Deux + Deux

Quatre mois sont passés. Si Stiles a retrouvé sa mobilité complète, et son travail d'adjoint, sa relation avec Derek est toujours au point mort. Par fierté, mais aussi par crainte de se faire encore rejeter, le loup refuse de faire un nouveau pas vers le policier. Quant à Stiles, marqué par les marques de haine à son égard, il élude les décisions qu'il doit prendre, s'immergeant entre ses enquêtes et sa fille. Impuissante, Lydia assiste au naufrage de cette union qui avait enfin fini par éclore. Entre la fierté de l'un et les blessures de l'âme de l'autre, elle n'arrive pas à lever le verrou qui bloque les deux hommes.

Ian reparle à Eden et joue à nouveau avec elle et les jumeaux Whittemore. Seulement, ils n'ont plus la même complicité qu'avant. À l'image de son père, Eden maintient une barrière que le louveteau ne sait pas comment franchir. Le temps est passé et le souvenir de sa mère s'estompe. L'image de la défunte se patine, lissant les défauts, gommant les drames. Un soir, l'enfant avait même abordé avec son père l'idée que Stiles et Eden s'installent au manoir. Cependant, Derek avait botté en touche avec une vague explication que le jeune garçon avait eu du mal à cerner.

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Une nouvelle sortie scolaire est prévue pour aller voir un musée des sciences. C'est la dernière de l'année. Eden n'en parle pas et se contente de montrer son carnet qui doit être signé, à son père. Sur le mot de la maîtresse, il y a, comme d'habitude, un appel à parents volontaires pour accompagner la sortie. Pas dupe du regard attentif de sa fille, Stiles se contente pourtant de signer l'autorisation de sortie sans toutefois s'inscrire comme accompagnateur. Il n'a toujours pas digéré ce qu'il a subit la dernière fois, où il avait dû renoncer à accompagner les enfants sous l'influence d'une vague de haine homophobe. Il sait que Derek avait fait le bon choix en le priant de sortir du bus pour apaiser tout le monde. Mais l'humiliation avait été cuisante. Il y a des blessures invisibles qui peinent à cicatriser. Stiles n'est pas prêt moralement à subir cela une nouvelle fois. Il souhaite également éviter ce genre d'épreuve à Eden. Alors, il fait profil bas, sachant pertinemment qu'il donne gain de cause aux haineux. La fillette ne fait aucun commentaire quand elle récupère son carnet, vierge de toute inscription de son père.

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Devant l'école, Lydia et Stiles discutent de la sortie qu'ils prévoient de faire le week-end prochain avec Scott, Kira et Malia. Leurs enfants tournent autour d'eux, impatients de monter dans le bus scolaire qui est en retard.

- Je ferai des salades à emporter, précise Lydia.

- Tu ne vas pas nous obliger à manger bio et équilibré lors d'un pique-nique ? Couine Stiles qui pense bien apporter des chips et de la charcuterie.

- Tu vas prendre du ventre Stiles ! Argue la banshee.

- Cela m'étonnerait, je n'arrête pas de courir avec cette affaire de drogue sur le campus !

- Bonjour ! Les interrompt Derek. J'ai un souci, commence-t-il hésitant.

Le loup s'adresse à Lydia. La jeune femme lui demande quel est son problème. Il lui raconte qu'une visite de chantier vient de lui tomber dessus à l'improviste et de ce fait il ne pourra pas accompagner la sortie scolaire comme prévu. Stiles se sentant exclu de la discussion et toujours en froid avec Derek, s'est éloigné de quelques mètres, trouvant un prétexte à s'occuper en aidant Eden à remettre son chouchou qui s'est défait.

- Ils sont limite en nombre de parents accompagnateurs, poursuit Derek. Si je ne viens pas, la sortie risque d'être annulée.

- Mince ! S'exclame Lydia. Je ne peux pas te remplacer au pied levé, j'ai également une réunion importante au travail que j'ai déjà reportée une fois.

La voix de Lydia oblige Stiles à revenir vers elle et le loup.

- Stiles ? Il me semble que tu as encore des jours à poser. Tu peux remplacer Derek ?

Le regard de Stiles vacille entre la banshee et le loup. La question de son amie sonne plus comme un ordre qu'une requête. Il sent déjà une vague de panique naître dans son ventre.

- C'est que…

Embarrassé, Stiles regarde autour de lui. Son regard scrute le visage des gens. Personne ne fait attention à leur trio, cependant le policier ne peut s'empêcher de voir des regards réprobateurs autour de lui. Il a l'impression que les conversations s'amplifient. Une sueur froide lui glace le dos. « Cela va recommencer » se dit-il. Perfide, sa mémoire lui rappelle les insultes, les injures et sa fille en larme. Stiles tire sur son col de chemise, il manque d'air. Des flashs trouent sa vision d'une multitude de points aveuglants. Il connaît parfaitement ce que signifient ces symptômes. Il commence une crise de panique. Cela fait si longtemps qu'il n'en avait pas fait. La dernière était le jour de l'enterrement de son père, quand il avait fouillé la maison pour trouver les papiers nécessaires pour la succession.

Derek entend le cœur de Stiles déraper, seulement il ne sait pas comment agir. Ils sont au milieu des autres. Avancer vers lui serait attirer l'attention sur le policier et risquer d'amplifier sa crise. C'est Eden, qui n'ayant pas perdu une miette de leur conversation, intervient en prenant la main de son papa. Le geste suffit à enrayer la crise. Pour sa fille, Stiles est capable de tout, même de se combattre lui-même. Alors d'une voix un peu atone, il accepte.

- Oui, je vais y aller. Pour une journée, ils peuvent se débrouiller sans moi au poste de police ajoute-il avec un faible sourire.

Il y a un moment de flottement parmi les parents tandis que Stiles s'avance vers le bus où les enfants entrent un à un. Aucune insulte ne fuse. Pourtant, la tension se perçoit dans les conversations qui s'arrêtent. Derek s'excuse haut et fort auprès des institutrices, remerciant avec conviction l'adjoint du Sheriff de le remplacer au pied levé. Le bus finit par démarrer sans incident. C'est un Stiles rassuré qui s'installe à côté de sa fille. Satisfaits, Lydia et Derek regardent le bus disparaître au bout de la rue.

- Je te remercie d'avoir bien voulu jouer la comédie, dit Lydia alors que les autres parents regagnent leur voiture.

- Mouais, rétorque le loup. Je ne comprends pas pourquoi tu ne pouvais pas le leurrer toute seule. Ta réunion est réelle, pas ma réunion de chantier.

La banshee ne lui répond pas, un sourire énigmatique sur les lèvres.

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La sortie au musée se déroule sans encombre. Les enfants sont intéressés par ce qu'ils voient. Une des attractions qui leur plaît le plus est un planétarium interactif. Si l'installation a été conçue pour les enfants, le groupe est un peu jeune et beaucoup d'enfants ont besoin qu'un adulte les soulève pour qu'ils puissent participer pleinement. Stiles se prête avec bonhomie à ce rôle, faisant décoller les enfants avec force. Le policier fait un peu le pitre, ce qui lui attire un bon succès auprès des gamins qui en redemandent.

Ian est resté en retrait. Il est intimidé et n'ose pas demander à ce qu'on le porte. Le louveteau se glisse donc furtivement dans le groupe des enfants qui ont déjà fait l'animation. Quand Stiles repose enfin le dernier gamin, il voit Ian qui détourne immédiatement les yeux lorsque leurs regards se croisent.

- Ian ! Tu n'es pas passé. Aller vient ! Appelle Stiles avec un grand sourire.

Le policier est heureux de participer à cette sortie scolaire. Son angoisse initiale s'est envolée et il s'amuse autant que les enfants qu'il accompagne, occultant aussi la rancœur du fils de Derek à son égard. Sa joie est communicative. Ian se laisse enfin convaincre et rejoint Stiles qui l'attrape à la taille et le soulève à bonne hauteur. Le louveteau oublie ses ressentiments et ses hésitations pour goûter à nouveau à la joie simple de s'amuser avec le papa de son amie. Le moment du goûter passe et c'est comme si aucun chagrin n'avait entaché leur amitié. Eden est aux anges de retrouver sa complicité avec Ian. Un complot s'organise avec les jumeaux Whittemore pour s'installer tous ensemble au fond du bus pour le trajet retour. Ragaillardi, Stiles fait encore plus le pitre pour la plus grande joie des enfants qu'il accompagne. Même les institutrices et les deux autres parents accompagnateurs se laissent séduire par l'exubérance de ce papa qui s'avère être un vrai hyperactif, mais qui sait également canaliser les enfants pour que tout se passe au mieux. Ceux qui le connaissent auraient reconnu l'adolescent qu'il a été.

Ils ont fait toutes les expériences, répondu à tous les quizz et actionné tous les boutons. Si bien qu'une bonne partie des enfants somnolent dans le bus au retour. Ian s'est tellement dépensé, si heureux de retrouver Eden comme avant le drame, qu'il s'endort contre Stiles.

À l'arrivée, les enfants descendent du bus et s'éparpillent comme une volée de moineaux vers leurs parents, racontant leur journée avec enthousiasme. Stiles a laissé passer la horde de mouflets pour descendre en dernier. D'un bras, il porte Ian qui s'est à peine réveillé lorsqu'il l'a soulevé et tient la main de sa fille. Lui aussi avait un peu somnolé lors du trajet. La lumière extérieure l'aveugle et le désoriente un temps.

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Derek attend l'arrivée des enfants en compagnie de Lydia. La banshee lui a proposé de se joindre à la meute pour le pique-nique du week-end. Le loup a décliné l'invitation prétextant une autre activité prévue avec Ian.

- Si tu changes d'avis, tu es toujours le bienvenu, affirme Lydia.

- Je te remercie.

L'arrivée du bus scolaire les interrompt. La placette devant l'école retentit des cris des bambins. Visiblement, la sortie leur a plus. Parmi les exclamations des enfants, Derek et Lydia entendent des remarques sur Stiles.

- Il a dû sacrément faire le pitre pour qu'ils en parlent comme ça, s'exclame Lydia.

- Faut croire lui répon,d Derek qui vient d'apercevoir Stiles.

Le cœur du loup fait un bond en voyant son fils endormi dans les bras du policier. Eden, qui vient de les repérer, lâche la main de son père et fonce sur eux.

- C'était trop amusant ! S'exclame la fillette qui tourne autour d'eux comme une toupie, en compagnie de Claudia et Dylan, les enfants de Lydia.

- Eden ! Calme toi ma puce, dit Stiles qui s'est approché.

Autour d'eux, les parents discutent, ravis que leurs enfants aient apprécié la sortie.

- Ian est à plat. Il s'est démené comme un fou, annonce Stiles un peu gêné.

Derek s'avance vers lui. Le policier pense qu'il va lui prendre Ian des bras. Mais au lieu de récupérer son fils, le loup place une main dans le dos de Stiles, entourant par la même occasion son fils, puis vient loger son autre main sur la nuque du policier.

- De... Derek ?!

Stiles n'a pas le temps de bafouiller plus longtemps, les lèvres du loup écrasent les siennes pour un baiser voluptueux. Le jeune homme a à peine conscience des conversations qui se meurent autour d'eux, tant son corps s'embrase au contact de la bouche de Derek. Il est submergé par un tournis voluptueux. Puis la réalité de la situation et l'endroit où ils se trouvent le ramènent brutalement sur terre.

- Mais ! Murmure-t-il interloqué, les joues rouges de confusion.

Ian, que cette étreinte a réveillé, regarde tour à tour les deux hommes. Le temps d'un battement d'aile de papillon, le temps s'arrête. Puis deux mains qui s'agitent les font regarder vers le bas. Eden fait signe à Derek de la porter.

Un peu en retrait, Lydia observe la scène. Stiles qui porte Ian, Derek qui porte la fille du policier. Le regard de la banshee est amusé. Son plan a fonctionné. Comprenant que Ian était enfin prêt, c'est elle qui a provoqué cette situation.

- Câlin groupé ! Réclame Eden avec force.

La fillette accroche le cou de son père, Ian fait de même avec le sien. Et voilà quatre têtes collées les unes aux autres pour un câlin de groupe. Stiles, totalement bouleversé regarde Derek.

- Tout le monde nous regarde ! Couine-t-il.

- Et ils vont devoir s'habituer à ce genre de scène. Affirme doucement le loup. Tu veux bien venir habiter au manoir avec Eden ?

La question vaut aussi pour son fils à qui il demande l'assentiment. L'enfant hoche vigoureusement la tête. Eden clame sa joie.

- Oui, le manoir ! Crie la fillette.

- Hey ! Je n'ai pas encore dit oui, s'offusque Stiles d'être pris de court par cette demande soudaine et si inattendue.

- Ce n'était pas vraiment une question Stiles, rétorque Derek.

- Genre ! Tu penses porter la culotte dans ce ménage ? Questionne le policier avec une pointe de sarcasme.

- C'est l'évidence même, lui rétorque le loup.

- Tss…

- J'ai une faim de loup, clame Ian qui est autant accroché au cou de Stiles que celui de Derek.

Les deux hommes se décalent un peu. Autour d'eux, la foule des parents est comme figée à la vue de ces deux hommes portant chacun l'enfant de l'autre. Deux hommes qui se sont embrassés comme le font deux amants et non comme deux amis. La scène heurte les certitudes de certains et l'ordre établi de beaucoup. Pourtant, ce qui stoppe les réactions négative, c'est l'attitude des deux enfants. Leur joie est une évidence. La façon qu'ils ont de s'agripper à ces deux papas montre leur confiance totale en ces deux hommes. Cela déborde tant d'amour, de confiance et d'affection que personne n'ose remettre en cause une telle union.

- Venez manger à la maison, OK ? Propose Derek.

Stiles comprend que le loup ne lui donne une fois encore guère le choix. Il est pourtant inquiet. Depuis leur baiser, il s'attend à une pluie d'indignation de la part du public, pour cette déclaration d'amour sans équivoque de la part d'un homme respecté et qui est ni plus ni moins que le maire de la ville. Pourtant, rien ne vient. Personne n'ose dire quoi que ce soit. Les conversations ont repris à voix basse. Seulement, on n'y entend pas de vindicte comme les fois précédentes où Stiles s'est fait littéralement conspuer.

Lorsque les deux papas veulent se rendre leur enfant respectif, les bambins refusent s'accrochant avec force au papa de l'autre. Ian refuse de quitter les bras de Stiles, quant à Eden, elle fait un sourire angélique à Derek qui maugrée sur le pouvoir féminin.

Le moment de flottement entre ces deux pères qui se font mener par le bout du nez finit par faire rire Lydia. Son rire étant communicatif, d'autres parents se joignent à elle. D'abord timidement, puis l'hilarité devient générale devant la tête de Stiles dont l'embarras vaut le détour. Il est à nouveau le centre des attentions, mais cette fois-ci il la partage avec Derek, Ian et Eden. Il ne s'agit plus de haine, mais d'un amical charivari. Le jeune policier a un peu d'amertume en pensant que ce qui ne passait pas avec lui, est accepté pour Derek. Néanmoins, emporté par la liesse générale, il ne peut pas se permettre de bouder cette victoire. Connaissant les réactions précédentes, le baiser du loup était risqué. Pourtant, Derek n'a pas pris de risque, il est allé bien au-delà de ça.

Deux hommes marchent en direction du parking avec chacun un enfant dans les bras. Derek monte dans la Camaro avec Eden, alors que Ian suit Stiles dans sa berline.

Bientôt la fin