Appartement- Brooklyn

Lorsque Alec se réveilla, il était seul dans le grand lit à baldaquin. Il étendit le bras et sentit une surface froide là où aurait dû se trouver son amant. Il tendit l'oreille : aucun son, aucun bruit, ne provenait de l'appartement. Il se leva et enfila à la hâte un bas de jogging, avant de se rendre dans le salon. Les rideaux des baies vitrées étaient encore tirés. Un mauvais pressentiment envahit le jeune homme, sans qu'il ne sache expliquer pourquoi. Où était Magnus ? Le regard du néphilim se posa alors sur un mot reposant sur la table basse du salon. Son cœur accéléra, son mauvais pressentiment se faisant de plus en plus fort. S'asseyant sur le fauteuil, il prit le mot qu'il lui était adressé, d'une main tremblante. Une écriture fine, qu'il connaissait par cœur, parcourait le papier blanc.

« Alexander, mon ange,

Je suis désolé, mais je ne peux te laisser faire une chose pareille… Tu n'as aucune idée des conséquences que cela entraînerait pour nous tous, pour notre monde… Pardonne-moi de t'avoir menti mais tu aurais continué à t'acharner à me convaincre. Je le renverrais d'où il vient, tu as ma parole que je ne lui ferais aucun mal… Je te laisse t'occuper des autres, je sais que pour eux, tu n'hésiteras pas une seule seconde à libérer leurs âmes. Pourtant, ce sont eux que j'aurais préféré voir rester, mais cela est impossible, crois-moi… Quant à lui, je te demande de me laisser faire. Je t'ai promis que je lui parlerais et je le ferais, mais je te demande d'accepter ma décision. Je t'ai pardonné Alec, mais je ne sais pas si je peux encore te faire confiance… Prouve-moi le contraire mon amour, je t'en prie, en n'essayant pas de me retrouver, en me laissant faire… Je sais qu'avec ce lien qui nous unit tu peux me retrouver, mais je t'en conjure de ne pas le faire… Prouve-moi que toutes les promesses que l'on s'est fait n'étaient pas que des mensonges… Je te demande de respecter mes choix même s'ils vont à l'encontre des tiens… Je sais que ton père te manque mais ce n'est pas une raison pour te servir de mon « père adoptif », comme un père de substitution. Mes paroles vont peut-être te paraître dures, mais l'enfant qu'il a essayé de noyer à l'époque, est mort ce jour-là, et je suis né. Je suis l'extrême opposé de celui que j'étais à l'époque, je suis devenu quelqu'un d'autre. Je ne veux pas qu'il reste, il ne représente plus rien pour moi, à part un souvenir douloureux. Comprends-moi, je t'en supplie…

Je t'aime… »

Alec serra la lettre dans sa main et ferma les yeux. Colère, déception, mais aussi compréhension, se mélangeaient… Faisait-il suffisamment confiance à son amant pour le croire quand il lui disait qu'il ne ferait aucun mal à son père ? Oui, sans hésiter, oui. Mais il fallait qu'il le retrouve… Il respecterait son choix, mais il était hors de question qu'il reste là sans bouger. Il fit tourner l'anneau autour de son annulaire, entre ses doigts fins, et se concentra…

Plus tard-Institut

Tessa était furieuse, et plus Catarina lui disait qu'elle aurait dû s'en douter, que c'était à prévoir, plus elle fulminait. Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent alors, laissant passer Alec. Elle fondit aussitôt sur lui. Il leva une main pour la faire taire alors qu'elle s'apprêtait à lui expliquer les derniers événements.

- Je suis au courant…

- Je croyais que tu avais réussi à le convaincre ?!

- Ouais, ben faut croire que non !

- Tu ne me demandes pas comment il s'y est pris pour mettre la main sur lui ? Demanda Tessa, plissant les yeux, suspicieuse.

Elle aurait imaginé que le jeune homme serait beaucoup plus furieux.

- Non, parce que sincèrement, je m'en fiche ! On doit libérer leurs âmes à tous, ce soir ! On se focalise sur ça, pas sûr autre chose !

- Et Magnus ? On le laisse faire les choses de son côté avec son père ? On n'intervient pas ?

- Non !

- Mais…

- Tessa, c'est son choix… Crois-moi que j'aurais voulu qu'il prenne une décision différente, mais ce n'est pas le cas, et je respecterais son choix !

- Tu n'as pas peur que Magnus le tue ?

- L'en crois-tu capable ?

Tessa réfléchit un instant avant de répondre.

- Non…

- Alors tu as ta réponse…

- On fait quoi alors ?!

- Rien… On les renvoie, point…

Mount Haystack

- Mengapa kau membawaku ke sini? ( Pourquoi m'as-tu amené ici?)

- Aku tahu Alec ... Dia mencoba untuk menemukan saya, tapi dia tidak bisa pergi di sini tanpa sihir ... (Je connais Alec... Il essaiera de me retrouver, mais il ne peut pas accéder ici sans magie... )

- Penyihir teman Anda... ( Tes amis sorciers...)

- Je suis plus puissant qu'eux, ils ne pourront pas utiliser leur pouvoir ici, je les bloque…

Le sorcier avait abandonné l'Indonésien, espérant lui faire comprendre, par cet acte, qu'il n'était plus l'enfant qu'il avait connu… Lui et son père se tenaient sur le sommet d'une montagne. A cette altitude, tout n'était que pierre et poussière. Magnus les avait emmené ici par portail. Le vieil homme jeta un regard inquiet vers le vide.

- Tu comptes me tuer ?

- Ça dépend… J'ai quelques questions et je te conseille de me dire la vérité… Si tu mens, je le saurais…Donne moi ta main ! Lui ordonna-t-il.

Son père tendit prudemment la main vers lui, et planta son regard dans le sien.

- Pourquoi tu me fixes comme ça ? Tu as peur ? Fit le sorcier en haussant les sourcils.

- Non ! C'est juste que tes yeux me rappelle ceux de ta mère…

- Ce n'est pas ma vraie apparence….

Magnus transforma alors aussitôt ses yeux, leur faisant prendre l'apparence de ceux d'un chat.

- Celle-là, si !

- Les deux font parties de toi, mon fils !

- Je ne suis pas ton fils, je ne suis le fils de personne !

Le sorcier lui saisit alors brusquement la main. Aussitôt, un filament bleu les lia l'un à l'autre.

- Maintenant, répond à ma question ! Et n'oublie pas, ne me mens pas !

- Je t'écoute…

- Que veux-tu à Alec ?

- Rien, j'ai été enfermé plusieurs jours avec lui, on a sympathisé… Je me suis attaché à ce gosse…

- Tu t'imagines que je vais te croire ?

- Regarde par toi même ! C'est bien pour ça que tu as enroulé nos mains d'une flamme bleue, non ?

La rétine des yeux du sorcier se fit encore plus fine… Il devait bien reconnaître que pour le moment, son père adoptif ne mentait pas…

- Je te jure que si tu lui fais du mal…

- Pourquoi ferais-je ça ? Je te l'ai dit, je me suis attaché à ce gamin ! Il est très amoureux de toi tu sais…

- Oui, je sais, merci ! Lui fit froidement Magnus.

- Et je peux voir que toi aussi…

- Qu'est-ce que tu en sais ?

- Ça se voit à la façon dont tu le regardes…

- Pourquoi t'intéresses-tu autant à notre relation ?

- Parce que je suis heureux pour toi ! Moi aussi j'ai connu un amour aussi fort… Avec ta mère…

Les yeux du vieil homme s'emplirent de larmes, faisant tressaillir le sorcier.

- Sa mort m'a dévasté… Mais je ne t'en ai pas tenu pour responsable… Seulement je pensais qu'Asmodée te possédait… Je ne savais pas, je ne comprenais pas… C'est lui que je voulais tuer, je pensais te sauver…. C'était lui que je considérais comme un monstre, pas toi…

Magnus éclata d'un rire sans joie.

- Mais tu sais, lui ou moi, c'est du pareil au même !

- Non, c'est faux ! Une partie de toi est humaine... Tu as une âme !

- Non ! Je suis comme lui !

- Dans ce cas pourquoi as-tu accepté qu'Alec, ce jeune homme innocent dont l'âme est pure, lie sa vie à la tienne ?!

Le vieil homme resserra son emprise sur la main de son fils, et l'attira à lui. Le sorcier essaya de se dégager, mais son père avait plus de force qu'il n'y paraissait au premier abord.

- Lâche-moi !

- Non ! Réponds toi aussi à ma question ! Pourquoi ?

- Lâche-moi ! Répéta Magnus, tout en essayant de se dégager.

- Réponds ! Pourquoi ?!

- Parce que je l'aime ! Hurla le sorcier.

Son père sourit et relâcha sa main. Magnus se dégagea aussitôt, rompant le lien qu'il avait créé, et se massa le poignet.

- Tu vois, ce que tu viens de dire est une preuve que tu possèdes une âme… Dans le cas contraire, tu ne pourrais éprouver un sentiment aussi fort qu'est l'amour… Tu peux te persuader si tu veux que tu es un monstre, mais ne force pas les autres à croire à ce mensonge !

Devant le silence de son fils, il reprit :

- Tu n'es pas responsable de la mort de ta mère… Et si j'ai pu te faire penser le contraire, je m'en excuse… Je ne savais pas ce que je sais aujourd'hui… Je pensais te sauver… Je sais que tu as du mal à me croire, et je le comprends parfaitement, mais je te jure que c'est la vérité ! Tu es et tu resteras mon fils ! Je t'ai élevé et…

- Non… Murmura Magnus.

- Comment ça non ?

- Ce n'est pas toi qui m'as élevé, mais les Frères Silencieux d'Espagne… Toi tu as élevé le petit garçon que tu as essayé de noyer dans cet étang... Et ce garçon est mort…

- Laisse-moi alors une chance de le connaître !

Le vieil homme avança une main vers lui, mais le sorcier se recula.

- Entre dans le cercle tracé au sol ! Et ne m'oblige pas à employer la force !

Obéissant à son fils, il baissa les yeux vers le cercle qui se trouvait à à peine quelques mètres d'eux. Au centre, se trouvait un pentagramme, accompagné de divers symboles inconnus à ses yeux. Au loin, la lune se faisait de plus en plus claire, à mesure que la nuit tombée. Il savait que bientôt toutes les conditions nécessaires à la libération de son âme dans l'au-delà, seraient réunies. Il aurait bien aimé dire au revoir à Alec, ce jeune néphilim auquel il s'était attaché plus qu'il n'aurait peut-être dû. Il aurait aussi aimé partir en étant au moins réconcilié avec son fils… Il s'avança dans le cercle, la mort dans l'âme.

- Tu ne me pardonneras jamais ?

- Je n'ai rien à te pardonner, tout cela n'a plus d'intérêt à mes yeux depuis bien longtemps…

- Tu te mens à toi même dans ce cas… Si ça ne comptait pas, pourquoi sommes nous seul, ici, toi et moi ? Dans un endroit où tes amis ne peuvent pénétrer ?

- Ils voulaient te faire rester… Et je ne pouvais les laisser faire…

Le vieil homme se mit à rire.

- Je suppose que cette idée vient d'Alec ? Ce jeune homme est vraiment surprenant…

- Tu ne le connais pas, alors arrête de parler de lui comme si tu le connaissais mieux que moi !

- Ce n'est pas ce que j'ai dit ! Écoute, je…

- Non, tais-toi ! Je ne veux plus rien entendre ! Il est temps que tu t'en ailles !

Son père vit alors que le pentagramme était à présent éclairé par la lumière de la lune. Oui, il était temps…Magnus commença alors à prononcer les paroles de l'incantation nécessaire à la libération des âmes.

- Laetetur anima vestra in mundo, illuc confluunt, (Que ton âme qui vogue sans but dans notre monde), in hoc mundo animam tuam colit, (que ton âme qui hante ce monde), coniuncta solvatur regnum caelorum, (soit libérée et rejoigne le royaume des Cieux), si sordidam nigro inferorum regnum... (ou le royaume des enfers si elle est salie par la noirceur…).

L'homme tomba à genoux au sol, avant de s'effondrer sur le dos. Un filament argenté commençait à sortir de sa bouche pour s'envoler vers le ciel. Magnus savait qu'il lui fallait terminer l'incantation, mais les mots semblaient bloqués dans sa bouche. Maintenant qu'il était face au mur, il ne savait plus quel choix prendre, pourtant il lui fallait en prendre un, et rapidement : bientôt la lune n'éclairerait plus le pentagramme et il devrait attendre la prochaine pleine lune…. Il voyait déjà le filament argenté pénétrer à nouveau dans la bouche de son père… Il fallait qu'il termine le sort au plus vite…

A suivre

Merci pour vos reviews :D