Salut la compagnie !

Me voilà de retour après mon séjour en Corse ! C'était vraiment super et je reviens en pleine forme et toute bronzée :D (en tout cas aussi bronzée que je peux l'être avec ma peau toute pâle qui a plutôt tendance à cramer)

Après un weekend blanc, je vais donc pouvoir publier le chapitre que vous attendez depuis deux semaines. Encore désolée pour ça...

Bonne lecture à tous :)


Un claquement sonore résonna dans la chambre lorsque Lexa attacha son épaulière.

Ce simple son donna à l'instant un aspect sinistre.

Les deux jeunes filles étaient maintenant habillées et la Commandante prête à partir.

Elle se dirigea vers la porte pour quitter la pièce puis l'appartement, mais Clarke la retint par le bras au moment où elle posa la main sur la poignée. Elle interrompit son geste et se tourna vers la blonde, un air interrogateur sur le visage.

- Je ne vais pas t'accompagner.

Lexa resta bouche bée à cette annonce mais sa compagne s'empressa de s'expliquer :

- Je veux pouvoir te dire au revoir comme j'en ai envie sans qu'on soit au milieu de tout le monde.

Il y eut un temps de flottement avant que la brune hoche lentement la tête. Après tout, Clarke avait raison. Les choses seraient bien plus commodes ici, elles auraient droit à un peu d'intimité pour se quitter comme elles le souhaitaient, sans avoir à se soucier du regard de leur peuple.

La plus jeune tira sa compagne à elle et cette dernière posa immédiatement ses mains sur sa taille. Enlacées dans les bras l'une de l'autre, elles s'embrassèrent. Elles prirent tout le temps qu'elles voulaient, délivrèrent une tendresse particulière teintée de mélancolie.

Elles étaient toutes les deux bouleversées quand elles se séparèrent. Leurs respirations étaient laborieuses et leurs yeux étaient tout à coup devenus plus brillants.

- Je voudrais pouvoir partir avec toi, je t'assure, chuchota Clarke contre les lèvres de Lexa.

La brune ne répondit pas et ses yeux passèrent plusieurs fois de suite de ceux de sa compagne aux lèvres de celle-ci avant qu'elle vienne les capturer à nouveau. Elles échangèrent un nouveau baiser, plus long que le premier et plus chargé encore en émotion.

Se séparer était une véritable épreuve. Cela semblait plus difficile encore que les autres fois, presque impossible. Pourtant, il le fallait.

Ce fut Lexa qui mit fin à leur baiser, mais elle colla son front à celui de Clarke en fermant les yeux tout comme elle. Elles restèrent ainsi un long moment, partageant le même espace restreint, respirant le même air. Elles avaient chacune leurs deux mains agrippées à la nuque de l'autre comme pour l'empêcher de s'enfuir alors qu'aucune d'elle ne voulait partir. Tout en caressant le visage de la fille du Ciel, la Native parla à voix basse :

- Reviens-moi saine et sauve. C'est tout ce que je te demande.

La blonde répondit par un hochement de tête, la gorge trop serrée pour parler. Lexa vint une fois de plus trouver les lèvres de Clarke pour un baiser appuyé. Son nez caressa le sien lorsqu'elle se sépara d'elle, puis elle embrassa tendrement sa joue là où elle avait senti une larme couler.

- Je t'aime, chuchota la brune.

- Je t'aime aussi, répondit la plus jeune en lâchant la nuque de sa compagne pour venir poser ses mains sur les poignets de celle-ci.

Elles échangèrent un tout dernier baiser et il fut temps de partir.

Avec toutes les difficultés du monde, Lexa dut se résoudre à se séparer de Clarke. Ses mains glissèrent sur son visage puis sur son cou avant d'arriver sur ses bras. Elle prit l'une de ses mains dans la sienne tout en se dirigeant vers la porte de la chambre et laissa ses doigts glisser avec légèreté sur la peau de la blonde.

- Reviens-moi.

Elle murmura ces derniers mots au moment précis où elle lâcha complètement la main de la fille du Ciel.

Leur ultime regard s'acheva lorsque Lexa tourna le dos à Clarke et sortit de la pièce. Elle prit soin de refermer la porte derrière elle, consciente qu'il lui faudrait sans doute quelques instants pour se ressaisir et que même s'il n'y avait personne dans l'appartement, elle voudrait sans doute avoir une certaine intimité.

Lexa sentit son cœur se déchirer lorsqu'elle entendit un sanglot. Elle eut toutes les peines du monde à ravaler ses propres larmes et à ne pas céder à l'envie de faire demi-tour pour aller retrouver Clarke et la prendre dans ses bras. Mais elle y parvint finalement. Elle ne se retourna pas. Elle quitta les lieux au plus vite, pressée de retrouver d'autres personnes, des gens tels que ses guerriers, qui lui rappelleraient quel était son rôle premier et l'aideraient à remettre en place son masque de Commandante.

- Clexa -

Tout le monde était déjà dehors quand la Commandante daigna enfin se montrer, bien après que les derniers habitants du bunker en soient sortis pour rejoindre le reste de leur peuple ainsi que les Natifs qui les escorteraient. Il était inhabituel pour elle de faire partie des retardataires, mais elle ne s'en sentit même pas gênée. Elle était à la tête de la Coalition et tous ceux qui se trouvaient là étaient sous ses ordres, aucun n'avait son mot à dire.

Elle adressa un bref signe de tête à Marcus en passant à côté de lui, puis rejoignit son lieutenant pour faire le point avec lui et s'assurer que tout était en ordre. Elle tenait à vérifier une dernière fois que chacun était à sa place et qu'ils étaient aussi bien préparés qu'ils pouvaient l'être. Rien ne devait être laissé au hasard, et il était de son devoir d'y veiller.

Niylah était en compagnie de ses frères d'armes et attendait comme les autres que le départ soit annoncé. Elle faisait partie du dernier groupe, celui qui fermerait la marche et assurerait les arrières de tout le monde, celui qui devrait rester sur place et se battre pour permettre aux autres de fuir en cas d'attaque. Autant dire qu'elle et les autres guerriers constituant ce groupe étaient ceux qui couraient le plus grand risque.

Elle écoutait seulement d'une oreille les conversations qui se tenaient autour d'elle. Alors qu'en temps normal elle était plutôt bavarde et toujours prête à faire de l'humour, un trait de caractère que peu de Natifs possédait, ce jour-là, elle était d'humeur morose. Son regard était perdu dans le vague et son esprit tout aussi égaré.

- Tu rêves ?

Elle reconnut immédiatement la voix de celle qui venait de l'interpeler et releva alors les yeux vers Raven. La jeune fille s'approchait d'elle et n'était plus qu'à quelques mètres. Elle boitait, mais pas beaucoup plus qu'avant l'opération, et ce défaut de marche n'était dû qu'à l'incision qui n'était pas encore tout à fait cicatrisée et la gênait. Elle s'arrêta juste devant elle et la regarda avec un air espiègle.

- Il faudra être plus attentive que ça pendant le voyage.

Niylah se força à sourire, mais elle savait pertinemment que cet effort n'aurait convaincu personne, et surtout pas la brune qui se tenait devant elle.

- Alors tu es sûre de toi ? Tu restes ici ?

- Ce sont mes amis, dit la mécanicienne. On a traversé trop de choses ensemble pour que je puisse me résoudre à les abandonner dans un moment pareil.

- Je comprends, souffla la blonde en hochant faiblement la tête et en baissant les yeux.

- Hey, appela Raven d'une voix douce.

La jeune femme posa le regard sur la brune, plus parce qu'elle venait de prendre l'une de ses mains dans la sienne que parce qu'elle l'avait apostrophée. Ce geste la prit par surprise, mais elle ne se dégagea pas pour autant. Au contraire, elle serra légèrement cette main qui venait de saisir la sienne.

- Le camion reste ici avec nous. Il nous faudra deux jours pour rejoindre Polis, trois au maximum, et le sevrage de Bellamy est l'affaire de quelques jours. Si ça se trouve, on arrivera même avant vous.

Niylah laissa échapper un rire sincère bien que bref.

Le silence s'installa entre elles. Les autres guerriers, par respect et parce qu'ils connaissaient la pudeur propre à leur peuple, s'étaient éloignés pour leur laisser un peu d'intimité. Ils discutaient plus loin en prenant soin de ne jamais regarder Niylah pour ne pas paraître indiscrets. Toutefois, la blonde accordait bien peu d'importance à cela.

- Nos balades en fauteuil roulant vont me manquer, dit-elle après quelques instants.

Raven lui offrit un sourire avant de répondre :

- A moi aussi.

A nouveau, le silence se fit. Elles se fixèrent longuement, mais la Native fut finalement la première à détourner le regard. La brune avait toujours trouvé troublante la différence qui existait ente l'attitude de Niylah en temps normal et celle qu'elle adoptait lorsqu'elle se trouvait en sa présence, en particulier lorsqu'elles étaient seules.

- Est-ce que je te dis merci maintenant ou alors j'attends qu'on se revoit ?

Cette question fit relever la tête à la blonde. Elle planta ses yeux dans ceux de la mécanicienne et la dévisagea avec un air d'incompréhension et en fronçant les sourcils.

- J'imagine que tu vas t'inquiéter pour moi, alors il faudra bien que je te remercie à un moment ou un autre.

- Je connais un moyen de me remercier tout de suite, répliqua la guerrière qui semblait avoir soudain retrouvé son assurance habituelle.

Leurs mains étaient restées liées pendant tout ce temps et Niylah tira donc doucement Raven à elle. Néanmoins, cette dernière vit ses yeux bleus se poser sur ses propres lèvres, et alors elle sut quel était son but.

Alors que la blonde approchait de son visage et qu'elle était sur le point de l'embrasser, elle tourna brusquement la tête.

- Non, souffla-t-elle.

La Native s'était arrêtée en voyant sa réaction et avait aussitôt pris ses distances et lâché sa main pour ne pas la mettre mal à l'aise. Cependant, elle garda le regard posé sur elle et afficha un air à la fois déçu et désemparé.

- Ils s'en fichent, dit-elle en désignant d'un vague mouvement de tête les guerriers qui se trouvaient non loin et ne semblaient pas avoir remarqué ce qui venait de se produire ou le cachaient très bien.

- C'est pas ça, répondit la brune. Ça m'est égal ce que les gens pourraient penser. C'est juste que... Je ne veux pas rendre les choses trop... réelles.

Niylah se crispa en entendant cela. Elle n'était pas sûre de comprendre où Raven voulait en venir et commençait à craindre le pire. Toutefois, la mécanicienne perçut certainement son trouble puisqu'elle s'empressa de s'expliquer :

- Je ne veux pas que tout ça devienne vrai alors qu'on ne sait pas quand on se reverra, ni même si on se reverra. J'ai déjà perdu trop de gens auxquels je tenais.

La Native fut quelque peu soulagée mais n'en resta pas moins déçue. Elle demeura muette et se contenta de fixer Raven, comme si elle attendait quelque chose. Mais elle-même ne savait pas ce qu'elle attendait. Elle ne pouvait rien espérer de plus venant de la brune, tout du moins pas pour l'instant.

Ce fut finalement la mécanicienne qui prit la parole en affichant un sourire forcé :

- Ça te donne une motivation pour faire en sorte d'arriver à Polis saine et sauve.

La blonde lâcha un rire sec et quelque peu amer. Elle n'avait rien dit à Raven concernant la position qu'elle occupait et qui la plaçait parmi ceux qui seraient les plus exposés en cas d'attaque, mais la jeune fille n'avait visiblement pas besoin de cela pour se faire du souci pour elle. Ce constat la touchait tout comme il la troublait et la déstabilisait : mis à part son père et peut-être sa mère et sa sœur, personne ne s'était jamais inquiété pour elle.

Elle fut encore plus prise au dépourvu lorsque Raven s'approcha brusquement d'elle et la prit dans ses bras. Elle la serra contre elle et pendant quelques secondes, la blonde fut incapable de faire le moindre mouvement. Elle finit par se ressaisir et referma alors ses bras autour de la jeune fille avant de poser sa tête sur son épaule.

- Fais attention à toi, lui chuchota la brune.

La guerrière ne répondit pas immédiatement et resserra son étreinte. Elle savait que la séparation serait difficile, car elle avait fini par admettre que Raven occupait maintenant une place particulière pour elle, mais elle ne pensait pas que ce moment serait si délicat, pas pour elle, et encore moins pour la brune.

- Toi aussi, murmura-t-elle finalement.

Sur ce, la fille du Ciel lâcha la prise qu'elle avait sur son cou et se recula. La Native eut tout juste le temps de voir que ses yeux étaient tout à coup devenus plus brillants avant qu'elle ne lui tourne le dos. Elle s'éloigna aussi vite qu'elle put, elle aurait sans doute même couru si elle en avait eu la possibilité. Niylah la regarda partir sans bouger et sentit son cœur se serrer.

Une chose était certaine : elle avait toujours fait preuve d'une détermination à toute épreuve pour défendre sa vie, mais à présent, cette détermination à survivre n'était que plus grande.

A présent, elle avait une réelle raison de se battre et de continuer à avancer.

Le départ allait être annoncé d'une minute à l'autre, et pourtant Abby n'était nulle part. Marcus commençait à s'inquiéter quand tout à coup, il la vit sortir du bunker. Il lui fit un signe de la main pour attirer son attention, puis vint à sa rencontre d'un pas vif.

- J'ai bien cru que tu n'arriverais jamais, plaisanta-t-il avec un léger sourire.

L'ancienne Chancelière resta muette. Elle affichait un air grave et alors l'homme comprit immédiatement que quelque chose n'allait pas. Il se raidit et fronça les sourcils avant de demander :

- Il y a un problème ?

- Marcus, je… Je ne pars pas avec vous.

Cette annonce laissa l'ancien Conseiller bouche bée.

- Il faut que quelqu'un reste avec eux, expliqua Abby. On ne peut pas les laisser seuls. Clarke peut gérer le cas d'Octavia, mais elle aura besoin de moi pour s'occuper de Bellamy, et il faut que quelqu'un veille sur eux.

Bien sûr, il avait compris en un instant quelles étaient les raisons de cette décision, mais cette nouvelle n'en était pas moins difficile à entendre. Il réalisait à présent qu'il aurait dû savoir dès le début que les choses se passeraient ainsi. Abby n'aurait jamais pu laisser ces jeunes livrés à eux-mêmes, et surtout pas sa propre fille. Il était logique qu'elle ait décidé de rester et Marcus se trouvait même stupide de ne pas avoir pensé que ce serait ce qu'elle ferait.

- Je suis désolée, s'excusa la chirurgienne.

- Tu n'as pas à l'être. Tu prends la bonne décision, assura l'ancien Conseiller avec un sourire bienveillant. Jackson part avec nous ?

- Oui. Il vous faut au moins un médecin en cas de besoin.

L'homme hocha la tête.

- Je veillerai sur notre peuple et je m'assurerai que tout se passe au mieux, dit Marcus après un court silence.

- Je sais. Je reste ici parce que je sais que je peux te faire confiance. Ils seront en sécurité avec toi.

- Tout comme les jeunes seront en sécurité avec toi.

Il venait de prononcer ces derniers mots lorsque le son d'une corne se fit entendre. Ils se tournèrent tous les deux vers le Natif qui venait de donner le signal. Les guerriers qui se trouvaient en avant de l'immense groupe pour ouvrir la voie se mirent en marche et tout le monde commença à s'agiter. Marcus quant à lui, fit à nouveau face à Abby.

- Il est temps de partir.

L'ancienne Chancelière pinça les lèvres et hocha faiblement la tête mais ne dit pas un mot.

La séparation était difficile pour eux deux, ils n'avaient pas besoin de se le dire pour le savoir, et Marcus préféra donc y mettre fin au plus vite. Il offrit un dernier sourire à la chirurgienne avant de tourner les talons pour rejoindre l'avant du cortège et ainsi voyager aux côtés de la Commandante comme prévu.

- Marcus, commença Abby avant d'être interrompue.

Dès qu'il entendit son prénom être appelé, l'homme fit volte-face. Il saisit brusquement par la nuque celle qui se tenait devant lui et l'attira à lui pour l'embrasser. Immédiatement, la chirurgienne répondit à son baiser. Elle passa une main dans le dos de l'ancien Conseiller et glissa l'autre à l'arrière de sa tête.

Enlacés dans les bras l'un de l'autre, ils s'embrassèrent durant plusieurs secondes, sous les regards médusés des gens qui se trouvaient autour d'eux, en particulier ceux qui faisaient partie du Peuple du Ciel et les connaissaient donc.

Lorsqu'ils se séparèrent enfin, leurs regards s'ancrèrent l'un à l'autre.

- Puissions-nous nous revoir, dit Marcus.

- Nous nous reverrons, assura Abby avec un léger sourire.

Elle préféra partir sans attendre, consciente qu'ils avaient déjà suffisamment attiré l'attention sur eux et voulant surtout éviter de craquer devant tant de gens. L'homme la regarda s'éloigner et retourner à l'intérieur du bunker, et ce fut seulement lorsqu'elle disparut de sa vue qu'il se décida enfin à se mettre en route pour rejoindre la Commandante et entamer le long voyage qui les attendait.

- Clexa -

Lexa était partie depuis longtemps déjà, mais Clarke n'avait toujours pas quitté la chambre.

Peu après le départ de sa compagne, elle était retournée se coucher. Elle s'était allongée dans le lit et avait tiré les draps sur elle pour y trouver refuge. Ils avaient conservé l'odeur de la brune et la jeune fille l'avait respirée à pleins poumons pour s'en imprégner.

Longtemps après, elle était toujours dans la même position, recroquevillée sur elle-même, les poings serrés autour des draps qu'elle tenait contre sa poitrine. Les larmes avaient fini par se tarir et ne persistaient maintenant plus que quelques sanglots qui la faisaient hoqueter de temps à autre.

Elle se sentait vide à présent que Lexa n'était plus là. Elle avait quitté les lieux depuis moins d'une heure et pourtant elle lui manquait déjà terriblement. Cette dépendance était parfois terrifiante. C'était le cas à cet instant, car elle se sentait faible et démunie sans celle qu'elle aimait à ses côtés.

Elle ne sut pas combien de temps s'était écoulé, mais Clarke se décida finalement à se lever. Elle passa par la salle de bains pour se passer un peu d'eau sur le visage et discipliner ses cheveux. Une fois qu'elle fut certaine que ses yeux n'étaient plus rouges et qu'on ne voyait plus qu'elle avait pleuré, elle quitta l'appartement. Elle referma la porte sans bruit en sortant, puis elle prit la direction des cuisines malgré son manque d'appétit qui était sans doute causé par son estomac noué. Si elle ne mangeait pas, il fallait au moins qu'elle apporte quelque chose à Octavia.

Sa mère était sans doute restée. Elle n'avait pas eu l'occasion de la voir depuis la réunion de la veille, mais elle n'imaginait pas qu'elle puisse partir en la laissant seule, qui plus est avec deux patients à gérer. Savoir qu'ils n'étaient plus que cinq dans cet immense bunker, six en supposant que Lincoln soit resté, n'avait rien de rassurant. Elle détestait déjà cet endroit en temps normal, mais à présent, il avait quelque chose de sinistre. Pressée de quitter les couloirs déserts et silencieux, la jeune fille pressa le pas.

En chemin, elle passa devant la salle à manger. Bellamy était en isolement, Octavia à l'infirmerie, sans doute avec Lincoln et Abby, et Jasper devait déambuler quelque part, elle ne s'attendait donc pas à y voir qui que ce soit. Pourtant, quand elle arriva à l'entrée de la pièce, elle se figea.

Là, assis à une table, se trouvaient tous ses amis. Ils discutaient en mangeant et même si l'ambiance n'était pas festive, ils échangeaient tout de même des sourires et quelques rires.

Raven, Jasper, Monty, Nathan, ils étaient tous là. Même Harper et Zoe étaient présentes.

Clarke était complètement stupéfaite. Elle resta immobile jusqu'à ce que les autres adolescents remarquent sa présence, Nathan le premier. Le jeune homme tourna la tête dans sa direction et surprit tout le monde en lui souriant.

- Te voilà enfin ! Où est-ce que tu étais passée ?

La blonde resta muette, incapable de répondre sous le coup de la surprise. Tous ses amis se levèrent et vinrent la rejoindre en affichant des sourires plus ou moins prononcés, mais tous sincères.

Après quelques instants, Clarke sembla enfin retrouver la parole :

- Mais… Qu'est-ce que vous… Enfin… Qu'est-ce que vous faites là ? Vous… Le départ a été retardé ?

- Le départ a eu lieu comme prévu, répondit Raven. Ils sont partis il y a un peu plus d'une heure.

- Pourquoi vous êtes encore là alors ?

- On n'allait quand même pas partir alors qu'on vient juste de retrouver Bellamy et que la fine équipe est à nouveau au complet, lança Nathan.

La blonde se tourna vers son ami qui la regardait avec un air serein et amical. Elle resta figée pendant encore un instant puis, sans réfléchir, elle s'avança vers lui et le prit dans ses bras. Le métis lui rendit immédiatement son étreinte sans la moindre hésitation. Tous les autres furent attendris par cette scène et surtout heureux de voir que Nathan avais visiblement pardonné à Clarke. Cette dernière sentit ses yeux devenir humides, mais elle fit de son mieux pour ne pas pleurer.

Ils se séparèrent après quelques secondes et la jeune fille cligna à plusieurs reprises des yeux pour en chasser les dernières traces des larmes qui avaient tenté de couler.

- On a presque terminé de manger, mais tu es la bienvenue si tu veux te joindre à nous, proposa Monty.

- C'est gentil, mais je n'ai pas très faim.

- Ta mère est restée aussi, indiqua Raven. Mais ça je pense que tu t'en doutais. Elle surveille Bellamy.

- Comment va Octavia ? demanda la blonde.

- Elle est fatiguée mais sinon ça va. Lincoln est avec elle. On comptait aller les voir après le petit-déjeuner. Tu veux venir avec nous ?

- Volontiers. J'en profiterai pour vérifier que tout va bien pour Octavia.

Tous approuvèrent, puis ils retournèrent s'asseoir. Même si elle ne mangea pas, la blonde se joignit à eux et les conversations reprirent comme si de rien n'était.

Clarke se sentait libérée d'un poids. Nathan semblait lui avoir pardonné et elle ne pourrait jamais assez le remercier pour cela. Les choses étaient encore loin de s'être arrangées avec Jasper et elle savait qu'il faudrait encore du temps pour y parvenir. Cependant, ils étaient sur la bonne voie et finiraient par retrouver une certaine amitié, même si ce ne serait pas celle qu'ils avaient connue.

Le cœur plus léger, la jeune fille profita de cette fin de repas et du peu d'insouciance qu'elle leur offrait à tous, aussi éphémère soit-elle.

- Clexa -

Tous les adolescents passèrent la matinée à l'infirmerie en compagnie d'Octavia et Lincoln. Ils n'avaient rien à faire si ce n'est attendre, ils tentèrent donc de s'occuper du mieux qu'ils purent. Les heures défilèrent au rythme de leurs discussions et jeux de cartes. Ils prirent soin de ne pas aborder les problèmes que tout leur peuple et eux traversaient depuis ce qui semblait maintenant être une éternité, mais ils n'avaient pas grand-chose à se dire et leurs échanges tournèrent donc rapidement autour de leurs souvenirs respectifs. Chacun évoqua son enfance sur l'Arche, plus ou moins heureuse. Les histoires racontées permirent à Lincoln de mieux comprendre le monde d'où venait sa compagne, bien qu'elle-même ne l'ait jamais véritablement connu.

Toutefois, il fut rapidement évident que ce genre de discussions pouvait facilement donner naissance à des conflits dont personne n'avait besoin. Tandis qu'Octavia avait passé toute sa vie sous un plancher ou dans une cellule avant d'être envoyée sur Terre, Clarke, elle, avait eu une enfance heureuse et une existence aisée jusqu'à ce que les choses ne dégénèrent suite à l'exécution de son père. Ces différences qui les séparaient les uns des autres étaient la dernière chose dont ils avaient besoin, en particulier en ce moment, aussi cessèrent-ils rapidement de parler de ce qui les éloignait et risquait de faire naître des tensions inutiles.

Ils étaient à court d'occupations et un silence de plomb s'était installé depuis quelques instants quand Lincoln proposa d'improviser un cours de Trigedasleng. Certains furent plus enthousiastes que d'autres, mais ils acceptèrent tous de se prêter au jeu. Clarke, mais surtout Octavia, aidèrent le Natif du mieux qu'elles purent et ce fut finalement l'occasion pour elles aussi d'apprendre de nouvelles choses. Tout en leur enseignant le vocabulaire et la grammaire de sa langue natale – la prononciation n'avait rien de très différent de celle de l'anglais – Lincoln en profita pour leur faire découvrir la culture de son peuple et leur enseigner leurs coutumes. Rapidement, tout le monde participa avec enthousiasme.

Ce fut sans doute cette activité qui fut la plus distrayante et la plus utile et instructive. Ils ne virent pas le temps passer et avant qu'ils s'en soient aperçus, l'heure du déjeuner était largement passée. Ce ne fut que lorsqu'Abby les contacta par talkie-walkie pour demander que Clarke vienne la remplacer qu'ils réalisèrent qu'il était plus que temps de manger et qu'ils avaient tous faim. La blonde rejoignit sa mère pour prendre la relève et Monty lui promit de lui apporter un repas. Pendant ce temps, lui et tous les autres, exceptés Octavia et Lincoln, prirent la direction des cuisines pour aller y chercher de quoi manger.

Une minute après l'appel d'Abby, le jeune couple était seul.

Lincoln avait passé les dernières heures assis à côté du lit d'Octavia et avait gardé un contact direct avec elle la majeure partie du temps. Que ce soit en lui tenant la main, en lui touchant le bras, ou en remettant en place une mèche de cheveux qui s'était égarée sur son visage, il avait veillé à maintenir un lien physique avec sa compagne. Il ne l'aurait admis pour rien au monde, en tout cas pas devant n'importe qui, mais il avait cru mourir la veille. Il avait l'impression d'avoir retenu sa respiration des heures durant, jusqu'à ce qu'il soit certain que la jeune fille était tirée d'affaire et que sa vie n'était plus en danger. L'attente avait été insupportable avant qu'Abby lui annonce qu'il n'avait plus rien à craindre.

Il était perdu dans ses pensées, le regard vide, et Octavia lui serra donc la main pour attirer son attention. Le Natif releva les yeux vers elle et la dévisagea sans dire un mot.

- Tout va bien ?

- Ça va, assura-t-il.

Il avait beau avoir employé un ton sûr, la brune n'était pas dupe. Elle caressa doucement le dos de la main de Lincoln avec son pouce et plongea ses yeux bleus dans les siens.

- Je vais bien.

- Je sais.

- Alors pourquoi tu fais cette tête ?

Le jeune homme ne répondit pas immédiatement. Il détourna le regard et ses traits se crispèrent légèrement tandis qu'il pinçait les lèvres.

Après un moment, il posa à nouveau les yeux sur sa compagne.

- J'ai eu peur de te perdre. Encore.

L'expression d'Octavia s'adoucit à ces mots et devint presque triste. Elle se déplaça pour s'approcher de son compagnon en prenant soin de ne pas faire de geste trop brusque pour ne pas réduire à néant le travail d'Abby en lésant sa blessure recousue tout juste quelques heures plus tôt. La voyant faire, le Natif l'imita et rapprocha sa chaise du lit. Lorsqu'elle fut plus près de lui, la jeune fille posa sa tête sur son épaule et se blottit contre lui.

- Je suis là, chuchota-t-elle. Je suis en vie. On est tous les deux en vie, tout va bien.

- Pour l'instant, soupira le jeune homme.

- Alors profitons-en avant que la prochaine catastrophe ne survienne.

Sur ce, l'adolescente posa son autre main sur celle de son compagnon. Ce dernier l'embrassa tendrement sur le front, puis il posa sa tête sur la sienne.

Ils restèrent un long moment dans cette position, se complaisant dans le fait de se trouver aux côtés de l'être aimé et le bien-être que cela leur procurait à chacun. Le silence était quelque peu oppressant de par sa perfection, mais ce n'était pas si désagréable. Les moments de calme tel que celui-ci étaient rares et donc d'autant plus appréciés.

Un long moment s'était écoulé sans qu'un seul mot ne soit prononcé lorsqu'Octavia prit à nouveau la parole :

- Quand est-ce que tu vas repartir pour Tondisi ?

- Quand tu seras en état de voyager.

La jeune fille se redressa et fixa Lincoln avec une expression sérieuse sur le visage.

- Ce sera long.

- Abby a dit que dans deux jours tout au plus tu serais sur pieds. Si tu te reposes bien et que tu te ménages tu pourras peut-être même être prête à partir demain d'après elle.

- Et qui va protéger le village pendant ce temps ?

- Je ne suis pas le seul guerrier de Tondisi.

- Non, mais tu es l'un des meilleurs. Ils ont besoin de toi.

- Je suis sûr qu'ils peuvent se passer de moi pendant deux jours.

- Pas en ce moment.

Le Natif poussa un profond soupir.

- Je ne veux pas partir en te laissant ici.

- Je ne cours aucun danger. Je ne suis pas seule et j'ai un médecin avec moi, deux même si on compte Clarke.

Lincoln soupira à nouveau en affichant un air soucieux. Il garda les yeux rivés sur sa compagne et fit la moue.

- Les habitants de Tondisi ont bien plus besoin de toi que moi, fit valoir la brune. Tu dois y retourner et veiller sur eux. Et puis… il y a aussi le louveteau. Il faut que quelqu'un le nourrisse et prenne soin de lui.

Le guerrier la dévisagea pendant un instant, sceptique. Puis, après quelques secondes, il se laissa aller à sourire et lâcha même un rire qui sembla toutefois quelque peu forcé.

- Tu veux que je rentre seulement pour m'occuper de lui.

- Non ! s'indigna la jeune fille. Je pense avant tout aux villageois. Mais si tu rentres, tu pourras aussi aller voir s'il va bien, ajouta-t-elle.

Son compagnon secoua la tête sans perdre son sourire amusé.

- S'il-te-plaît, insista Octavia. Ils ont besoin de toi. Je te rejoindrai dès que j'aurai récupéré. Avec le camion, Jasper pourra rapidement nous emmener.

Lincoln prit une profonde inspiration avant de relâcher tout l'air contenu dans ses poumons. Ce faisant, ses épaules s'affaissèrent et il baissa légèrement la tête en interrompant le contact visuel qu'il entretenait avec sa compagne. Cette dernière continua à le regarder et pinça les lèvres dans l'attente d'une réponse.

Après un bref instant, le jeune homme planta à nouveau ses yeux dans ceux de la guerrière.

- D'accord. Je partirai cette après-midi.

Un sourire reconnaissant éclaira les traits d'Octavia. Elle posa une main sur la nuque de son compagnon et le tira doucement vers elle pour l'embrasser.

- Merci. Je te demande de faire ça pour le bien de notre peuple, je te le promets.

- Je sais.

Le Natif embrassa à son tour la brune et cette fois leur baiser se prolongea plus longtemps que le précédent. Ils ne se séparèrent qu'en entendant les voix de leurs amis qui revenaient et entreraient dans l'infirmerie d'un instant à l'autre.

Octavia vola un dernier baiser à Lincoln, puis elle s'éloigna de lui et s'appuya à nouveau contre les oreillers qui l'aidaient à rester correctement assise, ceci sans lâcher la main du jeune homme qui lui-même serra celle de la brune.

- Clexa -

Clarke arriva à la cellule d'isolement où avait été placé Bellamy quelques minutes après que sa mère l'ait contactée pour qu'elle vienne la remplacer.

Abby surveillait le jeune homme depuis que Jackson était parti, cela faisait donc plusieurs heures qu'elle n'avait pas quitté la pièce. Elle n'avait pas dormi de la nuit et la fatigue commençait donc à se faire nettement ressentir, à tel point qu'elle se lisait sur ses traits tirés. Un air soulagé apparut sur son visage lorsque sa fille entra.

- Tu aurais dû m'appeler plus tôt, dit la blonde.

- Ne t'en fais pas, je suis habituée à rester longtemps éveillée, tu le sais. Je préférais que tu profites d'être avec tes amis.

Clarke dévisagea un instant sa mère avant de poser la question qui la taraudait depuis qu'elle avait découvert les adolescents dans la salle à manger :

- C'est toi qui leur as demandé de rester ?

La chirurgienne secoua la tête de façon négative.

- Ils ont eux-mêmes décidé de rester. Je savais que tu resterais quoi qu'il arrive, donc je suis allée directement voir Jasper après que Marcus et moi ayons été congédiés par la Commandante.

L'air contrarié de sa mère n'échappa pas à la jeune fille, mais elle ne fit aucun commentaire et la laissa continuer.

- Il était avec tous les autres et quand je leur ai expliqué la situation, ils ont immédiatement voulu rester. J'ai essayé de leur faire comprendre que ce n'était pas une bonne idée, mais tu les connais mieux que moi.

Un faible sourire étira les traits de Clarke. Pour sûr, elle les connaissait, et elle ne doutait pas qu'il aurait été impossible de les convaincre de partir comme prévu.

- J'ai finalement accepté. Certains d'entre eux sont gardes mais n'avaient pas été assignés à la sécurité du voyage parce qu'ils avaient été jugés trop jeunes, donc l'escorte est restée la même que ce qui était prévu.

La blonde hocha la tête, soulagée d'apprendre cette nouvelle. Elle posa ensuite les yeux sur Bellamy.

Le jeune homme était bien moins agité que lorsqu'elle l'avait vu pour la dernière fois. Il bougeait mais ne se débattait pas avec autant de virulence, et surtout, ses cris n'étaient plus que de faibles grognements.

- Tu l'as sédaté ? demanda-t-elle à sa mère.

- Non. Je préfère éviter de le faire tant qu'on a quelqu'un pour le surveiller. S'il est sous sédatif, on pourrait passer à côté d'une crise minime mais qui pourrait quand même le mettre en danger. Il s'est calmé il y a seulement une heure.

Clarke ouvrit de grands yeux en entendant cela.

- Je pense qu'il s'est épuisé à force de hurler et de se débattre.

- Sans doute.

Après cela, le silence s'installa, seulement troublé par les quelques grognements de Bellamy. Elles se contentèrent de le regarder sans dire un mot.

Ce fut finalement Abby qui prit la parole :

- J'ai beau résister au manque de sommeil, je pense qu'il est temps que j'aille dormir. Surtout s'il fait une crise, appelle-moi, d'accord ? Il vaut mieux être deux pour gérer ça.

- Je t'appellerai, assura Clarke.

- Pense à te reposer aussi. Si tu es trop fatiguée, demande à l'un de tes amis de te remplacer.

- Je gère la situation, ne t'inquiète pas.

L'ancienne Chancelière hocha la tête, mais son air peu convaincu la trahit. Cependant, elle était épuisée et n'avait qu'une hâte, rejoindre son lit et s'y effondrer pour dormir jusqu'à ce qu'elle se réveille d'elle-même ou qu'on ait besoin d'elle. Elle priait pour que ce soit la première situation qui se réalise, mais doutait d'avoir cette chance.

Alors qu'elle était sur le point de sortir, sa fille la retint :

- Maman ?

Elle se retourna vers Clarke et ne fut pas surprise de voir que son regard était fuyant. Dès que la jeune fille était entrée dans la pièce, elle avait senti chez elle un malaise. Elle n'avait eu aucun mal à deviner qu'il ne venait pas des conflits qui les opposaient dernièrement, tout du moins pas directement, mais elle avait préféré ne pas poser de questions. Néanmoins, il semblait maintenant que la blonde était prête à lui parler.

- Il y a quelque chose que je voudrais te dire.

- Je t'écoute, dit Abby d'un ton doux et en adoptant une attitude aussi détendue que possible pour la mettre en confiance et l'encourager à continuer.

- Je pense que tu sais déjà ce que je vais t'annoncer, tu l'as sûrement deviné. Mais… J'aimerais te le dire moi-même. Enfin… Je pense que ce serait mieux que tu l'entendes de ma bouche pour que les choses soient claires. C'est sûrement mieux que je-

- Clarke, calme-toi, tenta de l'apaiser sa mère en s'approchant d'elle.

Elle connaissait suffisamment sa fille pour savoir que lorsqu'elle parlait de cette façon, en butant sur les mots mais en parvenant tout de même à aller à une vitesse étourdissante, elle avait quelque chose d'important à dire, une chose qui lui tenait à cœur tout comme elle l'effrayait.

- Je ne sais pas de quoi tu veux me parler, mais si tu ne te sens pas prête, on peut remettre ça à plus tard.

- Non, je préfère te le dire maintenant pendant que j'en ai le courage.

- Dans ce cas, respire et calme-toi.

Clarke ne prêta pas attention aux conseils de sa mère. Au lieu de cela, elle jeta un bref regard à Bellamy dont l'état était toujours le même et qui ne semblait pas prêter le moindre intérêt à leur conversation.

- Est-ce qu'on pourrait sortir ? On reste juste devant la porte pour pouvoir intervenir s'il y a un problème. Je voudrais qu'on soit vraiment seules.

Abby hocha la tête et sortit la première, suivie de près par la blonde.

Une fois qu'elles furent hors de la pièce et que la porte fut refermée, la jeune fille prit une profonde inspiration avant de finalement se décider à parler :

- Je suis… avec Lexa.

- Avec Lexa ? répéta la chirurgienne, dubitative.

- Oui. On est ensemble.

Abby resta un instant sceptique avant de prendre la parole :

- Est-ce que ce terme est vraiment parlant pour elle ? Comment voit-elle votre relation ?

Clarke avait été dans un premier temps hésitante et mal à l'aise, mais bien vite, face à l'attitude de sa mère, la sienne changea. Elle pouvait déjà voir sans mal que cette nouvelle ne plaisait pas à Abby, même s'il ne faisait aucun doute qu'elle avait déjà compris depuis longtemps qu'elle entretenait avec Lexa une relation qui allait au-delà de simples rapports politiques.

Tout à coup gagnée par l'agacement, la blonde fut rapidement sur la défensive.

- Comme quelque chose de sérieux. Elle est prête à s'engager, elle pense au mariage.

- Le mariage ?! Clarke, tu n'as que dix-huit ans !

- Et alors ? répliqua la jeune fille sur un ton impertinent.

- Est-ce que tu sais au moins quel âge elle a ?

- Je ne sais pas, vingt ans, j'imagine. Quelle importance de toute façon ?

- Merveilleux ! Tu comptes épouser une femme que tu connais à peine et dont tu ne connais même pas l'âge !

Face à l'attitude de sa mère qui n'avait absolument pas changé depuis qu'ils avaient eu affaire à Lexa pour la première fois, la blonde perdit rapidement patience et commença à hausser le ton tout comme Abby venait de le faire.

- J'ai dit qu'elle pensait au mariage, pas qu'on avait déjà choisi une date ! Je veux seulement dire que pour elle c'est sérieux.

- C'est peut-être justement trop sérieux. Clarke, tu es jeune, ne t'engage pas dans une telle relation alors que tu pourrais encore rencontrer quelqu'un d'autre.

- Tu dis ça uniquement parce qu'il s'agit de Lexa. Tu la détestes, tu ne t'en es jamais cachée.

- Je ne la déteste pas.

- Tu ne l'apprécies pas non plus.

- Non, c'est vrai.

- Je savais que ça finirait comme ça, soupira la jeune fille. J'aurais mieux fait de ne rien te dire.

Elle était prête à entrer à nouveau dans la pièce sans ajouter un mot, mais Abby la prit doucement par le bras pour la retenir. La blonde ne chercha pas à se dégager et reporta son attention sur elle.

- Je pense au contraire qu'il faut qu'on en parle.

- Il n'y a rien à dire.

- Il y a beaucoup à dire justement.

Clarke se défit cette fois de la prise de sa mère. Elle se posta face à elle et planta ses yeux dans les siens en croisant les bras. Son visage était paré d'exaspération et d'impatience.

- Si tu veux parler, vas-y, dit-elle d'un ton sec.

Abby soupira avant d'enchaîner :

- Je veux seulement que tu sois heureuse.

- Et tu penses que je ne peux pas l'être avec elle ?

- Tu pourrais l'être si elle n'était pas ce qu'elle est.

- Qu'est-ce que tu entends par-là ? demanda la blonde, méfiante.

- Elle est à la tête d'un peuple extrêmement différent du nôtre et avec qui nous avons toujours eu des rapports compliqués. Toi-même tu diriges notre peuple, ce qui te place forcément dans l'opposition vis-à-vis d'elle.

- Nous faisons partie de la Coalition à présent, les Natifs sont nos alliés, plus nos ennemis.

- Tu sais bien que ce n'est pas aussi simple que ça. J'ai peur que tôt ou tard, vos fonctions respectives ne posent problème dans votre relation personnelle.

- Ça nous a déjà posé problème plus d'une fois, mais on a toujours trouvé un moyen de surmonter les obstacles.

- Même lorsqu'elle nous a abandonnés aux mains de Cage ?

Clarke ne trouva pas quoi répondre à cela et resta estomaquée, presque choquée.

Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi sa mère lui rappelait sans cesse ces événements alors qu'elle savait pertinemment que les évoquer la faisait souffrir. Mais elle ne semblait pas y accorder la moindre importance, déterminée comme elle l'était à lui prouver que Lexa était une personne néfaste, aussi bien pour elle que pour n'importe qui d'autre. Elle aurait tant voulu qu'elle puisse la voir de la même façon qu'elle la voyait.

- Ce n'est pas Lexa le problème, c'est la fonction qu'elle occupe, reprit Abby. Tu sais parfaitement que son rôle de Commandante et toutes les responsabilités que cela implique passeront toujours en priorité, elle l'a déjà prouvé. Je suis persuadée que Lexa n'a jamais voulu nous trahir, mais la Commandante qu'elle est ne lui a pas laissé d'autre choix, et cet aspect de sa personnalité aura toujours le dessus. Je veux seulement te protéger. Je sais que dans une telle situation, elle finira par te faire souffrir, même si c'est certainement la dernière chose qu'elle souhaite.

Clarke ne savait plus quoi penser. D'un côté, elle était soulagée de voir que sa mère commençait petit à petit à admettre que Lexa n'était pas un monstre sans cœur et que certains de ces choix n'en étaient pas réellement et lui étaient plutôt imposés par son rôle politique. De l'autre, le problème était toujours le même : Abby désapprouvait sa relation avec elle. Autrement dit, elle désapprouvait l'une de seules choses encore capables de la rendre heureuse à l'heure actuelle.

- Elle nous a abandonnés une première fois. Qu'est-ce qui l'empêchera de recommencer quand il faudra choisir entre nous et un autre clan de la Coalition, ou même entre toi et son peuple ?

A ces mots, la blonde sortit de la torpeur dans laquelle elle se trouvait depuis quelques instants et sentit la colère la gagner.

- Tu en reviens toujours aux mêmes arguments, souffla-t-elle d'un ton las.

- J'en reviens toujours aux mêmes arguments parce que tu n'as pas l'air de prendre conscience qu'il s'agissait bel et bien d'une trahison. Peu importe les sentiments que vous partagez actuellement et ceux que vous partagiez à ce moment-là, elle nous a trahis.

- Tu crois que je ne l'ai pas compris avec tout ce que j'ai vécu ?

- C'est justement pour ça que je ne comprends pas pourquoi il faut que ce soit elle ?

- Je ne sais pas. Je ne peux pas l'expliquer, c'est-

- Pourquoi tu l'as choisie elle ?

- Je ne sais pas ! Je ne l'ai pas-

- Pourquoi, Clarke ?

La blonde perdit patience et se mit alors à crier :

- Je n'ai rien choisi du tout ! J'ai essayé de la détester mais il y avait autre chose, il y avait d'autres sentiments contre lesquels je ne pouvais pas lutter !

- Clarke, elle nous a condamnés en nous trahissant et-

Cette fois, c'en fut trop pour la jeune fille qui laissa toute sa colère et sa rancœur exploser :

- Tu veux parler de trahison ? Très bien, alors parlons-en ! Qu'est-ce que ça t'a fait le jour où tu as assisté à la mort de papa ? Qu'est-ce que tu as ressenti en sachant qu'il était exécuté par ta faute ? Et pendant les mois qui ont suivi, comment tu as vécu le fait de laisser Wells porter le poids de ta trahison ? Qu'est-ce que ça t'a fait de me laisser détester mon meilleur ami ?

Un silence de mort s'abattit.

Clarke était au bord des larmes et sa respiration était tout à coup saccadée et irrégulière. Il lui fallut quelques secondes pour retrouver un semblant de contrôle et ne pas craquer.

- Je n'ai pas choisi Lexa. Les choses sont ainsi, je ne peux pas expliquer pourquoi.

La jeune fille dut à nouveau s'arrêter pour se ressaisir et empêcher sa voix de trembler.

- Je n'ai pas besoin de ton approbation. Si je t'ai dit qu'on était ensemble elle et moi, c'était juste pour mettre les choses au clair et faire taire les doutes que tu pouvais avoir. En aucun cas, je ne t'ai dit ça pour que tu me donnes ta bénédiction ou même ton autorisation. Tu n'as pas ton mot à dire, plus depuis que tu m'as envoyée sur Terre, moi, ta propre fille, pour y mourir.

Abby réagit dans l'instant et sa main s'abattit.

Le claquement de la gifle fut plus sonore que la douleur ne fut vive.

Clarke garda la tête tournée sur le côté avant de finalement faire face à sa mère et de planter ses yeux dans les siens. Après seulement une seconde, sa joue commençait déjà à rougir, mais elle ne broncha pas. Elle releva légèrement le menton, un air fier sur le visage, et parla d'une voix froide :

- Ça fait mal d'entendre la vérité, hein ?

Abby était fébrile et ses mains tremblaient, mais la blonde ne parvint pas à savoir si ces tremblements étaient provoqués par la colère ou par le choc ressenti après qu'elle ait levé la main sur sa fille pour la première fois. Elle s'en préoccupait bien peu à vrai dire.

- On fait tous des erreurs. On a tous des choix difficiles à faire. Tu es bien placée pour le savoir.

La jeune fille marqua une courte pause avant de reprendre :

- Mon père est mort par ta faute. Tu l'as tué. Tu as envoyé cent enfants et adolescents, moi y compris, sur Terre, sans savoir ce qu'il adviendrait de nous. Tu as sacrifié la vie de trois cents personnes. Tu l'as fait pour en sauver un plus grand nombre, c'est vrai, mais ça ne change rien au fait que tu n'as pas empêché ce massacre d'avoir lieu. Pourtant, malgré tout ça, je suis encore capable de t'aimer. Même si je t'en veux, je t'aime toujours et tu me rends heureuse. On se dispute, on a des désaccords, mais au final, on continue à s'aimer.

Clarke s'interrompit. Sa mère la regardait sans dire un mot, une expression impassible sur le visage. Elles se fixèrent l'une l'autre pendant un long moment avant que la blonde ne reprenne :

- C'est la même chose pour Lexa et moi. Malgré tout ce qui nous oppose, on a réussi à construire quelque chose. On sait que ce ne sera pas facile, on en a déjà fait l'expérience, mais on est prêtes à affronter les difficultés qu'on rencontrera. Si tu ne peux pas accepter ça alors tant pis, ça m'est égal.

Le regard de la jeune fille se fit perçant avant qu'elle n'ajoute ces derniers mots :

- Si tu n'es pas capable de te réjouir pour le peu de bonheur que j'ai en ce moment grâce à Lexa, alors je ne veux plus que tu parles d'elle en ma présence.

Il ne s'agissait pas d'un simple souhait mais bel et bien d'un ordre. Un ordre qu'il valait mieux suivre à en croire le ton tranchant que venait d'employer Clarke.

Elle n'attendit pas une seconde de plus et après un dernier regard glacial, elle tourna les talons et rejoignit Bellamy.

Elle laissa sa mère seule, fatiguée par ces conflits qui n'en finissaient pas et semblaient les éloigner lentement mais sûrement.

- Clexa -

Après une matinée de marche interrompue par une seule pause, une halte fut ordonnée au milieu de la journée. Il fallait qu'ils se restaurent et tout le monde avait besoin de repos. La Commandante, qui progressait en tête, donna l'ordre de s'arrêter.

La brune descendit de son cheval et le confia à l'un de ses hommes pour qu'il soit nourri et abreuvé, puis elle ordonna à son lieutenant de passer les troupes en revue. Quand l'homme fut parti, il ne fallut qu'un instant à Lexa pour apercevoir Marcus parmi la foule. Il se trouvait en avant du cortège, tout comme elle, mais ils n'avaient pas marché côte à côte.

Elle le rejoignit d'un pas vif et se campa devant lui, la main gauche reposant sur le pommeau de son sabre.

- Marcus, pourriez-vous vous assurer que le rythme convient à tout le monde, en particulier aux enfants ? Si certains ont besoin que nous nous arrêtions plus souvent ou que les arrêts soient plus longs, il faut qu'ils se manifestent.

- Vous ne préféreriez pas le faire vous-même ?

La Commandante dévisagea l'homme en haussant les sourcils.

- Je peux m'en charger bien sûr, ajouta l'ancien Conseiller. Mais je pensais qu'il serait bon que vous alliez les voir vous-même. J'ai cru comprendre que vous étiez proche de votre peuple. Pourquoi ne pas faire la même chose avec le Skaikru ?

Alors que quelques secondes plus tôt, la jeune fille avait semblé offusquée, cette fois, elle se détendit légèrement. Elle conserva la posture stricte qu'elle avait la plupart du temps, mais son expression se fit moins crispée.

- Je ne suis pas sûre qu'un contact direct soit une bonne idée. Ils savent tous ce qu'il s'est passé au Mont Weather il y a quelques mois, certains d'entre eux faisaient peut-être même partie des captifs que j'ai abandonnés. Je doute qu'ils apprécient ma compagnie après ce que j'ai fait.

- C'est justement l'occasion de leur montrer que vous n'êtes pas seulement celle qui a été prête à sacrifier des vies pour sauver son peuple.

Elle ne fit aucune remarque, mais le fait que Marcus ait mis en avant la raison qui l'avait poussée à faire ce choix ne lui échappa pas. Il était l'un des seuls à ne lui avoir jamais reproché sa décision et elle lui en serait toujours reconnaissante.

Après une brève hésitation, elle hocha finalement la tête. L'homme répondit par l'un de ses sourires bienveillants et lui indiqua d'un discret mouvement de tête le centre du groupe, là où se trouvaient les civils. La Commandante se tourna dans cette direction et avança d'un pas calme, le menton relevé pour se donner une certaine contenance.

Elle était sur le point de rejoindre des personnes qui échangeaient à voix basse quand son regard fut attiré par une petite fille aux cheveux roux. Elle devait avoir environ deux ou trois ans et déambulait seule sans aucun parent à l'horizon. La brune était prête à s'approcher pour lui demander où était sa famille, mais ses yeux s'écarquillèrent quand elle vit ce qu'elle tenait. Elle se précipita et lui attrapa le bras juste à temps, alors qu'elle était prête à mettre des baies jaunes dans sa bouche.

- Ne mange pas ça !

Sous le coup de la surprise, la petite fille lâcha ce qu'elle tenait. Elle fit volte-face et alors un air effrayé se dessina immédiatement sur ses traits. Tout aussi apeurée et paniquée qu'elle à l'idée qu'elle se mette à pleurer, Lexa la lâcha et recula d'un pas, sans pour autant la quitter des yeux. Son geste brusque lui avait sans doute fait peur, et elle devina que sa tenue noire et ses peintures de guerre tout aussi sombres n'étaient sans doute pas étrangères à sa réaction. Toutefois, lorsqu'elle eut lâché le bras de la petite rousse et qu'une distance fut installée entre elles, l'enfant sembla se calmer. Ses traits se détendirent et elle parut moins effrayée. A présent, c'était plutôt de la curiosité qui se lisait sur son visage.

Lexa resta immobile et elles se regardèrent donc l'une l'autre pendant de longues secondes. Ce contact visuel ne fut brisé que lorsqu'un prénom fut appelé, faisant ainsi tourner la tête à la petite fille. La Commandante suivit la même direction et vit alors un homme et une femme arriver vers elles en courant.

- Lucy !

Un large sourire se dessina sur les traits de l'enfant et elle tendit les mains vers eux tout en avançant. L'homme, sans doute son père, la prit dans ses bras et la serra contre lui. Les deux parents semblaient tout aussi inquiets l'un que l'autre, si bien qu'ils remarquèrent tout juste la présence de Lexa.

- Ne refais plus jamais ça, Lucy ! Tu ne dois pas t'éloigner de nous.

La petite fille semblait porter bien peu d'intérêt à ce que lui disaient ses parents et ne tarda pas à se tourner vers la Native et à la pointer du doigt. Alors qu'ils venaient juste de retrouver un peu de sérénité, l'homme et la femme eurent un mouvement de recul en la reconnaissant. Lexa fut blessée par cette réaction mais ne laissa rien paraître.

- Elle a dit qu'il fallait pas manz'er les z'aunes, dit l'enfant en montrant cette fois les baies qui se trouvaient par terre.

Ses deux parents regardèrent les petits fruits, puis ils relevèrent les yeux et les plantèrent à nouveau sur la brune qui n'avait pas bougé. Ils la dévisagèrent sans dire un mot, et ce fut donc elle qui prit finalement la parole pour s'expliquer :

- Ces baies sont toxiques. Si on en mange peu, elles rendent seulement malade, mais à forte dose, elles peuvent être mortelles.

Le couple resta muet. Ils continuèrent à la fixer sans dire un mot.

- Il faut pas manz'er les z'aunes, répéta Lucy, pensant visiblement que ses parents n'avaient pas compris étant donné leur absence de réaction.

Ils regardèrent leur fille avec de grands yeux et celle-ci leur rendit leur regard avant de sourire de toutes ses dents, comme pour leur montrer que tout allait bien et qu'ils n'avaient rien à craindre. Les parents semblèrent enfin sortir de leur torpeur et osèrent finalement poser les yeux sur la Commandante.

- Merci, souffla timidement la femme, rapidement imitée par son mari.

- Je vous en prie, vous n'avez pas à me remercier. Mais faites attention. Surveillez-la bien et ne lui laissez pas manger quoi que ce soit. Nous vous apprendrons ce qui est comestible et ce qui ne l'est pas, mais en attendant, ne prenez pas de risques inutiles.

Les deux parents approuvèrent par un hochement de tête. Lucy s'agita soudain dans les bras de son père, à tel point qu'elle faillit tomber. Une fois qu'elle fut face à la Native, elle la dévisagea longuement avant de demander :

- Comment tu t'appelles toi ?

- Lucy ! la réprimanda son père. On ne tutoie pas les inconnus.

- Mais si z'e sais comment elle s'appelle, elle sera plus une inconnue.

La brune ne put retenir un sourire en voyant quel répondant avait déjà la petite fille alors qu'elle était si jeune.

- Il n'y a aucun problème, elle peut me tutoyer, assura-t-elle.

- Tu vois ! argua la petite rousse avant de se tourner à nouveau vers la guerrière. Comment tu t'appelles alors ?

- Lexa.

L'enfant fit la moue et fronça les sourcils.

- Less'a ? C'est bizarre.

- Lucy est un prénom bizarre pour moi aussi.

- C'est pas bizarre ! s'indigna la petite fille.

La Native ne se laissa pas aller à rire bien qu'elle en ait eu envie, mais elle s'autorisa tout de même un sourire amusé. Elle se tourna ensuite vers la mère :

- Le rythme vous convient ? Votre fille arrive à suivre ?

La femme sembla surprise par cette question. De toute évidence, le fait que Lexa se préoccupe de cela l'étonnait. Néanmoins, elle se ressaisit et répondit :

- Elle ne marche pas beaucoup. La plupart du temps, mon mari et moi nous relayons pour la porter.

- Nous n'allons pas trop vite ? Plus vite nous arriverons à destination, plus vite nous serons en sécurité, mais malgré tout, nous pouvons ralentir ou faire des pauses plus fréquentes si vous en avez besoin.

Son interlocutrice sembla cette fois encore plus surprise.

- Non, répondit-elle avec une certaine hésitation. Le rythme est tout à fait correct, aucun problème.

- Bien, répondit la Commandante d'un ton redevenu sérieux et ferme depuis qu'elle ne s'adressait plus à l'enfant. Je vais m'assurer que les autres enfants arrivent à suivre. Si vous avez le moindre problème ou besoin de quelque chose, n'hésitez pas à le faire savoir à l'un de mes hommes, ils parlent tous anglais. Ils ne sont pas très engageants, mais ils me feront parvenir l'information.

La mère ne répondit que par un hochement de tête, encore médusée par ce qu'elle venait d'entendre.

Sans plus tarder et sans ajouter quoi que ce soit, la Commandante tourna les talons pour aller voir les autres familles.

Elle n'avait fait que quelques pas lorsqu'elle s'arrêta.

- Less'a !

La brune fit volte-face et vit alors que Lucy était en train d'agiter le bras au-dessus de sa tête pour lui dire au revoir. Elle ne put réfréner un sourire face à cette marque d'affection, aussi simple soit-elle. Après une seconde d'hésitation, elle lui rendit son signe de main, avec plus de discrétion toutefois. Elle ne partit que lorsque la petite fille ne la regarda plus et que ses parents s'éloignèrent avec elle.

Un peu plus loin, sans qu'elle s'en soit aperçue, Marcus l'observait. Les bras croisés, il avait assisté à toute la scène, et quand il vit Lexa saluer l'enfant avant de retourner à ses occupations, un sourire se dessina sur son visage.

- Clexa -

La lune s'était à nouveau levée au-dessus de la montagne, suivant inlassablement son cycle sans jamais côtoyer le soleil, et la nuit faisait chuter les températures déjà basses en journée. Par chance, il faisait chaud à l'intérieur du bunker, et Lincoln avait rejoint Ton DC depuis plusieurs heures déjà, accompagné par Jasper qui l'y avait conduit.

La majeure partie du groupe dormait, y compris Clarke et Abby. Elles s'étaient relayées toute la journée pour assurer la surveillance de Bellamy et il était maintenant temps pour elles de s'accorder un repos bien mérité. En leur absence, c'était donc les autres personnes restées au Mont Weather avec elles qui les remplaçaient et restaient avec le jeune homme par binôme à tour de rôle.

Nathan et Monty avaient pris le premier créneau avant que Raven et Jasper prennent la relève, puis ils avaient eux-mêmes étaient remplacés par Harper et Zoe qui étaient maintenant avec Bellamy depuis un peu plus d'une heure.

Lorsque la nuit était tombée, le Faucheur avait semblé s'éveiller, comme si son rythme nycthéméral avait été inversé sous les effets de la drogue qui lui avait été injectée. Il était agité en journée, mais cette agitation était futile comparée au déchaînement de colère auquel il s'adonnait à cet instant. Ceci avait l'avantage de garder éveillés ceux qui devaient le surveiller, mais c'était également fatigant et angoissant. Les deux jeunes filles avaient toutefois fini par s'y habituer et à présent, les cris que poussait leur ami faisaient partie du paysage sonore pour elles.

Il était difficile de parler à cause du bruit que Bellamy faisait, aussi bien en luttant contre ses liens qu'en hurlant comme un animal, aussi avaient-elles rapidement abandonné l'idée de discuter pour passer le temps. Ainsi, elles se contentaient d'attendre sans faire quoi que ce soit.

Après ce qui avait paru durer une éternité, Bellamy cessa tout à coup de se débattre et de grogner comme il le faisait jusqu'à présent. Les deux adolescentes auraient presque pu pousser un soupir de soulagement si ce calme soudain n'avait pas été si préoccupant. Toutes les deux inquiètes, elles se levèrent des chaises où elles étaient assises. Harper s'approcha rapidement de leur ami et vit alors qu'il semblait inconscient. Après avoir vérifié son pouls, elle se tourna vers Zoe avec une expression affolée.

- Appelle tout de suite Abby et Clarke, il ne respire plus !

Sans perdre une seconde, l'autre jeune fille s'empara de son talkie-walkie et fit ce qu'elle lui demandait.

Pendant ce temps, Harper commença à détacher les liens qui entravaient Bellamy au niveau du cou. Elle craignait qu'ils ne soient trop serrés et qu'en s'agitant, son ami ait fini par s'étouffer d'une façon ou d'une autre. Si son idée aurait pu paraître bonne et son intention louable, elle regretta tout de même rapidement son geste.

Dès qu'elle eut défait l'entrave, le Faucheur ouvrit brusquement les yeux. Ses deux iris sombres se plantèrent dans les siens et la laissèrent pétrifiée. Même si elle n'avait pas été ainsi paralysée par la surprise et la peur, la jeune fille n'aurait rien pu faire. Avec une vitesse surnaturelle et sans même pouvoir se servir de ses mains qui étaient toujours attachées, le brun se redressa autant qu'il le put avec le peu de liberté de mouvement qu'il venait d'obtenir et alors, il mordit l'avant-bras de Harper qui se trouvait non loin de son visage. Celle-ci sentit ses dents s'enfoncer profondément dans sa chair et poussa un cri déchirant.

Zoe, qui avait déjà tourné la tête vers elle en entendant une soudaine agitation, sursauta en l'entendant crier ainsi. Elle écarquilla les yeux, figée sur place par la scène surréelle à laquelle elle assistait.

# Zoe ? Qu'est-ce qui se passe ?

Ce fut cet appel de Clarke provenant du talkie-walkie qui ramena la jeune fille à la réalité.

Elle lâcha immédiatement l'appareil qui s'écrasa au sol sans qu'elle y prête la moindre intention.

Son premier réflexe fut de porter la main à son fusil d'assaut, mais elle réalisa aussitôt qu'elle ne pouvait pas se servir d'une telle arme contre Bellamy. Elle s'approcha et tenta de lui faire lâcher prise en lui desserrant les mâchoires, mais il semblait que plus elle insistait, plus le jeune homme raffermissait sa prise sur sa proie. Les cris de Harper se faisait de plus en plus forts et elle poussa un véritablement hurlement quand elle sentit les dents de son agresseur atteindre son os.

A cours d'autres alternatives, Zoe opta pour une solution radicale.

Bellamy était dans un tel état de rage et d'agitation qu'elle n'eut aucun mal à repérer l'endroit exact où passait sa carotide qui palpitait à un rythme effréné. Elle lâcha la prise qu'elle avait sur sa mâchoire et plaça son pouce à cet endroit avant d'y exercer une forte pression d'un coup sec.

Sans doute instinctivement et sachant qu'il perdrait connaissance d'une seconde à l'autre, Bellamy se résigna. Toutefois, il n'abandonna pas la bataille sans avoir arraché un bout de chair à sa victime. Harper poussa un nouveau hurlement. Elle recula vivement et, aussi bien sous le coup de la douleur que de la précipitation, elle trébucha et tomba en arrière. Etendue au sol, son bras ramené contre elle et sa main plaqué sur sa blessure, elle continuait à laisser échapper des plaintes tandis que ses traits étaient déformés par une grimace.

Le Faucheur s'évanouit un instant après avoir lâché prise. Il retomba lourdement sur la table où il était attaché et alors Zoe retira immédiatement sa main avant de s'éloigner sans perdre de temps.

Ce furent les gémissements de douleur de son amie qui la firent réagir. Elle tourna la tête vers elle et découvrit alors avec horreur que sa blessure saignait abondamment, bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Paniquée, elle la rejoignit immédiatement.

- Laisse-moi regarder, dit-elle d'une voix encore tremblante après ce qu'elle venait de vivre.

Harper accepta à contrecœur de retirer sa main et Zoe fut alors prise de haut-le-cœur. La chair était sanguinolente et déchiquetée à l'endroit où les dents du Faucheur s'étaient enfoncées. La plaie était impressionnante, mais l'adolescente fit de son mieux pour garder son sang-froid.

Elle jeta un regard autour d'elle et repéra rapidement le talkie-walkie qu'elle avait laissé tomber plus tôt. Elle s'en empara et constata que par chance, il n'avait pas été endommagé et fonctionnait toujours.

# Clarke ? Abby ? Vous me recevez ?

Elle n'obtint aucune réponse et paniqua alors davantage à l'idée de devoir laisser son amie seule pour aller les chercher elle-même. Mais seulement quelques secondes après, la porte de la cellule d'isolement s'ouvrit et la mère et la fille entrèrent précipitamment. Elles venaient de courir à en croire leur essoufflement.

Elles ouvrirent toutes les deux de grands yeux en découvrant la scène. Leurs regards se portèrent sur Bellamy, inconscient, le visage couvert de sang, et il ne leur fallut pas longtemps pour comprendre ce qu'il s'était passé. Sans avoir besoin d'échanger le moindre mot, chacune d'elles se dirigea vers l'un de leurs patients.

- Il est seulement inconscient, dit Zoe en voyant l'ancienne Chancelière vérifier le pouls du Faucheur. Je n'avais pas d'autre choix, se justifia-t-elle. Il refusait de lâcher Harper. Je ne pouvais pas le blesser, alors j'ai fait pression sur-

- Tu as bien fait, l'interrompit Abby d'un ton calme pour tenter au mieux de l'apaiser. Je vais m'occuper de lui, ne t'en fais pas.

Clarke ne put retenir une grimace en découvrant l'étendue des dégâts causés par la morsure. Cependant, elle sut garder la tête froide. Elle examina attentivement la plaie.

- Bellamy lui a arraché un bout de chair, indiqua Zoe à voix basse.

La blonde déglutit difficilement en entendant cela. Elle jeta un regard circulaire à la pièce et n'eut aucun mal à repérer ce qu'elle cherchait. Après avoir récupérer le morceau de chair et l'avoir rapidement inspecté, son air s'assombrit.

- C'est irrécupérable, soupira-t-elle.

Elle retourna auprès de Harper et observa à nouveau la plaie avant de se tourner vers sa mère.

- Il faut qu'on l'emmène à l'infirmerie pour s'occuper d'elle.

- Bellamy va bien visiblement, dit la chirurgienne. Zoe, tu vas rester ici pour le surveiller.

Bien que l'idée de devoir laisser son amie seule ne lui plaise pas, la jeune fille approuva d'un hochement de tête.

- Assure-toi qu'il continue à respirer correctement et préviens-nous s'il y a le moindre problème.

Sur ce, Abby et Clarke quittèrent la pièce pour accompagner Harper, dont les traits étaient toujours crispées par la douleur tandis qu'elle tenait contre elle son bras sommairement bandé avec un pan de tissu déchirés d'un vêtement.

Arrivée à l'infirmerie, la blessée fut immédiatement installée sur un lit. La mère et la fille apportèrent le matériel nécessaire au nettoyage de la plaie et ce fut Clarke qui s'en chargea.

Avec des gestes précis et un calme étonnant, la blonde rinça abondamment la blessure à l'eau. Elle vérifia à plusieurs reprises qu'aucun corps étranger ne restait, puis elle s'empara d'une bouteille d'alcool concentré. Harper se crispa immédiatement, mais elle ne dit rien.

- Ça va faire mal, mais c'est nécessaire.

Clarke appliqua de l'alcool sur une compresse et la plaqua sans plus attendre sur le bras de son amie qui étouffa alors un cri et serra les dents. Elle mordit son poing et ferma les yeux de toutes ses forces pour retenir les larmes qui menaçaient de couler et les plaintes qui tentaient à tout prix de s'échapper de sa gorge.

Quand le nettoyage et la désinfection furent terminés, Abby examina elle-même la plaie.

- On ne va pas recoudre, décida-t-elle finalement. Il vaut mieux laisser ouvert pour pouvoir surveiller l'évolution plus facilement.

Harper poussa un soupir, mais son soulagement fut de courte durée.

- Par contre, il va falloir que tu prennes des antibiotiques.

La chirurgienne s'éloigna et revint quelques secondes plus tard avec une seringue et un flacon. Dès qu'elle vit ce matériel, Harper blêmit. Son expression se décomposa et elle se crispa de façon notable.

- Ça va ? s'inquiéta Clarke en voyant sa réaction.

- C'est pas nécessaire, dit-elle en regardant la blonde tout en indiquant d'un mouvement de tête la seringue.

- Ça l'est, assura Abby. Le risque d'infection est particulièrement élevé en cas de morsure humaine. En plus, on ne sait pas où était Bellamy au cours des derniers jours, je doute que son hygiène bucco-dentaire ait été irréprochable.

Cette tentative de plaisanterie tomba à plat.

Harper était de plus en plus pâle et ses yeux ne quittaient maintenant plus la seringue que tenait la chirurgienne. Elle était figée, comme déconnectée de la réalité. Elle sursauta brutalement lorsque Clarke posa une main sur son épaule et tourna vivement la tête vers elle.

- Vous n'avez pas des cachets ou une pommade ?

- C'est tout ce qu'on a pour les antibiotiques, dit Abby.

- Je ne veux pas que vous me fassiez d'injection.

L'ancienne Chancelière fronça les sourcils.

- Je me rappelle t'avoir déjà fait plusieurs fois des piqûres sur l'Arche, et il n'y avait eu aucun problème.

- Je ne veux pas, répéta la jeune fille.

La panique était de plus en plus visible dans son regard et à travers son attitude. Elle commença à se gratter compulsivement l'intérieur du coude et son teint devint encore plus pâle alors que cela semblait impossible.

- Pas de piqûre, souffla-elle à voix basse avec un air absent.

- Harper ? appela son amie.

- Pas de piqûre. Pas ici. Je veux pas.

La jeune fille continuait ses gestes frénétiques et il ne faisait aucun doute que si elle ne s'arrêtait pas rapidement, elle allait s'entamer la peau et se gratter jusqu'au sang. Clarke l'interrompit et lui saisit les deux poignets pour l'empêcher de se blesser.

- Harper, stop. Arrête.

- Pas de piqûre.

- C'est pour ton bien.

Elle était au bord des larmes et une telle réaction laissa Clarke désemparée. Elle ne parvenait pas à expliquer ce subit changement d'attitude et à comprendre ce qui causait une telle peur des piqûres. Abby était tout aussi étonnée par ce comportement, mais elle préféra ne pas insister. Elle déposa la seringue et le flacon qu'elle tenait sur un plateau et le déplaça pour s'assurer que la blessée ne verrait plus le matériel médical qui semblait être la cause de sa panique.

Bientôt, la respiration de Harper devint laborieuse. Elle ne voyait plus la seringue et plus personne ne parlait de lui faire la moindre injection, et pourtant la peur inexpliquée qui s'était emparée d'elle ne semblait pas vouloir la quitter.

Abby craignait de comprendre d'où venait cet affolement. Toutefois, elle espérait se tromper, car si c'était bien ce qu'elle pensait, l'injection risquait d'être bien plus compliquée que prévu.

- Harper, calme-toi, tenta de l'apaiser la blonde.

- Ils vont nous emmener les uns après les autres. Ils ne s'arrêteront pas avant d'avoir eu ce qu'ils veulent.

L'ancienne Chancelière se crispa en voyant ses craintes confirmées.

- De quoi est-ce que tu parles ? demanda Clarke en fronçant les sourcils.

- Ils ont déjà pris Fox. Ils l'ont… Ils l'ont…

La blonde se figea en comprenant à quels événements elle faisait allusion et resta immobile, impuissante face à la détresse de son amie.

La voix de Harper lui échappait en même temps que son souffle. Elle avait de plus en plus de mal à respirer et il était maintenant évident qu'elle faisait une crise de panique. La simple vue d'une seringue avait suffi à la tétaniser et à la replonger dans les événements qu'elle avait vécus plusieurs mois auparavant et qui l'avaient laissée traumatisée.

Abby, qui avait compris plus tôt que sa fille de quoi il était question, bouscula cette dernière. L'adolescente ne s'en offusqua pas et s'écarta même pour lui laisser sa place face à la blessée. La chirurgienne se campa devant la jeune fille et s'accroupit en posant ses mains sur ses genoux.

- Harper, regarde-moi.

L'intéressée garda les yeux perdus dans le vague tandis qu'elle marmonnait des paroles inintelligibles.

- Harper.

Cette fois, Abby prit les mains de l'adolescente dans les siennes et les serra doucement pour attirer son attention. La jeune fille sursauta et ses yeux trouvèrent immédiatement les siens. La chirurgienne sentit son cœur se serrer en lisant dans ses iris une terreur qu'elle n'y avait jamais vue.

- Tu es en sécurité. Tu n'as rien à craindre.

Harper resta muette tandis que son regard ne cessait de faire l'aller-retour entre chacun des yeux d'Abby.

- Je sais de quoi tu as peur. Mais ceux qui t'ont fait ça ne sont plus là maintenant. Ils sont morts, ils ne pourront plus jamais te faire de mal.

La jeune fille ne disait rien et les symptômes de sa crise d'angoisse ne semblaient pas s'apaiser.

Il fallut de longues minutes, beaucoup de patience et de sang-froid, ainsi que le calme olympien et le professionnalisme propres à Abby pour finalement parvenir à retrouver un semblant de lucidité chez Harper. Ce genre de peur pouvait paraître absurde et irraisonné pour certains, mais il n'en était pas moins bien réel et extrêmement difficile, voire impossible à maîtriser.

Après une demi-heure, bien que toujours mal à l'aise et sur ses gardes, la blessée accepta de coopérer. Néanmoins, dès que la chirurgienne prit à nouveau la seringue en main, sa panique ressurgit et la tétanisa. Sa respiration, qu'elle était parvenue à maîtriser tant bien que mal, s'emballa à nouveau.

- Non, je peux pas. Je suis désolée, je peux pas.

Clarke et sa mère échangèrent un regard soucieux. Cette injection était nécessaire, sans quoi la probabilité que l'adolescente développe une infection serait beaucoup plus élevée, et c'était un risque qu'aucune d'elles ne voulait prendre. Elles avaient déjà bien assez de problèmes à gérer sans avoir besoin qu'un autre vienne s'ajouter.

Harper était parvenue à retenir ses larmes quelques minutes plus tôt, mais elle en fut cette fois incapable. Face à cette perte totale de moyen, Clarke vint s'asseoir à côté d'elle. Elle avait l'intention de la prendre par les épaules pour la réconforter et la calmer du mieux qu'elle pouvait, mais à la seconde où elle ouvrit les bras, son amie s'y réfugia. D'abord prise au dépourvu, la blonde se ressaisit rapidement et l'entoura d'une étreinte protectrice.

A nouveau, il fallut un certain temps pour que Harper soit un peu plus calme et que ses larmes cessent de couler. Elle sanglotait maintenant plus qu'elle ne pleurait, mais pour autant, elle ne faisait pas signe de vouloir lâcher son amie. Sachant qu'il aurait été inutile et surtout cruel de l'obliger à le faire, Clarke resta dans la même position. Elle faisait des cercles dans le dos de la jeune fille avec sa main pour essayer au mieux de l'apaiser et pour l'instant, ceci semblait efficace.

Après un moment, elle fit un discret signe de tête à sa mère qui s'approcha et parla d'une voix douce :

- Donne-moi ton bras quand tu seras prête.

Ces simples mots suffirent pour que les bras de Harper se resserrent soudainement autour de Clarke, comme si elle avait peur qu'elle disparaisse tout à coup et l'abandonne.

- Je reste avec toi, la rassura la blonde.

- Quand tu seras prête, répéta Abby. Pas avant.

L'adolescente ne répondit pas mais hocha la tête.

La chirurgienne attendit patiemment jusqu'à ce que Harper libère finalement son bras blessé. Elle avait tâché de sang les vêtements de Clarke, mais cette dernière, même si elle s'en doutait, n'y prêtait aucune importance.

Non sans hésitation, elle tendit lentement le bras vers l'ancienne Chancelière. Celle-ci eut beau le saisir aussi délicatement que possible, sa patiente se crispa tout de même dès qu'elle la toucha. Toutefois, elle ne se déroba pas à son contact.

Avec toutes les précautions du monde, Abby approcha lentement la seringue. Harper ne regardait pas, mais elle tourna tout de même la tête dans la direction opposée pour ne surtout pas voir ce qu'elle faisait. Elle laissa échapper un cri apeuré au moment où l'aiguille pénétra sa peau et alors Clarke la serra plus fort contre elle.

L'injection fut terminée en quelques secondes et Harper put alors respirer normalement après avoir retenu son souffle pendant tout le temps qu'avait duré l'opération. Elle se détendit brusquement lorsque la chirurgienne s'éloigna d'elle et une nouvelle larme roula sur sa joue, une larme de soulagement cette fois.

- Voilà, c'est terminé.

Tout en parlant, Abby s'empressa de ranger le matériel dont elle venait de se servir pour ne pas déclencher de nouvelle crise de panique chez la jeune fille.

- Je vais te mettre un bandage et tu pourras aller dormir. Après tout ce qu'il s'est passé, tu as besoin de repos.

Toujours silencieuse, Harper acquiesça seulement d'un hochement de tête.

Quelques minutes plus tard, elles quittaient toutes les trois l'infirmerie, Abby pour aller vérifier que Bellamy allait bien, Harper pour aller se coucher et Clarke… Clarke ne savait à vrai dire pas ce qu'elle allait faire.

La blonde prit la direction de l'appartement qu'elle partageait avec certains de ses amis, mais dès qu'elle fut seule dans les couloirs lugubres du bunker, son itinéraire changea. Sans qu'elle s'en aperçoive, ses pieds la portèrent jusqu'à l'endroit qu'elle avait quitté le matin même. Elle ne tenta pas d'en changer et se laissa aller.

Arrivée à destination, elle alla directement dans la chambre. Avec des gestes mécaniques, comme dirigée par un système de pilotage automatique, elle s'allongea sur le lit. Elle ne prit pas la peine de se mettre sous les draps et s'étendit plutôt sur ceux-ci avant de les serrer dans ses mains et contre elle, comme un enfant aurait tenu sa peluche préférée. Elle inspira profondément et put alors sentir l'odeur qui persistait encore sur le tissu et qu'elle était venue chercher sans le savoir. Ainsi recroquevillée sur elle-même, elle se cala confortablement et ne bougea plus.

Elle se sentait épuisée, vidée de toute force, aussi bien physiquement que mentalement, et pourtant elle savait qu'elle ne parviendrait pas à trouver le sommeil. La culpabilité l'accablait une fois de plus et ne lui laisserait aucun repos.

Lexa aurait su trouver les mots justes. Elle n'aurait pas pu faire disparaître son mal-être – personne ne le pouvait – mais elle aurait su comment apaiser sa souffrance, au moins pour quelques instants.

Mais Lexa n'était pas là.

Lexa n'était pas là et lui manquait.


Et oui, une fois encore voilà nos deux petites chouchoutes séparées... Je sais, ça ne vous plaît pas, mais il faut bien que leur relation soit un peu mise à l'épreuve. Mais dites-vous qu'elles auraient pu se quitter en plus mauvais termes vu ce qu'il s'est passé dans le dernier chapitre où j'ai joué avec vos nerfs :P

J'espère que ce chapitre vous aura plu ! La conversation que beaucoup d'entre vous attendaient a finalement eu lieu et maintenant ça y est, Abby sait officiellement que Clarke et Lexa sont ensemble. Bon ok, la discussion aurait pu mieux se passer... Mais tout comme pour le Clexa, vous avez déjà pu constater à plusieurs reprises qu'avec moi, les rapports entre Clarke et Abby sont très tumultueux.

Manon33 : Toi qui voulais de l'action, il n'y en a pas vraiment eu... Mais je vais me rattraper avec le prochain chapitre ;) J'espère que l'attente n'aura ps été trop longue et que tu ne seras pas déçue par ce chapitre qui a demandé deux semaines de patience. Merci pour ta review ! :D

Peu d'action dans ce chapitre, pour ainsi dire presque pas à part un petit peu à la fin, mais ne vous en faites pas, dans le prochain il y en aura plus ;)

A bientôt les Louchettes :)