Pdv : Sirius

J'eus beau questionner Remus mille fois, je n'obtiens aucune réponse valable. Il se contentait de me répondre, penaud, que tout était de sa faute et qu'il n'aurait jamais dû. À force de m'entêter je ne réussis qu'à le frustrer assez pour qu'il rajoute qu'il n'était qu'un monstre, avant de se sauver à l'extérieur pour noyer sa colère et son chagrin dans le froid de l'hiver.

Alice avait obtenu des résultats similaires avec Jennifer qui, elle, s'était contentée de verser d'autres larmes et de serrer les poings en gardant un silence de mort. Avant de disparaître dans la tour d'astronomie.

Voir que je n'ai rien remarqué! S'était pourtant si évident… mais tout de même…Wah! ptite luciole et Lunard, c'est vrai qu'ils vont bien ensemble…

Les filles avaient passé la matinée à nous raconter tout ce qu'elles avaient remarqué. Elles étaient si sûres ce matin qu'ils étaient enfin ensemble et elles ne comprenaient pas du tout ce qui avait bien pu se produire.

Plusieurs choses s'expliquaient maintenant : la raison pour laquelle Jenn s'était fâchée contre Remus hier, l'attitude bizarre du lycanthrope ces derniers temps…

Oh, pauvre Lunard, à deux jours à peine de la pleine Lune… Ça n'a pas dû être facile…

On ne revit ni l'un ni l'autre avant tard dans la soirée et ce n'est que pour aller dormir qu'ils firent acte de présence. Je fis donc, avec Cornedrue, un aller-retour aux cuisines sous sa cape d'invisibilité et leur ramenèrent des brioches, des pommes et un peu de fromage que je déposai sur leurs tables de chevet respectives dans l'espoir qu'ils mangent un peu.

Le lendemain matin, je me réveillai et me tournai vivement vers le lit près de la fenêtre. Aucun Remus en vue. Il s'était levé assez tôt pour tous nous éviter et n'avait rien touché de son assiette. Cependant roulé en boule dans le fatras de ma valise au pied de mon lit se trouvait une petite Jennifer tout endormie.

Je me levai avec l'intention de la prendre dans mes bras pour la mettre sur mon lit, mais elle ouvrit ses grands yeux bleu clair qu'elle posa sur moi.

-T'as dormi toute la nuit dans ma valise ? T'aurais dû me réveiller, je t'aurais fait une petite place avec moi, lui dis-je doucement pour ne pas la brusquer.

-Tu avais l'air de faire de si jolis rêves, je ne voulais pas les interrompes, me répondit-elle.

-Tout de même… Tu n'arrivais pas à dormir ?

Elle me fit non de la tête.

-Ça te dirait de faire quelque chose de spécial avec moi aujourd'hui ?

Ses yeux s'illuminèrent d'éclats fugaces qui disparurent aussi vite qu'ils étaient arrivés.

-Mais... tu as surement quelque chose de prévu. Je ne voudrais pas m'imposer…

-Hey petite luciole, tu ne sauras jamais de trop, d'accord. J'ai décidé qu'aujourd'hui ce saura ta journée. On fera ce que tu veux comme tu le veux et je ne serai là que pour toi.

-Pour vrai ? demanda-t-elle d'une toute petite voix.

-Ouais, alors qu'est-ce que ça te tenterait de manger ? Demande-moi ce que tu veux et on n'en trouvera!

-Des supra sandwich Nutella, confiture de framboise, beurre de Peanut, Chipits et noix de coco!

-Alors c'est parti pour un pti déjeuner aux meilleurs sandwichs du monde! M'exclamai-je en empoignant Jennifer pour l'asseoir sur mes épaules et courir vers le repère des elfes.

-Hya! Aux cuisines, s'esclaffa Jennifer.

Nous partîmes sous les regards ébahis de mes deux autres camarades de dortoir que nos éclats de rire avaient réveillés.

Après avoir mis un bordel pas croyable aux cuisines, nous nous dirigeâmes en riant comme des fous dans la grande salle. Encore en pyjama nous franchîmes la grande porte.

-On se fait une course? Demandai-je à mon amie.

-Sur la table des Serpentards, le premier au bout gagne!

-Alors c'est parti! M'écriai-je en commençant à courir vers la table des vert et argent qui nous observaient effarés.

Je bondis sur la table le premier, renversant tout un tas de victuailles et emportant un beignet au passage. Nous courions comme des écervelés malgré les cris indignés de Slughorn et les réprimandes de Mc Gonagall.

J'étais presque arrivé au bout et je me retournai pour regarder la progression de mon amie. Je m'arrêtai surpris je ne la voyais nulle part. Soudainement, je la vis, elle s'était précipitée à plat ventre sur la table et venait de me dépasser en glissant sur le bois verni de la table.

-Hey! M'écriais-je, indigné, c'est de la triche !

Je me précipitais moi aussi sur la table, puisque j'étais plus lourd et qu'elle avait déblayé la surface avant mon passage, je la rattrapai. Nous nous écrasâmes dans un grand fracas de vaisselle et de nourriture sur le plancher.

-Je déclare l'égalité, dis-je complètement mort de rire.

-Moi je dis que tu as de la crème chantilly très appétissante sur le bout du nez et que je te la vole, déclara mon amie.

-Et moi que le panier de jolies fraises sur ta tête te donne un air royal.

Nous nous relevâmes en riant.

-Vous serez en retenue après toutes mes classes pendant un mois, vociféra Mc. Gonagall derrière nous.

-Chouette alors! Merci Madame, lui répondis-je. Comme ça, je vais avoir une bonne avance sur James pour pouvoir gagner le concours du plus grand nombre d'heures de retenues cette année.

La vieille dame me regarda consternée, la bouche grande ouverte et les yeux tout ronds.

-On se revoit bientôt professeur, terminais-je en l'achevant d'un clin d'œil avant de partir en riant avec Jennifer totalement couverte de nourriture de toute sorte.

Nous montâmes les marches et après une guerre d'eau dans la douche que j'avais magiquement agrandie pour l'occasion, nous traînâmes nos corps encore tout habillés de nos pyjamas trempés vers des vêtements secs et la chaleur du foyer.

-Tu a vu le visage de cet affreux Malfoy et de ta cousine Bellatrix ? C'était à mourir de rire, me dit Jennifer.

-Ah pour sûr que je les ai vus ! Que veux-tu faire maintenant ?

-Hey vous deux ! Il paraît que vous avez fait tout un tapage dans la grande salle, interrompit James en rentrant tout essoufflé avec Lily, Alice et Peter dans la salle commune.

-Oh ce n'était pas grand-chose, on a juste fait la course sur la table des serpentards… commençai-je d'un air faussement détaché.

-C'était GÉNIAL! S'exclama Jennifer. À la fin, on a glissé jusqu'au bout de la table à plat ventre.

-Vous êtes vraiment de grands gamins débiles, nous sermonna un peu Lily en nous secouant les cheveux.

Pour seule réponse, nous lui offrîmes nos deux plus beaux sourires étirés jusqu'aux oreilles.

-Est-ce qu'on joue à la bataille explosive, nous demanda Peter.

-Si Jenn veut, c'est ok, lui répondis-je. Mais aujourd'hui, j'ai déclaré que c'était SA journée et qu'elle m'aurait juste pour elle toute la journée alors…

-On peut jouer une partie, mais après j'aimerais bien aller dehors, il fait beau conclue la petite blonde.

Finalement, le reste de l'avant-midi passa à une vitesse phénoménale. Jenn avait fini par comprendre les règles de la bataille explosive et voulait absolument gagner un tour avant d'aller dehors.

-YEAH! I'M THE WINNER! S'écria-telle au bout de la 26e partie de suite.

-Bon et bien, il était temps! Allons à la cuisine on demandera des sandwichs et on ira pique-niquer dehors qu'est-ce que tu en dis petite luciole ? Demandai-je affamé.

-Super!

Une fois que nous eûmes engloutis tous les sandwichs et bu notre chocolat chaud assis sur une grosse roche au bord du lac gelé, je demandai à Jennifer si elle souhaitait aller se promener dans le parc. Elle me répondit oui avec enthousiasme même si aucun autre de nos amis n'était partant préférant continuer de papoter sur la couverture de pique-nique.

Nous marchâmes donc, discutant de tout et de rien à travers le parc. Avisant un gros arbre je décidai de m'y jucher. J'escaladai le tronc agrippai une branche et au bout de quelques efforts supplémentaire, parvint à me hisser sur une grosse branche.

J'observai Jennifer tout en bas.

-Tu viens?

Avec une agilité et une facilité déconcertante elle grimpa jusqu'à ma branche et s'assied à mes côtés.

-Wow, dis donc un vrai petit singe, m'exclamai-je.

-T'aurais pas oublié nos milles et une parties de cache-cache dans la forêt par hasard?

-Non, c'était juste un peu loin dans ma tête, répondis-je.

Nous nous remémorâmes pleins de souvenirs pendant un bon bout de temps assis tous les deux au sommet de l'arbre, mais la conversation finit par s'épuiser et j'étais si préoccupé par ce qui me trottait derrière la tête que je ne pus me retenir de poser ma question.

-L'aimes-tu ?

Elle se retourna vers moi silencieuse, me regarda droit dans les yeux, puis baissa la tête.

-Tu aimes Remus ?

-Oui… dit-elle en soupirant.

-Et bien, tu sais quoi ? Je pense qu'il t'aime aussi. C'est juste que ton petit loup il s'est interdit d'aimer…

Elle me regarda perdue

-Remus pense qu'il n'est pas digne d'aimer qui que ce soit. Au début il nous a même refusé son amitié, car il se croyait indigne d'avoir des amis. C'est un peu la même chose, mais je te le dis il n'était pas loin de craquer là…

-C'est complètement stupide de sa part. Mais je ne comprends pas pourquoi tu dis qu'il était sur le point de craquer.

Je faillis m'étouffer. Ce que les gens amoureux pouvaient être aveugle!

-Si tu l'aurais vu, m'esclaffai-je amèrement il faisait peine à voir le pauvre. Luttant contre un sentiment inévitable tout en tâchant de rester ton ami pour ne pas te perdre. Il se croit indigne de tout le monde, y compris de toi, et c'est pour ça qu'il se dénigre autant et qu'il se refuse à y croire.

-Mais pourquoi ce croit-il incapable d'aimer, pourquoi pense-il qu'il ne mérite personne ?

-Ça c'est plus complexe. Je connais une part de la vérité, mais je suis sous serment… L'autre part du mystère est inconnue de tous et probablement même de Remus lui-même. Tu finiras bien par le découvrir un jour j'en ai la certitude.

Jennifer soupira

-Je suis triste. Je ne voulais pas que la soirée d'hier se termine comme ça…

-Comment ? Ça avait l'air pourtant l'air de bien aller le lendemain matin.

-S'était pas comment dire très réfléchi… Disons qu'il y avait une grande part due à notre inconscience.

-Mais ce n'est pas la première fois que ça ce produit quand j'y repense. Remus tient à toi plus qu'à n'importe qui d'autre et sa paraît.

-On pourrait faire quelque chose d'autre ?

-J'ai découvert le sortilège pour créer des lames de patins à glace sous nos souliers. On pourra enfin aller patiner ensemble sur le lac! Ça te va ?

-Super! Oh merci Sirius, j'en rêve depuis que l'on est tout petits.

-Je le sais bien petite luciole. Mais j'aimerais que tu me fasses une faveur. En fait que tu te fasses une faveur.

-Quoi ?

Je sortit la carte des maraudeurs de dans ma poche de manteau et la lui tendit.

-C'est une carte magique on l'a inventé les maraudeurs et moi, c'est notre carte.

Jennifer me regarda dubitative.

-Il n'y a rien d'écrit sur ce parchemin.

-Ça s'est pour pas qu'on se la fasse choper. Regarde : «Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.» La carte s'activa et Jennifer laissa échapper un hoquet de surprise. Cette carte montre en détail tout Poudlard et ses alentours avec une précision remarquable, mais surtout elle indique où se trouve toute les personne présente au château.

-Je ne vois pas où tu veux en venir.

-Vas le voir. Il te manque.

Jennifer me regarda avec un petit sourire triste.

-Bon d'accord.

Elle prit la carte et s'en fût en direction du petit point et de l'insigne qui indiquait : Remus J. Lupin.

Pdv : Remus

J'étais assis sur l'une des immenses pierres qui bordaient la lisière de la forêt interdite. Je ressassais le déroulement de la soirée avec Jennifer en boucle dans ma tête. Je n'avais qu'une envie : celle de me terrer au fond de cette dangereuse forêt et de ne plus jamais revenir. Ça m'avait fait si mal.

J'avais le cœur en peine et qui brûler d'une rage immense envers ma situation qui m'empêchait de l'écouter. Perdu dans mes pensées, je ne l'entendis arriver que très tard. Lorsqu'enfin je perçus le bruit de ses pas, je relevai la tête.

Est-ce que je suis en train d'halluciner?

Elle portait un vieux manteau long et beige usé à la corde. Pourtant elle paraissait resplendissante, comme toujours, ses longs cheveux au vent et l'écharpe bariolée des couleurs de notre maison autour du cou. Ses joues étaient rougies de froid et elle tenait dans ses mains un vieux bout de parchemin que j'identifiai comme étant la carte des maraudeurs.

-Remus…

-Bonjour, lui répondis-je en essayant de calmer la tempête qui faisait rage dans mon cœur.

-Je…

-Oui, lui demandai-je en me levant.

Elle s'approcha de moi et releva la tête qu'elle avait gardée baissée, m'envoutant de ses yeux azurés.

-Écoute, je… commença-t-elle en rebaissant la tête. Je suis désolé pour l'autre soir. Je, je m'en veux. Ce n'est pas que… c'est juste que… En fait, c'est un peu comme ce qui t'es arrivé au Trois balais, ça n'a pas de rapport avec toi, je me suis seulement fait très mal et ça n'aurait pas dû...

-…

Elle releva le regard pour observer ma réaction, mais je ne bougeai pas me contentant d'essayer de comprendre.

-Je voudrais m'excuser.

-Tu n'as pas à t'excuser.

-Si et j'y tiens. Si tu acceptes mes excuses, j'aimerais savoir si tu voudrais venir passer le reste de la journée avec moi. Je… Je ne veux pas te déranger, mais… bon tu m'as manqué et j'aimerais passer le peu de temps qu'il reste aujourd'hui avec toi…

Je lui ai manqué… Je l'ai délaissé et elle est triste par ma faute…

-J'accepte avec joie, conclus-je pour reprendre mon erreur.

Un joli sourire illumina son visage et la joie remplit ses yeux. Elle s'élança dans mes bras et me serra fort contre elle avant de plaquer ses lèvres sur ma joue et de les enlever aussi vite qu'elles étaient arrivées.

Je calmai les battements affolés de mon cœur et commençai à marcher avec elle.

-Sirius voulait qu'on aille patiner sur le lac. Il a appris le sort pour créer des lames, me dit-elle.

-Tu n'as jamais fait de patin à glace?

-Non, mais j'en rêve depuis longtemps. Tu sais patiner toi?

-Il y a un petit lac près de chez moi et lorsque j'étais plus jeune on y allait souvent.

-Tu me montreras alors!