Disclaimers : Tous les personnages ainsi que la trame sur laquelle cette histoire est basée appartiennent à Stephenie Meyer. Je ne fais que broder autour de son œuvre. Mon portefeuille est désespérément vide, malgré cette fiction. ;p

Remerciements : A tous ceux qui ont recommencé à lire cette histoire, ceux qui l'ont continué aussi, je sais que c'est un peu fatigant à la longue, et puis que mes absences n'arrangent rien. Bref, merci à tous ceux qui lisent et qui reviewent. Et puis… Tout le monde dit merci au correcteur, hein, parce qu'il ne manque pas de boulot (il a eu deux semaines calmes, maisça y est, je recommence à l'inonder de mails ;) )

Note de l'Auteur : Je suis un peu fatiguée de faire des scènes qui reprennent les chapitres de Stephenie Meyer, bien que je sache que c'est obligatoire. C'est assez lassant, je dois dire, de n'avoir qu'à interpréter les dialogues et de les mettre en forme d'une autre manière. Enfin, bref, je vais essayer de prendre quelques libertés supplémentaires. Je ne sais pas si ça va plaire à tout le monde, mais bon… C'est moi qui commande (enfin, qui écrit… bref).


Je souriais en lui tournant le dos, imaginant sans peine son air outré. Je la savais plantée là, au milieu de la cour, les bras ballants, coupée dans son élan par mon attitude. Certes, je n'avais pas été très… amical. Enfin, si, mais… Disons que j'aurais pu être un peu plus encourageant. Mais il était tellement bon d'être naturel, heureux et insouciant avec elle. Elle l'apprendrait, elle m'apprendrait en même temps que je me livrerai. Si elle avait les clés de la situation, par ses sentiments, j'étais toujours le maître de mes secrets. Et, mieux qu'elle, je pourrais les garder.

Mes pas me guidaient d'eux mêmes vers le salle de cours, et je ne me souciai pas de savoir qui déambulait à mes côtés, qui me regardait avec des yeux ronds. J'aurais peut-être du. Ne regardant pas où je posai mes pieds, je m'arrêtai soudainement, en face de quelqu'un. Je relevai la tête, rassemblant mes pensées. Déglutissant.

Je n'avais pas envisagé une rencontre si tôt. Si tôt, et pourtant si lointaine. Elle aurait pu venir bien avant, elle aurait pu m'arrêter alors que je parlais avec Bella. Elle aurait pu faire tant de choses pour tout briser, briser ces instants. Mais elle avait préféré me briser moi, seul.

Enfin, seul. Façon de parler. Les pas des élèves résonnaient dans les couloirs, toujours plus lourds et plus fatigués. Je n'étais pas seul, non. Les regards de tous se tournaient vers moi, vers nous, cherchant à comprendre, à démêler la situation. Je serrai les lèvres. En public. Elle ne ferait rien en public, rien qui risquerait de nous faire du tort, à tous. Mais je n'en étais pas moins parti pour un mauvais moment à passer.

-Edward, que dirais-tu de ne pas aller en cours, ce matin. Du moins, à ton premier cours ?

Je secouai la tête. Cela se présentait, mal, plus mal que ce que j'avais pensé. Je baissai les yeux.

-Euh…

Il ne servait à rien de mentir. Il ne servait à rien non plus de dire la vérité. Elle savait. Elle saurait. Elle parvenait toujours à ses fins. Je compris alors pourquoi tout le monde, tous les humains que nous côtoyions avaient si peur de nous, si peur d'elle.

Une omniscience dérangeante. Ne pas pouvoir penser, ne pas pouvoir espérer, ne pas pouvoir se cacher. Ne pas pouvoir nous échapper. Inconsciemment. Aucun d'eux ne se doutait de ce que nous étions, de qui nous étions. Aucun d'eux ne pourrait jamais deviner à quel point leurs pensées, leurs doutes et leurs peines étaient menacés. Aucun. Sauf si la vérité leur était livrée par un de nous.

Ses yeux étaient dorés, plus clairs que jamais. Une étrange lueur, une brillance inconnue les animaient, alors que son bras prenait le mien, doucement, et me tirait vers la sortie. Il ne servait à rien de protester, il ne servait à rien de se débattre.

Elle n'était pas fantomatique, non, elle ne l'était plus depuis qu'elle avait ouvert la bouche. Prenant plus de consistance que d'habitude, rendant sa petite taille plus imposante que la mienne. Elle était heureuse, et cela ne laissait rien présager de bon.

Je la suivis sans résistance, me contentant de lancer des regards noirs à ceux qui nous observaient en souriant, en grimaçant. Elle ne m'entraîna pas loin, se contentant d'une table dans un endroit reculé de la cour. Elle s'assit sur la table, et je pris place à sa gauche, sur le banc. Quelques instants durant, elle ne parla pas, me fixant de ses yeux clairs. Elle me bloquait l'accès à ses pensées, et je dus attendre que plus un bruit ne passe dans la cour, que plus un élève n'arrive en courant pour qu'elle prenne la parole.

Sa voix était froide, un peu trop froide par rapport à d'habitude. Non plus chantante, non plus riante. Seulement dépitée, un peu triste aussi, un peu déçue. Une voix que j'aurais préféré ne jamais entendre, ne jamais connaître. Ce n'était pas sa voix.

-Je n'ai rien dit, Edward.

Toujours ces intonations, cependant, ces intonations un peu vibrantes, un peu ardentes. Je relevai la tête, comprenant le choix qu'elle avait du faire, les doutes qu'elle avait du combattre.

-Merci.

Je ne faisais que chuchoter, par respect pour elle, et ses yeux encore un peu froids. Elle secoua la tête, et j'appuyai mon dos contre la table. Elle lança ses jambes en avant, telle une enfant mal à l'aise.

-Je ne suis pas sure d'avoir fait le bon choix.

Je la regardai, surpris.

-Je ne le suis toujours pas non plus.

-Pourquoi, alors ?

-On ne peut pas garder des secrets à tout jamais.

-Ce n'était pas ton secret, Edward.

-En partie. Il m'appartenait autant qu'à toi. Autant qu'à vous tous. Certes, je sais que je n'avais pas le droit de le lui offrir comme ça. Je n'avais pas le droit, et pourtant je l'ai fait. Tu sais très bien qu'à présent, il est trop tard.

-Ce n'est pas de ma faute, Edward !

-Tu aurais pu me prévenir !

Alice se leva brusquement, et se mit sur ses pieds, en face de moi. Ses yeux avaient perdu leur éclat si étrange, pour laisser place à un ocre fumant, brûlant.

-Te prévenir ? Mes visions ne sont pas faites pour toi, Edward. elles n'obéissent pas à tes ordres. Elle n'obéissent pas même aux miens. Elles n'obéissent pas, un pont c'est tout. Je n'ai rien vu, Edward, je n'ai rien vu avant que tu sois à Port Angeles. A ce moment là, il était trop tard pour te prévenir, il était trop tard pour t'arrêter. Tu veux savoir quelque chose, Edward ? Tu veux savoir ce qui s'est réellement passé ? Ma vision a changé. Elle a énormément changé, entre la première que j'ai eu et le résultat que j'ai entre-aperçu quelques heures plus tard. Dans la première version, Edward, tu ne faisais rien. Tu la raccompagnais vers ses amis, tu la leur laissais, sous les instances de Jessica. Angela Weber ne disait rien, et Bella n'était pas prête à passer une soirée en ta compagnie.

Elle s'arrêta quelques secondes pour reprendre son souffle, quelques secondes où je me remémorait la scène de la veille. Les deux filles sur le parking. Attendant Bella, inquiètes. Avais-je fait un geste de trop ? Avais-je changé quelque chose, quelque chose qui aurait pu faire déraper la situation ? Avais-je fait un pas de trop, dans sa direction ? J'avais vu Angela hésiter quelques secondes, hésiter entre laisser Bella entre mes mains et s'occuper d'elle, seule. Elle avait ouvert la bouche par deux fois, avant de se décider à dire quelque chose. Quand à Jessica, elle n'avait pas paru comprendre ce qui se passait. Elle aurait pu, oui, elle aurait très bien pu plaider en faveur de leur soirée entre filles, et exclusivement entre filles.

Alice recommençait déjà, et je me concentrai sur ses paroles, pour n'en rien manquer. Mon souffle était plus vif, moins réfléchi, tentant de trouver dans ses mots une destinée, une action que je n'aurais pu contrer. Quelque chose, pas même une phrase, qui me disculperait, qui me rendrait témoin, et non plus instigateur de la scène de la veille.

-Dans la seconde version, tu lui avouai déjà la vérité, mais sans qu'elle t'y pousse. Tu la regardais, longuement, alors qu'elle refusait de manger, et tu cédais. Tu ne t'occupais plus de nous, plus d'aucun de nous plus de notre vie. Rien ne t'importait, sauf qu'elle sache, que les barrières tombent entre vous. Elle le prenait bien, étonnamment. Mais… pas toi. Tu refusais qu'elle ne te voie pas comme un monstre. Je suis désolée, Edward, désolée de t'imposer cela. Mais tu cédai à tes instincts. Tu comprenais que tu ne pourrais pas la rallier à ton point de vue. Je sais comme tu es obstiné, Edward, mais ce n'était plus toi. Tu ne te connaissais plus. Tu agissais en fonction de tes pulsions, Edward. Elle est morte, dans cette version des faits.

Je fixai Alice avec des yeux ronds. Comment avait-elle pu penser que ce soit vrai ? Comment avait-elle pu penser que je ne ferais pas tout pour sauver Bella, pour l'empêcher de devenir à son tour une proie ? Comment avait-elle pu croire que j'abandonnerai tous mes rêves ? Que je cèderai ainsi à la bestialité ? La réponse était simple, bien que je refuse de l'admettre. Une part de moi ne rêvait que de cela, que de sa mort et de mon triomphe, de mon triomphe sur son sang. Mais déjà ma sœur reprenait, et je tournai de nouveau ma tête vers elle.

-A priori, cela ne pouvait pas se passer de cette manière. Je t'avais observé, je t'avais vu te lier de plus en plus à elle, peut-être pas de manière durable, mais de manière presque… saine en tout cas. Je t'avais vu hésiter, mais toujours battre tes instincts, ces instincts que nous possédons tous. Alors, j'ai eu une nouvelle vision. Je ne sais pas ce qui s'est passé hier, Edward. Je ne sais que ce que j'ai vu. J'ai vu vos adieux, ce matin, sous l'auvent de la cantine. J'ai su avant toi ce que tu lui dirais. Mais je ne sais pas ce que tu lui as révélé, hier. Ce matin… Très révélateur, frangin. Je sais que tu lui as dit la vérité, sur nous et sur toi. Je ne sais pas de quelle manière, mais je peux imaginer qu'elle te l'a demandé, n'est-ce pas ?

-Pas exactement.

Je gardai le silence quelques instants, pas soucieux de raconter ce moment, cet instant qui nous avait appartenu.

-Tu… peux développer, frangin ?

-Elle avait deviné.

-Pardon ?

Les yeux d'Alice s'étaient écarquillés.

-Elle savait. Je n'ai fait que lui confirmer ce qu'elle avait deviné.

-Seule ?

Je secouai la tête, alors qu'un nouveau pincement au cœur m'empêchait de réfléchir normalement. Alors que je m'apprêtais à prononcer son nom, un grognement jaillit de ma poitrine, m'empêchant de parler. Un grognement bestial, non pas du à la rivalité de nos espèces, mais notre rivalité, à nous. Notre rivalité concernant Bella. Une rivalité dont elle n'avait sans doute pas conscience, car elle n'était pas encore affiché. La rivalité entre Jacob Black et moi.

-Elle a été mise sur la voie par un jeune Quileute.

-Pardon ?

-Tu n'étais pas là… Il y a une soixantaine d'années, Carlisle et moi étions dans la région, accompagnés d'Esmé, Rose et Emmett. Nous nous étions installés à Forks, en toute bonne volonté. Il régnait une odeur étrange dans les bois alentour. Une odeur que nous ne connaissions pas. Nous avons bientôt rencontré ceux qui la produisaient. Les loups-garous. Les Quileutes. Une partie de la réserve des Indiens, une partie des mâles d'une même très ancienne lignée était capable de se transformer en loup, et de vivre sous cette forme. Ils nous ont attaqués. Nous avions toujours été antagonistes, lycanthropes et vampires. Carlisle est parvenu à trouver un accord avec le chef de la meute, Ephraïm Black…

Je me tus. Je venais de comprendre. Je venais de trouver. Ephraïm Black. Jacob Black. Une similitude de noms qui ne m'avait pas frappé avant. Jacob Black. Nouveau grondement dans ma poitrine. Il était son descendant. Il savait ! Il devait savoir ! Il en était un, comme les autres. Il avait menti à Bella en disant qu'il ne croyait pas à ces vieux mythes. Il avait compris, et il lui avait révélé la vérité, sciemment. Il avait cherché à l'éloigner de moi. Il avait rompu le traité. Délibérément.

-Edward ?

Mes yeux dérivèrent quelques instants sur Alice, avant de se fixer une nouvelle fois sur le sol. Perdus. Tout autant que moi.

-Edward !

-C'est son descendant.

-Edward ? Je ne comprends pas un traître mot de ce que tu dis.

-Excuse-moi, j'étais… Nous ne venions pas, jamais, sur leurs terres, et ils nous laissaient habiter la région. Cela valait mieux qu'un conflit sur des générations, un conflit qui ne nous laisserait jamais de repos. Un conflit qui serait encore d'actualité. Nous avons accepté le traité. Ni nous ni eux ne devaient jamais attaquer un membre du camp adverse… Ni révéler son existence à ceux qui ne faisaient pas partie des deux races.

-Et il lui a dit ?

-Exactement.

-Que se passe-t-il si l'une des clauses du traité est rompue ?

-La guerre, je pense. Si nous ne trouvons pas un nouveau terrain d'entente… Si nous choisissons de relever l'erreur de Black.

-Ephraïm ?

-Jacob. Son descendant, sans doute. C'est lui qui a révélé à Bella notre existence. Il lui a dit que ce n'était que de vieilles légendes, auxquelles personne ne croyait. Bella les a crues. Il a donc révélé notre secret.

-Pourquoi ne les ais-je jamais vus ?

-Pardon ?

-Les loups-garous. Je ne les ai jamais vu.

-Sans doute que les clauses du traité t'en… empêchent.

-Sans doute, oui. Sans doute.

La voix d'Alice s'était faite douce, plus douce qu'avant, presque maternelle. Ses yeux étaient toujours emplis de la même tristesse, un peu mieux contrôlée cependant.

-Mais cela ne règle pas notre problème, Edward. elle sait.

-Tu crois peut-être que je ne m'en veux pas ?

-Bien sur que non, mais…

-Je sais très bien que Rose va me … haïr. Plus encore. Je sais très bien quelles seront les réactions des autres. Je ne t'ai jamais demandé de m'aider.

-J'essayais juste de te comprendre.

-Je… Merci.

Alice sourit en se rasseyant en face de moi tandis que retentissait la première sonnerie de la matinée. Je soupirai et me levai. Une main m'en empêcha.

-Quoi ?

-Tu comptes partir sans me raconter ce qui s'est passé ?

-Eh bien…

-Hors de question ! Je veux tous les détails !

Je grimaçai, hésitant encore. Je ne voulais pas donner cette satisfaction, à qui que ce soit, mais surtout pas à ma sœur. Garder cette scène, la garder pour moi, pour toujours. Notre scène.

Le sourire d'Alice s'agrandit encore, alors qu'elle me fixait de ses yeux redevenus étonnamment doux.

-Je te rappelle que tu n'es pas en position de négocier quoi que ce soit…

Je me rassis, un peu dépité, et attendit quelques instants avant de lui raconter ma soirée. Je n'étais pas en position de négocier, non, loin de là. Ni pour moi, ni pour Bella. Nos vies valaient plus qu'une soirée passée ensemble.

Ma voix n'était qu'un murmure parmi les silences qui nous entouraient. Les mots s'enchaînaient dans mes phrases, sans pour autant parvenir à recréer la magie de ce moment que nous avions partagé… Une magie que j'étais sans doute le seul à ressentir. Alice m'écoutait, silencieusement, presque religieusement. A chaque réponse de Bella, chaque expression de son visage que j'avais saisie que je rapportais, je me sentais rougir… S'il m'était possible de rougir. Je passai sous silence certains détails trop « personnels » pour que ma sœur puisse les comprendre, les apprécier. Je les passai sous silence pour avoir, toujours, en quelque sorte, le secret de cette soirée enfoui en moi. Enfoui en moi, là où rien n'avait vécu depuis des dizaines d'années.

Mais je ne pouvais pas retranscrire, pas même à Alice, mes sentiments.

J'avais peur. Trop peur. Chaque moment conté perdait de son intensité.

J'appréhendais. Trop pour être à l'aise dans mon récit.

Peur.

Peur que Bella ne parle pas.

Chaque minute qui passait nous rapprochait de son cours de maths. Chaque minute qui passait nous rapprochait de… La vérité ? Je ne pouvais espérer qu'elle la dise, qu'elle la confie à Jessica. Je ne pouvais espérer que ses sentiments se refléteraient dans une simple conversation, avec qui que ce soit.

J'avais peur.

Peur de ne pas être là, aussi, de ne pas être à même d'entendre les pensées de Jessica au moment où Bella se livrerait. Peur de ce que j'avais moi-même déclenché. Plus peur de moi que d'elle.

Mes moments de silence étaient consacrés à épier Jessica, épier son esprit pour être prêt au moment où Bella s'installerait à ses cotés. Chaque pensée qui m'arrivait faisait battre mon cœur, plus fort à chaque fois. Je posai ma main sur ma poitrine. Rien. J'avais beau ressentir, rien ne se passait. Je ne serais plus jamais humain. Un rêve.

Alice m'observait en silence quand je décrochais de mon récit, sans doute occupée à essayer de deviner ce qui m'éloignait de mon sujet. Elle y arrivait, oui, sans doute.

J'achevai mon histoire, cependant, en passant sur l'épisode de la nuit. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit dupe, non. Après tout, elle était ma sœur. Elle se contenta d'un signe de tête, ni favorable ni réprobateur. Elle se leva rapidement alors que la seconde cloche de la matinée sonnait, dans un timing parfait. Son sourire me fit craindre le pire, mais elle s'éloigna de quelques pas en haussant les sourcils.

-Hum. Un petit Edward romantique… Bon, je donnerais tout pour assister la scène qui va suivre, mais… J'ai cours, frangin ! Amuses-toi bien !

Je fis un geste pour me lever, mais elle partait déjà en courant. J'aurais pu la rattraper, facilement, mais je restai assis, me contentant de l'appeler.

-Alice ?

Elle s'arrêta, à quelques dizaines de mètres de moi. Des élèves passaient déjà entre nous, leurs cours finis. J'essayai de poser ma question, la question de manière détournée.

-Tu… sais ce qu'elle va dire ?

Le petit visage de ma sœur s'éclaira, rapidement, et elle me fit un signe de la main, tout en me laissant accès à ses pensées pour quelques secondes. Je m'infiltrait dans son esprit, oiseau de proie chassant le moindre petit détail, avant de me retrouver confronté à sa réponse.

Comme tu lui as dit ce matin, Edward, si on connaît les questions et les réponses, ce n'est pas du jeu ! Il vaut mieux que tu l'apprennes de sa bouche… Pardon, de celle de son amie !

Un rire cristallin résonna alors à la fois dans son esprit et dans le mien. Il ne me dérida pas. Je m'affalai sur le banc, angoissé comme jamais.

Il était temps. Temps de savoir, temps de ne plus sa cacher.

Je pris la place d'Alice sur la table, posai mes mains en arrière et m'appuyai dessus, fermant les yeux.

Trois.

Il fallait que je sache, je ne pourrais pas toujours donner sans rien prendre.

Deux.

Il fallait que je sache. Ne plus avoir de faux-espoirs.

Un.

Il fallait que je sache. Pour me remettre à espérer.

Je plongeai dans l'esprit de Jessica.

Dépêche-toi, Bella ! Allez ! Arrive ! Non pas que je craigne que tu sois en retard… Bref, tu es trop froussarde de toute façon pour risquer la moindre remarque… Mais mince, la seule fois où on pourrait avoir une discussion un tant soit peu… Intéressante…

Je rugis et rouvrit les yeux. Devant moi, à quelques mètres, se tenait un terminale, les yeux écarquillés. Ses traits exprimaient à la fois la répulsion et… La crainte.

-Dégage !

Il ne se fit pas prier et déguerpit en quelques instants. Je le fixai avec animosité, avant de retourner à l'esprit de Jessica. Elle n'avait pas le droit… Enfin… Elle était si… opportuniste… Rien ne l'unissait vraiment à Bella, en dehors de son goût prononcé pour les… potins en tout genre. Malheureusement pour elle, Bella en était une source ininterrompue.

Allez… Ne mets pas autant de temps à te débarrasser de ton manteau ! Comme si tu allais écouter en cours en plus. Pas la peine de sortir tes affaires. Vite, Bella, vite !

Oui, vite, Bella.

Donne moi tous les détails !!

Ce que je veux savoir ? Enfin, c'est simple, Bella. Tu es sortie avec Edward Cullen, enfin ! Quand ? Comment ? Que s'est-il passé hier soir ?

Invitée à dîner ? Dans un restaurant italien où le plus cher des plats est à 25 dollars ? Ce n'est pas ce que j'appelle une invitation !

Je me retins de rugir une fois de plus.

Et tu étais de retour à huit heures ? ça n'a pas du être très sérieux… Enfin, bon…

La seul excuse qu'elle trouve, c'est sa conduite… Même s'il conduit atrocement vite, comme elle a l'air de le penser, c'est toujours être enfermé dans une voiture avec lui pendant… Ouais, certes, ça réduit considérablement le temps du trajet.

C'était un rendez-vous ? Tu lui avais dit de nous retrouver là-bas ?

Elle remonterait considérablement dans mon estime ! être capable d'imaginer des plans comme ça… « Oh, j'irai bien m'acheter quelques livres… Non, non, c'est bon, j'y irais seule… Avec Cullen, oui, pas dans une librairie » !

Comment pouvait-elle accuser Bella d'avoir menti ? Elle avait vécu pour son honnêteté et son indépendance, hier soir, plus d'incidents que Jessica n'en connaîtrait jamais ! Elle n'était pas…

Très surprise de le retrouver. Hum. C'est ce qu'elle dit, oui. Mais il est quand même passé la chercher, ce matin.

Je n'en ai rien à faire de tes explications, Bella. Tout ce qui m'intéresse, c'est l'état de vos relations ! Vous comptez vous revoir.

Seattle ? Samedi ? Bien sur que ça compte !

Waouh ! Edward Cullen !

Bien sur qu'elle le sait ! Je suis persuadée qu'elle fait ça en grande partie pour sa popularité.

Mais attends… Est-ce qu'il t'a embrassée ?

Ce n'est pas comme ça entre vous… Comment ça ? Et pourquoi est-ce qu'elle baisse la tête, hein ?

Pourquoi… Bella… Je ne sais pas si je suis capable de…

Tu crois que samedi … Oh, elle ne pense pas ? Serait-ce de la frustration dans sa voix ?

Non, Bella.

Je le veux, Bella, tout mon corps le veut.

Je ne peux pas.

Je ne suis pas encore prêt.

Mais est-ce que ça veut dire que… Tu attendrais plus de moi ?

Est-ce que… Tu m'aimerais… Ne serait-ce qu'un peu ?

De quoi avez vous parlé ? Elle a oublié… Genre… De la disserte d'anglais ? Pardon ? Elle passe une soirée avec Edward Cullen et ils parlent de la dissert d'anglais ?

Je t'en prie, Bella ! Sois plus précise !

La serveuse l'a dragué ? Wahou ! Et il ne l'a pas regardée… La chance !

C'est bon signe, en tout cas. Elle était jolie ?

Encore mieux ! Tu l'attires, Bella, s'il ne regarde même pas autour de lui.

Je suis trop accaparé par elle, par sa… différence d'avec les autres. Tous les autres.

Elle croit ? Elle n'en est pas sure ? Mystérieux, Cullen ? Oui, je crois qu'on peut dire ça comme ça. Au moins.

Tu es drôlement courageuse, en tout cas, d'accepter de rester seule avec lui.

Non. Pas elle aussi. Je le sais.

Je le sais pour deux.

Il est si intimidant. Je ne saurais pas quoi dire en sa présence.

Ah, elle avoue être incohérente avec lui. Elle est humaine, après tout.

Mais… Il faut admettre qu'il est tellement craquant…

D'autres qualités ? Lesquelles ?

Personnalité extraordinaire ? Wahou ! Elle est complètement dingue de lui !

Il te plait, hein ?

Plus de souffle.

Coupé.

Trop direct.

Répond, Bella.

Je suis prêt à l'entendre.

Je suis prêt à comprendre.

Oui ! Je le savais, je le savais !

Pour de vrai ?

Plus de souffle.

Coupé.

Trop direct.

Oui ! oh mon dieu ! Il te plait comment ? Un peu ? Beaucoup ? A la folie ?

C'est quoi, cette réponse ? Trop ? Plus qu'elle ne lui plait ? Bien sur ! Comment pourrait-elle croire que Cullen s'intéresse vraiment à elle ? Et…

Elle rougit ?

Elle rougit !

Bella Swan rougit en entendant parler de Cullen !

Quoi ?

Mike a… Qu'est-ce que tu as répondu ?

Oh, merci, merci, oui, c'est le cas ! Répète moi tout ce qu'il a dit ! Mot pour mot !

Bref moment de jalousie. Elle était passé d'un sujet, moi, à un autre, lui. Jalousie maladive. Qui ne servait à rien, d'ailleurs. Je continuai d'espionner leur conversation durant l'heure et demie qui suivit, sans que le sujet revint jamais sur moi. Cinq minutes avant la dernière sonnerie, je me levai, et gagnai la salle de cours de Bella.

J'avais écouté. Maintenant, nous devions parler.

Je devais l'écouter, elle.

Je m'appuyai contre le mur en attendant sa sortie. Quelques élèves apparurent devant la porte, puis ce dut elle. son regard se fit étonné, et un bref sourire apparut sur ses lèvres.

Dieu qu'elle était belle.

Mon souffle se coupa.

Je lui lançai un bref « salut », avant de me décoller du mur.

Trop perdu dans mes pensées, dans ses réactions. Je n'entendis qu'à peine sa réponse.