Voilà voilà, un nouveau chapitre qui vous plaira j'espère. Je réitère l'information précédente : certains ne sont plus notifiés des mises à jours, vérifier donc que vous avez bien lu les trois ou quatre chapitres précédents !
Albafica soupire en remplissant le bordereau de remise d'espèces.
Que dois-je faire… ?
Minos va me rendre fou, je suis complètement perdu…
Il repose son stylo et glisse ensuite les billets entre les deux feuillets du document. L'heure sur l'ordinateur affiche déjà midi, mais il n'a pas faim, son estomac lui parait noué. Le fleuriste enfouit le visage entre ses mains, coudes sur le comptoir.
Je ne peux trainer indéfiniment ce fardeau derrière moi. Le poids de la culpabilité… j'ai besoin d'en parler. Mais avec qui ? Shion va de toute façon me dire de le tuer et Dôko essaiera peut-être de comprendre mais dira que, pour la sécurité de tous, il faut se ranger à l'avis de Shion. J'aimerais pouvoir discuter avec quelqu'un qui ne me jugera pas, qui ne me pointera pas du doigt, quelqu'un qui fermera les yeux sur ma trahison…
Le jeune homme redresse soudain la tête.
« Fermera les yeux… » Je sais !
Sans perdre un instant, Albafica attrape sa sacoche et la passe en bandoulière. Il glisse le bordereau à l'intérieur de son sac.
J'irai poser ça à la banque sur le chemin du retour.
Prenant rapidement les clés de son magasin, il sort et ferme la porte vitrée puis s'éloigne, non sans jeter un coup d'œil vers le garage fermé de Minos.
Vingt minutes plus tard, le Chevalier des Poissons s'arrête devant un bâtiment blanc, dans l'un des quartiers les plus calmes de la ville. Il monte rapidement les quelques marches menant à la porte d'entrée en jetant un regard machinal à la plaque dorée accrochée juste à côté. Les lettres gravées dans le métal sont suivies d'une inscription en braille : Institut des Aveugles. Albafica appuie sur la sonnette près de l'interphone, un instant plus tard il pousse la porte d'entrée. Derrière le bureau d'accueil, un jeune homme blond aux yeux bleus lui sourit en se levant de son siège :
- Albafica, inutile de t'annoncer, mon Maître t'attend dans son bureau.
Le Chevalier hausse un sourcil amusé en emboitant le pas à son interlocuteur.
Difficile de prendre Asmita par surprise.
Ils traversent plusieurs couloirs et montent au premier étage. Le plancher ciré grince sous leurs pas.
- Voilà, c'est ici.
Le Chevalier des Poissons regarde la porte qui se dresse devant lui.
- Merci de m'avoir accompagné, Shaka.
Le jeune homme s'éloigne déjà en lui faisant un petit signe de la main.
Le fleuriste lève le poing dans l'intention de frapper au battant clos, une voix s'élève avant qu'il ne finisse son geste.
- Entre, c'est ouvert.
Un petit sourire aux lèvres, Albafica tourne la poignée et pénètre à l'intérieur d'un grand bureau. Le seuil franchi, le Chevalier d'Athéna a la sensation d'avoir quitté sa Grèce natale et d'être arrivé en Inde. Tout dans la décoration le dépayse, des tentures et tableaux représentant Ganesh, Rada, Krishna… en passant par les fenêtres à la forme typiquement orientale. Un petit poste cd diffuse de la musique traditionnelle indienne, un bâtonnet d'encens se consume lentement sur le bureau derrière lequel siège un homme d'apparence juvénile aux paupières closes.
- Je suis ravi de ta venue.
- Content de te voir, Asmita, le salue Albafica en fermant la porte.
Le Chevalier de la Vierge n'est pas, à proprement parler, un ami comme le sont Shion et Dôko. Ce n'est pas vraiment avec lui qu'il peut sortir boire un verre ou manger un morceau au restaurant… mais son tempérament calme et réfléchi convient parfaitement à Albafica. Il n'est pas impulsif comme peut l'être Shion et ses conseils sont souvent plein de sagesse.
Asmita se lève et fait signe à son camarade de le suivre. Ce dernier lui emboite le pas, foulant un tapis qui étouffe le bruit de sa marche.
Le propriétaire des lieux écarte un rideau délimitant la pièce et fait entrer son invité dans un espace aménagé beaucoup plus personnel qui ne sert qu'aux visites en lien avec le Grand Hôtel et la Guerre Sainte.
- Assieds-toi, je t'en prie.
Albafica prend place sur un coussin, non sans noter l'Armure d'Or de la Vierge. Celle-ci trône près d'un lit à peine assez large pour une personne et qui laisse à penser que son ami passe tout son temps ici, lorsqu'il n'est pas dans sa suite au Grand Hôtel.
- Tout se passe bien pour toi ? s'enquiert le Chevalier des Poissons.
- Oui, merci, répond simplement son interlocuteur en s'asseyant en tailleur en face de lui après avoir mis une bouilloire à chauffer. Toi en revanche, ton esprit est troublé.
Le jeune homme baisse les yeux sur la table basse où deux tasses retournées reposent sur des soucoupes en porcelaine.
- Tu sais déjà pourquoi, n'est-ce pas… ?
- Tu es perdu à cause de tes sentiments pour le Griffon, répond Asmita.
Il sort d'un tiroir une boîte en bois et l'ouvre en la présentant à son invité.
- Tu es toujours au courant de tout, observe Albafica en regardant les assortiments de thé rangés dans des compartiments colorés.
Il porte son choix sur un parfum épicé et glisse quelques feuilles dans sa cuillère à thé.
- Et tu n'as pas l'air de me reprocher cet écart comme le font Shion et Dôko.
- C'est ta vie, non la mienne, répond simplement son interlocuteur.
- Que dois-je faire ?
Le Chevalier de la Vierge sourit doucement et se lève pour prendre la bouilloire :
- Toi, Albafica, que veux-tu faire ?
- Je…
Troublé par la question, le fleuriste retourne sa tasse.
- J'ai envie de voir Minos, de passer du temps avec lui…
Asmita se contente d'écouter en versant l'eau chaude dans les récipients puis dépose le sucrier sur la table.
- Cette nuit, j'ai eu cent fois l'occasion de le tuer et je n'ai pas réussi… Je sais pourtant que c'est mon ennemi, qu'il aime m'humilier et qu'il n'aurait pas hésité à ma place.
Le Chevalier de la Vierge reprend sa place :
- Les temps sont troublés…
Délicatement, il fait tourner sa cuillère dans la boisson chaude et reprend :
- As-tu considéré les choses du point de vue des Spectres, par exemple ?
Albafica lève des yeux stupéfaits vers lui en laissant tomber un morceau de sucre dans sa tasse.
- Le Seigneur Hadès semble avoir une vision propre des évènements. Selon lui la mort n'est pas un tourment mais une libération. Il estime les Hommes victimes de leur propre misère et souhaite donc les éradiquer, les libérer de leur destin. La mort leur apporterait la délivrance et le repos.
Le fleuriste hausse un sourcil. C'est bien la première fois qu'il entend parler d'une telle version de leur Guerre.
Asmita repose sa cuillère sur la table et continue :
- Tu as été élevé par un Chevalier pour devenir un Chevalier, et tu as surtout été cantonné dans des idées précises depuis ton plus jeune âge. En réalité, tout est bien plus complexe.
Albafica reste silencieux. Les sourcils légèrement froncés, il réfléchit aux paroles du Chevalier de la Vierge tout en buvant quelques gorgées de thé. Finalement, il repose la tasse :
- D'accord… je comprends ton point de vue. Mais même si je vois les choses différemment, je n'en reste pas moins un Chevalier d'Athéna, et un humain de surcroît. C'est notre cause et non moi qui désigne Minos comme ennemi. Et ne parlons même pas des autres… jamais ils n'accepteraient ne serait-ce que d'écouter mes raisons, je passerais pour un traître avant même d'avoir pu me justifier…
De toute façon, même si je m'attache, je ne dois pas oublier que Minos joue avec moi plus qu'autre chose…
Asmita sourit :
- En bien des points cette Guerre est différente des précédentes.
- Que veux-tu dire… ? demande le Chevalier des Poissons avant de finir son thé.
- Pour commencer, tu n'es pas le seul à vivre une relation cachée.
Attentif, Albafica repose sa tasse et croise les mains sur la table.
- Ensuite… tu n'es pas sans savoir qu'Hadès se réincarne dans un nouvel hôte humain à chaque Guerre Sainte, et ce pour préserver son véritable corps reposant au plus profond des Enfers.
Le fleuriste acquiesce :
- Oui… Athéna suit la même conduite de sécurité en se réincarnant systématiquement, la jeune fille humaine qui lui sert d'incarnation s'appelle Sasha. D'ailleurs, il se dit dans les couloirs du Grand Hôtel que le frère aîné de Sasha, Alone, est l'hôte actuel d'Hadès... Est-ce vrai ?
- Absolument véridique. Toutefois, Alone n'était pas celui choisi initialement par Hadès… Ceci étant dit, je sens le Cosmos du Seigneur des Enfers perturbé ces derniers temps. Je ne serais pas étonné que l'esprit d'Alone ait en réalité le contrôle de son corps et que la conscience d'Hadès ne se soit pas éveillée. Ce serait alors une situation comme nous n'en avons jamais connue. Jusqu'à présent, aucun hôte n'a pu prétendre contrôler le Dieu des Morts.
- Si c'est vrai, pourquoi Alone ne nous aide-t-il pas à mettre fin à la Guerre ?
Asmita semble ravi par la question, comme s'il l'attendait.
- Peut-être croit-il réellement à la libération des Hommes par le salut. Ou peut-être nous provoque-t-il dans l'espoir que nous finissions par le tuer. Je doute qu'un hôte investi par l'âme d'un Dieu, même pleinement conscient, puisse lever la main sur son propre corps. Mais qui sait ? Les hypothèses sont nombreuses et je ne suis pas dans la tête d'Alone.
Le Chevalier d'Or de la Vierge pose les coudes sur la table, croise les mains sous le menton et poursuit l'énumération des différences majeures avec les dernières Guerres Saintes :
- Notre Grand Pope, pièce majeure de notre armée, a été tué. Depuis des temps immémoriaux, cela ne s'était produit qu'une fois, au cours d'une Guerre nous opposant à Arès. De plus, Thanatos, Dieu de la Mort, a été écarté très vite du combat. Et tu es au courant de ce qu'il s'est passé avec Saga et Kanon, les jumeaux du signe des Gémeaux.
Albafica fronce légèrement les sourcils en hochant la tête. La nouvelle s'est répandue comme une trainée de poudre et beaucoup se sont montrés compatissant envers Saga, contraint de condamner son inséparable moitié. Le regard dans le vague, il fouille dans ses souvenirs, les yeux rivés sur une statuette de Shiva.
- Maître Lugonis m'avait raconté une histoire semblable sur les Gémeaux précédents. Déjà à l'époque, l'un avait voulu contrôler l'autre pour assassiner notre Grand Pope…
- Les choses ne se sont pas déroulées de la même façon. Je suis presque certain que Kanon a en réalité été lui-même manipulé par un être puissant, probablement notre Inconnu. Je perçois sa présence, néanmoins il m'est impossible de savoir qui il est et ce qu'il cherche… Il n'en reste pas moins dangereux en se mêlant de près à cette Guerre.
Un nouveau Spectre ? Pour qu'Asmita n'arrive pas à remonter la piste, c'est qu'il doit vraiment être très puissant. Ou très astucieux.
Albafica reste pensif. Asmita se lève et prend une bougie parfumée posée sur une étagère. Il l'amène sur la table et l'allume. A voix basse, presque sur le ton de la confidence, le Chevalier d'Or de la Vierge reprend la parole :
- On dit de moi que je suis l'homme le plus proche des Dieux, mais depuis un certain temps, j'ai le sentiment de ne plus être le seul dans ce cas…
- Comment ça ? s'enquiert Albafica en regardant la petite flamme vaciller.
- Je soupçonne l'un des Chevaliers d'être la progéniture d'un Dieu…
Le fleuriste cligne lentement des yeux.
La plupart d'entre nous sommes certes des orphelins, mais aucun ne peut prétendre venir d'une lignée divine.
- D'autres Dieux pourraient-ils se mêler du combat opposant Athéna et Hadès par le biais de ce Chevalier ?
Asmita caresse le rebord de sa tasse d'un doigt léger et machinal.
- Ce n'est pas impossible. Après tout, les Dieux Thanatos et Hypnos se mêlent bien à cette Guerre.
Une demi-heure plus tard, Albafica prend congé. D'un pas lent, il prend la direction de la banque, le visage songeur. Cette visite lui a apporté plus qu'il ne le pensait et s'est trouvée plus intéressante à ses yeux qu'une simple visite de courtoisie. Bien qu'il ne sache toujours pas comment se comporter vis-à-vis de Minos.
J'aimerais rester avec lui sans me cacher aux yeux des autres… Mais je ne sais que trop bien qu'ils n'accepteraient jamais. Le mieux pour moi serait de passer outre mes sentiments et de lui faire la peau.
Je dois y arriver…
J'espère que ce chapitre a été intéressant ! N'hésitez pas à me faire part de vos remarques, suggestions, questions...
On m'a fait remarqué que je ne faisais pas de description. Mon excuse c'est que je préfère poser juste la base en quelque sorte et laisser les gens imaginer d'eux même le reste de la décoration par exemple. La vraie excuse, c'est que je n'aime pas les descriptions et que je suis très très nulle avec... (personne n'est parfait) J'avais une sainte horreur des rédactions à l'école où on nous demandait de décrire précisément tel et tel endroit ou personnage..
Avec un peu de chance, le chapitre suivant ne tardera pas à être mis en ligne et sera TRES long !
Ah oui, pour l'anecdote... Pourquoi Asmita directeur de l'Institut des Aveugles ? Hmmm j'avoue avoir cogité un moment sur le coller dans un monastère...mais un Monastère en Grèce, surtout à Athènes, surtout en pleine Guerre Sainte... enfin, je trouvais que ça détonait sérieusement vu qu'on parle surtout des Dieux Grecs (enfin, vous allez me dire, Asmita et Shaka sont clairement des bouddhistes et ils travaillent pour des dieux grecs...) puis bon, je n'étais pas très inspirée sur faire débarquer Alba dans un temple Hindoux. Et là, je me suis souvenue que sur les deux ans que j'ai passé à Marseille, je passais très souvent devant un Institut d'Aveugles. Comme Asmita est aveugle... mon cerveau a branché les deux ensemble et hop hop hop ! Voilà Asmita dans un lieu semblable
