Titre : Chasse Gardée !
Source : Gundam Wing AC.
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Killashandra, Ethan etc.

Pairing : 1x2, 3x4 et autres

Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner, Wufei Chang, Sally Po Chang + des personnages secondaires

Note de l'auteure : bonjour tout le monde et merci d'être là pour ce dernier chapitre. Merci pour vos messages ou vos ajouts, après tant de chapitres, ça me fait toujours plaisir ! Je n'ai pas grand-chose à dire, c'est la fin et ça me soulage un peu, je n'aime pas quand ça dure trop longtemps dans les conditions qui ont été celles que j'ai rencontré durant les un an et demi d'écriture de cette fic. J'espère que cette conclusion vous plaira ainsi que le court épilogue qui suivra rapidement.

Rars :

JTFLM : Merci pour ton petit mot ! La réponse à ta question sur l'avenir de la relation d'Ethan et de Kill se trouve dans ce chapitre. J'espère qu'il te plaira ! Bonne lecture à toi !

Celine : hello ^^ merci pour ton comm', je suis contente que le chapitre t'ait plu. Celui-ci est plus long, rassure-toi, j'espère que tu passeras un bon moment à le lire. Bonne continuation et à bientôt !

Caro06 : merci à toi, encore une fois ! j'espère que tu apprécieras la fin de cette fic avec ce chapitre bien long, même si j'ai fait plus long… Bonne continuation et bonne lecture !

Bonne lecture à tous.

oOo


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Chapitre vingt-huit : La retraite du Chasseur

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Cinq ans plus tard
Juin AC 209
El Qatar,
Chapiteau du cirque Mobile Suits

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- C'est bien, sweetie. N'oublie pas que c'est le mouvement de ton poignet qui donne de la hauteur à ta quille, et pas celui de ton bras. Garde les épaules basses et alignées.

- Oui, dad ! répond Neliel à Duo.

- Honey, envoie-moi deux autres quilles, s'il-te-plaît.

- Ah non ! proteste la petite fille, j'y arriverai jamais !

- Reste concentrée, Nell, lui conseille Heero en lançant les quilles à Duo, tout en gardant ses yeux sur leur fille. Tu n'as pas encore le niveau pour jongler et parler en même temps.

- Ton père a raison, sweetie !

Effectivement, alors qu'elle grommelle quelque chose, elle laisse échapper une quille de ses mains.
Mais pas les autres, et elle continue de jongler avec trois quilles au lieu de quatre, jusqu'à ce que Duo ne lui envoie une nouvelle, avec fierté.

Heero va récupérer celle qui est tombée et a rebondi un peu plus loin.

Ce faisant, il se retrouve devant le rideau qui sépare la piste des coulisses, d'où s'avance une silhouette familière.
Un homme qu'il n'a pas vu depuis bien longtemps, bien qu'ils n'aient jamais vraiment perdu le contact.

Jusqu'à récemment, du moins.

- Bonjour, Heero.

- Bonjour, Ethan.

- Ethan ? Oh ! God, c'est bien vrai ! s'exclame Duo en les rejoignant. Mais oui ! ajoute-t-il en enfermant leur ami dans une puissante étreinte. Ca fait tellement plaisir de te voir ! Quel bon vent t'amène ?

- Un vent de nostalgie, répond-il, alors qu'Heero lui donne une franche accolade, ce que Duo ne lui a pas laissé le temps de faire. Vous me manquiez vraiment beaucoup.

- T'es sérieux, là ?

- Evidemment ! C'est un réel plaisir de retrouver cette piste et la bonne odeur de sciure, de revoir tout le monde... ou presque !

Ethan est resté seulement une saison au cirque, après le départ de Killashandra.
Ensuite, il a rejoint Gage et utilisé les ressources des mercenaires pour tenter de retrouver la jeune femme, dont le manque n'a fait qu'attiser l'amour qu'il s'était découvert pour elle.

- Daddyyyyyyyyyyyyyyyyy !!!!!!

- Oui, ma puce ! Tiens, laisse tomber tes quilles un moment et viens un peu par-là.

- C'est Neliel ? demande Ethan un peu surpris. Comme elle a grandi ! Bonjour, jeune fille, la salue-t-il ensuite avec un sourire chaleureux que Duo ne se rappelle pas avoir déjà vu très souvent chez lui. Tu ne dois pas te souvenir de moi…

La petite fille fronce les sourcils.

- Si, tu es le gentil monsieur ami de mes papas qui m'a offert le très gros panda en peluche, le Noël où on m'a dit que le Père Noël existait pas !

- Oui, c'est bien moi ! Je suis content que tu t'en souviennes. Je t'ai connu quand tu étais toute petite, mais on ne s'est pas vu longtemps. Je suis Ethan.

- D'accord. Tu faisais aussi des animaux dans des planches avec un couteau, je me rappelle !

- C'est vrai.

- Dis, tu sais jongler ? demande-t-elle brusquement.

- Un peu ! Mais ça date…

- Hey, sweetie, et si tu retournais t'entraîner encore un peu, hum ? propose Duo en passant tendrement sa main dans les cheveux de sa fille. Comme ça, tu pourras montrer à Ethan comme tu jongles bien.

- D'accord ! s'enthousiasme-t-elle, avant de courir ramasser ses quilles pour reprendre ses exercices.

Les trois hommes, quant à eux, vont s'installer dans les gradins, après qu'Ethan leur ait certifié avoir du temps devant lui, vu qu'il n'a pas l'intention de repartir immédiatement.
A peine ont-ils commencé à s'échanger les nouvelles que Saphir entre sous le chapiteau et se dirige vers eux, tenant un petit garçon d'environ quatre ou cinq ans par la main.

Les apercevant, l'enfant se détache et court vers eux.

- Ayah ! (1) s'écrie-t-il en sautant sur les genoux d'Ethan, qui n'a guère eu le temps de se lever.

Ceci, sous le regard ahuri de Duo et à peine curieux d'Heero.

- Ton fils est adorable, Ethan, mais je pense qu'il serait bien plus rassuré de terminer la visite de la ménagerie avec toi !

- Ok, on y retournera ensemble. Merci, Saphir, c'est gentil de t'en être occupé.

- Merci, madame, murmure le petit enfant avec un sourire timide.

- Avec plaisir, répond-elle en s'inclinant légèrement. A plus tard, jeune garçon ! ajoute-t-elle avant de redescendre pour sortir. Bravo, Nell, tu es de plus en plus adroite avec les quilles !

- Merci ! Oh ! flûte !

- Désolée, je t'ai déconcentrée ! Je file ! assure-t-elle après un dernier signe de la main.

- Dis, ayah, on pourra vraiment retourner voir les animaux ?

- Oui, mon grand. On a le temps, tu sais. Il y a beaucoup de choses, d'animaux et de gens à voir, ici. Et d'abord, il y a ces deux messieurs qui sont des amis très importants, Heero et Duo. Tu veux bien leur dire bonjour ?

- Salut, toi. Je suis Duo, et voici Heero.

- Bonjour, bonhomme.

- Bonjour, je m'appelle Vanyel et j'ai 4 ans, leur dit-il en les fixant tour à tour de ses incroyables yeux de chat, d'un bleu à rendre jaloux le ciel d'été.

- Quatre ans ? Tu es un grand garçon, déjà ! Notre fils Andrew a aussi 4 ans, tu pourras jouer avec lui tout à l'heure, si tu veux !

- Oh ! chouette ! répond-il avec un incroyable sourire. Et la fille, là-bas, qu'est-ce qu'elle fait ?

- C'est notre fille, Nell. Elle jongle avec des quilles.

- Et si tu allais la voir ? propose Ethan en ébouriffant les mèches brunes de son fils. Elle est très gentille, tu sais.

- D'accord !

- Elle t'expliquera comment elle jongle, ajoute Duo, alors que le petit garçon descend des genoux de son père.

En quelques sauts, il rejoint la piste et Nell, qui, comme prévu, l'accueille très gentiment.

- Ca pour une surprise… reprend Duo en souriant à Ethan. Tu ne nous en as jamais parlé !

- Je ne savais rien de son existence, jusqu'à il y a à peu près un an.

- C'est à ce moment-là que tu as cessé de donner de tes nouvelles, remarque Heero, sans aucun reproche, cependant.

- Et je m'en excuse. J'ai été si dépassé par les évènements… Je n'ai pas vu le temps passer, je vous assure ! J'ai fini par reprendre conscience du monde qui m'entourait, mais avant de venir ici, on devait régler quelques petites choses ailleurs.

- Le « on » donne quelques indices, ainsi que la ressemblance entre ton fils et Killashandra. Mais j'ai tellement envie d'entendre qu'elle est bien sa mère que je fabule peut-être…

- Non, Duo, c'est bien notre fils à tous les deux. Van a de la chance d'avoir hérité de ses magnifiques yeux de chat, et pas que ça, d'ailleurs.

- Tu l'as donc bien retrouvée ! sourit Duo, vraiment heureux pour son ami, en lui donnant un coup de poing amical sur l'épaule. Je suis trop content !

- C'est elle qui m'a trouvé, plutôt.

- C'était attendu, de sa part, intervient Heero.

- Oui. Si elle ne l'avait pas voulu, je l'aurais cherché encore un moment, je pense…

Il s'interrompt, un voile de tristesse traversant son regard sombre.

- Eth'… le rappelle Duo en posant sa main sur son bras, après avoir échangé un regard avec Heero.

- Désolé, il n'y a pas que des bons souvenirs ! Mais ça va, maintenant… Ca va même très bien !

- Comment se sont passés vos retrouvailles ? Enfin, si ce n'est pas trop indiscret…

- Pas du tout ! Et je vous le dois, même si vous m'assurez du contraire. En fait, commence-t-il après qu'ils aient échangé un regard entendu, il y a un peu plus d'un an, une femme s'est présentée à moi avec une lettre de Kill'. Je rentrais alors d'une mission particulièrement difficile avec Gage, j'étais à plat moralement et physiquement, mes pistes concernant Kill ne donnaient rien… Je m'étais donc isolé pour au moins deux semaines dans ma yourte, au cœur de la vallée mongole de l'Orkhon. Et c'est là qu'un matin comme un autre, j'ai vu débarquer ce petit bout de femme montée sur un hainag

- Un quoi ? l'interrompt Duo.

- Un hainag. C'est le résultat mâle d'un croisement entre un yak et une vache.

- Les mongols en élèvent beaucoup parce qu'ils se comportent mieux que les yaks en faible altitude, précise Heero. On en a déjà vu, tenshi, il y a deux ans, quand le cirque a prolongé son itinéraire loin dans les terres kazakhes. Nell est même montée dessus.

- Ah ! oui, je me souviens ! C'est cet animal que j'avais pris pour un yak obèse !

Ethan éclate de rire.

- Duo, vraiment...

- J'avoue, j'y connais rien en bétail ! J'aurais jamais cru qu'une vache puisse se laisser monter par autre chose qu'un taureau. Donc sur le moment, j'ai pensé que le yak devant nous devait être un bon vivant, jusqu'à ce que Heero m'explique !

- Ils sont plus massifs que les yaks sauvages, c'est vrai, reconnaît Ethan en souriant toujours. Mais ils sont aussi et surtout beaucoup plus dociles et ils vivent plus longtemps, voilà leurs véritables atouts.

- Ok, merci pour les explications ! Continue, Ethan, et désolé de t'avoir coupé...

- Pas de problème, surtout si j'ai pu rendre la dignité à un hainag, répond-il avec un clin d'oeil. J'en étais donc au moment où cette femme a débarqué montée sur ce fameux hainag, et sans descendre de sa monture, elle m'a tendu une enveloppe. Cette lettre devait m'être remise à la mort de Killashandra, mais Elisha, la femme en question, n'a pas voulu attendre cette dramatique échéance. Elle m'a expliqué que Kill était malade et condamnée, et que ce serait un beau cadeau d'aller la voir avant que le mal ne l'emporte. Dans sa lettre, Kill' me racontait que notre unique nuit ensemble avait eu pour conséquence la naissance de Vanyel, dont elle me demandait de m'occuper ou d'éventuellement en confier la garde au Quatrine's house, si je ne voulais ou ne pouvais pas m'en charger.

- C'est dingue, cette histoire !

- Après trois ans de recherches infructueuses, oui ! Elisha m'a dit aussi que c'était à cause de moi si Kill' était condamnée, car si elle quittait l'Ile sous la Neige pour se soigner, je finirais par retrouver sa trace…

- L'Ile sous la Neige ! s'exclame Duo.

- Oui. C'est un endroit si petit qu'…

- … qu'aucune carte ne peut la répertorier, connue comme « the Land where Snow falls ».

- Vous connaissez ce lieu ? s'étonne Ethan.

- Oui ! On aurait même pu y penser, dans un sens… Honey ?

- C'est un lieu que l'on gagne pour ne pas être retrouvé. Y penser ou non ne nous donnait pas le droit d'intervenir.

- Mais enfin, Heero, tu es à même de comprendre combien c'est difficile d'être séparé de la personne qu'on aime ! Tu ne crois pas que…

- Je ne vous en veux pas, le coupe Ethan en posant une main apaisante sur l'épaule de Duo, ne voulant pas créer de tension. Les choses ont fini par s'arranger, c'est le principal.

- Ok…

- J'ai donc accompagné Elisha et j'ai pu retrouver Kill', et rencontrer notre fils.

- Et… elle va bien ?

- Oh ! oui ! le rassure Ethan en détachant son regard de son fils, sur lequel il s'était attardé un moment. Une fois loin de l'Ile, elle a pu être soignée correctement. J'en ai parlé dès mon arrivée là-haut à Gage qui en a parlé à Milliardo. Le Prince nous a accueillis chez lui, et nous avons été orientés vers un excellent médecin. Celui-là même qui, sous les recommandations de Sally, a soigné et suivi Treize, il y a cinq ans. Et depuis six mois, elle va définitivement mieux, comme vous le constaterez bientôt. Je l'ai laissée avec Cathy et Sally, en plein pouponnage age sous la tonnelle centrale ! Nous ne sommes pas les seuls à avoir fait de beaux enfants, on dirait !

- C'est vrai que nous avons été assez productifs, ces dernières années ! Enfin nous, pas trop, nuance Duo en basculant la tête en arrière pour sourire à Heero, assis sur le gradin derrière et au-dessus de lui.

- Pourtant, on essaie toutes les nuits et parfois même en plein jour, répond celui-ci, taquin.

Il pose ses lèvres sur le front de Duo et remonte une de ses mains le long de son bras jusqu'à sa nuque, dont il caresse les petits cheveux sous sa longue et désormais légendaire natte, ce qui le fait délicieusement frissonner.

Ethan rit, heureux pour ses amis.

- C'est dingue ! Après presque... 6 ans ensemble, si je compte bien, vous avez l'air tout aussi proches et amoureux qu'aux premiers jours !

- Tu te trompes, nous le sommes plus encore, répondent-ils en chœur, avant d'échanger un court et chaste baiser.

- Et de votre côté, vous en êtes où, Kill' et toi ? reprend Duo sans trop se détacher d'Heero, sa tête contre son ventre et ses bras sur ses cuisses.

- J'ai eu du mal à la convaincre de la sincérité de mon amour pour elle, mais j'ai fini par y arriver ! Nous sommes ensemble depuis bientôt quatre mois, maintenant.

- Alors que vos retrouvailles datent d'un an ?

- Eh ! oui… Elle pensait que j'étais auprès d'elle par pitié ou pour notre fils.

- Pourtant, elle était au courant que tu l'avais cherchée depuis son départ et durant trois ans, si j'ai bien tout suivi ?

- Oui, Duo. Mais elle ne voulait pas croire que c'était par amour. Je l'ai toujours dit, elle est l'être le plus borné de la Création ! Mais à présent, elle est bien forcée de le reconnaître. Je l'aime tellement et je suis si heureux de l'avoir retrouvée, j'aime tellement ma vie avec elle et notre fils, qu'il faudrait vraiment être aveugle pour ne pas le voir !

- Tu es un peu plus marqué que dans mon souvenir, mais en même temps, tu es vraiment détendu, en paix, ça se voit…

- Et ça se sent… ajoute Heero.

- Oui ! On t'a rarement vu dans cet état, en fait ! Même jamais, je crois bien… On est content pour toi, hein, honey ?

- Hn. Tu mérites d'être heureux.

- Merci à vous deux, en tout cas. Je n'oublie pas le soutien que vous m'avez apporté, durant ces trois ans. Ca m'a fait du bien de vous parler et de vous écrire, de passer vous voir même rapidement.

- You're welcome ! assure Duo avec un grand sourire, qu'Ethan lui rend.

Leur rend à tous les deux, car oui, Heero lui sourit aussi.

- A votre tour de me dire ce qui s'est passé ici, cette dernière année où je n'ai pas pris de nouvelles !

- Pourquoi on ne dînerait pas plutôt tous ensemble, ce soir ? Ca nous permettrait de tout se raconter, et de laisser nos enfants faire connaissance. Même si Nell semble avoir déjà adopté ton fils ! ajoute-t-il, le regard posé sur les deux enfants au centre de la piste. Andrew risque d'être jaloux, s'il voit ça !

- Elle les prendra tous les deux sous son aile, tenshi, comme elle le fait toujours avec les enfants plus jeunes.

- C'est vrai. Mais Andy adore sa soeur, il voudrait la garder pour elle uniquement, même s'il n'est pas méchant avec les autres enfants qui s'approchent, tu n'as rien à craindre pour ton fils, Ethan.

- Je n'arrive pas à imaginer que ton fils puisse être méchant, Duo. Même s'il est biologiquement celui d'Heero, vous l'avez élevé ensemble, et si Heero s'est montré méchant par le passé, je crois que le père de famille qu'il est devenu a détruit toute cette partie-là.

- Il n'a jamais été foncièrement méchant, même en tant que mercenaire, j'en suis persuadé.

- Et tu as entièrement raison, assure Ethan.

- Alors, tu es partant pour le dîner, Eth' ?

- Avec plaisir !

- Si Quatre est d'accord, et je suis sûr qu'il le sera, on organisera ça au palais, tous ensemble. On pourra passer une soirée tranquille sans se prendre la tête pour les enfants, comme ça.

- D'après mes souvenirs, il ne doit pas y avoir de meilleur endroit que le palais de Quatre pour que les enfants puissent jouer en toute sécurité ! reconnaît Ethan. Vanyel sera content, il adore jouer avec les autres enfants. On a beaucoup voyagé, ces derniers mois, il s'est senti un peu seul.

- Il faut lui donner une petite sœur ou un petit frère ! avance Duo avec un sourire malicieux.

- On y pense, mais chacun de son côté, en fait ! Il nous faut un peu de temps pour se projeter ensemble dans l'avenir. Même si c'est ce qu'on veut et qu'on le fait, on en parle pas encore.

- Ca viendra.

- Je sais. J'ai enfin compris ce sentiment d'évidence dont vous me parliez, parce que je le ressens pleinement, aujourd'hui. Killashandra est la personne avec qui je veux vieillir et finir ma vie, celle que je veux retrouver après, s'il existe quelque chose.

Heero et Duo échangent un regard entendu et complice.

- Nous vous le souhaitons.

- Merci.

- Dis, est-ce qu'il y a quelqu'un d'autre que tu as envie de voir, ce soir, au dîner ? Wufei, Sally et leurs enfants, peut-être ?

- J'adorerai ! Mais seulement eux, parce qu'ils sont les seuls avec qui nous pourrons parler librement de tout. Les autres, j'aurais le temps de les voir plus tard. J'ai pas envie d'avoir à surveiller chacun de mes mots.

- Tu m'étonnes ! Bien, alors allons organiser tout ça et prévenir notre petit monde.

- Appelle Quatre, tenshi, je m'occupe de Wufei et Sally.

- Ok, honey, répond Duo en se levant. Les enfants, on y va !

- On arrive, Dad !

- Je t'accompagne, Heero, décide Ethan, debout à son tour. Cela me permettra peut-être de retrouver Kill', si elle pouponne toujours…

- On va voir les animaux, ayah ?

- Je crois que ton fils a d'autres projets, sourit Duo.

- Oui, et une promesse est une promesse. Si tu croises Kill', Heero, tu pourras lui dire où on est, s'il-te-plaît ?

- Hn.

- Ibu va venir voir les animaux avec nous ? demande le petit Van, alors qu'ils quittent la piste par les coulisses.

- Elle préfère de loin les bébés et les enfants, mais si elle sait qu'on est tous les deux en train de visiter la ménagerie, elle nous rejoindra sûrement. Sinon, on reviendra avec elle. Tu sais, on va rester un moment ici.

- D'accord ! Et Nell, elle vient avec nous, dis ?

- C'est comme elle veut !

- Je peux ? demande la petite fille en faisant aller son regard de Duo à Heero.

- Bien sûr, sweetie ! Le cirque a fait quelques acquisitions depuis ton départ, Eth', Nell pourra te les montrer. Moi-même, je vous rejoindrai après avoir parlé à Quatre.

- Parfait !

S'étant tous mis d'accord, ils se séparent pour un court laps de temps.

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Le soir-même,
Palais résidentiel Raberba Winner

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- Cette coiffure te va vraiment bien, mais j'aimais beaucoup les deux mèches qui encadraient ton visage, avant.

Killashandra sourit à Duo et attrape machinalement quelques cheveux bruns échappés de sa queue de cheval haute, pour les entortiller autour de son doigt.

- J'ai été obligée de les couper, Van tirait constamment dessus !

- Andrew a aussi tendance à s'accrocher à ma natte et à jouer à Tarzan, depuis tout petit !

- Je l'imagine bien, avec son sourcil froncé ! rit-elle de bon cœur. Y a pas de doutes, c'est vraiment le fils d'Heero !

- Il lui ressemble, ainsi qu'à sa mère. Je suis content qu'il ait un héritage aussi équilibré de ses deux parents.

La jeune femme regarde longuement Duo, par-dessus sa flûte de champagne.

- Ca a dû être très difficile de perdre Lyria, finit-elle par murmurer, arrachant Duo à ses pensées.

- Oui. Toute la période qui a suivi son accouchement, puis sa disparition, a été très difficile à gérer. Etre heureux d'avoir un enfant et pleurer en même temps une personne si chère, sans le courage de qui cet enfant n'aurait jamais vu le jour, ça te met dans un état épouvantable au quotidien. Il nous a fallu être fort pour Nell, et Heero nous a énormément apporté. J'ai été plus touché que je ne le pensais en perdant Lyria, sans lui pour maintenir un semblant de cohésion dans notre famille, je ne sais vraiment pas où on en serait, aujourd'hui. On aurait certainement perdu plus que Lyria, et c'était déjà trop…

- J'ai pu constater combien Yuy et Nell s'adoraient. Elle l'appelle même « otōsan».

- C'est elle qui a décidé ! Au début, elle utilisait le grec « babás ». Mais depuis qu'Heero lui a expliqué qu'il parlait en japonais pour tout ce qui était affectueux, comme un souvenir inconscient d'un lien maternel, elle a opté définitivement pour « otōsan».

- C'est un symbole fort.

- Oui, j'en suis conscient. Elle le considère vraiment comme son père et ils sont très complices. Ca aussi, c'est merveilleux à vivre, même si c'est aussi fort que depuis très récemment.

- C'est-à-dire ?

- Eh bien, ils se sont définitivement rapprochés quand Nell a fait sa première crise, il y a environ un an, au moment où ses cheveux ont commencé à devenir plus foncés.

- C'est vrai qu'ils étaient d'un magnifique blond vénitien, quand elle était toute petite, se souvient Killashandra en jetant un œil aux enfants qui jouent dans le jardin, un peu plus loin devant eux. A présent, ils sont pratiquement aussi châtains que les tiens !

- Justement ! Elle s'est mise à me détester pour cette raison.

- Mais pourquoi ? Ils sont très beaux, tes cheveux, que ce soit leur texture ou leur couleur ! affirme-t-elle en ramenant la lourde natte de Duo sur son épaule.

- Le problème, c'est que ce blond était un héritage de sa mère, c'est tout ce qui lui restait d'elle. Elle a vu ça comme la disparition de son dernier lien avec Lyria.

- Je comprends mieux…

- Et comme il lui fallait un responsable et qu'elle me ressemblait déjà beaucoup, elle s'est mise à me repousser, à me rejeter complètement, explique Duo en grimaçant à ce souvenir. Ma présence seule lui causait de véritables crises d'hystérie ! Heureusement, Heero est intervenu et a réussi à la calmer, durant un petit séjour en tête-à-tête à la mer. Lorsqu'ils sont revenus, les choses sont progressivement rentrées dans l'ordre. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre eux, et je ne leur ai pas demandé. C'est leur secret et je le respecte. Ce qui compte, c'est que Nell a fini par s'excuser de son comportement et notre vie a repris son cours, paisiblement. On est même encore plus proches qu'avant.

- Ah, ça, je peux rien dire pour votre fille, mais j'ai bien remarqué que c'était toujours aussi… intense entre Yuy et toi.

- C'est vrai ! On a traversé des moments difficiles en famille, mais notre couple n'a jamais été mis à mal, bien au contraire. Même au cœur des disputes, même soumis à des tensions, malgré les mots durs, on a su pardonner, gérer et faire face. J'espère que vous vivrez la même chose, Ethan et toi.

- Peut-être, nous verrons bien !

- Je profite qu'on se soit isolés pour obtenir quelques réponses aux questions que je me pose, depuis qu'Ethan nous a parlé.

- Laisse-moi m'asseoir, dans ce cas ! demande-t-elle en grimpant sur la rambarde délimitant la terrasse, d'un mouvement très gracieux et félin.

Et sans renverser une seule goutte de son champagne, évidemment.

- Je ne vais pas te soumettre à la torture ! proteste Duo, en la rejoignant cependant sur son perchoir en marbre. Je me demandais juste si c'était bien à cause de ta grossesse que tu t'étais cachée tout ce temps.

- Oui. Je ne voulais pas imposer ça à Ethan. Je refusais d'imaginer qu'il puisse m'aimer au point d'accepter ce sacrifice. Je le voyais si jeune, avec la vie devant lui, après avoir été libéré de Docteur J.

- C'est toi qu'il voulait, Kill'.

- Je le sais, aujourd'hui.

- Les années passant et sa détermination à te retrouver ne t'ont pas convaincue ? Tu savais tout ce qu'il faisait pour te retrouver, non ?

- Je le savais, bien sûr. Mais je suis tombée malade si vite… Je ne me pensais pas invulnérable, mais je n'imaginais pas pouvoir souffrir de quelque maladie que ce soit, après avoir bénéficié du renforcement de mon organisme par le Docteur. Ca a remis pas mal de choses en questions. Ethan m'avait déjà perdue une fois, je ne voulais pas qu'il ait à revivre une telle douleur, s'il devait me retrouver et me perdre à nouveau. A l'époque, je ne savais pas que je pouvais vraiment guérir hors de l'Ile, les chances étaient très minces. Trop pour que je prenne le risque.

- J'imagine bien que ça a dû être difficile à gérer, sans compter le fait que tu étais devenue mère.

- Le rôle de ma vie ! assure-t-elle avec un sourire éclatant. J'étais habituée à en prendre depuis si longtemps, des vies, la donner moi-même a été un véritable choc, tu sais, Duo. Heureusement que j'ai été soutenue et pas qu'un peu. Elisha a été une perle, un miracle, un cadeau du ciel en lequel je ne croyais pas. Je me suis réconciliée avec mon instinct maternel et fais taire celui de tueuse grâce à elle, en très grande partie. C'est ainsi que j'ai pu aimer et élever mon fils sans aucune culpabilité. Tu sais, du genre « je suis égoïste, il mérite une meilleure mère que moi… ».

- Je vois, oui ! J'y ai eu le droit avec ma meilleure amie Hilde, à la naissance de sa fille. Moi, je pensais et pense toujours que c'est son escroc de mari qui ne mérite ni une femme comme elle, ni un enfant comme leur adorable Nimra. Mais bon…

- Toujours en guerre contre lui, alors ?

- Jusqu'à mon dernier souffle ! Mais ne parlons plus de lui, je passe une trop bonne soirée !

- Ok ! accepte-t-elle en levant sa flûte, avant de la porter à ses lèvres pour une pétillante gorgée.

- Pour en revenir à toi, je peux déjà constater que tu es véritablement une très bonne mère, Kill'. Je ne te cache pas que ça me fait bizarre de te voir dans ce « rôle », même si je n'aime pas ce terme car ça n'en est pas un. Tu ne joues pas, c'est authentique.

La jeune femme regarde son fils qui se fait courser par celui de Quatre et Trowa, Kheireddine, lui-même fuyant l'un des jumeaux Chang, Shaiming, tandis que sa jumelle est tapie en embuscade derrière un buisson aux côtés d'Andrew, le fils d'Heero et de Duo.

Un deuxième groupe composé de Nell, de Kheira et des deux jeunes employés assurant leur surveillance attend un peu plus loin, au cas où le premier piège ne serait pas efficace, peut-être…

- J'ai aussi parfois du mal à réaliser, mais tout est bien réel, répond Killashandra avec un tendre sourire. Ethan est génial avec nous, depuis le moment où il est revenu dans notre vie et jusqu'à présent.

- Tu l'es aussi avec lui, j'espère ! la taquine-t-il gentiment.

- Oh ! oui. Je considère avoir pas mal de choses à me faire pardonner, Duo. Ces années n'ont pas été perdues, elles étaient nécessaires, je pense. Mais maintenant, je veux en profiter.

- Et bien moi, je vous souhaite tout le bonheur du monde !

- Qu'est-ce que c'est que ces messes-basses ? demande soudain Ethan en les rejoignant.

Il entoure Killashandra de ses bras, par-derrière, et embrasse son épaule nue avant d'y poser son menton.

- Rien de plus qu'une discussion entre amis qui se sont manqués et un échange de vœux de bonheur, répond-elle en se laissant aller contre lui.

- Bien, alors je vous laisse, car je suis concerné ! Mais rejoignez-nous vite, vous nous manquez.

- On arrive.

- Ok. Je t'aime, ma Shanti, ajoute-t-il en se détachant à regret.

- Je t'aime aussi.

Ils échangent un rapide baiser sous le regard attendri de Duo, qui termine son champagne, puis Ethan regagne la véranda.

- « Shanti » veut dire « paix », en bengali, c'est bien ça ?

- Oui. Il m'a toujours appelé de cette façon, depuis tout petit. Même si on se disputait ou qu'on se chamaillait, il disait tout le temps que je lui apportais une impression de paix. Comme Margot. C'est pour ça que quand leur père se défoulait sur eux, Margot emmenait ses petits frères chez nous. Parfois, ma mère était en pleine crise d'hystérie, alors pour le calme, c'était pas tellement ça… nuance-t-elle avec un petit rire triste. Mais le fait d'être avec nous, avec moi, c'est ça qui les apaisait.

- Tu as toujours été d'une grande importance pour Ethan, je l'ai senti dès le premier jour où je vous ai vus côte à côte. Alors je suis bien content de vous voir ensemble, aujourd'hui, et aussi amoureux !

- Et moi donc ! Je l'aime depuis tellement d'années, Duo, et enfin, enfin, il est à moi ! Terima kasih ! Merci, traduit-elle, merci, Seigneur ou quelle que soit la personne ou l'entité derrière ça !

Duo ne peut s'empêcher de rire, gagné par son enthousiasme.

- Plus sérieusement, vous avez un port d'attache où vous êtes devenus de purs nomades ?

- Sans aller jusque là, c'est vrai qu'on vit un peu partout, depuis quelques mois ! On était d'abord à Sank, le temps de me soigner. Le Prince ne t'a rien dit, mais si tu lui avais posé la question, il t'aurait répondu sans mentir.

- Mais je n'avais aucune raison de la lui poser et il le savait parfaitement. Quand le silence d'Ethan a commencé à sérieusement nous inquiéter, j'ai contacté Gage, qui m'a assuré que nous n'avions pas à nous en faire. Je lui ai régulièrement demandé, cette dernière année, et comme à chaque fois il me disait la même chose, ni Heero, ni moi n'avons insisté. On attendait qu'Ethan se manifeste à nouveau, et il a débarqué en te ramenant, ainsi qu'un adorable petit garçon ! Que demande le peuple, hein ?

- Autant Gage Hotwind que le Prince nous ont été d'une grande aide. Après ma guérison totale et définitive, nous sommes allés en Indonésie pour voir ma mère. Elle est toujours aussi folle, c'est à peine si elle nous a reconnus. Et pourtant, elle a eu un moment de lucidité, durant ce long mois, un seul, au cours duquel elle nous a assuré qu'elle savait qu'on finirait ensemble, Ethan et moi.

- Il est possible que la folie amène plus près de certaines vérités qu'on ne le croit !

- Qui sait ? N'empêche, on ne s'est pas trop attardé, je voulais éviter ce spectacle assez perturbant à Van. On a ensuite un peu bivouaqué à droite à gauche, on a été se recueillir sur les tombes de nos frères et sœurs disparus et maintenant, nous voilà !

- Pour notre plus grand plaisir ! Et vous avez des projets, vous restez dans le coin ?

- Ethan aurait voulu retrouver Hotwind et Kayla, mais malgré tout ce qu'ils ont fait pour nous, j'ai encore du mal à leur pardonner la mort du Docteur.

- Tu les considères toujours comme étant responsables ?

- Qu'ils aient agi directement ou non, seuls ou suivant des ordres, peu m'importe, Duo, répond-elle en secouant la tête avec lassitude. Je n'arrive pas à dépasser ça. Donc on a décidé de s'installer pas trop loin d'eux, et comme Hotwind est basé au Moyen-Orient… on s'est dit qu'El Qatar, ce serait pas mal.

- Ce serait même carrément génial ! Vous êtes plus que bienvenus, ici, pas besoin de le dire !

- On en doute pas, merci, Duo.

- Maintenant que j'y réfléchis, il ne manquait qu'Ethan et toi, en fait.

- Comment ça ?

- Toutes les personnes qui comptent pour Heero et moi ont fini par venir vivre ici. Il y a Margaret Wellington, dont je t'avais parlé, je ne sais pas si tu te souviens…

- La fiancée de ton oncle quand il était jeune, c'est ça ?

- Oui. Elle a pris sa retraite, il y a cinq ans et est venue s'installer ici. Il y a deux ans et demi, elle s'est mariée avec mon oncle Christopher.

Killashandra ouvre encore plus ses grands yeux sous la surprise.

- C'est une incroyable nouvelle ! Après si longtemps, c'est tellement beau !

- J'en reviens toujours pas, et en même temps, ce sont des âmes sœurs, alors forcément… Je suis content de la savoir ici et bien sûr, je suis hyper heureux pour mon oncle. Il était temps !

- Oui, je veux bien le croire !

- Après elle, il y a eu Graham…

- Ton petit protégé d'Eldeux ! De lui, je me souviens très bien ! Il avait d'incroyables yeux bleus, on les aurait presque dits transparents. Un peu comme Cathy, la sœur de Trowa, j'ai appris cette autre excellente nouvelle…

- Oui, effectivement !

- Ce garçon avait une telle volonté, une telle rage de s'en sortir et un tel potentiel... Qu'est-il devenu ?

- Il a tenu toutes ses promesses, répond Duo avec une grande fierté. Après son premier séjour ici, on a fait en sorte qu'il puisse revenir, et il est resté avec nous quelque temps. Ensuite, quand Meg et Terry ont eu un enfant, il est retourné à Eldeux les aider, au Centre. Lorsqu'il a eu l'assurance qu'ils n'avaient plus besoin de lui, il est revenu ici définitivement. C'est un des professeurs de l'orphelinat, il me remplace presque parce qu'il est vraiment polyvalent. Il continue ses études en parallèle, mais il a déjà ses diplômes dans plusieurs domaines de compétence. Je suis tellement fier de lui, de son combat, de ses victoires, de ce qu'il est et de la générosité avec laquelle il vit au quotidien !

- Ce doit être en grande partie grâce à toi, Duo. Ca ne m'étonnerait pas, de ce que je peux me souvenir.

- En partie, oui, mais pas seulement.

- Tu es à l'origine de sa venue, Duo, c'est ce premier pas qui a permis les autres, à n'en point douter. Alors, qui d'autre, encore, s'est installé ici ?

- Et bien, il y a Lady Sunsea, mais je ne suis pas sûr que tu aies entendu parler d'elle.

- C'était une légende sur l'Ile, mais elle n'y était plus quand je suis arrivée.

- Je ne pensais même pas à ça, en fait ! Bien avant de s'installer sur l'Ile sous la neige, Lady Sunsea était un agent, et surtout, peut-être la seule femme qu'Odin Lowe ait jamais aimée.

- Odin Lowe, le tuteur de Yuy avant qu'il ne soit engagé par le Docteur ?

- Lui-même.

- Ca par exemple !

- Comme tu dis ! Et bien Lady Sunsea a quitté l'Ile avec la fille qu'elle a eu avec Odin, Iyelina, et elles se sont installées ici, elles aussi.

- Mais pourquoi ?

- Parce que même si Heero n'y était jusque-là que six mois sur douze, c'est le lieu où il revenait à chaque fois. Ils n'ont pas une relation de mère à fils ni même de belle-mère à beau-fils. Mais ils parlent d'Odin. Enfin, ils parlent… pas toujours. Mais je crois qu'ils le sentent vivant, parce qu'ils ont gardé un contact, eux qui étaient les personnes qui comptaient le plus pour Odin.

- Vraiment, je ne sais quoi penser de cette histoire ! Il y a assurément des choses que j'ignore…

- Ca fait partie du passé et de l'histoire personnelle d'Heero.

- Dont tu ne peux me parler sans son accord, ce que je respecte, Duo. Je ne suis pas revenue pour faire ma commère, je te le promets !

- Ce n'est pas moi qu'il faudra convaincre, ma chère Kill' !

Elle hoche vigoureusement la tête en riant.

- C'est bien vrai ! Mais ça vaut le coup. Tu sais, nous ne sommes là que depuis quelques heures, mais je me sens bien comme je l'ai rarement été, ces derniers mois, dans un lieu. Le cirque a été comme une famille pour Ethan, pendant longtemps, même s'il ne le reconnaissait pas. Et même si je n'y ai passé que quelques mois, les personnes dont je suis le plus proche aujourd'hui se trouvent ici, désormais, depuis la mort de ma chère Elisha. Alors si on arrive à trouver du travail…

- Le mercenariat, c'est définitivement terminé pour vous deux, alors ? demande-t-il sans cacher sa joie et son soulagement.

- Pour moi, ça a été une évidence, confirme-t-elle en portant encore son regard sur son fils. C'est plus compliqué pour Ethan. Mais nous voulons tous les deux que notre fils soit fier de nous, et cette… activité ne s'y prête pas ! Seulement, élever Vanyel et me battre contre ma maladie m'ont suffi, ces dernières années, et on était pas mal occupé jusqu'à présent, alors je ne sais pas comme je vais gérer d'avoir une vie plus posée. Ethan cherchera du côté des services de sécurité, je pense, mais pas pour faire le pied de grue en attendant son employeur. Il faudra trouver quelque chose qui bouge, ou il va devenir dingue !

- Il pourra démarcher la boîte qui s'occupe des systèmes de sécurité et des alarmes de très nombreuses personnalités influentes, c'est un excellent technicien. Les tests et simulations réguliers qui ont lieu dans leur labo souterrain lui donneront sa dose d'adrénaline hebdomadaire sans problème, tu peux me croire !

- C'est une bonne idée, je lui en parlerai.

- Il y a plein d'autres opportunités, tu sais, pour toi comme pour lui. La ville s'est agrandie, ces dernières années, comme tu as pu le constater. Vous avez tellement de casquettes différentes, vous pouvez faire tant de choses !

- Mais nous n'avons pas de diplômes dans tous les domaines ni de références, Duo. Je ne pense pas me présenter en tant qu'ancienne mercenaire…

- Pour certains postes, ça te serait bien utile et avantageux, au contraire.

- C'est vrai ?

- Oui, tu peux me croire. Nous en reparlerons avec Trowa et Quatre, ils sauront mieux que moi te donner les exemples pour te convaincre.

- D'accord…

- Les gens de la région sont assez sentimentaux, tu sais. Ils seront forcément attendris par l'histoire de deux mercenaires reconvertis par amour pour leur fils, à qui ils veulent donner un meilleur exemple. Et prêts à vous aider sur le chemin de la rédemption.

- Mon Dieu, Duo, comme tu y vas ! rit-elle de bon cœur.

- J'ai appris à verser dans le pathos, avec le cirque, explique-t-il avec un large sourire.

- Mes souvenirs sont encore assez précis pour que je comprenne parfaitement de quoi tu parles !

- C'est parfait, tu pourras t'en servir si vous décidez de rester et que tu es amenée à rencontrer ce genre de personnes, dont chaque larme que tu leur tire est une chance en plus d'obtenir leurs faveurs et leur aide.

- C'est pas trop mon genre, mais je sais être bonne comédienne. Et puis ça vaut le coup, si c'est pour être ici. Parce que plus on en parle, et plus je me dis que j'ai vraiment envie qu'on s'installe ici.

- Ethan ne sera pas difficile à convaincre, je pense.

- Non, je suis même sûre qu'il y pense déjà. Mais je me rends compte aussi qu'on arrive pas forcément au meilleur moment : vous êtes sur le départ…

- Le cirque, oui, mais pas nous. Heero et moi, on arrête.

- Vraiment ?

- Oui ! confirme Duo en s'étirant comme un chat après sa sieste. Comme Trowa, on réintégrera la troupe à chaque saison ici, de décembre à juin, mais on ne repart plus sur les routes avec le cirque. La caravane commence à devenir un peu petite pour nous quatre, et il n'est pas dit qu'on reste quatre éternellement.

- Vous avez toujours la même ?

- Non, on en a rapidement acheté une autre plus grande. Il n'y a plus de séparation entre l'espace conducteur et le reste, ce qui nous permet de garder un œil sur les enfants sur la route. Les sièges sont des fauteuils appartenant au salon, donc quand on ne conduit pas, on les tourne vers l'intérieur pour les intégrer à l'ensemble. Notre chambre est complètement à l'arrière et les enfants ont aussi la leur. Comme Andy est assez grand maintenant, on a pu installer un lit superposé, ce qui fait gagner de la place, et… Ca ne doit pas trop te parler, reprend-il après s'être interrompu face au froncement de sourcils de son amie. On vous fera visiter demain… ou mieux, si vous voulez vous y installer dès ce soir, vous pouvez !

- Nous installer ?

- Oui ! Il y a bien dix endroits où vous êtes les bienvenus, j'ai entendu plus d'une proposition qui vous a été faite ! Vous avez le choix, mais à part les annexes, il n'y aucune caravane aussi grande entièrement à votre disposition, autant en profiter.

- Vous n'y habitez pas ?

- Pas quand on est à El Qatar. Après six mois sur les routes, on préfère le confort de la maison de Quaterine's house.

- Elle aussi, tu l'as toujours ?

- Oui, mais réaménagée et agrandie. On a abattu quelques murs et fait quelques arrangements.

- Raconte ! demande-t-elle lui donnant un léger coup d'épaule.

- Je ne suis pas certain que ça te parle plus que la description de la caravane, mais bon… L'atelier est devenu une double chambre, pour l'instant séparée en deux parties par un rideau. Andrew est encore petit, mais Nell veut son espace, tu comprends… La pièce où j'entreposais mes tableaux est à présent leur salle de jeux. La chambre d'ami dont je me servais comme bureau est restée telle que tu l'as connue. On a fait creuser une piscine au rez-de-chaussée et une extension autour, dont on a fait une buanderie, un grenier, un garage et deux pièces pour recevoir les « invités avec enfants en bas-âge » ou les « couples en crise avec enfants en bas-âge ».

- Ca sent le vécu !

- Et ça en est ! J'aimerais te dire que tu ne le vivras pas, mais si vous emménagez ici, faudra t'y attendre ! Entre mes collègues et amis de l'orphelinat et les sœurs gentilles de Quatre qui craquent et ont besoin de prendre un peu de distance… Enfin, ça ne dure jamais longtemps, heureusement !

- Je suis prévenue, c'est déjà bien ! En tout cas, à t'entendre la décrire, vous avez l'air d'avoir une chouette maison !

- On a bien l'intention de vous inviter à dîner, tu verras par toi-même.

- Avec plaisir ! Cette maison a été un refuge pour moi, même si elle a changé, je serais heureuse d'y retourner.

- Tu y seras toujours la bienvenue ! On pense que ce serait mieux que les enfants continuent de grandir-là plutôt que sur les routes et dans la caravane, la moitié du temps. On repartira en caravane, mais pour des vacances, par exemple. Andy et Nell se sont habitués à ces deux modes de vie, ça élargit les possibilités.

- Ils ont dû en voir, du pays ! C'est bien qu'ils puissent apprendre à connaître plusieurs cultures, à cet âge, ils retiennent mieux les plus grandes valeurs à grandir dans la tolérance.

- Ils ont déjà un héritage bien métissé. Heero et moi sommes contents et même fiers, on fait en sorte d'entretenir et de développer le fruit de ce brassage, de ce bain culturel dans lequel nous les élevons. Ca fait aussi partie de nous, de notre histoire, parce que Heero et moi sommes issus d'un métissage, également.

- Vous vivez désormais dans un pays arabe six mois de l'année mais vous en traversez d'autres les six suivants. Et vos enfants ont un père nippo-russe, un autre américain de tradition anglicane, une mère grecque, même si Andrew ne l'a pas connue…

- Mais nous veillons à ce qu'il fasse connaissance avec elle et que Nell ne l'oublie jamais, assure Duo en regardant sa fille qui joue toujours. C'est d'ailleurs elle qui lui raconte son enfance en Grèce, même si elle a peu de souvenirs. Lyria est avec nous, elle fait partie de notre famille. C'est encore un peu douloureux, mais le chagrin s'estompe et sa présence devient de plus en plus réconfortante et rassurante.

- C'est une excellente chose, bravo à tous les deux d'avoir réussi à instituer ça. Ce n'est pas évident.

- Cela fait partie du processus de deuil, répond Duo avec un sourire triste. Vivre à Quaterine's house va aussi nous y aider, puisque c'est là que Lyria et moi avons grandis.

Killashandra saisit l'occasion de changer subtilement de sujet, car elle n'aime décidément pas voir Duo triste.

- Le crique va donc perdre deux de ses artistes !

- Trois, et son médecin. Wufei et Sally vont aussi poser leurs bagages définitivement.

- C'est vrai ?

- Oui. Ils ont acheté une maison pas très loin de chez nous, d'ailleurs, au sud de la ville. Mais ils n'ont pas encore emménagé. Tu vois, ils ont déjà quatre enfants, Sally est encore enceinte de jumeaux, donc ils seront huit en tout dans sept mois si tout se passe bien, ce que je leur souhaite. Ils commencent à être serrés dans la caravane. En plus, même si Sally veut « faire une pause » selon ses propres termes après cette nouvelle grossesse, ils ne comptent pas s'arrêter là, d'après Wufei.

- Chang veut reformer le clan du Dragon à lui tout seul ?

Duo pouffe en jetant un œil à l'intérieur de la véranda, par réflexe.
Bien qu'il ne puisse pas les avoir entendus, Wufei tourne le visage dans leur direction à ce moment précis.

Mais il ne s'attarde pas, Trowa lui pose apparemment une question qui détourne son attention.

- Je sais pas, mais ils en prennent le chemin ! répond finalement Duo. Et d'un commun accord, en plus. Sally ne voulait pas trop tarder parce qu'elle a déjà 34 ans, mais elle n'est pas contre une ou deux nouvelles grossesses, d'ici un an ou deux.

- Si c'est ce qu'ils veulent tous les deux, c'est tout ce que je leur souhaite ! Quant à nous, poursuit-elle en descendant de la balustrade, même si j'adore discuter avec toi, Duo, je pense qu'on devrait retourner avec les autres, avant que Yuy ne débarque.

- Tu n'as pas tort, là ! reconnaît Duo en sautant de son perchoir à son tour. Quatre doit avoir fini de parler avec son père, qui lui téléphone toujours au mauvais moment, et je viens de voir que Wufei est revenu, il a donc réussi à faire dormir son fils. Allons-y, parce que si Heero vient nous chercher... Trop tard…

- Effectivement, confirme Heero, qui s'avance justement vers eux. Je n'ai pas autant de scrupules qu'Ethan à interrompre ce moment trop long et intime à mon goût.

Killashandra rit mais Duo ne répond rien, occupé à presser longuement ses lèvres contre celles d'Heero, alors qu'il passe son bras autour de sa taille.

- Toujours aussi jaloux et possessif, Yuy ! le taquine leur jeune amie.

- Toujours plus amoureux, réplique-t-il, faisant pouffer Duo contre son épaule.

- Ok, ok… Je te rends ton homme, pardon de l'avoir accaparé ! Mais tu m'as manqué, Duo, et parler si librement aussi. Et ta cuisine également !

- Contente-toi de manger, dans ce cas, c'est l'heure. Ecoute… le buffet t'appelle...

- Honey ! proteste Duo en lui donnant un coup de coude.

Mais Heero le ceinture de ses bras et le plaque dos contre son torse pour qu'il se tienne tranquille.
C'est avec un soupir que Duo abandonne la lutte, entre la résignation et le plaisir qu'il éprouve toujours à être tenu si étroitement contre Heero, quelle qu'en soit la raison.

- Il n'a pas tort, Duo, reprend Killashandra, je n'entends pas avec mes oreilles, mais avec mon estomac et mes yeux. Il y a tellement de choses appétissantes que j'ai envie de goûter depuis que j'ai vu le buffet, en arrivant !

- Alors dans ce cas… Après toi, ma chère amie.

Elle leur fait un clin d'œil avant de rentrer sous la véranda, suivie par Heero et Duo.
Les voyant revenir, leurs autres amis, enfin au complet, se lèvent et ils se rejoignent tous autour du buffet dînatoire qui a été, c'est vrai, en grande partie approvisionné par Duo.

Alors qu'ils se rassoient avec leurs assiettes, Trowa et Quatre, eux, restent debout, attirant ainsi inévitablement l'attention.

- Je m'excuse de vous avoir faussé compagnie dès votre arrivée, ce n'était pas très poli, commence Quatre en leur souriant à chacun. Mais nous sommes proches, c'est pour ça que je n'ai pas eu trop de scrupules à le faire.

- Et aussi parce que tu avais une bonne raison, alors accouche ! intervient Duo. T'as les poils de ta moustache inexistante qui frétillent, little angel !

- Tu lui gâches son effet, Maxwell.

- Il le sait parfaitement, Wufei, mais il m'en faut plus. Je suis tellement heureux… soupire-t-il en posant un bref instant sa tête sur l'épaule de Trowa, qui passe un bras autour de sa taille.

- Tu vas vraiment accoucher ? demande sérieusement Duo, faisant rire tout le monde sans exception.

- Pas moi, mais c'est tout comme…

- Vous avez eu l'accord, devine Heero avec un sourire sincère.

- Oui ! confirme Quatre.

- Banzaiiiiiiiiiii ! hurle Duo en arrachant son meilleur ami des bras de Trowa pour littéralement le soulever de terre.

- On veut bien vous féliciter, intervient Ethan alors que tout le monde vient embrasser tour à tour Trowa et Quatre, mais on a pas vraiment suivi…

- Désolé, s'excuse Quatre alors qu'ils s'installent tous à nouveau. En fait, Trowa et moi souhaitions avoir un autre enfant. Mais nous avions quelques exigences et quelques contrariétés. Notre principale exigence étant de donner à Trowa la possibilité d'en être le père biologique, et une autre celle que nos trois enfants aient le même statut. Donc nous devions faire passer cet enfant comme le mien.

- Mais tu es divorcé…

- Exact, Killashandra, et c'était le plus gros obstacle à notre projet. Alors j'en ai parlé à Dorothy, mon ex-femme, et à mon père, puis, avec leur accord, nous avons réuni le Conseil suprême, constitué des sept émirs dont mon père, à qui j'ai soumis ma requête : avoir un autre enfant hors-mariage mais de mon ex-épouse, via la fécondation in-vitro. Personne ne sait que nous avons déjà eu recours à ce procédé pour nos deux premiers enfants. Le Conseil a examiné ma requête durant sept jours mais enfin, la décision a été rendue et mon père m'a appelé juste quand vous arriviez pour me faire part de leur accord.

- Effectivement, il y a de quoi vous féliciter ! assure Killashandra en levant son verre. A vous et à votre descendance !

- Que vous ayez autant d'enfants que vous ne le désiriez ! ajoute Ethan, portant un toast à son tour.

- Merci, leur répondent Trowa et Quatre d'une même voix. Et merci à toi, mon ange, pour tout ce bonheur, continue Trowa en embrassant Quatre dans le cou, son bras l'entourant avec tendresse. Je t'aime.

- Je t'aime, répond Quatre dans un même murmure.

- Tu penses qu'on sera aussi mignons dans six ans ? demande Killashandra en se penchant vers Ethan.
Elle n'a pas parlé fort, mais plus que sa voix, ce sont ses paroles et l'étonnement qu'elles ont provoqué chez beaucoup - mais surtout chez Ethan - qui sort Quatre de sa bulle, créée par ce moment de tendresse avec Trowa.

Une surprise qui cède la place à une immense joie chez le jeune homme.

Savoir que l'on veut vivre, vieillir et mourir auprès d'une personne est une chose, entendre cette même personne partager cette évidence, le reconnaître et l'assumer en l'énonçant de vive voix en est une autre…

- J'espère bien ! répond-il à l'amour de sa vie en lui souriant avec détermination.

Killashandra lui rend son sourire alors qu'il prend sa main pour y déposer un baiser.

- Rendez-vous pris dans six ans, alors ! assure Duo en relevant encore son verre. Avec deux fois plus de mini-nous courant partout. Enfin, essentiellement de mini-dragons, surtout si vous nous les faites par deux…

- Un problème avec ça, Maxwell ?

- Absolument aucun, Fei, bien au contraire ! Le clan du Dragon est bienvenu dans la ville-mère du clan du Chameau, il peut même la repeupler s'il veut, n'est-ce pas, mon Quatquat ?

- Le clan du Chameau ? s'étrangle presque Sally en reposant son verre. Ton père apprécierait, Quatre !

- C'est pas comme s'il ne connaissait pas Duo… Et puis ce n'est pas une insulte, le chameau est notre plus fidèle compagnon, un allié depuis toujours et pour longtemps encore. Il est moins noble que le cheval et il a moins d'allure, certes, mais il est plus fiable dans le désert.

- Je préfère quand même le Dragon, grommelle Wufei.

- Peut-être parce que tu es incapable de rester digne sur un chameau, mon chéri, remarque Sally avec un sourire tendrement moqueur.

- Ton soutien me va droit au cœur, femme.

- Je ne serais pas ta femme si je ne disais pas la vérité, mon époux.

- Assurément, reconnaît-il malgré lui.

- Tu aurais pu faire un très bon chameau, Wufei, tu sais, reprend Duo, parce que des fois, je te promets que tu as le même air hautain. Un peu comme Corey…

- Tu ne viens pas de me comparer au lama du cirque, Maxwell, n'est-ce pas ? J'ai simplement et certainement mal entendu.

- Tu sembles un peu dur de la feuille… continue pourtant Duo.

- … comme Corey, termine Heero, l'air de rien, en se levant. Tes rkakat jibné (3) sont toujours plus excellents, tenshi, ajoute-t-il en posant sa main sur la joue de Duo qu'il caresse du pouce un court instant. Je retourne en chercher, quelqu'un veut quelque chose ? Wufei, peut-être ?

Celui-ci marmonne dans sa barbe tout aussi inexistante que la moustache de Quatre et tourne la tête en haussant les épaules, laissant les autres pouffer ou rire franchement, à leur guise.

- Wufei, reprend Duo en lui tendant une brochette de gambas, sachant combien son ami adore ça, je te prie de bien vouloir accepter cette offrande en témoignage de mon amitié et en guise de réconciliation.

- C'est insuffisant, répond-il en prenant tout de même la tige de bambou embrochant les crustacés.

Heero, de retour du buffet, dépose alors deux autres brochettes dans l'assiette de Wufei, qu'il connaît assez ainsi que les joutes oratoires auxquelles ils ont tous droit lorsque Wufei et Duo sont dans la même pièce.

- Consomme tes offrandes et laisse mon Duo tranquille, maintenant.

- J'accepte vos excuses, assure Wufei, une brochette dans chaque main et les yeux fixés sur la troisième.

A cette vision, Killashandra éclate de rire.

- C'est décidé, mon cœur, c'est ici que je veux vivre !

- C'est d'accord, ma Shanti, j'approuve totalement !

- Alors bienvenus à vous dans notre petit monde de fous ! leur dit Duo en levant son verre. Cheers !

- Cheers ! répondent-ils tous en levant leurs verres également, dans un parfait ensemble.

Oui, même Wufei, qui a de toute façon déjà terminé deux brochettes sur trois durant ce bref échange, et qui a donc au moins une main libre pour se joindre au groupe…

-

-

Plus tard dans la nuit…

-

Après une excellente soirée entre amis et en famille, chacune d'entre elles retrouve son chez soi, souvent en portant les enfants endormis.

Etant sur place, Trowa et Quatre sont les premiers au lit… mais ils sont loin de dormir !

- Sabri, Bilel ou Ilyes pour un garçon, Feryel, Syrine ou Selma pour une fille.

- Pourquoi « ou », tu sais bien que chaque enfant de notre clan doit porter au moins deux prénoms.

- Je veux que tu en choisisses aussi, comme tu m'as permis de le faire pour nos deux aînés.

- D'accord, accepte Quatre en se pressant de manière plus suggestive contre son compagnon, mais le premier prénom sera ton préféré, mon Trowa…

Ethan et Killashandra ont accepté la proposition de Duo et d'Heero et se sont installés dans leur caravane ; Neliel et Andrew étaient très contents de prêter leur chambre à Vanyel, et tous les jouets et livres s'y trouvant, même s'il ne les découvrirait que le lendemain.

- Tu sais, Ethan, maintenant qu'on sait où on veut vivre… je pourrais peut-être arrêter de prendre la pilule… non ?

- Viens-là… répond-il d'une petite voix qui n'est absolument pas due à la fatigue…

Dans une caravane voisine…

- Je ressemble vraiment à Corey, des fois ?

- Mais non, mon chéri, Duo adore te taquiner… Dors et à arrête de ruminer…

- Ah ! tu vois, tu t'y mets aussi !

- Je voulais dire arrête de cogiter ! Fais-le sérieusement ou je fais un caprice de femme enceinte et je t'envoie dormir dans la ménagerie, pour le coup !

- Bonne nuit, ma chérie…

Une fois qu'ils ont couché leurs enfants dans leurs lits, Heero et Duo s'accordent encore une longue douche câline, avant de se glisser sous leurs propres draps.

- J'admire Sally et Wufei, murmure Duo après un long bâillement. S'occuper aussi bien de quatre enfants et rester aussi zen, quoi qu'il arrive…

- Il n'y a que toi qui sois capable de rompre le calme légendaire de Wufei.

- Avec le retour de Kill', ça va peut-être changer !

- Certainement. Pour ce qui est des enfants, les jumeaux sont grands, maintenant.

- Cinq ans, c'est pas si grand, honey. Après eux, en plus, il y a Xia qui n'a que deux ans, elle, et Zenon, qui a tout juste onze mois. Et dire qu'il y en a encore deux en cours de route… Ils ont des parents qui assurent, franchement. Et je trouve que c'est vraiment une chance pour nous d'avoir un tel modèle dans notre entourage.

- Hn, acquiesce Heero, sans cesser de caresser le dos nu de Duo avec tendresse. Mais tu t'occupes aussi d'enfants à l'orphelinat, qui ont de quelques mois jusqu'à pratiquement la sortie de l'adolescence. Et tu es très doué pour ça, tenshi. Tout comme tu sais très bien élever les nôtres.

- Je pense que c'est grâce à l'orphelinat, justement. Y avoir grandi et y travailler, ça donne une sacrée expérience. Que tu as aussi, à présent, Monsieur le professeur de sport, entre autres disciplines. Même si travailler dans un orphelinat et élever des enfants à la maison sont deux choses différentes, ça nous a bien avantagé.

- Hn.

- Enfin, c'était juste une réflexion que je me faisais comme ça, à propos de Sally et de Wufei. Ce n'est pas vraiment le moment d'avoir une discussion plus poussée sur les différentes manières d'élever les enfants, remarque-t-il en bâillant de nouveau furieusement. Je suis crevé, on pourra en reparler une autre fois, parce que ça reste intéressant. Bonne nuit, honey.

- Hn…

Duo éteint la lumière, puis se boudine contre Heero, après l'avoir embrassé tendrement.
Tendrement, oui, mais chastement et rapidement, car il se sent vraiment fatigué.

Ce qui n'est pas le cas d'Heero, cependant.

- Duo ? reprend-il à peine quelques secondes après que le silence et l'obscurité aient gagné leur chambre.

- Hmmmm ?

- Tu sais, ça fait un moment que je pense à quelque chose…

- Tu ne veux pas y penser encore jusqu'à demain, amour ? répond-il d'une voix ensommeillée.

- J'ai déjà trop attendu et je t'ai trop fait attendre, également.

- Quelques heures de plus n'y changeront donc pas grand-chose… marmonne Duo.

- Ca change tout. Duo… et si on se disait « oui » ?

- Oui ?

- Hn, « oui ».

Les yeux de Duo s'ouvrent d'un coup, alors que la compréhension chasse complètement et définitivement son sommeil et même sa fatigue.

Il s'assoit brusquement dans le lit, manquant de se fracasser le crâne contre la mâchoire d'Heero, allume la lumière et se tourne vers lui, pour le découvrir souriant avec une certaine timidité qu'il n'a que très rarement manifestée, au cours des années.

- Heero honey, tu viens bien de faire ce que je crois avoir compris que tu as fait, ou est-ce que je suis déjà ou encore en plein rêve ?

Heero se redresse à son tour, prend la main de Duo et glisse à son majeur gauche, le doigt du fiancé, une magnifique chevalière en platine et or blanc, sortie Dieu seul sait d'où, frappée de trois lettres entrelacées « D. M. Y. ».

A l'intérieur, Duo peut également lire deux mots finement gravés « Yours ever ».

Il se souvient de la fois où, pour rassurer Heero qui ne se sentait toujours pas à l'aise avec l'idée de mariage, il lui avait fermement rappelé que, marié ou non, il était et se considérait comme sien, à jamais : « I'm yours, till the end of time » lui avait-t-il dit exactement.

Une phrase qu'Heero, égal à lui-même, a superbement synthétisée et ramenée à deux mots.
C'est tellement lui, tellement Heero, que Duo ne peut qu'en sourire davantage encore.

- Même si tu refuses une union officielle, j'aimerais que tu la portes.

Duo déglutit, puis parvient à arracher son regard de la bague pour l'ancrer dans celui si bleu d'Heero.

- Je n'ai absolument pas l'intention de refuser ! C'est oui, plutôt mille fois qu'une ! assure-t-il en enroulant ses bras autour du cou d'Heero pour l'embrasser, longuement.

Une fois le baiser rompu, non sans peine, Heero s'écarte légèrement et lui présente une seconde chevalière, que Duo ne l'a pas plus vu récupérer que la première.
Elles sont identiques, sauf que le « H » de Heero remplace le « D » de Duo.

- Tu tiens au nom des Maxwell, je comprends que tu veuilles le garder. Si tu l'acceptes, j'aimerai aussi le porter.

- J'en serai… très heureux, arrive à articuler Duo, un peu difficilement sous le coup de l'émotion. Ce serait même un honneur, honey. Mais c'était à moi de te l'offrir…

- Je te laisserai te charger des alliances, si tu y tiens vraiment.

- D'accord ! accepte-t-il en glissant la chevalière au majeur gauche d'Heero. Oh ! God, Heero, on va se marier ! Tu l'as vraiment fait, tu es enfin prêt !

- Je t'aime, Duo.

- Je t'aime aussi !

Ils se regardent, étonnés, alors que Duo plaque ses deux mains sur sa bouche coupable.
Heero, lui, sourit comme jamais.

Après cinq ans et demi, enfin, il entend ces mots qu'il n'a jamais cessé d'espérer…

- T'as pas intérêt à mourir, maintenant qu'on va enfin se marier ! le prévient Duo, une boule dans la gorge, en nouant ses bras autour de la taille d'Heero, cette fois-ci. Je t'interdis de faire de moi un veuf, et de Nell et Andy des orphelins de père, ok ?

Heero referme ses bras autour de Duo et le serre fort contre lui pour le rassurer, sentant clairement son trouble.

- Il ne m'arrivera rien, itoshi mono yo, murmure-t-il au creux de son oreille, en passant une main apaisante le long de son dos. Et si, par malheur, il se passait quelque chose, ce ne sera pas de ta faute. On se retrouvera de toute façon, nous sommes des âmes sœurs, ne l'oublie pas. Rien d'autre n'a d'importance, tenshi no. D'accord ? (2)

- Hm…

Heero se recule pour prendre le visage de Duo entre ses mains, et plonge ses yeux dans les siens.

- Duo…

- Ok... Embrasse-moi, s'il-te-plaît, amour…

Heero s'exécute avec application, puis le renverse sur le lit, avant de prendre sa main pour déposer un baiser sur sa chevalière, sans le quitter des yeux.

Duo retrouve le sourire, décidé à se concentrer sur la meilleure nouvelle de la soirée : Heero et lui vont enfin se marier !

Sentant tout de même une sourde angoissante persister dans le cœur de Duo, Heero éteint la lumière et entreprend de la chasser définitivement comme lui seul a toujours su le faire…

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Heero et Duo se marièrent au printemps suivant, et si la mort les sépara, ce ne fut que bien des années plus tard, après une longue et heureuse vie de famille.
Une vie ensemble durant laquelle Duo s'habitua à ne plus retenir ses « je t'aime » qu'Heero lui inspira toujours avec la même passion et la même intensité.

Et qui furent toujours reçus avec la même émotion par Heero, comme si c'était à chaque fois la première que Duo le lui disait.


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Fin ou à suivre...

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Notes :

Aya : père/papa et Ibu : mère, maman en indonésien.

Itoshi mono yo : mon amour, en japonais

Les rkakat jibné sont des feuilletés d'origine libanaise roulés au fromage et aux herbes.

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Merci d'avoir lu ce long chapitre, j'espère que vous y avez trouvé toutes vos réponses et que cette fin vous a plu !

A très vite pour l'épilogue très court, si vous le souhaitez…

Bonne continuation

LysaNea

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