Une version plus complète et donc plus lemoneuse est disponible sur AO3. Parce qu'il est venu le temps... des lemons ! Je pense terminer la version light plus tôt que la version corsée, parce que j'ai prévu des chapitres entiers pour baver bien comme il faut. Ah ! Mais sur quel(s) couple(s) ?

Merci pour la review :

FrMimi: Merci de ton soutien. Les reviews m'aident à aller jusqu'au bout de mes histoires. J'ai l'impression que tu as anticipé toute la problématique de ce chapitre. Francis a lui aussi besoin d'amour. Ils ne sont pas que deux à être perdu dans cette histoire.


Chasser les nuages

Arthur et Feliciano prenaient leur temps pour s'apprivoiser.

Ce problème relationnel détournait suffisamment l'attention d'Arthur pour lui éviter une discussion sérieuse avec Francis. Il était beaucoup trop facile de noyer une dispute avec un discours pompeux à la table du petit-déjeuner.

Arthur se plaisait à embrasser Feliciano, à lui prodiguer des caresses légères et à le séduire par de petites attentions. Feliciano tentait de lui rendre la pareille et à s'impliquer plus dans leur relation. Seulement, Feliciano se sentait encore en faute vis-à-vis de Francis. Ils enchaînaient encore les moments gênants et les frustrations.

Alors qu'Arthur était en train de méditer sur la question en sirotant son thé, Francis et Feliciano élevèrent la voix sur la question.

« Tu devrais m'en empêcher !, s'énerva Feliciano.

- On ne va pas avoir cette discussion trente-six mille fois. Je ne veux pas m'opposer à ce qu'il pourrait se passer entre vous deux, cria Francis.

- Tu devrais être jaloux !

- On est tous les trois ensembles, maintenant ! Je serai déçu, si tu jouais avec les sentiments d'Arthur. »

Arthur réprima sa mauvaise foi habituelle pour rester en dehors de la dispute. De plus, il risquait d'envenimer les choses.

« Je ne joue pas !

- Bien. Et l'amour n'est pas que physique. Tu as déjà dépassé les limites du couple à deux. »

Feliciano siffla d'indignation. Arthur laissa échapper un petit ricanement discret. Le ménage allait être fait. Feliciano avait tendance à s'armer d'un balai et d'une serpillère, quand il boudait. Quant à Francis, il s'enfermerait dans sa chambre pour bouquiner.

Il serait temps de passer à l'attaque d'ici quelques minutes.

Armé de ses produits ménagers, Feliciano se mit à râler en s'attaquant à la poussière des meubles. Arthur le trouvait particulièrement sexy quand il enfilait son tablier. Feliciano ressemblait beaucoup à sa version enfantine. En plus adulte et masculin, mais tout de même, il y avait un reste de féminité dans ses gestes, son attitude et sa manière de porter son foulard blanc dans les cheveux.

Arthur l'observa tourner à toute allure autour des meubles. Il évacuait sa colère en se battant contre la saleté. Arthur aurait préféré qu'ils chassent cette énergie négative ensemble.

« Francis peut se montrer très têtu.

- Vous ne voyez pas le problème », râla Feliciano.

Arthur se rapprocha subrepticement de Feliciano. Il posa tendrement sa tête sur son épaule, enlaça sa taille par-derrière et déposa un baiser dans le creux de son cou. Il eut droit à un Italien rouge pivoine à cause de son audace.

« Il y en a effectivement un. »

Arthur se colla plus franchement à lui, pour le rendre conscient de son désir naissant pour lui.

« Tu ne t'es toujours pas réconcilié avec Francis, râla Feliciano.

- En quoi ça nous concerne dans le moment présent ?, susurra Arthur en caressant son torse à travers son tablier.

- Je ne sais pas… Tu ne t'intéresses qu'à moi… C'est inquiétant. Et tu devrais garder tes mains pour toi.

- Je n'ai pas envie d'être égoïste. »

Toutes les tactiques étaient permises dans un trio pour coucher. Pourquoi Feliciano portait-il des pantalons sous son tablier ? Au moins, il était moulant.

« Arrête, soupira Feliciano. Je ne ferai pas l'amour avec toi.

- Mais pourquoi ?, demanda Arthur, sans cesser ses avances sensuelles.

- Parce que tu es encore fâché avec Francis. »

Feliciano s'éloigna de lui, sans lui accorder plus d'attention et se mit à balayer la cuisine.

« Mais c'est du chantage, Feliciano, réagit Arthur en le suivant dans la pièce. Il y aura forcément des moments avec des bas avec Francis. Et tout va bien, je te ferai remarquer.

- Tu devrais en parler avec Francis », râla Feliciano.

Apparemment, Feliciano ne lui laissait pas le choix. Arthur savait qu'il n'avait pas crevé l'abcès avec Francis et redoutait le moment de la confrontation. Il s'agissait des problèmes immémoriaux de leur couple à deux. Arthur avait peur des conséquences sentimentales dans leur trio. Le statuquo lui aurait convenu encore longtemps si Feliciano n'y avait pas mis son grain de sel.

Décidant de prendre le taureau par les cornes, Arthur se dirigea vers la chambre des duos. Francis s'était installé dans son fauteuil préféré, enveloppé d'un plaid, et lisait du Maupassant, les sourcils froncés. Ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour remettre en cause un siècle de vie commune.

« Francis… »

Son compagnon émit un grognement à titre préventif.

« … on en parlera plus tard, mais… Feliciano pense qu'il y a un problème entre nous… et, enfin… tu ne me le dis pas…

- Pas maintenant… »

Francis leva la tête pour réfléchir, puis soupira.

« Ce soir, quand Feli sera reparti en Italie. »

Arthur repartit dans le salon, en sachant que la fin de son week-end serait forcément pourrie et qu'il ne pouvait compter que sur lui-même jusqu'au soir. Son cerveau cherchait comment faire face à un reproche quelconque de Francis, tout en regardant la télévision. Évidemment, Arthur n'arrivait toujours pas à digérer le fait que Francis lui ait menti tout ce temps pour le rendre heureux. Seulement, son bonheur passait aussi par celui de Francis. Apprendre sa trahison sentimentale après tout ce temps l'avait méchamment picoté et rendu instable émotionnellement. Ce stupid frog ne l'avait toujours pas compris.

Feliciano échangea quelques mots avec Francis et vint l'embrasser avant de partir. Arthur aurait aimé le retenir contre lui. Ils ne passaient pas assez de temps ensemble à son goût. Feliciano continuait à garder une certaine distance qu'il espérait faire disparaître petit à petit. Il n'était vraiment pas à l'aise de se retrouver entre deux hommes différents en même temps.

« Je vous appelle dans la semaine. »

Stupid frog attendit qu'ils se soient mis au lit pour aborder le fond du problème. À peine couché, Francis commença à promener ses mains sur lui, alors qu'ils étaient censés se disputer. Arthur n'était jamais contre de noyer le poisson dans l'eau. Seulement, il avait la tête ailleurs. Il ne voyait toujours pas ce que Francis pourrait lui reprocher, puisqu'il lui avait soigneusement caché ses états d'âme jusqu'à ce qu'il soit prêt à en parler. Arthur sursauta quand Francis soupira de dépit, après avoir vérifié l'état de son entrejambe.

Arthur se crispa en sentant son compagnon partir de son côté du lit, en grognant.

« Euh… je…

- Tu ne me désires plus.

- Enfin… euh… je… »

Arthur ne s'était pas attendu à ce reproche-là. En même temps, il était tellement focalisé sur Feliciano qu'il ne s'était pas aperçu de ses manquements conjugaux.

« Il faut qu'on en discute », insista Francis.

Pour se faire pardonner, Arthur se colla contre Francis pour un câlin sage. Est-ce que son égarement sentimental était à l'origine de ce manque d'intérêt pour Francis ? Honteux, il se rendit compte qu'il ne lui avait pas accordé un seul regard depuis qu'il était rentré à la maison. Feliciano accaparait toute son attention.

« On ne peut plus continuer comme ça, soupira Francis. Il faut que tu me dises ce qui te tracasse à propos de nous deux. »

Arthur sentit le corps de Francis trembler d'anxiété.

« Je… je réfléchis…, tenta Arthur.

- Tu ne sais pas pourquoi ?, s'en étonna Francis.

- Depuis que j'ai appris pour Feli et toi, je suis complètement perdu dans ce que je ressens. »

Francis passa une main rassurante le long de son dos, en comprenant qu'il ne fallait pas le brusquer. Arthur adorait quand Francis prenait son temps pour mettre les choses au clair avec lui. Dans leur jeunesse, ils avaient plus eu tendance à se crier des mensonges et à faire des compromis inacceptables.

« Feli te plaît beaucoup.

- C'est quelqu'un de vraiment bien… »

En réalisant l'horrible vérité, Arthur cacha son visage contre le torse de Francis. Son cœur battit très fort. Il était toujours resté avec Francis, parce qu'il ne trouvait pas mieux. Malgré ses nombreux défauts, Francis n'avait jamais profité de leur vie personnelle pour le trahir en tant que nation. Feliciano représentait tout ce qu'il attendait de l'amour. Arthur paniquait. Paralysé par ses pensées, il ne savait pas comment réagir vis-à-vis de Francis.

« Arthur, c'était juste une constatation, s'inquiéta Francis. Je ne suis pas contre que vous soyez proches tous les deux. Comme je l'ai dit à Feliciano tout à l'heure, je n'ai pas mon mot à dire. À la base, tout est de ma faute. Dis-moi ce qui ne va pas. »

Pour une fois, Feliciano avait compris ce qui n'allait pas, bien avant eux. Arthur en tomba encore plus amoureux. Feliciano avait évité d'empirer la situation en se comportant de la sorte. Ils étaient bien trop engagés tous les trois dans cette relation particulière pour faire un faux pas dévastateur. Seulement, il était difficile de dépasser un passé aussi tumultueux.

« Je… C'est par rapport à toi.

- Je m'en doute, l'encouragea Francis.

- J'ai l'impression qu'on n'a jamais vraiment été heureux ensemble… »

Francis se tendit sous cette affirmation difficile.

« On a quand même vécu de bons moments, depuis que je me suis assagi.

- Tout était factice. Tu pensais souvent à un autre, le provoqua Arthur.

- J'essayai de ne penser qu'à toi quand on était ensemble.

- Tu n'étais pas heureux…

- Il fallait que l'un de nous trois le soit complètement, s'emporta Francis. Sinon, ça n'aurait eu aucun sens… Je t'aime. Même si ça te semble bizarre avec tout ce que l'on a vécu, je tiens toujours à toi… Et j'ai peur de ce qu'il pourrait arriver si tu t'éloignes de moi… »

Arthur écouta le cœur de Francis battre très fort. Ses mains passèrent doucement sur son torse pour le rassurer. Arthur se rendit compte qu'ils avaient déjà vécu ce genre de situation. Francis ne lui avait jamais fait de reproches quand il s'était intéressé à d'autres personnes de manière sentimentale. Pourtant, Francis se doutait de ce qu'il se passait. Arthur avait voulu se séparer de lui, plusieurs fois. À chaque fois, Arthur mettait tout sur le compte d'une expérience sexuelle dans leur couple libre. Il n'avait pas vraiment été honnête avec lui. La mère d'Alfred n'avait pas survécu à l'accouchement. Si Francis était tombé amoureux de Feliciano, c'était parce qu'Arthur n'était plus là pour le combler d'affection et s'était tourné vers une autre personne.

Francis lui avait fait aveuglément confiance pour toujours revenir vers lui, malgré leurs tromperies respectives. Quand Arthur était allé voir du côté de l'Amérique ou de l'Inde, Francis ne s'était pas immédiatement méfié de ce danger potentiel. Arthur pensait se faire un avis à temps pour récupérer son train de couple. Francis était bien moins naïf que lors de leurs jeunes années. Et lui aussi.

Francis craignait qu'Arthur et Feliciano se plaisent beaucoup trop.

Au vu de leurs passés respectifs, Francis trainait le plus de casseroles et pouvait facilement se retrouver exclu de leur arrangement.

« Quoi qu'il arrive, je ne cesserai jamais de t'aimer, souffla Arthur, conscient qu'il avait ses torts.

- Je m'en voulais de penser encore à toi, quand j'étais seulement avec Feliciano. Je voulais commencer une nouvelle histoire d'amour, mais… je m'inquiétais beaucoup pour toi. Tu me manquais. J'étais sans nouvelles. Je pensais que tu m'avais abandonné. Feliciano m'a fait prendre conscience que je t'avais mal aimé. Je m'en voulais encore plus… »

Arthur lui sourit tendrement, appréciant chacune de ses paroles. Seulement, il devait lui confier sa plus grande crainte.

« J'ai peur d'avoir aimé une part de Feliciano à travers toi ce dernier siècle, lui avoua Arthur. Il… Il a ce que j'ai toujours attendu de toi. »

Francis prit une grande respiration pour encaisser cette vérité et en parler.

« C'est sûrement parce que Feliciano m'a appris à aimer quelqu'un autrement et qu'il m'a fait ouvrir les yeux sur nous. Ce dernier siècle, je voulais t'aimer comme tu le méritais. C'est pour cette raison que je t'ai caché qu'on était encore amoureux après notre séparation. Je savais que la vérité nous aurait fait trop de mal à tous les trois. Je pensais qu'en te restant fidèle et en me taisant, tout se passerait bien.

- Vous souffriez tous les deux.

- Ce n'est plus le cas, grâce à toi, Arthur. »

Le silence leur parut bien plus agréable que les dernières heures. Arthur caressait doucement le ventre de Francis, perdu dans ses pensées. La main dans son dos lui procurait également du réconfort. Il appréciait la chaleur et l'odeur de Francis qui l'entouraient à sa juste valeur. Il s'agissait de la volonté propre de Francis de l'aimer ainsi. Ces dernières années avaient été les plus belles de sa vie de couple. Un sentiment d'accomplissement l'envahit jusqu'au plus profond de son être.

« On est bien tous les trois », murmura-t-il à l'oreille de Francis.

Arthur glissa sa main sur le ventre de Francis. Il connaissait Francis sur le bout des doigts. Il avait besoin de se sentir désiré et de faire l'amour. Il fallait le rassurer par des actes, car les mots ne suffisaient pas.

Arthur l'aima toute la nuit pour tous les jours à venir.