Hello tout le monde ! Vous avez vu j'ai mis moins de 6 mois à faire une mise à jour, c'est beau ! & puis je vous avais mis un "petit" OS entre temps je suis presque pardonnable non ? :D ( Au passage, je vous confirme que le prochain sera bien celui à Poudlard et à la demande générale je travaille aussi sur une suite de Business Woman )
PinGuouine mais si, moi j'attends tes commentaires crois pas ! ^^ Je sais que tu t'étais "tamponnée" de la mort de Snow, par contre elle va refaire son apparition désolée xD Brensaxe quand tu veux la suite TA fic :p Chapy, Dragibus, merci pour vos commentaires :D
A vous tous ... Bonne lecture ! ( Ya 18k mots, c'est mon plus long chapitre de tous les temps, commencez pas à 23h hein ! ) &&& ... C'était tellement long que j'ai pas eu la foi de me relire donc à vos risques & périls comme d'hab ;)
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Emma
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La fumée qui avait envahi la pièce se résorba en un maigre filet que les yeux clairs observèrent hébétés de longues secondes avant que la sonnette de sa porte d'entrée ne fasse sursauter la blonde.
Une pièce de taille modeste avait remplacé l'immensité de la salle du château où elle avait enfin trouvé une maison. Emma laissa son regard filer sur la cuisine moderne aux lignes épurées, l'évier en acier et les placards ouverts sur des boîtes de céréales dont elle avait oublié l'existence.
- J'arrive ! cria-t-elle par réflexe lorsque ses tympans furent à nouveau agressés par le bruit strident qui signalait un visiteur.
Elle portait des talons aiguilles se rappela-t-elle avec surprise en avançant dans le petit appartement moulée dans une robe rouge bien trop courte. Ce ne fut que lorsque sa main toucha la poignée de la porte en bois blanc qu'elle réalisa ce qu'elle s'apprêtait à faire.
La malédiction. Le jour où Regina était entrée dans sa vie. Le jour où Henry était entré dans sa vie. Henry. Henry se trouvait de l'autre côté de cette porte.
La pensée paralysa les doigts qui s'étaient figés sur l'acier lisse du mécanisme qui permettait de déverrouiller la porte et la grande guerrière qu'elle était devenue sentit les premières larmes couler sans son accord.
- Hey, je vous ai entendue marcher !
La voix la fit étouffer un sanglot. Elle n'avait jamais été prête à revoir l'enfant qu'elle avait perdu une éternité plus tôt.
- Je ... Je m'appelle Henry Mills, j'aimerais vous parler de quelque chose d'important, ça ne durera pas longtemps, promis.
Cette fois le mensonge dessina un sourire sous les rivières de larmes. Pas longtemps tu parles …
- Emma ? Je suis bien chez Emma Swan ?
Il y avait une incertitude toute nouvelle dans la petite voix, une peine qui décrispa les articulations de ses doigts. Juste assez pour que le loquet cède sous leur pression et que la porte s'entrouvre.
- Je suis bien chez Em…
- Oui, parvint-elle à le couper d'une voix cassée.
Les grands yeux curieux dévoraient déjà son apparence et elle se demanda brièvement de quoi elle devait avoir l'air. Il était trop tard pour cacher les larmes et la myriade d'émotions qui devaient passer sur son visage. Le fils qu'elle avait perdu des années plus tôt se trouvait à moins d'un mètre d'elle.
- Je … Je vous dérange ? Pourquoi est-ce que vous pleurez ?
Elle aurait pu penser à une dizaine de mensonges raisonna-t-elle. Un rendez-vous galant raté, le décès d'un ami, un coup de téléphone qui venait de lui apprendre une mauvaise nouvelle ou encore un film trop émouvant … Mais rien ne franchit la barrière de ses lèvres, sentant à la place ses jambes flancher, les talons aiguilles se dérobant sous son poids pour la laisser tomber à genoux.
- Je … Vous … Vous savez qui je suis ? sembla-t-il d'ailleurs conclure.
À nouveau le silence. Elle avait envie de fuir. Elle avait envie de le prendre dans ses bras et respirer l'odeur dont elle ne se souvenait presque plus. Qu'était-elle censée lui dire ? Devait-elle accepter de le suivre sans un mot et revivre les événements tels qu'ils s'étaient produits ? Non, elle devait forcément changer la course des choses si elle voulait qu'Henry brise la malédiction en embrassant sa mère adoptive.
Mais cela ne voulait pas pour autant dire qu'elle devait tout lui raconter, si ?
- Non, s'entendit-elle dire avant d'avoir pu réfléchir à un plan d'action. Henry Mills, c'est ça ? Qu'est-ce que tu veux ? Me vendre un calendrier ?
- Non, non, je ... Je suis le fils que vous avez abandonné il y a dix ans.
- Je vois, répondit-elle prudemment en essayant de se rappeler quelle avait été sa réaction initiale.
En face d'elle, le gamin avait les sourcils froncés en une vaine tentative de comprendre ce qu'elle pouvait penser. Tache impossible. Comment aurait-il pu se douter de tout ce qu'il s'était passé depuis la première fois où il avait frappé à sa porte ?
- Où sont tes parents ? demanda-t-elle en tentant d'être convainquante.
- Il n'y a que ma mère et ... Il va falloir me suivre si tu veux la rencontrer ... Et ça tombe bien parce que toi seule peux nous sauver.
- V ... Vous sauver de quoi ? demanda-t-elle futilement pas sûre d'être prête à l'entendre dire du mal de Regina.
- De la femme qui m'a adopté.
Comme prévu, la jeune femme sentit une colère bien connue embraser le creux de son ventre, dépliant ses jambes pour aller serrer ses poings dans son dos. Elle était censée être heureuse de retrouver l'enfant qu'elles avaient perdu il y a si longtemps mais à qui cherchait-elle à mentir ? Avant même d'être renvoyée dans la forêt enchantée, elle avait déjà trouvé l'attitude du gamin complètement impertinente, mais maintenant ... Manquer de respect à une femme qui l'aimait plus que tout ... Manquer de respect à la Reine ...
La Sauveuse - comme il ne tarderait pas à l'appeler - dut tourner les talons et aller occuper ses mains dans la cuisine où elle se servit un verre d'eau glacée. Prenant certainement son geste pour une invitation, elle entendit Henry fermer la porte dans son dos et la suivre pour aller se percher sur un tabouret de bar.
- Tu connais l'histoire de Blanche Neige et la Méchante Reine ?
- Hum, répondit-elle vaguement dans son verre.
- La Méchante Reine a lancé une malédiction sur la forêt enchantée pour priver tous les habitants de leur fin heureuse. Tu dois les sauver et te débarrasser de la Méchante Reine. La femme qui m'a adopté.
- Ta mère, précisa-t-elle d'une voix tranchante les articulations des doigts blanchies sous la pression qu'elle exerçait sur le comptoir.
- C'est ça, chanta-t-il presque avec l'air d'être heureux qu'elle comprenne aussi vite.
La blonde ne répondit pas tout de suite. Avait-il été aussi direct la dernière fois ? S'attendait-il à ce qu'elle le croit sans remettre en cause ses élucubrations ?
- Où est-ce que tu habites ? demanda-t-elle pour gagner du temps.
- Storybrook. Maine.
- Va falloir y retourner.
- Tu as une voiture ? Sinon on peut prendre le bus, je te raconterai tout en chemin.
- Euh laisse ... Laisse moi le temps de faire un sac et on y va.
Avait-elle été aussi conciliante la première fois ? Elle n'avait quasiment plus aucun souvenir de leur première rencontre alors qu'elle pouvait encore se rappeler avec exactitude de tous les moments passés en présence de Regina. Regina qu'elle allait retrouver dans quelques heures ... Apeurée et soulagée, une mère éplorée qui ne manquerait pas de la prendre en grippe parce qu'elle croyait qu'elle allait lui voler la seule chose qu'elle aimait.
- La seule chose qu'elle aimait, répéta-t-elle rageusement dans la chambre où elle attrapa en vrac quelques jeans, hauts, une paire de bottes et une veste en cuir noir avant de se changer pour enfiler la tenue qu'elle se souvenait très bien avoir portée le jour de son arrivée à Storybrook.
Henry était toujours perché sur le tabouret du comptoir lorsqu'elle émergea de la pièce et elle l'observa quelques secondes se resservir un verre d'eau. Il avait l'air nerveux quand on y faisait bien attention ... L'air d'un enfant qui avait parcouru des centaines de kilomètres seul, bravant sa mère parce qu'il faisait confiance en un vieux livre. L'élan d'affection qui enfla dans sa poitrine la surprit plus qu'autre chose, fantôme d'une époque qu'elle avait peur de savoir révolue. Pourtant, le sourire qui se dessina sur ses lèvres était sincère.
- Prête ? lui demanda-t-il quand il l'aperçut.
- Yep.
Par réflexe, elle attrappa les clefs de la coccinelle posées sur un meuble de l'entrée et si dans les escaliers elle paniquait à l'idée de ne pas se rappeler où elle avait pu garer la vieille citadine, elle fut soulagée de la voir devant l'immeuble.
- Storybrook alors, répéta-t-elle un peu bêtement en s'installant derrière le volant.
- Yep ! sembla-t-il répéter sa formule en une imitation qui la fit à nouveau sourire.
Elle allait passer la première vitesse lorsque son regard tomba sur sa cuisse. Il était presque invisible sur le jean d'un bleu foncé qu'elle portait mais Emma sentit son cœur s'emballer en remarquant le long poil noir accroché au pantalon.
- Non, souffla-t-elle. Bouge pas Henry, deux minutes. Ne bouge pas !
Elle ne lui laissa pas le temps de poser de question, sautant à l'extérieur du véhicule sans prendre la peine d'éteindre le moteur. Les escaliers furent remontés quatre à quatre et elle avait le souffle court lorsqu'elle atteignit son palier, se débattant avec ses clefs de longues secondes avant de parvenir à ouvrir la simple porte. Cette fois lorsqu'elle pénétra dans l'appartement, son regard s'accrocha au moindre détail et son cœur eut une ratée quand elle remarqua une gamelle près du comptoir où quelques croquettes attendaient encore d'être mangées.
Le nom qu'elle voulait appeler resta coincé quelque part dans sa gorge mais ses jambes acceptèrent de faire le chemin jusqu'à la chambre qu'elle réexamina avant de passer à la salle de bains et au salon. La jeune femme sentit ses genoux flancher lorsque son regard tomba sur le canapé. Pas étonnant qu'elle ne l'ait pas aperçu au premier coup d'oeil. L'animal était roulé en boule, son pelage d'un noir soyeux manquant se confondre avec le cuir de l'assise où il dormait paisiblement.
- B... Bisous, appela-t-elle finalement d'une voix tremblante.
La masse sombre se troua de deux perles d'or qui n'avaient rien perdu de leur intelligence et elle ne résista pas plus d'un instant avant de se jeter sur lui pour le prendre dans ses bras. Ici l'animal n'avait plus son impressionnante stature, sa taille tenant plus du chien que du lynx. Mais toujours beaucoup plus gros que n'importe quel chat ...
D'ailleurs un chat n'aurait pas eu ses traits si particuliers ou une dentition comme celle qui fit son apparition lorsque le félin émit un grondement sourd près d'elle. Il avait le culot d'être agacé qu'elle le soulève dans les airs comprit-elle lorsqu'il redevint plus affectueux une fois les quatre pattes arrimées au sol.
- Tu m'as manqué sale bête, lui confia-t-elle à voix basse. Mais on doit rentrer ... Storybrook nous attend. Ta maîtresse nous attend ...
Et il n'avait rien perdu de son esprit tranchant réalisa-t-elle avec soulagement lorsqu'il se redressa immédiatement. Abritée dans le tatouage où elle l'avait emprisonnée, son âme avait du être épargnée par la malédiction en même temps qu'elle.
- Hey ! protesta-t-elle quand elle le vit bondir en direction de la chambre où elle entendit vaguement des objets être renversés.
Mais l'instant d'après l'animal était de retour et elle eut un hoquet de surprise en remarquant ce qu'il lui apportait coincé dans sa gueule. La jeune femme eut un bref moment d'hésitation avant de s'emparer de l'artefact qui avait été déposé à ses pieds avec révérence. Le monde dans lequel elle se trouvait avait beau être dépourvu de magie, elle eut tout de même un frisson lorsque ses doigts se refermèrent sur son manche noir.
- Wow ! Ça c'est un gros chat !
L'exclamation la fit se tendre, s'empressant de cacher l'arme sous un pan de son blouson en cuir.
- Henry ! Je croyais t'avoir dit de rester dans la voiture ?!
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Heureusement le gamin s'était endormi quelque part sur la dernière cinquantaine de kilomètres de nationale qui menaient à Storybrook et Emma n'avait pas pris la peine de le réveiller pour faire semblant de lui demander son chemin. Elle se souvenait très bien de celui qui la conduisit devant le manoir où elle gara sa voiture aux côté de celle du Shérif.
Graham ...
Le petit jouet avec lequel Regina occupait ses nuits. L'idée lui donnait envie de vomir. Sans se mentir, ce serait sûrement la première chose dont elle se chargerait après avoir déposé Henry auprès de sa mère.
- On est arrivés ?
La question la sortit de sa torpeur mais l'intéressé n'avait pas l'air de vouloir sortir de la voiture et ils s'observèrent de longues secondes dans un silence tendu avant qu'elle ne lui fasse signe de la suivre. Le claquement de portière de la vieille Volkswagen fut suffisant à alerter la propriétaire des lieux et la blonde crut que son cœur allait exploser quand le battant du numéro 108 révéla la silhouette de la femme qu'elle aimait.
Après plus de vingt ans passés dans la forêt enchantée, la vision des jambes nues et des genoux dégagés par la robe grise qu'elle portait, lui paraissait presque indécente et elle faillit écarquiller les yeux lorsqu'elle la vit presque s'accroupir pour prendre Henry dans ses bras. L'enfant ne répondit pas à son embrasse et elle dut serrer les poings pour ne pas le forcer à quoi que ce soit. Qui pouvait refuser ce genre d'affection ? Comment pouvait-il douter de l'amour que lui portait sa mère quand la sorcière semblait avoir été sur le point de se briser ?
- ... vraie mère !
Mais rien à voir avec la tristesse qui voila brièvement les traits parfaits de la brune lorsqu'il se dégagea presque violemment pour s'engouffrer dans le manoir. Un instant Emma regarda sa silhouette disparaître avant de reporter son attention sur celle qui lui avait accordé la sienne.
- Vous êtes la mère biologique d'Henry ?
Les yeux sombres la détaillèrent brièvement avant de remonter vers les siens dans l'attente d'une réponse. Emma avait envie de la prendre dans ses bras et lui assurer qu'elle ferait tout son possible pour lui ramener son fils mais sa voix resta bloquée quelque part dans sa gorge. Le parfait portrait de la mère éplorée qui lui faisait face lui avait volé la parole. Cheveux courts et brushing toujours parfaitement en place, seul les yeux rougis par des pleurs trahissaient encore le désarroi dans lequel elle avait du se trouver quelques minutes plus tôt.
- Salut, finit-elle par réussir à lâcher avec un sourire gêné.
Le même que celui qu'elle se rappelait lui avoir servi lors de leur première rencontre et apparemment il fut assez maladroit pour donner à l'autre l'illusion d'avoir l'ascendant.
- Qu'est-ce que vous diriez d'un verre du meilleur cidre que vous n'ayez jamais goutté ?
- Vous avez rien de plus fort ? s'amusa-t-elle à réciter de mémoire.
Elle eut le droit à un sourire en coin avant que la mère adoptive de son fils n'incline la tête pour l'inviter à la suivre.
- Henry s'est enfermé dans sa chambre, entendit-elle la voix familière du Commandant leur signaler quand elles furent dans le hall dallé de marbre.
Elle aurait pu rire de la tenue qu'il portait, si lointaine des costumes de la garde royale ou de son habituelle armure mais le fait qu'il soit autorisé dans l'intimité de Regina la fit à nouveau serrer les dents. Aussi fut-elle presque incapable de lui rendre le sourire qu'il lui adressa en lui tendant la main pour se présenter.
- C'était gentil de votre part de veiller pour lui Shérif, je suppose que vous devez être soulagé de pouvoir rentrer chez vous, se permit-elle de lancer au lieu de le saluer en bonne et due forme.
- Euh, je ... Oui.
L'échange avait soigneusement été observé par la maîtresse des lieux qu'elle vit adresser un signe de tête en direction de la porte à son interlocuteur avant de tourner les talons pour la précéder vers le parloir. Son regard se perdit momentanément sur la silhouette plus dénudée que ce à quoi elle avait été habituée et la chaleur de son désir avait du se sentir à en croire la façon dont la brune se retourna au dernier moment pour lui adresser un haussement de sourcil par dessus son épaule.
- Asseyez-vous, fut-elle néanmoins ordonnée une fois que l'autre lui ait tendu un verre d'alcool.
Le ton ne lui faisait pas peur et elle l'accueillit avec un petit sourire qui parut déconcerter son hôte qu'elle observa aller s'asseoir en face d'elle. Elle ne se souvenait plus de qui avait pris la parole en premier la dernière fois mais elle garda les lèvres résolument closes. En face d'elle, Regina avala une gorgée du liquide ambré, lui offrant un bref aperçu du bout de sa langue lorsqu'elle en attrapa une goutte sur sa lèvre inférieure.
Le visuel embrasa un point entre ses jambes et elle sut ... Elle sut qu'elle serait incapable de jouer le rôle qu'elle avait tenu lors de leur première rencontre.
- Je vous remercie de m'avoir ramené mon fils aussi vite, finit par déclarer la plus âgée.
- C'était la moindre des choses, Boston est une grande ville et je suis sûre que vous deviez être morte d'inquiétude.
Son affirmation ne fut accueillie que par un sourire pincé et elle attendit sagement la suite en se contentant de continuer à la dévorer du regard.
- Henry est un enfant ... Difficile ces derniers temps. Mon métier occupe une grande partie de mes journées et je sais qu'il doit certainement en souffrir mais je vous assure que tout en mon pouvoir est mis en place pour contribuer à son bonheur.
- Je n'en doute pas une seconde. J'ai cru comprendre que vous étiez le Maire ici ? Henry a de la chance de vous avoir. Il ne le réalise pas encore mais il aura bientôt oublié ses histoires de contes de fées j'en suis sûre.
Elle était presque fière de la façon dont elle avait pu introduire l'élément perturbateur qui fronça les sourcils de la brune dont le visage se couvrit d'un masque supplémentaire.
- De contes de fées ?
- Oui, vous savez comme quoi vous êtes la Méchante Reine venue dans ce monde pour punir tous les habitants de la forêt enchantée ... C'est ce qu'il m'a raconté en tout cas.
- Je suis désolée, il est ... Il voit un psychiatre mais je constate que les séances n'ont pas encore porté leurs fruits.
- C'est pas grave, je comprends ...
- Vous comprenez ? répéta l'autre avec une précaution dangereuse.
- On est tous allergique à l'autorité à un moment ou un autre et c'est pas difficile en vous voyant de faire le rapprochement.
Le sourcil hautain qui s'éleva la fit sourire et elle faillit pouffer en se rappelant que dans cette réalité la Méchante Reine était vue comme une vieille sorcière aigrie.
- Une femme de pouvoir, avec un port de Reine, fit-elle donc l'effort d'expliquer avec un vague mouvement du poignet dans sa direction.
Le compliment pinça les lèvres pulpeuses et elle admira la façon dont une mèche de cheveux presque noirs fut délogée du brushing parfait quand le Maire pencha sa tête comme pensive.
- Quelles sont vos intentions vis à vis de mon fils ? fut néanmoins la question qu'elle sembla choisir de lui poser.
- Je ... Je ne sais pas, je ne me suis pas encore p...
- C'était une adoption fermée.
- Je sais. Je n'ai aucune intention de me faire une place dans sa vie.
- Et le père ?
- Considérez le mort, répondit-elle avant d'avoir pu s'en empêcher.
- Bien.
Apparemment c'était tout ce qu'elle avait attendu d'elle à en croire la façon dont elle se relevait déjà, forçant Emma à avaler d'un trait le restant de son verre. Une panique à laquelle elle ne s'était pas attendue menaçait de lui couper les jambes. Qu'était-elle censée dire ? Faire ? Pour obtenir une quelconque légitimité à rester ici ? Pour le moment elle avançait à l'aveugle, suivant la fine silhouette qu'elle aurait aimé prendre dans ses bras jusque dans l'entrée où la porte lui fut à nouveau tenue. Un instant une tâche sombre attira son regard, retenant un petit rire lorsqu'elle aperçut le long félin monter furtivement les escaliers.
- Je ne vous retient pas plus Miss ... ?
- Swan, Emma Swan, se présenta-t-elle avec un sourire.
- Quelque chose d'amusant que vous aimeriez partager ?
- Le fait de se présenter alors que vous êtes sur le point de me mettre à la porte ? proposa-t-elle.
- Je ne voudrais pas vous retarder, Boston est à plusieurs heures de route.
- En fait je pensais peut-être passer la nuit ici, je ne suis pas une très bonne conductrice de nuit.
Elle qui s'était attendue à voir une quelconque désapprobation sur les traits parfaits fut surprise que le masque d'impassibilité tienne en place. Pourtant pour la première fois de la soirée Regina Mills semblait prendre le temps de l'observer de haut en bas avec un air songeur. " Je vous ai trouvée digne de réchauffer mes draps dès la première fois où je vous ai vue " se rappela-t-elle l'avoir entendue lui avouer. Était-ce ce qu'elle était en train de se dire ? ne put-elle s'empêcher de se demander quand le regard sombre brilla brièvement d'une lueur dangereuse.
- Dans la ville, Madame le Maire, pas votre lit, se permit-elle donc.
- Ma ville, mon lit, mêmes règles Miss Swan, fut-elle étonnée de l'entendre répondre pince sans rire.
- Bien sûr, on dit que la parole d'une Reine a force de loi non ?
Quelque chose de sombre passa sur les traits de la brune. Quelque chose d'autre que du simple désir et qu'elle n'aurait pas reconnu comme de la peur si elle n'avait pas été habituée à traquer la moindre émotion derrière les masques qu'elle portait. Regina avait ouvert la bouche pour répliquer quand à l'étage la lumière de la chambre de leur fils s'alluma, diffusant une lueur jaunâtre sur le seuil où elles étaient encore.
- Il y a un Bed and Breakfast à deux rues. Adieu, Miss Swan.
Elle ne répondit que d'un sourire, refusant de prononcer le mot qui l'avait déjà déchirée de l'intérieur prononcé par la femme qu'elle aimait. L'intéressée n'attendait d'ailleurs pas de réponse à en croire la façon dont elle tourna les talons et referma la porte du manoir sans un regard de plus.
Elle allait regagner la coccinelle lorsque l'éclat d'un écran de téléphone attira son attention à l'autre bout de la rue et Emma sentit ses entrailles se tordre de colère en apercevant la berline du Shérif. Graham avait-il été ordonné de surveiller la maison au cas où Henry choisirait de disparaître à nouveau ou attendait-il sagement son départ pour réchauffer les draps du Maire ?
L'idée même lui donna la nausée et elle dut inspirer profondément à plusieurs reprises avant de parvenir à plaquer un faux sourire sur ses lèvres. Après tout, Graham avait été sous son charme la première fois qu'elle avait mis les pieds à Storybrook, pourquoi ne pas s'en servir aujourd'hui ?
- Hey ! le salua-t-elle à nouveau en arrivant près de la vieille Ford.
Le chasseur eut un sursaut, manquant lâcher son téléphone et la blonde dut se retenir de lever les yeux au ciel. Quelle piètre version du soldat qu'elle connaissait et avait la chance de compter parmi ses amis ...
- Graham c'est ça ? continua-t-elle alors qu'il baissait sa vitre.
- Oui, oui, c'est ça. Je peux vous aider ?
- Regina m'a conseillé un Bed and Breakfast pas loin mais avec toutes ces émotions, j'aurais bien aimé boire un verre ... Vous êtes encore en service ou ça vous dit de me montrer un bar sympa dans le coin ?
Il y eut un moment d'hésitation sur les traits du Shérif durant lequel elle s'efforça de lui adresser un de ses sourires les plus désarmants avant qu'il ne cède d'un petit signe de tête.
- Allez, suivez-moi.
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Elle n'avait pas eu l'intention de s'éterniser dans le bar mais il avait fallu bien plus d'alcool que ce qu'elle avait envisagé pour venir à bout de l'ancien Commandant. Vers deux heures du matin, elle avait quitté le bar seule, s'assurant à peine que Graham était pris en charge par les propriétaires des lieux avant de filer le pas légèrement instable vers le centre de la ville.
C'était étrange comme elle redécouvrait les lieux avec l'impression de retrouver des endroits perdus de son enfance. Sauf que non, l'Emma Swan qui avait autrefois arpenté ces rues, n'avait pas été plus jeune qu'elle. Elle n'avait rien perdu de ses talents de chasseuse de primes découvrit-elle avec soulagement lorsqu'elle parvint à désactiver l'alarme de la Mairie sans trop de mal. Heureusement, aucune caméra pour la prendre par surprise et elle eut à peine un instant d'hésitation lorsqu'elle arriva devant la porte où était inscrit en lettre d'or le nom de la femme qu'elle aimait.
Comme les autres, la serrure ne résista pas longtemps au kit dont elle s'était emparé dans la boîte à gants de la Coccinelle mais la jeune femme se figea à peine rentrée dans le bureau monochrome. Le parfum qui l'assaillit la fit frémir. Regina n'avait pas porté le même parfum quand elle avait été dans l'autre réalité.
- Forcément Swan, Chanel ne livre pas jusque dans la forêt enchantée, remarqua-t-elle à haute voix en inspirant à plein poumons l'odeur qu'elle avait presque oubliée.
Son regard fila brièvement sur les canapés en cuir, les rideaux tirés et partout où des objets d'art avaient été exposé avec raffinement avant de se poser sur le bureau. Le bureau où elle avait tant de fois rêvé de prendre le Maire pour lui faire perdre ses grands airs ... Mais le fantasme ne parvint pas à la divertir suffisamment de son but, avançant jusqu'à pouvoir toucher la petite boîte pour laquelle elle s'était introduite dans le lieu sacré.
Le coffret s'ouvrit avec un claquement sonore, illuminant d'une faible lueur rouge la main qu'elle avait approchée. Ce soir elle avait réussi à s'accaparer Graham pour s'assurer que rien ne se passe mais il était hors de question que Regina puisse faire de lui ce qu'elle voulait. Ses doigts se refermèrent sans hésitation sur l'organe qui battait un rythme lent.
Elle avait été tentée de le remettre à sa place, dans la poitrine de celui à qui il appartenait mais qu'adviendrait-il si le chasseur se réveillait soudain avec les souvenirs de la forêt enchantée mais aucun de la seconde malédiction ? L'éventualité qu'il puisse vouloir obtenir une quelconque vengeance l'avait glacée d'effroi et elle s'était contentée de murmurer quelques consignes très claires au cœur qui battait dans sa paume.
Aussi, le lendemain matin, observa-t-elle avec un sourire caché dans son gobelet de chocolat chaud, Regina, les dents serrées par la colère, tenter de communiquer avec Graham. Elle aurait pu rire de la façon dont elle pouvait voir de là les yeux d'ébène briller de furie quand il se déroba à son regard malgré la main qu'elle avait placé sous son menton pour le forcer à l'affronter.
- Emma ! Tu es restée ! Je savais qu...
La voix d'Henry la fit sursauter, trop absorbée par la contemplation du spectacle pour l'avoir remarqué se rapprocher.
- Oula stop gamin, un peu moins fort ok ? le calma-t-elle immédiatement. Emma s'est réveillée il n'y a pas une heure, elle apprécierait un peu de silence.
Mais même sa mauvaise humeur ne sembla pas l'affecter, l'enfant s'asseyant à sa table sans y avoir été invité pour déguster le chocolat chaud qu'il avait lui aussi commandé. Avec de la cannelle, aurait-elle parié.
- Tu t'es couché tard parce que tu as fini de lire le livre ?
- Ouais, voilà, sauta-t-elle sur l'occasion alors que le recueil de contes de fées était resté sur le siège de la vieille Volkswagen là où il avait fait semblant de l'oublier la veille.
- Est-ce que tu vas m'aider ? Il faut trouver un moyen de briser la malédiction et éloigner la Méchante Reine de moi.
- Je trouverai un moyen de la briser, oui, affirma-t-elle de son côté.
- Alors tu ... Tu me crois ? Tu ne crois pas que je suis fou ? Elle essaie de me faire passer pour un fou ...
Elle en question venait de lâcher son Shérif avec un air exaspéré et Emma se demanda brièvement combien de temps elle mettrait avant de suspecter la disparition du précieux artefact qu'elle lui avait volé dans la nuit. Pas longtemps, devina-t-elle aux sourcils qui se froncèrent. Les perles d'ébène parcoururent le restaurant certainement à la recherche d'Henry et Emma ne put s'empêcher d'admirer le regard d'aigle qui finit par tomber sur elle. Un instant la brune sembla perturbée par le désir qu'elle trouva sans nul doute peint sur son visage avant d'approcher d'un pas déterminé.
- Miss Swan, toujours là ?
- Bien sûr qu'elle est toujours là ! Emma est la Sauveuse, elle est là pour briser ta malédiction !
L'intéressée fronça les sourcils. Henry n'en avait-il pas fait un secret de polichinelle la dernière fois ?
- Henry, combien de fois faudr...
- Tu ne peux plus me faire passer pour un menteur ! Emma me croit, elle va te tuer et je serais enf...
- Henry ! s'entendit-elle gronder avant qu'il ait le temps de finir sa menace.
L'aboiement fit se retourner quelques clients vers sa table et à l'autre bout de la pièce elle croisa le regard curieux de Ruby.
- Qu'importe ce qu'il pense de ses parents, un enfant ne ...
- Regina n'est même pas ma mère, c'est toi !
- Henry si j'étais ta mère ça ferait longtemps que tu aurais pris une gifle pour avoir osé parler comme ça ...
C'était la Princesse en elle qui avait parlé, le soldat habitué à vénérer sa Reine et en aucun cas l'Emma Swan qui avait grandi de famille d'accueil en famille d'accueil.
- Ça suffit, trancha la mère adoptive d'Henry qui avait mis quelques secondes à digérer ce qu'elle venait de dire. Henry tu vas passer ton dimanche dans ta chambre et que je ne t'en vois pas sortir.
L'intéressé était resté muet, cloué sur place par la réponse qu'elle lui avait délivrée et un instant elle sentit ses entrailles se tordre d'une culpabilité qu'elle tenta tant bien que mal de chasser.
- Quant à vous Miss Swan, je vous conseille de partir avant d...
- J'ai loué la chambre pour une semaine.
- L'hôtel ne peut pas accueillir des étrangers pour plus de deux nuits d'affilée.
- Ah oui ? C'est pas grave, je suis sûre que je trouverai quelqu'un pour m'héberger. Graham m'a dit qu'il y avait de la place chez lui ...
- Même pas vingt-quatre heure que vous êtes là et vous appelez déjà mon Shérif par son prénom ?
- Je vous appellerais bien Regina mais nous n'avons pas encore passé une nuit ensemble Madame le Maire ..
- Vous av...
Les lèvres peintes d'un rouge rosé se pincèrent comme si elle devait s'empêcher de répliquer en présence d'Henry sur lesquels ses yeux dérivèrent un instant. Emma profita du moment pour détailler le tailleur que la brune avait choisi ce matin là sans faire l'effort de la moindre discrétion et l'autre allait certainement lui en faire la remarque quand la sonnette de la porte du restaurant l'y fit jeter un regard désintéressé.
Mais ce qu'elle y vit manqua la faire gronder, toute idée de flirter avec sa femme oubliée à l'instant même où Mary Margarett Blanchard passa le seuil de l'établissement. Pourtant, la colère avait beau être intense, la jeune femme se surprit à ne pas ressentir l'habituelle rage froide de la magie noire qui la suppliait de tuer sa mère depuis longtemps déjà. Le manque la fit grimacer de dégoût au moment même où l'institutrice posa un regard intéressé sur elle. Les yeux si semblables aux siens brillaient d'une honnêteté qui lui donna envie de vomir et la blonde repoussa par réflexe l'assiette qu'elle avait été en train de déguster avant de reporter son attention sur la femme qui se tenait en face d'elle.
Visiblement l'intéressée n'avait rien manqué de ce qu'il venait de se passer et Emma dut lever un sourcil interrogateur pour qu'elle sorte de son silence interloqué.
- Graham n'est pas le seul habitant de ma ville que vous ayez croisé hier soir Miss Swan ?
- Quelque chose comme ça, répondit-elle vaguement en observant Henry aller saluer son institutrice avant de sortir du restaurant pour aller se poster près de la Mercedes noire de sa mère certainement fâché après elles deux.
L'agacement qui avait coloré sa réponse alluma quelque chose de semblable dans le regard intensément fixé sur elle. Elle savait que son comportement avait soulevé des questions que l'autre brûlait de poser. Après tout, rares étaient ceux à qui Snow White inspirait ce genre de réaction et Regina devait sentir le besoin de partager son antipathie avec elle. D'ailleurs les yeux d'ébène balayèrent brièvement la table à laquelle elle était installée comme si elle avait été tentée d'y prendre une place.
A l'extérieur, elle croisa un autre regard curieux. Celui d'Henry qui les observait depuis le trottoir où il attendait sagement la sortie de sa mère adoptive.
- Vous devriez faire sécuriser les mines, se rappela-t-elle soudain.
- Pourquoi ? lui demanda bien évidement le Maire.
- Je sais pas, hier j'y suis passée et l'accès m'avait l'air facile. Henry les a mentionnées l'autre jour, vous devriez faire attention, un accident est vite arrivé.
- Est-ce que ce sont des menaces ?
- Des menaces ? répéta-t-elle sincèrement étonnée. Non, je suis pas là pour ça.
- Alors pourquoi êtes vous encore là Miss Swan ? Et que faisiez-vous hier en pleine nuit aux mines ?
La première question avait faillit lui faire répondre un " vous " plus que facile mais la suite étira ses lèvres d'un sourire en coin.
- Du tourisme, répondit-elle avec le plus de sarcasme qu'elle put.
La fureur qu'elle avait cherché tomba sur le visage parfait aussi implacablement qu'une chape de plomb. Quelque chose qui réveilla un vieux désir enfoui au fond de ses souvenirs. Celui de ses premiers jours à Storybrook, oui ...
- Je dois y aller, se déroba-t-elle pourtant. Et je crois que votre fils est en train de perdre patience.
La mention d'Henry parvint à distraire suffisamment la brune pour qu'elle puisse en profiter pour s'enfuir, bondissant de la table en direction de la porte qui donnait sur la partie hôtel du Bed&Breakfast.
- Miss Swan !
Par habitude sûrement, le nom l'immobilisa, son corps déjà tourné à moitié vers celle qui venait de l'appeler quand elle parvint à s'arrêter. A côté de la table où elle avait été, la sorcière l'observait avec un mélange de condescendance et d'envie qui la laissa muette, uniquement capable de lui adresser un signe de tête avant de disparaître dans les escaliers qu'elle monta quatre à quatre pour aller s'écrouler derrière la porte de sa chambre.
Elle tremblait réalisa-t-elle. Elle avait envie de dévaler les marches qu'elle venait d'escalader et enlever celle que son corps et son âme réclamait.
- Ce n'est pas elle, se répéta-t-elle à haute voix.
La femme qui se trouvait deux étages en dessous ne la laisserait jamais la prendre dans ses bras comme elle avait envie de le faire ...
.
.
Il était tard lorsqu'elle se réveilla, groggy d'un sommeil agité qui était loin d'avoir pu être réparateur. Dix huit heures indiquait son téléphone qui n'avait bientôt plus de batterie. Vingt ans qu'elle avait vécu sans, elle ne savait même plus à quoi il pourrait lui servir quand aujourd'hui elle n'avait même pas le numéro de la seule personne à qui elle voulait parler ...
Sous la douche brûlante qu'elle prit dans la salle de bain de l'hôtel, la jeune femme décida que son plan d'action inclurait le Shérif. Pas parce qu'elle pouvait lui faire confiance mais parce que le coeur qui battait dans le tiroir de sa table de chevet lui assurait une obéissance sans faille. Et il lui fallait agir vite si elle ne voulait pas être contrecarrée par le Maire et surtout avant que la brune ne découvre qu'elle n'était plus en possession du précieux organe qui lui donnait toute puissance sur le chasseur.
- Hey ! s'annonça-t-elle à l'intéressé qu'elle trouva penché au dessus d'un tas de feuilles.
Les rapports de police, se rappela-t-elle avec une grimace. Voilà quelque chose qui ne lui manquerait jamais ...
- Bonsoir Emma ! Un problème ?
- Non, non, j'ai acheté de quoi manger et je me demandais si tu voulais partager ? proposa-t-elle en montrant le sac en papier de nourriture à emporter qu'elle avait prise au Granny's.
Son offre fut brièvement analysée tandis qu'elle se reprochait de l'avoir tutoyé mais l'ancien soldat ne parut pas s'en formaliser, se contentant de lui faire signe d'approcher avec son stylo bille. Combien de temps cela faisait-il qu'elle n'avait pas eu à écrire à l'aide d'autre chose qu'une plume ? Pas un stylo plume, une véritable plume ...
- Alors, la ville te plait ?
- J'ai pas eu le temps de voir grand chose, mentit-elle facilement en avalant une bouchée de frittes encore chaudes. Dis moi ... Est-ce que tu as vu le Maire aujourd'hui ?
- Au Granny's ce matin mais je lui ai dis que je n'avais pas de temps à lui accorder.
La réponse la fit sourire. Avait-il conscience de la nature forcée de ses aveux ? Elle avait beau ne pas tenir le cœur du chasseur dans sa main, l'organe l'avait visiblement reconnue comme sa nouvelle maîtresse puisque son propriétaire ne semblait pas pouvoir lui mentir.
- Tu devrais jouer aux fléchettes, tenta-t-elle prudemment par curiosité.
Un instant les yeux d'un bleu presque gris l'observèrent avec une confusion presque attendrissante avant que le Shérif ne lui adresse un signe de tête et se lève pour s'approcher de la cible dont il décrocha les petites flèches. Elle était encore en train de l'observer s'exécuter avec diligence quand un bruit de talons lui fit tendre l'oreille. Ici ou dans la forêt enchantée, le pas n'avait pas changé et l'idée que Regina puisse rendre visite à son homme à tout faire ralluma immédiatement la flamme de sa jalousie.
- Graham !
L'urgence avec laquelle le prénom avait claqué la fit pourtant se redresser prête à n'importe quelle éventualité. La brune avait les traits tirés lorsqu'elle passa la porte du bureau où elle s'engouffra avec l'air d'y avoir droit de vie et de mort.
- Henry a encore disp... Miss Swan ?
Le regard sombre s'était alourdi d'un orage supplémentaire lorsqu'il s'était posé sur l'intéressée.
- Henry a disparu ? préféra-t-elle répondre.
- Ce ne sont pas vos affaires. Vous ne devriez même pas être ici, le bureau du Sh...
- Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ? la coupa-t-elle.
Après tout le chemin qu'elles avaient fait pour retrouver Henry, il était hors de question qu'elle le perde encore ou qu'elle voit Regina se morfondre pour d'autres raisons.
- Je ... Au repas, sembla se décider l'autre. Il est monté dans sa chambre après le repas.
- Vous êtes sortie ?
- Non, je travaillais, j'allais me c...
- Donc il a du filer en douce pendant que vous étiez dans votre bureau. Est-ce que vous avez pensé à sécuriser les mines comme je vous l'avais dit ?
- J'ai envoyé des agents dans la journée, ils ont installé de nouvelles barrières ... Pourquoi ? Mon fils vous avait-il parlé de quelque chose en particulier ?
- Non, juste un pressentiment ... Retrouver les gens c'est mon métier, j'ai le nez pour ça ...
Un instant la brune l'observa d'un œil critique avant de retourner son attention sur le Shérif qui n'avait toujours pas bougé, les doigts crispés sur une fléchette.
- Et bah alors, qu'est-ce que t'attends pour aider le Maire, Graham ? le força-t-elle à sortir de sa torpeur.
Bien que dilué, l'ordre fit son effet, l'intéressé abandonnant immédiatement ce qu'il avait été en train de faire pour aller enfiler son blouson en cuir.
- Est-ce qu'il y a un endroit en particulier où il pourrait être allé ? Quelqu'un chez qui il aurait pu se rendre ? l'entendit-elle demander comme un automate.
- On a déjà passé en revue ces questions Graham, trancha la plus âgée avec l'air de perdre son peu de patience. Je suis passée au restaurant et au parc, mais il n'y était pas ...
- Alors peut être qu'il faudrait aller interroger la seule personne à qui il a l'air de se confier ?
- Le docteur Hopper n...
- Mademoiselle Blanchard, son institutrice, coupa le Shérif qui semblait avoir sa propre idée en tête.
Le nom assombrit un peu plus le Maire de Storybrook qui lui adressa un regard en coin auquel elle répondit avec le plus de neutralité possible. Leur échange fut perturbé par Graham qui se dirigeait déjà vers la sortie et elle avait l'intention de rester immobile jusqu'à leur départ quand la voix basse de la brune la fit serrer les dents.
- Miss Swan, vous venez avec nous.
Regina n'avait pas besoin de lui avoir retiré son cœur pour qu'elle se sente obligée d'obéir. Les poings enfoncés dans les poches de son pantalon la jeune femme adressa un dernier regard au repas qu'elle n'avait pas fini avant de suivre ceux qui sortaient déjà du commissariat.
La sorcière n'avait tenu à sa présence pour qu'une seule et bonne raison. Satisfaire sa curiosité et les questions qu'elle devait se poser depuis le matin même où elle l'avait vue jeter un regard noir à Snow White. Emma n'avait aucun doute là dessus et l'interrogatoire qu'elle subit dans la voiture du Shérif ne fit que renforcer sa conviction.
- Où avez-vous croisé Miss Blanchard l'autre jour ?
Elle ne répondit pas tout de suite à la question, laissant le silence s'installer suffisamment longtemps pour que l'autre insiste.
- Miss Swan, je vous ai posé une question.
- Au Rabbit Hole, inventa-t-elle donc les yeux rivés sur les rues désertes de la ville qu'ils traversaient.
Elle avait choisi la banquette arrière, laissant au Maire le privilège de la place aux côtés du conducteur et surtout celle où elle ne pourrait pas être directement devant elle. C'était déjà assez terrible de se trouver dans le même habitacle, l'odorat envahi par le parfum qui lui donnait envie d'aller enfouir son nez là où elle pourrait le sentir contre la peau de la brune.
- Que s'est-il passé pour qu'elle vous laisse un si mauvais souvenir ?
- En quoi est-ce que ça vous regarde ?
- J'estime que je me suis montrée plutôt indulgente avec vous Miss Swan, ce serait idiot d ...
- Je ne l'aime pas, coupa-t-elle les menaces qui n'allaient pas tarder. Parfois on rencontre des gens et on sait dès le premier regard qu'on ne les appréciera pas, c'est comme ça. Vous devez savoir ce que ça fait, vous avez pas l'air d'apprécier grand monde ...
Elle n'avait pas besoin de la regarder pour savoir que la remarque avait agacée la brune qu'elle entendit inspirer bruyamment. Elle avait presque le sourire aux lèvres lorsque la berline s'arrêta devant l'immeuble où elle se rappelait avoir aménagé peu de temps après son arrivée dans la ville.
- Vous venez ? dut à nouveau insister son âme sœur avec un sourire presque méchant.
En silence, elle se contenta de sortir du véhicule, le claquement de la portière seule manifestation de son exaspération avant de suivre les deux autres dans l'immeuble. Au deuxième étage, ce fut Graham qui tapa à la porte qu'ils observèrent tous autant tendus avant que le battant ne s'ouvre. La petite brune avait un air perdu qui s'aggrava quand ses yeux ensommeillés balayèrent leurs trois visages.
- G... Graham ? Madame le Maire ?
Le regard clair s'attarda sur elle en une question à laquelle elle ne répondit pas, attendant sagement que le Shérif prenne la parole.
- Mary-Margarett, est-ce que Henry est là ?
L'entrée en matière assombrit la jeune femme et l'inquiétude qu'elle vit sur son visage la fit étouffer un grondement derrière ses dents. Bien sûr, elle avait conscience que cette femme n'était pas celle qui lancerait la malédiction de longs mois plus tard. Mais qu'importe la version d'elle, Emma ne pouvait pas se résoudre à l'accepter. Elle l'écouta à peine répondre aux questions de ses acolytes, préférant reporter son attention sur les détails de l'appartement dans lequel on les avait fait entrer.
Les souvenirs affluaient. Les petits déjeuners, les soirées passées dans le salon avec un peu trop d'alcool et les dimanches sur le canapé devant des sitcom qui les faisaient toutes deux rires. Quelque chose de nouveau était en train d'attaquer son estomac. Elle se sentait trahie. La réalisation la fit frissonner, dents serrées lorsqu'elle fit volte face pour observer l'interrogatoire.
- ... endroit où il aimait aller alors qu'il n'y était pas autorisé ? Quelque chose qu'il n'aurait dit à personne d'autre ...
Mains dans les poches de son blouson où elle pouvait sentir le poids presque rassurant de la dague accrochée au revers du cuir, Emma s'étonna de la force avec laquelle elle avait besoin de lutter contre l'envie qui lui commandait de s'en servir pour mettre fin aux jours de l'institutrice. L'arme avait-elle encore ce pouvoir de tentation ou était-ce elle ?
Peu désireuse de le découvrir, la blonde se força à trouver une distraction, frissonnant pour une toute autre raison lorsque son regard tomba sur celle qui avait visiblement été en train de l'observer. Les sourcils parfaitement dessinés se froncèrent et elle mit un instant encore à comprendre pourquoi le visage aux traits parfaits s'était bardé d'un masque qui aurait pu l'intimider quelques années plus tôt. Impossible que l'autre ait raté la haine qui l'avait animée l'instant d'avant.
- ... bien la librairie où Henry m'a dit que sa mère ne voulait pas qu'il aille.
La simple mention les tira de leur affrontement silencieux. La librairie c'était là où se terrait Maléfique. Un dragon était définitivement le genre de preuve irréfutable que cherchait Henry ... Mais comment aurait-il eu vent de sa présence là bas ? Non, c'était impossible tenta-t-elle de se rassurer tandis que la mère adoptive de son fils se pressait déjà sur ses talons hauts.
Elle ne prit pas la peine de rappeler Graham à l'ordre, se contentant de dévaler les escaliers exigus à la suite de la brune qui était déjà en train de démarrer la berline du commissariat lorsqu'elle déboula dans la rue.
- Att...
- Non, la coupa l'autre. Je n'ai pas le temps d'attendre un Shérif inutile.
- Attendez-moi, précisa-t-elle en s'engouffrant dans la vieille voiture.
Un instant le regard sombre la jaugea avec gravité mais qu'aurait-elle pu faire ? Elle n'avait pas de magie à sa disposition pour l'éjecter de la Ford ... Pas non plus la moindre once pour battre le dragon qui se trouvait peut être au sous sol de la bibliothèque. Ce qui ne l'empêchait pas de foncer dans les rues désertes les doigts crispés sur le volant en vieux cuir limé.
- Il n'est pas là, tenta-t-elle de la rassurer malgré elle.
- Qu'est-ce que vous en savez Miss Swan ?
Et quand bien même, pourquoi auraient-elles du s'inquiéter de sa présence dans une bibliothèque ? Regina avait-elle conscience de ça ou avait-elle oublié toute prudence face au danger ?
- Une intuition, répondit-elle donc simplement.
Mais son honnêteté ne fut récompensée que d'un soupir suffisant, le moteur de la berline grondant un peu plus sous les talons aiguilles qui s'y plantèrent avec détermination. Elle était en train de tenter de se souvenir si elle était déjà laissée conduire par la brune quand l'intéressée mit halte à leur voyage en un crissement de pneus digne de réveiller l'intégralité du quartier.
Cette fois elle ne se pressa pas pour suivre la femme qui trouva porte close. Évidemment. Comment le gamin aurait-il fait pour entrer dans le bâtiment sans l'une des clefs que Regina extirpa de son sac à main ? Elle aurait du la suivre mais au lieu de ça, la jeune femme se contenta de rester sur le seuil du bâtiment, observant l'autre filer droit vers l'ascenseur lui aussi verrouillé. Un instant la brune sembla réfléchir et Emma se prépara à lui interdire de descendre. Elle l'assommerait si besoin mais hors de question que la femme qu'elle aimait se lance dans une mission suicide à la rencontre d'un dragon effarouché.
- Il n'est pas là, répéta-t-elle pour la deuxième fois de la soirée quand les perles d'ébène retombèrent sur elle.
- Où alors ?!
L'exaspération qui avait filtré dans les deux mots se manifesta par un piétinement presque enfantin et la blonde se détourna vivement pour cacher son sourire attendri. Mais le regard clair perdit de son éclat lorsqu'il croisa celui qui l'observait depuis l'autre bout de la rue. L'homme appuyé sur sa canne lui adressa un sourire qui la fit frémir et elle ne mit pas plus d'un instant à abandonner le Maire qui s'était engouffrée dans les rayons de la bibliothèque.
- Monsieur Gold, ne put-elle s'empêcher de railler quand elle arriva à sa hauteur.
- Nous nous connaissons ? eut-il l'air sincèrement surpris.
- Oui.
Elle était persuadée qu'il n'avait jamais perdu ses souvenirs lors de la première malédiction et les yeux qui se plissèrent avec suspicion lui confirmèrent ses doutes.
- Je n'ai pas eu le plaisir d'entendre votre nom, Miss ... ?
- Pourquoi êtes-vous là ? répondit-elle à la place.
- Madame le Maire a-t-elle mit en place un couvre feu pour ses citoyens ?
Le regard du Ténébreux alla se perdre derrière elle mais un coup d'oeil jeté par dessus son épaule lui confirma que l'intéressée n'était toujours pas sortie du bâtiment.
- Est-ce que vous savez où est Henry ?
- Henry ? Depuis quand le Maire fait-elle confiance à des étrangers en ce qui concerne son fils ?
Il y avait un sourire qui ne lui plut pas sur les lèvres fines du crocodile. Quelque chose qui lui rappela tant et si bien le sorcier qu'elle avait côtoyé ces dernières années que la jeune femme ne put s'empêcher de faire un pas en avant.
- Où est-il ? gronda-t-elle à présent persuadée qu'il avait la réponse.
- Pas la moindre idée, mentit-il effrontément.
- Vous savez Gold, je sais toujours quand quelqu'un me ment ... Et vous ? Je serai prête à parier tout ce que j'ai que vous êtes en train de le faire ...
- Intuitive, jeune inconnue. Vous voulez que je vous dise quelque chose ? Donnez-moi votre nom et je vous dirai ce que je sais ...
Le sorcier était parvenu à faire sonner son offre comme une menace et elle avait beau ne plus avoir de magie, quelque chose d'aussi puissant gronda en elle. Elle ne se contrôlait plus lorsqu'elle se saisit de la dague qui avait été cachée dans son blouson pour la plaquer sur le cou de celui dont elle portait le nom. Une horreur qu'elle n'avait jamais eu le plaisir de voir dans ses yeux fit son apparition et elle eut un rire. Voilà ce que Regina avait du voir de près lorsqu'elle lui avait arraché l'arme des tréfonds de ses entrailles.
- À genoux, ordonna-t-elle.
- Qui êtes-vous ? demanda-t-il cette fois avec une peur emplie d'animosité.
- Ton maître. À genoux j'ai dit.
- La dague n'a aucun pouvoir dans un monde sans magie.
- Crois moi, je vais remédier à ce petit souci et si tu ne veux pas que je te demande bien pire le jour où ça arrivera, obéis.
Un instant encore l'intéressé l'observa en silence avec une haine qui aurait pu en faire flancher bien d'autres mais la blonde ne scia pas. Elle n'était plus une simple chasseuse de primes. Plus une orpheline avec des insécurités. Elle était Lieutenant d'une armée invaincue. Elle était Reine et la femme de la plus puissante des sorcières.
- À genoux, répéta-t-elle sans appel.
Cette fois l'ordre fut obéi, le Ténébreux tombant en position encore à moitié appuyé sur la canne dans laquelle elle donna un coup de pied. Elle avait tendu une main sur son col pour prévenir la chute mais le sorcier n'eut pas l'air de lui en être reconnaissant constata-t-elle avec un sourire mauvais.
- Mon nom est Emma Swan, offrit-elle gracieusement. Je suis la Sauveuse que tu attendais depuis vingt-huit ans. Maintenant dis moi où est Henry.
- Archibald Hopper l'a vu entrer dans l'hôtel de Madame Lucas.
Évidement ... Si elle n'avait pas été aussi en colère contre l'homme qui venait de lui donner l'information, elle se serait certainement laissée aller à lever les yeux au ciel. Elle était bête de ne pas avoir pensé que le gamin voudrait la voir. Encore une fois. Personne n'y avait pensé, sautant directement aux pires conclusions ...
- Miss Swan ?
Ce que Gold n'était pas parvenu à faire, le Maire le fit en deux mots, la sortant immédiatement de la transe dans laquelle sa colère l'avait plongée. Emma lâcha précipitamment l'homme qu'elle tenait en joue, se hâtant de cacher la dague dans le revers de son blouson en cuir mais le regard sombre qui s'y fixa immédiatement l'avertit que l'autre avait tout vu. Mais pas tout entendu à en croire la façon dont Regina avait un air perdu qui lui pinça le cœur.
- Henry est à l'hôtel, s'empressa-t-elle donc de l'informer. Il a du vouloir m'y rejoindre ...
Elle n'obtint aucune réponse, la brune l'observant interdite la rejoindre à pas mesurés jusqu'à ce qu'elles ne soient plus qu'à un mètre de distance. Malgré ses sourcils froncés, elle était toujours aussi belle, la nuit épousant sa silhouette comme un second manteau qui lui allait à la perfection.
- On y va ? demanda-t-elle en tentant de sortir de sa torpeur et avec un signe de tête en direction de la Ford dont le moteur n'avait même pas eu le temps de refroidir.
- Qui êtes-vous ?
La question qui lui était à nouveau posée la fit sourire tristement. Regina ne croirait pas un traître mot de la vérité qu'elle demandait. Aussi choisit-elle de rester silencieuse, prenant la place du conducteur dans la voiture qui les attendait. Bien sûr, la brune la suivit sans hésiter, s'engouffrant à la place passager qu'elle avait occupée un peu plus tôt sans prendre la peine de répéter la question à laquelle elle avait refusé de répondre.
Du coin de l'œil Emma l'observa en pleine réflexion. Qu'était-elle en train de s'imaginer ? Ce qu'elle avait vu la poussait certainement à une plus grande prudence avec elle mais comment réagirait-elle ? Elle irait sûrement voir Gold pour obtenir des réponses mais elle doutait qu'il les lui fournirait ...
- Regardez la route, fut-elle ordonnée quand son regard s'attarda un peu trop longtemps.
Elle obéit avec un petit rire, garant la berline quelques secondes plus tard aux côtés de la coccinelle dans laquelle Regina se fit apparemment un plaisir de cogner sa portière. Et même ça ne parvint pas à lui ôter le sourire qu'elle portait à la vue du visage parfait crispé par la frustration ...
Dans le hall de l'hôtel, Ruby s'étouffa dans son café corsé au whisky quand elle les vit emprunter les escaliers qui montaient aux chambres ensemble et elle ne put s'empêcher de rire à nouveau. Voilà une rumeur qu'elle aurait aimé entendre se répandre dans la ville mais aucune chance quand dans quelques minutes Regina redescendrait avec leurs fils ...
- Miss Swan ? fut-elle arrêtée alors qu'elle sortait sa clef d'une poche de son blouson.
La brune observait le morceau de cuir avec suspicion mais avant qu'elle n'ait eu le temps de la rassurer, Regina reprit.
- Je ne sais pas qui vous êtes mais si cette chose vous appartient, vous devez savoir qui je suis.
Elle ne faisait pas qu'allusion au titre de Méchante Reine comprit-elle à l'éclat qui brillait dans ses yeux. Regina s'apprêtait à lui promettre d'abattre le véritable courroux dont elle était capable sur elle.
- Et si je savais ?
La menace qui allait suivre tomba sur le visage de la brune en un parfait maquillage de guerre, un masque qui la saisit aux tripes et retourna de désir son estomac quand l'autre s'approcha pour la confronter.
- Henry est à moi Miss Swan. Et aucune dague ne pourra jamais vous donner des droits sur lui, c'est bien clair ? Que j'apprenne que vous tentez quoi que ce soit pour me le reprendre et vous saurez sans aucun doute qui je suis.
Bien sûr qu'elle aurait peur qu'elle s'allie à Gold pour reprendre tous les droits qu'elle avait acquis au moment de l'adoption d'Henry. Un instant elle envisagea de lui expliquer qu'elle aurait préféré mourir qu'utiliser la dague à de tels desseins mais elle ne savait pas ce que Regina aurait fait de cette information.
- Je sais qui vous êtes, finit-elle par s'arracher à la contemplation des lèvres plissées en un rictus agressif. Vous êtes la mère d'Henry et je ne me permettrai jamais d'y changer quoi que ce soit ... En revanche, si vous ne reculez pas, je ne réponds plus de mes actes et je doute que vous souhaitiez que vos cris alertent le gamin qui est sans doute à l'intérieur ...
- Mes c...
Les pupilles qui se dilatèrent furent le seul indice que l'autre avait finalement compris son insinuation et elle allait sans doute répliquer d'une insulte de son cru quand, comme pour lui donner raison, la porte de sa chambre s'ouvrit sur la petite silhouette.
- Emma ? Maman ?
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Elle n'avait rien fait pour retenir le gamin, se contentant d'observer, mains dans les poches, sa mère adoptive le sermonner à voix basse. Henry avait levé un regard empli d'espoir quand elle s'était finalement approchée, déçu l'instant d'après par son intervention.
- Ta mère a raison gamin. Ne fais plus jamais ce genre de choses.
Et elle avait beau avoir pris sa défense, Regina avait continué à l'observer avec méfiance, une main posée sur l'épaule de son fils comme si elle avait peur qu'elle s'en empare.
- Nous continuerons notre ... Conversation, demain. Dans mon bureau à onze heures, avait-elle finit par répondre à un de ses haussements de sourcils.
Elle n'avait pas tenté de se dérober au rendez-vous. C'était une occasion supplémentaire de voir le Maire en tête à tête au lieu de tourner en rond dans une ville où elle ne savait quoi faire. Le cœur serré, elle avait écouté leurs pas descendre les escaliers de l'hôtel et observé les deux silhouettes disparaître dans la voiture du Shérif que Regina s'était visiblement appropriée. Elle avait eu envie de rentrer avec eux. Envie de la famille qui lui appartenait mais ne pouvait pas encore réclamer ...
Quelques heures plus tard, elle s'était finalement endormie les yeux rivés à une illustration de la Méchante Reine dans le livre de contes qu'Henry lui avait laissé. Lorsqu'elle s'était réveillée, il était déjà tard mais son cœur avait fait un bond à la perspective du rendez-vous qui l'attendait avant son repas de midi et elle était même arrivée en avance à la Mairie où la secrétaire l'avait regardé d'une air suspicieux s'avancer vers elle deux gobelets de café en main.
- J'ai rendez-vous avec le Maire à onze heures.
- Je sais mais il y a eu un imprévu ...
Elle allait demander de quel genre d'imprévu il s'agissait lorsque le timbre de voix de la brune traversa la porte de son bureau en un grondement qui la fit frémir. Si Regina était en colère contre quelqu'un d'autre qu'elle, elle voulait être aux premières loges et ses jambes bondirent avant qu'elle en ait pu être dissuadée par l'employée de mairie.
- ... menaces comme si ...
- Oh ne vous interrompez pas pour moi, minauda-t-elle par dessus la colère qui l'avait empoignée à la vue de Gold assis dans un fauteuil devant le bureau où Regina, debout, avait deux poings posés.
- Miss Swan ...
- Oh non, Miss Swan a raison, rebondit Gold. Les règles ont changé Madame le Maire que vous le vouliez ou non et il est trop tard pour revoir votre stratégie.
Les dents serrées, la blonde se contenta d'approcher pour déposer un des gobelets brûlants sur le bureau en bois laqué, échangeant un bref regard avec la propriétaire des lieux avant de se laisser choir aux côté de Gold auquel elle fit signe de continuer de parler. L'idiot dut sans doute penser que l'encouragement les plaçait du même côté et elle le vit reprendre sa superbe avec un plaisir malsain.
- Pour la dernière fois, Madame le Maire, pourrais-je avoir la dernière clef de la bibliothèque ?
Avalant une gorgée de liquide noir, la blonde s'efforça de demeurer impassible. Gold n'avait qu'une seule et bonne raison de s'inquiéter de la bibliothèque et elle dut lui reconnaître le mérite d'être réactif. La veille, elle lui avait promis le retour de la magie et avec elle, une domination encore plus implacable encore. Or, c'était au tréfonds du dragon qui résidait dans ses sous sols que reposait la réponse à ce dilemme. Le Ténébreux avait donc l'intention de s'en emparer avant elle et de la détruire.
Courageux de sa part mais totalement inutile.
- ... S'il vous plaît, l'entendit-elle rajouter comme l'autre ne répondait pas.
Les yeux clairs bondirent vers la brune dont le visage crispé trahissait une colère qui menaçait d'exploser.
- Avec plaisir, Monsieur Gold, fut-elle surprise de l'entendre dire à la place aussi tendue que la corde d'un arc.
- Parfait ! s'exclama l'intéressé avec un peu trop d'enthousiasme à son goût. J'attendrai votre colis.
Emma ne lui accorda pas la moindre attention tandis qu'il se relevait déjà, appuyé sur sa canne. Les perles d'ébène tombèrent sur elle et elle eut un frisson en réalisant que c'était sur elle que le courroux de la sorcière allait s'abattre. Mais ça, elle était capable d'endurer ... Entendre quelqu'un forcer la main de sa femme devant elle en revanche ... Le Ténébreux avait déjà atteint le seuil de la porte lorsqu'elle l'arrêta.
- Gold !
Elle ne se retourna pas pour s'assurer qu'il s'était immobilisé, trahi par l'absence du martèlement de sa canne sur le sol en marbre. Toujours debout, Regina abaissa à nouveau son regard sur elle et elle eut un sourire en coin, laissant l'autre attendre quelques secondes de plus pendant qu'elle admirait les courbes moulées dans une robe noire qu'elle aurait rêvé de pouvoir soulever.
- La prochaine fois que " s'il vous plaît " sort de votre bouche en présence du Maire, je ferai en sorte que ce soient les derniers mots que vous prononciez.
Le silence tendu qui suivit la fit sourire mais le Ténébreux n'osa visiblement pas répliquer, reprenant sa marche quelques secondes plus tard avant que la porte ne soit claquée derrière lui.
- Je n'...
- Pas besoin d'aide ? anticipa-t-elle. Je sais, mais j'avais envie.
Ce n'était pas comme ça qu'elle arriverait à éteindre le brasier colérique qui brûlait dans les orbes d'ébène mais elle avait déjà abandonné l'idée.
- Qui êtes-vous ?
- Emma Swan, se présenta-t-elle en tendant une main qui ne fut pas saisie. J'ai beaucoup de titres mais aucun qui devrait vous inquiéter.
- Et pourtant depuis votre arrivée, il ne se passe pas un jour sans que vous ne causiez un désordre ...
- Et je vous prie de m'en excuser. Ce n'est absolument pas dans mes intentions.
- Quelles sont vos intentions ?
- Je vous l'ai dit, je ne suis pas là pour Henry, vous n'avez rien à craindre. Ce garçon est votre fils.
Ce n'était pas suffisant comprit-elle au regard qui continua de l'observer avec un froid raisonnement. Elle aurait pu déterminer le moment exact où la sorcière renonça à tout semblant, les yeux d'ébène s'assombrissant d'avantage en une menace qui la fit frissonner.
- Vous détenez, il me semble, quelque chose qui m'appartient, Miss Swan ...
Donc elle avait vu que le cœur de son Shérif avait disparu. Emma ne chercha même pas à cacher son regard lorsqu'il alla effleurer la boîte ouvragée qu'elle savait désormais vide.
- Et ?
- Et je veux le récupérer. Maintenant.
- J'ai bien peur que ce ne soit pas possible Madame le Maire.
- À quoi vous sert-il ?
- À ce que vous ne vous en serviez pas, répondit-elle honnêtement.
Le pari était risqué. Avouer ce genre de détail c'était montrer à la mère adoptive d'Henry que son contrôle était en train de s'émietter et risquer un courroux d'autant plus terrible. Aussi ne fut-elle pas surprise lorsque la brune se pencha un peu plus vers elle, poings serrés sur son bureau. Au lieu de l'intimider, la démonstration de force serra les muscles de son ventre.
- Si vous pensez ...
- Je ne pense rien, l'arrêta-t-elle en se levant à son tour pour lui faire face. Je vous ai dit hier que je n'étais pas là pour votre fils ... Et je ne suis pas non plus là pour briser sa malédiction.
Ce n'était pas vraiment un mensonge. Pas une vérité non plus mais elle s'en contenterait.
- Je vous l'ai dit le premier soir Miss Swan, ma ville, mes règles ... J'exige d'être au courant de ce que vous tramez ... Alors pour la dernière fois ... Pourquoi êtes vous là ?
- Pour vous.
Cette fois les deux mots lui avaient échappé, se mordant les lèvres avec un temps de retard. En face d'elle les perles d'ébène avaient atteint une noirceur qu'elle ne leur avait que rarement connue.
- Pour moi ? répéta la voix basse.
La jeune femme ne répondit pas tout de suite, laissant le silence s'étirer quelques secondes encore tandis que la brune avait l'air de réfléchir ... À l'extérieur du bureau la sonnerie d'un téléphone la fit se tendre mais elle se sentit tout de même hocher la tête. Elle ne pouvait pas se permettre de revenir sur ses mots. Regina ne le permettrait pas. Elle la connaissait bien trop pour savoir que nier la vérité ne lui vaudrait que du froid dédain ... Bien trop pour ne pas reconnaître ce qui brilla en un éclair dans les pupilles dilatées.
Elle avait gémi avant même que la sorcière n'attrape le col de son blouson pour l'attirer à elle et écraser ses lèvres contre les siennes. C'était une course au pouvoir réalisa-t-elle tout de suite. Un moyen pour la mère adoptive d'Henry de retrouver un semblant de contrôle quand tout lui échappait. Et qui était-elle pour lui refuser ce plaisir ? Leur refuser ce plaisir ...
Il y avait quelque chose de nouveau sur lequel elle n'arriva pas à mettre le doigt dans leur échange. Consumée par le désir dévorant auquel elle était habituée. Mais elle était la seule comprit-elle l'instant d'après lorsque Regina s'écarta un tant soit peu, les yeux brillants pour l'observer au couvert de ses paupières maquillées d'un brun doré.
- Ça faisait longtemps hein ? comprit-elle avec un sourire en coin.
Mais la brève stupéfaction qui avait coloré son visage fut immédiatement chassée par une colère qui la fit ricaner dans leur prochain baiser. Elle ne fit pas cas des dents qui attaquèrent ses lèvres pour se faire une place dans sa bouche. Elle avait l'impression de vivre un vieux fantasme réalisa-t-elle quand désir et violence étaient les seules choses qui teintaient leurs gestes.
Pourtant ce n'était pas elle qui provoqua le sifflement de douleur qui fit bondir la brune hors de portée.
- Merde, pesta-t-elle en réalisant que la main qu'elle avait voulu lever pour agripper l'autre avait renversé le gobelet de café qu'elle avait laissé sur le bureau.
Un instant seulement elle hésita, observant le liquide foncé tacher un document que le Maire avait été en train d'étudier avant de se précipiter de l'autre côté du bureau pour inspecter la cuisse qui avait été touchée. Ses doigts effleurèrent brièvement les bas en nylons tachés et elle allait s'inquiéter à haute voix lorsqu'une main s'abattit sur le revers de la sienne.
- Où vous croyez-vous ?!
- J...
Elle avait eu le temps d'apercevoir un flash de confusion dans les yeux encore sombres de désir avant qu'elle ne soit cachée derrière une furie scandalisée. Cette femme n'était pas celle qu'elle connaissait, se rappela-t-elle soudain.
- Excusez-moi Majesté, j'avais oublié, s'excusa-t-elle faussement.
Le titre fronça les sourcils de l'intéressée qui s'apprêtait certainement à répliquer quand elle coupa toute tentative en un baiser bien plus féroce que ceux qui lui avaient été offerts un instant plus tôt. Les mains qu'elle leva pour encadrer le visage aux cheveux courts furent immédiatement recouvertes de celles de son âme sœur dont elle sentit les ongles s'arrimer à sa peau.
Qu'importe, décida-t-elle. Regina lui rendait ses assauts coup pour coup, c'était tout ce qui comptait. Et si l'idée de laisser le Maire se complaire dans une fausse impression de supériorité lui avait effleuré l'esprit, il en était à présent hors de question réalisa-t-elle. Cette femme lui appartenait, lui avait offert son âme et son corps suffisamment de fois pour qu'elle le connaisse par cœur.
Elle vivait un vieux fantasme. Un de ceux dont elle avait bien trop souvent rêvé après son arrivée à Storybrook et cette fois aucune chance qu'elle laisse une quelconque conscience morale l'arrêter. La brune émit une protestation étranglée quand elle la souleva, des dents cherchant à punir son sourire quand les jambes vinrent automatiquement l'enserrer.
- R... Reposez-moi, tenta d'ordonner sa femme lorsque ses lèvres meurtries migrèrent dans son cou où elle s'efforça de ne pas marquer la peau où elle goûtait à son nouveau parfum.
Elle ne prit même pas la peine de répondre. Regina n'avait pas la moindre envie qu'elle la repose à en croire le corps qui tremblait contre elle et le gémissement qu'elle lui arracha en allant la plaquer contre la fenêtre ne fit que confirmer ses doutes. Mais elle qui s'attendait à plus de protestations, fut surprise des ongles qui se contentèrent de griffer un chemin sur le cuir de son blouson et jusque dans sa nuque où il s'enfoncèrent avec plus de véhémence pour la rediriger vers sa bouche.
Emma lui accorda le droit dominer leur baiser, préférant celui de glisser une main sous la robe noire où ses doigts caressèrent brièvement un porte jarretelles avant d'aller effleurer le tissu satiné d'un sous vêtements. Le premier contact fit carrément bondir la brune, l'arrachant à elle et elle l'observa fascinée gémir tête renversée contre la vitre lorsque son pouce retraça toute la longueur de son sexe.
Les perles d'ébène étaient plus noires que jamais quand elles se reportèrent sur elle. Il y avait du désir et de la peur, de l'incompréhension et de la furie. Des émotions qu'elle avait déjà vues passer dans les yeux de son amante mais jamais réunies en un seul mélange.
- Finissez ce que vous avez commencé Miss Swan ou quittez ma ville.
Quittez ma vie, entendit-elle car l'un dans l'autre les deux ordres se confondaient et la perspective d'un tel ultimatum la fit gronder. Le son qui sortit de la bouche de la brune lorsqu'elle la lâcha aurait pu la faire rire si elle n'avait pas été aussi tendue. Ses gestes flirtaient avec la violence quand elle l'empoigna d'une main de fer pour la faire pivoter et écarter d'un coup de pieds le fauteuil en cuir qui l'empêchait d'atteindre le bureau où elle la plaqua.
- Miss ...
Les deux mains baguées du Maire avaient claqué sur la surface en bois brillant mais ce fut en un gémissement que la réplique mourut au moment où elle écarta le tissu trempé pour plonger en elle. La blonde dut mordre l'intérieur de sa joue pour ne pas rire de la façon dont son amante étouffa les prochains cris qui voulaient s'échapper. De toute manière les muscles qui s'étaient déjà refermés sur ses doigts étaient un indice suffisant du degré de plaisir qu'elle était en train de lui donner.
- Non ! réussit-elle pourtant à la faire crier quand elle s'immobilisa pour venir se plaquer un peu plus contre elle.
Le corps de la brune était brûlant, presque malléable quand elle la poussa à se cambrer pour suivre la courbe du sien. Sa main libre quitta la hanche qu'elle avait maintenue pour aller enfermer quelques mèches de soie courtes et enfouir son nez là où elle avait l'habitude de sentir le parfum de sa Reine. Pourtant son ton était loin d'être tendre quand elle reprit, ses mots accompagnés de lents mais puissants va-et-viens qui faisaient trembler l'autre.
- Vous n'avez plus l'air si sûre de vous Regina ... Qu'est-ce qu'il se passe ? Ça fait vraiment si longtemps que ça que personne ne vous avait touchée comme ça ?
L'intéressée émit un grondement animal qui la fit frémir, le manque de réponse réveillant de plus belle sa jalousie.
- C'est pas ce pauvre petit Graham qui ferait l'affaire hein ? Vingt-huit ans à s'en contenter et regarde à quoi tu en es réduite ...
La dernière phrase qui lui avait échappée fit se tendre d'avantage son amante dont une main vola sur celle qui avait tenu ses cheveux pour y planter des ongles manucurés. Un instant la blonde observa fascinée la façon dont sa peau blêmît avant que le sang n'afflue. Mais si son insulte avait visiblement agacé le Maire, elle était bien trop affectée pour lui en tenir d'avantage rigueur et ce fut au tour d'Emma de gémir quand son âme sœur précipita ses hanches à la rencontre de ses doigts.
Abandonnant les mèches courtes, la jeune femme préféra passer un bras autour du torse qu'elle ramena contre le sien, sa main libre se refermant sur un sein par dessus les épaisseurs de tissu. Mais ses gestes avaient beau être violents, ce n'était pas elle qui menait la danse réalisa-t-elle avec une moue. Non, Regina avait plutôt l'air de se servir d'elle tel un objet ... C'était l'impression qu'elle donnait en tout cas quand une main agrippa avec autorité sa mâchoire pour précipiter leurs bouches en un baiser exigeant.
Elle fut presque déçue de la façon dont la brune se tendit en silence lorsque son orgasme la terrassa, les hanches se précipitant un peu plus violemment sur ses doigts avant que tout ne s'arrête. Un peu comme le baiser qu'elles avaient échangé. Un instant, elles avaient été en train de se battre en un duel qu'Emma aurait volontiers perdu et celui d'après, elle était repoussée comme une malpropre. Dans son élan, la jeune femme manqua tomber sur le fauteuil en cuir contre lequel elle prit finalement appui tandis que l'autre se tournait pour lui faire face.
Cheveux en bataille, rouge à lèvres brouillé et regard encore brillant de plaisir, la brune était splendide à lui en faire étouffer un gémissement. Pourtant, il y avait quelque chose de différent. Aucun indice dans les perles d'ébène qui la couvait avec incandescence. Regina avait l'air d'avoir hâte de la toucher à son tour mais il n'y avait aucune trace du désir plus profond auquel elle était habituée.
- Déshabillez-vous.
L'ordre délivré avec froideur la fit frissonner. En face d'elle, le Maire s'appuya un peu plus contre son bureau. Pour s'assurer de ne pas tomber ou pour se retenir d'intervenir, elle ne savait pas. Précautionneusement, la blonde finit par obéir, remarquant la façon dont les perles sombres s'attardèrent un instant de trop sur le blouson en cuir dont elle se débarrassa en premier. Sûrement parce qu'elle savait qu'il contenait la dague du Ténébreux ...
Mais l'instant d'après, elle avait à nouveau l'attention totale de la brune dont les lèvres se pincèrent quand elle ôta son pull et fit glisser son jean le long de ses jambes et jusqu'aux bottes qui lui résistèrent brièvement.
- Les sous-vêtements aussi, précisa la sorcière lorsqu'elle se fut immobilisée.
En face d'elle, Regina était toujours intégralement habillée nota-t-elle. C'était une question de pouvoir se rappela-t-elle avec un frisson avant d'obéir, balayant la pièce d'un regard gêné lorsque celui de la brune l'observa d'un oeil critique. Pourquoi était-elle timide ? Elle savait l'effet qu'elle avait sur la brune ... Elle avait redressé ses épaules lorsqu'un petit rire dans le creux de son oreille la fit sursauter mais se força à serrer les dents pour ne pas intervenir quand un doigt traça un chemin de son menton jusqu'en dessous de son nombril en une ligne droite parfaite.
- Sur le bureau, fut le prochain ordre.
- Comment ? tint-elle à savoir.
Elle s'était attendue à l'entendre demander qu'elle lui tourne le dos mais la réponse toujours aussi froide la dérangea.
- Vous êtes une grande fille Miss Swan, vous devez bien vous en douter ...
Et parce qu'elle refusait de lui accorder tout ce qu'elle voulait, l'intéressée se percha sur la surface froide en lui faisant face. Pourtant, sa position lui valut un petit sourire en coin détaché. Donc, elle avait fait exactement ce que Regina avait attendu d'elle. Mais elle n'eut pas le temps de réfléchir plus en avant, étouffant un hoquet de surprise lorsqu'une main écarta brutalement ses jambes pour que le corps de la brune puisse se faire une place au plus près du sien.
Cette fois, elle sentit son estomac se serrer lorsqu'elle croisa les perles d'ébènes. Elle connaissait ce regard. Ne l'avait jamais vu dirigé vers elle mais maintes fois vers des ennemis, des inconnus ... Elle avait beau de ne pas avoir la moindre once de magie à sa disposition, la Méchante Reine la toisait depuis les hauteurs où la perchaient ses talons aiguilles. La main qui se posa avec une fausse douceur entre ses seins y caressa brièvement la peau qu'elle avait sûrement envie de transpercer avant de remonter avec une lenteur fascinée jusqu'à sa gorge où les doigts se recourbèrent en un geste familier. Aujourd'hui, aucune magie pour broyer sa trachée mais la sorcière n'appliqua pas pour autant plus de force que nécessaire, le contact léger mais suffisamment menaçant.
- Je pourrais vous tuer, l'informa-t-elle d'ailleurs d'une voix posée.
- Je sais mais Henry ...
Cette fois la main resserra brièvement son emprise sur sa gorge, la faisant étouffer le reste de sa phrase.
- Ne mêlez pas mon fils à votre histoire ridicule, la prévint la brune dont les lèvres effleurèrent les siennes.
Pourtant elle lui furent arrachées dès qu'elle tenta de s'en emparer. Regina avait beau la tenir en joue, le corps encore habillé qu'elle sentait contre sa peau nue, le regard brûlant qui la dévorait sans la toucher l'avait mise à fleur de peau. Le nez qu'elle sentit effleurer la courbe de sa joue la fit violemment frissonner, autant que la voix qui raisonna dans le creux de son oreille.
- Je dois avouer que vous m'avez fait peur Miss Swan ... Je ne suis pas une grande fan de l'inconnu mais je m'inquiétais pour rien n'est-ce pas ? Quelle bien piètre Sauveuse vous faites là, à la merci de la première venue ...
Elle aurait voulu lui dire qu'elle n'était définitivement pas la première venue mais pendant sa tirade Regina l'avait allongée sur le bureau, son corps accompagnant le sien pour s'assurer de rester toujours au dessus d'elle et toute pensée cohérente la quitta lorsque plusieurs doigts allèrent l'empaler. Le mouvement lui aurait certainement fait mal si elle n'avait pas déjà été trempée aussi son cri se colora-t-il plus de plaisir que de douleur.
- Chut, gronda pourtant immédiatement l'autre.
Ses dents claquèrent de la force avec laquelle elle s'appliqua à obéir.
- C'est bien Miss Swan, se moqua d'ailleurs l'autre. Aucune raison de s'inquiéter si vous êtes aussi obéissante que ça.
La condescendance la fit jeter un regard noir sur celle qui l'observait avec une fascination malsaine mais rien ne suivit. Rien mis à part le mouvement impitoyable entre ses jambes que la brune appuya de ses hanches à en faire gémir le bureau aussi fort qu'elle avait envie de pouvoir le faire.
Ses tentatives d'obtenir un baiser furent systématiquement repoussée par la main qui était restée sur sa gorge tout comme elle fut interdite d'un grondement sourd de passer les bras autour de ses épaules. Aussi fut-elle presque étonnée qu'elle la laisse entourer ses hanches de deux jambes avec lesquelles elle attira encore un peu plus à elle sa femme. Son corps se cambra, cherchant le moindre contact avec le corps qui flottait hors d'atteinte au dessus d'elle. Elle avait besoin de plus. D'une profondeur, d'une humanité que les yeux presque noirs qui la couvaient ne pouvaient pas lui donner.
Emma se résolut à fermer les yeux, s'abandonnant au contact un peu trop violent, l'accentuant même en allant à la rencontre des doigts qui frappaient en un combat qu'elle avait déjà perdu. Elle ne réussit pas totalement à étouffer le prochain gémissement lorsqu'elle sentit le tissu de la robe noire effleurer la pointe de ses seins qui réclamaient la moindre attention.
- Qu'importe celle à qui vous pensez Miss Swan, je serai toujours meilleure qu'elle, l'entendit-elle murmurer avec véhémence dans son oreille comme si elle avait eu accès à ses pensées. Regardez moi.
Trop habituée à obéir, trop dépassée pour désobéir, la jeune femme s'exécuta pour affronter le regard noir qui resta un instant encore rivé au sien avant de descendre le long de son corps avec une lenteur exagérée. Pourtant elle pouvait presque le sentir, effleurer tout ce que la brune refusait de toucher en une caresse qui aurait pu être agréable si la voix emplie d'arrogance n'avait pas fait son retour un instant plus tard.
- Mettez-vous bien ça dans la tête Miss Swan ... Cette ville m'appartient, ses habitants m'appartiennent, vous m'appartenez. Et cette dague avec laquelle vous vous amusez ?
Elle tremblait comme une feuille réalisa-t-elle lorsque les perles d'ébènes retrouvèrent ses yeux emplis de larmes avec une nouvelle force. Il n'y avait plus rien de la femme qu'elle aimait au fond des orbes brunes mais elle n'aurait pas pu nier le plaisir douloureux que ses doigts parvenaient tout de même à lui tirer. Elle aurait voulu lui dire de se taire, voulu fermer les yeux et s'imaginer dans les bras de la femme qu'elle avait laissée dans la forêt enchantée mais c'était impossible quand son double presque parfait la tenait en joue.
- Je ne prendrai même pas la peine de vous la voler puisque vous m'obéissez déjà.
Elle savait ce qui allait venir, se doutait de l'ordre qui allait passer les lèvres pulpeuses maquillées de rouge mais elle tenta quand même de lutter contre le spasme qui secoua ses muscles déjà tendus. Le plaisir était presque trop intense, différent de toutes les autres fois que la Reine avait pu lui offrir. Peut être parce qu'elle obtenait enfin ce qu'elle avait demandé la veille de leur mariage, la méchante Reine qui ne donnait que pour le plaisir de prendre ...
- Et vous allez m'obéir, n'est ce pas ? reprit la voix mielleuse contre ses lèvres en une caresse dangereuse.
Emma fit l'effort de ne pas répondre, hurlant presque, sans considération pour la secrétaire qui se trouvait à l'extérieur du bureau, lorsqu'en elle les doigts se recourbèrent pour atteindre un point où ils allèrent frapper sans merci aidés par le va-et-vient des hanches qui tapaient contre elle.
- Je veux vous sentir jouir sur mes doigts Miss Swan, maintenant.
Elle ne comprit que trop tard pourquoi la brune n'avait pas préféré l'entendre jouir, la main toujours présente autour de sa gorge se refermant en un étau impitoyable lorsque la première vague la submergea. Une nouvelle forme de panique éclata dans son ventre en même temps que le plaisir bien plus violent que d'habitude. La bouche ouverte en un cri silencieux, elle comprit pourquoi certains s'adonnaient à ce genre de pratique.
Elle ne sentait plus que ça. Au fur et à mesure que l'oxygène se faisait plus rare, l'orgasme envahissait tout, broyant ses entrailles avant de remonter dans sa poitrine, comprimant ses poumons pour finir son chemin derrière ses yeux, dans sa tête là où elle ne l'avait jamais senti et eut l'impression de le sentir pour la dernière fois.
Elle allait mourir crut-elle quand la main qu'elle leva n'arrêta pas la brune dont elle sentit les doigts prolonger la torture jusqu'au point de non retour.
Et puis aussi vite que cela était arrivé, Regina se retira, s'écartant d'elle comme de quelque chose dont on aurait été révulsé. Pourtant les yeux noirs l'observaient encore avec une fierté malsaine, une sorte de désir pervers malgré le pathétique spectacle qu'elle avait l'impression de donner, incapable de respirer correctement, s'étouffant presque sur l'air qui rentrait à nouveau en faible quantité.
- Je vais manger, je vous conseille de ne plus être là à mon retour Miss Swan, l'entendit-elle vaguement dire en s'éloignant finalement pour s'emparer de son manteau et sortir de la pièce.
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Elle avait mis de longues minutes avant de retrouver ses esprits, seule dans le bureau, sur le bureau tâché de la preuve du plaisir que l'autre avait réussi à lui arracher. Le souffle court, elle s'était rhabillée en silence, soulagée de ne pas avoir à affronter le regard de la secrétaire lorsqu'elle sortit de la pièce en larmes. Elle avait été idiote, Regina le lui répéterait sans aucun doute ...
Les mains dans les poches elle avait déambulé à pieds dans la ville Et peut être parce qu'elle pensait tant à la femme qu'elle avait presque l'impression d'avoir trahi, ses pas l'avaient menée là où elle pourrait en trouver une dernière trace. Le mausolée était ouvert quand elle y pénétra, faisant courir ses doigts sur les noms gravés dans les cercueils de pierre.
Henry ...
Cora.
Qu'aurait pensé la mère de Regina de ce qu'elle venait de faire ? La sorcière qu'elle avait appris à apprécier était aussi intelligente que sa fille alors pourquoi l'avait-elle choisie elle pour cette tâche ?
- Parce qu'elle vouait la protéger, réalisa-t-elle à haute voix en s'engouffrant dans le passage qui donnait accès à la crypte.
Bien sûr que Cora avait pensé à sa fille, comment pouvait-on lui en vouloir ? Elle savait que celle qui allait garder des souvenirs en pâtirait et Regina avait déjà souffert plus que de raison avec la malédiction lancée par ses parents ... Alors c'était à son tour ! Mais hors de question qu'elle souffre autant décida-t-elle. Pas comme ça.
Elle ferait de Regina le héros dont leur fils avait besoin, le héros dont leur fils avait besoin de voir pour se rendre compte de l'amour qui existait entre eux. Et pour ça elle aurait besoin de magie. De beaucoup de magie pour les pousser dans leurs retranchements et se forcer à faire ce qui devait être fait.
- Mon dieu, gémit-elle devant le reflet que lui renvoya un miroir qu'elle avait déjà vu accroché dans la chambre de la Reine.
Son cou avait déjà pris une teinte rougeâtre et à en croire les marques de doigts qu'elle voyait déjà apparaître clairement sur sa gorge, elle ne tarderait pas à y voir l'empreinte violacée de la main de son amante. Chassant un sanglot, la jeune femme préféra reporter son attention sur le reste de la pièce, son regard tombant sur un mannequin habillé d'une robe qu'elle de souvenait très bien avoir ôté à son âme soeur.
Elle ne contrôlait pas les pas qui la guidèrent juste devant, là où ses jambes se dérobèrent sous son poids, tombant à genoux pour vénérer le tissu velouté. Les yeux fermés, elle inspira douloureusement le parfum fugace auquel elle était habituée avant de succomber au malaise qui l'avait guettée depuis que Regina l'avait laissée dans son bureau.
Il faisait terriblement froid lorsqu'elle s'était réveillée toujours recroquevillée aux pieds de la robe en velours noir dont elle avait apparemment froissé le tissu de la traîne dans son sommeil. Son téléphone indiquait dix huit heures et son estomac lui rappela immédiatement qu'elle avait allègrement sauté un repas.
Elle savait ce qu'elle devait faire désormais. Attrapant rapidement la première fiole vide qu'elle trouva sur une des étagères, la jeune femme se précipita dans la nuit où était déjà plongé le cimetière. Elle souriait presque lorsqu'elle entra au Granny's, ignorant le regard interloqué que lui servit Ruby. Elle n'avait pas pris la peine de cacher le bleu qui tâchait son cou et un instant elle regretta de ne pas être montée se changer.
- Ton burger au bacon, commanda-t-elle de sa voix toujours enrouée en se perchant sur un tabouret au comptoir.
- T... Tout va bien ?
- Je meurs de faim, fit-elle exprès de ne pas comprendre.
Un instant la serveuse l'observa comme si elle avait eu l'intention d'insister avant de renoncer et placer sa commande en cuisine. Elle était en train de jouer avec une paille volée sur le présentoir lorsque la petite voix lui parvint.
- Em... Emma ?
Henry avait perdu de la superbe depuis qu'il était venu la trouver à Boston, sans doute nullement encouragé par la façon dont elle l'avait accueilli et traité depuis. Mais ce soir, ses yeux incertains la firent fondre. Il était là l'enfant que Regina et elle avaient pleuré, victime lui aussi comme tous les autres d'une malédiction ...
- Hey gamin, qu'est-ce que tu fais là ?
Elle regretta sa question à l'instant même où elle la posa, suivant du regard le doigt que son fils pointa par dessus son épaule et jusqu'à une table où Regina était assise en compagnie de Kattryn. Comme si elle avait pu entendre ses pensées, la brune détourna ses yeux de son interlocutrice pour s'intéresser à eux et elle eut un frisson. Les perles d'ébène avaient beau la couver d'un regard incandescent, elles étaient désespérément vides de sentiments. Aussi brûlantes que glaciales ...
Son malaise dut se remarquer, la mère adoptive d'Henry fronçant presque imperceptiblement ses sourcils mais elle détourna vivement son attention pour la reporter sur leur fils qui avait les yeux rivés sur son cou.
- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
- Rien Henry, n'y fais pas attention, répondit-elle en rabattant quelques mèches dorées dans son cou. Ecoute, je ... Je vais avoir besoin de toi ...
- Qu'est-ce que je peux faire ? demanda-t-il immédiatement excité par la perspective.
- Et un burger avec supplément bacon pour la petite nouvelle ! annonça au même moment Ruby en faisant glisser une assiette presque trop remplie sous son nez.
- J'ai besoin d'un de ses cheveux, répondit-elle à Henry en adressant un clin d'oeil à la serveuse en guise de remerciement.
- Pour une potion ? devina-t-il assez facilement.
- Exactement.
- Mais tu ne peux pas créer de potion dans un monde sans magie ...
Elle s'était apprêtée à lui rappeler que l'Amour Véritable transcendait même les univers où la magie n'existait pas mais étouffa ses mots avec une poignée de frittes maison.
- Fais moi confiance, finit-elle par se décider.
Un instant Henry l'observa en silence avec l'air de juger ses intentions avant de bondir vers la salle où elle l'entendit parler avec sa mère. Le ton était faussement enjoué, une preuve de plus que le gamin était l'ultime faiblesse de la brune si elle n'était pas capable de le remarquer. Un moment encore, la jeune femme les observa converser, l'enfant montant sur les genoux de sa mère qui l'y accueillit avec un sourire tellement vrai qu'il lui fit mal. Elle n'était pas prête d'en voir un identique lui être adressé.
- C'est elle qui vous a fait ça, petite ?
La voix de Granny la fit sursauter, manquant s'étouffer en avalant de travers une bouchée de son burger. En face d'elle, la grand mère de Ruby patienta imperturbablement un long moment qu'elle retrouve son souffle.
- Qui ça elle ? croassa-t-elle en s'emparant de son verre de soda.
- Regina Mills. Je ne l'avais jamais vue regarder quelqu'un comme elle vous regarde ...
- Regina ? reprit-elle avec un faux rire. Le Shérif et moi avons eu un ... petit désaccord.
- Graham ? Je ne suis pas née de la dernière pluie Miss Swan, la sermonna l'autre en ayant l'air de sous entendre que le jeune homme n'était pas capable de faire du mal à une mouche.
Elle allait répondre quand une petite main vint taper quelques coups dans son dos. Henry avait l'air fier de lui lorsqu'elle se retourna pour lui faire face.
- Bonne soirée Em ! fut-elle surprise de l'entendre dire.
Elle se raidit lorsqu'il se haussa sur la pointe de ses baskets pour la prendre brièvement dans ses bras mais le contact vainquit rapidement son anxiété, la blonde se sentant fondre contre lui en une embrasse qu'elle accepta. Après son interlude avec sa mère, le moindre contact sincère était comme un baume au coeur. À quelques mètres de là, son regard tomba sur Regina qui les observait d'un air froidement impassible et elle relâcha à regret leur fils qui lui adressa un clin d'oeil.
- Qu...
- Attention, t'as fait tomber ta serviette.
Elle allait répliquer que le petit morceau de papier blanc ne lui appartenait pas lorsqu'elle remarqua la façon dont il avait soigneusement été plié. Ravalant sa réplique, la jeune femme se contenta donc de lui adresser un simple sourire en guise de remerciement. Elle fut surprise de comprendre que le vide qu'elle ressentait soudain tenait plus au départ d'Henry que de sa mère adoptive lorsque la porte se fut refermée sur leur deux silhouettes.
- Le Shérif, mon œil, entendit-elle Granny railler dans son coin.
Cette fois, elle faillit sourire, finissant son repas avant de lancer un billet de vingt sur le comptoir qu'elle quitta, serviette rangée dans la poche de son jean.
Elle se rappelait très bien de la conversation qu'elle avait eue avec Snow à propos du retour de la magie dans Storybrook. Et si elle ignorait comment sa mère avait eu vent des manigances de Gold, elle lui était au moins reconnaissante d'avoir pu lui raconter l'anecdote dut-elle reconnaître en garant sa vieille coccinelle sur le chemin en terre de la forêt où elle dut continuer à pieds de longues minutes avant d'atteindre le puits en pierres.
Avec précaution, la jeune femme s'empara de la fiole qu'elle avait volée au dernier moment dans la crypte de la Reine, ôtant son bouchon en liège avant d'y glisser le fil de soie brune qu'Henry avait volé à sa mère. Le ventre noué, elle arracha un de ses congénères sur sa propre tête, l'observant en silence aller rejoindre celui de son âme sœur au centre de la bouteille en verre. Un instant, rien ne se passa et elle avait les sourcils froncés lorsque, tels deux êtres vivants, les ligaments semblèrent s'enlacer, s'embrasant d'un rouge irisé d'or dont la lueur aurait pu lui servir de veilleuse.
- Dans n'importe quelle réalité, souffla-t-elle pour elle, ravie de voir la preuve tangible de leur amour même lorsqu'à l'autre bout de la ville une femme qui ne l'aimait pas s'endormait dans des draps qui lui étaient interdits.
Avec un sourire cette fois, la Sauveuse se rapprocha du vestige de la forêt enchantée pour y lâcher la fiole qu'elle observa illuminer les pierres apparentes dans sa chute avant de s'écraser en son fond.
- Merci maman, pouffa-t-elle quand les premières volutes de fumée violette jaillirent du puits.
Elle fut la première touchée par le nuage opaque sur lequel elle manqua s'étouffer mais déjà son corps entier vibrait de quelque chose qui lui avait manqué en si peu de temps ... De la magie.
Mais quelque chose était différent nota-t-elle, réalisant avec surprise que ses pouvoirs n'étaient plus entièrement noirs. Bien sûr. Ici Snow White n'avait pas mis au monde un enfant à qui elle avait transmis malencontreusement une part du Ténébreux ... Mais magie noire ou magie blanche, seule l'intention comptait se rappela-t-elle des cours enseignés par Maléfique ... Elle n'aurait donc aucun problème à accomplir ce qui devait l'être.
Un instant encore elle demeura silencieuse, écartant un poing pour y voir danser une flamme bleue qu'elle assassina d'un mouvement du poignet. Elle n'avait pas perdu ses talents.
- Rumplestiltskin, se décida-t-elle avec un sourire en s'emparant de la dague qui avait regagné toute sa puissance tentatrice lorsqu'elle la sortit de la poche intérieure de son blouson.
Elle eut un rire en voyant l'homme trébucher à ses pieds en un tourbillon rouge. Le plus grand sorcier de tous les temps avait les yeux perdus, une robe de chambre satinée encore enroulée autour de son corps frêle lorsqu'il releva le visage vers elle avec une stupeur horrifiée.
- Com...
- Magie, coupa-t-elle ses interrogations. Je vois que vous n'avez pas retrouvé vos souvenirs ? Je pensais que vos pouvoirs les restaureraient mais apparemment j'avais tort ...
- Vous ... Nous nous connaissons ? D'où venez-vous ? Vous n'êtes pas la Sauveuse de ma malédiction ...
- Oh je suis la même ... Mais avec une vie en plus.
- Je ne vous suis pas, argua-t-il en tentant de se relever.
- Ça ne m'étonne pas. Restez à terre.
L'ordre lui valut un grondement auquel elle répondit d'un sourire mauvais, abandonnant son bien triste visuel pour observer la magie se répandre lentement mais sûrement sur la ville.
- Pourquoi faites-vous ça ? Regina sera toute puissante ...
- C'est comme ça que je l'aime, répondit-elle honnêtement.
Un peu trop honnêtement comprit-elle quand en contrebas l'homme écarquilla ses yeux.
- La potion. Vous êtes ... Je ne pensais pas que Regina aurait le droit à un deuxième amour véritable.
- En fait Daniel n'était qu'un premier amour, corrigea-t-elle sans pouvoir s'empêcher d'être jalouse. Regina n'a découvert l'amour véritable qu'avec moi ... Son âme sœur.
Ses révélations avaient assombri le Ténébreux, étirant un nouveau sourire sur ses lèvres et l'excitation du moment la fit aller plus loin dans son déballage.
- Henry Mills est votre petit fils ... Baelfire se faisait appeler Neal quand je l'ai rencontré dans cette réalité.
- Où est-il ? Mon fils, où est-il Miss Swan ?
- Aucune idée. La dernière fois que je l'ai vu vous aviez fait de lui un autre Ténébreux et il a disparu quand la malédiction de Cora a tout englouti ...
- C...Cora ?
- Vous ne comprenez rien, n'est-ce pas ? se réjouit-elle.
Pourtant, elle s'en voulait d'en avoir trop dit, incapable de se débarrasser de l'impression d'être allée trop loin. Que ferait-il des informations qui lui avaient été révélées ? Agacée par sa bêtise, la blonde rempocha la dague, le contrôle qu'elle avait sur le mage s'amenuisant suffisamment pour lui permettre de se relever à sa guise.
- Rentrez chez vous Gold, vous en saurez plus bien assez tôt et vous regretterez le temps ou ce n'était pas le cas.
Cette fois son ordre fut obéit sans fioriture, le Ténébreux disparaissant en un nuage de fumée rouge avec un regard mauvais. Restée seule, la jeune femme fut parcourue d'un frisson lorsqu'elle réalisa que la magie en elle réclamait avec encore plus de force que la dague, la présence de celle qui l'avait toujours apaisée. Il allait falloir qu'elle règle ce petit souci au plus tôt ...
Les volutes de fumée qui l'enveloppèrent sans son accord étaient d'un blanc sale, presque gris qui la laissèrent grimaçant encore lorsqu'elle apparut dans la chambre qui lui était inconnue. Figée d'abord, elle mit quelques secondes avant de s'approcher précautionneusement du centre de la pièce où reposait la forme de la femme qu'elle aimait.
Malgré toutes les fois où elles avaient partagé un même lit, il était rare qu'Emma ait eu l'occasion de voir la Reine assoupie et elle eut un sourire en se rappelant le rare souvenir du jour où elle s'était réveillée pour trouver Regina la veillant quand elle avait frôlé la mort. Ces jours là lui semblaient si loin ... Et pourtant l'amour qu'elle éprouvait pour elle n'avait pas changé. Une constante qui avait toujours été réciproque comprenait-elle maintenant que l'affection ne brillait plus dans le regard de l'autre. Voilà pourquoi elle devrait se résigner à ne plus rien éprouver pour elle de quelques temps ...
Les dents serrées, la jeune femme jeta un dernier coup d'oeil à la fenêtre où elle pouvait voir le nuage violet se rapprocher dangereusement. Quelques secondes encore et il atteindrait le manoir ... Elle avait du mal à se détacher de la vision paisible qu'offrait le Maire. Il le fallait pourtant. Il faudrait même bien plus que ça pour briser cette malédiction et faire de Regina le Héros de leur fils.
- Si tu savais comme je t'aime ...
Les mots lui avaient échappés, prononcés d'une voix basse qui fit tout de même tressaillir la beauté endormie. Il était temps qu'elle parte avant de commettre une nouvelle idiotie ... La blonde tremblait lorsqu'elle leva une main vers sa propre poitrine et si elle avait déjà senti les doigts de sa femme se refermer sur l'organe qui battait dans sa cage thoracique, elle eut un hoquet lorsque les siens le firent pour la première fois.
Un instant elle resta immobile, respirant avec difficulté avant d'arracher le cœur qui jaillit tel une flamme serait née dans la nuit. Malgré toute la magie noire stockée en elle, il avait gardé une apparence d'un rouge vif qui la rassura brièvement. Mais la seconde d'après son regard était retombé sur la brune et dans sa paume, le cœur eut une ratée. La sensation à laquelle elle s'était habituée à chaque fois qu'elle voyait la femme qu'elle aimait avait disparu. Seuls restaient encore le désir et un froid respect qu'elle reconnaissait à peine. Celui que la sorcière imposait à n'importe qui.
Elle avait réussi comprit-elle en une satisfaction tranquille alors que la fumée violette s'insinuait dans la pièce. Impassible, elle observa la magie gagner du terrain jusqu'à atteindre le grand lit où elle se promit de faire jouir la brune dès qu'elle le pourrait. Sous ses yeux, la mère adoptive d'Henry sembla réagir à la proximité de la brume et Emma avait beau s'être jurée de disparaître avant qu'il ne soit trop tard, son esprit refusa de fonctionner lorsqu'en contrebas la magie réinvestit la sorcière.
Le corps qui se cambra sous les draps en coton égyptien la fit gronder, une envie brûlante lui commandant de s'y jeter pour réclamer ce qui lui appartenait. Comment Regina réagirait-elle si elle se réveillait sa tête entre ses jambes ? Elle était toujours clouée sur place lorsque l'intéressée émit un hoquet de surprise, l'obscurité se fendant soudain de la lueur violette de ses pupilles emplies de magie.
Un instant le temps s'arrêta, leurs regards accrochés avec la violence d'un véritablement affrontement et la blonde sentit ses lèvres se détendre en un sourire facile. Elle avait réussi. L'oppression qui pesait dans sa poitrine lorsqu'elle plongeait son regard dans celui dénué de sentiments avait disparu. Quelque chose comme de la fierté explosa là où aurait du se trouver son cœur.
Elle avait réussi, pensa-t-elle une dernière fois avant de disparaître en un nuage de fumée noire.
Bon, vous vous doutez que c'est un peu une idée à double tranchant qu'elle a eu notre Emma Swan ... ;)
