James venait de quitter la salle de classe du professeur Binns, et Lily s'était retournée vers Amy Lloyd qui était en train de fermer son sac. Dès qu'elle eut terminé, la jeune femme blonde donna un coup de baguette vers la porte qui claqua, et elle se rapprocha de sa camarade de classe.

Lily devait admettre que cette situation ne la rassurait pas vraiment. Elle n'avait pas peur d'Amy Lloyd, mais contrairement à ce qu'elle avait dit à James quelques secondes plus tôt, elle n'avait aucunement envie de se retrouver en conflit avec elle, bien qu'elles le soient déjà un peu.

Enfin, l'on pouvait surtout qualifier leur mésentente de guerre froide. Elles n'avaient aucun problème l'une avec l'autre tant qu'elles ne s'adressaient pas la parole, et en se retrouvant enfermée dans cette salle de classe vide, Lily songea qu'elle aurait peut-être préféré que cela reste ainsi.

« Ecoute, si c'est à propos de James, je...
- Ce n'est pas à propos de lui, la coupa Amy en secouant la tête. »

Sa voix était étonnement douce, et Lily remarqua presque immédiatement à quel point elle avait l'air gênée. Ce n'était pas vraiment habituel, chez elle. Enfin, elle ne la connaissait certainement pas assez pour affirmer cela, mais du peu qu'elle savait, Amy Lloyd n'était jamais embarrassée par quoi que ce soit. Elle était plutôt celle qui embarrassait les gens, en faisant circuler des rumeurs sur eux ou en dévoilant des secrets qu'elle n'aurait certainement pas dû révéler.

« Je n'ai jamais eu la chance de te remercier, reprit-elle.
- De me remercier ? Répéta Lily, abasourdie.
- A propos de ce qu'il s'est passé dans le Poudlard Express. »

Des images d'horreur refirent immédiatement surface dans la tête de Lily qui déglutit. Elle se souvenait de ce qu'elles avaient vécu ensemble, de ce court moment où, contre un ennemi commun, elles étaient subitement devenues alliées.

Elle s'en était voulue, d'avoir laissé Amy derrière, bien qu'elle n'ait eu aucune idée qu'elle ne la suivait plus. Elle ne s'en était rendue compte que lorsqu'elle avait fermé le dernier wagon derrière Alice, Frank, Mary, et Emmeline. Elle avait espéré qu'elle s'en serait sortie, elle avait hésité à aller la chercher en même temps qu'elle irait chercher James, mais les autres l'avaient retenue, et ils avaient certainement eu raison de le faire.

« Est-ce que c'est ironique ? Parce que saches je ne voulais pas te laisser là bas. Je pensais que tu étais derrière nous et je...
- Je sais, trancha Amy. Ce n'était pas ironique. Je tenais vraiment à te dire merci. Si tu n'avais pas stupéfixé ces deux mangemorts, je ne serais pas là à l'heure actuelle. »

Lily avait du mal à comprendre ce qui était en train de se passer. Amy Lloyd était gentille. Elle était agréable. Enfin, depuis que les vacances de Noël s'étaient achevées, elle n'avait plus fait parler d'elle, mais la jeune préfète ne le réalisa qu'à ce moment précis.

Quand Amy n'était pas méchante, elle avait un joli visage, des traits fins et des grands yeux marrons qui étaient complètement indéchiffrables pour Lily qui ne la connaissait vraisemblablement pas assez pour deviner ses pensées.

Elle était tellement stupéfaite de la voir aussi aimable qu'elle était restée figée devant elle, à la dévisager comme si elle était folle, et Amy avait fait un pas de plus dans sa direction. Elle s'était mordue un peu la lèvre, et Lily avait eu l'impression qu'elle allait tirer sa baguette de sa poche et lui jeter un sort en hurlant « AHAHAH JE T'AI EUE EVANS ! » jusqu'à ce qu'elle ne la surprenne encore d'avantage.

Oh elle ne s'attendait certainement pas à cela, quand Amy posa ses lèvres sur les siennes, et elle resta pétrifiée, les yeux grands ouverts. Le baiser ne dura pas plus de trois secondes, mais Lily n'eut aucune réaction pendant probablement deux bonnes minutes.

C'était comme si tout ce qu'elle pensait savoir avait soudainement été remis en question. Amy Lloyd venait de l'embrasser. Aucune fille ne l'avait jamais embrassée, et elle ne s'attendait certainement pas à ce que celle-ci le fasse. Elle avait cru qu'elle lui en voulait, à chaque fois qu'elle la regardait en classe. Elle avait cru qu'elle bouillait de rage de la voir avec James, mais visiblement, elle n'avait rien compris.

Elle essaya de bafouiller quelque chose, mais la Serdaigle passa à côté d'elle en lui frôlant l'épaule et quitta la salle de classe sans croiser son regard. Lily resta debout, plantée comme un piquet dans la pièce pendant encore quelques minutes, se demandant si ce qu'il venait de se passer s'était vraiment passé, et puis elle rejoignit la Grande Salle.

Elle fit tout pour éviter le regard de James lorsqu'elle se laissa tomber à côté de lui, mais elle savait qu'il avait déjà remarqué que quelque chose ne collait pas. Merlin, devait-elle lui dire que la fille avec qui il avait couché deux ans plus tôt venait de la bécoter ? Ça les mettait presque à égalité, d'une certaine façon, mais elle n'avait absolument aucune idée de la façon dont il allait gérer cette information, puisqu'elle n'avait absolument aucune idée de la façon dont elle la gérait elle-même.

Alors elle organisa une réunion de crise dans le dortoir des filles juste après les cours. Elle avait volontairement filé le plus vite possible pour que James ne puisse pas la rattraper, et elle avait demandé à Emmeline, Mary, Alice et Marlène de faire de même. Elles s'étaient toutes retrouvées dans la chambre, à dévisager Lily.

« Qu'est-ce qu'il y a ? S'inquiéta Emmeline.
- Est-ce qu'on peut faire ça vite ? J'ai rendez-vous avec Frank après, l'informa Alice.
- On a un problème, les filles. Un GROS problème. »

Marlène leva les yeux au ciel, s'attendant probablement à une broutille, du genre une mauvaise note en potion, et elle se laissa tomber sur le lit de Mary pendant que Lily faisait les cent pas dans la chambre. Elle n'avait aucune idée de la façon d'aborder le sujet, donc elle se lança simplement.

« Lloyd m'a embrassée. »

Sa confession laissa les filles aussi interdites qu'elle même l'avait été pendant toute la journée, et puis Mary laissa échapper un rire, et ce fut comme si elles se réveillaient toutes.

« Comment ça, elle t'a embrassée ? l'interrogea Emmeline en arquant un sourcil.
- On était dans la salle d'histoire de la magie, elle s'est approchée, et voilà ! Elle m'a embrassée ! Reprit Lily, un poil paniquée.
- Tu veux dire, sur la bouche ?
- Oui, sur la bouche, Alice ! S'énerva t-elle. Je n'en ferais certainement pas tout un plat si ça avait été sur la joue !
- Mais... Pourquoi elle a fait ça ? demanda Mary d'un air absent.
- Je n'en sais rien ! Elle... Elle a dit qu'elle voulait me remercier pour ce que j'avais fait pour elle dans le Poudlard Express, et deux secondes plus tard, elle était en train de me rouler une pelle !
- Calme toi, lui intima Alice. Ce n'est pas si grave.
- Je sais que ce n'est pas grave ! Protesta Lily. J'ai juste... Merlin, c'est Amy Lloyd ! Je ne m'attendais pas à ce qu'elle fasse ça ! Et maintenant je... Je ne sais pas quoi faire ! Est-ce que je suis censée le dire à James ? Vous croyez qu'il va mal le prendre ? Il est du genre jaloux. Et comment est-ce que je suis supposée me comporter avec elle ? Est-ce qu'elle sait seulement que je suis avec lui ?
- Elle t'a juste embrassée, elle ne t'a rien demandé, lui signala Alice en haussant les épaules.
- Moi, je suis d'avis que tu le dises à James. Si tu ne le fais pas, il va croire que tu lui caches quelque chose, vous allez encore vous engueuler, et qui va devoir récupérer les morceaux ? Toujours les mêmes ! Ajouta Emmeline.
- Ca va finir en couple à trois, si vous voyez ce que je veux dire... Intervint Mary en retenant un rire.
- Oh vraiment, c'est très drôle ! On voit que ce n'est pas toi, qui te retrouves dans cette situation. Est-ce que je devrais aller lui dire que ce n'est pas possible entre nous ? Je veux dire... Elle avait l'air tellement gênée, je... Je ne sais même pas si je dois faire quelque chose.
- Hmm... Au moins, ça explique pourquoi elle n'arrêtait pas de vous regarder.
- Est-ce que je suis la seule à trouver cette fille absolument répugnante ? Intervint Marlène. »

Les quatre autres paires d'yeux se braquèrent sur elle. Elle n'était pas intervenue depuis le début, mais elle venait de bondir hors du lit de Mary, une expression dégoûtée sur le visage.

« Marly, c'est...
- Cette fois c'est bon. On la tient. Je vais aller l'afficher devant tout le monde. Imaginez la tête des autres quand on leur dira qu'Amy Lloyd embrasse des filles en cachette ! S'exclama t-elle en rigolant. »

Emmeline, Mary, Alice, et Lily se lancèrent un regard inquiet, chacune espérant que l'une d'entre elles allait intervenir. La jeune préfète en chef n'avait jamais apprécié Amy Lloyd, et elle ne s'en cachait pas vraiment, mais malgré les rumeurs qu'elle avait lancé et les insultes qu'elle avait proféré à l'égard de quelques autres élèves du château, elle savait qu'elle ne méritait pas cela, alors ce fut elle qui ouvrit la bouche.

« Je ne crois pas que ce soit judicieux, Marlène, lui dit-elle prudemment. Amy avait vraiment l'air gênée, ce n'est pas... Ce ne serait pas correct.
- Et alors ? Tu crois que je n'avais pas l'air gênée, moi, quand elle racontait à qui voulait l'entendre qu'elle m'avait surprise à quatre pattes devant Black, dans les toilettes du sixième étage ?
- C'était faux ! Protesta Lily. C'est totalement différent !
- Bien sûr que c'était faux, mais personne d'autre que lui, vous, et moi ne le savaient ! Tout le monde m'a regardé de travers pendant deux mois ! Pourquoi est-ce que tu la défends ?!
- Parce que tu agis comme si elle avait fait quelque chose de mal, alors que pour une fois, elle n'y est pour rien ! Rétorqua Lily pendant que les filles retenaient leur respiration tant le ton commençait à monter entre leurs deux amies.
- Elle n'a rien fait de mal ? Elle t'a embrassé. Ce n'est pas... Ce n'est pas normal, marmonna Marlène en grimaçant.
- Oh c'est ça, qui te gêne alors ? Une fille qui en embrasse une autre ? Vraiment, Marlène ? Toi, la championne de la tolérance, tu es gênée par ça ?
- Parce que ça ne te gêne pas, toi ?! »

Lily inspira profondément pour garder son calme tout en secouant la tête de droite à gauche. Marlène était la dernière personne avec laquelle elle aurait pensé avoir une divergence d'opinion sur ce genre de sujet. Elle était d'habitude si ouverte d'esprit qu'elle n'avait pas songé une seule seconde qu'elle pourrait avoir une telle réaction.

« Ce qui me gêne, c'est que tu agis exactement comme les gens qui me regardent de travers dans les couloirs parce qu'ils savent que je suis une sang-de-bourbe et...
- Ne prononce pas ce mot, intervint Emmeline en frissonnant d'effroi.
- Quoi ?! Trancha Marlène. Tu me compares à Avery et sa bande, là ?! S'énerva t-elle.
- Je t'ai dit qu'Amy avait l'air mortifié de ce qu'il s'est passé dans la salle de classe, ce qui veut dire qu'elle n'assume pas, et toi, tu es prête à le raconter au monde entier juste pour satisfaire une stupide vengeance ! Merlin, mais qu'est-ce qu'il se passe dans ta tête, Marlène ? A quel moment ça a déconné ? Quand est-ce que tu t'es dit qu'il y avait quelque chose de mal dans le fait d'aimer une personne, qu'elle soit du même sexe ou non ?!
- Oh parce qu'on parle d'amour, maintenant ?!
- J'essaie juste de t'expliquer quelque chose, mais tu ne veux visiblement pas comprendre.
- Ce que Lily essaie de dire, je crois, c'est qu'elle ne comprend pas comment tu peux nous défendre quand Mulciber et compagnie nous traitent de sang-de-bourbe, et être si fermée en ce qui concerne Amy Lloyd, et sa possible préférence sexuelle dont nous ne sommes même pas sûres, expliqua Emmeline en essayant de calmer le jeu.
- Je ne suis pas fermée ! C'est vous qui... C'est vous qui ne comprenez rien, bouse, vous n'avez qu'à rester ensemble ! Conclut Marlène. »

Elle tourna les talons, claqua la porte, et un silence de mort tomba sur le dortoir des filles. Si Lily avait songé qu'un tel débat suivrait son aveu, elle aurait probablement fait les choses autrement.

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« C'est tout ? l'interrogea James au terme de leur ronde, alors que Lily venait de terminer son récit de la journée.
- Tu n'es pas... Enervé ? Le questionna Lily, inquiète.
- Non, pas vraiment. Je veux dire, ce n'est pas toi qui l'a embrassée, je n'ai aucune raison de me prendre la tête. Je suis juste un peu... Surpris... Et... Heu... Interloqué... Et je me demande si... Enfin... Ce n'est pas important... »

Lily lui lança un regard curieux, et quand il se gratta nerveusement l'arrière du crâne en grimaçant elle comprit ce qu'il voulait dire. Elle retint un rire, et James sentit l'embarras monter en lui comme jamais. Il avait confiance en lui, en règle générale. Une confiance inébranlable, normalement, mais là, vraiment, il n'avait pas le choix, il était obligé de se remettre en question.

« Oh, tu te demandes si Amy Lloyd a viré de bord juste après avoir couché avec toi, n'est-ce pas ? Le questionna Lily en lui lançant un sourire moqueur.
- Ça n'aurait aucun sens, répondit-il simplement en secouant la tête, la faisant éclater de rire.
- C'était ta première, après-tout, ce n'était peut-être pas... Génial... Le taquina t-elle à nouveau. »

James ne put retenir une légère grimace, et ses yeux esquivèrent ceux de Lily. Il n'avait jamais abordé ce sujet là avec elle, et il n'avait décidément aucune envie de le faire, mais Amy Lloyd n'avait pas été la première fille avec laquelle il avait partagé son lit, et il fut persuadé que Lily put le lire sur son visage dès qu'il accéléra un peu le pas.

« James... Souffla t-elle. »

Il put sentir une vague de suspicion dans sa voix qui le mit mal à l'aise, très mal à l'aise. Il déglutit et tourna à l'angle du couloir menant vers la tapisserie de la Grosse Dame, soudainement très impatient d'aller se coucher.

« Et donc Marlène a pété un câble ? Reprit-il après s'être raclé la gorge.
- Et donc Amy Lloyd n'était pas ta première ? L'imita t-elle.
- Quoi ?
- Tu as bien entendu.
- Je n'ai rien entendu, certifia t-il, les yeux posés droit devant lui sur la tapisserie qui n'était plus très loin.
- James...
- Je n'ai vraiment pas envie de parler de ça avec toi, lui avoua t-il finalement.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est comme ça. C'est... C'est une règle universelle ! On ne parle pas de ses conquêtes avec sa petite-amie, c'est tout.
- Je n'ai jamais entendu parler de cette règle, lui dit-elle.
- Eh bien maintenant, si. Bâton de réglisse ! »

Le portrait de la grosse dame pivota pour les laisser entrer dans la Salle Commune, et il réalisa qu'il n'avait jamais été si pressé de sa vie de quitter Lily Evans. C'était habituellement tout l'inverse, mais il la connaissait tellement, tellement bien qu'il était certain qu'elle ne le lâcherait pas. Il était pourtant loin de s'attendre à ce qu'elle monte les escaliers derrière lui et qu'elle le suive jusque dans son dortoir quand il ouvrit la porte à la volée devant lui.

Elle trottina jusqu'à son lit quand il s'affala dessus, tout cela alors que les trois autres garçons s'étaient figés dans la pièce. Peter, en caleçon, venait juste de sortir de la salle de bain et il avait rapidement déplié sa serviette de bain devant lui en poussant un couinement sonore qui n'avait pas du tout fait réagir la jeune femme.

Sirius, lui, était encore partiellement habillé d'un jean, mais il était assis sur son lit avec Rémus et entre eux était posé un chaudron qui dégageait une odeur suspecte, exactement le genre d'odeur qui aurait dû alarmer la jeune préfète sur le but de la potion en question, mais elle était tellement obsédée par ce qu'elle venait d'apprendre sur son petit-ami que rien n'aurait pu la détourner de son objectif ultime.

« Ça fait combien de temps qu'on est amis, James ? Reprit-elle.
- Ça n'a rien à voir, répondit-il, assis sur son lit, retirant d'un geste rapide son polo de Gryffondor pour essayer de la distraire.
- Ça a tout à voir ! Répliqua t-elle. Je croyais que tu me racontais tout !
- Tout, mais pas ça.
- Heu... Evans ? Tenta d'intervenir Sirius juste après avoir rapidement dissimulé le chaudron sous sa cape de Quidditch.
- Il y en a eu tant que ça ? L'interrogea t-elle sans prendre en compte son meilleur ami.
- Pas tant que ça, répondit James en grimaçant légèrement et en balançant ses chaussures dans un coin de la pièce.
- Alors c'est quoi le problème ?
- C'est juste... Personnel !
- Si tu ne veux pas me le dire, c'est que tu as quelque chose à cacher, conclut-elle en croisant les bras contre sa poitrine et en l'observant d'un air suspect. »

Il soupira, se leva de son lit juste pour la reconduire vers la porte du dortoir, constatant que ses trois amis le regardaient comme s'ils avaient des alarmes dans les yeux, et il se félicita un peu d'avoir commencé à retirer ses vêtements pour aller se coucher quand, sur le perron, il vit le regard distrait de Lily glisser sur son torse.

« C'est parce qu'il y a en a plus de dix, c'est ça ? Merlin, je sais déjà que tu as embrassé la moitié des filles de l'école dans les vestiaires de Quidditch, ce n'est pas comme si je ne m'y attendais pas, tu peux juste le dire, le poussa t-elle.
- Il n'y en a pas plus de dix, réfuta t-il, un peu offensé par sa remarque. »

Il savait qu'à un moment, il avait un peu abusé, mais il n'avait pas été beaucoup plus loin que ce qu'elle venait d'évoquer avec la plupart des filles avec qui il avait flirté.

« Est-ce qu'Evans essaie de savoir avec combien de filles elle est en compétition ? Lança Sirius derrière lui.
- Oui ! S'empressa t-elle de répondre en tendant le cou. Tu as un chiffre à me donner, Black ?
- La moitié du château. L'autre moitié, c'est la mienne, répondit-il avant que James ne lui lance un sort pour le faire tomber de son lit et que Lily reporte ses yeux ronds comme des souafles sur son petit-ami.
- Il ne parlait pas des filles avec qui j'ai passé la nuit, s'empressa t-il d'expliquer. Il parlait juste de celles qui voudraient bien.
- Oh, salut James Potter de cinquième année ! Comment vas-tu ? Ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas vu ! Je ne peux pas dire que tu m'as beaucoup manqué... Commenta t-elle en faisant allusion à son arrogance passée et à la prétention dont il avait excessivement fait preuve deux ans plus tôt. »

Il soupira, évita son regard, et passa une main nerveuse dans ses cheveux. Il aurait voulu être totalement honnête avec elle, mais il y avait simplement des choses compliquées, des choses qu'il aurait préféré lui cacher, des choses qui commençaient à dangereusement le rattraper.

« James...
- Pourquoi est-ce que ça t'importe ? La coupa t-il.
- Parce que tu sais tout de moi, répondit-elle sans même y réfléchir. Je voudrais tout savoir de toi, moi aussi. »

Cette fois, ses yeux verts s'étaient figés dans les siens, et Merlin, il savait qu'il était perdu quand elle le regardait avec cet air triste qu'elle ne prenait que quand elle redoutait qu'il ne lui donne pas ce qu'elle voulait. Elle venait de lui offrir une excellente raison de ne plus rien dissimuler, mais plus il continuait de la fixer, et plus il sentait qu'il ne pourrait pas supporter de voir une once de déception sur son visage. Il se sentait mal, repoussé dans ses retranchements, il ne voulait pas céder. Pas là dessus.

« Désolé, Lily. Bonne nuit. souffla t-il simplement. »

Il referma la porte entre eux et s'y adossa un long moment, guettant le moindre bruit derrière. Il n'y en eut aucun pendant cinq bonnes minutes, et puis il finit par entendre les marches de l'escalier craquer, et il se détesta. Il se détesta parce qu'il savait très bien ce qu'il venait de faire. Il l'avait tenue à l'écart.

« Mec, c'était quoi ça ? Pourquoi est-ce qu'elle débarque dans le dortoir comme ça ?
- Lâche la, Patmol, lui répondit-il un peu abruptement.
- Est-ce que c'est à propos de Matilda ? Tenta Rémus en voyant son meilleur ami se laisser tomber sur son lit en soupirant, le visage tendu.
- Matilda Dukelow ? Tu revois Matilda Dukelow ? Le questionna Peter qui s'était glissé sous ses couvertures.
- Non, bien sûr que non, répondit rapidement James. C'est juste... Lily, elle... Elle veut absolument tout savoir et...
- Surprenant... Ce n'est pas son genre, pourtant, ironisa Sirius, s'attirant un regard noir de son ami.
- Et tu ne veux pas lui raconter ça, termina Rémus. Ça se comprend.
- Oui, seulement elle ne peut pas le comprendre.
- Tu n'as qu'à lui dire que ça ne la regarde pas, ajouta Peter en haussant les épaules.
- C'est justement le problème, ça la regarde, et elle... Elle a passé une journée horrible, entre Lloyd et Marlène, et je... Je viens juste de lui claquer la porte du dortoir au nez, Merlin, je suis foutu.
- Tu n'es pas foutu, James. Lily est une personne compréhensive. Tu n'as qu'à lui dire que tu n'es pas prêt à discuter de ça avec elle pour le moment, mais que dès que tu le seras, tu lui feras signe. »

James ne répondit pas. La solution de Rémus lui paraissait plus envisageable que la sienne, qui consistait simplement à rester soit dans son dortoir, soit sur son balai le reste de sa vie, mais cela incluait le fait qu'il discute un jour avec Lily, et cette idée le rebutait totalement. Elle n'aimerait pas ça. Il le sentait jusque dans ses tripes.