Je suis absolument désolée pour les délais de publication. Je suis encore plus désolée pour ceux qui attendent la suite des cicatrices parce qu'elle va mettre un peu plus de temps à sortir. A partir de juillet, c'est promis, les publications reprendront de manière régulière, pour le moment je ne peux pas faire mieux et j'en suis désolée. Merci à vous pour vos messages et votre patience.
Enjoy & Review
I wrap my arms around his neck, feel his arms hesitate before they embrace me. Not as steady as they once were, but still warm and strong. A thousand moments surge through me. All the times these arms were my only refuge from the world. Perhaps not fully appreciated then, but so sweet in my memory, and now gone for ever."
― Suzanne Collins, Mockingjay
Je me pends à son cou, ses bras hésitent avant de m'étreindre. Ils ne sont plus aussi solides qu'ils l'étaient autrefois, mais ils sont toujours aussi affectueux et forts. Un millier de moments me reviennent en mémoire. Chacune des fois où ces bras furent mon seul refuge face au monde. Peut-être pas totalement appréciés à leur juste valeur à l'époque, mais si doux dans mes souvenirs, et, à présent, perdus à jamais.
Suzanne Collins, Mockingjay
Chapitre 28 : Sweet in my Memory
« C'est absolument dégoûtant. » décréta Hermione, en plissant le nez.
Assises sur les marches de pierre qui montaient vers leurs dortoirs, Ginny et Hermione observaient ce qui se passait dans la salle commune sans être vues. Il ne restait pratiquement plus que les membres de l'AD attendant l'heure de la réunion pour rejoindre la Salle sur Demande, guidés par l'indispensable carte des Maraudeurs, cependant, c'était deux personnes bien particulières qui avaient attiré l'attention des jeunes filles.
« Bel hypocrite, surtout. » lâcha Ginny, légèrement amusée. « Il m'a sermonnée pendant des jours, a ameuté Bill et Charlie, a fâché les jumeaux… Et voilà qu'il fait exactement la même chose. »
Hermione grimaça.
« J'espère que tu ne fais pas ça avec Dean. » répondit-elle. « Ta mère aurait une attaque. »
Elle n'était pas certaine de ne pas en avoir une elle-même. La manière dont Lavande s'était installée sur les genoux de Ron était à la fois provocante et déplacée, quant aux baisers – baveux, elle pouvait le voir d'ici – qu'ils échangeaient, c'était à se demander comment le garçon pouvait encore respirer avec la langue de leur amie si profondément enfoncée dans sa gorge. En bref, ils étaient absolument révoltants et dégoûtants, et elle serait déjà intervenue pour leur ordonner d'aller faire ça dans un placard loin des regards sensibles des première année s'il y avait encore eu des première année dans la salle commune.
Le préfet de septième année était installé non loin d'eux et, s'il ne disait rien, ce n'était pas à elle de le faire.
« Certainement pas en public. » contra Ginny, avec un sourire satisfait. « Attends un peu que j'écrive à maman pour lui raconter ce que fabrique mon grand frère chéri… »
Hermione secoua la tête et détourna le regard, embrassant la salle commune des yeux à la recherche d'un problème quelconque. Ils avaient la chance de ne pas avoir de membre de la Brigade Inquisitoriale dans leur Maison, ce qui n'était pas le cas des Serdaigles, des Poufsouffles et des Serpentards. Le départ de leurs domaines était nettement plus complexe que le leur.
A vrai dire, elle envisageait de prêter la carte des Maraudeurs à Malfoy parce que sa Maison était celle qui en contenait le plus.
Occupée à examiner distraitement ladite carte, Ginny lui tapota le bras.
« Les Poufsouffles sont partis. » déclara la rousse. « La voie est libre, ils devraient arriver à la salle dans un quart d'heure. »
Heureuse de trouver une distraction à Ron et Lavande, Hermione déplia le bas de la carte.
« Parkinson et sa bande sont restés dans la salle commune. » remarqua Ginny. « Ils ne pourront probablement pas venir. »
Elle haussa les épaules. « Malfoy trouvera un moyen. »
Elle avait toute confiance en lui sur ce plan là.
L'AD n'était plus qu'un secret de polichinelle et la guerre avait été franchement déclarée entre l'Armée de Dumbledore et la Brigade Inquisitoriale. Ceux qui avait brisé la Trêve le payaient cher. Ils étaient mis à l'écart, faisait l'objet de moqueries incessantes et même les Professeurs – du moins ceux qui n'étaient pas à la botte d'Ombrage, semblaient s'en prendre à eux plus souvent que nécessaire.
Hermione n'approuvait pas totalement mais laissait à Malfoy le soin de s'occuper de leurs cas. C'était sur ses ordres que les membres de la Brigade avaient été déclarés ennemis.
« Tant d'estime pour la fouine… » plaisanta Ginny, en lui donnant un léger coup de coude.
Elle se racla la gorge et décida d'observer les jumeaux, occupés à faire les comptes de Farces pour Sorciers Facétieux avec Lee Jordan.
« Il a changé. » se défendit-elle, tout de même. « Et il est doué. »
« Oh, je n'ai pas dit le contraire. » protesta Ginny, avec un amusement de plus en plus perceptible. « Mais tu n'as plus que son nom à la bouche… »
Ça ne sonnait pas comme un reproche mais Hermione se sentit quand même attaquée.
« On travaille beaucoup ensemble. » rétorqua-t-elle, agacée. « Et il est… Il… J'aime bien passer du temps avec lui. Il a une conversation intéressante. »
Son amie éclata franchement de rire, ce qui passa heureusement inaperçu dans le brouhaha qui régnait au dessous.
« Une conversation intéressante… » répéta la benjamine des Weasley. « Tu es sûre que c'est tout ce qu'il a d'intéressant ? »
« Je ne vois pas de quoi tu parles. » déclara-t-elle, en jouant distraitement avec le bord de la carte.
Elle devait écrire à Sirius, ça faisait quelques semaines qu'elle n'avait plus de nouvelles. Remus se faisait un devoir de lui envoyer un hibou tous les lundis mais sa correspondance avec le fugitif était plus décousue.
« J'ai vu la manière dont vous vous regardez. » offrit simplement Ginny.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. » réitéra-t-elle, nerveusement.
Fred et George se disputaient maintenant à voix basse. Il y avait beaucoup de tension entre eux depuis que Ron avait semé la zizanie en exigeant qu'ils prennent parti pour leur sœur ou lui.
« Si tu ne veux pas en parler, on peut changer de sujet. » promit la rousse. « Mais si tu veux en parler… Tu sais que je serais ravie de t'écouter. N'importe quand. »
Voulait-elle en parler ? Parler de quoi, d'ailleurs ? Il n'y avait rien à dire parce qu'il ne se passait rien. Malfoy était un… ami, même si elle se serait probablement jetée du haut de la tour si on lui avait dit un jour qu'ils en viendraient là, rien de plus. Il n'y avait rien d'autre. Rien de rien.
Son agacement provenait probablement du spectacle navrant que donnaient Ron et Lavande.
« Comment ça va avec Dean ? » botta-t-elle, en touche.
« Bien. » lâcha Ginny, en haussant les épaules. « Ce n'est pas le grand amour, si c'est ta question. Mais on est bien ensemble. »
Hermione l'étudia aussi discrètement que possible, de sa queue de cheval faite à la va-vite au sourire content sur ses lèvres, et choisit de la croire.
« Il… sait que ce n'est pas le grand amour ? » hésita-t-elle.
Ça ne lui paraissait pas très juste parce qu'il était clair que Dean était très attaché à elle, voire très amoureux.
« Tout le monde sait que ce n'est pas le grand amour, Hermione. » répondit la rousse, d'un ton moqueur. « Et peut-être que Dean n'est pas 'le bon', peut-être qu'Harry n'était pas 'le bon', mais… ça ne veut pas dire que 'le bon' n'est pas là quelque part. En attendant de le trouver, je ne vois pas pourquoi je devrais rester seule et malheureuse. »
Le regard de Ginny s'égara vers son petit-ami qui jouait aux échecs avec Seamus dans un coin de la pièce.
« Harry n'était pas le bon ? » s'enquit-elle, prudemment.
Le visage de son amie s'assombrit comme si on avait appuyé sur un interrupteur, son expression se fit plus grave. Dure.
« Il ne me voit pas comme…. Comme ça. Et on ne devrait jamais perdre du temps à désirer quelqu'un qui ne nous veut pas. » répondit Ginny.
Hermione soupira tristement.
« Je ne suis pas sûre qu'il ne te voyait pas comme ça, Gin. » offrit-elle, doucement. « Je ne suis pas sûre qu'il ait eu le temps de savoir ce qu'il voulait. »
Le regard de la benjamine, lorsqu'il se tourna vers elle, était glacial.
« Tu parles de lui au passé, maintenant ? » demanda la rousse, sèchement.
La question était comme une flèche décochée en plein cœur, elle détourna la tête.
« Je… Je ne sais pas. » avoua Hermione. « J'aimerai… J'aimerai croire, mais… Rationnellement… »
« Il est vivant. » coupa Ginny. « Il est vivant et il est en train de se battre pour nous revenir et je ne vais pas lui manquer de respect en faisant mon deuil simplement parce que la majorité des gens veulent penser qu'il est mort. »
La gorge serrée, la brune s'efforça de maîtriser son rythme cardiaque qui s'était emballé.
« Ginny. » lâcha-t-elle. « Après si longtemps, les chances qu'il… »
« Qu'est-ce qu'on se fout des probabilités ? » cingla la quatrième année. « Les gens qui ont accepté sa mort ne le connaissent pas comme nous on le connait. Combien de fois a-t-il accompli l'impossible ? Combien de fois, Hermione ? »
Les yeux d'Hermione tombèrent sur la carte, dépliée sur les genoux de Ginny et elle expira lentement.
« Les Serpentards sont partis. » déclara-t-elle calmement. « Il faut y aller. »
Faisant de son mieux pour ignorer le regard déçu de son amie, elle descendit de son perchoir et entreprit de faire lever tous les autres.
L'AD attendait.
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« Délicieux, Molly, comme toujours. » déclara Arthur, en se levant.
Bill le regarda se lever, déposer un baiser sur le front de leur mère et disparaître dans le jardin, vers son atelier, après avoir adressé un signe de tête et un sourire à ses fils. Un coup de baguette et les assiettes s'envolaient pour aller se laver toutes seules dans l'évier, la carafe d'eau retournait à sa place et les restes allaient soigneusement se ranger à leur place. Molly supervisait le tout en chantonnant distraitement et Bill en profita pour échanger un coup d'œil avec Charlie. Il regrettait un peu l'absence de leurs frères et sœurs.
Profitant que leur mère leur tournait le dos, Charlie lui fit signe d'aborder le sujet qui les préoccupait. Bill secoua la tête avec détermination. L'idée était celle de Charlie, c'était à Charlie de se débrouiller. Lui, il n'était là qu'en soutien moral.
Charlie jeta un regard nerveux en direction du jardin mais Bill le rassura d'un geste. Leur père ne reviendrait pas avant un bon moment, occupé comme il l'était avec son nouveau projet en date. Cela faisait déjà deux heures qu'ils s'attardaient à table, le repas était fini depuis longtemps et s'il devait avaler une tasse de thé ou une remarque sur sa boucle d'oreille supplémentaires, Bill exploserait probablement. Ils avaient attendu qu'Arthur ne soit pas à portée de voix pour une raison et l'occasion ne se représenterait pas de si tôt.
Il se racla la gorge et fixa Charlie avec insistance.
Occupée à séparer le reste du gâteau pour qu'ils en emportent chacun une part chez eux, Molly ne sembla pas se rendre compte du silence lourd qui régnait dans la pièce.
Après l'avoir fusillé des yeux, Charlie s'éclaircit la gorge à son tour, ouvrit la bouche et la referma sans savoir que dire.
« Allez-vous finalement me dire ce qui vous tracasse ou dois-je aller chercher le sirop pour ce vilain mal de gorge ? » demanda Molly, en pivotant vers eux, mains sur les hanches.
Elle les dévisagea tour à tour avec son regard le plus sévère et, bien qu'il soit un adulte depuis bien longtemps, Bill eut l'impression d'être redevenu le garçon de huit ans qui avait malencontreusement brisé le service en porcelaine de la tante Muriel au-delà de toute réparations possibles.
Il ne fut même pas étonné qu'elle sache qu'ils tramaient quelque chose. Elle avait toujours su déjouer leurs complots enfantins, parfois même avant qu'ils aient l'idée de comploter.
Aussi discrètement qu'il pu, Bill donna un coup de pied à son frère sous la table.
« William, ne frappe pas ton frère. » gronda Molly, en lui assenant un coup de torchon. « Charlie, dis-moi tout avant que ton père ne revienne. »
Comptez sur leur mère pour comprendre qu'ils ne voulaient pas impliquer leur père…
« J'ai croisé Percy, tout à l'heure. » marmonna finalement Charlie, la tête baissée comme un enfant pris en faute.
« Oh. » lâcha-t-elle.
Molly se tendit légèrement et ses yeux devinrent plus brillants mais elle ne laissa pas percer d'autres signes de détresse. Néanmoins, ses enfants la connaissaient mieux que ça. Lorsqu'elle se retourna pour sortir une assiette du placard du haut et y déposer les restes du rôti, ils échangèrent un regard soucieux.
« On ne voulait pas en parler devant papa… » hasarda Bill. « La dernière fois, au Ministère… »
« Je sais exactement comment a réagi votre père. » coupa-t-elle, en ajoutant un bol à côté de l'assiette.
Elle le plaça sur le comptoir avec tellement de force que la faïence émit un bruit de protestation.
« Que t'a dit ton frère, Charlie ? » demanda-t-elle, ensuite, après avoir versé un peu de lait dans le bol.
Bill se frotta le visage et se leva pour ouvrir la fenêtre. Molly le remercia d'un sourire avant de se rasseoir à table, à côté de Charlie. Tandis que son frère se lançait dans le récit de sa rencontre avec Percy, il déposa l'assiette et le bol de lait sur le rebord de la fenêtre.
« Il m'a demandé de t'embrasser. » conclut Charlie. « Et il a… euh… mentionné qu'il voyait quelqu'un. Audrey Van quelque chose. Il a dit que tu la connaissais. »
Bill n'eut pas à attendre longtemps avant que le vieux chat tigré qui avait élu domicile dans le jardin ne vienne prendre son repas du soir. Il caressa distraitement la fourrure rêche de l'animal, en écoutant Charlie d'une oreille.
« Audrey Vanberg ? » s'exclama Molly, avec ravissement. « Quelle bonne nouvelle ! Les Vanberg sont une bonne famille et Audrey est charmante. Avec un peu de chance, Audrey lui mettra un peu de plomb dans la tête… »
L'excitation laissa place à la tristesse dans la voix de leur mère et Bill grimaça. Il ferma la fenêtre et retourna prendre place en face de Charlie. Il était heureux que ce soit son petit frère que Percy ait croisé et pas lui, parce qu'il n'aurait pas fait preuve de la même compréhension que le dragonnier.
Que Percy refuse de prendre parti dans la guerre qui se jouait était déjà dur à accepter, mais qu'il désavoue publiquement leur père et prenne fait et cause pour Fudge ? Qu'il soit assez stupide pour ne pas se rendre compte qu'il n'était qu'un pion dans un jeu d'échecs dont la portée le dépassait ?
Le Ministère avait dû être très déçu lorsque Percy lui avait annoncé avoir coupé les ponts avec sa famille.
Plus moyen d'espionner Arthur Weasley et ses fils à la solde de Dumbledore…
« Ils pensent à s'installer ensemble, d'après ce que j'ai compris. » rajouta Charlie. « On n'a pas beaucoup parlé, c'était… gênant. »
Bill laissa échapper un bruit désapprobateur qui lui valut un nouveau coup de torchon.
« Tu ne devrais pas être gêné de parler avec ton frère, Charlie. » déclara sérieusement Molly. « Ce qui se passe entre votre père et Percy ne regarde qu'eux. Percy est toujours le bienvenu ici, et si seulement il voulait bien répondre à mes hiboux… »
« Il ne remettra pas un pied au Terrier s'il pense que ça peut nuire à sa précieuse carrière. » intervint Bill, parce qu'il fallait bien que quelqu'un énonce la vérité devant leur mère.
Ils avaient tous compris mais personne ne se décidait à le dire à voix haute. Ni Ron, ni Ginny, ni les jumeaux et encore moins Charlie. Surtout pas Charlie qui était probablement le plus compréhensif d'entre eux.
Bill n'avait pas à être compréhensif, son statut du premier né lui donnait le droit de commenter les actes de ses frères et sœurs.
« Bill… » grinça Charlie, mais leur mère l'interrompit d'un geste.
« Percy a honte de nous. » déclara-t-elle. « Croyez-vous tous que je sois aveugle ? Bien sûr qu'il ne reviendra pas ici tant qu'il pensera que nous avons tort de suivre Dumbledore. Mais il changera d'avis. »
Bill se passa une main sur le visage. Comment annoncer à sa mère que c'était aussi improbable que Ron développant une passion pour les choux de Bruxelles ou Ginny pour les figues ?
« Maman… » soupira-t-il.
« Non, Bill. » coupa-t-elle. « Je sais que Percy changera d'avis. Je suis sa mère, je sais. Ça prendra peut-être des mois, ou des années, mais il admettra son erreur et il nous reviendra. »
Il aimerait la croire. Il aimerait tellement la croire.
Instinctivement, ses yeux allèrent se poser vers la pendule que Molly avait pris l'habitude de déplacer partout avec elle. Quatre des sept aiguilles pointaient vers la maison, quatre vers Poudlard et la dernière, celle de Percy, était immobilisée depuis plusieurs mois sur ce qui aurait été le chiffre cinq.
Perdu, disait l'horloge.
Euphémisme, répondait Bill.
« Voyons le bon côté des choses… » tempéra Charlie. « Au moins, pendant qu'on trime, il est en sécurité et a un super bureau avec vue sur le centre de Londres. Il a bien précisé que le bureau de l'assistant du Ministre était plus grand que celui de tous les autres à l'exception de celui de Fudge. »
Il y avait beaucoup d'ironie dans le ton du jeune homme mais également une note d'envie.
« Tu veux un bureau avec vue sur Londres ? » se moqua gentiment Bill, avant que leur mère ait pu lui reprocher de critiquer leur petit frère. « Je croyais que gambader dans la nature te manquait ? »
Charlie haussa les épaules et se leva pour se servir un verre d'eau qu'il avala à petites gorgées. Bill échangea un coup d'œil inquiet avec sa mère.
« Percy a un travail qu'il aime, lui. » décréta soudain Charlie, en posant brusquement le verre d'eau dans l'évier. « Pas une parodie morbide. »
Molly poussa un petit soupir tandis que Bill grimaçait.
« Je sais que tu veux retourner en Roumanie, Charlie… » hésita leur mère. « Nous savons tous que c'est un grand sacrifice pour toi de… »
« Ce n'est pas que moi. » l'interrompit Charlie. « Anthony déteste Londres. A chaque fois qu'on arrive sur le Chemin de Traverse… On est obligé de passer là où ses parents se sont fait tuer pour aller travailler. A chaque fois qu'on affronte des Mangemorts, il est obligé de revivre ça. C'est… »
Son frère se tut, frustré de ne pouvoir exprimer correctement les sentiments de son meilleur ami. A voir l'expression de Molly, Bill aurait parié qu'Anthony allait avoir droit à une tonne de gâteau faits maison et à une attention soutenue dont il ne voudrait peut-être pas. Elle avait eu la même en lui parlant d'Harry, la première fois.
« Ce serait peut-être mieux pour lui de retourner en Roumanie, dès maintenant ? » proposa Molly. « Personne ne le jugerait, tu sais… Et je suis certaine que Dumbledore y trouverait une utilité… Il nous faut des contacts dans d'autres pays, de toute manière… »
Charlie se frotta les yeux avec lassitude.
Bill n'osait pas respirer trop fort de peur de briser la fragilité de l'instant. Leurs parents étaient les seuls qui n'étaient pas au courant pour Charlie et Anthony… Tonks savait depuis longtemps, Sirius et Remus avaient deviné assez rapidement, et il l'avait dit à Fleur en la jurant au secret. Rien n'échappait à Fol'Œil, Kingsley se moquait royalement de leurs relations – mis à part peut-être celles de Tonks , McGonagall n'y prêtait aucune attention, Andromeda était trop préoccupée par l'histoire entre Remus et sa fille pour se soucier de quelqu'un d'autre et Dumbledore… Dumbledore avait probablement tout su à la seconde où Charlie lui avait présenté Anthony.
Mais tout le monde respectait leur silence.
Arthur et Molly n'avaient toujours aucune idée de ce qu'il y avait entre eux.
Ou bien, plus probablement, soupçonnait Bill, ils faisaient semblant en attendant que Charlie se décide à tout leur avouer.
« On en a déjà parlé. » admit Charlie, en se perchant sur le comptoir comme il le faisait quand ils étaient enfants. « J'ai même proposé de retourner là-bas avec lui mais… »
« Mais ? » l'encouragea gentiment Molly.
Oui, décida Bill, ils savaient tout et faisaient semblant en merveilleux parents qu'ils étaient.
« Mais ma place est ici. » termina fermement Charlie. « Et il ne repartira pas sans moi. »
Silencieusement, Bill agita sa baguette et le service à thé revint se poser sur la table. Certes, c'était probablement une conversation qui aurait été mieux accompagnée de Whiskey Pur-Feu mais il n'y avait pas d'alcool dans la maison et, en bons anglais, le thé était toujours le premier recours des Weasley en temps de crise.
« C'est un très bon ami pour toi. » commenta-t-elle. « Je l'ai déjà remarqué. »
Sa mère le remercia d'un signe de tête distrait lorsqu'une tasse vint se poser devant elle.
« Oui. » lâcha Charlie, d'un ton définitif.
Il sauta du comptoir et reprit sa place à table où il s'empara d'autorité d'une tasse et fit bouillir le thé d'un simple coup de baguette.
La discussion était close.
Bill risqua un bref coup d'œil vers leur mère et aperçut son air déçu mais elle le masqua rapidement derrière un sourire avenant. Il vit parfaitement la lueur amusée briller dans son regard.
« Pour en revenir à Percy… » déclara-t-elle, non sans avoir vérifié que leur père n'était pas sur le point de revenir. « Lui, au moins, a une relation stable. Dois-je vous rappeler le nombre d'années que vous avez d'écart ? »
Bill et Charlie levèrent les yeux au ciel, dans un ensemble parfait.
« Maman ! » s'écrièrent-ils simultanément.
« Des jeunes hommes comme vous devraient avoir quelqu'un dans leur vie. » insista-t-elle, sans se préoccuper de leurs expressions horrifiées.
Bill nota néanmoins qu'elle avait bien pris soin de ne pas dire « fille » ou « femme ». Leurs parents étaient au courant et Charlie était un idiot de ne pas s'en rendre compte. Les tensions entre Anthony et lui s'apaiseraient peut-être un peu s'il cessait de vivre avec des œillères et de craindre on ne savait quoi. Personne dans la famille ne le rejetterait parce qu'il aimait les hommes, même Percy, et toutes les excuses qu'il lui avait données pour expliquer ses réticences n'étaient que ça : des excuses.
« En fait… » lâcha-t-il, avec réticence, parce qu'il fallait bien que l'un d'eux montre l'exemple. « Je sors avec quelqu'un en ce moment. C'est plutôt… sérieux. »
L'attention de leur mère ayant été détournée, Charlie écarquilla exagérément les yeux pour lui demander ce qu'il fabriquait.
S'il n'avait pas eu vingt-cinq ans et, surtout, si sa mère n'avait pas eu les yeux fixés sur lui, il aurait tiré la langue à Charlie.
« Est-ce que je la connais ? » s'enquit Molly, les yeux brillants d'excitation.
Prenant son courage à deux mains – et ignorant résolument la toux de son frère, qui ressemblait atrocement à un fou rire – Bill prit une grande inspiration.
« Oui… » confirma-t-il. « Oui, tu la connais. »
Il pouvait presque voir ses méninges tourner et s'activer tandis qu'elle faisait la liste de toutes les filles potentielles.
« Tu as dû attraper froid, Charlie. » remarqua-t-elle au bout d'un moment. « Je devrais peut-être aller chercher le sirop, après tout. »
L'horrible sirop au goût de mélasse… Voilà qui calma l'hilarité de Charlie.
« Non, non… » protesta son frère. « Vas-y, Bill, dis à maman avec qui tu sors. »
Il n'en fallait pas plus pour que Molly détermine que l'identité de son amie n'allait pas lui plaire. Et, étant donné ses relations houleuses avec Fleur, ça n'allait effectivement pas lui plaire.
« Fleur Delacour. » lâcha-t-il rapidement, comme l'on arrachait un pansement.
Il y eut de longues, très longues, secondes de silence.
« Tu es sûr ? » demanda-t-elle finalement, au bout de quelques instants.
Charlie repartit dans son rire déguisé en quinte de toux.
« Que je sors avec elle ? » répondit Bill, feignant de ne pas comprendre sa véritable question. « Plutôt oui. »
Un tic nerveux agita sa paupière, comme si elle tentait de ne pas faire la grimace. Bill leva presque les yeux au ciel mais se retint à la dernière seconde, sachant que ça lui vaudrait un autre coup de torchon.
« Je t'ai dit que la fille de Dalinda et Samuel était célibataire ? » tenta tout de même Molly. « Tu aimais beaucoup Ellie, si je me souviens bien… Vous étiez dans la même année à Poudlard… »
« Maman ! » bougonna-t-il, avec agacement.
Molly soupira mais força un sourire sur ses lèvres.
« Fleur est… Elle est très… » Apparemment, trouver un adjectif pour qualifier sa petite-amie était compliqué parce que leur mère quêta désespérément l'aide de Charlie du regard.
« Belle ? » proposa gaiment son frère.
Bill lui décocha un nouveau coup de pied sous la table, assez discrètement pour que sa mère ne s'en rende pas compte.
« Charmante. » se corrigea immédiatement Charlie. « Et est-ce qu'elle n'a pas dit à Tonks qu'elle a terminé Beaubâtons première de sa promotion ? »
« Si. » confirma-t-il, avec soulagement. « Si. Elle est très douée, les Gobelins sont enchantés de son travail. »
Molly gardait un silence lourd de signification.
« Et… Toute l'histoire avec Ginny, tu as des nouvelles, maman ? » s'enquit Charlie, devinant sans doute que Bill aurait préféré changer de sujet. « D'après ce que Fred m'a écrit, c'est la guerre entre Ginny et Ron. »
Leur mère laissa échapper un bruit contrarié et, à la manière dont elle joua avec la tasse qu'elle avait dans la main, Bill devina que l'un de ses benjamins allait passer un mauvais quart d'heure à son retour au Terrier.
« Oui, Ron m'a écrit plusieurs fois pour m'informer de la situation. » confirma-t-elle. « C'est bien la première fois qu'il m'envoie spontanément un hibou, d'ailleurs. Ne parlons pas de trois par semaine… »
« Trois par semaine ? » répéta Bill, étonné. Autant sa correspondance avec Charlie et ses autres frères et sœur était régulière, autant celle avec Ron était… hasardeuse. Il se contentait généralement de quelques lignes griffonnées à la hâte à la fin d'une lettre de Ginny ou des jumeaux.
« Oui. » soupira Molly. « Et il n'est pas le seul. Fred m'a écrit. George m' a écrit. Ginny m'a écrit. Même Hermione m'a envoyé un hibou. »
Charlie leva les sourcils sous le coup de la surprise.
« Vraiment ? » s'exclama-t-il. « Je ne pensais pas que ça avait pris une telle ampleur. Ron fait une montagne de pas grand-chose d'après ce que m'a dit Fred… »
« George dit tout le contraire… » intervint Bill, de plus en plus surpris. « Il dit que Ginny ne prend pas les choses au sérieux et a gaspillé cinq bons centimètres de parchemin sur une histoire de réputation… Il n'a pas l'air de beaucoup aimer l'ami de Ginny. »
Leur mère secoua la tête.
« Fred a pris le parti de Ginny, George celui de Ron. » résuma-t-elle. « Quant à l'ami de Ginny, il s'agit de Dean Thomas et c'est un gentil garçon. Je fais totalement confiance à Ginny pour prendre les bonnes décisions. Hermione m'a confié que Ron était totalement immature sur le sujet. »
Bill laissa échapper un sifflement admiratif.
« Eh bien, quelle histoire… » jugea-t-il. « Je ne me souviens pas que les jumeaux se soient déjà fâchés… »
« Ils ne sont pas fâchés. » corrigea Molly. « Simplement en désaccord, ce qui est déjà arrivé. Pas souvent, certes, mais c'est déjà arrivé. Ne changez pas le sujet. Ellie est une très gentille fille et je comptais l'inviter à dîner au Terrier, la semaine prochaine. »
Bill et Charlie échangèrent un coup d'œil paniqué. La dernière chose qu'ils désiraient était de se retrouver coincés dans un de ces dîners où Molly essayait de les marier à une sorcière rarement à leur goût.
« Fleur, maman. » insista Bill. « Je suis avec Fleur. »
« Vous n'êtes pas encore mariés, que je sache. » répliqua-t-elle. « Tu ne devrais pas te fermer des portes… »
« Maman. » trancha-t-il, plus sèchement qu'il ne se le serait permis d'habitude.
Elle leva les mains en signe de reddition.
« Très bien, très bien. » capitula-t-elle. « Pourquoi est-ce que tu n'emmènerais pas Fleur ? Charlie peut emmener Anthony, il est célibataire lui aussi, non ? . L'un d'entre vous s'entendra forcément avec Ellie… »
Charlie se passa une main sur le visage.
« Maman… » protesta le dragonnier.
« Charlie, tu n'échapperas pas à ce dîner si tu n'as pas une excellente raison de ne pas vouloir rencontrer Ellie. » avertit Molly, très sérieusement.
Bill ignora royalement l'appel à l'aide silencieux de son frère. C'était lui qui avait tenu à ce qu'ils aillent manger au Terrier pour discuter de Percy, lui qui avait abordé le sujet de cette fameuse Audrey… D'après Bill, il avait tendu le bâton pour se faire battre.
« Je vois quelqu'un ! » lâcha brusquement Charlie, en désespoir de cause. « Je vois quelqu'un, tu ne peux pas me présenter qui que ce soit parce que je ne suis pas libre. »
Le sourire ravi de leur mère avait un petit côté victorieux.
Bill savait qu'elle pouvait être sournoise lorsqu'elle le voulait, on n'élevait pas sept enfants sans un peu de ruse, mais il n'avait pas soupçonné à quel point elle pouvait être adroite pour découvrir ce qu'elle voulait.
« Tonks ? » s'enquit-elle innocemment. « Vous passez énormément de temps ensemble pour de simples amis… »
« Tonks est avec Remus. » intervint Bill, prenant pitié de son petit frère.
« Ah bon ? » s'exclama Molly, avec une réelle surprise. « Depuis quand ? Andromeda est-elle au courant ? Elle ne m'a rien dit… »
Charlie grimaça. « Andromeda n'est pas au courant et je pense que Tonks préférerait qu'elle n'en sache rien encore un petit moment. »
Molly balaya l'avertissement d'un geste impatient.
« Bien sûr, bien sûr… » accepta-t-elle. « Dans ce cas, si ce n'est pas Tonks… »
« Vous avez vu l'heure ? » lança Charlie et Bill secoua la tête, avec un sourire amusé. Pitoyable. « Je dois rentrer. Bill, tu viens ? »
« Dites au revoir à votre père, avant de partir. » ordonna Molly, en acceptant le baiser rapide que Charlie déposa sur sa joue.
« Bill ? » insista Charlie, un pied déjà dehors.
« J'arrive. » répondit-il simplement.
Il attendit que Charlie se soit éloigné en direction de l'abri de jardin reconverti en atelier et que Molly se soit levée pour débarrasser le thé, avant de reprendre la parole.
« Tu sais parfaitement qui est-ce qu'il voit, n'est-ce pas ? » tenta-t-il prudemment.
Sa mère lui adressa un sourire gentiment moqueur.
« Bill, mon chéri, quel genre de mère serais-je si je ne savais pas absolument tout sur mes enfants ? » rétorqua-t-elle, avec un amusement certain. « Bien sûr que je sais ce que me cache Charlie, mais c'est à lui de me le dire, pas à toi ni à aucun de tes frères. »
Il la regarda dresser la table pour le petit-déjeuner pour le lendemain matin, bien qu'une telle organisation ne soit plus nécessaire à présent qu'aucun enfant ne vivait plus au Terrier durant l'année scolaire.
« Je ne pense pas qu'ils soient au courant. » répondit Bill, avant de froncer les sourcils. « Tu savais aussi pour Fleur, c'est ça ? »
L'expression innocente de Molly ne le convainquit pas du contraire.
« Je n'en avais aucune idée. » mentit sa mère, avec aplomb.
Bill éclata de rire et l'étreignit spontanément, réalisant que ça faisait bien longtemps qu'il ne l'avait pas prise dans ses bras. Sa tête lui arrivait à peine à l'épaule, à présent. A quel moment cela s'était-il inversé ?
« Je t'aime. » déclara-t-il, dans un excès de sensiblerie. « Tu es la meilleure mère du monde. »
Elle esquiva le compliment en le poussant dehors à petits coups de torchon – son arme favorite contre lui.
Charlie l'attendait, adossé à l'arbre à côté de la cuisine. Il se dépêcha d'aller saluer son père parce que son frère présentait des signes d'impatience et que ce n'était jamais bon chez Charlie. Ils remontèrent ensemble l'allée en silence jusqu'au point où ils pourraient transplanner.
« Au point où tu en étais, tu aurais pu lui dire. » lâcha Bill, avant qu'ils ne se séparent pour rentrer chez eux.
Charlie soupira. « Si tu n'avais pas ramené Fleur sur le tapis… »
« J'adore Fleur sur les tapis, à vrai dire. » plaisanta Bill.
Son frère éclata de rire et se détendit finalement pour la première fois depuis qu'ils avaient échappé à l'interrogatoire de leur mère.
« Elle sait tout, c'est ça ? » demanda Charlie, au bout d'un moment.
Bill haussa les épaules, avec fatalité.
« C'est maman. » répondit-il, comme si ça expliquait tout.
« Ouais. » soupira Charlie. « Allez, à demain. »
« A demain. » offrit-t-il, juste avant que son frère ne transplanne.
Bill prit le temps d'inspirer l'air nocturne, lourd de toutes ces saveurs qu'il associait irrémédiablement au Terrier, à la maison, avant de transplanner.
L'appartement qu'il occupait sur le Chemin de Traverse, aussi spacieux et confortable soit-il ne serait jamais sa maison. Sa maison, c'était cette construction de guingois, remplie à craquer d'objets en tout genre et d'animaux recueillis sans la moindre hésitation. Sa maison, c'était le regard pétillant de son père et les étreintes étouffantes de sa mère. Sa maison était là et, bien qu'il l'aurait voulue intouchable, imprenable, il sentait confusément qu'elle était, bien au contraire, trop fragile.
Il ne parvint pas à se défaire de ce pressentiment, même après s'être glissé dans son lit.
L'obscurité semblait donner corps à ses craintes.
°°O°°O°°O°°O°°
Aux aguets, Draco avança prudemment, un pied après l'autre, guettant le bruit qui trahirait leur poursuivant. A côté de lui, Granger essayait de se repérer sur sa carte magique, dans l'obscurité. L'un et l'autre avaient décrété qu'un lumos risquait de les faire repérer mais le Serpentard commençait à se dire qu'il valait mieux un peu de lumière que de rester planté dans un couloir, à la vue du premier venu à tenter de retrouver leurs positions sur un bout de parchemin trop large.
Il entendit le cliquetis d'une lanterne avant de voir le reflet sur la vitre qui faisait face au couloir qu'ils avaient décidé d'emprunter.
« Cours ! » chuchota-t-il, au moment où Granger laissait échapper une discrète exclamation de victoire.
« Rusard. » glissa-t-elle, alors qu'il saisissait sa main pour la faire bouger plus vite. « Et on ne peut pas aller par là, il y a Nott et Parkinson ! »
Sans lâcher sa main, il bifurqua dans un couloir et l'encouragea à accélérer l'allure.
Il aurait dû ficeler Nott et Pansy et les enfermer dans un placard au lieu de tout simplement glisser une potion de sommeil dans leur chocolat chaud… La Bridage Inquisitoriale s'était mise à camper devant la porte de la Salle sur Demande à peu près à la moitié de la réunion. Grâce à la carte de Granger, ils avaient réussi à s'éclipser par derrière et la grande majorité de l'AD avait rejoint leurs dortoirs sans problème, mais la jeune fille et lui s'étaient attardés pour être certain que personne ne se ferait attraper et, de façon prévisible, ils s'était retrouvés pris au piège dans un couloir.
« On n'est pas loin de la tour des Serdaigles. » déclara Granger, en louchant sur la carte. « Il faut prendre à droite et deux fois à gauche, puis monter l'escalier. La voie est libre. »
« On ne connait pas le mot de passe. » fit-il remarquer, en suivant ses instructions.
« C'est une énigme. » répondit-elle. « Ça change à chaque fois, d'après Luna. »
« D'accord. » approuva-t-il. A eux deux, ils pouvaient bien résoudre une fichue énigme…
Ils n'étaient plus qu'à deux couloirs de la salle commune des aigles lorsqu'elle tira brusquement sur sa main pour l'arrêter.
« Carter attend devant la statue ! » ragea-t-elle, en tapant du bout du pied pour marquer son agacement. « Ombrage est devant la Grosse Dame. » Elle lâcha sa main pour déplier les sections de la carte qui l'intéressaient. « Rusard devant la salle commune des Poufsouffles, mais on ne pourrait pas y aller même si on le voulait… Et… cet abruti de Vlasinsky bloque l'entrée des cachots. »
Vlansinsky. Il ne voulait même pas apercevoir le visage de cet imbécile de professeur d'éducation physique, ancien élève de Durmstang ou pas.
« On est coincé. » soupira-t-elle.
« Quelle perspicacité. » se moqua-t-il, par réflexe.
Il lui prit la carte des mains et se mit à l'examiner sous toutes les coutures à la recherche d'un endroit où passer ce qu'il restait de la nuit. La carte était vraiment de la belle magie mais Granger refusait de lui dire où elle se l'était procurée… Dommage, un objet similaire lui aurait bien plu.
Vlasinsky bloquait l'entrée des cachots mais de la salle commune, comme l'abruti au cerveau de la taille d'une noix qu'il était…. Néanmoins, cela ne solutionnait pas leur problème. Il y avait, bien entendu, des passages secrets qui leur permettraient d'atteindre les cachots et, même celui qu'il avait déjà emprunté pour regagner sa salle commune, mais il ne s'aventurerait pas à y introduire Granger, trêve ou pas trêve. Un Gryffondor aurait pu y être en relative sécurité, une Née-Moldue n'y serait pas la bienvenue, surtout à présent que la moitié des Serpentards avait déserté la coalition des Maisons pour la Brigade d'Ombrage.
« Il n'y a pas d'autres moyens de rejoindre ta salle commune ? » demanda-t-il, en examinant attentivement cette section de la carte, à la recherche d'un passage dissimulé.
« Pas à ma connaissance. » répondit-elle, d'un ton las. « On peut retourner dans la Salle sur Demande… »
« Non, on ne peut pas. » lâcha Draco, en lui rendant sa carte.
Elle y jeta un coup d'œil et poussa un juron bien peu digne d'une jeune fille. Approprié néanmoins, quatre élèves de la Brigade Inquisitoriale gardaient le secteur, six autres dont Parkinson paraissaient en train de fouiller le château.
« On ne va pas jouer à cache-cache toute la nuit, quand même. » s'énerva-t-elle, en fusillant du regard le point libellé Pansy Parkinson.
Draco s'adossa au mur le plus proche et croisa les bras.
« A moins d'aller demander asile à Dumbledore… » ironisa-t-il, mais il n'aima pas la lueur qui s'alluma dans ses yeux. « Non, Granger. Même pas en rêve. »
Elle parut sur le point d'insister, puis haussa les épaules.
« Il vaut mieux qu'il ne sache pas pour l'AD, de toute manière. » déclara-t-elle. « Ils pourraient essayer de le lui mettre sur le dos. »
« Et quelle catastrophe ce serait… » jugea-t-il, non sans sarcasmes. « Bon, que fait-on ? Une idée ? »
« Il y a une salle de classe vide, deux étages plus bas. » décida-t-elle, après avoir consulté sa carte. « Aucun laquais d'Ombrage… On peut y aller en attendant de trouver mieux. »
Il approuva d'un signe de tête et il se mirent en route, en silence.
Draco aurait préféré qu'elle parle.
Il avait beau avoir conscience du ridicule d'une telle chose, Poudlard, la nuit, lui avait toujours semblé hostile. Les rangées d'armures formaient des masses noires, indistinctes et menaçantes. Dans l'obscurité, il était impossible de distinguer les pierres inégales qui pavaient le sol et on trébuchait généralement tous les trois pas. Le noir y était oppressant. La seule raison pour laquelle il pouvait avancer sans lumière étaient les fenêtres et meurtrières régulièrement réparties sur le couloir qui laissaient percer la mince lueur de la lune, mais à l'intérieur, là où il n'y avait pas d'ouverture sur l'extérieur…
Ils ne tardèrent d'ailleurs pas à s'enfoncer vers le centre, là ils hésitèrent tous les deux, sachant qu'un lumos était un risque mais que sans éclairage, ils allaient plus que probablement se rompre le cou.
Le noir recouvrait tout. Il n'y avait pas la moindre lueur, pas la moindre nuance. Draco détestait cette obscurité presque corporelle, c'était comme une masse grouillante et changeante qui menaçait de vous avaler si vous vous aventuriez à la traverser.
Cela lui rappelait les oubliettes qui s'étendaient sous le Manoir Malfoy, des kilomètres et des kilomètres de boyaux qui serpentaient à l'infini dans un labyrinthe impossible à démêler. Il s'y était perdu lorsqu'il avait sept ans, trop occupé à jouer les explorateurs avec son fidèle dragon en peluche pour faire attention aux interdictions maintes fois répétées. Aucun explorateur digne de ce nom n'écoutait les conseils de leur mère, après tout… Voilà une erreur qu'il n'avait jamais commise à nouveau. Narcissa avait généralement raison et l'elfe chargée de le surveiller avait mis des mois à faire repousser les poils brûlés de ses oreilles…
« Lumos. » murmura Granger, prenant la décision pour eux deux.
Elle baissa la luminosité jusqu'à ce qu'un faible filet de lumière se répande en halo autour de sa baguette. Suffisamment pour voir où ils mettaient les pieds et pas beaucoup plus. Il ne pouvait même pas distinguer son visage.
Ils progressèrent prudemment, autant pour éviter les pierres descellées que d'éventuels poursuivants.
Le bruit était une autre des choses qu'il détestait à Poudlard la nuit. Ou l'absence de bruit, plutôt.
Ce n'était pas le silence qui le gênait vraiment. Il savait que certains de ses camarades, ceux dont la maison familiale était en ville, trouvaient cela perturbant, mais le Manoir était perdu au milieu des landes et il était habitué à la campagne. Les bruits nocturnes n'étaient pas un problème, mais l'absence de bruit ? Ce silence absolu qui régnait la nuit dans les parties désertées du château ? Ce silence qui vous forçait à rester aux aguets ? Ce silence qui vous faisait sursauter dès qu'une souris se hasardait à couiner brusquement ?
Combiné à l'obscurité, ce silence le poussait à rester sur ses gardes et il était prêt à s'enfuir en courant au moindre bruit suspect. Tous les monstres de son enfance semblaient vouloir prendre corps dans les coins d'obscurité totale : les épouvantards, le croque-mitaine, le dévortout…
Le bras de Granger cogna le sien et il chercha à s'en saisir, par réflexe. Il avorta son geste avant de l'avoir terminé. Il avait développé une tendance à provoquer un contact physique avec la lionne, ces dernières semaines, qui le laissait quelque peu perplexe. Les plaisanteries de Blaise n'étaient probablement pas étrangères à ce trouble qui l'envahissait régulièrement en sa présence : un mélange d'incompréhension et d'admiration. Elle était complexe et plus les énigmes étaient complexes, plus elles l'avaient toujours fasciné.
« Ça devrait être par là. » murmura-t-elle, en ralentissant.
Il leva sa propre baguette, imitant son faible lumos, et ils passèrent plusieurs minutes à la recherche de la porte de la salle de classe. Ce fut lui qui la trouva finalement et ils y pénétrèrent avec un soulagement palpable. Ne se souciant plus d'être découvert, il augmenta le lumos jusqu'à éclairer une bonne portion de la pièce. Jugeant sans doute la luminosité suffisante, Granger rangea sa baguette et déplia la carte sur le bureau le plus proche.
Étalée dans son entièreté, elle était encore plus impressionnante.
« Où as-tu trouvé ça ? » s'exclama-t-il, n'y tenant plus.
Elle avait éludé ses questions depuis qu'il avait posé les yeux sur la carte pour la première fois et changé le sujet s'il s'était hasardé à l'aborder.
Elle leva la tête pour lui sourire avec amusement.
« Les jumeaux l'ont donnée à Harry, il y a… deux ou trois ans, maintenant. » répondit-elle.
« Potter, évidemment. » grinça-t-il, en levant les yeux au ciel. « Ça m'intéresse beaucoup moins, tout d'un coup. »
« Peut-être que, comme ça, tu poseras moins de questions. » remarqua-t-elle, en retournant à son examen minutieux. « Ils gardent toujours les salles communes et les autres patrouillent toujours… Oh, Luna et Neville sont juste en dessous de nous… Ils doivent essayer de retourner à la tour des Serdaigles… »
Draco grimaça. Il n'avait aucune envie de retourner arpenter des couloirs sombres pour retrouver Londubat et Loufoca.
Avaient-ils le choix, cependant ? Respecter la Trêve et l'AD était leur priorité, à présent…
Où était passé son honneur de Serpentard ? Depuis quand un serpent risquait-il sa peau pour quelqu'un d'autre ?
Granger dut parfaitement comprendre son expression, parce qu'elle détourna le regard.
« Je vais aller les chercher. » déclara-t-elle. « Attends-nous ici. »
Depuis quand obéissait-il aux ordres de Gryffondors ?
Le dilemme était cruel, cependant il n'eut pas le temps de trancher. Elle s'était déjà glissée à l'extérieur de leur refuge. Avec la carte de Potter.
Si elle ne revenait pas, un nouveau dilemme s'offrirait à lui : passer la nuit dans cette pièce humide ou tenter sa chance et se risquer jusqu'au passage secret le plus proche qui l'amènerait vers les cachots.
Ni l'un ni l'autre ne le tentait véritablement et il se mit à faire les cent pas pour tromper son impatience. Granger n'allait pas l'abandonner là, tout simplement parce que ce n'était pas son style. Si elle était allée chercher Londubat et Luna pour s'assurer qu'ils ne rencontrent pas de professeurs, ce n'était pas pour lui laisser courir le même risque.
Excepté que Luna et Londubat étaient ses amis.
Et qu'était-il lui ?
La révélation le heurta comme un coup de poing au creux de l'estomac. Sous le choc, il cessa de tourner en rond. Par la barbe de Merlin, quand était-il devenu ami avec Granger ? Comme si Weasley ne suffisait pas…
La porte de la salle de classe grinça avant qu'il ait pu examiner plus avant la nature de cette amitié et il observa Londubat et Lovegood pénétrer dans la pièce avec un soulagement palpable. Même Luna n'arborait pas son air rêveur habituel, elle avait l'air tracassé.
Granger, qui fermait la marche, avait une expression similaire.
« Il suffit qu'ils fassent l'appel pour voir qui manque. » lança-t-elle, avant de se passer une main sur le visage.
« Et alors ? » répondit-il, en évitant soigneusement le regard de Londubat.
Ses relations avec le Gryffondor étaient houleuses. Autant la clique de Potter semblait l'avoir accepté sans trop de problème, autant Londubat paraissait ne vouloir rien d'autre tant que de lui flanquer son poing dans la figure. Ou lui envoyer un endoloris au visage.
Comme la moitié de la communauté magique, le lion semblait persuadé que Bellatrix et Rodolphus Lestrange se cachaient au Manoir Malfoy. Certes, ce n'était sans doute pas faux – bien que personne ne l'en ait informé, il lisait sans mal entre les lignes des lettres de sa mère – mais, lui, à titre personnel, n'était responsable de rien. Ce n'était pas sa faute si la lignée des Black, Narcissa mise à part, était gangrenée par la folie.
« Et alors ? » répéta Londubat avec une incrédulité agacée. « Et alors, ils sauront qu'on appartient à l'AD. Ils sauront… »
« Tout le monde sait qui appartient à l'AD. » coupa sèchement Malfoy. « La meilleure manière de garder un secret dans cette école, c'est encore de le crier du haut de la tour d'astronomie. »
Et encore.
« Au temps pour moi, Malfoy ! » cracha le Gryffondor. « Je pensais que le but d'une société secrète était de rester secrète ! »
Draco détestait les gens qui se sentaient obligés d'élever la voix pour se faire comprendre. C'était, d'après lui, une preuve de faiblesse. La véritable autorité venait d'un murmure parfaitement contrôlé, pas d'un hurlement hystérique.
« Voilà l'erreur, Londubat. » répliqua-t-il, d'un ton moqueur. « Tu ne devrais pas penser, tu risques de perdre le seul neurone dont la nature t'as doté. Ou est-ce que c'est génétique ? Est-que papa et maman étaient déjà aussi idiots avant d'atterrir à Sainte Mangouste ? »
Il regretta la méchanceté gratuite au moment précis où les mots franchirent ses lèvres mais il n'y avait aucune autre façon d'affronter la situation qu'en relevant le menton. Des excuses étaient hors de questions.
« Draco ! » s'exclamèrent simultanément Granger et Luna, visiblement choquées.
Non, pire… Déçues.
Les yeux bleus de Lovegood s'étaient assombris, ses lèvres étaient crispées en une fine ligne qui trahissait sa contrariété.
Le regard de Granger était plus ouvertement blessé, comme si l'insulte avait été délibérément dirigée contre elle et pas contre son balourd d'ami.
Ce qui suivit était entièrement la faute de la jeune fille, déciderait-il plus tard. Si elle n'avait eu l'air aussi… peinée par sa franche méchanceté, il n'aurait pas fait un pas vers elle, main tendue vers il ne savait quoi, et il aurait pu apercevoir la baguette que Londubat avait extirpée de son pantalon.
A vrai dire, l'absence de répartie immédiate aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Aussi idiot qu'il soit, Londubat n'était pas un lâche et le provoquer sur le sujet qui le torturait depuis des mois sans obtenir de réponse verbale ne pouvait signifiait qu'une seule chose. La conversation venait de prendre un tour physique.
Le tout se passa en une fraction de seconde et, avant d'avoir compris ce qui s'était passé, un sortilège d'explosion venait se heurter à un protego hâtivement dressé.
Draco cilla stupidement plusieurs fois, ne sachant pas ce qui le choquait le plus : qu'un Gryffondor lui lance des maléfices potentiellement dangereux au visage ou que Granger le défende malgré son mécontentement visible.
Il n'eut pas vraiment le temps d'étudier plus précisément la question, à peine le temps d'effleurer sa propre baguette. Londubat cria à nouveau la formule du sortilège d'explosion et Granger enchaina d'un protego avant qu'il ait pu le faire lui-même. Instinctivement, sans doute, elle se rapprocha pour faire face au Gryffondor, de sorte qu'il semblait y avoir un fossé infranchissable entre eux tous. D'un côté Luna et Londubat, de l'autre Granger et lui.
Luna avait sorti sa baguette mais ses bras pendaient inutilement de chaque côté de son torse, apparemment incertaine de la conduite à tenir.
« Tu prends son parti ? » accusa Londubat, lorsque Granger bloqua son maléfice pour la troisième fois. Ce coup-ci, Draco eut le temps d'ajouter son propre bouclier. C'était suffisamment embarrassant d'avoir échoué à le faire les deux premières fois.
« Ça n'a rien à voir. » se défendit-elle, quêtant l'aide de Luna du regard. Mais la Serdaigle resta là où elle était, muette et peu disposée à prendre parti. « Neville, c'est un crétin, tout le monde le sait. Ce n'est pas une raison pour... »
« Tu y vas un peu fort avec crétin. » glissa-t-il, mais elle n'eut, de toute manière, pas l'occasion de terminer sa phrase.
« Comment peux-tu prendre son parti, après tout ce qu'il t'a fait subir ?! » s'exclama Londubat.
L'incompréhension dans la voix du Gryffondor était honnête et Draco passa d'un pied sur l'autre, légèrement gêné. Granger et lui n'avaient jamais vraiment discuté du passé. Il ne pouvait pas affirmer qu'il ne regrettait pas la plupart des insultes qu'il lui avait lancés au cours des années…
« Il a changé. » promit-elle, avec une légère hésitation. « Neville… »
« Il a changé, mes fesses, oui ! » s'énerva Londubat, dans un excès d'imprécations qui auraient probablement horrifié sa grand-mère. « Il insulte mes parents et tu prends sa défense. Tu choisis Malfoy, Hermione ? »
Il y avait une souffrance dans la voix de Londubat qui poussa Draco à ouvrir la bouche parce que ce n'était pas juste que Granger soit celle à essuyer les pots cassés, mais il croisa le regard de Luna et la referma aussitôt sans avoir prononcé un mot.
« Neville… » plaida la lionne et, Merlin, il y avait des larmes dans sa voix.
Comment en étaient-ils arrivés là, exactement ? Une heure plus tôt, ils s'entraînaient tous les uns à côtés des autres, dans la bonne humeur la plus totale…
« Je croyais qu'on était amis. » souffla Londubat, dans une grimace.
« On est amis. » jura Granger, avec ferveur.
« Non. » lâcha le Gryffondor, sans hostilité mais sans tendresse non plus. « Tu ne peux pas être ami avec moi et avec lui. Sa famille a détruit la mienne. »
Il en avait entendu sur ce sujet là, en particulier.
« Je regrette d'avoir à briser la bulle dans laquelle tu sembles évoluer… » intervint Malfoy. « Mais je n'ai jamais rencontré ma tante, elle ne fait pas plus partie de ma famille que Sirius Black et, que je sache, même Potter ne m'a jamais reproché d'être apparenté à l'homme qui a vendu ses parents… »
Granger sembla sur le point de protester puis secoua la tête comme pour elle-même.
« Neville. » reprit-elle, avant que Londubat ne lance un autre sort – ce qu'il semblait sur le point de faire. « La Trêve… »
« La Trêve est une excuse. » coupa le Gryffondor. « On n'a pas besoin de lui. »
Il était agréable de se sentir utile… Il ne parlerait même pas de l'ingratitude de certaines personnes…
« Ce n'est pas juste de l'obliger à choisir, Neville. » pipa Luna.
« C'est tout le problème, elle ne devrait pas avoir à choisir parce qu'il ne devrait pas y avoir de choix à faire. » rétorqua tristement Londubat. Il braqua son regard dans celui de Granger et Draco dut s'empêcher d'intervenir à nouveau, sachant qu'il ne faisait qu'empirer les choses. « Si Harry était là, tout serait différent. »
Granger se détourna comme si Londubat venait de la gifler et, spontanément, Draco posa la main sur son bras. Le geste, pourtant innocent, parut raviver la colère du Gryffondor qui quitta la salle de classe après avoir marmonné qu'il préférait tenter sa chance avec Ombrage.
Luna hésita quelques secondes, déchirée entre ses deux amis, puis se détendit une fois sa décision prise.
« Je ferais mieux de l'accompagner pour être sûre qu'il n'ait pas d'ennuis. » déclara-t-elle, en jetant un regard nerveux à Granger.
La lionne garda les yeux rivés au sol, sans répondre.
Draco rassura Luna d'un geste. Il s'occupait de Granger.
Lorsque la porte se fut refermée sans bruit sur Luna, il serra brièvement le bras de la jeune fille. Elle releva finalement le regard et il aurait probablement préféré qu'elle persiste à fixer le sol. Étant donné la colère froide dans ses yeux, il ne fut pas particulièrement surpris qu'elle se dégage brutalement.
« Je suis désolé. »
Les mots se bousculèrent sur sa langue et hors de sa bouche, avant même qu'il ait pu les penser réellement. Ce qui était sans doute mieux parce qu'elle aurait immédiatement perçu un mensonge. Spontanées, ses excuses avaient une chance d'être acceptées.
Elle le fusilla des yeux quelques minutes supplémentaires puis se détendit légèrement. Très légèrement.
« C'était cruel. » lui reprocha-t-elle. « Volontairement cruel. »
Draco leva les mains, en signe de capitulation.
« Je n'ai pas réfléchi. » se défendit-il. « Je voulais juste… Londubat m'a parfaitement fait comprendre qu'il ne m'aimait pas beaucoup. »
Elle leva les yeux au ciel. « Et ça t'étonne ? »
Il haussa les épaules.
« Les gens changent. » lâcha-t-il simplement. « Si toi et moi pouvons être amis, pourquoi est-ce que Londubat et moi ne pourrions pas avoir de relations cordiales ? »
« Parce que tu l'insultes à chaque fois que tu en as l'opportunité ? » proposa-t-elle, de manière rhétorique.
Elle jeta un coup d'œil à la carte qu'elle tenait toujours à la main et qui avait été oubliée dans l'énervement du moment. Il lui fallut une bonne minute avant de se figer et de se retourner vers lui. Draco attendait, certain de ce qui allait suivre.
« Amis ? » répéta-t-elle, avec une certaine incrédulité.
Sur la défensive, Draco se façonna une expression détachée.
« C'est ce qu'on est, non ? » répliqua-t-il, avec un peu plus d'agressivité que nécessaire.
Granger fouilla son regard quelques secondes puis haussa les épaules.
« Bien sûr. » acquiesça-t-elle. « Je suis juste surprise que tu l'admettes. »
Ils s'observèrent quelques instants de plus. Granger fut la première à détourner la tête.
« Bon… » s'exclama-t-elle, plus sèchement que la situation ne l'exigeait, avant de désigner la carte d'un geste. « Tu m'aides à trouver comment retourner dans ma salle commune ou pas ? »
°°O°°O°°O°°O°°
« Peut-être que si tu rangeais un peu plus souvent… » suggéra Remus, sans compassion aucune, tandis que son meilleur ami continuait de vider tiroir sur tiroir.
Affalé sur le lit, le loup-garou observait Sirius mettre sa chambre à sac – si tant était qu'on pouvait mettre à sac une pièce déjà en désordre – depuis bientôt deux heures.
Cela lui rappelait de nombreux souvenirs.
« Il était là ! » tempêta l'Animagus, en retournant son tiroir à chaussettes. Elles tombèrent comme autant de mini-bombes sur le tas de vêtements qui avait préalablement subi le même sort. « Je l'ai toujours sur moi, Remus. Imagine qu'Harry choisisse pile ce moment pour s'en servir… »
La panique de Sirius était réelle mais Remus n'avait pas l'énergie nécessaire pour l'aider. La lune serait pleine dans quelques jours et il en sentait déjà la morsure dans ses os. De plus, pour avoir vécu un bon milieu de fois la même scène à Poudlard, il savait qu'ils ne retrouveraient pas le miroir égaré tant que tout n'aurait pas été vidé et remis soigneusement en place. Ce qui, compte-tenu de la taille de la maison, pourrait prendre un moment.
« Où l'as-tu vu pour la dernière fois ? » demanda-t-il, pour la quatrième fois depuis que Sirius s'était aperçu de sa disparition.
Peut-être pourrait-il le convaincre de poursuivre ses fouilles dans la cuisine, il mourrait de faim…
« Je t'ai dit qu'il était dans ma poche ! » répliqua l'Animagus. « Accio miroir. »
Le sort d'attraction n'eut aucun résultat, ce qui était, il fallait l'admettre, un peu étrange…
Dans un froncement de sourcils, Remus prit appui sur le vieux couvre-lit mangé par les mites et se repoussa en position assise. Un grognement bref lui échappa alors que des millions de fines aiguilles semblaient venir se planter dans chacun de ses muscles. Et dire que certains s'infligeaient ça volontairement…
« Reste allongé. » ordonna immédiatement Sirius, en jetant la vieille boîte à chaussures qu'il avait à la main pour le regarder avec inquiétude.
« Je vais… » commença-t-il à le rassurer, mais le 'bien' mourut sur ses lèvres.
La boîte s'était ouverte lorsqu'il l'avait laissée tomber et tout un tas de photos s'en étaient déversées. Le regard de Remus accrocha celui de James qui, sur papier glacé, lui faisait de grands signes enthousiastes.
Confus par son silence soudain, Sirius ne tarda pas à repérer l'origine de son trouble.
Ni l'un ni l'autre n'eut la présence d'esprit de refermer la boîte de Pandore qui venait d'être ouverte. Ils restèrent là où ils étaient, Sirius debout, les bras ballants, et lui assis, les mains crispées sur la couverture rouge-et-or, figés par un maléfice que la magie n'expliquait pas.
Sur la photo, James, au premier plan, continuait de faire signe à ses amis d'une main, l'autre tenant prudemment une toute petite boule de couvertures dont dépassait à peine la touffe de cheveux bruns dont leur meilleur ami avait été si fier. A la droite de James se tenait Sirius, parrain tout fraichement nommé et peut-être plus excité encore que le jeune père. De l'autre côté de Sirius, il y avait une jeune copie de lui-même, avec moins de rides mais toujours la même lassitude dans sa posture. Le Remus de la photo souriait pourtant à la vie avec un optimisme et un entrain rare pour lui, les yeux rivés sur le bébé qui gesticulait doucement dans les bras de James.
Et, bien entendu, de l'autre côté de James : Peter. Peter qui ne regardait pas du tout la caméra, ne lui faisait pas signe comme tous ses amis, mais dévorait l'enfant du regard. L'expression sur le visage du quatrième Maraudeur était crue, ses émotions à vif, ses yeux légèrement embués par le miracle qu'ils avaient devant eux. Il n'y avait ni malice, ni calcul, ni méchanceté…
« Lily venait d'accoucher. » lâcha inutilement Sirius.
Il ne pourrait jamais oublier ce moment où la tête de Peter était apparue dans sa cheminée pour lui hurler de se rendre à Sainte Mangouste où Patmol attendait déjà… Ils avaient patienté dans la salle d'attente, en riant trop fort pour combler leur angoisse et en s'attirant plus d'une fois les foudres de l'infirmière de garde.
C'était James qui devenait père, mais, avec lui, c'étaient eux tous qui basculaient dans l'âge adulte.
Les souvenirs étaient si clairs dans son esprit…
La minute où James était apparu, les bras pleins d'Harry et les yeux pleins d'étoiles. Ses premiers mots pour les rassurer sur l'état de Lily, Lil en premier comme toujours. Puis Harry, Harry et plus que lui. Son poids, sa taille, le temps qu'il avait mis avant de pousser son premier cri, ses cheveux, ses orteils, ses doigts, ses oreilles…
Tout était un miracle pour lui, tout ce qui était en rapport avec son fils une cause d'émerveillement. Il avait fallu plaider et supplier avant qu'il ne les autorise à le porter chacun leur tour. Sirius d'abord, évidemment.
Remus n'avait pas été surpris de découvrir que son meilleur ami était un naturel. Il avait pris Harry dans ses bras comme s'il soulevait des bébés tous les jours, calant sa tête sur son coude et passant une main sous son corps pour le soutenir. Même James avait été impressionné.
Remus avait tenté de l'imiter avec beaucoup moins d'aisance. Mais il se rappelait parfaitement du léger poids au creux de son bras, la boule de chaleur soigneusement logée contre son torse, l'élan d'affection et, oui, d'amour qui l'avait saisi. L'instinct protecteur qui s'était lui aussi réveillé, parce que l'enfant appartenait à James et James appartenait à sa meute…
Trop vite, Peter lui avait pris Harry, impatient d'avoir sa chance. Il avait tenu le bébé avec la même facilité que Sirius et James, au point que Remus avait éprouvé un pincement de jalousie. James l'avait laissé faire les grimaces idiotes que tout le monde faisait pour amuser les enfants puis avait repris son fils.
C'était là que l'infirmière, finalement radoucie par le spectacle que donnaient les quatre hommes, avait proposé de prendre une photo… La première photo d'Harry… Oh, le savon que Lily leur avait passés pour avoir manqué ça…
« Incen… »
« Expelliarmus ! »
Le cœur cognant contre sa cage thoracique, Remus agrippa fermement la baguette de son meilleur ami. Ce dernier le regardait les yeux ronds, sans comprendre, la virulence de l'attaque. Le loup-garou se força à respirer normalement, ignorant la douleur que la tension soudaine de son corps avait fait naître. Il avait réagi à la haine et à la rancœur dans la voix de Sirius plutôt qu'à la formule qu'il avait entamée.
« Non. » protesta faiblement Remus. « Tu ne peux pas détruire ça. »
« Ce n'est qu'un mensonge. » gronda Sirius, mais la lueur folle avait disparu de son regard et le lycanthrope s'autorisa à se détendre.
« C'est la première photo d'Harry. » contra-t-il. « C'est un bon souvenir, il ne faut pas gâcher ça. »
L'Animagus le fixa quelques secondes puis tendit la main.
Il n'hésita qu'un dixième de seconde avant de lui rendre sa baguette. Suffisamment longtemps pour que Sirius s'en aperçoive.
« Rangeletout. » marmonna Patmol et il fut masqué à la vue de Remus pendant quelques instants, perdu au milieu des vêtements qui volaient en tout sens et des divers objets qui volaient à leur place.
Puis l'ouragan s'arrêta et il se retrouva de nouveau face à face avec son meilleur ami.
« Si je me retrouve face à Pettigrow, je le tue, Remus. » déclara calmement Sirius. « Je ne me retiendrai pas au nom d'une vieille amitié sans aucune valeur. »
Était-ce l'amitié qu'il avait partagée avec Peter qui était sans valeur ou celle qui avait liée les Maraudeurs ? Plus le temps passait et plus Remus se posait la question. Leurs relations n'étaient plus aussi franches et pures qu'elles l'avaient été autrefois… Le fantôme de James et les douze ans de prison planaient entre eux, immuables.
« Justice sera faite. » promit Remus, avec moins de fougue.
De la même manière qu'il n'avait su se convaincre de totalement haïr Sirius lorsqu'il l'avait cru coupable, il ne parvenait pas à totalement rejeter Peter. C'était la tristesse et la rancœur qui le poussaient à en vouloir à l'ancien Maraudeur, pas un besoin de vengeance. Il voulait voir payer Peter pour le crime qu'il avait commis, c'était certain, mais serait-il capable de le tuer s'il l'avait sous les yeux ? Ca l'était beaucoup moins.
La question, la même question qui l'avait torturé durant les longues années que Sirius avait passé à Azkaban, continuait de le hanter : qu'avaient-ils fait ou pas fait pour pousser Peter dans les bras de Voldemort ?
« Accio miroir. » répéta Sirius, en détournant le regard.
Cette discussion était close. Elle était toujours close. Parce que l'entamer, serait risquer ce qu'il restait de leur belle amitié et ni l'un ni l'autre n'était prêt à y renoncer totalement.
Avec agacement, Sirius proposa de poursuivre les recherches à l'étage inférieur. Ils descendirent donc, sans plus remarquer les coups de talons que Buck donnait dans les murs et qui faisaient voler le plâtre. Ce n'était pas une vie pour un hippogriffe que de rester enfermé dans la même pièce, sans voir la lumière du jour. Ce n'était pas une vie pour Sirius, non plus.
Un autre sortilège d'attraction une fois dans le couloir du rez-de-chaussée n'eut pas plus de résultats que les précédents mais un bruit dans le petit salon attira leur attention.
Remus salua Anthony par réflexe, , sans tout de suite apercevoir l'éclat argenté dans sa main, un peu surpris de le trouver encore là à cette heure tardive étant donné qu'il l'avait abandonné à sa discussion avec Tonks deux bonnes heures plus tôt et que la jeune femme était venue l'embrasser avant de partir, à peu près au moment où Sirius avait commencé à tout jeter par terre dans sa chambre. Sirius, lui, vit le miroir avant d'identifier celui qui le tenait.
« Qu'est-ce que tu fais avec ça ? » aboya l'Animagus, en arrachant le précieux artefact de la main du jeune homme.
Troublé par l'agressivité soudaine dirigée contre lui, Anthony fit deux pas en arrière, mains levées.
« Il était coincé entre deux coussins et il bougeait tout seul... » se défendit le dragonnier, en désignant le vieux sofa. « Je l'ai juste ramassé. »
Sirius examinait le miroir sous toutes les coutures, en jetant de brefs coups d'œil soupçonneux à Anthony.
« Qu'est-ce que tu fais encore là ? » demanda l'Animagus, sans aucune gentillesse.
L'expression d'Anthony s'assombrit et Remus décida qu'il valait mieux intervenir avant qu'ils ne s'entre-tuent. L'ami de Charlie pouvait avoir très mauvais caractère.
« Ne fais pas attention à lui. » déclara le loup-garou. « Il serait incapable d'être poli même s'il le voulait. »
Simplement heureux d'avoir retrouvé le miroir et réalisant probablement que son attitude laissait à désirer, Sirius grimaça dans sa direction.
« Désolé. » offrit Patmol et Anthony se détendit légèrement.
« Charlie est chez ses parents. » expliqua le jeune homme, en haussant les épaules. « Je me disais que l'un d'entre vous serait peut-être partant pour une partie d'échecs. »
« Je ne dis jamais non à une partie d'échecs. » répondit Remus, avec bonne humeur. « Sirius va faire le thé pour se faire pardonner sa mauvaise humeur… »
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La fine pellicule de neige gelée qui recouvrait le chemin de terre qui menait à Pré-au-Lard crissait sous ses pieds. Le risque de déraper à chaque pas en aurait dissuadé plus d'un mais Albus persista à avancer en direction de la Tête de Sanglier.
Il lui fallut de longues minutes pour atteindre le pub. Le village était déjà plongé dans l'obscurité, ses habitants probablement calfeutrés dans leurs lits, à l'abri du froid mordant. La seule lumière visible brillait à la fenêtre de l'établissement de son frère, à peine perceptible derrière la crasse épaisse qui recouvrait les vitres. La bougie solitaire s'aventurait à droite puis à gauche, au gré de la progression de celui qui la portait.
Lorsque Albus frappa poliment à la porte, elle avait disparu vers l'arrière salle. Il patienta beaucoup plus longtemps qu'un autre ne l'aurait fait, certain qu'Alberforth finirait par ouvrir. Sa visite ne serait, après tout, pas une grosse surprise. En refusant de répondre à ses hiboux, il l'avait invité.
Le vieux sorcier examinait pensivement l'enseigne qui ne pendait plus que par une seule chaîne lorsque le battant finit par pivoter. La carrure de l'homme qui apparut sur le seuil pouvait paraître impressionnante pour ceux qui ne fréquentaient pas Hagrid au quotidien, Alberforth avait toujours été plus costaud que lui. Les longs cheveux et la barbe argentés étaient identiques aux siens, bien que nettement moins bien entretenus. Et bien sûr, il y avait les deux yeux bleus, perçants, exactement la même teinte que les siens. Là s'arrêtaient les ressemblances. Le nez droit de son frère n'avait jamais souffert d'une fracture, les pommettes ne saillaient pas autant que les siennes et il était plus grand que lui.
« Qu'est-ce que tu veux ? » grogna Alberforth, en guise de bonsoir.
Albus esquissa un fin sourire.
« Ai-je besoin de vouloir quelque chose pour te rendre visite ? » répondit-il, en haussant légèrement les épaules.
« Tu veux toujours quelque chose, Albus. » répliqua Alberforth.
Son frère se détourna et s'enfonça dans l'obscurité qui régnait à l'intérieur du pub, mais il ne referma pas la porte et c'était là la seule invitation dont le Directeur avait besoin.
« Tu as refait la décoration, je vois. » commenta-t-il, en emboîtant le pas à son hôte.
La porte se referma silencieusement dans son dos, de son propre chef. Albus n'eut pas besoin de jeter de sort pour sentir les épaisses couches de protections qui englobaient le bâtiment. Beaucoup sous-estimaient Alberforth, c'était une erreur. Alberforth s'était toujours plu à passer pour moins intelligent qu'il l'était.
La Tête de Sanglier était probablement le lieu le plus sûr de tout Pré-au-Lard.
« Pas depuis dix ans. » grogna son frère, en extirpant deux verres de sous le bar. « Tu ne fais pas partie de mes meilleurs clients. »
Il déposa la bouteille de Whiskey-pur-feu sur le comptoir avec une brutalité exagérée et le bruit sembla résonner dans l'air comme une détonation.
Refusant de se laisser intimider par l'hostilité manifeste d'Alberforth, Albus se percha sur un des hauts tabourets avec toute la dignité qu'un vieil homme pouvait avoir lorsqu'il cherchait à retrouver un mouvement qui avait été naturel au jeune homme qu'il avait été. Il aurait pu demander si le comptoir avait été nettoyé depuis la dernière fois où son frère avait refait la décoration, mais il s'abstint. D'abord parce qu'étant donné la couche de graisse qui recouvrait la surface de bois sombre, c'était peu probable ensuite, parce qu'il n'était pas venu pour provoquer une énième dispute.
Il prit une seule gorgée de whiskey. Alberforth vida son verre d'une traite.
« Qu'est-ce que tu veux ? » répéta son frère, en braquant son regard dans le sien.
Albus détourna les yeux, comme à chaque fois qu'Alberforth tentait d'établir un contact visuel. C'était une des nombreuses lâchetés qui allaient de paire avec son passé. Tout comme la boîte remplie des souvenirs partagés avec Gellert soigneusement cachée dans le compartiment secret de son bureau.
« L'Ordre du Phoenix s'est reformé. » lâcha-t-il simplement, sachant que les protections garantiraient que leur conversation resterait secrète.
« Oui, le loup-garou est venu me voir. » répondit Alberforth, sans se laisser troubler par la gravité de son ton. « Je lui ai dit non. »
« Remus. » corrigea-t-il, doucement mais fermement.
« Je n'ai rien contre Lupin. » Alberforth haussa les épaules. « C'est un bon gars. Un peu trop prêt à te suivre jusqu'aux portes de l'enfer, mais il faut dire que beaucoup de gens font cette erreur. Certains t'y précèdent. »
La rancœur, familière. Albus s'y était préparé et ne tressaillit pas aux mots de son frère, même si chaque parole était comme une flèche, précisément décochée pour toucher là où la douleur serait la plus intense.
Ses doigts se crispèrent sur le verre.
Pourtant, leurs conversations se déroulaient toujours de cette manière là. Le fantôme d'Ariana serait invoqué mais jamais nommé et planerait dans la pièce jusqu'à ce qu'ils se séparent à nouveau. Albus avait perdu le droit de prononcer son nom et Alberforth ne le faisait jamais, comme pour mieux le punir.
« Tu n'as pas répondu à mes lettres. » botta-t-il en touche, refusant de perdre son objectif de vue.
S'éloigner des sentiers balisés avec Alberforth n'était jamais prudent. Il y avait un trop lourd passif entre eux. Une simple étincelle suffisait à raviver de vieilles querelles.
Son frère laissa échapper un bruit moqueur tout en se resservant un verre.
« Tu perds la main, Albus. » jugea Alberforth. « N'importe quel idiot du Ministère aurait su lire entre les lignes. Pourquoi ne pas placarder des affiches ou ouvrir des bureaux de recrutements, si tu te soucies si peu d'être découvert ? Pourquoi s'embarrasser de tous ces secrets ? »
« Nous évoluons plus facilement dans l'ombre. » offrit Albus, trouvant la métaphore appropriée étant donné la semi-obscurité dans laquelle ils se trouvaient. « Néanmoins, Fudge et Voldemort sont d'ors et déjà au courant que l'Ordre a rejailli de ses cendres… »
Un nouveau bruit moqueur échappa à son frère.
« Et moi qui pensais que le but d'une société secrète était de rester secrète… » répliqua Alberforth.
« Les secrets sont ce qu'il y a de plus lourds à porter. » soupira Albus, en soulevant ses lunettes pour se frotter les yeux.
« Non, Al. » contra sèchement son frère. « Ça ce sont les regrets. »
Le vieux sorcier fixa son verre aux trois-quarts plein avec intensité. Quels regrets ? Ariana, le plus grand de tous ou Gellert, le plus sournois, celui qui revenait le mordre dès que son esprit s'égarait…
« Rejoins l'Ordre. » demanda-t-il, laissant percer l'immense lassitude qui s'insinuait petit à petit dans tout son être. « Comme informateur. »
Il n'avait pas davantage envie de voir son petit frère sur un champ de bataille qu'Alberforth avait envie de s'y trouver.
« Je ne veux pas être un de tes petits soldats de plomb. » refusa l'homme, dans un grognement mécontent.
« Informateur. » insista Albus. « Rien de plus. »
Peu de gens savaient que le propriétaire de la Tête de Sanglier était son frère, et l'établissement était réputé pour ne pas être un endroit très fréquentable pour ceux qui tenaient à leur réputation. Les nouvelles circulaient vite autour d'une pinte de bièraubeurre…
Alberforth avait l'air bougon des mauvais jours et Albus sut qu'il avait gagné. Plus probablement, son frère avait déjà décidé de partager les informations importantes avant sa visite.
« Parlant d'informations… » reprit Alberforth, avec un intérêt franc. Il était toujours franc. « La Gazette a fait ses choux gras de cette tempête… Deux Professeurs et des gamins, c'est ça ? »
« Severus Snape, Filius Flitwick et plusieurs élèves, oui. » confirma tristement Albus.
« Snape et Potter. » commenta son frère. « Suspect, non ? La rumeur veut que Tu-sais-qui ait créé… »
« La rumeur n'est qu'une rumeur. » coupa Albus. « Voldemort n'aurait jamais pu créer un tel phénomène, même moi j'en serais incapable. »
Alberforth lui jeta un coup d'œil moqueur mais ne fit aucune remarque sur son manque de modestie apparent.
« La disparition de Potter, ce n'est pas bon pour tes affaires. » déclara son frère. « Nombreux sont ceux qui croient en l'existence d'une prophétie. Beaucoup de gens en parlent. Une fois que Tu-sais-qui aura officiellement fait savoir qu'il est de retour, sans Potter… »
« Il sera complexe de trouver du soutien. » termina Albus. « J'ai étudié la question. »
« Et ? » s'enquit Alberforth.
Il tendit la main droite et une pipe ne tarda pas à traverser la salle pour venir s'y loger. Il la cala entre ses dents et l'alluma sans chercher à sortir sa baguette de là où elle était cachée.
Sous-estimer Alberforth était une erreur.
« Et, ce problème sera résolu en temps et en heure. » conclut Albus, tandis que des ronds de fumées verdâtres montaient vers les poutres qui s'entrecroisaient au-dessus de leurs têtes.
« La prophétie, la vraie, celle que Snape écoutait ce soir là… » lâcha Alberforth. « Elle concernait vraiment Potter ? »
« Les prophéties ont le pouvoir qu'on leur accorde. » répondit-il, en prenant une nouvelle gorgée de Whiskey-pur-feu. « Voldemort pensait qu'elle concernait Harry, elle concerne donc Harry. »
« Elle est au Département des Mystères. » commenta son frère. « Toutes les prophéties y sont. Snape ne l'a pas entendue en entier… Si tu veux mon avis, Tu-sais-qui… »
« La salle des Prophéties est sous bonne garde. » l'interrompit-il.
« Bien sûr. » rétorqua froidement Alberforth. « Où ai-je la tête ? Il est évident que tu as pensé à tout. »
Albus soupira et avala le reste de son verre.
« Si cela pouvait être vrai… » souhaita-t-il, trop fatigué pour se battre avec son frère.
