Chapitre 28
Le professeur Yomoto eut un sourire amusé lorsqu'on lui annonça la capture du capitaine Harlock près de son labo. Il se leva de son bureau et suivit le soldat qui était venu le chercher. Il savait qu'après leur dernière rencontre, Harlock n'en resterait pas là. Il suivit l'homme jusque dans une pièce sécurisée.
A l'intérieur, Harlock était menotté et maintenu à genou par deux autres soldats. On lui avait ôté sa cape et son ceinturon qu'on avait posé sur le bureau présent dans la pièce. Yomoto s'approcha mais resta à bonne distance du corsaire alors que le soldat qui l'avait accompagné se posta près de la porte.
- Capitaine Harlock, je suis content de vous revoir. Comment va Harry ? demanda Yomoto en s'appuyant contre le bureau.
- Qu'est-ce que vous lui avez fait ?
- Donc il a déjà des symptômes, en conclut l'homme avec un léger sourire satisfait.
Harlock se tendit alors que son regard se fit plus sombre, la colère le gagnant lentement.
- Que lui avez-vous fait ? redemanda Harlock.
- C'est un composé organique, il m'a fallu du temps pour le mettre au point. Le gamin a une sacrée résistance à toutes sortes de produits. Cependant, j'ai finalement trouvé quelque chose qui fonctionne sur lui. Ca n'a pas été évident, c'est vrai. Mais vous l'avez laissé entre mes mains suffisamment longtemps pour que je puisse faire des prélèvements. Je dois vous remercier pour cela d'ailleurs.
Harlock se tendit et se mit à trembler doucement de rage. Les deux soldats qui le tenaient échangèrent un regard inquiet. Mettre en colère le capitaine Harlock était du suicide.
- Selon le rapport que j'ai reçu, repris Yomoto, vous avez été capturé après avoir abattu 22 de nos hommes. C'est un beau score, pas le meilleur, mais un beau score.
- Qu'en savez-vous ? répliqua le capitaine.
- J'ai lu avec attention chacun des rapports qui faisaient mention de vous, chacun de vos combats, chacune de vos décisions. Je les ai analysées. Je savais que vous n'abandonneriez pas l'un de vos hommes.
- Les drogues que vous lui aviez injectées ne sont plus dans son organisme, votre plan a échoué, cracha le corsaire.
- J'ai suffisamment étudié votre passé pour savoir que vous n'avez pas été capturé par hasard ou par chance. Vous êtes ici parce que vous vouliez l'être.
La tension chez les trois soldats présents dans la pièce augmenta alors.
- Je sais aussi qu'à l'heure actuelle vous avez déjà ouvert les menottes.
Les soldats s'écartèrent alors en sortant leurs armes de leur holster et en mettant en joue le capitaine. Harlock sortit ses bras de derrière son dos et se leva, les menottes dans la main gauche. Le pirate s'approcha alors du bureau et les posa dessus avant de se placer face au docteur, le vrillant de son regard marron.
- Que lui avez-vous fait ?
- La question n'est pas de savoir ce que j'ai fait à ce gamin, mais ce que je vous ai fait, répondit Yomoto. Je suis en train de vous prendre votre fils.
Le poing du capitaine atteignit le visage du scientifique avant qu'Harlock n'ait eu le temps de vraiment y réfléchir. Les trois soldats levèrent leurs armes, mais Harlock s'empara de son cosmodragoon sur le bureau et blessa les trois hommes. Celui près de la porte devait sans doute être kamikaze, car, même blessé, il pointa de nouveau son arme sur Harlock. La seconde balle qu'il reçut l'atteignit entre les deux yeux. Les deux autres soldats restèrent sagement à terre.
Harlock s'approcha de Yomoto, l'homme se tenait la mâchoire, il lâcha un léger rire un peu fou avant de lever les yeux sur Harlock.
- C'était ça mon plan, lâcha Yomoto en se relevant, les drogues et les hallucinations n'était qu'un bonus. Dès que j'ai su qu'il était l'un de vos hommes, un nouvel arrivant j'ai su ce que je devais faire.
Harlock s'approcha et l'agrippa par le col de sa blouse.
- Vous ne ressortirez pas de cette pièce vivant, promis Harlock dans un murmure.
- Ca n'a aucune importance. Je connais votre passé, les pertes que vous avez subit. La seule femme que vous avez jamais aimée, votre meilleur ami et sa femme. De telles pertes fragilisent un homme aussi fort soit-il, mais il n'y a rien de pire pour un homme que de perdre un fils.
Harlock se figea alors qu'il comprit ce que Yomoto avait voulut faire.
- Je l'ai enlevé et rendu vulnérable, continua le scientifique. Je savais que vous le prendriez sous votre aile plus que vous ne le faisiez déjà. Les hallucinations et les drogues servaient aussi à le rendre vulnérable à vos yeux.
- Il menaçait mon équipage, j'aurais pu l'abattre, répliqua Harlock.
- Bien sur que non, c'était l'un de vos hommes. Je vous l'ai dit, j'ai étudié votre dossier et vous n'êtes pas le genre de capitaine à abattre l'un de ses propres hommes. Je savais que vous trouveriez un autre moyen pour qu'il ne menace pas votre équipage. Et je savais que ce faisant, il y aurait de grande chance pour que vous vous rapprochiez de lui.
Yomoto s'écarta alors d'Harlock et reprit appui contre le bureau.
- La première phase de mon plan était en place, il ne me restait plus qu'à mettre en place la seconde phase. Trouver comment atteindre le garçon. J'aurais pu le faire tuer, ça aurait été difficile mais malgré tout possible. Mais je voulais qu'il dépérisse lentement sous votre regard impuissant.
Le poing du corsaire s'abattit de nouveau sur lui, le faisant tomber au sol, puis Harlock l'agrippa par le col et lui en mit un second.
- Que lui avez-vous fait, rugit le Capitaine, furieux.
- Je l'ai empoisonné, répondit Yomoto, j'ai crée un poison indétectable.
- Comment ?
- C'est un composé organique possédant le même ADN que lui, il est programmé pour peu à peu prendre la place des cellules d'origine. Un à un ses organes vont finir par lâcher. Est-ce qu'il a déjà des courbatures, ou bien son état est-il plus avancé ?.
- Quel est le remède ? exigea Harlock.
- Il n'y en a pas, vous ne comprenez pas, s'amusa le docteur, c'est son propre corps qui est en train de le tuer, son propre ADN et il n'y a plus rien que vous ne puissiez faire. C'était un mort en sursis, dès l'instant ou le composé est entré dans son organisme.
Le professeur Yomoto éclata alors de rire, un rire fou. Il savait qu'il allait mourir, dès l'instant où on l'avait averti de la présence d'Harlock dans les locaux du labo, alors il n'avait plus rien à perdre. Il se releva et fit de nouveau face au capitaine.
- Le plus dur aura été de réussir à lui inoculer le composé. J'ai alors placé un homme avec une combinaison de camouflage dans plusieurs vaisseau chacun d'entre eux ayant le composé et une capsule de cyanure.
- Le soldat qui a blessé Harry, murmura Harlock en se souvenant de ça.
Le jeune homme était revenu à bord de l'Arcadia après un abordage, blessé au dos.
- Une fois que le sérum aurait été inoculé, il ne me restait plus qu'à attendre, reprit Yomoto avec un sourire dément. Certains affirment que les sentiments sont la plus grande force des hommes. Moi, je sais qu'ils sont les meilleures armes que l'homme possède pour vaincre ses semblables. Vous vous êtes lié à ce garçon et votre affection pour lui vous blessera plus surement qu'un coup. Je vous ai vaincu.
Dans un accès de rage, Harlock frappa le professeur, avant de s'emparer de son gravity sabre et de l'enfoncer dans le torse de l'homme perçant l'estomac de l'homme. Puis il s'éloigna, récupérant sa cape et son ceinturon, il se rhabilla et réajusta la cape sur ses épaules. Il savait que Yomoto allait mourir et qu'il allait mourir dans d'atroce souffrance, les sucs gastriques de son estomac rongeant ses viscères. Le capitaine l'observa et pendant tout le temps que dura son agonie, le docteur ne se départit pas de son sourire.
Harlock ne le lâcha pas des yeux regardant la vie le quitter pour être sur de sa mort. Puis il se redressa et sortit sans accorder le moindre regard au deux soldat blessés encore dans la salle. Il parcourut les couloirs du bâtiment sans rencontrer de résistance et rejoignit la navette posée devant le bâtiment. Kei l'attendait à l'intérieur, il monta et la navette rejoignit l'Arcadia.
- Capitaine ? demanda doucement la jeune femme.
- Il est mort, répondit Harlock, c'est terminé.
Kei acquiesça et ils rejoignirent l'Arcadia. Kei posa le space wolf dans le hangar. Harlock sortit rapidement, son visage était inexpressif lorsqu'il passa entre ses hommes. Il rejoignit l'infirmerie, Harry y était encore bien qu'il était assis au bord du lit au lieu d'être allongé.
- Tu ne devrais pas être couché ? demanda Harlock doucement.
- Je vais mieux et puis je n'aime pas les infirmeries. Le doc m'a appris que vous étiez parti affronter Yomoto.
- Il est mort, affirma le capitaine, il ne pourra plus jamais te toucher.
- Merci, murmura Harry, réellement soulagé d'apprendre ça. Et il vous a dit ce que j'avais ?
- Non, répondit le capitaine, fait quand même attention à ne pas trop forcer.
Harry acquiesça doucement et il sortit prudemment de l'infirmerie, dehors Kei et plusieurs pirates l'attendait. Harlock sortit à son tour et observa son équipage faire la fête à Harry, puis il fit demi tour et rejoignit sa cabine, suivit par Mimee.
Une fois entré dans la pièce, Harlock s'assit dans son fauteuil alors que Mimee lui servait un verre de Red Bourbon.
- C'était un plan risqué, nota le Juracienne, as-tu réussis à voir Yomoto.
- Oui, j'ai pu le voir, lui parler, répondit Harlock, et le tuer.
- T'a-t-il apprit quelque chose concernant Harry ?
- C'est Yomoto qui l'a empoisonné.
- Il t'a dit comment on pouvait soigner Harry ? voulut savoir Mimee.
- Harry est condamné, il n'existe pas de remède. Yomoto a fait en sorte que son poison ait le même ADN qu'Harry, on ne peut pas le détecter et donc on ne peut pas le combattre. Il va mourir et je ne peux rien faire pour empêcher ça.
Le capitaine sera son poing autour de son verre alors que son impuissance le submergea, dans un bruit de cassure, le verre explosa dans sa main répandant son contenu sur le bureau.
- Harlock !
- Lorsque j'ai pris le commandement de l'Arcadia, je me suis promis de toujours protéger mes hommes et j'ai échoué.
Mimee s'approcha du capitaine et posa sa main sur la joue de celui-ci. Ce fut un bruit près de la porte qui attira l'attention du capitaine vers l'entrée de la cabine. La porte était entre ouverte et Harry était dans l'entrebâillement, les observant, les larmes aux yeux.
