- LES SORCIERS -
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).
A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe et Fenice, Xenon, Dina.
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
22 mars 2014 : Élection d'Adrian Ackerley comme ministre de la Magie
Période couverte par le chapitre : 22 octobre 2015
XXVIII : Un soutien sans faille
En sortant de chez le ministre, Harry préféra prendre l'escalier, trop énervé pour attendre l'ascenseur. Tout en dévalant les marches, il ouvrit son miroir et appela Owen :
— Où en es-tu ?
— Althea vient de partir avec plein d'échantillons à étudier. Je l'ai un peu gardée ici parce que j'avais besoin de savoir si on pouvait arrêter le feu sous les chaudrons sans tout faire exploser.
— Vous avez l'arme du crime ?
— Non, pas encore.
— Il nous la faut absolument, martela Harry. Avec les empreintes du salaud qui a fait ça. C'est un point essentiel.
— Je doute qu'elle soit dans cette maison, répondit Owen d'un ton soucieux. On a déjà pratiquement tout retourné.
— Il est possible qu'il s'en soit débarrassé en chemin. Peu de chance que ce soit dans la forêt, Celeno l'aurait senti. Pas loin de la maison, à mon avis, un endroit où elle n'a pas trop pu aller fouiner.
— Je vais faire mon possible.
— Tu comprends pourquoi je te demande ça ? insista Harry.
— Oui, tu veux un dossier qui nous permette de soutenir une accusation sans aveux et avec des juges qui préféreraient acquitter nos inculpés.
— Exactement. Je te laisse travailler.
Harry referma son miroir alors qu'il atteignait son étage. Demelza était justement en train de sortir de l'ascenseur, pour se rendre au QG des Aurors.
— Ah, tu tombes bien, lui dit Harry en lui emboîtant le pas. On a arrêté les frères Elphick, avec leur sœur et beau-frère, les deux derniers à titre de témoin. Pourrais-tu piloter les interrogatoires ? N'hésite pas à prendre les meilleurs à ce jeu dans d'autres équipes, on n'a rien d'urgent en cours. Et euh... bon, j'arrête de te mettre la pression, tu connais le dossier, tu connais les enjeux, fais au mieux.
— Oui, Commandant, répondit-elle, le visage grave.
À ce moment, Althea arriva à son tour, une besace en bandoulière, contenant sans doute ses éléments à analyser. Harry s'interdit d'aller lui parler. Il n'avait rien de constructif à lui dire, et elle n'avait pas besoin qu'il lui communique son stress. Il jeta un regard vers son bureau, mais l'idée d'affronter son adjoint ne l'emballa pas. Il tourna les talons et sortit du QG pour se rendre, quelques portes plus loin sur le même palier, au département de la Justice magique.
Hermione était déjà au travail quand Harry déboula dans son bureau.
— Tu peux jeter une bulle de silence ? demanda-t-il en s'effondrant sur un des fauteuils prévus pour les visiteurs.
— Bien sûr, répondit-elle sans s'émouvoir avant de poser son stylo et de s'exécuter. Tu as un problème, Harry ?
Il lui déballa tout, les difficultés de son enquête, sa dispute avec le ministre et, surtout, le contrôle momentanément perdu sur sa baguette.
— J'ai fait ce qu'il fallait ? lui demanda-t-il, soudain inquiet à l'idée de s'être fourvoyé.
— Oui, Harry, tout à fait. À moins de t'être trompé de bonhomme, tu es toujours le maître de la baguette de l'Aîné.
Harry se remémora la scène, et affirma :
— Je n'ai pas pu faire erreur, ils étaient à des endroits opposés dans la pièce.
— Tout va bien alors, lui assura-t-elle d'une voix apaisante.
— Je vais avoir du mal à expliquer ça à ceux qui m'ont vu faire, continua Harry. Je n'y suis pas allée de main morte, alors qu'il était déjà sous Stupéfix. C'était à la limite de la maltraitance.
— Ce n'est pas l'idéal, mais tu ne pouvais pas faire autrement, lénifia-t-elle.
— Je ne peux plus revenir en arrière, de toute manière. Je suppose qu'il va falloir faire avec.
Les yeux d'Hermione exprimaient toute sa compréhension :
— Tu as déjeuné ce matin ?
— Juste un café. Je suis parti tôt et je n'ai pas voulu réveiller les elfes.
— Eh bien, il est temps d'y remédier.
Elle prit sa baguette et, quelques instants plus tard, des œufs au plat avec du bacon et une théière apparaissaient devant Harry.
— Tu as toujours ça en réserve ? s'étonna-t-il.
— Moi, non. Mais tu connais Ron. Il a besoin de savoir qu'il a la possibilité de faire venir un repas de la maison. Tiens, en parlant de lui…
Elle prit son miroir et lança un appel. Son mari apparut bientôt :
— Ça va, ma chérie ?
— On a un ami qui a eu un mauvais début de matinée, expliqua-t-elle en tournant le miroir pour que les deux hommes se retrouvent face à face.
— Merci pour le déjeuner, lança Harry en levant une fourchette dégoulinante de jaune d'œuf.
Ron considéra son ami en train de s'empiffrer d'un air chagrin avant de demander :
— Harry, tu peux m'expliquer pourquoi c'est ma femme que tu vas voir quand tu as besoin de te faire remonter le moral ? Tu sais qu'elle est capable de te convaincre que si tu éternues au mauvais moment, le monde pourrait s'écrouler ! Et puis, tu n'as pas une femme à toi ?
Harry considéra l'argument :
— Quand on est commandant des Aurors, ça fait plus sérieux de demander conseil à une amie qui travaille à la Justice magique plutôt que d'aller pleurer dans les robes de son épouse, répliqua-t-il.
— Sans doute, convint Ron, mais ne va pas lui demander conseil trop souvent, hein ! Elle a déjà fait la Une de Sorcière-Hebdo, ça nous suffit.
— Hermione, il n'a pas tort. Va falloir être raisonnables, et nous contenter d'une rencontre juridique par semaine à l'avenir.
— Merci, Harry, je savais que je pouvais compter sur ta délicatesse ! décréta le mari avec conviction.
Puis Ron se pencha comme s'il tentait de voir au-delà de ce que permettait le bord de son miroir et s'enquit :
— Elle fait quelle tête, là, maintenant ?
— Ses yeux disent « Non, mais vraiment ! », mais elle a du mal à cacher qu'on l'amuse, estima Harry.
Ils rirent tous les trois puis Ron demanda :
— Je peux faire autre chose pour toi ?
L'Auror reprit son sérieux :
— Ça va beaucoup mieux, merci. Ah, au fait, j'ai eu quelques mots avec Ackerley ce matin, alors, si tu as quelque chose à demander au ministère pour ta guilde, attends quelques jours.
— C'est vrai ? Bah, ça me fait plaisir que tu lui sois rentré dans le lard, Harry. Celui-là, je l'ai toujours trouvé trop charmant pour être honnête.
Ragaillardi par le soutien sans faille de ses meilleurs amis, Harry retourna dans ses quartiers. Dans son bureau, l'air sombre, Pritchard contemplait un papier posé sur sa table de travail.
— Je ne sais pas ce que tu as fait, mais toutes les demandes de matériel et de fournitures pour le trimestre prochain viennent de nous être retournées avec la mention Refusé, lui apprit Stanislas d'un ton froid.
— Ah, le ministre me rappelle quelles sont ses prérogatives, analysa Harry. Ne t'en fais pas, on va se débrouiller le temps que ça passe.
— Tu es de bien bonne humeur, remarqua son adjoint avec acidité. Ta virée matinale, peut-être ?
Harry récupéra son siège et l'amena près de celui de Pritchard pour donner à leur conversation un tour plus familier.
— Je comprends que tu n'apprécies pas que j'aie mené cette arrestation derrière ton dos, reconnut-il, mais ce n'était pas à ton encontre. J'ai vraiment hésité et j'ai failli renoncer. Mais tout mon instinct me poussait à agir, et j'ai appris à faire confiance à mon intuition. Je me suis décidé tôt ce matin, et je savais que le ministre serait contre. Alors j'ai préféré agir discrètement. Je n'ai prévenu que ceux qui étaient directement concernés, juste une demi-heure avant qu'on se retrouve ici. Je n'ai fait une exception que pour Watchover, parce que j'avais besoin de joindre son agent sur place pour qu'il ne nous tire pas dessus à notre arrivée, et que je n'avais aucun autre moyen que de passer par son chef. Je pensais t'appeler après les arrestations, mais ça ne s'est pas déroulé comme prévu, et ça m'est sorti de la tête. Ensuite, tu m'as envoyé chez le ministre, et je pensais que c'était pour ça et que tu étais au courant.
— Pourquoi t'appelait-il, alors ?
— À cause de ma prise de bec d'hier avec la harpie. Il voit ça comme une atteinte à l'intégrité sorcière. Donc j'ai commencé par lui dire que l'image que cela donnait, je m'en fichais et que je voulais qu'il me lâche un peu. Dans la foulée, je lui ai appris pour l'arrestation, et il n'a pas trop aimé.
— Harry…, soupira Stanislas.
— Stan, ne t'en fais pas. Ackerley n'est pas un battant comme Scrimgeour ou Shacklebolt. C'est juste un homme politique qui veut du pouvoir. Il ne pourra pas se maintenir à la tête du ministère s'il m'attaque de front, non seulement parce que je suis une icône, mais parce que c'est se mettre à dos le maître des Artisans et tous les chefs de départements qui ont fait partie de l'armée du Phénix.
— Il ne peut pas t'atteindre, c'est vrai, mais il peut atteindre notre service.
— Pas tant que j'en suis à la tête. D'ailleurs, ce n'est pas son but. Ce matin, je lui ai indiqué quelle était la limite de ses pouvoirs, et ça, expliqua Harry en montrant les factures refusées, c'est sa manière de me rappeler que je ne suis qu'un service dans son ministère. Maintenant que les choses sont claires, et comme je ne prétends pas à être autre chose que le commandant des Aurors, on va s'observer de loin, chacun dans sa juridiction. Je te parie qu'on aura le budget qu'il nous faut d'ici quelques semaines, une fois qu'il aura constaté que je reste bien à ma place.
— Vas-tu rester à ta place ? douta Stanislas.
— Je pense. J'ai fait mon travail. Maintenant, Owen s'occupe des indices et Demelza gère les interrogatoires. S'ils n'arrivent pas à coincer nos trois oiseaux, c'est qu'on ne pouvait pas le faire, ou que ce n'étaient pas eux. La justice suivra son cours, et j'irai moi-même expliquer aux centaures ce qui a été fait.
— Reconnais quand même que tu peux te tromper !
— Bien sûr ! Et après ? Ça nous arrive régulièrement d'interroger des innocents. On tente de limiter ce genre d'erreur, mais on ne pourra jamais garantir de ne jamais en faire. On ne peut pas se permettre de se laisser immobiliser par la peur de se tromper. J'ai géré cette affaire comme je le fais d'habitude, ni plus ni moins. Par contre, si j'avais cédé, quelle aurait été l'étape suivante ? Ne pas enquêter sur un sujet qui déplairait à Monsieur le ministre ? Et puis quoi encore ?
— Tu as sans doute raison, abandonna Pritchard. Et qu'est-ce que tu comptes faire, aujourd'hui ?
— Reprendre mon travail habituel de supervision des dossiers. J'ai permis à Demelza d'utiliser au mieux nos compétences en interrogatoire, je pense qu'elle va récupérer Wellbeloved et Plumpton. Je vais voir si ça ne bloque pas trop leurs partenaires.
À l'heure du déjeuner, Ginny appela pour lui demander comment ça allait et s'il avait le temps de sortir pour manger. Il la remercia de sa sollicitude — il savait que la proposition découlait d'une conversation qu'elle devait avoir eue avec son frère ou sa belle-sœur —, mais il préféra rester avec son adjoint. Stanislas s'était détendu une heure auparavant quand Althea avait assuré avoir trouvé du sang de centaure dans la potion saisie, mais il était encore sous le coup de sa contrariété du matin.
En début d'après-midi, Owen arriva enfin, crotté, débraillé, mais triomphant : il convoyait avec sa baguette une longue épée qui semblait avoir séjourné dans la terre. Il la posa avec soin sur un des établis où ils examinaient les pièces à conviction.
— Anthony, amène-toi, brailla-t-il. J'ai besoin d'un relevé d'empreinte.
Anthony Goldstein, dont les mains portaient toujours la marque indélébile de la morsure du Feudeymon, se montrait particulièrement doué pour la magie précise qu'exigeait cet exercice. Il était donc régulièrement sollicité pour les cas les plus délicats. Quand Owen remarqua que Harry l'observait de son bureau, il lui demanda du regard s'il voulait prendre la suite des opérations. Le commandant lui fit signe qu'il préférait lui laisser la main. Owen discuta longuement avec Anthony avant qu'ils ne se mettent au travail.
Trois quarts d'heure plus tard, Owen venait au rapport.
— On a une empreinte partielle, annonça-t-il. Anthony m'a dit qu'on a de la chance d'avoir au moins ça, vu que l'épée était enterrée.
Harry en fut satisfait. Cela pourrait être très utile pour déterminer les responsabilités, une fois qu'ils auraient établi la culpabilité du groupe.
— Où en est Demelza ? interrogea-t-il.
— Je ne sais pas. Je lui ai dit ce que j'avais, elle m'a arraché le support où on avait copié l'empreinte et elle a filé vers les salles d'interrogatoire.
— Comment as-tu fait pour repérer une épée enterrée ? demanda Pritchard.
Owen lui lança un regard reconnaissant :
— J'ai fait venir un limier, expliqua-t-il avec un sourire satisfait. On a trouvé des fûts vides et sales qui semblaient avoir contenu du sang, et je me suis dit qu'on n'allait quand même pas faire venir une harpie pour remonter la piste. J'ai cherché une autre solution et j'ai pensé à un article sur la chasse que j'avais lu dans La Gazette. Je me suis renseigné par miroir et j'ai trouvé quelqu'un qui a bien voulu venir avec son Croup. Harry, désolé, je sais que tu n'aimes pas ça, mais il serait très déçu s'il n'avait pas l'occasion de te serrer la main.
— Je devrais trouver cinq minutes pour le remercier, lui assura Harry.
— Enfin bref, son animal a reniflé le fond des pots et il est parti comme un fou. Il a foncé droit vers la Forêt. On lui a fait faire pas mal d'allers-retours sur le chemin, et j'ai craint que cela ne donne rien. Finalement, je ne sais pas trop comment son maître s'y est pris pour lui faire comprendre ce qu'on voulait, mais clébard a fini par gratter quelque part, sur le chemin communal. On a creusé, et on est tout de suite tombé sur le pommeau de l'épée.
— Génial, le félicita Harry. Tu as été génial !
Owen lui adressa un sourire radieux.
— Merci. Voilà, tu sais tout. J'ai déterré l'arme avec le maximum de précaution et je l'ai apportée ici. Il faut que j'y retourne pour voir où en sont Vicky et l'agente Whisp.
— Oui, vas-y, continue comme ça.
Deux heures plus tard, ce fut le tour de Demelza de venir rendre compte, une liasse de papiers à la main.
— Bon, on avance un peu, affirma-t-elle avec un sourire satisfait.
— Raconte, l'invita Harry en lui présentant un siège.
— En gros, on laisse tomber les charges de complicité, et le beau-frère et la sœur témoignent contre le meurtrier de la centauresse.
— Excellent !
— C'est Thaddeus Oddpick qui s'est mis à table le premier. Il m'a proposé de nous dire tout ce qu'il savait, si on laissait sa femme en dehors de tout ça. J'ai accepté, et il m'a confié que sa chère Bellock avait soigné Elvendork. C'est le plus jeune de la fratrie. Le plus hargneux, aussi, d'après son beau-frère. Et tu sais quoi ?
L'air réjoui de l'enquêtrice donna un indice à Pritchard :
— Les empreintes partielles de Harper sont celles d'Elphick junior ?
— Eh oui !
— Si tu n'étais pas enceinte, je t'offrirais un verre, la félicita Harry.
— Merci, je le garde pour plus tard.
— Et la sœur ? s'enquit Harry.
— Moyennant un accord, elle admettra avoir soigné son frère.
— Le même accord que son mari ?
— Non, en sa faveur à lui. Il les aurait entendus en parler avant, mais il n'a pas pensé qu'ils iraient jusqu'au bout. Elle ne veut pas qu'on lui reproche de n'avoir pas tenté d'empêcher un crime.
— Voilà un couple bien loyal, remarqua Harry.
— Pour tout te dire, je les trouve presque sympathiques. Ils se fichent du reste, mais ils sont vraiment très préoccupés l'un par l'autre.
— Et les frères Elphick, ils parlent ? s'intéressa Stanislas.
— Pas vraiment. Ils connaissent un peu trop la musique. Ils ont demandé un avocat, mais c'était juste pour gagner du temps, car ils n'ont pas eu besoin de conseil pour se taire et se ficher de nous. Wellbeloved, Plumpton et Oldrige n'en ont rien tiré.
— Pas de plainte sur les conditions de l'arrestation ? s'enquit Harry.
— Non, ça pourrait ? demanda Demelza.
— Un Expelliarmus un peu excessif, reconnut laconiquement Harry.
— Au point d'affaiblir encore plus les accusations ? s'inquiéta Stanislas.
Le commandant des Aurors réfléchit. Le sort qu'il avait lancé n'était pas considéré comme un sort offensif et, s'il pouvait sembler inutile et mal calibré, ce n'était pas comparable à un sortilège d'Entrave excessif qui pouvait couper la respiration, comme cela arrivait parfois, et encore moins à un sort d'incendie comme Muldoon s'était rendu coupable. Harry secoua négativement la tête.
— Je ne pense pas. Je voulais juste que Demelza ait tous les éléments.
— Ça pourrait mieux se présenter, commenta sombrement Pritchard.
— On a le témoignage de leur famille, le chaudron, la recette de potion, l'épée avec une empreinte, le contredit Harry. Largement de quoi convaincre qu'on ne s'est pas trompé.
— Et la journée n'est pas terminée, positiva Demelza. Tu me signes les accords pour que les témoins confirment leurs dires ?
Harry relut les documents et les parapha.
— Je reviens avec les dépositions, promit Demelza. Je veux bien aussi que tu fasses une demande à la Justice magique pour prolonger la détention des frères. Ça m'étonnerait qu'ils se mettent à table avant ce soir, et on devra les délivrer demain à 6 heures du matin si on n'a pas de prolongation.
— Je m'en occupe.
Peu après, Owen et sa petite équipe arrivèrent avec tout ce qu'ils avaient récolté comme pièces à conviction.
— On n'a pas trouvé grand-chose de nouveau, résuma Owen. Seulement un ouvrage en runes que l'agent Whisp assure être un livre de potions. On va vérifier si la mixture à base de sang de centaure vient de là. Où en sont les interrogatoires ?
— On a deux témoignages contre un accord, résuma Harry. La sœur et son mari.
— Le manuel était chez eux, précisa Owen.
— Cela explique pourquoi ils étaient si avides de négocier, commenta Pritchard.
— Si on n'avait pas accepté, on n'aurait que des preuves indirectes, fournies par une harpie, rappela Harry. Demelza a fait le bon choix. Owen, va faire le point avec elle, s'il te plaît. Tu sais qu'elle a besoin d'avoir tous les éléments qu'on peut lui apporter.
Demelza passa un peu plus tard en coup de vent pour lui remettre les dépositions du couple Oddpick. Ce qu'il y lut l'écœura.
Dans leurs trafics divers, les frères avaient récupéré un livre en runes et demandé à leur sœur de le traduire, en espérant trouver une potion oubliée dont ils pourraient tirer profit. C'est ainsi qu'ils étaient tombés sur cette recette, contenant du sang de centaure, supposée donner force et virilité. C'était pour eux un marché prometteur pour lequel ils étaient certains de trouver beaucoup de clients.
Récupérer ce sang était le point sensible. Elvendork avait affirmé que c'était possible. Ses frères s'étaient moqués de lui suite à cette annonce, et cela n'avait fait que renforcer sa détermination.
Il se trouvait que le plus jeune de la fratrie Elphick allait parfois dans la Forêt ramasser certaines plantes qu'on ne trouvait que là-bas et qu'il revendait ensuite. Il avait remarqué que certaines heures étaient moins dangereuses que d'autres : celle où les centaures dormaient, où les vampires s'abritaient du soleil, et où les harpies étaient au village pour travailler ou se distraire au pub. Il avait aussi déterminé, par le crottin qu'ils laissaient derrière eux, où passaient les équidés. Il avait remarqué que c'étaient des voies que d'autres créatures évitaient, ce qui lui garantissait une certaine sécurité. Cependant, la sœur et le beau-frère ne pensaient pas que ces connaissances permettraient à Everlock de mettre ses vantardises en pratique. Il ne s'était jamais aventuré loin dans la Forêt, et tout le monde savait que les centaures étaient agressifs et dangereux.
Bellock et son mari ignoraient comment il s'y était pris en fin de compte, mais il était rentré un jour avec des côtes cassées, pas mal de plaies et de bosses, et une outre de cinq litres pleine de sang. Bellock avait soigné son frère — comme toujours quand l'un d'eux se prenait un coup — et s'en était retournée à ses affaires, ne voulant pas être mêlée à ce qu'il avait fait. Elle et son mari s'étaient alarmés en apprenant que des Aurors enquêtaient, mais avaient préféré garder profil bas, de peur d'être inquiétés.
Harry et Pritchard tombèrent d'accord sur le fait que le couple était sans doute plus impliqué qu'il ne le prétendait. Mais les Oddpick restaient leur meilleure chance de coincer le principal meurtrier.
Ils en étaient toujours au même point à la fin de la journée. Les frères Elphick furent transférés dans les cellules du département de la Justice magique, Althea nettoya son nécessaire à potions et les pièces à conviction furent soigneusement rangées.
Harry rassembla dans son bureau toute l'équipe qui avait travaillé sur l'affaire ce jour-là :
— Demain, on continue à étudier le livre de runes et on monte un dossier pour demander l'emprisonnement de nos trois larrons jusqu'au procès. Je vous rappelle que c'est une enquête sensible, où des créatures magiques sont impliquées. Vous avez interdiction formelle d'en parler à quiconque. S'il y a des fuites, cela ne doit pas venir de nous, d'accord ?
Il attendit que chacun ait acquiescé avant de continuer :
— Vous avez fait un excellent travail toute la journée, je vous remercie.
Harry hésita et ajouta :
— Le seul qui a fait un faux pas, c'est moi quand je me suis trop avancé pendant l'assaut, et que je me suis pris un sort. Oldrige, tu as très bien rattrapé le coup, on voit que tu bosses dur aux entraînements. Il va falloir que je retravaille de mon côté.
Il y eut des sourires, mais Owen et Vince Oldrige, qui avaient assisté à la récupération de sa baguette par Harry, restèrent de marbre. Harry donna des instructions plus précises pour les tâches de chacun le lendemain, puis mit fin à la rencontre.
— Et maintenant ? demanda précautionneusement Stanislas.
— Je vais faire un rapport circonstancié au ministre et lui laisser la main pour la communication avec la presse.
— Bien, je préfère ça.
— Plus qu'à espérer qu'il ne tente pas d'empêcher la procédure de suivre son cours, précisa Harry.
— Je suppose que tu ferais ton possible pour que le procès se tienne malgré tout.
— Tu supposes bien, confirma laconiquement le commandant des Aurors.
Harry rédigea une longue note, qu'il envoya magiquement à Ackerley. Quand il sortit de son bureau, Owen était encore à sa place. Le commandant des Aurors considéra la situation. Il pouvait tout simplement rentrer chez lui, après un bref signe de tête à l'intention de son ami. Cependant, il savait que si Owen était encore là, c'était dans l'espoir de lui parler en tête-à-tête. En bon Gryffondor, Harry n'était pas du genre à fuir une situation gênante, surtout si c'était un ami qui le sollicitait.
— Un moment pour prendre un verre ? proposa-t-il donc.
— Ça me ferait plaisir, confirma Owen.
Ils échangèrent des nouvelles de leurs familles respectives le temps de sortir du ministère et d'être servis dans un bar du Chemin de Traverse. Une fois le serveur éloigné, Harry posa discrètement une bulle de silence et se lança :
— On ne va pas tourner autour du pot. Tu te demandes pourquoi j'ai balancé un Experliarmus sur un homme immobilisé.
— C'était assez inattendu, convint Owen.
— Je suppose. Sache que ce n'était pas par peur ou par vengeance. Je devais le faire, c'est tout. Par contre, je ne peux pas t'expliquer pourquoi.
— C'est lié à ce que tu es ? tenta de deviner Owen. Tes histoires de Survivant ?
— Oui.
Son ami resta pensif un moment avant de commenter avec un petit sourire :
— C'est étrange, quand même. Tu en reviens toujours à l'Expelliarmus. À croire que c'est ta marque de fabrique.
— On me l'a déjà fait remarquer, répondit Harry en pensant à Remus et à la conversation qu'ils avaient eue durant le dernier Noël qu'ils avaient partagé. Pourquoi veux-tu que j'en change alors qu'il remplit parfaitement son rôle ?
— Laisse-moi te dire que c'est totalement incompréhensible, jugea Owen. Le fait que tu aies vaincu Tu-Sais-Qui avec ce sort reste un grand mystère pour tout le monde.
— Et ça doit le rester, affirma Harry.
— Comme celui d'aujourd'hui ?
— Tu en sais déjà trop, soupira Harry.
— Je ne suis pas le seul à me poser des questions, remarqua Owen.
— J'imagine. Mais Vince Oldrige n'est pas mon ami, et je préfère qu'il pense que j'ai dérapé plutôt que de lui fournir des informations qui pourraient avoir des conséquences graves. Je peux supporter de descendre dans son estime à lui.
Par un hochement de tête, Owen montra qu'il avait saisi la signification en creux de cette affirmation. Il était conscient de l'amitié que Harry lui témoignait en lui faisant ces confidences. Ils se turent un moment, sirotant leur Bièraubeurre. Harry laissa ses pensées vagabonder sur le duel historique qui l'avait opposé à Voldemort. Il se souvint alors que si sa compréhension du fonctionnement de la baguette de l'Aîné avait joué un rôle, il avait bénéficié au cours des années de l'aide de nombreux alliés.
— Ce n'est pas seulement avec un Expelliarmus que j'ai vaincu, apprit-il à Owen. C'est aussi grâce à l'Amour.
Cette réplique laissa un moment son ami sans voix, avant qu'il ne réponde :
— Ne me dis pas qu'il a suffi de bons sentiments pour vaincre Tu-Sais-Qui !
— Je n'ai pas dit les bons sentiments, j'ai dit l'Amour, précisa Harry.
— Tu l'as vaincu parce que tu l'aimais ? demanda Owen d'une voix qui hésitait entre l'incrédulité et le ton de celui qui n'a pas l'intention de s'en laisser conter.
Harry sourit. Maintenant, il comprenait pourquoi Dumbledore utilisait cette ellipse.
— J'ai survécu à dix-huit mois grâce à l'amour de ma mère, développa-t-il. Nous avons gagné un espion décisif parce qu'un homme l'a aimé sans espoir. Le mentor dont j'avais besoin pour mener à bien ma tâche a été façonné par un amour de jeunesse, qui lui a fait faire des erreurs et lui a donné le désir de se racheter. L'incapacité de Voldemort à aimer l'a rendu aveugle et l'a empêché de s'emparer de l'arme qu'il convoitait. Tous les soutiens que j'ai reçus m'ont amené là où j'ai été et m'ont donné la force et le désir d'accomplir ce qui devait être fait.
Plusieurs secondes de silence suivirent cette déclaration. Owen tentait manifestement de tirer de cette description de quoi combler sa curiosité.
— D'accord, dit-il finalement. L'Amour.
Ils se calèrent sur leur siège, alors que l'énergie qui les avait soutenus toute la journée s'estompait et que la fatigue gagnait du terrain. Quand ils reposèrent leur verre, ils échangèrent un regard, et Harry fit un geste pour commander une seconde tournée, trop engourdi pour se lever et rentrer chez lui.
— Finalement, tu as aimé retourner à Poudlard ? demanda-t-il à Owen quand ils furent servis.
— J'ai davantage l'impression d'être retourné dans la Forêt interdite qu'à Poudlard, tempéra Owen. Mais c'était sympa de revoir le bureau du directeur. La dernière fois, j'étais trop sous l'emprise de l'amulette pour apprécier.
— Et tu n'y as jamais été en tant qu'élève ? s'informa Harry.
Cela fit rire son ami :
— Personne n'avait envie d'y être convoqué, tu sais. C'était généralement lié à de très gros problèmes. Je pense que tu as pulvérisé un record en y faisant au moins une visite chaque année.
— Non, opposa Harry, Brocklehurst ne m'y a jamais fait venir. Cette dernière année a d'ailleurs été très reposante. C'était bien, non ?
Owen hocha poliment la tête, sans paraître bien enthousiaste.
— Quoi ? demanda Harry. J'ai raté quelque chose ?
— Je ne sais pas si tu imagines ce que ça a pu être pour les Serpentards de revenir à Poudlard, juste trois mois après avoir dû évacuer la Grande Salle sous le regard haineux des trois autres maisons, rétorqua son ami. Dans le Poudlard Express qui nous a amenés début août pour les sessions de rattrapage, les parents nous ont tous rassemblés dans le même wagon. Même les préfets sont restés avec nous, tellement ils étaient persuadés qu'ils allaient se faire éjecter du compartiment qui leur était réservé.
Harry, qui était arrivé un mois plus tard, ne s'était jamais demandé comment cela s'était passé. Il ne se rappelait pas que Ginny ait abordé le sujet avec lui.
— Ensuite, quand Brocklehurst nous a fait son petit discours sur la tolérance et l'amitié entre les maisons, je peux te dire qu'on n'en a pas cru un mot, continua Owen tout à ses souvenirs. On se disait que personne ne pourrait nous pardonner ce qui s'était passé tout au long de l'année précédente, et que ces bons sentiments resteraient lettre morte. Mais on a bien dû admettre qu'il y avait une réelle volonté des profs à nous intégrer quand on s'est retrouvés mélangés en classe et que les tutorats ont été mis en place. Avoir des tuteurs poufsouffles et devoir aider des Gryffondors, ça a fait bizarre !
Il sourit, comme si l'expérience lui avait laissé de bons souvenirs finalement.
— Je ne dis pas que c'était le bonheur et l'amitié à tous les étages, conclut-il, mais ça a été moins dur qu'on ne l'avait craint.
— L'époque des procès a été difficile, se souvint enfin Harry.
— C'est peu de le dire. On essayait de ne pas laisser seuls dans les couloirs ceux dont les parents étaient en train d'être jugés, mais il y a quand même eu des passages à tabac et des brimades.
— Ça a été difficile pour Augustin qui était dans ma maison, raconta Harry. J'en ai parlé avec McGonagall, une fois, et elle m'a dit que les Gryffondors s'étaient particulièrement mal comportés.
— C'est le problème avec ceux qui pensent détenir l'exclusivité du courage et de la vertu, remarqua Owen avec une voix acide qui fit comprendre que les efforts du professeur Brocklehurst avaient été appréciés, mais n'avaient pas toujours suffi.
— Ouais, je suppose que les Gryffondors sont un peu énervants, quand ils s'y mettent, reconnut Harry avec contrition.
— C'est bon, je ne disais pas ça pour toi, assura Owen. S'il y en avait un qui pouvait la ramener, c'était bien toi. Et puis tu cassais les pieds à Malefoy, et rien que pour ça, je te trouvais presque supportable.
— Sauf quand on s'est retrouvé opposés en tant qu'attrapeur la sixième année, subodora Harry.
— Pour tout te dire, j'espérais très fort que tu te casses la jambe avant chaque match. En tout esprit sportif, bien sûr.
— Je n'en doute pas, ricana l'attrapeur vedette des Gryffondors.
Harry retrouva non seulement Ginny en rentrant chez lui, mais aussi Ron et Hermione. Il n'en fut pas étonné : cela faisait près de vingt-cinq ans qu'ils se soutenaient mutuellement, envers et contre tout. Les Weasley avaient amené leurs enfants, ce qui réjouissait James, Albus et Lily. On entendait des cavalcades et des rires dans les étages. Les adultes abordèrent des sujets légers durant toute la soirée, ne se réservant qu'un petit aparté juste avant que les invités ne rentrent chez eux.
— Comment ça se présente, finalement ? demanda Hermione.
— On a deux témoignages et quelques indices. Léger, mais jouable. On va se dépêcher de déposer le dossier.
— Tu as mis le ministre au courant ?
— Je lui ai envoyé un rapport détaillé. Je ne veux pas qu'il pense que je tente de le doubler. J'attends de voir comment il va gérer l'info avec la presse avant de dire quoi que ce soit.
— Dis, Harry, c'est toi qui as envoyé la police me demander ce que je savais à propos de recherches sur les fils d'acromentules ? s'enquit Ron.
— Euh… oui. Ça a croisé mon enquête, je voulais être certain que cela ne me concernait pas.
— Je n'ai pas pu leur dire grand-chose. C'est la guilde des Tisserands qui est sur le coup.
— De quoi parlez-vous ? demanda Ginny.
— Je pense qu'on va avoir un nouveau tissu, typiquement sorciers d'ici quelques mois, révéla Ron. Très fin et très résistant. Je ne sais pas ce que cela va donner pour les vêtements mais, côté artisanat, on est assez intéressés par le résultat. Tout ce qui est sac, tentes, bâches, couverture pourrait être sensiblement amélioré. Ils ont eu l'idée d'étudier les fils que produisent ces sales bestioles et de s'en inspirer pour créer un nouveau matériau.
— Toujours aussi copain avec les araignées, je vois, le taquina Harry.
— On voit que ce n'est pas toi qui as failli te faire boulotter par ces monstres à pattes velues… Ah si, c'est vrai, tu étais avec moi. Tu ne serais pas un peu masochiste, Harry ?
— Je n'ai pas dit que je les aimais. D'ailleurs, je me suis pas mal baladé dans la Forêt interdite, cette semaine, et j'ai soigneusement évité de les croiser. Tu vois, j'apprends avec l'âge.
— Et notre bonne vieille voiture, tu l'as revue ?
— Je n'ai pas eu le temps de partir à sa recherche. Je me suis borné à discuter avec les centaures, les vampires et les harpies. Je tiens à faire remarquer que le seul entretien vraiment désagréable que j'ai eu, c'était avec le ministre.
— Mon pauvre Harry, tu vas toujours traîner dans des endroits glauques, aussi, conclut Ron en lui donnant une bourrade amicale dans le dos.
ooOoo
On se retrouve dans deux semaines pour un chapitre dont le titre sera "Les raisons invoquées".
Pour information, j'ai repris le suivi de ma progression sur mon LiveJournal (compte Alixe75). Vous pouvez le lire sans vous inscrire au site.
Comme je l'avais prévu, mon dernier chapitre sera posté le 3 septembre 2017 (jour de la rentrée d'Albus). Je suis actuellement en train de rédiger le chapitre 35, qui raconte l'été 2017 et qui devrait aussi contenir l'épilogue (dont je réécrirai la narration, ne gardant que les dialogues).
Si vous avez un personnage dont vous avez envie d'avoir des nouvelles, c'est le moment de le dire. Dans la mesure du possible, je glisserai un passage à son propos.
Alixe
