ORE NO IMOUTO GA KONNA NI KAWAI WAKE GA NAI
VOLUME FINAL
chapitre 4.1
La pluie n'arrêtait pas de tomber. C'était vraiment chiant.
Moi qui avait prévu de m'entraîner un peu à courir cet après midi, j'avais préféré laissé tomber. La dernière fois que j'avais fait du cross quand il pleuvait comme ça, j'avais failli me faire renverser par un vélo. Ahâaa, c'était vraiment dommage que le club d'athlétisme soit fermé aujourd'hui. Enfin, même s'il avait été ouvert, je n'aurais pas pu y aller de toute façon.
Tout ça à cause de cet idiot.
Car oui, aussi incroyable que ça puisse paraître, j'avis un frère qui m'avait presque fait une déclaration d'amour devant tout le monde lors de ma remise des diplômes à mon collège. Et le club d'athlétisme était bien sûr encore fréquenté par plein de mes anciens camarades. Autant dire que je n'y avais plus remis les pieds depuis ce jour là. Heureusement, je m'en allais en septembre pour l'Amérique.
N'empêche, je ne m'attendais vraiment pas à ce que mon frère aille jusque là. Je m'étais vraiment énervée ce jour là même si paradoxalement, c'était le jour ou Kyosuke et moi avions été le plus proche depuis des mois. Même si sa pseudo déclaration m'avait horriblement gênée, elle m'avait aussi touchée quelque part. C'était rare que mon frère fasse quelque chose qui sorte de l'ordinaire comme ça. Il m'avait rappelé celui qu'il était à l'époque où je l'admirais.
Mais c'était du passé tout ça. J'avais compris qu'il était quelqu'un de complètement banal. Et pourtant, dans sa banalité, il avait accepté de faire des tas de choses qu'un grand frère normal n'aurait jamais fait. Outre le fait d'accepter ma passion pour les eroges, il m'avait aussi aidé à la faire accepter à mon entourage et il avait toujours été là quand j'avais besoin de lui. Quand j'avais appris soudainement qu'il allait s'en aller pour l'Angleterre, c'est vrai que je lui en avais un peu voulu. Il aurait pu me prévenir avant ! Mais d'un autre côté, même si c'est un sentiment que j'avais refoulé au départ, j'avais aussi été contente qu'il se soit donné à fond pour convaincre papa de financer son voyage et le coût d'entrée de son université.
Pourtant, quelque chose n'allait pas.
Depuis que je savais que Kyosuke, enfin je veux dire, que cet idiot allait partir très loin d'ici, je m'étais sentie comme acculée. Evidemment, il ne pouvait pas savoir. Voilà pourquoi on n'avait pas pu se réconcilier depuis le jour où on s'était disputé quand j'avais su qu'il s'en irait vraiment pour l'Angleterre. Quand j'étais partie pour l'Amérique, j'avais essayé de lui en parler la veille de mon départ mais il n'avait pas voulu le voir. Ce fameux album que j'avais acheté quand j'avais dix ans et que je n'avais depuis jamais montré à personne. Je l'avais caché tellement bien que même maman ne l'avait jamais trouvé à l'époque où elle faisait encore le ménage dans ma chambre. En le feuilletant pour la énième fois, je ne pouvais pas m'empêcher d'appréhender le jour où quelqu'un tomberait fatalement dessus. J'avais pensé à le détruire mais je ne pouvais pas. J'aurais eu l'impression de m'anéantir moi-même si je l'avais fait.
Si seulement j'avais le courage de le montrer à mon frère avant qu'il ne parte.
Mais de toute façon, il n'était apparemment déjà plus dans la maison. Je l'avais entendu descendre sans remonter ensuite. J'aurais pu regarder par la fenêtre à ce moment pour voir s'il était bien sorti mais j'aurais eu trop la trouille qu'il me remarque. Je lui faisais la tête et je n'avais pas envie qu'il puisse croire qu'en réalité, je faisais juste semblant. En espérant qu'il comprenne de lui-même et qu'il vienne me voir en me posant les bonnes questions. Est-ce que c'était trop tard maintenant ? Cet idiot allait s'en aller demain matin. Et si je le laissais partir sans lui avoir montré ce fichu album, il ne comprendrait sûrement jamais tous les sentiments que j'avais accumulé jusqu'ici. Il ira faire sa vie en Angleterre, trouvera une copine et il m'oubliera. Est-ce que j'étais vraiment prête à accepter ça ?
Prise d'une soudaine rage, j'avais jeté ce maudit album par terre avant de m'asseoir à mon bureau. J'étais mortifiée par ce dilemme qui se posait à moi. Soit je décidais d'aller vers mon frère pour lui montrer l'album au risque qu'il se moque de moi, soit j'attendais qu'il vienne de lui-même avec de bonnes intentions et dans ce cas, j'avais sûrement plus de chance qu'il accepte ce que j'avais à lui montrer. C'était vraiment énervant d'être coincée avec un tel choix. J'en avais même encore jeté un de mes stylos pour essayer d'apaiser ma colère.
Puis, alors que j'allais m'apprêter à lancer un eroge pour me vider l'esprit, mon téléphone sonna. C'était un appel de Kanako.
« Allo ? » avais je dit en décrochant.
Mais je n'avais pas eu de réponse claire. A la place, j'avais entendu une sorte de brouhaha général comme si Kanako tenait son téléphone en pleine rue ou plutôt dans un endroit public comme un bar ou un restaurant. Puis, le son se tassa et j'avais commencé à entendre une conversation bien distincte. J'avais tout de suite reconnu la voix de mon imbécile de frère et celle de Kanako. Il semblait également y avoir Bridget. Mais j'avais beau parler, aucun réponse ne s'était adressée directement à moi. On aurait dit que Kanako voulait que je me contente de suivre la conversation. Mais comme j'avais déjà l'esprit occupé à autre chose, je n'avais pas envie de jouer à ce genre de jeu et je m'étais apprêtée à raccrocher. Mais une seconde avant, je m'étais rendu compte que c'était de moi que Kyosuke et Kanako étaient en train de parler. Prise d'une soudaine curiosité, j'avais collé à l'oreille mon téléphone pour ne rien perdre de ce qui était en train de se dire.
« Hein ? Alors ça veut dire que … Tu es vraiment amoureux de ta sœur alors ? » avait dit Kanako
Hein ? Qu'est ce qu'ils étaient en train de raconter ?!
« Moins fort ! » répliqua apparemment mon frère. « Ma décision n'a rien à voir avec Kirino ! » avait il continué. « Je l'aime beaucoup c'est vrai mais … Ça s'arrête là ! »
Qu'est ce qu'il …
« Oh ? » fit Kanako dubitative. « Dis moi … J'ai entendu dire que Kirino et toi vous étiez un peu en froid à cause du fait que tu t'en ailles demain en Angleterre pas vrai ? »
Hein ? Comment est ce qu'elle était au courant ? J'avais essayé de n'en parler à personne ! A moins que … Zut ! C'était sûrement Saori ou Kusoneko qui avaient fait leur commère !
« Euh … Oui c'est vrai » avait confirmé cet idiot.
« Alors pourquoi tu vas perdre ton temps chez Ayase au lieu d'essayer d'utiliser le peu de temps qu'il te reste pour arranger les choses avec ta sœur ? »
Ahhh ! De quoi elle se mêle celle là ?!
« Kanako-chan … » avait tenté d'intervenir Bridget.
« Ce … Ce n'est pas aussi simple ! » avait il répliqué en haussant le ton à son tour. « J'ai tout fait pour que l'on s'entende à nouveau. Je me suis pris la honte de ma vie à son collège … Je lui ai envoyé des tas et des tas de messages … J'ai tambouriné à sa porte jusqu'à en avoir des bleus aux mains … »
Kyosuke …
« J'étais même prêt à renoncer à aller à Angleterre pour pouvoir rester là pour elle ! » avait il conclu en cognant sur une table. « Mais même ça, ça n'a pas suffit ! »
Idiot …
« Je vois … » avait simplement réagit Kanako un peu déçue pendant qu'il reprenait son souffle.
Un petit silence s'installa qui n'avait été troublé que par les petites plaintes d'embarras de Bridget.
« Mais … Il s'agit de ma sœur ! Mon unique petite sœur ! Alors … Même si elle me hait pour une raison que j'ignore … et que je pars sans avoir pu arranger les choses … Moi je continuerai de l'aimer toute ma vie ! »
Tu es vraiment le frère le plus idiot qui soit … Je l'avais pensé en serrant de toutes mes forces mon poing sur ma poitrine.
Tout à coup, la conversation s'arrêta. Je m'étais demandé s'ils avaient fini mais en fait, c'était Kanako qui venait de raccrocher. J'avais senti une montée d'adrénaline au cœur devant cette constatation. Il fallait absolument que je connaisse la suite de cette putain de conversation ! J'avais appelé Kanako une fois, puis deux mais rien à faire. Elle avait apparemment prévu le coup et avait éteint son portable juste après avoir raccroché.
« Raaah ! » m'étais je prise la tête moi-même en levant les bras. « Kanako je vais te tuer ! » avais je encore ragé en jetant mon téléphone sur le lit.
Folle de rage, je m'étais rassise sur ma chaise en essayant de me calmer sur les news du blog d'Akiba mais c'était peine perdue. Ne pas connaître la fin de cette conversation m'avait vraiment contrarié ! Alors que je fulminais intérieurement devant mon écran, j'eus soudainement un appel. Je m'étais levant en maugréant pour répondre lorsque je vis que c'était Kanako qui appelait.
« Cette petite garce ! Elle va voir ! » avais je râlé. « Allô ?! » avais je répondu furieuse en décrochant
« Allô Kirino. Comment ça va ? » m'avait dit cette idiote sur un air innocent.
« C'était quoi ce truc dont vous discutiez tout à l'heure toi et Kyosuke ?! » avais je enchaîné sans une once de sang froid.
« Hein ? Tu pourrais au moins me remercier de surveiller ton frère non ? » avait protesté Kanako sur un ton capricieux.
« Arrête de te moquer de moi ! » lui avais je hurlé sans me retenir. « C'était quoi ça tout à l'heure ? »
« Ah tu as entendu ? » fit Kanako enjouée. « Tu en as de la chance d'avoir un frère qui t'aime autant, pas vrai ? » continua t'elle sur un ton moqueur.
« Je … C'est juste un cas desespéré de siscon tu sais bien ! » m'étais je défendu. « Et d'abord, de quoi vous parliez pour en arriver à aborder ce genre de sujet ? »
« Ah, t'es pas au courant ? Ton frère est allé mettre le râteau de sa vie à Ayase. » répliqua Kanako un peu surprise. « Apparemment, tu n'y es pas pour rien pas vrai ? » ajoute t'elle sur un ton taquin.
« Je … N'importe quoi ! » m'étais je écrié. « On … C'était juste un pari qu'on a fait et il a perdu. C'est tout ! Il assume maintenant ! » fis je en surjouant un peu l'offensée.
« Oh ? Alors tu as fait un pari en demandant comme enjeu qu'il aille mettre un râteau à Ayase ? » poursuivit Kanako en feignant d'être surprise.
« Euh … » avais je juste pu réagir en rougissant, ce qui avait laissé un blanc terriblement gênant.
« Plutôt que de te terrer dans ta chambre, pourquoi tu ne vas pas t'expliquer avec ton frère ? Il s'en va demain non ? Tu vas laisser partir ton frère adoré comme ça ? » avait reprit Kanako en s'amusant face à mon incapacité à me justifier.
« Je … Mêle toi de tes affaires sale gamine ! » m'étais je écrié devant son insolence.
« Oui oui, moi aussi je t'aime Kirino ! » s'était contenté de réagir ironiquement Kanako. « A lundi pour la séance photo ! » conclua t'elle avant de raccrocher.
« Merde ! » avais je juste crié avant de jeter le téléphone sur mon lit.
Je m'étais sentie terriblement mal à l'aise à cet instant. Kanako n'avait pas totalement tort. J'avais soudainement eu la désagréable impression d'être complètement inutile dans cette chambre où j'attendais juste que mon frère vienne me voir en sachant miraculeusement ce que j'attendais de lui. C'était clair qu'il ne pourrait jamais faire une chose pareille. Il était trop bête. C'était à moi de me bouger pour lui faire comprendre ce que j'attendais de lui. Bordel, j'avais l'impression d'avoir perdu deux mois à faire la tête pour rien !
Ayant récupéré toute mon énergie et ma motivation, j'avais rapidement pris mon sac et ma veste pour sortir et foncer chez Ayase en espérant y trouver ce crétin pour le ramener de force ici. Car oui, vu l'heure qu'il était, il serait capable de traîner dehors jusqu'au matin pour célébrer sa dernière nuit au Japon. Mais c'était hors de question. Il allait devoir se ramener ici et regarder ce que j'avais à lui montrer !
Mais avant de sortir de ma chambre, je m'étais rappelé qu'il pleuvait à verse dehors. Et je n'avais pas envie de tremper les beaux vêtements que je portais. En regardant rapidement dans ma chambre pour voir si je ne pouvais pas me mettre autre chose pour sortir, je n'avais rien vu que je puisse mettre dans l'immédiat. Dépitée, je m'étais dit que ce serait peut être suffisant de l'appeler pour lui demander de se ramener ici. J'avais donc essayé de l'appeler mais apparemment, ce crétin avait éteint son portable. J'ai essayé une deuxième fois deux minutes après au cas où mais rien non plus. Bordel ! Je savais qu'il n'avait pas beaucoup d'amis pour se soucier plus que ça de garder son portable allumé mais quand même !
Puis, alors que je cherchais une solution, mon regard s'était arrêté sur mon uniforme d'été de collégienne. Je l'avais lavé pas plus tard que ce matin. Je comptais le mettre au fond de mon placard puisqu'il ne me servirait plus mais je l'avais quand même raccroché au mur par nostalgie.
« Yosh ! Alors je vais faire comme ça ! » m'étais je dit pour moi-même en commençant à me deshabiller.
Une fois mon chemisier boutonné, je m'étais regardé rapidement dans le miroir de mon placard pour voir à quoi je ressemblais. Je n'aurais pas cru reporter à nouveau cet uniforme aussi vite après la honte que je m'étais tapée au collège à cause de mon idiot de frère.
« Bien ! Kirino Kousaka de la 3ème4 est de retour ! » m'étais je félicité les mains sur les hanches en me voyant à nouveau en collégienne.
Ceci dit, j'avais donc prit mon sac et mes clés avant de descendre précipitamment au rez de chaussée pour enfiler mes chaussures. En m'entendant, maman était sortie du salon.
« Oh ? Kirino ? Où est ce que tu vas à cette heure ci ? Tu n'as pas de séances photo avant lundi non ? » m'avait adressé ma mère sur un ton un peu inquiet.
« Je vais juste prendre un peu l'air » répondis je sans chercher à inventer une excuse compliquée. « Je reviens tout de suite ! » avais je ajouté sans laisser le temps à maman de répondre avant de prendre un parapluie et de sortir de la maison.
Une fois dehors, j'avais commencé à courir en me dirigeant vers la maison d'Ayase. Mais avec un parapluie à la main et le vent qui soufflait comme par hasard dans la mauvaise direction, pas facile. Finalement, je m'étais contenté de trotter un peu. Kyosuke n'avait pas tellement d'avance sur moi. Il m'avait fallu presque une demi heure pour me rendre chez Ayase mine de rien. La nuit était déjà tombée et la pluie s'abattait toujours de plus belle. Pendant le trajet, j'avais essayé d'appeler encore plusieurs fois mon frère en espérant qu'il aurait besoin d'allumer son portable. Mais toujours rien. Bon sang ! Il allait m'entendre quand je serais arrivé !
Finalement, je m'étais retrouvé devant la maison d'Ayase. Elle ressemblait un peu à la mienne au vu de la façon dont l'extérieur se présentait. On pouvait même voir sa chambre de la rue quand elle ne fermait pas ses rideaux. Inutile de dire qu'ils étaient rarement ouverts quand elle était là donc. Ayase craignait vraiment les pervers plus que tout.
Par contre, ils n'étaient bizarrement pas fermés ce soir. Etrange m'étais je dit vu que Ayase devait probablement être chez elle puisqu'elle avait eu une séance photo aujourd'hui et que mon frère devait encore s'y trouver. Il y avait d'ailleurs de la lumière dans sa chambre. Intriguée, je m'étais mis du côté gauche de la rue pour essayer de voir un peu ce qui se passait à l'intérieur. J'avais alors vu Ayase assise sur son lit. On aurait dit qu'elle parlait avec quelqu'un mais le mur m'empêchait de voir qui était à côté d'elle. Comme je voulais satisfaire ma curiosité, j'avais décidé d'escalader discrètement son portail plutôt que de sonner pour voir ce qu'Ayase pouvait bien fabriquer dans sa chambre. C'était un peu stupide je sais mais à ce moment, j'avais ressenti comme un besoin insatiable de savoir ce qui se passait. Comme si un pressentiment me tourmentait.
Une fois dans le jardin, j'avais pu me mettre plus en biais pour voir plus en détail la chambre d'Ayase. C'est alors que je l'ai vu. Mon frère. Il était assis tout près à côté d'elle. Bien sûr, ça m'avait un peu surprise mais j'avais supposé à ce moment là qu'ils étaient probablement en train de s'expliquer après que Kyosuke lui ait dit qu'il ne voulait pas sortir avec elle.
Puis il y avait eu un éclair qui avait rendu la scène un peu plus précise l'espace d'une demi seconde. Et c'est à cet instant seulement que je m'en étais rendu compte.
Ils étaient en train de se tenir la main.
Mon regard s'était comme auto figé face à cette constatation. Je ne pouvais plus détacher mes yeux de mon frère et d'Ayase. Un autre éclair vint illuminer à nouveau la scène comme pour me confirmer que ce que j'avais vu était bien réel. Et encore un autre. Puis un autre.
Jusqu'à ce que je réussisse enfin à baisser mon regard, trop choquée que j'avais été pour le faire jusqu'à présent.
A cet instant, je ne rappelle plus ce que j'avais ressenti exactement. Mais je me souviens d'une énorme sensation de vide, comme si le monde extérieur venait d'un coup de disparaître et qu'il ne restait plus que les ténèbres.
Après quelques minutes ou j'avais pressé ma poitrine pour calmer mon rythme cardiaque qui s'était emballé, j'avais trouvé la force de marcher à nouveau jusqu'au portail que j'avais du escalader de nouveau pour sortir. Cette fois ci, j'avais eu l'impression que deux ou trois personnes m'avaient vu faire. Mais je m'en moquais. Ça n'avait plus d'importance pour moi maintenant.
Une fois dehors, j'avais essayé de jeter un dernier regard vers la maison d'Ayase, comme pour essayer de me raccrocher encore à un vain espoir que ce que j'avais vu n'était pas la réalité. Mais je ne l'avais pas fait. Je ne pouvais plus le faire. J'avais alors commencé à marcher devant moi sans vraiment faire attention où j'allais. En passant à côté d'une poubelle, j'y avais immédiatement jeté mon parapluie sans réfléchir. Je n'en avais plus besoin. J'allais également y jeter mon portable mais avant, j'avais eu envie de l'utiliser une dernière fois. J'avais ouvert ma messagerie et j'avais envoyé un court message à destination de mon frère.
« Adieu aniki »
Je savais que c'était stupide d'envoyer ce genre de message. Non seulement ça ne résoudrait rien mais en plus, c'était tellement ambigu que ce crétin allait sûrement se faire des idées. D'ailleurs, peut être que c'était ce que je voulais au fond.
Mais à ce moment précis, ces deux mots symbolisaient vraiment ce que je ressentais. Comme si j'avais eu le sentiment de l'avoir perdu pour toujours.
Une fois le message envoyé, j'avais jeté mon portable dans la poubelle en compagnie de mon parapluie et j'avais commencé à errer dans les rues au hasard. Sans m'en rendre compte, j'avais dû aller dans un endroit très fréquenté car je n'arrêtais pas de croiser une foule de gens qui eux avaient leur parapluie. Contrairement à moi qui m'en était débarrassé. Le contact de la pluie avait quelque chose d'apaisant. La chaleur des gouttes due à la saison estivale me donnait l'impression de réchauffer mon âme transie par un froid qui m'avait pétrifié tout à l'heure. Au fur et à mesure que je croisais des gens, j'avais l'impression qu'ils chuchotaient en parlant de moi quand ils me doublaient. Mais je m'en fichais. Je ne les regardais même pas. Je m'étais contenté d'avancer en fixant le sol.
J'avais en effet perdu tous mes points de repère. Jusqu'à aujourd'hui, j'avais vécu en essayant de suivre ma raison avant tout. C'était sûrement pourquoi d'ailleurs j'avais agi de façon aussi stupide jusqu'à maintenant. Mais cette nuit, seulement celle là, j'avais voulu mettre ma raison de côté pour une fois en essayant de suivre seulement mon cœur. Malheureusement, c'était comme s'il s'était brisé en mille morceaux après ce que j'avais vu. Privée de cœur et de raison, je ne pouvais plus que suivre au hasard la route qui se tenait devant moi.
En détachant lentement mon regard du sol pour regarder en direction du ciel, la pluie m'avait doucement caressé le visage, chassant les larmes qui avaient commencé à perler sur mes joues. J'avais choisi de continuer en direction du vent qui soufflait toujours, lui laissant le soin de lui confier mon destin.
Je me demandais où est ce qu'il allait bien pouvoir me mener.
