Ce n'était pas l'Enfer. C'était pire…Agenouillée dans la Grande Salle je contemplais le sol le cœur sec d'avoir trop pleuré. Couchées, sur des brancards de fortunes, Matilda et Susie gisaient pitoyablement, pâles et froides, à présent. Le monde pouvait s'arrêter, Voldemort pouvait tous nous tuer, quelle importance ? Rien ne serait plus dur et plus douloureux que ce que je vivais en cet instant. Je ne pouvais pas les regarder, je n'en avais pas la force. La tête basse, plongée dans mes épaules, je revivais inlassablement cet ultime moment. Ce stupide espoir qui m'avait bernée et fait croire qu'elles pouvaient s'en sortir. Mais c'était joué d'avance…Matilda était bel et bien morte dans mes bras, le corps ratatiné sur Susie, qu'elle avait protégé jusqu'à la fin. Jusqu'à la mort. « Toujours » avait-elle répondu dans un doux sourire avant de s'éteindre alors que je la suppliais de ne pas m'abandonner. Je ne pouvais pas y croire…non c'était impossible…inconcevable. Elles allaient se lever, elles ne pouvaient pas être parties, elles n'avaient pas le droit de me laisser ici. Respirant avec difficulté je restais sourde à la détresse qui s'était emparée des lieux.

Mrs Pomfresh courait d'un lit à l'autre en tentant de soigner ceux qui pouvaient encore être sauvés. Plusieurs personnes passèrent devant moi, certaines me bousculant, mais je n'en avais cure. Je ne pouvais plus bouger, j'avais mal…tellement mal. « Parties…parties…elles étaient parties, mortes » pensais-je, la respiration haletante. Dans mon dos, les gémissements de Lucy que Théodore tenait fermement contre lui n'avaient cessé depuis que nous étions revenus du champ de débris. Sans un mot, Blaise avait délicatement pris Matilda dans ses bras et l'avait serrée contre lui pour ramener son corps au château, pendant que Théo s'occupait de Susie. Le professeur Flitwick avait grimacé de douleur en nous voyant sortir des ombres et toussât légèrement pour chasser un sanglot, avant de nous diriger vers la Grande salle.

Curieusement, les pleurs de mon amie me laissèrent totalement indifférente. Je n'avais pas la force de m'occuper d'elle et au fond de moi, la colère me soufflait que si elle n'avait pas suivie Susie, Matilda serait encore en vie. Entendre ses pleurs étaient insupportables…et le devenait de plus en plus à mesure que le temps passait. Ils me firent le même effet que le rire de Bellatrix Lestrange. Mon sang commença à bouillir dans mes veines alors que la colère commençait à se diffuser. « Matilda serait encore en vie…si elle n'avait pas suivi Susie aveuglément…on aurait pu les sauver toutes les deux…elles seraient toujours là…elles seraient toujours là » pensais-je les yeux brûlants de larmes nouvelles d'une saveur différente.

Je fermais les yeux et déglutis péniblement. Non je ne devais pas penser ça…il ne fallait pas…Lucy était mon amie aussi. « Mais si elle avait tenté de convaincre Susie de se mettre à l'abri au lieu de jouer les héroïnes, Matilda ne serait pas couchée, morte en face de toi », me souffla une petite voix insidieuse au fond de mon esprit. Secouant la tête pour chasser ses terribles pensées qui pouvaient me mener vers une pente glissante, je la relavais et regardais la haute silhouette de Zabini. La vue du Serpentard me brisa le cœur tant il était pitoyable à cet instant. Debout à côté du corps de celle qu'il aimait, il était totalement inexpressif, comme figé dans une torpeur douloureuse. Il me fit l'effet d'être un martyr sur le bûcher. Il regardait le visage de Matilda, pâle et glacé à présent, avec des yeux exorbités dans son profil de pierre. Il semblait animé par un espoir fou : celui de la faire revenir de cette manière, simplement par la force de son esprit. Il n'avait plus rien à voir avec le garçon beau et élégant qui prenait tout avec détachement. Non, à présent ce n'était qu'un adolescent désespéré, vulnérable. Blaise n'avait pas dit un mot depuis que nous étions rentrés, ses larmes coulaient sur ses joues sans qu'il n'émette le moindre sanglot, comme si elles avaient une vie propre. Il n'y avait pas de mots, il n'y avait rien à dire, on ne pouvait que pleurer jusqu'à ce que notre souffrance finisse de nous achever.

Je soupirais et prit lourdement appui sur mes mains pour me relever. Mon corps était lourd et douloureux comme si j'avais traversé un siècle de misère en une nuit. Lentement je me dirigeais vers le Serpentard et glissais ma main dans la sienne. Zabini sursauta et me regarda un bref instant, il était si vulnérable ainsi qu'on aurait dit un enfant perdu.

- Astoria, chuchota-t-il d'une voix méconnaissable, Astoria tout cela n'est pas réel…n'est-ce pas ?

- Si, sanglotais-je, si Blaise.

Il me regarda un long moment totalement perdu, comme s'il ne comprenait pas ce qui s'était passé. Comme s'il avait perdu la raison.

- Non, dit-il d'une voix faible, ça ne peut pas être vrai…il doit y avoir un contre sort, réfléchit-il à voix haute les sourcils froncés alors qu'il contemplait à nouveau Matilda, il doit y avoir un moyen…je vais la faire revenir…elle n'est pas partie…elle a besoin d'aide c'est tout, il faut que je la guide vers moi, elle ne peut pas me laisser alors que je ne lui ai pas demandé pardon.

- Blaise, soufflai-je chavirée par la naïveté de ses paroles qui traduisait l'ampleur de sa tristesse, Blaise, elle ne peut pas revenir…elle est partie…elles sont parties pour toujours.

Lentement, il tourna la tête vers moi à nouveau et me fixa avec horreur alors que la compréhension se dessinait sur ses traits. Incapable de soutenir son regard qui hurlait de douleur, je baissais les yeux vers ma meilleure amie. Sur ce visage de poupée, il n'y avait plus aucune trace de fatigue, ni de souffrance. Matilda avait la tête légèrement penchée de côté vers Susie, comme si, même dans la mort elle continuait de la protéger. A la lumière des feux brillants de la Grande Salle, sa blessure semblait encore plus terrible. Sa chemise était totalement imbibée de sang à présent et s'ouvrait sur une plaie béante qui me répugna. Elle et Susie étaient si petites, si fragiles, comme des marionnettes dont on venait de couper les fils. Sortant ma baguette je la pointais sur elles et les débarrassais de toutes les traces de sangs qui les recouvraient. Théodore, la gorge nouée, s'approcha avec douceur et m'assista dans cette toilette funéraire, tandis que Lucy haletante s'était effondrée aux côtés de Susie. Elle caressa avec précaution ses longs cheveux blonds, qu'elle lui avait si longtemps enviés, et la recoiffa avec douceur.

- Merci, chuchota Blaise d'une voix sans timbre à notre intention alors que Théo et moi achevions de nettoyer les visages de nos amies.

- Quel gâchis ! Chuchota Théodore avec amertume et tristesse.

Me tournant légèrement vers lui, je le vis embrasser la salle du regard. Et soudain, comme si cette simple remarque avait suffi, la bulle dans laquelle ma douleur m'enfermait vola en éclat. Tout à coup, le monde reprit forme à mes côtés et je vis partout la même détresse que j'avais éprouvée. Non loin de nous reposait le corps du professeur Lupin et de son épouse, devant lesquels venait pleurer des élèves. Dans le fond de la salle traditionnellement occupée par les Gryffondors, les Weasley au grand complet pleurait la mort de l'un d'entre eux. Fred…l'un des chahuteurs en chef les plus célèbres de l'école, dont le feu d'artifice durant ma troisième année m'avait valu le plaisir de voir Ombrage sortir de ses gonds. A côté d'eux, Dean Thomas arborait une vilaine blessure sur le bras que le professeur Chourave tentait d'arranger pendant que Neville, la mine lugubre, ramenait le corps de Colin Crivey, aidé par un jeune sorcier que je ne connaissais pas. Je vis Padma Patil pleurer sur le corps de sa jumelle de Gryffondor, inconsolable alors que le professeur Trelawney bouleversée fermait les yeux de la jeune fille. Seamus Finnigan, le plus colérique élève que Poudlard ait connu, rugit de désespoir en voyant des élèves ramener le corps sans vie de Lavande Brown, dont la blessure sanguinolente, me rappela celle du si courageux Nigel Peakes, près duquel reposait à présent son acolyte de toujours. Dean se précipita vers son meilleur ami et tenta de le réconforter. Mais le pauvre Seamus était inconsolable. Il prit Lavande dans ses bras et la garda serré farouchement contre lui en enfouissant son visage tuméfié dans les longs cheveux châtains de la jeune fille.

Partout entre les corps je vis des élèves blessés gémir leur souffrance en tendant les bras depuis le sol vers Mrs Pomfresh et les enseignants qui tentaient de les soigner vaille que vaille. Le professeur McGonagall au centre de la pièce faisait apparaître ici des couvertures, là des bandages que le professeur Flitwick chargeait de transmettre aux élèves valides, pour qu'ils aillent s'occuper des blessés. Sur l'estrade, ce qu'il restait de l'Ordre du Phénix tentait tant bien que mal d'évaluer un nouveau plan de bataille. C'est alors qu'Harry Potter entra dans la salle, des traces de sang séché plaquées sur son crâne. Son visage noirci n'exprimait qu'une profonde tristesse alors que Ron, son meilleur ami se précipitait sur la dépouille de son frère. Les rares conversations s'arrêtèrent et toutes les têtes se tournèrent vers lui. Il était horrifié par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux et l'on pouvait mesurer toute la culpabilité qu'il éprouvait à cet instant. Et lentement, très lentement il se détourna et prit le chemin de la sortie après avoir échangé quelques mots avec Neville. Je le regardais s'en aller quand mon regard fut attiré par le visage livide de Ginny Weasley dans les bras de sa mère. Elle se redressa avec lenteur et observa longtemps les corps de mes amies avant de lever vers moi des yeux humides bouleversés. Elle hocha discrètement la tête et je n'eus pas besoin de plus. Elle comprenait…pour elle aussi ce soir, le monde s'était effondré.

Soudain, Blaise retira sa main de la mienne et saisit sa baguette. Je sursautais en le voyant faire, lui qui s'était figé depuis si longtemps. Respirant avec difficulté, il parut tenter de maîtriser un brusque élan de fureur qui me terrifia. Théodore se figea dans une posture inquiète et l'appela doucement, mais à peine le son avait-il franchi ses lèvres, que le Serpentard bondit comme un fou hors de la salle.

- BLAISE ! Cria Théodore en se lançant à sa poursuite, Tory vient il faut l'en empêcher ! Rugit-il depuis le hall.

J'accordais un dernier regard à Lucy qui continuait de coiffer mécaniquement Susie avec un regard mort, et me précipitais à la rescousse de Blaise. J'avais déjà perdu deux amies cette nuit et même si j'aurai donné n'importe quoi pour achever Bellatrix Lestrange et Octavius Whitehorn, Théodore avait raison : on ne pouvait pas le laisser faire ça, aussi bon sorcier fut-il, il ne ferait jamais le poids face à deux des mangemorts parmi les plus redoutés. Je m'arrêtais devant la porte alors que Théo en désespoir de cause avait fini par lancer un maléfice du Saucisson à Zabini qui était tombé dans la cour d'honneur. M'approchant avec précaution je regardais Le Serpentard immobilisé au sol hurler de rage alors que son meilleur ami accroupi au-dessus de lui tentait de lui faire entendre raison.

- Laisse-moi y aller Nott ! Cracha-t-il d'une vois furieuse.

- Non Blaise tu dois m'écouter ! S'exclama Théodore d'une voix qu'il tentait de maîtriser.

- Va te faire foutre, je vais les tuer tu m'entends ? Cria-t-il enragé, JE VAIS LES TUER !

- Ça ne la fera pas revenir Blaise ! Hurla Théo d'une voix brisée par le chagrin, elle est morte…te jeter au-devant du danger n'y changera rien.

- Tais-toi Nott ! Gronda Blaise avec colère.

- Matilda est morte ! L'ignora le Serpentard en lui prenant le visage entre les mains pour le regarder dans les yeux, elle est partie, la venger ne t'apportera aucun soulagement. J'ai déjà perdu deux amies cette nuit, je n'ai aucune envie de perdre mon frère.

Appuyée contre le chambranle de la Grande porte d'entrée, je les regardais le cœur lourd. Les paroles de Théodore atteignirent Blaise qui renonça à courir après sa vengeance. Lentement je vis Théodore se relever tandis que le maléfice se dissipait. Zabini restât un long moment étendu au sol pleurant des larmes silencieuses. Puis, résigné il finit par se lever à son tour et s'appuya contre son meilleur ami la tête basse pour rentrer dans le château. Blaise s'arrêta devant moi et me regarda tristement avant de me prendre contre lui et de me broyer dans ses bras. C'était la seule chose à faire pour l'instant. Pleurer, pleurer encore toutes les larmes que nous pouvions, toutes celles que nous avions, jusqu'à ce que le déchirement dans nos entrailles cesse, jusqu'à ce que la douleur d'avoir perdu les personnes que nous aimions le plus au monde s'apaise enfin.

Serrés les uns contre les autres nous entrâmes dans le hall. Je pensais la fureur de Zabini apaisée, mais c'est alors que je vis dans le grand escalier le visage ahuri de Drago Malefoy nous regarder avec incrédulité. Dès que leurs yeux se croisèrent Blaise se raidit comme sous l'effet d'une gifle et presqu'aussitôt il se jeta sur celui qui avait été son meilleur ami. Malefoy n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il se passait que Blaise lui plaquait la tête contre les marches et frappait aussi fort qu'il le pouvait. Horrifiée je regardais Théo se jeter dans la bagarre pour tenter de les séparer. Il essaya de passer ses bras autour des épaules de Blaise qui n'était plus qu'hurlements de rage, entrecoupés de propos incohérents. Il repoussa Nott d'un violent coup de poing alors que Malefoy le suppliait de se calmer en rampant dans les escaliers, le nez en sang et la lèvre fendue.

- Astoria ! Brailla Théodore qui se massait la mâchoire rougit en grimaçant de douleur, va chercher de l'aide dépêche-toi !

Obéissante, je me précipitais dans la Grande Salle et heurtais de plein fouet Dean Thomas qui aidait les professeurs à soigner les blessés. A ses côtés, Seamus le suivait les yeux rougis, dans un état second.

- A l'aide ! S'il vous plaît, leur lançai-je d'une voix éraillée le visage parsemé de larmes, Zabini est devenu fou il est en train de battre Malefoy dans les escaliers, il faut les séparer.

- C'est pas mon problème, bougonna Seamus d'une voix sourde, je serais même d'avis de le laisser faire.

- Pitié ! Pleurai-je en regardant Dean avec désespoir, il ne sait plus ce qu'il fait…il est incontrôlable

- Montre-moi, dit Dean d'une voix calme et posée.

Le Gryffondor me regardait les sourcils froncés, comme si cette décision lui coûtait. Mais il accepta néanmoins de me suivre et n'hésita pas une seule seconde en voyant l'ampleur du désastre. Zabini hurlait sur Drago recroquevillé tout près de la rampe le visage ensanglanté où il gémissait de peur et de douleur.

- C'est toi ! TOI ! Si tu ne les avais pas laissé entrer ici, nous n'en serions pas là ! Cracha-t-il les yeux agrandis par la rage alors que Théodore tentait une fois de plus de lui prendre le bras pour l'apaiser. Tu les as amenés ici, tout ça c'est ton œuvre Malefoy !

- No…non, pleurait Drago, je…je…je ne voulais pas…il…il m'a forcé, il disait que…qu'il tuerait mes parents…il…il a torturé mon…mon père sous mes yeux…je…je ne voulais pas que…que les gens meurent…pitié Blaise…pitié !

- Arrête Blaise ! Eructa Théo il n'y est pour rien !

Dean resta un moment interdit en voyant cette scène terrible. Il regardait Malefoy avec pitié et je songeais qu'il devait certainement comprendre ce qui avait bien pu pousser le Serpentard à se joindre aux mangemorts. Jamais Malefoy n'avait eu l'air aussi misérable, aussi pathétique et vulnérable qu'en cet instant. Mais la douleur de Blaise était trop grande et trop forte pour qu'il puisse pardonner, pour qu'il éprouve la moindre empathie. J'eus pitié de Malefoy en le voyant se tourner vers nous désespéré appelant silencieusement à l'aide. Dean alla prêter main forte à Théodore alors que Zabini venait une fois de plus de se libérer de la poigne de son meilleur ami et s'apprêtait à passer Malefoy à tabac. A eux deux ils tentèrent de le calmer, mais Blaise était fou…fou d'avoir perdu la fille qu'il aimait, fou de voir son meilleur ami de côté du mal, fou de voir qu'il ne pouvait rien y faire. Il se débattit avec force alors que Malefoy à ses pieds n'osait plus respirer. Blaise allait finir de le tuer s'il continuait comme ça, pensai-je alors qu'il faisait à nouveau pleuvoir des coups sur Drago. Et tandis que Dean parvenait après maintes tentatives à immobiliser ses bras je me précipitais à mon tour dans les escaliers.

Zabini se débattait mais le Gryffondor tenait bon, alors que Nott, dans un état pitoyable, tentait de pousser son meilleur ami loin de Malefoy pour éviter le carnage. J'avais plus ou moins une dette envers Drago, depuis ce fameux jour où il m'avait « protégée » des sortilèges d'Alecto Carrow et sans hésiter je me jetais devant lui alors que Blaise revenait à la charge. Je le fixais terrifiée à l'idée qu'il puisse me frapper mais il suspendit son geste et me regarda consterné.

- Blaise, marmottai-je, laisse-le…il n'y est pour rien…ce n'est pas lui qui a tué Matilda… Blaise…ce n'est pas lui.

Respirant avec difficulté, Zabini se laissa finalement entraîné par Dean qui le ramena dans la Grande Salle où il se précipita sur le corps de ma meilleure amie défunte que Lucy totalement prostrée veillait sans dire le moindre mot. Théodore s'approcha en gémissant de douleur, un vilain bleu se dessinant sur sa mâchoire tandis que son œil gauche gonflait à toute vitesse, et soigna Malefoy qui me regardait avec de grands yeux ahuris, la lèvre tremblante, incapable de dire le moindre mot. Lentement Théodore commença à se mettre au travail, tandis que je partais voir Mrs Pomfresh pour recueillir les remèdes pour redonner à Malefoy figure humaine.

« Faîtes que ça s'arrête… Merlin faîtes que tout s'arrête » pensais-je en faisant des allers retours entre la Grande salle et les escaliers dans un état second. Je n'en pouvais plus. J'étais lasse, épuisée par toute cette peine, cette misère que je voyais autour de moi sans pouvoir faire quoi que ce soit. Zabini s'était assis sur les gradins en face du corps de Matilda et semblait totalement inerte à présent, vide. Comme moi…je n'avais plus de force pour rien et me contentais d'espérer la fin de ce cauchemar, dont l'issue m'importait peu désormais…à quoi bon ? J'avais déjà perdu les personnes auxquelles je tenais le plus, après ma famille.

C'est alors que la voix spectrale de Voldemort se fit une nouvelle fois entendre. Tous ceux qui étaient présents se raidirent instantanément en l'entendant déclarer la mort d'Harry Potter qui arracha des gémissements de désespoir à tous les combattants de Poudlard tandis que tous les valides se précipitaient à l'extérieur, baguette en main, pour affronter à nouveau le mage noir et ses fidèles. Je ne voulais pas y aller, je ne voulais pas savoir…j'étais trop épuisée, trop triste pour continuer le combat. Les Serdaigles, n'ont pas en fin de compte, la force des Gryffondors, pensais-je alors qu'aucun autre de mes amis ne bougeait. A l'abri dans les murs du château, j'entendis comme un lointain écho les hurlements horrifiés des élèves et des professeurs alors que les mangemorts explosaient d'un rire tonitruant et que Voldemort décrivait avec délectation la manière dont il avait tué celui dont tout le monde pensait qu'il était l'Elu. Je fus peinée de voir qu'il avait échoué, mais mon cœur était déjà trop brisé pour que je parvienne à verser une larme. En dépit de son plaisir manifeste face à un tel triomphe, le mage noir dut s'interrompre plusieurs fois sous les huées de la foule et je reconnus la voix de Neville lui tenir tête avec humeur.

Je retins mon souffle néanmoins en entendant Voldemort pousser un hurlement de rage strident, après avoir violemment attaqué Le Gryffondor tandis que la foule poussait subitement des cris de joie. « Harry est vivant…il est vivant » entendis-je depuis le hall. Théodore me regarda surpris alors que Malefoy, à peu près rétabli avait déguerpi dans les étages supérieurs. Il y eût un long moment de stupeur à l'extérieur et puis soudain ce fût comme un raz de marée qui envahit le hall alors que j'étais au centre de ce qu'il restait de la pièce. D'un coup tous les élèves se replièrent à l'intérieur avec forces cris et sortilèges alors que les combats reprenaient. Théodore me tira violemment par le bras et m'entraîna dans les escaliers pour m'éviter de finir piétiner alors que les élèves qui étaient restés dans la Grande Salle sortaient comme des boulets de canon pour prêter main forte aux combattants. Je vis Blaise se jeter dans la mêlée avec rage foudroyant un mangemort en le décollant du sol alors que celui-ci avait lancé sur Neville un sortilège de la mort. A mes côtés Théodore se raidit et, non sans m'avoir accordé un regard inquiet, parti prêter main forte à son meilleur ami.

J'étais incapable de bouger, plantée là en haut des marches avec une vue imprenable sur les combats. En-dessous de moi, les combattants de Poudlard et les mangemorts s'affrontaient avec une férocité nouvelle, une énergie que je n'avais plus. Je pleurais et me bouchait les oreilles en tombant à genoux, suppliant une puissance divine quelconque, pour qu'elle me vienne en aide, pour que tout s'arrête alors que Voldemort projetait les corps de ses victimes loin de lui, pour se libérer le passage. Mais soudain j'entendis un craquement sourd et relevai la tête. Le sceau magique de la Grande Porte venait de sauter et des combattants investissaient les lieux. Et parmi eux, je vis Fenrir Greyback qui venait de projeter sur plusieurs mètres Dean et Seamus et fonçait, bave aux lèvres, dans la salle où était rassemblé tous les blessés. Une nausée m'envahit quand je pensais à ce qu'il était capable de faire aux dépouilles de mes amies et sans réfléchir je me lançais à sa poursuite. Il était hors de questions qu'il s'attaque à Susie et Matilda, et encore moins à Lucy.

Je traversais le hall aussi vite que possible, en évitant les sortilèges, et me précipita à l'intérieur de la salle où Mrs Pomfresh et le professeur McGonagall livrait un épique combat contre deux adversaires. Greyback était aux prises avec Hermione Granger et Ginny Weasley qui faisait pleuvoir sur lui une foule de sortilèges. Je lançais un sortilège du bouclier sur les deux Gryffondors et m'approchais des corps de mes amies, où Lucy continuait son étrange veillée.

- LUCY ! Criai-je en m'arrêtant essoufflée, Lucy il faut que tu m'aides à les protéger ! Il faut mettre leurs dépouilles à l'abri des loups garous ! Lucy ! Appelai-je dans le vide.

Elle ne me répondit que par un hochement d'épaules. Lucy n'avait plus de force elle non plus et semblait préférer attendre le dénouement assise là, étrangère à tout ce qu'il pouvait se passer. Je m'approchais et posais mes mains sur ses épaules en la secouant doucement, mais rien n'y fit. J'eus beau l'appeler, la secouer sans ménagements, la supplier, Lucy restait désespérément prostrée, incapable de faire face pour l'instant à l'ampleur du désastre. Un bruit sourd résonna dans les ruines du château et je levais la tête alors que le bruit de centaines de pas résonnait au-dessus de nos têtes. Soudain, en haut du grand escalier je vis apparaître Daphnée, les yeux flamboyants de fureur et à ses côtés le professeur Slughorn, le visage rouge, soufflant comme un bœuf brailla d'une voix méconnaissable :

- A l'ASSAUT !

Et soudain, la nuée de vipères sifflante fureur s'abattit dans le hall avec force. Les élèves de la maison Serpentard restés en arrière avaient fait du joli travail. Ils avaient enrôlé les parents d'élèves, les amis, les habitants des villages voisins et c'est toute une foule au sang neuf qui s'abattit avec rage dans la bataille, sous les cris de stupeur des mangemorts et de leur maître qui n'en croyaient pas leurs yeux.

- Lucy, repris-je avec plus de force en la regardant droit dans les yeux, Lucy il faut les protéger, il faut protéger leurs corps de ce que pourraient leurs faire subir les mangemorts, Lucy je ne te demande pas de te battre, déclarai-je en la regardant avec tristesse, tu iras te cacher toi aussi d'accord ?

- On a rien pu faire pour elles, marmotta-t-elle d'une voix sans timbre, on a rien pu faire…on ne pourra plus jamais rien faire pour elles Tory, il ne reste que nous deux maintenant-elle me fixa intensément avec une lueur étrange dans ses yeux noisette qui me mit mal à l'aise- il ne reste que toi et moi.

- Lucy je t'en prie va au moins te mettre à l'abri.

- Je pourrai peut-être m'en charger Miss Greengrass, me coupa une voix douce.

Lentement je me tournais pour faire face à une femme blonde aux yeux bleus. Elle avait un visage fin et délicat à la beauté énigmatique. Une poupée était moins gracieuse qu'elle, pensai-je en dépit de la fatigue, oui assurément Narcissa Malefoy avait une délicatesse, une fragilité qui donnait l'impression d'avoir affaire à une poupée de porcelaine. Je la regardais sans comprendre. Que faisait Narcissa Malefoy ici au milieu des combats ? J'étouffais un hoquet de frayeur en reconnaissant son mari, Lucius, dont le visage tuméfié et la tenue déplorable n'avait plus rien à voir avec l'homme hautain et méprisant qui m'avait humilié à la gare en première année.

- Je mettrai votre amie à l'abri, me rassura Narcissa.

- Vous ? Mais vous êtes des mangemorts ! M'exclamai-je.

- Les choses changent, répondit-elle sur un ton énigmatique.

Bien vite elle prit Lucy par la main et l'entraîna à sa suite avant que j'ai pu trouver quelque chose à répliquer. Les Malefoy tourner casaques au profit de Potter ? J'avais vraiment du mal à y croire et ce d'autant plus que les discours furieux de Père à leur sujet ne laissaient pas de place au doute. Je me mis à courir derrière eux, mais fut stoppée net par Daphnée qui hurla de joie et de soulagement en me rentrant dedans de plein fouet.

- Oh Tory ! S'écria-t-elle en me prenant dans ses bras, si tu savais comme j'ai eu peur, j'étais totalement paniquée là-bas…j'ai…j'ai imaginé le pire…comme toujours, dit-elle en me regardant avec un sourire timide avant de se décomposer sur place, Tory qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que tu as ?

Je n'eus pas la force de le lui dire, je ne pouvais que la regarder, horrifiée de la voir ici et encore sous le choc de ce qui c'était passé. Lentement Daphnée redressa la tête et vit les corps de mes amies, immobiles et roides sur les brancards. Ma sœur se mordit la lèvre et je vis des larmes perlées au coin de ses yeux verts, alors qu'elle me serra plus fort contre elle, sans rien dire de plus. Elle non plus n'avait pas de mot pour ça…personne ne pouvait en avoir.

- Comme c'est touchant ! S'exclama la voix glacée d'Octavius Whitehorn dans son dos. Alors petite Greengrass tu cherches encore du réconfort après que j'ai tué la Sang-de-Bourbe qui me servait de nièce ? J'ai été très déçu de ne pas te voir dans l'enclos où je l'ai achevé avec lenteur, j'aurais tellement aimé que tu sois là avec nous, pour partager ce moment en famille, dit-il avec délectation en levant sa baguette alors que Daphnée me cachait derrière elle, pousses-toi princesse, ce n'est pas contre toi que j'en ai ce soir…pas encore.

- Il ferait beau voir que je vous laisse vous en prendre à ma sœur ! Brailla Daphnée d'un ton aigre en se saisissant de sa baguette, et je ne suis pas votre princesse.

- Sa sœur ? Sourit Octavius son regard brillant de sadisme pur, mais que voilà une agréable nouvelle ! Vous allez mourir ensemble alors, quelle tristesse se sera pour ce pauvre Hector.

- A moins qu'on ne vous renvoie chez votre mère dans une boîte d'allumettes ! Répliqua Daphnée piquée au vif.

Ahurie je regardais ma sœur darder sur le mangemort fou un regard méprisant. Daphnée avait un orgueil démesuré et elle avait en horreur les gens qui doutaient de ses capacités. Elle engagea le combat avec Octavius alors que je me saisissais de ma propre baguette. Un sentiment nouveau venait de naître au fond de moi alors que les corps de Matilda et Susie étaient tout proches de nous. Le rire gras d'Octavius Whitehorn me tapait sur les nerfs, et petit à petit je sentis la fureur monter. Ils les avaient tués…lui et Bellatrix Lestrange…ils les avaient tuées…sans la moindre hésitation. Les images des deux sortilèges combinés me revinrent en mémoire et je sentis un feu liquide embrasé mes veines de rage. Le sourire satisfait du mangemort allait s'estomper, je le lui arracherais.

- Endoloris ! Hurlai-je sous les yeux incrédules de Daphnée.

- Ah ! S'exclama Octavius en parant le sortilège, mais c'est qu'on n'est pas aussi sage et gentille qu'on veut bien le faire croire petite Greengrass ! Dit-il ravi, tu joues avec des sortilèges impardonnables, poursuivit-il en prenant une voix enfantine exaspérante, toi ? La petite fille chérie à son papa ? Mais que dira-t-il quand il saura ça ? Insista-t-il en prenant un air faussement outré.

- Probablement que c'est bien trop charitable encore pour un être aussi abject que toi ! Lança la voix de Père avec froideur.

Père était là. Plus impressionnant et plus méprisant que jamais, il jeta sur Octavius un regard hautain et glacé qui arrachèrent un sourire perfide au mangemort qui paraissait se délecter de l'instant. Daphnée et moi échangeâmes un regard et un seul coup d'œil profondément agacé de Père nous fit comprendre de vider les lieux immédiatement. Bien vite ma sœur et moi, nous cachâmes les corps de Matilda et Susie en faisant léviter les brancards sous les gradins où nous nous serrâmes l'une contre l'autre alors que Père avançait vers Whitehorn avec une telle haine que j'en eus le souffle coupé. Blottie dans les bras de ma sœur, je vis Père nous jeter un rapide coup d'œil avant de se tourner à nouveau vers son adversaire.

- Papa est venu à la rescousse ! S'exclama Octavius en jappant comme une hyène, papa est venu sauver ses petites filles chéries, il ne faudrait surtout pas qu'il leur arrive quoique ce soit de fâcheux ! Le « Grand et Indicible Honneur des Greengrass » ne s'en relèverait pas.

- Ne parle pas d'honneur Octavius, claqua la voix tranchante de Père, tu n'en as jamais eu.

- Ah ! Sans surprises Hector, tu restes un aristocrate qui dispense morts et jugements sans jamais savoir où se trouve ton intérêt…j'apporterai ta tête à Denevra quand j'en aurai fini avec toi. Comment a-t-elle pu finir avec quelqu'un comme toi ? Ce n'est pas trop dur j'espère ? Etre pour toujours le second après mon frère qu'elle adorait plus que tout ? Comme c'est triste pour toi Hector, c'est si…poétique. L'aristocrate amoureux d'une femme qui ne l'a jamais aimée. Pathétique Greengrass…

Mais il n'eut pas le temps d'en dire davantage que Père, le visage tordu par la colère, engagea le combat. Daphnée poussa un couinement terrifié alors que je la serrai davantage contre moi. Jamais je n'avais vu mon père aussi furieux, ni aussi agressif. Dans un murmure angoissé, ma sœur me raconta comment il avait réagi en apprenant que j'étais restée aux côtés de Matilda. Furieux et terrifié il avait immédiatement appelé Theophilius et son père qui avait transplané tout de suite, ainsi qu'une foule de ses connaissances pour apporter de l'aide à Poudlard. Selon le plan établit par Blaise et Théodore les Serpentards s'étaient divisés en deux groupes, le premier avait attaqué l'extérieur tandis que le second s'était faufilé par le passage secret du château. J'écoutais ma sœur d'un air distrait, trop absorbée par le combat qui se déroulait sous mes yeux.

Père et Octavius enchaînaient les sortilèges avec une vitesse impressionnante, sans trahir la moindre fatigue. Une haine profonde les animait l'un et l'autre et il était difficile de savoir lequel des deux étaient le plus habile. Père contrait les attaques et les retournait contre Whitehorn qui s'en débarrassait aussi facilement qu'une mouche que l'on sache. La Grande Salle était emplie de combattants à présent, et nous fûmes rejoints par de nombreux élèves qui vinrent se cacher sous les gradins. Je vis Blaise et Theophilius abattre un mangemort, tandis que Théodore sauvait la mise Seamus Finnigan que Bellatrix tenta de tuer. Ginny Weasley et Elisabeth McLawren de Serpentard se mirent dos-à-dos pour affronter des loups garous et je vis Terry Boot de Serdaigle et Ernie Macmillan se précipiter vers elles pour leur prêter main forte. Le lion, l'aigle, le blaireau et le Serpent, songeai-je alors que les combattants de Poudlard semblaient prendre le dessus. Une partie de moi aurait aimé être à leurs côtés, aurait aimé pouvoir retrouver la force d'avoir du courage…juste un minimum. Mais je ne pouvais plus. Blottie contre Daphnée aussi tétanisée que moi, je tenais la main glacée de Matilda qui me faisait l'effet de geler mon corps entier et mon cœur. Je ne pouvais plus…

De loin je vis les Malefoy traînant Lucy derrière eux appeler leur fils à grands-cris jusqu'à ce que le père de mon amie n'arrive. Il agrippa Lucy avec autorité et regarda l'intérieur de la Salle terrifié avant de fuir les combats en l'emportant avec lui. Sous les gradins les blessés continuaient d'appeler à l'aide, tous entassés les uns sur les autres. Me libérant de l'étreinte de Daphnée je me précipitais vers un Gryffondor et me servis d'un caillou que je transformais en couverture pour le couvrir. Je commençais à circuler ainsi de brancard en brancard donnant à l'un de l'eau, resserrant les bandages d'un autre. Il fallait que je m'occupe…il fallait que je me concentre sur autre chose que le combat de Père, mais soudain Daphnée étouffa un cri d'angoisse qui manqua de faire exploser mon cœur.

- Astoria ! Couina-t-elle en se mordant la lèvre.

Père venait apparemment de subir un sortilège Tranchant qu'il n'avait pu éviter. Couché au sol, il avait le visage ensanglanté et grimaçait de douleur alors qu'Octavius Whitehorn poussait de petits jappements surexcités. Il tapa un instant dans les mains, heureux comme un enfant le matin de Noël, en voyant son adversaire souffrir. Et c'est là que je compris. Ma fureur me coupa la respiration tandis qu'une voix commença à siffler dans ma tête « es-tu prête à voir mourir ton père comme tu as vu mourir Matilda et Susie ? Vas-tu rester là sans rien faire alors que d'autres risquent leurs vies ? » Non… non ce n'était pas moi. Je n'étais pas comme ça. Saisissant ma baguette je créai une brèche dans les gradins et balançais à toute vitesse les débris sur le mangemort avant qu'il ne commette l'irréparable. Cette fois-ci j'arriverai à temps. Sautant hors de ma cachette sous les cris de Daphnée je me présentais devant Whitehorn qui se relevait péniblement surpris et furieux d'avoir été ainsi interrompu.

- Tu es encore là toi ! Glapit-il furieux, espèce de sale petite peste je vais te…

- ENDOLORIS ! Criai-je de toutes mes forces.

Octavius Whitehorn n'eut pas le temps de contrer mon maléfice et tomba à terre en se tordant de douleur. Dans mon dos Daphnée se faufila jusqu'à Père et leva le maléfice tranchant. Elle tenta de le soigner du mieux qu'elle pouvait, même si la médicomagie n'était pas son fort, en me lançant des regards désespérés. Je fixais le mangemort avec rage, alors que de loi j'entendis Blaise hurler mon nom avec terreur. Whitehorn se releva essoufflé et darda sur moi un regard lourd de menaces. Mais je n'avais pas peur, dans ma tête le visage de Père côtoyait celui de mes amies disparues et peu à peu je laissais la colère prendre possession de moi, enivrée à l'idée de me débarrasser moi-même de ce monstre. Octavius m'observa un long moment les yeux plissés avant d'ébaucher un sourire

- Ah ! Tu cachais bien ton jeu Greengrass ! Se moqua-t-il.

- Détrompe-toi Whitehorn, répliquai-je avec dureté alors que le mangemort me regardait avec mépris parer son autre sortilège, je ne joue pas.

Il éclata d'un rire glacé et attaqua avec brutalité. Je parais chacun de ses coups, comme si la fureur déployait ma force, tandis que Daphnée pleurait en suppliant les garçons d'intervenir.

- NON ! Hurlai-je à l'intention de Blaise, Theophilius et Nott, il est à moi !

- Ah ! Greengrass tu touchante tu sais, une brave petite fille qui vient défendre son papa ! Quelle noblesse Hector, lança-t-il à mon père, tu en as assurément fait un fidèle portrait de toi-même, reste à savoir si elle est aussi résistante qu'elle le prétend.

- Astoria va-t'en tout de suite ! Hurla mon père.

- Non ! Il m'a déjà pris deux personnes que j'aimais cette nuit, je ne le laisserai pas continuer.

Et sans plus de cérémonie je continuais le combat alors que Théodore assistait ma sœur dans les soins de Père et que Theophilius et Blaise se battaient à présent contre deux mangemorts. Mais Père, se relevant après les soins de mon ami, se joignit à moi.

- Vas te cacher immédiatement jeune fille ! Lança-t-il d'une voix dure.

- Non ! Je n'ai pas réussi à sauver Matilda et Susie, je ne le laisserai plus tuer qui que ce soit sous mes yeux ce soir.

- Astoria, fais ce que je te dis ! Cria-t-il tourné vers moi en repoussant un sortilège de la mort. DAPHNEE !

- Ne comptez pas sur moi pour me cacher dans un coin et attendre l'issue, je regrette c'est au-dessus de mes forces, si Tory le fait, je le fais aussi ! Dit ma sœur décidée en lançant des sortilèges à Whitehorn qui avait été rejoint par un autre mangemort.

Je vis Père reprendre le combat avec la grâce d'un félin. Octavius Whitehorn lançait des sortilèges le visage tordu par l'effort et la rage. « Un dément » pensais-je alors que Père esquivait un énième sortilège. Il ôta sa cape de voyage d'un mouvement leste avant de lancer une rafale de sortilèges sur son adversaire qu'Octavius esquiva avec fébrilité, surpris visiblement de trouver des adversaires à sa mesure.

Le combat se poursuivit de plus belle après que Père se soit rétabli du maléfice. Avec plus de force que jamais les deux hommes se battaient avec une férocité dont je n'aurai jamais cru mon père capable. Les maléfices se succédaient avec une rapidité effrayante et plusieurs vinrent ricocher contre ce qu'il restait des parois du parc, dont un sortilège de la mort qui frappa la pierre de voûte juste au-dessus de ma tête. Père ouvrit des yeux effrayés en voyant cela. Le sang quitta son visage avant que la fureur ne le tordit à un tel point qu'il en devînt effrayant. Avec rage il lança un maléfice d'Entrave sur Octavius Whitehorn. En l'espace de quelques secondes de gigantesques tiges sortir du sol et attrapèrent le mangemort en dépit de ses efforts pour leur échapper. Avec brutalité il fut hissé dans les airs, bras et jambes écartés et je vis clairement apparaître la peur sur son visage, alors que Père arborait une expression mauvaise que je ne lui connaissais pas.

- Attends un peu ! Attends un peu que je me libère…Aaargh !

La voix du mangemort s'étouffa dans sa gorge alors que les lianes sorties du sol se resserraient davantage sur ses bras, ses jambes et qu'une plus file s'enroulait sournoisement autour de son cou. Il respirait avec difficulté et regardait Père avec effroi. Octavius Whitehorn était à sa merci et cette idée le terrifia. Père l'observa pendant un long moment, resserrant d'un coup de baguette les lianes autour de ses membres et de son cou alors que le mangemort prenait une inquiétante teinte rougeâtre, les yeux exorbités de terreur. Jamais je n'avais vu Père arborer une pareille cruauté sur son visage séduisant. Il me fit l'effet d'un serpent qui jouait avec sa proie avant de l'achever et malgré moi je me mis à trembler, les yeux rivés sur lui, incapable de détourner le regard, trop fascinée par sa froideur et sa maîtrise.

- Tu t'en es pris à mes filles Octavius, glissa-t-il en s'approchant du mangemort toujours suspendu dans les airs, et pour l'une d'entre elles ce n'est pas la première fois…tu pensais vraiment que je te laisserai faire sans réagir ? Tu croyais sincèrement que je te laisserai vivre après ça ? Alors Octavius, ajouta-t-il d'une doucereuse en s'approchant de lui…dis-moi qu'est-ce que ça fait de savoir qu'on est à la merci d'un autre ? Qu'est-ce que ça fait de savoir qu'on est sur le point de perdre la vie ?

Le mangemort ouvrit des yeux exorbités alors que moi et Daphnée nous regardâmes inquiètes. Père observa la détresse du mangemort, impassible, puis d'un mouvement lent et précis ordonna aux lianes d'achever le mangemort. Je retins un haut-le-cœur en voyant les membres d'Octavius Whitehorn se disloquer en émettant des craquements sinistres. L'homme poussa un hurlement terrible avant que la liane qu'il avait autour du cou ne lui brise la nuque. Sa voix s'éteignit dans un affreux gargouillis sinistre tandis que sa tête retombait mollement sur la poitrine. Les lianes lâchèrent alors leur victime qui retomba totalement désarticulée au sol, telle une marionnette dont on viendrait de couper les fils.

Dans le fond de la salle Bellatrix Lestrange poussa un hurlement de fureur en voyant quel sort avait subi son complice et transplana dans une sombre traînée noire. Elle vola dans notre direction en poussant des cris suraigus qui me donnèrent la chair de poule et tourna à toute vitesse autour de nous. Son visage apparaissait parfois dans la nuée noirâtre, tour à tour, souriant, dément, charmant, séducteur. Père tenta de la pétrifier mais sans succès. Mais soudain elle apparut devant moi, ses prunelles noires brillantes d'un éclat meurtrier.

- AVADA KEDAVRA ! Lança-t-elle d'une voix forte.

Dès lors tout se passa au ralenti. Je vis le rayon de lumière verte qui était synonyme de la fin de mon existence ramper vers moi alors que j'ouvrais des yeux ronds de terreur. Il allait m'atteindre d'un instant à l'autre. Bellatrix m'offrit un sourire charmeur en secouant légèrement la tête d'un air mauvais. Je vis Daphnée ouvrir la bouche sur un hurlement que je n'entendis pas, alors que Blaise et Théodore accouraient. Je vis Seamus me montrer du doigt rouge de fureur alors que Ginny Weasley, Hermione Granger et Luna Lovegood s'approchaient à grandes enjambées, le visage tordu dans une expression choquée. Je vis le professeur Flitwick retenir son souffle alors que McGonagall et Slughorn avaient engagé le combat contre Voldemort lui-même. Edward Hitchens et Stewart Ackerley se précipitèrent à leur tour. Mais il était trop tard, ils étaient trop loin, le rayon rampait beaucoup trop vite pour qu'ils puissent le dévier de sa course. Je fermais les yeux quand soudain quelque chose me heurta avec brutalité et je tombais lourdement sur le sol de la Grande Salle. Les cris et les pleurs m'assaillirent d'un coup alors que je continuais à garder mes paupières closes. Etais-je morte ? Pourtant j'avais toujours imaginé que les morts n'entendaient rien. Une violente douleur à la tête m'étonna encore davantage car les morts ne ressentaient plus rien. Pourtant, le rayon vert devait bel et bien m'avoir touché, il était si près de moi. Si près de m'atteindre…

Ouvrant faiblement les yeux j'entendis ma sœur hurler en larmes dans les bras de Theophilius tandis que Bellatrix qui se battait avec Ginny Weasley et ses amies se retrouvait soudain confrontée à la mère de Ginny. Je me relevais sans comprendre alors que Blaise me tournait le dos. Me penchant légèrement je vis une silhouette étendue sur le sol. Je connaissais cette personne, je la connaissais depuis toujours et je l'aimais depuis toujours. Blaise s'écarta légèrement et je pus voir ce visage tant aimé tourner vers moi. Zabini me retînt contre lui alors que je m'élançais au-devant de la dépouille. Il plaqua fermement mon dos contre lui en m'enserrant les bras, empêchant que je me lance dans une tentative de vengeance. La seule chose qui me resta alors, était de hurler ma douleur.

- NON ! Hurlai-je alors que sur le visage de Père une dernière larme courait qui vînt s'écraser sur le sol glacé.