J'avais cette idée en tête depuis quelques temps déjà. Il aura simplement fallu que je voie une vidéo de Colin parlant en gaélique pour que je me décide enfin à la mettre en forme. Il faut croire que les conventions me donnent de l'inspiration pour écrire…

Ce petit OS n'est pas vraiment un AU mais une histoire qui se passerait dans un futur plus ou moins proche, même s'il ne prend pas en compte les derniers événements passés dans la série et qu'il faut supposer que Killian est irlandais et qu'il parle couramment le gaélique.


« Thabharfainn fuil mo chroí duit, a ghrá

– Killian, arrête de me sortir des phrases en gaélique, tu sais très bien que je n'y comprends rien ! »

Emma poussa un soupir d'exaspération avant de quitter l'appartement en faisant claquer la porte, énervée. Elle ne se disputait pas souvent avec son compagnon mais lorsque c'était le cas, leurs querelles se terminaient toutes de la même façon : l'irlandais se mettait à lui parler dans la langue de son pays natal, langue dont elle ne parlait pas le moindre mot, bien entendu.

Ceci avait le don de la mettre hors d'elle à chaque fois (elle s'imaginait toujours qu'il lui lançait de nombreux reproches sans qu'elle ne puisse savoir lesquels), c'est pourquoi elle préférait s'isoler plutôt que de laisser se déverser sur l'homme qu'elle aimait malgré tout plus qu'elle n'avait jamais aimé personne avant lui des mots qu'elle finirait par regretter plus tard. La plupart du temps, elle se contentait de se promener le long de la plage, les pieds dans l'eau puisque la mer lui permettait toujours de se calmer facilement.

Mais cette fois, une autre idée lui traversa l'esprit. Elle prit donc le chemin inverse que celui qu'elle empruntait d'habitude et se dirigea d'un pas déterminé vers la bibliothèque. Une fois à l'intérieur, elle s'approcha directement de Belle à l'accueil, la salua puis la questionna sans perdre davantage de temps :

« Est-ce que tu as des livres sur le gaélique irlandais ? J'aimerais apprendre à le parler.

– Bien sûr, allons voir ce qui pourrait faire ton bonheur, répondit la jeune femme en souriant. »

Cette dernière sortit alors de derrière le bureau et invita son amie à la suivre à travers les rayons. Elle s'arrêta plusieurs fois afin d'attraper différents ouvrages plus ou moins épais qu'elle tendit à la blonde, jusqu'à ce que celle-ci ne puisse presque plus les porter tant ils commençaient à peser lourd entre ses bras.

« Je… je pense que ça suffira, merci, fit Emma au bout d'un moment alors qu'elle tentait tant bien que mal de garder l'équilibre pour ne pas tomber.

– D'accord, je vais te laisser étudier ça tranquillement, alors. N'hésite pas si tu as besoin du moindre renseignement, je suis là pour ça ! »

La shérif de la ville la remercia à nouveau chaleureusement, avant de s'écrier, comme si elle venait tout à coup de se rappeler de quelque chose d'important :

« Au fait, si tu vois Killian, ne lui dis pas que je suis ici, et encore moins sur quoi je fais des recherches, il ne faut absolument pas qu'il le sache !

– Pas de problème, ton petit secret restera entre nous, c'est promis. »

Cette fois-ci totalement rassurée, la jeune femme s'installa à une table dans un coin reculé de la pièce et ouvrit un premier bouquin, prête à se lancer dans sa lecture. Elle avait conscience que ce serait certainement long et compliqué, mais elle voulait à tout prix être capable de pouvoir répondre dans un gaélique au moins approximatif la prochaine fois que son compagnon lui parlerait dans cette langue et surtout, elle voulait comprendre ce qu'il avait à lui dire durant leurs disputes, surtout si c'étaient des critiques.

Il lui semblait qu'il répétait souvent les mêmes phrases, elle se souvenait en tout cas de certaines sonorités qui revenaient à de nombreuses reprises. Malheureusement pour Emma, elle n'avait aucune idée de comment tout ceci pouvait s'écrire, c'est pourquoi elle regarda d'abord dans un dictionnaire de traduction l'équivalent de certaines insultes ou autres mots de reproches. Elle n'en reconnut cependant aucun, ce qui la rassura grandement – elle aurait très peu apprécié que Killian profite de son ignorance pour lui faire part de telles choses sans qu'elle ne les comprenne. Ce n'était aussi, de toute façon, pas son genre du tout.

Comme elle ne savait ensuite pas où chercher, elle décida simplement de commencer son apprentissage sans plus s'attarder sur les mots utilisés par le brun. Elle finirait de toute façon bien par y tomber dessus à un moment ou un autre dans l'un des livres qui lui faisait face. Elle se promit aussi de penser à les noter lors de leur prochaine querelle, si elle n'avait rien trouvé d'ici-là, pour pouvoir les retrouver plus facilement ensuite.

En attendant, elle se plongea pour le restant de l'après-midi dans ses ouvrages, en apprenant ainsi davantage sur la culture du pays d'origine de l'homme de sa vie. Elle fut toutefois coupée dans sa lecture par Belle qui la prévint que les portes de la bibliothèque allaient bientôt fermer. Elle emprunta donc la totalité des bouquins qu'elle avait avec elle avait de rentre chez elle.

Elle profita de l'absence de l'irlandais – il avait du travail qui l'attendait au port jusque tard dans la soirée – pour les cacher à un endroit où il ne les verrait jamais et attendit sagement son retour en s'entraînant sur son ordinateur pour connaître la prononciation de cette langue difficile. Comme il ne revenait pas, elle mangea seule et partit se coucher malgré elle, exténuée de fatigue. Elle détestait lorsqu'ils n'avaient pas l'occasion de se reparler après une dispute, mais ses yeux se fermaient tout seuls.

Elle fut réveillée en pleine nuit par un baiser sur le front et une voix qui chuchotait à son oreille :

« Tá brón orm…

– Mmh, Killian, qu'est-ce… »

Toujours plus ou moins dans un état second, la jeune femme ne termina pas sa phrase – elle allait encore faire remarquer à l'intéressé qu'il fallait qu'il arrête de lui parler en gaélique – et se contenta de coller son corps tout contre le sien quand il vint la rejoindre sous les couvertures, leur différend à présent totalement oublié. Il caressa doucement son bras pendant un moment, jusqu'à ce qu'elle se rendorme à nouveau, puis finit bien vite par succomber à la fatigue lui aussi.

Les jours passèrent, plus tranquilles cette fois, la routine de leur quotidien ayant repris son cours. Emma occupait son temps libre la tête dans ses livres ou sur Internet à essayer de se rappeler d'un maximum de mots et phrases en gaélique qui pourraient lui être utiles au quotidien.

Petit à petit, elle commença à avoir quelques bases (elle savait compter jusqu'à dix, connaissait les mois et la semaine, pouvait lire l'heure, dire bonjour et au revoir ainsi que quelques expressions simples) mais n'avait encore aucune idée de ce que pouvait lui souffler son petit-ami lorsqu'il utilisait son dialecte natal.

Un matin, alors que Henry avait dormi à l'appartement pour le week-end et que Killian avait prévu une sortie entre hommes avec Robin et David, le garçon, quand il se leva pour prendre son petit-déjeuner et trouva sa mère en pleine lecture, lui demanda ce qu'elle était en train de faire. Elle lui expliqua alors sa démarche d'apprentissage, ainsi que les raisons qui l'avaient poussée à le faire.

« Est-ce que tu as regardé comment on dit « je t'aime », ou d'autres phrases du genre ? questionna-t-il tout en se préparant un chocolat chaud à la cannelle.

– Non, pourquoi ? Ce n'est pas vraiment dans mes priorités, tu sais, répliqua la blonde (ils ne s'étaient encore jamais dit les mots magiques ; ceci ne lui serait donc pas utile dans l'immédiat, selon elle).

– Tu devrais, pourtant. Ce serait bien le genre de Killian de te faire de grandes déclarations que tu ne peux pas comprendre pendant que tu lui reproches de laisser traîner ses vêtements partout sans les ranger… »

La shérif se stoppa dans toute action et dévisagea son fils en silence, quelque peu troublée par ses dires. Il avait peut-être raison. En tout cas, ceci ressemblait beaucoup à un comportement que le brun pourrait adopter dans une telle situation, lui qui détestait tellement lorsqu'ils se disputaient.

Les mains tremblantes, elle se mit donc à tourner les pages de son ouvrage, jusqu'au passage regroupant toutes les expressions d'amour ainsi que leur traduction et prononciation. Elle crut que son cœur allait exploser lorsqu'elle en reconnut la plupart. L'adolescent avait vu juste. Quand elle s'énervait après son compagnon (la plupart du temps pour des choses futiles, en plus), ce dernier lui rétorquait des « tu es magnifique », « je ne pourrais pas vivre sans toi » et autres expressions toutes plus belles les unes que les autres.

Elle se sentit soudain vraiment bête de lui en avoir voulu, alors qu'il utilisait certainement la langue de son pays pour lui dire ce qu'il n'osait pas (par peur de la brusquer ?) en temps normal. Elle ne pouvait rêver meilleur petit-ami que lui, il était vraiment la personne la plus attentionnée qu'elle n'ait jamais rencontrée jusqu'alors et était plus qu'heureuse que leurs chemins se soient croisés.

Par curiosité, elle jeta un œil à comment dire « je t'aime » et put alors se rendre compte qu'il ne lui avait jamais fait cet aveu. Sûrement attendait-il un moment plus propice pour le faire. Elle le mémorisa tout de même, au cas où. Peut-être lui serait-il utile plus tard.

Elle remercia ensuite Henry pour son aide, puis laissa tomber son apprentissage pour le restant de la journée, qu'elle avait prévu de passer en compagnie de son fils.

Quand ils retrouvèrent Killian le soir, il fut difficile pour elle de faire comme si de rien n'était mais elle réussit tout de même à garder le silence quant à la découverte de son secret. Elle se contenta seulement de l'embrasser un peu plus longtemps, un peu plus passionnément et ce devant ses parents qui s'empressèrent de détourner le regard sans que cela ne la gêne le moins du monde, ce qui lui valut un regard d'interrogation de la part du jeune homme lorsqu'elle se sépara de lui.

« Tu m'as manqué, c'est tout, s'expliqua-t-elle simplement en haussant les épaules avant de déposer à nouveau un furtif baiser sur ses lèvres puis de laisser sa tête se loger contre son épaule. »

Leur accrochage suivant se déroula quelques jours plus tard, pour une raison tout aussi anodine que les autres. Alors que la jeune femme accusait le brun d'avoir fait trop de bruit la nuit précédente et d'avoir réveillé tout le monde en rentrant un peu trop ivre de sa soirée de la veille au Rabbit Hole en compagnie de ses amis, l'intéressé déclara simplement, comme s'il se faisait une remarque à lui-même :

« Is grá mo shaol í. »

Reconnaissant plus ou moins qu'il venait de dire quelque chose se rapprochant de « elle est l'amour de ma vie », Emma se stoppa net dans ses paroles et planta ses irises émeraude dans celles de son compagnon. Le moment était enfin venu d'utiliser ses connaissances nouvelles en gaélique.

Cependant, tellement touchée par la déclaration de l'irlandais, elle perdit tout son vocabulaire récemment appris, à part une phrase qui se répétait en boucle dans sa tête. Une seule et unique phrase dont elle ne lui avait encore jamais fait part et qu'elle savait qu'il attendait d'entendre avec impatience.

Elle inspira donc un grand coup – l'aveu qu'elle allait faire n'était pas chose facile pour elle, après les déceptions amoureuses qu'elle avait pu vivre par le passé – puis prononça d'une voix douce, tout à fait calmée cette fois, du mieux qu'elle put, espérant se faire comprendre malgré tout :

« Tá grá agam duit. »

Killian, qui ne s'attendait pas du tout à une telle réponse, resta interdit durant plusieurs secondes à contempler sa partenaire, les yeux pétillants de larmes et la bouche grande ouverte par le choc. Elle venait de lui dire qu'elle l'aimait, et dans la langue de son île maternelle, qui plus est.

Elle avait aussi certainement saisit ce qu'il avait annoncé précédemment, ce qui voulait dire qu'elle avait appris le gaélique pour pouvoir le comprendre. Elle était vraiment la petite-amie parfaite, il ne remercierait jamais assez la vie de la lui avoir fait rencontrer. Il était plus qu'ému par son geste.

C'est pourquoi, d'un ton des plus sincères, s'approchant doucement d'elle sans jamais la quitter des yeux et attrapant ses mains, il chuchota à son tour à son oreille avant de l'embrasser amoureusement :

« Tá grá agam duitse freisin. »


Si par hasard quelqu'un ici parle le gaélique et voit que j'ai fait des erreurs qui au final rendent le tout incompréhensible, j'en suis désolée : je me suis aidée de plusieurs sites, dont un en particulier qui me paraissait fiable car je n'ai absolument aucune connaissance dans cette langue, à part pour dire « je t'aime », donc je lui ai fait entièrement confiance… C'est pourquoi je n'ai pas non plus réellement pu choisir les phrases de Killian, puisque j'ai utilisé celles traduites sur ce même site, qui étaient peu nombreuses.

D'ailleurs, si vous les voulez, voici les traductions dans l'ordre d'apparition :

« Thabharfainn fuil mo chroí duit, a ghrá » veut dire en anglais « I'd give you the blood of my heart, my love » ce qui, littéralement, signifie « Je te donnerais le sang de mon cœur, mon amour ».

« Tá brón orm » veut dire « Je suis désolé ».

« Is grá mo shaol í » veut dire « Elle est l'amour de ma vie ».

« Tá grá agam duit » veut dire « Je t'aime ».

« Tá grá agam duitse freisin » veut dire « Je t'aime aussi ».