Un autre chapitre ... Draco n'est pas au bout de ses peines :)
Je vous souhaite une bonne lecture, et j'espère que vous apprécierez ce chapitre. Je me suis fait la réflexion l'autre jour que cette fiction basculait plus du côté de l'introspection des personnages, et que je mettais moins de scènes d'"action". Quoiqu'il en soit, je crois que c'est ma façon d'écrire et j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur. :)
Lucius se tint à côté de son fils, presque solennellement. Il se courba légèrement à plusieurs reprises, à la manière des chefs d'orchestres qui saluent à la fin d'un concert.
Draco sentait toujours la douleur parcourir son être. Elle restait constante, ou s'amplifiait. Ce qui était sûr, c'est qu'elle ne diminuait pas. Pour s'évader, il parcourut lentement les visages de l'assemblée. Certaines personnes s'étaient levées, comme pour faire écho à Lucius. Elles applaudissaient, le visage radieux et empreint de fierté. D'autres semblaient avoir une réaction parfaitement neutre. Ils avaient déjà vu ce type d'opération, et trouvaient sans doute qu'il n'était qu'un pourri-gâté snobinard, qui n'égalerait jamais le talent de son père. Draco croisa durant un instant le regard de Rogue. Celui-ci semblait cette fois non plus inexpressif mais sinistre. Il avait le visage que l'on arbore lors des enterrements, chez les moldus. Il ne lui manquait plus qu'un parapluie noir et une rose à la main, et il aurait été parfait. En d'autres circonstances, cela aurait pu faire sourire Draco.
Lucius appuya à nouveau sur la marque de son fils, continuant de son côté d'apprécier les louanges qui lui étaient indirectement destinées.
Draco accusa le coup et grimaça de douleur. Il poussa cette fois un léger râle, qui ne put cependant être entendu que de son père.
Il continua son exploration minutieuse des visages, pendant que son corps et son âme se consumaient sur place.
Il vit Narcissa, seule, adossée à un mur. Elle semblait sur le point de tomber à terre, et elle avait aussi l'air d'avoir beaucoup bu. Cette vision augmenta sa douleur physique, et il eut soudain envie de courir vers sa mère pour la prendre dans ses bras –ce qu'il n'avait quasiment jamais fait de sa vie-.
Il détourna le regard, qui se posa par la suite sur les Cole. La mère était fébrile, en extase devant l'hologramme et devant ce qui venait de se passer. On eût dit qu'elle assistait au couronnement d'un prince. Le père, quant à lui, regardait attentivement, pour imprimer chaque détail et les ressortir dans quelques années, lorsque Draco serait son gendre.
Est-il nécessaire de parler de Lily ?
Celle-ci ne savait plus qui regarder, subjuguée par la beauté du fils et par la puissance du père. Draco ne la regarda pas plus d'une seconde, craignant qu'elle se fasse de faux espoirs. Il finit par fixer une bougie suspendue dans le ciel, et par ne plus la quitter du regard.
Sa tête le faisait atrocement souffrir, et son corps brûlait d'une étrange fièvre. La sueur commençait à perler sur son front, formant des minuscules bulles blanches semblables à de l'écume. Ensuite, elle se répandit sur chaque parcelle de son corps. Il avait l'impression qu'il allait exploser. Ses pensées n'étaient plus vraiment claires. De plus, son père, ayant perçu sa souffrance, appuyait de plus en plus sur la marque, espérant sans doute faire revenir Voldemort.
Au bout de quelques minutes, la vision de Draco devint floue, comme si ses yeux étaient voilés. Il entendit Bellatrix qui arrivait vers Lucius, visiblement très en colère.
- Enlève cette main de là ! Il doit accomplir de grandes choses ! Alors ne commence pas à l'abîmer !
- A l'abîmer ? C'est la meilleure ! Ce n'est pas un jouet … Tu sais, je crois que tu idéalises un peu trop ton jeune premier …
Bellatrix, excédée, retira de force la main de Lucius, et la douleur s'atténua légèrement.
Il sait. Il est au courant. Il sait.
- Comment ça, je l'idéalise ? C'est ton fils, je te le rappelle !
Lucius se mit à parler un peu plus bas :
- Ne nous disputons pas devant eux, veux-tu ?
Bellatrix émit un grognement qui passa pour une approbation, et elle dit à Draco d'aller se reposer.
Celui-ci partit sans demander son reste, titubant, et sans même répondre aux diverses sollicitations. Certains mangemorts avaient même eu le mauvais goût de tenter de le photographier. En vain. Il entra dans la maison plongée dans l'obscurité. Les elfes de maison s'écartèrent d'emblée, formant presque une haie d'honneur pour l'accueillir. Ils s'inclinèrent, et leur petite taille laissa à penser qu'ils traînaient par terre. Draco ne fit même pas attention à ce qui venait de se passer, cherchant une chambre au plus vite.
Il monta à l'étage avec peine, l'escalier étant quelque peu « biscornu » et encombré de vieilles gazettes de sorciers aux milles images animées. Il manqua même de trébucher dessus, à plusieurs reprises. L'escalier lui sembla interminable, mais il parvint tout de même à arriver au bout. Il choisit un palier au hasard, ouvrant les multiples portes qui apparaissaient et disparaissaient à leur guise, telles des salles sur demande.
Il trouva enfin une chambre où se reposer, et ferma soigneusement la porte derrière lui –à clé, puisqu'il n'avait plus sa baguette-. La chambre sentait vaguement une odeur de renfermé, et semblait ne pas avoir été ouverte depuis un long moment. Une gerbe d'étincelles enfermée dans un pot était posée sur ce qui ressemblait de loin à une table de chevet au bois usé. La pièce était donc faiblement éclairée. Draco se laissa tomber sur l'immense lit qui trônait au milieu, et manqua de s'enfoncer dedans. Il promena son regard un peu au hasard, paralysé par les douleurs psychiques et physiques qui continuaient à l'assaillir. Son attention se porta sur une sorte de chaîne qui dépassait sous le lit. Il tendit son bras pour tirer légèrement la chaîne, et découvrit un pendentif. Celui-ci était constitué d'un gros diamant blanc, presque translucide, à l'intérieur duquel quelques gerbes noires semblaient virevolter. Draco se dit que cela ne l'étonnait pas de Bellatrix : elle avait toujours aimé ce qui était tape-à-l'œil. Cependant, ce pendentif semblait posséder une vie propre.
Le jeune homme examina le diamant en le retournant sous toutes les coutures. Il aperçut enfin une minuscule écriture, qu'il ne parvenait pas à déchiffrer. A sa grande surprise, le diamant se consuma sous ses doigts, sans qu'il n'en éprouve la moindre douleur – ou peut-être celle-ci était-elle occultée au profit de l'autre -. Draco trouva presque cet événement normal, en comparaison de ce qui s'était passé. Il eut à peine le temps de cligner des yeux, que le diamant se reconstitua sous sa forme solide, neuf et sublime, se parant de mille reflets nouveaux, en plus des particules noires.
Draco en fut plus amusé qu'horrifié. Pourtant, il commença à distinguer de multiples silhouettes qui prenaient place dans ce cœur, dans cette petite scène. Les silhouettes n'en faisaient qu'à leur tête, se courbant, s'étirant, disparaissant, pour que d'autres puissent prendre leur place. Le jeune homme ne parvenait pas à voir leurs visages, à cause de la migraine qui le prenait et renversait son esprit. Il se dit néanmoins que ce pendentif pourrait lui être utile à l'avenir, et le cacha dans une de ses chaussures. Il prit bien soin de l'accrocher à l'intérieur, avec une sorte de trombone qu'il avait trouvé par terre. Les moldus avaient parfois quelques idées intéressantes. De temps à autres. Et puis, quand il n'y avait plus de baguette …
Le jeune homme examina son avant-bras, responsable de la douleur qui paralysait tout son corps. Le voilà marqué, comme les animaux moldus, qu'on envoie à l'abattoir. Programmé à faire le mal, à ne plus renier cette « nature » qui avait été profondément ancrée en lui dès l'enfance.
Draco resta plusieurs heures prostré dans la chambre. Il n'entendit pas de bruit à l'extérieur. La seule existence potentielle, autre que la sienne, était celle du diamant dans sa chaussure. La chambre était bien isolée. Il était environ six heures du matin lorsque la douleur s'atténua un peu, et il redescendit, non sans avoir pris mille précautions. Le jour qui se levait l'éblouit. Il vit les elfes de maison sous la table, sur des coussins de fortune. Ils étaient affalés, les yeux mi-clos, avec une expression de terreur figée sur leur étrange figure.
En arrivant dans le jardin, Draco s'aperçut que quelques invités avaient déserté. Les fauteuils faisaient office de lits d'appoint pour les autres, et quelques têtes ensommeillées et bienheureuses les occupaient. Les costumes et les robes semblaient ternes, au soleil. Les mangemorts affalés là semblaient avoir perdu toute leur vigueur, tout ce qui constituait leur puissance et leur souveraineté. L'hologramme de Voldemort avait disparu, afin de ne pas attirer l'attention sur l'endroit.
Le jeune Malefoy regarda vers la cage, mais il n'y trouva pas Hermione. Il fut soudain pris de panique, et s'approcha pour voir si tout cela n'était pas le fruit de son imagination . Ce n'était effectivement pas le cas. Aucune trace de magie, quelle qu'elle soit. La cage était intacte. Il ne restait plus qu'un pauvre quignon de pain et qu'une sorte de gamelle pour boire. La reconstitution d'un tableau pitoyable.
Pourtant, Draco sut que quelque chose n'allait pas. Il revint sur pas et observa plus attentivement tous ces corps en position de sommeil profond. Même son père, si alerte d'ordinaire, était affalé dans son siège, comme un vulgaire moldu somnolant devant un match de foot. Il secoua avec précaution ses épaules, qui retombèrent d'emblée. Il se mit même à crier pour voir si les endormis réagiraient. Aucune réaction. Il alla alors dans la cuisine, puisqu'il lui semblait que les elfes de maison, eux, n'avaient pas subi le même sort.
Effectivement.
Malgré leurs yeux mi-clos, les elfes s'aplatirent un peu plus sur leurs coussins.
Draco s'agenouilla afin de se mettre à leur hauteur. Ceux-ci se relevèrent à la hâte, à l'unisson. Il se sentait un peu comme une sorte de chef militaire. Il soupira et leur dit :
- Vous pouvez m'expliquer ce qui s'est passé ici ?
Il sentit qu'une dizaine de paires d'yeux se dirigeait vers son avant-bras, et en fut profondément agacé.
- Oui, je sais, j'ai reçu la Marque, ça, j'imagine que vous avez même dû vous extasier devant la cérémonie, en empilant des chaises pour regarder aux fenêtres ?
Certains elfes se terrèrent un peu plus vers le fond de la table, se rendant de ce fait presque invisibles.
- Comment se fait-il que vous soyez éveillés, et que tous les mangemorts ne le soient pas ? Et Herm … Je veux dire cette répugnante et grotesque captive, où est-elle passée ?
Le ton de Draco était cassant, pressant. Les elfes de maison y étaient habitués, mais ils n'aimaient pas beaucoup ça. L'un d'eux, qui était plus vaillant que les autres, rassembla son courage et s'avança vers le jeune homme. Il regarda tout d'abord le sol, gardant derrière lui tous ses semblables. Il fut ensuite assez téméraire pour lever ses immenses yeux verdâtres et larmoyants sur lui. Il ne portait qu'une sorte de pagne blanc rapiécé, qu'il semblait avoir depuis des années. Pourtant, Draco s'aperçut qu'il ne sentait pas mauvais. Il avait même eu l'air d'être fraîchement lavé. Il regarda Draco quelques instants, puis lança d'une petite voix plutôt nasillarde :
- Maître, avec tout le respect que je vous dois …
Draco eut à ce moment un geste un peu brusque qui eut pour effet de provoquer un mouvement de foule.
- Arrêtes de m'appeler Maître, veux-tu ? Je ne suis même pas la moitié de ce que tu qualifies de « maître ». Et arrêtez de me regarder avec cet air là, tous ! Bellatrix vous a formatés, ou quoi ?
- Écoutez, Maî … Draco … Ce n'est pas en nous traitant ainsi que vous obtiendrez quoique ce soit de nous.
La fermeté du ton contrastait grandement avec la politesse exacerbée dont l'elfe avait fait preuve plus tôt. Derrière lui, les elfes se regardaient en murmurant entre eux, et en poussant un peu leur camarade sur le devant afin que Draco lui accorde plus de crédit.
- Bon, ok … Viens-en au fait alors,explique-moi !
Draco se sentait un peu ridicule, et il avait surtout l'impression de perdre son temps, agenouillé devant ces êtres qu'il avait considérés jusqu'alors comme étant sans grand intérêt – résultat du formatage de son père-. Il voulait savoir de suite ce qui s'était passé, savoir si Hermione allait bien, ce qu'il adviendrait de ses semblables …
- Et bien voilà … Hier soir, peu après que votre montée à l'étage, un nouvel elfe de maison est venu nous rejoindre. On ne l'a d'ailleurs même pas vu arriver. Il avait une allure un peu étrange, je ne vous le cache pas … Nous n'avions jamais vu d'elfe de cette sorte ! Et puis, ses habits étaient différents des nôtres, il semblait venir de contrées lointaines et …
- Très bien. Abrèges, si tu veux bien.
L'elfe, nommé Gelury, baissa brièvement les yeux avant de se reprendre, repris d'une force de vérité qui le guidait. Il ne savait pas s'il fallait réellement faire confiance à Mr Malefoy, mais vu l'attachement que semblait avoir Hermione pour lui …
- Et bien il s'avère que cet elfe était un humain, que vous connaissez. Il s'agit de Ron Weasley. Je ne sais pas comment il s'y est pris pour pénétrer ici, et surtout pour trouver l'endroit, mais il semblait particulièrement enragé …. Il disait qu'il fallait faire au plus vite, et il a ramené un petit flacon empli d'une substance liquide pourpre avec lui. Cela ressemblait d'ailleurs étrangement à du sang ..
Draco était surpris par l'éloquence de l'elfe. Il avait l'impression que celui-ci avait dû avoir pour habitude de dérober des dictionnaires. Celui-ci parut s'en rendre compte.
- Surprenant, n'est-ce pas ? Oui, à trois-cent trente et un ans, j'estime que j'ai pu acquérir assez de vocabulaire … Trêve de discussion, puisque vous semblez pressé. Nous avons versé ce liquide dans chaque verre, sous les indications précises de Ron. Il avait acheté cela dans une petite boutique de magie noire, assez méconnue. Nous avons ensuite servi les « cocktails », comme disent les moldus.
- Et vous avez fait tout ça sans rechigner, sans vous dire que vous trahissez vos Maîtres ?
- C'est une autre discussion, et je crois que les gens les plus honorables sont ceux qui …
Draco eut à nouveau un geste vague, qui provoqua quelques frissons dans l'assemblée.
- Voilà, donc nous avons servi les « cocktails », attentifs à ce que les invités déjà bien enivrés puissent boire tout leur verre. Normalement, ils devraient être endormis pour deux jours. Au-delà de ça … Je crois qu'il faudra qu'on déserte si on ne veut pas se faire … Exécuter … Après ça, Ron a donc pu reprendre sa forme initiale et libérer Hermione qui est venue nous voir pour nous remercier. Elle pouvait à peine marcher, elle était tellement maigre … Elle nous a donné quelques habits, et ils ont pu transplaner.
Draco hocha la tête. Il effleura inconsciemment le diamant caché dans sa chaussure. Sacré Weasley … Il ressentait un mélange de colère jalouse et de soulagement, en plus des souffrances qu'il continuait de traîner comme un boulet aux chaînes infinies. Il voulait à présent savoir si Hermione était réellement en sûreté. Le jeune homme remercia l'elfe en lui offrant une carte de chocogrenouille qui traînait dans sa veste. L'elfe le remercia vivement, se prosternant presque devant lui. La carte passa de mains en mains, jusqu'à se retrouver vers le fond, où semblaient cohabiter toutes sortes d'objets divers et variés.
Il se releva, et alla chercher sa baguette sur le corps de son père endormi. Cette proximité le gênait tout autant qu'elle le dégoûtait. Il pouvait voir le visage de son père de près, relâché, avec cet air bonhomme qu'il ne lui connaissait pas. Il n'avait en effet jamais vu son père dormir. Draco observa ce visage quelques instants, profitant de la faiblesse de cet homme. Il s'arracha à cette contemplation. Il s'agissait à présent de retrouver Hermione. Ce n'était pas une mince affaire. Lorsque les mangemorts se réveilleraient, la vérité éclatera au grand jour et le chaos régnera à nouveau …
Le jeune homme transplana.
