Notes : remerciements pour les gentils commentaires fort appréciés de Tralapapa, Aurélie Malfoy,
chouetteensucre, Lessawatberg, Kawalice, Shaharluna, allersia, sev9hermi, stnijoma, Arya43, et espe29 !
Ma muse se nourrit de vos reviews, même si ce ne sont que quelques mots ^^
Excellente lecture à tous !
Avertissement : aucun
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Chapitre XXVII - Impasse du Tisseur (1)
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Hermione était profondément bouleversée. Voir Severus qui semblait heureux, détendu, et l'entendre rire, pas un de ces rires sarcastiques comme il en avait le secret, mais un rire sincère, rocailleux et profond, l'avait émue au plus profond de son être. Elle s'extirpa difficilement de sa chaise et balbutia :
"J'ai besoin de me rafraîchir dans la salle d'eau..."
Elle avait senti son cœur battre plus vite et une évidence la frappa avec force : elle aimait son mari, d'un amour pur et inconditionnel... Soudainement, dans le couloir, elle fut prise de vertiges et vacilla sur ses jambes.
Heureusement, le sorcier s'en aperçut et s'élança rapidement vers son épouse qu'il recueillit dans ses bras, l'empêchant de tomber. Ressentant profondément son émoi, il ne put s'empêcher de plonger son regard dans celui d'Hermione, voulant connaître ses secrets, ce qui avait amené son trouble, et il lança silencieusement :
"Legilimens !"
Hermione, ne sachant pas que Severus fouillait son esprit, n'offrit aucune résistance, ne leva pas ses boucliers mentaux, ne présenta pas d'images faussées. Seule la vérité pleine et entière apparut dans toute sa simplicité au sorcier : la jeune femme l'aimait, d'un amour brûlant, absolu, et cet amour envahit tout son être comme un raz-de-marée, bousculant des années de certitudes. La nouvelle le réjouit sur le moment, chauffant son cœur d'une douce combustion, laissant pénétrer le fol espoir qu'un avenir radieux pouvait exister, qu'il était là, à portée de mains, une vie maritale ordinaire, avec une épouse aimante et de jeunes bambins courant dans la maison, l'égayant de leurs cris et de leurs rires...
Puis la réalité lui revint en pleine face comme un boomerang : la lutte contre le Seigneur des Ténèbres, son rôle de double-espion, l'épée de Damoclès suspendue sur la tête d'Hermione et la sienne, le Serment Inviolable l'obligeant à protéger Draco, la promesse faite à Dumbledore,...
Toutes ces pensées lui firent l'effet d'une douche glacée qui enserra sa poitrine dans un étau de fer. il se retira de l'esprit de la jeune fille avant qu'elle ne pût s'apercevoir de son introspection insidieuse. La voix de Jane Granger retentit :
"Il y a un problème ?
- Non, non, maman, ne t'inquiète pas, c'est juste le champagne qui me fait tourner la tête...
- Ah bon, il est vrai que tu ne bois jamais d'alcool, ta réaction n'est pas étonnante. Tu devrais te rafraîchir, ma chérie...
- Oui maman, c'est ce que je vais faire."
Mais Hermione avait remarqué le changement d'attitude de Severus envers elle avant que sa mère ne les interrompît : un instant elle avait cru lire dans les yeux charbon comme une chaude flamme qui n'avait duré que quelques secondes avant que le regard ne redevint illisible, les sombres profondeurs insondables reprenant le dessus. La jeune fille murmura en baissant les yeux :
"Je crois que... j'ai un peu trop bu. Je vais me passer de l'eau fraîche sur le visage, cela me revigorera."
Le sorcier ne répondit rien, encore sous le coup de la révélation. Il lâcha doucement Hermione qui se dirigea vers la salle de bains. Il savait ce qui lui restait à faire. Elle comprendrait alors d'elle-même qu'il lui faudrait cesser de s'illusionner sur un destin commun.
Quand la sorcière reparut, elle avait retrouvé des couleurs et recouvré son sang-froid. Severus soupçonna l'utilisation d'un Glamour sur le doux visage. Il esquissa un sourire aux parents d'Hermione et leur annonça :
Il commence à se faire tard, la nuit tombe, il est temps que nous nous en allions...
- Déjà ? le coupa James Granger, vous ne désirez pas rester ici pour la nuit ?
- Hélas non, nous devons nous rendre de l'autre côté de la capitale, mais je vous remercie pour votre proposition. De plus nous n'avons pris aucune affaire de rechange..."
Ce qui était un pieux mensonge, les sorciers confirmés pouvant transformer n'importe quel objet en un autre. Les époux Granger semblaient déçus, mais comprirent qu'ils ne devaient pas insister, le sorcier paraissant redevenir l'inquiétant espion et professeur de Poudlard. Hermione ne dit mot, comprenant que Severus était contrarié, mais sans savoir quelle en était la raison. Elle le saurait bien assez tôt...
Ils saluèrent cordialement Jane et James Granger, les remerciant chaleureusement pour l'accueil amical et le délicieux repas. Hermione serra longuement ses parents contre sa poitrine, sachant qu'ils devaient bientôt déménager et qu'elle ne les reverrait pas de sitôt. Quelques instants plus tard les jeunes époux se retrouvèrent dehors, affrontant une fois de plus le froid rigoureux de Noël.
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SR HG SR
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Le soir tombait sur Londres. Ils atterrirent dans une rue aux interminables rangées de maisons délabrées aux murs de briques, les fenêtres éteintes. Plusieurs réverbères étaient cassés.Même la neige, au lieu d'offrir sa blancheur immaculée était sale, triste. Ils étaient à l'Impasse du Tisseur au-dessus de laquelle une haute cheminée d'usine semblait planer comme un doigt géant dressé dans un geste de réprimande. *
Hermione ne put réprimer un frisson de dégoût. Des effluves nauséabonds d'eau croupie titillaient désagréablement ses narines. Mais Severus ne semblait guère affecté par les relents et l'architecture misérabiliste de l'endroit. Il l'entraîna rapidement vers la dernière maison, l'une des plus sinistres de la rue. Il murmura des incantations pendant que sa baguette traçait des arabesques dans l'air, et la porte s'ouvrit dans un grincement sinistre.
Ils passèrent un étroit corridor lugubre etils entrèrent directement dans un minuscule salon qui faisait penser à une cellule capitonnée, plongée dans la pénombre. Les murs étaient entièrement recouverts de livres, la plupart reliés en vieux cuir noir ou marron ; un canapé élimé, un fauteuil délabré et une table branlante étaient regroupés dans le faible rond de lumière que projetaient les chandelles d'une lampe accrochée au plafond. L'endroit paraissait négligé, comme s'il n'était habité qu'occasionnellement.*
Les murs comportaient une multitude de fissures et la tapisserie, jaunie par les années, et couverte de moisissures se décollait en de nombreux endroits. Une odeur de renfermé planait dans toute la maison et assaillit le système olfactif de la jeune fille qui plissa son nez de répulsion. Les courants d'air froid qui circulaient dans la maison étaient quasiment irrespirables. Le mouvement de répugnance d'Hermione n'échappa pas à Severus qui se raidit et se tourna vers la sorcière, le regard glacial :
"Mon palace ne te convient pas, Hermione ? C'est pourtant tout ce que j'ai à offrir à ma femme..."
Le ton était froid et cynique, coupant comme une lame de rasoir, faisant tressaillir la jeune fille... Elle voulut prendre la parole mais les mots n'arrivaient pas à sortir de sa bouche tremblotante. Severus eut un rictus sarcastique et annonça :
"J'ai quelques affaires à récupérer dans ma chambre, tu peux faire le tour du propriétaire, si cela peut t'intéresser..."
Hermione ne sut quoi répondre, et son mari monta les escaliers rapidement, la laissant perplexe.
Une voix féminine l'interpella, venant du couloir. Elle provenait d'une sorcière dans un tableau :
"Qui êtes-vous ? Que faites-vous dans la maison de mon fils ?"
Hermione s'arrêta, posant son manteau sur son bras et se plaça devant le portrait, pleine de curiosité. Elle découvrit une sorcière brune, les yeux et les cheveux noirs, le teint cireux, âgée entre trente-cinq/quarante ans. Severus ressemblait étonnamment à sa mère, si ce n'était le nez de cette dernière, qui était beaucoup plus fin que celui de son fils. La jeune fille se sentait également dévisagée sous toutes les coutures. Elle répondit d'un ton poli :
"Je m'appelle Hermione, et suis étudiante à Poudlard."
Elle fut brutalement interrompue par un ton revêche :
"Que faites-vous ici, si peu vêtue, avec Severus ? Il n'emmène jamais personne à la maison, et surtout pas une élève !"
Hermione sentait la moutarde lui monter au nez. Elle s'exclama furieusement :
"Je suis Madame Hermione Rogue, et suis mariée avec votre fils depuis le trente août !"
La mère de Severus devint encore plus pâle, resta coite quelques instants puis reprit :
"Mais... mais... C'est impossible... Severus me l'aurait dit... Puis... il a toujours été amoureux de la jeune voisine, la fille des..."
Elle se tut, s'apercevant qu'elle en avait sans doute trop dit. Elle contempla encore silencieusement Hermione dont le regard s'était teinté de curiosité puis ajouta :
"Vous êtes bien jeune, mon fils n'épouserait jamais une gamine, élève dans son collège de surcroît ! Il a beaucoup de défauts, mais il ne s'abaisserait pas à séduire une jeune étudiante !"
Hermione ne savait que dire, elle ignorait si elle était autorisée à expliquer à la mère de Severus les raisons de leur mariage. Elle préféra se taire. Elle aperçut le prénom et le nom et essaya de les déchiffrer, s'approchant le plus possible du tableau. Elle lut : Eileen Pr... mais elle n'eut pas le temps de terminer sa lecture, elle entendit les pas rapides de son mari. Il énonça plutôt sèchement :
"Ah ! Je vois que tu as fait connaissance avec ma mère...
- Severus, sais-tu que cette fille prétend que tu l'as épousée ?"
Le susnommé jeta un regard désapprobateur vers Hermione, puis regarda sa mère en déclarant :
"Elle dit la vérité, mère, elle est effectivement mon épouse.
- Mais... Tu ne m'en a jamais parlé ! Comment as-tu pu te marier avec une élève ? Elle a l'air si jeune !
- Je t'expliquerai tout plus tard."
S'adressant à Hermione :
"Viens, il faut que nous discutions avant de retourner à Poudlard."
Il prit Hermione par le coude et la conduisit rapidement dans le petit salon sinistre, mais paradoxalement la pièce la plus confortable du rez-de-chaussée. Ils restèrent tous deux debout, se fixant dans la semi-pénombre de la pièce austère. La sorcière pressentait qu'elle n'allait pas apprécier ce que Severus avait à lui dire. Enfin, ce dernier se décida à parler d'une voix basse :
"Hermione, je n'ai pas besoin de ta rappeler que nous jouons un jeu, un jeu très dangereux, et nous ne pouvons nous permettre de laisser les sentiments prendre le dessus..."
La jeune fille fronça les sourcils, réfléchit un instant et répondit farouchement, enchaînant les questions :
"Et si je tombe enceinte ? Tu y as pensé ? Tu n'envisages tout de même pas un avortement ?"
L'homme ne sembla pas pris au dépourvu et un sourire sarcastique étira les fines lèvres masculines :
"Allons Hermione, tu ne fais pas confiance à un Maître des Potions pour élaborer un breuvage empêchant que ce genre d'ennuis ne vienne bousculer l'ordre des choses ?
- Mais... Mais... le Ministère de la Famille contrôle ce genres de choses... Tu me fais boire un contraceptif depuis notre mariage ? A mon insu ?
- Chuuuut ! Calme-toi. C'est moi qui ingurgite la potion contraceptive une fois par mois. Et elle est absolument indétectable, sinon... Le Ministère en aurait déjà été informé..."
Hermione avait l'horrible impression de s'être fait berner depuis des mois. Alors, sans réfléchir, elle gifla de toutes ses forces le visage de son mari, en même temps que des larmes brûlantes brouillaient sa vue et coulaient sur ses joues. Elle allait le gifler une deuxième fois lorsqu'il intercepta sa main levée et siffla furieusement :
"Cela suffit, Hermione, reprends tes esprits ! A moins que tu ne veuilles que je te rende la pareille..."
Les pleurs de la jeune fille l'obligeaient à bégayer :
"Comment... as-tu... osé ? Pourquoi... ne me dis-tu... jamais rien ? Je suis... pourtant la principale... concernée, non ?"
Alors que les petites mains de la sorcière tambourinaient sur le torse de son mari, celui-ci changea d'attitude. Il attrapa fermement mais sans violence les mains tapeuses et les fit glisser le long du corps d'Hermione. Ensuite, il enveloppa de ses bras la jeune femme et déclara, sans quitter le regard mouillé qui le fixait dans tout son désarroi.
"Si j'agis ainsi, Hermione, c'est pour ton bien, seulement pour ton bien."
D'un regard il lui fit comprendre de ne pas l'interrompre et il continua, de sa voix traînante :
"Regarde autour de toi. Crois-tu que ce lieu est propice à héberger une gentille famille ? Allons, tu as bien vu la différence qu'il existe entre le foyer de tes parents et celui-ci, n'est-ce pas ? Ta réaction de dégoût quand nous sommes entrés ici était des plus révélatrices, ma douce..."
Il sentit le jeune corps se raidir contre lui. Et les larmes coulèrent de plus belle sur la figure inconsolable. Il savait qu'il la faisait souffrir, il le ressentait dans sa chair, mais il ne pouvait faire autrement que de lui dire la vérité, si cruelle fusse-t-elle. Il s'empara du menton pointu entre son pouce et l'index, lui interdisant toute fuite visuelle. Il poursuivit impitoyablement :
"Peux-tu t'imaginer avec un enfant maintenant ? Et tes études ? Tu es douée, voudrais-tu les abandonner alors que tu es promise à un avenir professionnel brillant ? Non, bien sûr..."
Hermione savait qu'il avait raison, et cela l'accablait plus encore. Elle avait l'impression de se noyer sous le flot des paroles qui distillait une vérité qu'elle ne voulait ni entendre, ni connaître. Mais le sorcier ne lui laissait aucun répit dans ses pensées. Il asséna encore cruellement :
"Tu t'imagines avec le bâtard d'un Mangemort après la Guerre contre le Seigneur des Ténèbres ? Je ne serai pas là pour te protéger, l'enfant et toi. Tout le monde se détournera de toi, personne ou presque n'osera être ami ou aider l'ex-femme de Rogue. Crois-tu que les sorciers oublieront ça ?"
Tout en parlant il releva sa manche gauche, montrant son avant-bras qui révélait à nouveau l'horrible tatouage représentant une tête de mort, avec un serpent en mouvement qui lui sortait de la bouche comme une langue.
La jeune fille essaya de prendre la parole, de lui dire qu'il n'était pas un vrai Mangemort, qu'elle l'aiderait à prouver son innocence, que ce n'était pas certain qu'il meure, mais il anticipa :
"Il y a une chance sur mille pour que je survive à la Bataille Finale, et je disparaîtrais peut-être même avant... Je vais certainement commettre encore des atrocités afin de conserver la confiance du Mage Noir."
La sorcière balbutiait des :
"Non ... non ... non ..."
Il dut la soutenir car ses jambes ne la supportaient plus. Le flot ininterrompu des larmes d'Hermione le touchèrent et il effaça d'un mouvement gracieux de sa main les traces humides. Elle se serra toute frissonnante contre lui, cherchant dans sa chaleur corporelle le réconfort dont ses paroles la privaient. Elle ne pouvait imaginer un futur sans Severus. Elle refoula au fin fond de son esprit l'idée même de la probabilité de sa mort. Il la laissa se cramponner à lui et l'enveloppa au creux de ses bras protecteurs.
"Calme-toi, Hermione. Tu es une personne intelligente et tu sais que j'ai raison... Respire lentement. Voilà, comme cela..."
Elle inspira profondément les senteurs boisés que la chemise dégageait, cherchant à apaiser son mental, retrouver une certaine maîtrise d'elle-même. Pour lui prouver qu'elle se moquait de l'opinion d'autrui, elle caressa doucement la Marque des Ténèbres, se pencha lentement au-dessus et chercha à embrasser l'abominable dessin. Mais avant qu'elle pût y parvenir, Severus releva sa tête et plongea son regard dans les grands yeux de biche humides qui le contemplaient avec... amour. Il chuchota avec toute la tendresse dont il était capable :
"Oh mon Dieu, Hermione, pourquoi me fais-tu ça ?"
Et il écrasa sa bouche, l'embrassant profondément et possessivement. Il explora sa bouche comme un vainqueur, faisant courir sa langue sur les douces lèvres qui ne résistèrent pas à l'assaut et s'entrouvrirent pour laisser passer l'impérieux muscle lingual qui ravagea sa bouche, faisant naître de délicieux frissons de plaisir sur toutes les terminaisons nerveuses des deux amants.
Quand Severus voulut se retirer, Hermione agrippa sa tête et poursuivit le baiser, menant à son tour la danse sensuelle, l'obligeant à répondre. Elle fit reculer le sorcier jusqu'à ce qu'il touche le fauteuil et le contraignit à s'asseoir sur le vieux siège capitonné, basculant sur ses genoux, les enveloppant avec ses jambes. Le sorcier réussit à dégager momentanément sa bouche et déclara :
"Pas ici, ma douce, pas dans cette maison..."
Mais la jeune fille secoua sa tête en signe de dénégation et affirma en soufflant au creux de l'oreille :
"Oh si, Severus, ici même... j'apprendrai à aimer cette maison si nous devons y vivre... Je l'égaierai, la rendrai vivante si tu me laisses faire...
- Petite folle adorée, tu ne sais pas ce que tu dis..."
Le ton était moqueur mais elle lui coupa la parole en l'embrassant passionnément, ne voulant plus écouter les mots qui blessaient son âme, mais laisser parler leurs corps qui eux, s'entendaient toujours à merveille. Severus capitula mais eut la présence d'esprit de lancer à l'aide de sa baguette un sort de renforcement sur le fauteuil, ne tenant pas à ce qu'ils se retrouvassent soudainement par terre...
Leur passion fut torride, et quelques instants plus tard des gémissements de plaisir s'élevèrent dans le salon qui parut ainsi moins sordide... Une voix qu'aucun des deux n'entendit retentit dans le couloir :
"Par Merlin ! Je n'aurais jamais cru cela de mon fils : culbuter sa femme dans le salon... Les bonnes manières se perdent..."
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* Passages en italiques extraits du tome "Le Prince de Sang-Mêlé" de JKR.
