Mia: Merci :)


Chapitre 28 :

Dix huit appels manqués. Dix huit. De vendredi à lundi, Tifa avait trouvé le moyen de m'appeler quinze fois, Reno deux fois et Elena une fois. Et je n'avais toujours pas trouvé le courage de rappeler la brune. Après mon appel catastrophe pour lui demander des robes, chose que je ne ferais jamais en temps normal sans être droguée, je comprenais qu'elle veuille des explications. Mais de là à m'appeler quinze fois. Et moi je ne savais pas vraiment quoi lui dire. Je craignais un peu sa réaction soit démesurée soit ravie. Je ne savais pas si je devais craindre pour mes tympans ou simplement pour mes nerfs. En tout cas, elle y tenait.

Je regardais l'écran de mon téléphone, allongée sur le lit, à 10h30. J'étais enroulée dans la couette, le cheveux emmêlés, et absolument pas prête. Et je trouvais le moyen de me poser la question de savoir si je devais la rappeler ou attendre sa prochaine forme de harcèlement. Qui n'allait pas tarder à venir selon moi. Certes j'étais un peu fautive, je n'avais pas rappelé Tifa alors que je lui avais promis. Mais quelqu'un de normal n'aurait pas appelé quinze fois en deux jours pour autant. Ah oui, mais Tifa n'était pas normale. Cette pensée m'arracha un sourire. J'étais capable de tout, même des choses les plus folles, mais m'exposer aux questions de mon amie, jamais. C'était un acte suicidaire. Je lâchai un soupir. Je pouvais au moins rappeler Reno.

Je saisis le numéro du rouquin, et collais le téléphone contre mon oreille. Plusieurs bip sonores retentirent, pour finalement laisser place à une messagerie.

- Ouais salut Reno, c'est Yuffie, lançai-je pour laisser mon message. Ou la fille qui passe les meilleures vacances de sa vie. Bref je suppose que tu dors encore, alors dès que tu te seras bougé, tu pourras me rappeler pour savoir ce qu'il en est, espèce de larve. Ah, et fais une bise à Eli pour moi, merci ! Ciao !

J'appuyai sur une touche pour raccrocher, et laissai retomber mes bras sur la couette. J'étais plus motivée que jamais. Noël était dans deux jours, et je n'avais toujours pas réussi à faire un plat convenable. Pourtant, je faisais la cuisine chaque midi et chaque soir, avec l'aide de mon très adorable prof de maths. Cela expliquait pourquoi nous ne mangions que très tard. Parce que rattraper mes multiples échecs n'était pas la chose la plus facile du monde. Alors comme l'avait dit Vincent, si je ne faisais pas de progrès, le repas traditionnellement festif de Noël allait être des sandwichs dans notre cas.

La sonnerie bruyante de mon téléphone coupa court à mes réflexions. Attrapant l'appareil avec une agilité que je ne me connaissais pas, j'appuyai sur une touche pour cette fois ci décrocher. Reno ? Non, Tifa. Ou la personne avec laquelle je redoutais le plus de parler en ce moment.

- Salut !me lança joyeusement mon amie. C'est que maintenant que tu réponds toi !

- Salut grande gourde, lui répondis-je en levant les yeux au ciel.

Tifa commença alors à me faire la morale avec pour sujet principal mon non décrochage à ses appels incessants. Parce que, quand on est une personne polie, on décroche à ses gentils amis. Mais quand on est bien élevée ma chère Tifa, on ne harcèle pas les gens. Enfin, je la laissais parler toute seule. Sa voix était tellement forte que je me retrouvais à éloigner le téléphone de ma pauvre oreille.

- Bon alors, tu m'expliques ?finit par demander Tifa après avoir reprit son souffle.

- Et bien, tu me croiras jamais je pense, lâchai-je en souriant.

Mon amie ne répondit rien, et je devinais aisément sa mine étonnée.

- Je passe mes vacances avec lui, murmurai-je, jubilant.

- Tu veux dire, lui, LUI ?s'écria Tifa.

- Oui, ce LUI là, répondis-je en me lavant pour faire le tour de la pièce.

- Oh mon dieu !hurla la brune, me vrillant le tympan au passage.

Elle répéta cette phrase avec des tonalités différentes pendant une bonne minute, si ce n'est pas plus. Elle n'en revenait pas. Et je ne pouvais que la comprendre, moi même j'avais eu du mal à y croire. Et pourtant, j'étais bien entrain de dormir dans le lit de l'homme que j'aimais. Bon, pas avec lui encore, mais ce n'était qu'un détail.

- Et tu vois, je ne voulais pas fêter Noël en jean, avec lui, expliquai-je.

- J'espère au moins que tu ne feras pas honte à mes robes en les portant avec des chaussures plates, grogna Tifa.

- T'inquiète, je suis pieds nus les trois quarts du temps, la rassurai-je. Et au cas où, je t'ai emprunté une paire d'escarpins.

- Qui êtes vous et qu'avez vous fait à Yuffie ?se moqua la brune en gloussant.

J'allais répondre, lorsque je vis l'heure sur le réveil à côté de moi. 11h. Il était peut être temps que je me bouge, moi. Que j'aille me laver, par exemple, pour éviter de sentir le bouc devant l'homme de ma vie. J'en étais loin, mais quand même.

- Bon, Tifa, je vais devoir te laisser, y'a monsieur qui m'attends dans la cuisine, lançai-je.

- Ooooooooooooh, s'exclama mon amie. Alors je te rappelle et je ne te dérange pas plus longtemps.

Je la laissai rigoler toute seule, et je raccrochai avant même qu'elle ait fini. Rapidement, je sautai sur ma valise pour entamer une recherche des vêtements que j'allais mettre. Choix fait, je me ruai hors de la chambre, et me dirigeai d'un pas le plus discret possible vers la salle de bain. Je n'avais vraiment pas envie qu'il me voit comme ça. Certes, il ne devait pas être beaucoup mieux au réveil, surtout qu'il avait les cheveux plus longs que les miens, mais voilà quoi. Il en allait de ma fierté.

La porte n'étant pas verrouillée, je tirai sur la poignée et l'ouvris. Je rentrai dans la pièce pour me diriger vers la douche, perdue dans mes pensées matinales, lorsque je rentrai en collision avec un objet indéterminé. Relevant les yeux, je manquai de hurler, et de tomber par terre. Devant moi, Vincent, torse nu, et tout aussi surpris que moi. Adieu fierté. Que quelqu'un me tue. Non ma que la vision soit déplaisante, loin de là. Mais j'avais l'impression que mes joues étaient chauffées à blanc, et que mon cœur allait explosé. Et surtout, lui était peut être très beau si peu vêtu, mais moi, avec mon pyjama affreux et mes cheveux en bataille, je ne devais pas l'être. Si bien que je restai clouée sur place, la bouche entre ouverte, ma boule de fringue sous le bras. Et lui semblait dans le même état. Une brosse à cheveux dans la main, ses grands yeux carmins rivés vers moi, quelques perles d'eau dégoulinants encore le long de son torse.

- Je...je suis désolée, bredouillai-je en sentant mes jambes se dérobées. J'aurais du frapper.

- Ce n'est rien, me répondit mon prof en souriant à moitié, gêné. C'est moi qui aurait dû fermer. J'ai trop l'habitude de vivre seul.

Certainement. Je vous crois sur parole. Mais malgré ce court échange de politesses, aucun de nous deux ne semblait réagir.

- On va dire qu'on est quitte, finit par lâcher Vincent en reposant sa brosse à cheveux.

Il faisait sans aucun doute allusion à cette fameuse photo, sur laquelle il m'avait vu à moitié nue. Seulement ce qu'il ne savait pas, c'est que je l'avais déjà vu dans cette tenue, non officiellement, planquée dans une armoire. Que de souvenirs.

Finalement, voyant que j'étais dans l'incapacité totale de faire le moindre geste ou d'avoir une seule idée lucide, Vincent me poussa doucement pour quitter la pièce. Cet homme allait me faire mourir. Il allait avoir ma peau un jour. Et pourquoi c'était toujours moi qui me retrouvais dans ce genre de situation ? J'étais maudite, c'était sûre. La douche, j'allais la prendre plus que froide.

ooo

Une fois mon bain de glaçons terminés, sécurité oblige, j'ai calmement attendu en m'habillant le plus lentement du monde que mes battements de cœur ralentissent un peu. Et pour m'aider, il y avait naturellement une de ses chemises posée sur le radiateur. Je ne savais pas pourquoi, mais le voir comme ça sans être cachée me troublait. Plus. Peut être tout simplement parce qu'il le savait. Et que vu le peu de réactivité dont j'avais fait preuve, il avait dû se douter que cela ne me laissait pas de marbre. En même temps, qui pouvait rester complètement normal face à ça ? Les filles ayant eu le privilège de partager sa douche étaient les personnes les plus chanceuses du monde. Et moi j'attendais dans cette petite salle de bain. Pourtant il fallait que j'en sorte. J'avais bien conscience que je ne pourrais pas y passer ma vie, mais je ne pouvais pas faire grand chose d'autre. Méditer sur ma condition était de loin la chose la moins dangereuse à faire en ce moment. Je ne risquais pas de rougir à en brûler sur place. Mon plan qui consistait à passer dans la salle de bain avant toute chose, histoire de ne pas me montrer telle que je l'étais avait échoué lamentablement.

Je lâchai un soupir. Assise sur le bord du lavabo, je commençais à avoir faim. Et le seul moyen de remédier à cela était d'aller faire un tour dans la cuisine. Résolue, un sourire de condamnée sur les lèvres, je me levai sans grâce et ouvris la porte de la salle de bain. Je devais agir. La tête moyennement haute, je fis irruption dans le salon, peignée, cette fois ci, même si j'avais perdu toute crédibilité.

Vincent était là, assis sur un des tabourets, toujours aussi inspiré par sa tasse de café malgré l'heure tardive. Il avait revêtu une chemise, et je commençais à me demander si je ne le préférais pas sans. Il fallait vraiment que j'arrête moi. Cela en devenait malsain. Aussi silencieusement que je le pus, je le rejoignis en quelques pas, sortant déjà nos couverts pour midi. Le brun m'adressa un sourire plus qu'enivrant, et je ne pus que détourner le regard, gênée. Surtout après ce qu'il venait de se passer.

- Je suis désolé si je t'ai choqué, s'excusa une nouvelle Vincent.

Mais pourquoi fallait il qu'il reparle de ça. Il ne pouvait pas simplement se lamenter sur l'absence de flocons à l'approche des fêtes ou sur la condition des pigeons en hiver ? Non, il fallait vraiment qu'il me fasse rougir en évoquant ce point sensible. A croire que ça lui faisait plaisir. Quel vicieux.

Nerveuse, je mis quelques temps avant de réussir à attraper une cuillère dans un tiroir. Me retournant, un large sourire aux lèvres, je lui lançai un regard des plus rassurant.

- Moi choquée ?m'exclamai-je. Oh non. Non ! Vraiment pas le moins du monde. Je ne vois d'ailleurs pas pourquoi je le serrais, je n'ai pas regardé un monstre non plus. T'es pas désagréable à voir comme ça et...enfin je veux dire, pas au point de me faire peur...enfin tu vois quoi c'est...

Calmement, le brun se leva, me clouant sur place. Un sourire divin fendit son visage, alors qu'il faisait le tour de la table pour se rapprocher de moi. Il leva mon visage, deux doigts posés sur mon menton, et son sourire s'élargit.

- Tu t'embrouilles, murmura-t-il, amusé.

- Ça, j'avais pas besoin de toi pour m'en rendre compte, répliquai-je, n'osant pas faire un seul geste.

Il resta plusieurs minutes à me regarder, ses grands yeux carmins plantés sur mon visage qui devait avoir pris une teinte identique. Voir même plus rouge encore. Ses doigts délicatement posés sur ma peau provoquaient une panique incontrôlable dans ma poitrine. Je frisais l'arrêt cardiaque. Pire même. Je ne savais pas ce qu'il cherchait, penché comme ça au dessus de moi, sa main sur mon menton. Mais j'étais très mal à l'aise.

Finalement, il laissa glisser ses doigts, et libéra sa prise. Un frisson me parcourut l'échine. Je ne savais plus quoi faire. De toute façon, j'étais incapable de faire la moindre chose. J'étais comme un mollusque abandonné dans une cuisine. Utilité ? Zero.

- Alors, que manges t-on ce midi ?me demanda finalement Vincent en ouvrant un placard.

Comme si j'étais en mesure de lui répondre. Mais après quelques bredouillages internes, je finis par secouer la tête et serrer le poing. Je n'avais pas encore totalement perdu l'usage de la parole.

- De la salade ?proposai-je.

- C'est ça, choisis la facilité, se moqua le brun en sortant un saladier.

- Bah, pourquoi se compliquer la vie, rigolai-je en attrapant l'huile et le vinaigre.

Vincent me lança plusieurs tomates, que je rattrapai avec brillo. J'entrepris de les découper. J'en étais capable, au moins. Et sans même me couper en plus. Un exploit.

Pour la première fois depuis le début des vacances, j'arrivais à un résultat correcte. Pour une bête salade de tomates, c'était rassurant.

Nous mangeâmes sans rien dire. L'incident de ce matin y était peut être pour quelque chose. La prochaine fois, j'allais frapper, c'était sûr.