Quand elle revenait des séances de torture elle se posait contre le mur et regardait le seul point lumineux de la cellule, la torche du couloir d'en face.
Elle ne versait pas de larme, parce qu'elle avait pleuré durant la torture et qu'elle n'avait plus assez d'eau dans son corps pour le faire.
Cela me brisait le cœur…
Alors quand Kami me fouettait pour la énième fois, me demandant sans cesse de me soumettre, j'en vomissais de dégoût à l'idée d'être soumise à ce monstre. Au moins j'avais appris. J'avais appris et compris une bonne chose importante, chose que jamais je n'aurais pu songer auparavant : humains ou youkais, la différence était imaginaire. Un monstre était un monstre de part ses actes et sa façon d'être et qu'importe sa race.
Le but de la Miko n'était pas de se battre constamment contre les Youkais, mais contre les monstres comme Kami. Serrant les poings, je subissais le dernier assaut de coup avant qu'il ne s'arrête, épuisé.
« -Ca suffira pour l'instant, fit-il en rangeant son fouet. »
Puis il s'approcha de moi et me tira par les cheveux pour me forcer à le regarder. Il n'eut que haine et rancœur à lire dans mon regard.
Puis il abattit son poing sur ma figure et m'embrassa sur la bouche en sang.
Je n'avais pas la force de protester à son baiser, toutefois je pus conserver mes lèvres scellées, ce qui le rendit furieux.
J'avais la réputation d'être une battante et une insoumise, mais je me demandais, en revenant dans ma cellule, pendant combien de temps j'allais pouvoir endurer pareille souffrance.
« D'un côté je n'ai pas à me plaindre » pensai-je « Après tout, les Captifs sont sous son pouvoir depuis des siècle… »
Penser cela me fit grimacer sur un détail qui m'avait jusqu'alors échappé : il était humain, alors comment se peut-il que les Captifs soient sous son pouvoir depuis des siècles ?
J'avais posé cette question à voix haute sans m'en rendre compte et se fut la petite Svadjala qui me répondit, sans voix faiblarde résonnant dans ma tête :
« -A cause de nos larmes et de notre sang, murmura-t-elle faiblement.
-Je ne comprends pas…
-Moi aussi je ne comprenais pas et c'est Maman qui m'a expliqué. Quand on mélange nos larmes avec notre sang, cela prolonge la vie des humains…C'est pour ça que nous sommes tous ici.
-Comment se fait-il ? Pourquoi ne protestez vous pas ?
-Ce n'est pas évident, intervint une autre voix. »
C'était un mâle, il se tenait dans la cellule d'à côté.
« -Nous autres Captifs sommes sur cette île depuis des millénaires. Nous avons choisis de nous isolé des autres youkais car nous sommes pacifistes et scientifiques, nous n'aimons pas la violence. Alors nous avons choisie cette île protégée par la brume pour vivre en paix. Mais il y a maintenant trois siècles environ, ils ont débarqués sur notre île et l'ont ravagée. Kami nous a soumis à sa fureur.
-Et pourquoi vous êtes vous laissé faire ?
-C'est un ancien seigneur de guerre ! Il a une parfaite connaissance du combat et ses guerriers sont plus entraînés que n'importe qui d'entre nous. Notre savoir n'est pas assez puissant contre de tels monstres.
-Mais vous vous rendez compte de ce qu'il vous a fait subir ?
-Tu ne sais pas grand-chose de ce que nous subissons vraiment jeune humaine…, fit le vieux.
-Ce que je sais m'est bien suffisant, ripostai-je. Suffisant pour savoir que c'est plus qu'insupportable de rester ici à ne rien faire !
-Tu ne comprends pas ? Nous ne pouvons rien faire, s'écria la petite fille, c'est ainsi depuis des siècles et cela le sera jusqu'à la fin des temps !
-Svadjala, elle ne sait pas encore, tu ne peux pas lui en vouloir…
-Qu'y a-t-il donc à savoir ?
-Montre-lui Svadjala s'il te plait. »
Puis la petite se leva et me présenta sa poitrine. Au niveau du cœur il y avait une sangsue…
Surprise je voulus lui retirer mais elle s'écarta vivement et m'en empêcha.
« -Ce n'est pas une sangsue comme tu peux le penser jeune fille, intervint l'homme, c'est un enfant de Yasha.
-Yahsa ?
-Yasha est le pire de nos ennemis, c'était un grand et puissant démon de l'ombre qui utilisait ses enfants pour soumettre ses serviteurs, m'expliqua le vieux. Ainsi, lorsqu'un de ces enfants prend pour cible le cœur et qu'il s'en empare, nous sommes liés aux maitres des enfants. Si le maître est vaincu par quelqu'un nous sommes alors aux services de ce dernier et ainsi de suite…
-C'est pourquoi nous ne pouvons rien faire…
-Et quand ils en auront marre de vous ? Ils vous tueront tous sans exception !
-Non.
-Pourquoi ?
-Parce qu'ils ont besoin de nos larmes et de notre sang, m'expliqua le mâle.
-Ils utilisent aussi notre cuir pour leur fouet et leurs meubles, poursuivit la jeune fille.
-Notre viande est délicieuse selon eux et nos cheveux sont utilisés pour les tapisseries que tu as dû voir chez Kami-sama.
-Nos yeux à notre mort se transforment en perle qu'ils utilisent pour leurs bijoux ou leurs commerces et nos os sont réutilisés pour leurs armes. »
J'en restai béat de stupeur. Tous dans leurs organismes étaient exploités, même après leur mort. De la naissance à la mort ils étaient traités comme des objets, de la matière première utilisée uniquement par les humains.
C'était tout simplement horrible. Et de me dire que cela faisait trois siècles qu'il en était ainsi…
Ne pouvant plus contenir sa propre tristesse, Svadjala se mit à sangloter et à pleurer de nouveau. J'ignore si c'est par instinct ou parce que moi aussi j'aurais aimé, mais je la pris dans mes bras et la berçai.
Sesshomaru en avait fait autant pour moi alors bon…et puis ça m'avait apaisé. Ma mère aussi faisait ça quand je n'étais pas bien.
Et puis même si c'était un youkai, Svadjala restait une enfant avant tout. Et la faire subir de telle cruauté était trop pour son petit esprit fragile.
Alors j'attendis, câlinant sa petite chevelure doucement. J'attendis qu'elle se calme, j'attendis un espoir, une révélation, une idée quand à nous sortir de cette situation.
Mais rien ne me vint. Svadjala s'endormit, bien trop épuisée de ses émotions et j'en fis de même, malgré le dos écorché et le sang qui séchait en croûte.
Le temps passa terriblement lentement. Dans l'obscurité de la grotte, je n'avais aucune notion du temps qui passait, ni même s'il faisait jour ou bien nuit. Tout était si étrange, si sombre, si miséreux…
Plusieurs fois Kami passait par ma cellule, reposant toujours cette éternelle question, obtenant toujours l'éternelle réponse. Ma colère contre lui le subjuguait autant que ma détermination face à la douleur du fouet et à la lourdeur des chaînes.
Svadjala s'enfermait toujours plus en elle, grandissant dans la peur et la tristesse. Elle s'accrochait à moi quand on venait la chercher et revenait silencieuse, léthargique de ses séances de torture. Quand à moi, et bien le fouet ne me faisait plus grand-chose à dire vrai.
Contrairement aux autres, il me fouettait trois fois plus souvent, trouvant toujours des manières perverses pour augmenter la douleur.
Parfois il s'arrêtait et quand je relâchais un soupir ou détendais mes muscles, il refrappait plus fort. A force je n'arrivais plus à pleurer et c'était une bonne chose. Au moins ne pouvait-il se réjouir de mes lamentations et de mes larmes.
Puis un jour, il vint de nouveau. Mais son regard avait changé. Il était plus…rayonnant de malice et plus démoniaque que jamais.
Il m'arracha Svadjala des mains et la regarda sous tous les angles. Puis il déposa un regard sur moi et me sourit.
« -Amenez là avec nous, ordonna-t-il. »
Deux hommes me détachèrent et nous conduisirent jusqu'à une salle que je n'avais jamais vu auparavant. Il y avait une sorte de table de pierre au centre, et des chaînes sur les murs.
On me fit attacher au mur et l'on en fit de même avec Svadjala.
Puis une autre porte s'ouvrit et une femelle entra, enchaîner de la tête au pied, les yeux bandés.
On la fit allonger sur la table sur laquelle on lui attacha fermement poings et pieds aux extrémités. Ecartelée, on lui retira ses vêtements. Elle portait la sangsue sur le cœur et ses cheveux avaient été rasés.
Puis Kami s'approcha de nous et nous força à regarder.
Deux hommes arrivèrent avec une table sur laquelle était posés divers éléments métalliques.
Ils prirent deux couteaux et regardèrent Kami.
Du coin de l'œil, je vis Svadjala commencer à pleurer et à trembler de crainte. Elle savait ce qui allait se passer. Moi je l'ignorais. Quel était le pire dans cette situation.
Je déglutis difficilement et reportai mon attention sur la scène, le cœur battant à n'en pas finir.
Puis Kami hocha la tête et les deux hommes enfoncèrent leurs coutelas dans le bas du ventre de la femme, tranchant légèrement la peau. Ils en firent le tour et ce ne fut que quand le cri de la captive cessa que mes pensées me revinrent ainsi que les paroles de Svadjala « ils utilisent aussi notre cuir ».
Le souffle coupé j'assistai à l'horreur même.
Devant mes yeux ils prirent la peau tranchée de la captive et tirèrent vers sa tête, arrachant les cellules du cuir, laissant la chère vive à l'air.
Je vis les vaisseaux se détacher, les muscles se contracter au contact de l'air et l'abominable cri de la victime vrilla mes tympans de manière affreuse.
Quand enfin ils achevèrent de tirer, ce je fus que pour laisser la captive sans peau, des pieds à la tête. Je voyais chaque fibres de leur corps, chaque muscles, chaque tendons, chaque vaisseaux sanguins.
Et le pire c'est qu'elle était encore en vie et qu'elle était réveillée…
Sa respiration était certes irrégulière, mais elle vivait encore, souffrant comme jamais personne n'avait souffert.
J'eus envie de vomir, chose qui se produisit à la suite de cette remarque.
Mais personne n'en eut cure, c'était après tout naturel dans de telle situation. Svadjala s'était déjà évanouie depuis longtemps et j'aurais aimé en faire de telle.
Je sentis mes oreilles bourdonner avec agacement et malgré le fait que mon estomac soit vide, je ressentis encore le besoin de le vider des tourments.
Puis Kami tapa des mains, comme on applaudirait un spectacle de clown et ils arrachèrent la sangsue…qui partit avec le cœur.
Immédiatement après, la captive rendit son dernier souffle.
« -Pourquoi ne pas l'avoir tué avant ? M'estomaquai-je d'une voix faiblarde.
-Pourquoi pas après ? Et puis il y a des risques à ce que le cuir soit taché par le sang de la sangsue, me répondit Kami. Ce cuir est tellement précieux je ne vais pas risquer de l'abimer pour la souffrance ou non d'une esclave.
-C'est inhumain de faire ça, fis-je consternée, vous êtes le pire des monstres que j'ai jamais vu ! »
Il se retourna et me remercia pour le compliment. Puis il s'approcha de Svadjala et caressa le cuir de sa joue :
« -C'est une belle petite, fit-il, elle pleure beaucoup et son sang est un régal. Je n'avais pas remarqué que son cuir était aussi beau…Si ça se trouve, le cuir des enfants est encore plus précieux…
-Vous ne comptez pas faire subir ça à des enfants ?
-Allons bon Sesshomaru, pourquoi cette question inutile ?
-Pendant un instant j'ai cru que…
-Nous avons d'abord commencé par prendre le cuir des enfants. »
J'étais plus que rageuse. Je devenais folle de sa présence, folle de rage. Je n'avais qu'une seule envie c'était de lui arracher la peau, de lui faire bouffer ses propres yeux, de lui arracher la jambe et de le fouetter avec l'os de cette dernière. Je voulais qu'il souffre, qu'il subisse ce qu'il faisait subir, qu'il regrette dans les larmes et le sang avant de rendre son dernier soupir.
Et encore j'espérai qu'il vive éternellement dans les tourments qu'il provoquait, qu'il soit écartelé vivant, qu'il soit brulé comme personne n'avait jamais été brulé auparavant.
Et ça il le savait et c'est ce qu'il voulait.
Il me prit le menton et souriant :
« -Quelle beauté Sesshomaru, une si grande beauté de colère et de rage, plus que tout je te désire maintenant. »
Le fait qu'il m'appelle par Sesshomaru me rappelait combien il me manquait. Sa présence, sa froideur, ses regards inquisiteurs, son aura démoniaque…
Sesshomaru était le prince des Youkais…Kami était le prince de l'horreur tout court.
Quand il prononça d'ailleurs le fait qu'il désirait plus que tout Sesshomaru en pensant à moi me rappelait combien moi aussi je le désirais…d'une autre manière.
Je savais qu'il me cherchait, car sa fierté en prenait un sacré coup. Je savais qu'il n'abandonnerait jamais tant qu'il n'aurait pas retrouvé mon squelette. Et je priai pour qu'il le fasse rapidement, parce que j'en étais à bout.
Je ne savais même pas depuis combien de temps j'étais enfermée dans cet enfer, combien de temps j'avais subi ses tortures, ses manières perverses, ses regards obscènes, cet esprit complètement dérangé et ce comportement démoniaque.
Depuis combien de temps l'essence de la tristesse et de la crainte s'imprégnait de moi pour détruire la moindre parcelle d'espoir en moi-même.
Même l'esprit de ma tête ne s'était manifesté, à croire qu'il ne le pouvait qu'en présence de Sesshomaru…
J'avais maintenant peur. Et ça, Kami le savait.
Et c'était ce qu'il voulait. Il voulait me briser par un coup fatal, encore plus douloureux et infâme que tous les précédents.
Car il me désirait brisée et pas autrement.
Alors son sourire s'élargit et il claqua de nouveau des doigts.
« -Le jeu est très simple, fit-il, je vais tout faire pour que tu craques, et toi tu vas devoir supporter le plus longtemps possible et le tout pour mon plus grand plaisir. »
Alors plusieurs de ses sbires nous emmenèrent Svadjala et moi-même dehors.
Il faisait jour, le ciel était gris et tous les Captifs étaient réunis en un grand troupeau devant une grande estrade.
Ils avaient tous le regard porté sur moi et sur Svadjala et la tristesse s'y lisait, pire que toutes les fois précédentes.
On m'attacha sur le pilier central, pieds et mains liés sur un seul poteau et Svadjala, qui avait été réveillée, se tenait attaché à deux piliers, écartés de part et d'autre de ces derniers.
Elle me regardait apeuré et je savais qu'elle voulait m'appeler, qu'elle me suppliait de l'aider, moi qu'elle considérait comme étant sa seule et dernière famille.
Mes larmes ruisselèrent car j'imaginais très bien la suite des évènements.
En effet Kami s'approcha, tous les esclaves passèrent de la tristesse à la peur instinctive et reculèrent. Il se tint droit devant l'estrade et commença son numéro de cirque :
« -Mes chers sujets, clama-t-il, je suis venu vous présenter un spectacle tout à faire inoubliable ! Le moment tant attendu ! La noblesse pure de votre race de chien va se briser sous le poids de ma puissance ! L'innocence de vos carcasses va se plier à ma volonté et l'insoumise sera mienne, pour mon plus grand plaisir ! »
Non content de sa perversité, il pimentait le jeu en rajoutant un publique à ses obscénités. Alors il claqua des doigts et des hommes lui présentèrent des plateaux regorgeant de divers outils. Il en prit un et le présenta. Plusieurs esclaves pâlirent, certains perdirent connaissance et d'autres reculèrent d'effroi.
Il tenait dans sa main des tenailles, généralement utilisé pour maintenir le métal chaud pendant qu'on le battait dans les forges.
Puis il s'approcha de la petite Svadjala et me regarda. Il brandit les tenailles vers son œil et je compris aussitôt :
« -Tu ne vas pas faire ça ! M'écriai-je agitée. »
En guise de réponse il planta les tenailles dans l'œil de la petite et l'arracha vivement.
Cette dernière hurla de douleur et se mit à verser des larmes…de sang.
Il prit l'œil dans sa main et le brandit vers le soleil.
Le sang s'y évapora et la perle bleuté se transforma. Puis il s'avança vers moi et me la présenta :
« -Un cadeau à votre beauté jeune Sesshomaru, voici une perle rare, on dit qu'autrefois cette perle versait des larmes en attendant une liberté imaginaire.
-Vous êtes un monstre, criai-je en tentant de me libérer de mes chaînes. »
Il ricana et attacha la perle autour d'une chaîne en argent et me l'accrocha autour du cou. Puis il déposa la tenaille et sortit un petit couteau de sa poche.
Puis il s'approcha à nouveau de Svadjala qui ne cessait de pleurer, de m'appeler, de demander grâce et pitié.
Il lui prit l'oreille et me regarda de nouveau. Souriant il s'expliqua :
« -J'ai un petit carnet précieux dans lequel je note toute mes conquêtes. J'aimerai pouvoir raconter notre rencontre dans ce petit carnet mais j'avais envie de lui mettre une nouvelle couverture, l'autre étant moins fraîche. Et quel hasard, le cuir de cette oreille correspond à la bonne dimension.
-Arrêtez ! »
Puis il trancha d'un coup l'oreille de Svadjala, se tâchant l'armure de sang de la petite. Il se lécha les lèvres et laissa le morceau de chair entre les mains d'un serviteur qui disparut avec.
« -Je vous que tu es résistante Sesshomaru, c'est tout à ton honneur mais vois-tu, il y a encore tellement de chose utile chez cette petite. Dis moi préfères tu passer notre première nuit de noce couverte de sa peau ? A moins que le voile de ta robe de marié sera fais du cuir de cette petite je me le demande…J'ai une meilleure idée ! Tu n'as jamais goûté à cette délicieuse viande, que dirais-tu d'en manger pendant notre union ?
-Je te jure si tu lui fais quoi que se soit d'autres, je te tuerai Kami ! Tu m'entends ! Je te tuerai !
-Et dire que je voulais être clément et épargner cette petite d'autres souffrances inutiles en offrant sa vie comme cadeau de mariage… »
Il soupira et regarda la petite Svadjala, qui était complètement tétanisé de douleur. Elle tremblait de temps en temps, prise de spasme violent et sa respiration était irrégulière.
« -Mais tu ne me donnes pas le choix ! Je vais te faire goûter de cette chaire et plutôt qu'attendre notre union, tu vas la manger tout de suite. »
Mon regard se porta sur Svadjala qui me regardait de son unique œil. Ses lèvres s'étirèrent tandis que Kami s'emparait d'une hache puis elle me sourit gentiment.
Elle ne pleurait plus. Elle était comme heureuse, alors que la mort s'approchait inexorablement.
Je regardai alors l'assemblée, les autres captifs qui assistaient à la scène, le visage sombre et triste. Ils étaient totalement impuissants, seul spectateur de l'horreur qui s'y déroulait. Kami s'approcha de Svadjala et inspecta son cou comme pour chercher le meilleur angle d'abattage.
Inspirant rapidement et redoutant ce qui allait se passer, je cherchais du regard de l'aide, une quelconque intervention, un miracle !
Svadjala souriait de plus belle, ce qui me rendit désespérée.
« -Svadjala, sanglotai-je malgré moi, non…
-One…-san, résonna sa voix, arigato…je ne regrette rien…
-SVADJALA !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! »
La hache s'abattit sur sa tête qui tomba de son corps. Elle roula jusqu'à moi et s'arrêta à mes pieds. Baissant le regard, je croisai celui de Svadjala souriante. Elle répéta ses remerciements et rendit son dernier soupir.
Je restai pétrifiée de surprise, pétrifiée de stupeur, complètement léthargique à ce qu'il venait de se passer.
La tête de Svadjala à mes pieds, ses remerciements, le silence morbide, les lamentations des Captifs résonnaient dans ma tête. Puis des rires survinrent et me regard ne pouvant se détacher de Svadjala, je ne pus comprendre que ses rires ne venaient que de Kami.
Joyeux dans sa folie, il léchait avec jouissance la hache recouverte du sang innocent de Svadjala, se délectant de sa toute puissance.
Svadjala était encore si petite, si douce et tendre. Si merveilleuse.
Elle n'avait jamais abandonné espoir qu'un jour elle serait libérée de ses tourments autrement que par la mort et pourtant…c'était à cause de moi, de mon insoumission.
Puis une déferlante de rage envahit chaque cellule de mon corps, chaque parcelle de mon âme.
Comme ci toute la haine contenue, toute la fureur des Captifs et de moi-même s'était concentrée en un seul et unique corps…
Et parce que je devais libérer cette énergie, j'inspirai profondément et regardai haineuse Kami. Ce dernier d'ailleurs ne riait plus et quand son regard croisa le mien il flancha et recula de quelques pas.
Quand l'énergie de ma haine atteignit son paroxysme, je sentis ma volonté se tendre comme une corde et éclater de toute part, le pilier et les chaînes avec. Dans un hurlement de douleur inhumain je me libérai de toutes ses émotions contenues jusqu'alors et m'emparai de la tête de Svadjala pour la bercer contre mon cœur. Mes larmes se déversaient sur cette dernière, tombant sur ses joues, comme si mes larmes devenaient les siennes.
Comprenant que je l'avais perdu, je ne pouvais me résoudre à accepter que ce fait était de ma faute. Je savais qu'il le faisait exprès, qu'il voulait que je cède, que j'abandonne cette détermination, que je culpabilise pour un fait qui n'était pas forcément mien.
Et alors que je versais toutes les larmes de mon corps, je levai la tête vers le ciel et hurlai mon désespoir au monde entier, dans un cri strident, un cri de détresse.
Kami reprit de sa contenance et ordonna à ce qu'on me mette la sangsue.
Ne pouvant bouger, plusieurs hommes m'encerclèrent et me forcèrent à lâcher la tête de la petite. Ils étaient au moins cinq à me tenir et un dernier tentait de mettre le monstre sur mon cœur.
Il déposa la bête sur ma poitrine puis elle se mit à scintiller :
« -Maintenant tu vas m'appartenir entièrement petite Sesshomaru, et ton cœur sera à moi et à moi seulement ! Dire qu'il a fallu attendre que tu perdes ton calme et tes pouvoirs pour le faire… »
Je ne voulais pas ! Je voulais partir, je voulais rejoindre le continent, retourné chez moi, rentrer…
Je voulais le revoir, et j'aurais donné n'importe quoi, même ma soumission à celui qui m'aurait sortie de cet enfer.
Je voulais revoir Sesshomaru…alors oubliant que je devais garder le silence sur ce détail, je me débattis plus violemment et l'appelai, ignorant aussi la sangsue qui se promenait sur mon corps et qui se dirigeait vers mon cœur :
« -Sesshomaru-sama ! Hurlai-je, Sesshomaru-sama !!!!!!! »
Ce dernier cri eut un effet bien étrange. Alors que la sangsue comptait planter ses tentacules et s'accaparer mon cœur, la cicatrice du croissant de lune s'illumina d'une lueur jaune vive et la sangsue devint poussière.
De crainte, les hommes reculèrent vivement.
« -Sesshomaru-sama ! Poursuivis-je. Sesshomaru-sama !!!
-Que se passe-t-il ? Sesshomaru n'est pas son vrai nom ? S'enquit-il dans sa surprise. »
Et alors que je m'époumonais à l'appeler, qu'au plus profond de mon cœur je le désirais ici, un ordre, un seul, fusa du ciel.
Un « tais-toi » cinglant, froid, prétentieux, d'une voix que j'eus toutes les peines du monde à reconnaître.
Puis une forme lumineuse atterrit sur le sol et tous les Captifs s'écartèrent avec empressement.
Kami avait appelé toute sa garde personnelle à venir et tous les regards étaient braqués sur cette lumière.
La forme lumineuse se métamorphosa et la première chose que je vis, ce fut ses traits parfaits. Il était tombé comme un ange venu du ciel et j'eus l'impression de ne l'avoir vu pendant des siècles. Il se tenait pourtant toujours aussi droit, aussi grand, ses longs cheveux argentés auréolant son corps de guerrier et ses ambres…
Des larmes s'écoulèrent de mes yeux…des larmes de tristesse et de peur, mélangées à des larmes de joie de le retrouver.
Puis Jaken apparut à son tour, son bâton serré dans ses bras, il regardait tout autour de lui inquiet.
« -Qui es-tu donc pour interrompre Dieu ? S'enquit Kami.
-Kami ? Ne me fais pas rire pitoyable ningen, rétorqua Sesshomaru.
-Comment osez-vous tutoyer son altesse Sesshomaru-sama, le prince des Youkais, Seigneur des Terres de l'Ouest ? S'écria Jaken.
-Sess…vous vous appelez Sesshomaru…mais alors… »
Kami se retourna vers moi, les yeux lançant des éclairs de fureur.
« -Espèce de petite garce tu as osé me mentir !
-Sesshomaru-sama, émis-je en un murmure sanglotant.
-Kumiko…on rentre.
-Kumiko ? Oh je vois, désolé Youkai, rétorqua Kami, mais cette fille m'appartient désormais, je l'ai brisé et bientôt elle sera mienne.
-Kimiko n'appartient qu'à moi, et tu as osé porter la main dessus ? »
Voyant que cela énerva Sesshomaru, Kami poursuivit :
« -Si tu savais le nombre de fois…je ne compte pas le nombre de nos petites séances amicales mais Kumiko-chan doit le savoir n'est-ce pas ?
-Monstre…, ce fut les seules choses que je pus dire en me rappelant toutes les tortures.
-Kumiko, viens. »
Mais je n'en fis rien. Au contraire, je pris la tête de Svadjala et la berçai tout en continuant à pleurer.
« -Je ne peux pas, répondis-je. Je n'arrive plus à bouger…
-Je crois plutôt qu'elle ne veut pas de toi Sesshomaru, ricana Kami.
-Kumiko, si tu ne veux pas venir alors je pars sans toi. »
La perspective de le voir partir m'emplit d'une telle fureur qu'un cri perçant traversa mon larynx sans que je n'eu le temps de contrôler quoi que se soit.
Je pris appuie sur ce qui restai du pilier et me levai. Déposant la tête de la petite Svadjala sur le sol, j'entrepris de marcher vers Sesshomaru.
Mais Kami voyait la chose d'un autre œil alors il ordonna à ses hommes d'attaquer tandis qu'il me prit la taille d'une main et que de l'autre il brandit une sangsue.
Il colla cette dernière contre mon cœur et je sentis ses tentacules encercler mon cœur :
« -Maintenant tu es à moi ! »
Mais il avait sous-estimé Sesshomaru. Alors qu'une vingtaine, voire une trentaine d'homme se jetait sur lui, Sesshomaru tendit son bras droit et fit apparaître une lueur verdâtre.
« -Pff, ce ne sont pas des ningens qui me vaincront. »
Et en effet, il se mit à danser tout en distribuant des coups mortels tout autour de lui. Quand il cessa de tourner sur lui-même, il ne restait plus une seule trace de la garde de Kami. Ce dernier en pâlit et menaça le seigneur Youkai :
« -C'est inutile, désormais la sangsue a prit possession du cœur de Kumiko, elle m'appartient ! Tu ne peux plus rien faire pour la sauver.
-C'est faux, fit alors une voix parmi les Captifs.
-Silence !
-Vous pouvez la sauver, en fit une autre.
-La ferme esclave !
-Il vous suffit de le tuer, poursuivit d'autres voix. »
Sesshomaru sourit à cette idée et fit craquer ses doigts. Voyant que la menace de ma mort ne marchait pas, Kami me balança par terre et commença à s'enfuir paniqué.
Je risquai de me briser le cou mais les Captifs proches m'attrapèrent, me sauvant la vie par ailleurs. Sesshomaru n'eut besoin que de faire un saut, un seul et unique saut pour arriver devant lui et enfoncer ses ongles empoisonnés dans le corps de Kami.
Dieu ne fut plus.
Puis il se retourna vers moi.
Les captifs m'encerclaient et regardaient Sesshomaru en s'inclinant.
Il s'approcha et demanda :
« -Pourquoi s'inclinent-ils ?
-Parce que…
-Vous avez tué Kami-sama…
-Alors vous êtes…
-Notre nouveau maître…
-Peuh ! Je n'ai pas besoin d'être vulgaire comme vous ! Faites ce que bon vous semble. »
Ils le regardèrent incrédules et regardèrent tous leurs poitrines. Suite à ces paroles, les sangsues devinrent tous poussières et un silence de maître régna dans l'île.
Après trois siècles de servitude et de soumission, de misère et de douleur innommable…ils étaient enfin libres. Ils regardèrent Sesshomaru et tous s'inclinèrent :
« -Nous n'oublierons jamais ce que vous avez fait pour nous seigneur. Vous serez toujours le bienvenu sur ces terres.
-Nos enfants vont pouvoirs parler et vivre heureux, s'extasia l'une d'elle.
-Et nous pourrons chanter les louanges de Sesshomaru-sama pour l'éternité !
-Soyez béni Sesshomaru-sama ! »
Et tous s'inclinèrent et le remercièrent en pleurant de joie, de soulagement. Leur cauchemar était enfin terminé.
Sesshomaru s'approcha de moi et quand il fut juste en face s'exprima de manière toujours aussi froide et aussi inexpressive. Mais je savais que dans son cœur, il était touché par la reconnaissance. Seulement il ne l'avouerait jamais :
« -Allons-y Kumiko. »
Je le regardais bêtement. Une partie de moi-même avait du mal à assimiler le fait que c'était terminé, que tout était fini…
Alors plutôt que de le suivre, je me dirigeai vers Svadjala. Prenant sa tête je la ramenai contre son corps et, recroquevillée, je me berçai moi-même, en avant puis en arrière, soutenant un rythme inconnu.
Les captifs cessèrent de remercier et s'avancèrent vers moi et vers Svadjala.
« -Nous n'oublierons jamais que le sacrifice de cet enfant nous a permit d'être libre.
-Tout comme nous n'oublierons jamais ce que vous avez subi en ces lieux.
-N'ayez crainte jeune fille, ce qui est brisé peut toujours un jour être réparé. »
Entendant cela, mes larmes se déversèrent et mon corps partit tout seul enlacer celui de Sesshomaru. Il en fut juste surpris, mais ne me repoussa pas. Au contraire, il m'enlaça et quand il fut certain que Jaken le suivrait, il prit son envol.
Je ne me souviens pas exactement, mais je crois que quand nous sommes arrivés à la maison, je pleurais toujours cette partie de moi qui s'était brisée.
J'avais raison, sur l'île des Captifs, si tu ne pars pas par une douce mort, tu repars vivant, mais transformé à vie.
