CHAPITRE 10 – partie 7
Amelia
– Le bureau du professeur Flitwick ! s'écria-t-elle, en faisant retentir une fausse note.
Le DONG ! dissonant qui résonna dans toute la pièce, fit légèrement sursauter son professeur assis à côté d'elle.
– Mais enfin, qu'est-ce qui vous prend tout d'un coup ? s'enquit-il en haussant un sourcil interrogateur.
– Le bureau du professeur Flitwick ! répéta Amelia en se tournant vers lui. Juste à côté de la salle de musique qui se trouve tout près d'ici !
– Oui, et bien quoi ? fit-il en fronçant les sourcils d'incompréhension.
Naturellement, il était à des années-lumière de voir où elle voulait en venir.
– Juste à l'entrée de cette salle de classe, accroché au mur du couloir, il y a un portrait représentant une jeune femme, expliqua-t-elle avec un grand sourire. Une violoniste ! Et je suis pratiquement certaine qu'elle s'appelle Liora Edelstein. Je savais que ce prénom me disait quelque chose !
Le professeur Snape eut tout de suite un petit mouvement de recul traduisant manifestement une légère appréhension. Il avait dû comprendre qu'en lui révélant cette information, Amelia lui faisait part de son désir d'aller consulter ce portrait.
– Hum… et alors ? demanda-t-il d'une voix faussement détachée.
– Et alors, nous pouvons demander conseil à ce portrait, pour nous assurer de ce que nous devons faire de ce petit diapason, expliqua-t-elle naturellement. Son ancienne propriétaire voudrait peut-être le récupérer ? Peut-être serait-elle touchée d'apprendre…
– Je vous arrête tout de suite, coupa-t-il sèchement, il est hors de question de poursuivre notre petite promenade dans les couloirs de ce château ! D'ailleurs, si vous avez fini de faire mumuse sur cet instrument, je vous invite à prendre la direction de la sortie ! Il est grand temps de regagner nos cachots et accessoirement nos chambres respectives !
– Oh non ! protesta aussitôt Amelia. Vous n'allez pas recommencer à faire votre rabat-joie ! Vous allez bien finir par le retrouver votre lit adoré, ne vous en faites pas ! Vous n'êtes pas à cinq minutes prés, tout de même !?
– Oh, que si !
Sur ces mots, il se leva d'un bond et dans un même élan, il se dirigea vers la sortie. Il ouvrit la porte, s'engouffra à l'extérieur et fit claquer la porte derrière lui avec une brutalité de tous les diables.
– Bon sang ! enragea Amelia. Mais quel caractère de cochon ! De quelle patience faut-il faire preuve pour supporter un caractère pareil ?!
Amelia se leva à son tour et referma précautionneusement le couvercle du clavier.
– Je viendrai te rendre visite à l'occasion, dit-elle à l'instrument. Alors, essaye de ne pas trop te désaccorder !
Résignée et surtout lasse de lutter en vain contre l'humeur nauséabonde de son professeur, elle prit aussitôt la direction de la sortie. Si d'aventure elle le faisait attendre trop longtemps dans le couloir, Dieu sait quels reproches il lui ferait encore.
Elle lança un dernier coup d'œil en direction du beau piano ancien. Il était définitivement magnifique. Quel crève cœur de le laisser tout seul, enfermé dans cette salle…
Et c'est le cœur lourd de résignation qu'elle se décida de quitter les lieux à son tour.
Elle ouvrit la porte et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle se retrouva nez à nez avec le visage de son professeur qui se tenait juste derrière le bâtant et qu'elle manqua de heurté par accident.
Le teint livide, la bouche légèrement entrouverte, il la dévisageait avec de grands yeux exorbités de terreur.
– Mais que vous arrive-t-il encore ?! s'empressa-t-elle de lui demander.
Voyant sa mine déconfite et sa baguette magique brandie devant lui, Amelia comprit qu'il avait dû se passer quelque chose.
– Mon dieu… finit-il par murmurer dans un soupir.
Il porta une main à sa bouche et elle remarqua qu'il était légèrement tremblant.
– Ça ne va pas, professeur ? s'enquit-elle d'une voix qui trahissait son inquiétude. Pourquoi me regardez-vous comme ça ?!
– La porte… lui rétorqua-t-il d'une voix tendue. La porte avait totalement disparu… Quand je suis sorti, je me suis retourné et la porte avait totalement disparu. Je n'arrivais plus à la faire apparaître et j'ai cru…
– Vous avez cru que je resterai enfermée dans cette pièce pour toujours ? lui demanda-t-elle sur le ton de la plaisanterie.
À la façon dont il la regardait, on aurait pu croire qu'il venait d'assister à son décès précoce, suivi aussitôt de sa résurrection. Bien qu'Amelia fut très touchée par sa réaction, elle ne put s'empêcher de contenir un fou rire.
– Oui, c'est ça, riez ! gronda-t-il aussitôt, en lui lançant un regard courroucé. Riez, riez donc ! Et comment j'aurai justifié la disparition de la petite sœur aux deux frères ? Aux deux frères – faut-il encore le préciser ? –, qui doivent se tenir à l'affût du moindre de mes faux pas pour m'expédier tout droit dans une geôle d'Azkaban ?!
– Vous vous êtes fait du souci ! dit-elle en pointant son index sur lui. C'est adorable de votre part ! J'en suis tellement touchée ! Moi qui croyais que…
– Ah, ne commencez pas ! coupa-t-il violemment. Je vous en supplie, ne terminez pas cette phrase, miss Egerton !
Mais sa réaction colère la fit rire de plus belle.
– Cinquante points en moins pour Serpentard ! s'écria-t-il brusquement d'une voix tonitruante.
– Comment ?! Vous voulez rire ?!
Le fou rire d'Amelia disparu aussi sec.
– Ça vous apprendra à vous payer ma tête !
Alors là, c'était le bouquet ! L'apogée de cette nuit pourtant déjà bien chargée en rebondissements et en événements hauts en couleur.
Amelia était furieuse, tellement en colère qu'elle était à deux doigts de lui retourner une gifle.
Alors, refusant proprement et simplement de tomber dans le piège de la violence facile, elle sortit sa baguette, la ralluma d'un geste sec et poursuivit son chemin dans le couloir obscur du septième étage.
– Et où comptez-vous aller comme ça !? gronda-t-il dans son dos.
– Je vous l'ai dit – bureau du professeur Flitwick – salle de musique, lui rétorqua-t-elle d'une voix hachée.
– Je vous ordonne de me suivre, miss Egerton ! lui hurla-t-il ensuite.
Amelia se retourna instantanément pour lui décocher un regard cinglant.
– Écoutez, professeur ! Si ça vous amuse de retirer des points à votre propre maison, alors ne vous en privez pas ! Je me ferai une joie de dire à tout le monde que la centaine de points qui s'est miraculeusement envolée durant la nuit nous a été soustraite par notre propre directeur de maison. Je suis certaine que les gens seront ravis de l'apprendre ! Et après leur avoir raconté en détail ce qu'il s'est passé cette nuit – comment j'ai réussi à briser le sortilège de ce piano pendant que vous vous preniez le bec avec tous les fantômes de l'école – il se peut que votre image de marque en prenne un sacré coup…
– Vous n'êtes qu'une petite peste arrogante ! lui lança-t-il sèchement.
– Et vous un grand malade ! lui répliqua-t-elle aussitôt. Vous êtes à deux doigts de vous mettre à dos le peu de gens de cette école qui vous apprécient et qui vous respectent ! Tout ça pour quoi : cinq minutes de sommeil en plus ?! Et bien soit ! Retirez-nous encore une centaine de points, collez-moi en retenue jusqu'à la fin de l'année, jetez-vous par la fenêtre – si ça vous fait plaisir – JE N'EN AI RIEN À FAIRE ! J'irai voir ce portrait pour lui ramener son diapason et ensuite, je prendrai la direction des cachots pour aller me coucher, que ça vous plaise ou non !
Amelia tourna les talons et s'élança dans le couloir sans attendre une seconde plus.
Tout au long de cette nuit, hormis lui mettre des bâtons dans les roues et lui casser les pieds copieusement, à quoi s'était-il rendu utile, au juste ? Amelia commençait à regretter amèrement d'avoir entraîné ce démon de professeur dans cette entreprise.
Mais à peine avait-elle parcouru quelques mètres dans ce couloir glacial qu'elle entendît résonner derrière elle les claquements de semelles de cuir battant le pavé. Comme des bruits de pas lourds et traînants de quelqu'un qui la suivait, de toute évidence, à contrecœur.
– Vous commencez sérieusement à me taper sur les nerfs, professeur ! fit-elle en élevant la voix, mais sans prendre la peine de se retourner.
– Dites-moi, miss Egerton… dit-il au loin, d'une voix étonnamment sucrée.
Amelia fulminait déjà.
– Quel est donc ce parfum avec lequel vous parfumez vos cheveux… ? poursuivit-il sur la même lancée.
– Ça y est, j'y suis ! fit-elle en pivotant sur ses talons. Finalement, il aura fallu quelques années pour que je réalise... ajouta-t-elle calmement en lui adressant un sourire féroce. Vous êtes un pervers. Un maniaque de l'expérimentation, doublé d'un grand pervers !
Face à elle, aucune réaction. Visage indéchiffrable de circonstance.
– Retournez donc dans votre chambre et pétez-vous la ruche avec votre maudite potion de sommeil. Mais pour l'amour du Ciel, FOUTEZ-MOI LA PAIX !
– Après, on dit que c'est moi le méchant de l'histoire… lança-t-il dédaigneusement en haussant les épaules.
– Vous vous rendez bien compte que votre manie de souffler constamment le chaud et le froid avec moi est totalement insupportable ?! éructa-t-elle à bout de nerfs.
– Ne jouez pas les idiotes, miss Egerton et répondez à ma question ! Si je suis satisfait de votre réponse, je pourrai éventuellement vous faire récupérer les points que vous venez stupidement de faire perdre à votre maison.
– Vous êtes totalement cinglé…
– Répondez !
Amelia avait du mal à se contenir. Un instant, elle songea à couper court à leur échange qui devenait de plus en plus absurde.
Pourtant, le marché était tentant. Récupérer ces points serait évidemment une bonne chose, mais plier devant les injonctions irraisonnées de ce type la mettait aussi dans une position délicate. La dernière chose dont elle avait envie, c'était de s'aplatir devant lui comme une carpette.
– Non, merci, finit-elle par lui répondre, de son air le plus désinvolte.
La tête haute, elle lui tourna le dos et sans lui accorder davantage d'attention, elle poursuivit tranquillement son chemin. Mais à son grand regret, son professeur ne fut nullement refroidi par son comportement méprisant.
– Comme toutes les gamines prétentieuses de votre genre, tous les matins, vous devez certainement vous tremper les cheveux dans des litres de parfum fleuri… dit-il d'un ton faussement détaché, tout en trottinant derrière elle. Je dirai… hum… peut-être de la rose ?
– C'est cela… marmonna Amelia d'une voix traînante.
– De la rose de Damas, sans aucun doute.
– C'est cela…
– Et cet ingrédient peut entrer dans la composition de quels onguents, généralement ?
– Épargnez-moi vos stupides questions, je ne vous répondrai pas ! lui assena-t-elle en stoppant brusquement sa marche.
– Répondez !
– Non.
– Répondez !
– Non !
– Cinquante points de moins pour Serpentard ! s'écria-t-il à nouveau.
Amelia était au bord de l'explosion. À chaque fois qu'il prononçait ces mots, elle avait l'impression d'entendre les tintements cristallins des émeraudes qui remontaient le conduit du sablier. Et, pour la première fois de sa vie, elle se sentit aux prises avec de violentes envies de meurtre.
– Quel plaisir prenez-vous à tourmenter les gens, comme ça ? lui demanda-t-elle en serrant les dents.
– Répondez !
Le despotisme d'un roi et la méchanceté d'un serpent, cela ne faisait aucun doute !
– Onguent à des fins cosmétiques – réduction des rides – traitement de l'acné – puisant cicatrisant si on le mélange au dictame, efficace contre les effets visibles de la Dragoncelle.
– Et ?
– En décoction, c'est un tranquillisant, puissant harmonisant psycho-émotionnel en cas de problèmes affectifs, d'anxiété, de stress, répondit Amelia d'une voix blanche, presque machinalement.
– Poursuivez ! dit-il en plissant des yeux d'un air démoniaque.
Amelia eut un petit mouvement de recul. Puis elle marqua une pause, comme pour prendre le temps de la réflexion. Il était vraiment sérieux ? Ah oui, il voulait encore s'adonner à ce petit jeu avec elle ?
– Entre dans la composition de potions aphrodisiaques, rétorqua-t-elle en accompagnant ses paroles d'un petit sourire en coin. Très efficace pour lutter contre l'asthénie sexuelle ou contre l'impuissance masculine (et elle insista bien sur ces deux derniers mots en le fusillant du regard).
– Bien… marmonna-t-il en détournant ses yeux d'un air embarrassé. J'aurai préféré vous entendre parler de philtres d'amour ou de… Enfin bref, ça suffira pour cette fois.
Quel sombre idiot. Aussi maladroit que méchant. Souffrant d'une forte propension à aimer creuser sa propre tombe.
– Je veux mes points ! commanda aussi sec Amelia.
– Cent points pour la maison Serpentard, lança-t-il avec un sourire de satisfaction. Méfiez-vous, nous n'avons pas encore regagné nos chambres respectives !
– Ne vous inquiétez pas, professeur, lui répondit-elle avec un sourire crispé. C'est un détail qui ne saurait m'échapper.
Et Amelia se retourna pour poursuivre son chemin.
Elle longea le couloir à la lumière de sa baguette, toujours le professeur Serpent qui la suivait de prés sans émettre le moindre bruit, tel un reptile qui se déplaçait silencieusement sur le sol, bien décidé à s'emparer de son repas du soir. Impossible de s'en dépêtrer.
Pourquoi ne la lâchait-il pas, à la fin ?! Bon sang, elle n'avait plus douze ans ! Elle pouvait très bien aller s'enquérir des directives de ce portrait toute seule, et retourner illico dans sa chambre une fois l'affaire réglée.
Alors, pourquoi fallait-il qu'il la colle comme une sangsue, en la tourmentant de la sorte, tout ça pour bien lui faire payer son besoin incontrôlable de la coller comme une sangsue ?! Par Merlin, ce type frôlait des sommets de masochisme !
Amelia jeta discrètement un coup d'œil par-dessus son épaule, pour s'assurer qu'il la suivait toujours. En vérité, une grande confusion régnait dans son esprit. Elle ne savait plus bien si elle devait se réjouir de le voir la pister comme un petit toutou ou si elle devait refuser proprement et simplement de cautionner ce genre de comportements malsains. Ce type était en train de la faire devenir chèvre et le pire, c'était qu'elle avait le sentiment qu'il ne s'en rendait même pas compte.
Le degré d'inconscience dans tout ce cirque était proche de son point culminant, c'en était exaspérant.
Amelia atteignit rapidement le bout du couloir et bifurqua à un embranchement pour prendre la direction de la salle de cours d'enchantements. C'était amusant de constater qu'elle évoluait en plein territoire Serdaigle, ici. Ce devait être certainement pour cette raison-là que la jeune fille au piano avait choisi de dissimuler son instrument dans cette pièce cachée du septième étage.
Tout en longeant le couloir, Amelia observait les portraits qu'elle croisait sur son chemin. C'est alors qu'elle réalisa que depuis leur départ, et malgré les disputes, les coups de sang et les prises de bec au milieu des couloirs, pas un seul portrait ne s'était réveillé pour les rabrouer. Et elle devait bien l'admettre, cette constatation n'était pas de nature à la rassurer.
Une fois arrivée devant l'entrée de la salle de classe, elle poursuivit son chemin jusqu'à l'extrémité du corridor. Elle passa devant l'entrée du bureau de son professeur d'enchantement et s'arrêta à quelques mètres de sa destination finale.
Elle était là, éclairée par les pâles rayons de lune que filtraient les carreaux de la fenêtre devant laquelle on l'avait accroché. La belle violoniste à la robe de soirée, à la chevelure d'un noir de jet coiffée en un chignon élégant. Liora Edelstein, sorcière et violoniste de grande renommée. Épouse d'un célèbre millionnaire de l'époque, qui avait fait fortune dans le spectacle de sorcellerie, et qu'on disait aussi cocu que philanthrope.
– Tu m'étonnes… marmonna Amelia à elle-même, constatant que les rumeurs au sujet de cette femme devaient avoir son pesant de vérité, compte tenu de ce qu'elle avait appris cette nuit.
– Vous dites ? demanda une voix derrière elle.
– Vous ! rugit-elle en se retournant brusquement vers son professeur. Je vous conseille de vous tenir sagement à l'écart de cette conversation !
Amelia se dirigea vers le portrait. À son grand soulagement, la belle violoniste était éveillée et lui adressait un grand sourire de bienvenue.
– Bonsoir madame, dit Amelia en lui retournant son sourire. Je venais justement à votre rencontre, et je constate avec joie que vous ne dormez pas.
– Bonsoir ma chère, lui répondit aimablement le portrait. Quel bon vent vous amène ici à cette heure de la nuit ? Une subite envie de musique, peut-être ? C'est toujours un grand plaisir de vous entendre jouer de votre bel instrument.
– Vous êtes trop aimable, madame ! Non, si je suis ici, c'est parce que je devais vous consulter pour une affaire importante. Dites-moi, avez-vous entendu ce piano qui jouait sans discontinuer jusqu'à maintenant ?
– Tout à fait, acquiesça la violoniste en fermant brièvement les paupières. Dois-je en conclure que vous y êtes pour quelque chose dans l'interruption de cette musique ?
– Oui, madame, lui avoua Amelia. Le professeur Snape et moi sommes finalement parvenus à retrouver ce mystérieux piano et nous avons pu mettre un terme définitif aux nuisances. Voyez-vous, malgré tout l'amour que je porte à cet instrument, cette musique devenait beaucoup trop incommodante.
– Je comprends parfaitement, lui assura le portrait avec bienveillance. Vous n'avez aucunement besoin de vous justifier.
– Madame… se hasarda alors Amelia. Au risque de vous paraître indiscrète, j'aimerai savoir pourquoi vous êtes le seul portrait du château à ne pas dormir. Nous avons parcouru cet édifice de long en large et nous n'avons croisé que des tableaux qui dormaient à poings fermés.
– Parce que j'ai expressément demandé au professeur Flitwick de ne pas forcer mon sommeil avec son sortilège. Je souhaitais rester éveillée cette nuit encore, pour écouter cette musique qui m'était entièrement dédiée. Je ne vous apprends rien en vous disant cela, n'est-ce pas ?
À défaut de lui répondre directement, Amelia préféra sortir de sa poche le petit diapason.
– Je crois que cet objet vous appartient, madame, lui confia-t-elle d'une voix qui trahissait un peu son émotion. Ce diapason est resté enfermé dans le corps du piano durant toutes ces années.
Le portrait observa avec attention le petit objet métallique qu'Amelia tenait dans sa main gauche.
– Je crois que ce diapason avait beaucoup de valeur aux yeux de votre amie, reprit-elle. Je ne pouvais pas me résoudre à l'abandonner dans cette pièce et à ne pas vous le rapporter.
– Vous êtes adorable, miss Egerton, dit le portrait en lui souriant tendrement. J'ai toujours l'habitude de dire que les grands artistes sont souvent dotés d'une grande sensibilité, faisant d'elles des personnes d'une extrême générosité. Et vous en êtes le parfait exemple, jeune fille. Mais voyez-vous, je ne sais quoi vous répondre. Mon modèle n'étant plus de ce monde depuis plus d'une dizaine d'années, je crains être dans l'impossibilité de vous conseiller à ce sujet.
– Et votre amie, est-elle toujours en vie ? demanda Amelia.
La belle violoniste détourna légèrement son visage pour regarder au loin, peut être par de là la fenêtre, vers le ciel constellé d'étoiles.
– Elle a perdu la vie au cours de la Grande Guerre, comme beaucoup d'autres de nos semblables, confia-t-elle d'une voix chargée d'émotion.
– Quel malheur…
Amelia contempla le portrait en silence, les yeux baignés de larmes, pendant un long moment. Après ce que venait de lui confier cette dame par ces paroles d'une infinie tristesse, elle était totalement prise de court. Que pouvait-elle bien ajouter, après ça ? Tout en essuyant ses yeux avec le revers de sa manche, elle devait bien l'admettre, elle se sentait totalement pathétique.
– Conservez ce diapason en souvenir, finit par déclarer la violoniste d'une voix empreinte de tristesse. Ou bien confiez-le au professeur Flitwick. Il le remisera avec les autres diapasons de la classe de musique.
– Dans ce cas, je serai très heureuse de le conserver précieusement... en souvenir de votre amie, dit Amelia en serrant le petit instrument contre son cœur.
Et sans attendre, elle le rangea à nouveau dans l'une de ses poches. L'affaire était définitivement réglée.
– Dites-moi, miss Egerton, demanda soudain le portrait, d'un ton qui tranchait indubitablement avec le reste de leur conversation. Comptez-vous aller vous coucher immédiatement vous et votre professeur ?
Le sourire mélancolique que la violoniste affichait sur son beau visage depuis leur arrivée s'était soudain transformé en une expression pour le moins ombrageuse. Étonnée de ce changement d'humeur radical, Amelia se tourna aussitôt vers le professeur Snape qui se tenait en retrait, à quelques mètres de là, légèrement tapis dans l'ombre.
– Heu, oui, c'est bien ce que nous avons prévu, répondit Amelia avec scepticisme. Pourquoi me posez-vous cette question ?
– Constatez par vous même, là, à la fenêtre… dit-elle d'une voix chargée de mystère.
Troublée par cette curieuse injonction, Amelia accusa le coup. Pourquoi lui demandait-elle de regarder par la fenêtre, tout à coup ? Alors, elle se retourna à nouveau vers son professeur comme pour consulter son avis. Il était en train d'avancer lentement vers elle, à pas feutrés. Visiblement, l'attitude étrange de ce portrait avait aussi piqué sa curiosité.
Ils se dirigèrent simultanément vers la fenêtre qui se dressait juste en face du tableau. Ils regardèrent à travers la vitre et découvrirent le magnifique paysage de nuit qui s'étendait en contrebas. Surplombant le domaine de Poudlard, cette fenêtre du septième étage offrait un panorama incroyable. Malgré l'obscurité, ils parvenaient à distinguer sans difficulté une partie des jardins, le potager d'Hagrid et sa maison qui se tenait légèrement en retrait du domaine, la cime des arbres de la Forêt Interdite, et même les silhouettes des collines s'élevant à des kilomètres du château.
– Regardez bien, somma à nouveau le portrait. Regardez, à l'entrée de la Forêt Interdite ! Vous ne voyez pas ?
Amelia plissa les yeux pour scruter l'obscurité. C'est alors qu'elle aperçut effectivement une tache blanchâtre, comme un corps dégageant une lueur phosphorescence qui se tenait immobile, juste en bordure de la forêt.
– Vous voyez, professeur ? demanda-t-elle.
– Je crois que oui… rétorqua-t-il sobrement.
– J'ai vu, de mes yeux vu, cette pauvre créature se faire agresser par un mystérieux individu, confessa soudainement la violoniste. Et croyez-moi, je sais ce que j'ai vu ! N'ayant pas fermé l'œil de la nuit, regarder par cette fenêtre était bien le seul divertissement auquel j'ai pu m'adonner jusqu'à maintenant.
Amelia et son professeur se retournèrent simultanément vers le portrait.
– L'individu en question a fait sortir cette créature de la forêt ! Il était encapuchonné de noir, donc je n'ai pas pu voir de qui il s'agissait, mais je peux vous assurer que cette personne s'est attaquée à cette licorne à des fins malhonnêtes ! Tout comme moi, vous devez certainement être au courant de la valeur du sang de cet animal.
– Vous dites avoir vu cette personne pénétrer dans la forêt ? demanda le professeur Snape.
– Non, je n'ai pas fait attention à ce détail. Il est possible qu'elle ait emprunté un chemin que je ne suis pas en mesure de voir de là où je me tiens. Je n'ai pas la possibilité d'observer chaque recoin de ce panorama. En revanche, j'ai bien vu ce qu'il s'est produit ensuite : cette personne a comme poignardé le flanc de l'animal qui s'est tout de suite écroulé sur le sol. On aurait dit qu'il cherchait à la vider de son sang. Et si je m'en réfère à l'aspect de cette pauvre bête, je dirai qu'il s'agit d'un poulain, sans aucun doute.
À l'écoute de cet horrible compte rendu, Amelia sentit un frisson lui parcourir l'échine.
– Je vous en conjure… supplia alors la dame en leur lançant un regard désespéré. Par pitié, allez vous assurer que cette pauvre créature est encore en vie !
– Professeur ! s'exclama Amelia en s'agrippant machinalement à sa cape. Mais quelle horreur !
Elle se retourna pour regarder à nouveau par la fenêtre. Là-bas, au loin, dans le froid glacial, une pauvre créature innocente était en train de se mourir à cause de la cupidité d'un sorcier malhonnête.
– Nous ne pouvons pas rester ici sans rien faire, professeur ! dit-elle en sentant son cœur se serrer douloureusement. Si la jeune licorne est encore en vie, nous avons peut-être une chance de la sauver !
– Prenez le diapason avec vous, lança soudain le portrait. Il pourrait se rendre très utile en raison de la fréquence qu'il émet et vous aidera certainement à approcher cette créature sans l'apeurer davantage.
– Merci pour ce conseil, madame.
Mais fidèle à son habitude, le professeur Snape laissa évidemment filer un long et profond soupir. Puis en signe de protestation, il croisa aussitôt ses bras contre sa poitrine.
– C'est hors de question ! assena-t-il sèchement, tel un coup de grâce. Les abords de la Forêt Interdite ? En pleine nuit, de surcroît ?! Avec un individu louche qui doit se balader dans les parages ?! Non, mais vous voulez rire ?!
Amelia était si consternée par sa réponse qu'elle en resta sans voix pendant un court instant.
Comment ce type pouvait-il encore faire preuve d'une telle indifférence !?
– Mais vous êtes le pire énergumène qu'il a était donné de rencontrer ! cracha-t-elle à bout de nerfs. Vous n'avez qu'à rester bien au chaud dans votre château, professeur ! Moi, je vais m'assurer que cette créature est toujours en vie et je vous défis de me barrer la route !
– Ne soyez pas ridicule, miss Egerton…
– Ça suffit ! s'écria-t-elle de sa voix la plus stridente.
Comme il s'était approché pour lui prendre le bras, elle brandit aussitôt sa baguette pour la pointer vers lui.
– Un pas de plus et je ne réponds plus de rien ! rugie-t-elle en tendant son bras en devant.
Folle de rage, Amelia était à deux doigts de le stupefixer pour de bon.
Cette fois-ci, il avait dépassé les limites du tolérable et professeur ou pas professeur, il était hors de question de le laisser agir à sa guise.
Le constat de cette nuit passée en sa compagnie était totalement accablant. Amelia regrettait pour de bon de l'avoir entraîné avec elle, d'avoir pris sa défense à mainte reprise tout au long de la nuit, de lui avoir effacé la mémoire pour lui faire oublier ce qu'il avait vu dans ce fichu miroir, d'en être arrivé jusqu'à lui jouer un morceau de piano pour le réconforter.
Finalement, poser un orteil ce fichu tapi était la chose la plus idiote qu'elle avait faite de toute sa vie !
FIN du chapitre 10
J'ai publié une nouvelle page du Artbook, concernant les jumeaux Shacklebolt. N'hésitez pas à allez jeter un coup d'œil sur Wattpad ! Et merci pour toutes réactions de la semaine dernière. C'est vraiment un grand bonheur de lire vos commentaires et vos ressentis après chaque chapitre. Et puis c'est aussi une véritable motivation, c'est indéniable. Alors merci infiniment !
