Bonsoir à tous! Je vous laisse sur ce chapitre qui, j'espère, vous plaira. Il est un peu plus long que les précédents. Pour me faire pardonner :) à très vite. Lou de Peyrac.
Chapitre 27:
Le vent se suicide avec puissance au creux des voiles. Le bateau vogue, tanguant au rythme des vagues. Briak sourit en tenant fermement la barre, ses long cheveux se soulevant sous la brise océane. Sur ce bateau, l'homme se plait à penser qu'il ne peut rien lui arriver, qu'il devient maître de tout un monde qui n'a pour limite que l'infinie. Près de lui, Anna ferme les yeux en sentant la chaleur du soleil lui caresser le visage. Cela fait déjà plusieurs jours qu'ils naviguent et le temps paraît s'étirer sur cet océan. L'eau se fracasse sur la coque du navire, venant mourir en un bruit assourdissant mais envoûtant. La lumière se reflète à la surface de l'eau, la rendant transcendante. Le ciel est bleu, pas un nuage à l'horizon. Olaf ne se lasse pas regarder les mouettes qui volent au dessus de sa tête, se persuadant qu'elles comprennent ce qu'il leur raconte. En ce début d'après-midi tout laisse à penser qu'une douce sérénité protège ce bateau.
L'émerveillement de la pauvre Mak s'était bien vite dissout quand elle fut prise d'un violent mal de mer à peine quelques heures après leur départ. Depuis ce moment là, la louve avait délaissé ses acrobaties au milieu des haubans pour se pencher perpétuellement au dessus de l'eau, éternellement malade. La gamine avait maladroitement tenté de manger, mais son estomac n'avait pas l'air d'en avoir décidé ainsi. Elsa lui avait conseillé avec compassion de s'allonger sur le ventre, mais rien y faisait, les nausées ne voulaient pas s'atténuer. Briak lui avait même préparé un remède de la tribu des loups, quelques chose d'infecte mais d'apparemment miraculeux. La louve avec grimacé en buvant la mixture, maudissant son ami au passage, espérant que ça la soulage un peu en compensation du goût bien trop amer. Mais la pauvre gosse avait souffert pour rien, cela n'avait été qu'un échec cuisant.
Au bout du troisième jour, Mak avait alors trouvé judicieux de rester ainsi pencher sur la rambarde du pont en n'ouvrant les yeux que pour fixer un point qui ne bouge pas. C'est ainsi que s'écoulaient ses journées. Le soir, elle s'endormait même comme ça, trop fatiguée d'avoir supporté ces maudites nausées tout au long de la journée sous un soleil écrasant. La maladie oblige, elle en devenait insupportable, envoyant balader le premier qui osait venir lui parler. Même les câlins attendrissants d'Olaf n'y faisaient rien. La louve voulait rester seule, ne sachant pas si elle devait se jeter par dessus bord, ou lutter encore contre son envie de vomir. À de nombreuses reprises, chacun de ses amis avaient tenté de la soulager un peu. Soit par une belle histoire de la part d'Anna, soit par une bonne blague offerte par Briak. Mais tous se rendaient bien compte que la louve n'était ni d'humeur à rire, ni à s'émerveiller. La plupart du temps, elle se contentait de les flinguer d'un regard assassin. Ils s'en allaient donc, précisant que si elle en ressentait le besoin, ils étaient là.
Les rares fois où elle parlait, elle balançait simplement quelques insultes plus vulgaires les unes que les autres pour faire comprendre à l'océan que, même s'ils n'étaient pas copains, ce n'était pas une raison pour la faire souffrir à ce point. Le plus souvent prise de rage, la louve frappait le bois du bateau d'un poing colérique, laissant un marque sur la rambarde, n'étant pas consciente de sa force.
Étrangement, la seule personne à ne pas avoir subit la colère de Mak était Elsa. Toute la journée, la reine se contentait d'observer tristement son loup et son malaise. Elle ne se risquait pas à lui parler, sachant qu'elle n'allait réussir qu'à s'attirer ses foudres. Pourtant, quand elle jugeait que le soleil devenait trop dangereux, plusieurs fois dans la journée, elle s'approchait de son loup, et toujours silencieusement, passait une main froide sur sa nuque brûlante, tentant de lui éviter une insolation.
Mak se laissait faire, appréciant que la reine ne lui parle pas et la laisse en paix, ne venant que pour apaiser son mal-être. À chaque fois, la louve soupirait d'aise en sentant une délicieuse vague de froid parcourir son corps, rendant les nausées presque supportable. Ainsi, Mak finissait par s'endormir, la joue écrasée contre le bois poncé de la rambarde, rattrapant le sommeil qu'elle ne parvenait pas à trouver la nuit.
Quand le jour déclinait, Elsa la soulevait d'une force qu'elle ne se connaissait pas pour l'allonger dans la cale du navire, sur un lit improvisé. Mak se laissait faire, aidée par quelques sédatifs que Briak préparait, murmurait quelques mots incompréhensibles, se réveillait en sursaut, remontait sur le pont, et répétait ce schémas à maintes et maintes reprises.
Ce quotidien durait depuis maintenant quatre jours, et autant dire que la louve n'en pouvait plus. Elsa, assise sur les marche qui menait à la barre, l'observait en fronçant les sourcils, priant les dieux pour qu'ils arrivent vite, se disant que son loup ne tiendrait pas longtemps si cette situation continuait.
La reine leva les yeux vers Briak.
- On est presque arrivé?
Demanda-t-elle, espérant recevoir une réponse positif. Briak grimaça en lui faisant comprendre que le trajet allait encore être long. Elle soupira en voyant Mak s'énerver toute seule, criant à l'océan:
- Je suis un loup! Je cours dans les forêts, je n'ai rien à faire ici!
Sur son front, Elsa pouvait, avec regret, voir des gouttes de sueurs perler pour venir lui piquer la yeux. Son corps, tendu et épuisé, tremblait sous la colère. Sa peau avait rougit à force d'être restée sous ce soleil cuisant. Il était évident qu'elle avait perdu du poids. Son visage s'était affiné, et quand elle se baissait, la reine pouvait très clairement voir sa colonne vertébrale apparaître. La reine avait bien tenté de la faire manger, mais étant donné qu'elle ne gardait rien, cela devenait plus une souffrance qu'une survie. Le temps s'écoulait ainsi.
En fin de journée, le soleil déclina lentement pour le plus grand bonheur de Mak, qui semblait un peu plus apaisée. Lentement la nuit commençait à tomber, et l'air s'était rafraichit, rendant le mal de mer quelque peu supportable. Déglinguée, la louve n'avait même pas pu apprécier la vision du coucher de soleil, qu'elle s'était endormie, comme à chaque fois, la tête posée sur la rambarde, un bras suspendu par dessus bord, dans une position des plus inconfortables. Mon pauvre amour, tu vas finir par te casser quelque chose...pensa Elsa en soupirant.
La reine se leva, s'approcha silencieusement de son loup et, passant un bras dans son dos et l'autre à la commissure de ses genoux, la souleva lentement. Mak entrouvrit un œil vitreux.
- Je ne supporte plus ce bateau…Demain, je vous jure que je plonge dans les bras d'une sirène.
Murmura-t-elle. Elsa baissa les yeux, sourit tristement en voyant qu'elle n'avait au moins pas perdu son humour, puis répondit:
- Allons ne dit pas de bêtise, je ne laisserais jamais un telle chose arriver. Et puis, une femme qui chante à longueur de journée? Tu ne supporterais pas ça.
Mak ferma les yeux en souriant paresseusement, puis déclara en haussant les épaules:
- Vous dîtes ça parce que vous êtes jalouse, je le sais. J'imagine que je vais devoir me contenter de vous. Remarque, je suis sûre que vous n'avez rien à envier à une sirène.
Elsa sourit en arquant un sourcil. Toi et ton charme perpétuel.
- Je vais prendre ça comme un compliment.
Pour seule réponse, Mak rit à peine d'une voix grave.
Au fond d'elle, Elsa savait que toutes ces belles paroles teintées de cynisme n'étaient que le fruit de l'état lamentable de son loup. Mais quelque part, elle avait envie d'y croire. Il était étrange de voir qu'à chaque fois qu'il était faible, il semblait revenir perpétuellement vers elle. Mak sentait qu'elle pouvait trouver réconfort dans ses bras, ce n'était déjà pas si mal.
Briak ne put s'empêcher de sourire en voyant la scène qui se déroulait devant ses yeux. Il donna un coup de coude à Anna, se pencha à son oreille, et murmura:
- Je crois que ça flirt sévère.
Anna porta attention à sa sœur, et remarqua son sourire attendrit, ainsi que celui charmeur de Mak. Un rire s'échappa de la gorge de la princesse. Elle déclara malicieusement:
- Il faut croire que le mal de mer n'a pas que des mauvais cotés. On va leur donner un petit coup de pouce. Elsa?
Appela-t-elle. La reine lui offrit un regard. Anna reprit:
- Allez vous coucher. On se charge du premier tour de garde.
Elsa plissa les yeux, consciente que sa sœur mijotait quelque chose.
- Tu es sûre?
- Bien sûre. Briak ne se lasse pas de conduire ce bateau.
Assura la princesse en souriant toujours plus.
Briak hocha énergiquement la tête. Elsa baissa les yeux sur son loup qui l'observait d'un œil épuisé. Enfin, elle hocha de la tête et se dirigea d'un pas lent vers la cale, Mak pratiquement endormie au creux de ses bras.
Anna et Briak se jetèrent un regard complice, essayant de ne pas trop sourire. Mais quand la reine eut fermé la porte derrière elle, le loup demanda en chuchotant:
- Tu crois qu'elles vont…?
Pour seul réponse, Anna lui envoya un coup de coude dans les cottes.
- Ça ne nous regarde pas!
Briak soupira.
- Rabat-joie…
Elsa déposa religieusement Mak sur d'épaisses couvertures. La louve semblait s'être endormie mais, comme souvent, parlait dans son sommeil, murmurant quelques mots. La reine s'allongea près d'elle, espérant se reposer un peu. Il est vrai que cette virée sur l'eau ne l'enchantait pas plus que ça, et que la peur d'un naufrage avait du mal à quitter son esprit. Mais trouver le sommeil était une réelle mission impossible. Mak, à plusieurs reprises, appela son père, le suppliant de revenir. Elsa savait bien qu'il lui manquait. Même si Mordok n'avait toujours été qu'un salaud, la gosse en gardait un bon souvenir. La surprise frappa donc la reine quand Mak murmura:
- Pourquoi tu me fais ça…
Elsa fronça les sourcils, se redressant sur un coude, observant son loup avec inquiétude.
- Je ne te demande pas de comprendre. Je l'aime…
Le corps de la louve s'agita de spasmes. Sa mâchoire se contracta, et Elsa put l'entendre grincer des dents.
- Je ne fais rien de mal…
Assura Mak, les dents serrées.
- Non, tu n'as rien fais de mal.
Murmura Elsa, espérant la sortir de cette idée.
Mak grogna pour réponse, serrant les poings, cognant presque le sol. La reine posa une main sur son front en chuchotant:
- Calme toi. Ce n'est qu'un cauchemar. Tout va…
Elsa n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'un vertige la parcouru.
La reine reprit difficilement connaissance. Sa tête lui faisait mal et ses yeux peinaient à s'ouvrir. Pourtant, elle se redressa, et fut plus que surprise de ne pas trouver Mak à ses cotés. La panique se lut soudain dans son regard. Elle se leva rapidement, et observa tout autour d'elle. Ses yeux s'écarquillèrent quand elle remarqua qu'elle n'était plus sur le bateau, mais sur la terre ferme, et même sur la terre des loups qu'elle reconnut immédiatement. Le village semblait être le même et à la fois, paraissait différent.
Où étaient ses amis? Où était Mak? Aux dernière nouvelles, elle était en train de tenter de la sortir d'un cauchemar. Comment s'était-elle retrouvée ici? Elle ne s'était jamais connu un quelconque pouvoir de téléportation. Elle n'avait pas pu faire ça. Elle resta bête encore un instant, puis un bruit sourd attira son attention. Elle entama une marche vers le centre du village d'où le son semblait provenir. Sur son passage, elle remarqua que plusieurs loups qu'elle ne connaissait pas, courraient précipitamment vers cette direction. Elle pressa le pas.
Elle arriva essoufflée sur la place publique du village où, habituellement, tous se rassemblaient pour partager une soirée conviviale au coin du feu.
Ici, une foule s'entassait, semblant vouloir regarder quelque chose. Elsa fronça les sourcils en se mettant sur la pointe des pieds, espérant trouver une meilleure vue sur ce qui se passait. Mais la foule était bien trop grande, la reine ne voyait rien. En dernier recours, elle s'approcha d'un loup inconnu, et lui demanda:
- Excusez-moi, qu'est-ce-qui se passe?
Le loup ne se tourna même pas vers elle, ne lui accordant aucune attention, gardant le regard rivé sur la place comme tous ses congénères.
- Eh! Vous m'entendez?
Retenta Elsa. Mais ce fut à nouveau un échec.
Vexée d'être ainsi ignorée, Elsa voulu poser une main sur l'épaule du loup. Son visage fut prit d'effroi quand elle vit sa main passer à travers l'épaule de l'inconnu. Elle observa une seconde sa main qui pourtant paraissait normal en se faisant lentement à l'idée qu'elle ne pouvait rien toucher, tel un fantôme. Prise de panique, elle tourna sur elle-même, criant, gesticulant, ressentant le besoin d'exister, mais personne ne semblait avoir conscience de sa présence.
Soudain, Elsa entendit un cri percer le vent. Sur tous les visages des loups, elle put voir horreur et angoisse. Certains avaient couvert leurs bouches de leurs mains pour ne pas crier. D'autres avait détourné le regard. D'autres encore s'étaient enfuit. Elsa se figea et arrêta de respirer. Ce cri. Elle connaissait ce cri. Elle l'avait déjà entendu. La même émotion, la même voix, le même déchirement.
- Mak…
Sans réfléchir une seconde de plus, elle s'élança à travers la foule, passant par les entrailles des corps, ne provoquant aucune hystérie puisque personne ne la voyait. La reine arrêta son pas quand elle tomba face à Mordok, de tout évidence plus jeune, et fou de rage. À ses pieds, Mak était enchaînée, et une plaie béante s'était creusée sur toute la longueur de son dos. Elsa observa la scène même si ces yeux lui ordonnaient le contraire. Mak était différente. De très longs cheveux tombaient sur ses épaules et, hors mit la blessure, son dos était intact. Elle reconnut aussi Malek, qui, dans les bras puissants de Briak, tentait de se débattre en hurlant:
- Elle ne mérite pas ça! Bannit-la, mais ne lui impose pas ça!
- Tait-toi, il va te faire descendre! On ne peut rien faire pour elle.
Chuchotait Briak à son oreille, conscients que ni l'un ni l'autre ne pouvait sauver la petite.
Fier et droit, Mordok ne semblait pas se formaliser des dires de l'ancêtre, et hurlait simplement en crachant au visage de sa fille:
- Tu te rends compte de ce que tu as fais! Tu déshonores les loups et toute la lignée du loup blanc, sale bâtard!
Elsa avança d'un pas, prête à répliquer, oubliant bien vite que personne ne remarquait sa présence, mais fut coupée quand son loup murmura:
- Pourquoi tu me fais ça? Je ne te demande pas de comprendre...Je l'aime. Je ne fais rien de mal.
La vérité percuta soudain Elsa.
- Je suis dans ton cauchemar…
Souffla-t-elle sans oser trop y croire.
Des larmes s'immiscèrent dans les yeux de la reine. Elle passa une main sur son visage en tentant de reprendre une respiration normale.
- Depuis notre rencontre, tes cauchemars te ramenaient donc perpétuellement à ce jour où ton père t'a chassée...Tu n'as jamais voulu en parler.
Dit-elle alors qu'une larme solitaire vint mourir sur sa joue.
Tremblante, elle s'approcha de Mak, observant sa jeunesse, admirant cette chevelure qu'elle ne lui connaissait pas.
Comme tous les autres, la louve ne la voyait pas et se contentait de fixer le sol. Ses yeux avaient perdu leur éternelle brillance et ses dents étaient si serrée que la reine cru que sa mâchoire allait lâcher.
Elsa tenta de poser une main sur sa nuque, mais encore une fois, la main ne rencontra que du vide. La souveraine se sentait impuissante de ne pas pouvoir la sauver, d'être incapable de lui empêcher cette torture. Elle voulait tant la caresser, la détacher et l'emmener aussi loin que possible de ce monstre qui, elle le savait, aujourd'hui, lui causerait des blessures qui n'allaient jamais guérir.
- Tondez-la!
Tonna Mordok. Mak grimaça en entendant l'ordre, comprenant ce que cela impliquait. Un loup s'approcha, une paire de ciseaux en main. Il s'agenouilla près de Mak, lui lança un regard d'une infinie tendresse, et murmura tout près de son oreille:
- Je suis désolée, Princesse.
Mak ne répondit pas, garda son regard au sol, bien trop faible pour affronter quoi que ce soit.
- Ne la touchez pas!
Cria Elsa en tentant de repousser le loup, mais sa voix s'évanouit dans une indifférence totale.
Le loup empoigna les longues mèches d'un coté du crâne de Mak, et d'un coup sec, les coupa en essayant de ne pas hésiter.
Elsa voulu rattraper la mèche qui tombait sur le sol, mais encore une fois, se souvint bien vite que dans ce monde là, elle n'avait pas sa place quand celle-ci traversa son épiderme.
Mordok grogna en levant le bras. Mak ferma les yeux, se déformant le visage, attendant le coup. Elsa se dressa entre elle et l'objet de sa torture, désirant le geler avant qu'il ne la touche, mais l'arme traversa son corps. Le fouet s'abattit une nouvelle fois sur son dos la faisant hurler. Elsa ferma les yeux, se boucha les oreilles. Elle ne voulait plus voir ça. Elle ne voulait plus entendre ça. Elle connaissait chaque cicatrice par coeur. Elle savait que la torture de son loup était loin d'être finie et elle ne voulait pas y assister.
Mak se laissa tomber sur le sol. Son père ne lui avait infligé que deux coups, mais son corps d'adolescente n'en pouvait déjà plus.
- Tu n'es plus un loup! Tu n'es plus ma fille!
Hurlait Mordok en s'en casser la voix.
Tous les loups peinaient à regarder la scène. Certains vomissaient même derrière les huttes. Ils connaissaient cette gosse. Ils l'avaient vu grandir. Ils l'appréciaient tous sincèrement. Chaque coeur se fendait sous cette vision en comprenant que la gamine, n'avait finalement que commit le crime d'aimer.
Encore une fois, Mordok leva le bras. Encore une fois, Mak ferma les yeux, attendant sa sentence. Elsa ne pouvait plus le supporter. La reine s'agenouilla face à son loup, et ordonna rapidement:
- Mak! Réveille toi! C'est un cauchemar, rien qu'un cauchemar. Ne te forces pas à revivre ça, je t'en pris!
Mais Mak n'entendait pas. Et Mak hurla encore, quand le fouet vint lui écorcher la peau. Suite à ça, une rafale de coups de sangles en cuir mordirent le corps frêle.
Cette fois, Elsa ne les compta pas. La reine en était bien incapable. Tout ce qu'elle put faire, fut de pleurer en regardant le visage de la louve déformé, enlaidit par la douleur qu'elle subissait, grimaçant à chaque fois que le son cinglant du fouet claquait.
- Aujourd'hui était un bon jour pour une punition.
Murmura Mordok en laissant le fouet tomber à ses pieds.
Mak écrasa son visage sur la terre, hurlant, pleurant, peinant à reprendre son souffle, s'étouffant avec quelques grains de sable par moment.
Un silence parcouru le village. Aucun loups ne fit un geste. Briak et Malek baissaient les yeux, conscients qu'ils n'avaient pas été à la hauteur, conscients qu'ils n'avaient pas eu le choix.
Mordok se retourna en jetant un dernier regard méprisant sur sa fille, puis s'enferma dans sa hutte en ordonnant:
- Enfermez-la! Et je vous interdit de panser ses plaies! Je veux qu'elle se souvienne de moi et de son erreur à chaque fois qu'elle se regardera dans un miroir.
Tous restèrent immobiles un moment. Après quelques secondes à écouter les sanglots de Mak, Malek s'approcha lentement d'elle, se baissa, et posa une main douce sur son crâne dégarnit. La louve se dégagea rapidement du touché en grognant. L'ancêtre soupira:
- Tu veux qu'on te laisse pleurer...Je comprends. Sache que je suis désolé.
Maladroitement, l'homme retenta une caresse. Mak se dégagea encore une fois, criant sa colère sans parvenir à articuler un mot. Les épaules de Malek s'affaissèrent, il murmura:
- Bien, je te laisse tranquille...J'espère que tu pourras me pardonner…
Doucement, il enfouit une main dans sa poche, et en sortit un petit loup de bois qu'il déposa sur le sol, près du visage de l'enfant.
- Je voulais te l'offrir pour ton anniversaire...Je pense qu'il te sera d'un plus grand secours aujourd'hui.
Sans un mot de plus, il se releva et s'éloigna.
Le coeur d'Elsa se craquela quand elle vit, que d'une main tremblante, Mak attrapa le loup de bois pour le serrer contre sa poitrine. La reine s'allongea sur le ventre, près de son loup, son visage à seulement quelques centimètres du sien.
- J'aurais tellement aimé te rencontrer plus tôt…
Murmura-t-elle.
Mak, les yeux fermés, évidemment ne répondit pas, se contentant de serrer le loup aussi fort qu'elle le pouvait. Elsa approcha sa main de son visage, effleurant la peau, caressant les larmes, distillant la tristesse.
- Tout ceci est derrière toi. Reviens-moi mon loup. Laisse-moi te sauver.
La reine inspira en sentant le même vertige qu'un peu plus tôt l'envelopper.
Elsa ouvrit les yeux en se redressant violemment. Elle regarda autour d'elle et reconnut le bateau. Son esprit s'éveilla et vit Mak se redresser à son tour, le visage déconfit. La reine ne réfléchit pas une seconde, et attira le petit corps contre elle. Mak sembla réagir, et passa ses bras autour du cou d'Elsa, s'y accrochant comme si un précipice l'attendait si elle le lâchait.
La souveraine la serra aussi fort qu'elle le put contre son coeur, heureuse de pouvoir interagir avec son loup. Elle était sortit de cet effroyable cauchemar, enfin. Mak était secouée de nombreux sanglot et ne parvenait pas à se calmer, étouffant des cris contre la robe d'Elsa.
- J'ai eu si peur!
Elsa soupira. Mak était revenue, et aucune goutte de sang ne s'échappait de son dos.
- Calme-toi. C'est fini. Ce n'était qu'un cauchemar.
Mak envoya un coup de poing dépourvu de force sur l'épaule de la reine.
- Ce n'était pas un cauchemar! Je me souviens! Il me haïssait. Je n'avais rien fais de mal et il a voulu ma mort! Il m'a battue. Il m'a abandonnée. C'était réel! Tout était réel! Tout ça s'est passé. Le loup en est la preuve! Je me souviens de tout!
Elsa se mordit la lèvre, se demandant si elle allait réussir à apaiser son loup qui semblait ne pas supporter ce rendez-vous avec son passé. La reine caressa son dos, refroidissant la peau brûlante, puis assura sans perdre son calme:
- Ce jour est passé. Je suis là maintenant. Plus personne ne te fera de mal tant que je serais là.
- Vous saviez et vous ne m'avez rien dit!
Accusa Mak en envoyant un nouveau coup de poing sans puissance.
- Si je te l'avais dit, tu ne m'aurais pas cru. Tu n'étais pas prête à entendre ça.
Expliqua Elsa en embrassant le haut de la tête de la louve, sachant que sa colère n'était pas réellement dirigée contre elle.
La porte de la cale s'ouvrit dans un fracas, laissant entrevoir le visage inquiet d'Anna.
- Elsa, tout va bien? On a entendu crier.
Mak ne bougea pas d'un cil, enfouissant son visage mouillé au creux du cou de la reine. Elsa hocha de la tête, puis expliqua:
- Les souvenirs reviennent. Ça va aller, ne t'inquiète pas.
- Nous sommes dehors si tu as besoin.
Assura la princesse avant de refermer la porte.
Longtemps, Elsa écouta les sanglots de son loup. Mak serrait sa nuque encore et encore sans parvenir en s'en défaire. La reine soupira intérieurement en se disant que, cette fois-ci, l'enfant, aussi brave soit elle, n'arriverait pas à surmonter cette épreuve sans un peu d'aide.
Aidez-moi s'il vous plaît...Pensa Elsa en priant l'esprit de loup de faire quelque chose. Une voix caverneuse s'immisça dans son coeur.
Tout va bien, Elsa d'Arendelle. Votre lien n'a jamais été aussi fort. C'est la raison pour laquelle tu as pu ainsi s'immiscer dans son esprit. Apaise ses émotions.
Elsa inspira profondément, posa une main sur la nuque de la louve, ferma les yeux, et murmura:
- Je vais t'aider. Laisse-toi faire.
Une douce lumière illumina la main de la reine, et sembla se rependre sur la nuque de Mak. Lentement, les pleurs de l'enfant s'atténuèrent, elle sembla retrouver un semblant de contrôle sur sa respiration, et sa prise sur le cou d'Elsa diminua.
- Qu'est ce que vous faîte?
Réussit à articuler Mak en ressentant malgré elle une chaleur s'immiscer en elle.
- Je canalise tes émotions en les mêlant aux miennes. Il faut que tu te calme.
Expliqua Elsa en caressant la nuque, essayant de lire en Mak comme dans un livre ouvert. Elle fronça les sourcils en expliquant:
- Je vois tellement de tristesse. Un sentiment d'abandon. Beaucoup de peur. Et un peu de colère aussi...envers moi. Tu m'en veux de ne pas t'avoir rencontrée plus tôt. Je suis désolée mon loup. Si j'avais su que tu existais, j'aurais remué ciel et terre pour te trouver.
Mak ferma les yeux et soupira en sentant une vague de quelque chose qu'elle ne connaissait pas l'envelopper. Quelque chose de beau, de rare, de fort aussi.
- Et moi, qu'est-ce-que je ressens, là tout de suite? Pourquoi est-ce-que je ressens ça? Je ne sais même pas ce que c'est.
Toujours les yeux fermé, Elsa sourit.
- Il n'y a rien à comprendre. C'est simplement ce que je ressens pour toi tous les jours.
Mak fronça les sourcils en essayant de se concentrer.
- Mais, vous avez peur de me perdre?
Elsa soupira:
- Oui, tout le temps. Malheureusement ça fait partie du jeu.
Mak ouvrit les yeux, se dégagea de l'étreinte, les sanglots ayant quitté son esprit. Elsa avait réussit.
- De quel jeu?
Elsa sourit en ôtant sa main de sa nuque et, pour seule réponse, déclara:
- Tu comprendras quand tu seras grande. En attendant, il faut que tu te repose. Tu en sais déjà bien assez pour le moment.
- Mais je veux savoiiiiir…
Rétorqua la louve en terminant sa phrase en baillant.
- Oui, et moi, je veux que tu dormes. Nous en parlerons demain. Nous ne brûlons pas les étapes, rappelles-toi.
Mak soupira, mais elle devait avouer qu'elle avait bien des choses à penser, et qu'elle était épuisée.
Cette reine l'intriguait plus encore, et semblait lui avoir caché certains de ses pouvoirs. La pauvre enfant ne se doutait simplement pas que le fait qu'elles puissent partager leurs sentiments était simplement les avantages d'un lien qui les unissait depuis plus d'un an. Choisissant d'être, pour une fois, raisonnable, Mak n'eut qu'une seule requête.
- Je peux dormir avec vous?
Elsa sourit, attendrie, puis s'allongea, intimant à son loup d'en faire de même. Mak posa sa tête contre l'épaule d'Elsa, et ferma les yeux, ne tardant pas à sombrer dans un sommeil profond.
Merci.
Pensa Elsa, avant qu'elle aussi, ne tombe sous le poids de la fatigue.
Merci à toi, Elsa d'Arendelle.
Répondit l'esprit du loup.
