Note d'auteur : Un trèèèèès grand MERCI à Arwengeld, debralovelove et PonyoLeChat pour leurs adorables reviews, tout vos mots m'ont énormément touchée ! :hug:
- Lynn Walker : gardienne, chargée de surveiller Letterford avec Sofia Kucharski
- Alfonso Rodriguez : gardien
- Demelza Robins et Stewart Ackerley : gardiens présents dans l'ascenseur au moment du meurtre de Selwyn
- Dominik Adamski : gardien ayant été fasciné par Grindelwald dans son adolescence
- Jensen Berwick : ancien gardien, ayant été renvoyé pour violences sur prisonnier, arrêté et envoyé à Nurmengard pour le meurtre d'Andrew Miller, Auror
- Shannon Bishop : réceptionniste à mi-temps
- Lucy Letterford : prisonnière, sait qui est le tueur, placée en isolement
- Curtis Ward : ancien bras droit de Letterford, cherche à la piéger pour les meurtres
- Clara Oswald : Auror remplaçant Andrew sur l'enquête
- Rebecca : amie de Gabrielle, a embrassé Harry
- Docteur Fletcher : Psychomage s'occupant de la thérapie de Ginny et Harry
J'espère n'avoir oublié personne, bonne lecture à vous ! :)
Dimanche, 23h18
Nerveux, il s'humecta la lèvre inférieure et regarda brièvement l'horloge ronde accrochée au-dessus des écrans de contrôle. Tout était calme. Pour l'instant. Ils étaient trois dans le poste de garde, plus Lynn qui gardait Letterford au septième, aussi rigide et sévère que les barreaux des cellules qui l'entouraient. Mais elle ne verrait rien, de là où elle se trouvait. Et la prochaine ronde ne serait pas avant minuit.
Il épia du coin de l'œil sa complice qui accaparait leur collègue, par de grands gestes, de longs discours et un sourire éblouissant. La longue aiguille se déplaça sur le quatre. Parfait. C'était l'heure de s'éclipser.
Il se glissa hors de la pièce, aussi silencieux qu'une ombre, et s'engouffra dans les escaliers, le pas léger. Son cœur sembla se bloquer dans sa gorge lorsqu'il passa au septième étage, où Lynn montait la garde. Mais les vitres opaques du sas de sécurité le masquèrent efficacement et il put recommencer son ascension sans bruit.
Lorsqu'il parvint enfin au douzième étage, il consulta rapidement sa montre. Trente-deux. Excellent. Il était pile à l'heure.
Comme ils l'avaient soigneusement calculé, Lestrange était profondément endormi lorsqu'il s'aventura dans le couloir. Quelques gouttes de potion du Sommeil dans son dîner avaient suffi pour s'assurer qu'il ne devienne pas un témoin gênant. Les deux autres cellules, anciennement occupées par Greyback et Macnair, étaient vides.
Et dans la dernière se trouvait celle qu'il était venu chercher. Bellatrix ne dormait pas. Assise sur sa couchette, elle le fixait de ses yeux luisants, plus calme qu'il ne l'avait jamais vue. Comme si elle savait ce qui allait se passer.
— Que me vaut cet honneur ? dit-elle d'une voix lente, rauque et railleuse.
— Lève-toi et suis-moi.
Elle ne bougea pas, une lueur vaguement amusée dans le regard. Comme si toute cette mise en scène lui semblait particulièrement intéressante. Il ouvrit la porte de la cellule d'un coup de baguette et leva cette dernière vers le visage de la prisonnière. Le sourire de Bellatrix s'accentua devant sa main tremblante.
— J'ai dit debout, répéta-t-il d'une voix sèche.
Elle se leva de mauvaise grâce, sans pour autant venir vers lui.
— Tu penses vraiment en avoir le cran, Sang-de-bourbe ?
— Ne m'appelle pas comme ça.
Le pli amer de sa bouche devint cruel. Elle s'avança d'un pas.
— Il les a tués aussi, tu sais. Tes parents.
Il ne se retourna pas lorsqu'elle pointa du doigt son mari, profondément endormi dans sa cellule.
— Comme si tu te souvenais d'eux.
— Je me souviens de chaque visage de ceux que j'ai tué. J'aime me rejouer ces scènes de jouissance avant de m'endormir.
La bile lui remonta le long de la gorge. Sa baguette glissait dans sa main moite. Désespéré de la faire taire, il la bâillonna d'un geste et ligota ses mains d'un autre sort. Et sans un mot, il l'empoigna par le coude et la tira hors de sa cellule. Elle tenta de se débattre, l'espace de quelques instants. Jusqu'à ce qu'il lui jette un sortilège de l'Imperium qui la rendit infiniment plus docile.
Il jeta un nouveau coup d'œil à sa montre. Il avait deux minutes de retard sur leur timing.
Pressé et le front couvert de sueur, il redescendit les marches à toute vitesse avec sa prisonnière. Il s'arrêta un instant au premier étage et tendit l'oreille vers le poste de garde. Lorsqu'il entendit Shannon bavarder tranquillement avec les deux autres, il sut que la voie était libre.
Il accéléra le pas jusqu'au rez-de-chaussée, où il traversa le hall en jetant de fréquents coups d'œil par-dessus son épaule. L'endroit était totalement désert. Il poussa la porte qui menait à la cave, fit passer Bellatrix devant lui et ils descendirent les volées de marches étroites jusqu'à la salle des archives, bourrée à craquer de piles entières de dossiers et de parchemins. Puis, selon les informations très précises qu'on lui avait données, il déverrouilla d'un coup de baguette le lourd battant qui menait aux souterrains ouest.
Cela faisait des années que les oubliettes étaient inutilisées. Les longs couloirs creusés à même la roche suintaient d'humidité et les anciennes torches encastrées dans les murs étaient éteintes depuis longtemps. Le sol terreux était couvert de poussière et il pouvait entendre des rats courir dans la pénombre.
Réprimant un frisson de dégoût, il entraîna sa victime dans le boyau sombre et tortueux et ne s'immobilisa que lorsque la faible lumière de la salle des archives ne fut plus qu'un point lumineux dans leurs dos. Il la fit asseoir dans un renfoncement, puis leva le sortilège de l'Imperium. D'abord désorientée, Bellatrix finit par le fusiller du regard. Même devant la perspective de sa propre mort, elle gardait toute son arrogance et sa superbe. Le visage lisse, il lui ôta son bâillon. Même si elle criait, personne ne l'entendrait de toute façon, aussi loin sous terre.
— C'est ici que tu vas me tuer ? cracha-t-elle. Comme une vermine ?
— C'est tout ce que tu mérites, répondit-il avec calme. Après tout ce que tu as fait.
— Alors qu'est-ce que tu attends ?
Elle le défiait du regard, sans une seule trace de peur dans ses prunelles. Même là, assise dans la crasse et l'obscurité, elle le toisait avec la morgue dont elle avait toujours fait preuve. Il se sentit intimidé par ces yeux étincelants. Une sueur froide lui coula le long du dos et sa paume moite se crispa sur sa baguette. Il devait partir. Tout de suite.
— J'attends le bon moment, croassa-il.
D'un geste tremblant, il lui lança un Petrificus Totalus. Il était peu probable qu'elle puisse se déplacer jusqu'à la porte et l'ouvrir en étant ligotée, mais on n'était jamais trop prudent.
Il s'empressa ensuite de tourner les talons comme s'il avait le diable aux trousses. Lorsqu'il referma le lourd battant de bois, il dut réprimer une forte envie de vomir.
Un coup d'œil à sa montre. Minuit moins douze. Il était temps de remonter, le temps pressait.
Lorsqu'il ouvrit la porte du poste de garde, Shannon était toujours là, et son collègue était toujours aussi captivé par le discours de sa complice. Cette dernière sembla se détendre lorsqu'il lui adressa un clin d'œil.
Sur les écrans que personne ne regardait, la cellule de Bellatrix Lestrange était vide.
Lundi, 7h56
A moitié réveillé, Harry donnait son biberon à Lily, bâillant à s'en décrocher la mâchoire. Derrière lui, dans leur petite cuisine encombrée, Ginny servait le petit-déjeuner à leurs deux aînés, enroulée dans sa robe de chambre aux couleurs des Harpies.
— Tu as prévu quelque chose aujourd'hui ? demanda Harry, du ton le plus décontracté possible.
— Je vais amener les enfants chez mes parents avant d'aller me poser au parc, je dois envoyer un article freelance au Sorcier du Dimanche dans quatre jours.
— Sur quel sujet ?
— J'ai une série d'interviews des Frelons de Wimbourne qu'il faut que je rédige au propre.
Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas discuté d'un sujet aussi insignifiant et superficiel. Leurs tons légers étaient cependant voilés d'une certaine tension, comme si l'un ou l'autre redoutait le moment où cet instant dépourvu de la moindre dispute volerait en éclats. Comme souvent ces derniers temps, malgré le fait que tout aille plus ou moins bien.
Depuis leur rendez-vous initial chez la thérapeute, leur relation s'était quelque peu réchauffée. Les douces paroles du docteur Fletcher leur avaient permis de se poser et de réfléchir sur leur couple pour la première fois depuis longtemps. Ils y étaient retournés une seconde fois samedi dernier, plus confiants que lorsqu'ils avaient franchis les portes une semaine plus tôt. Leurs échanges avaient été plus mesurés. Mais même après ces progrès concluants, il subsistait une certaine peur que les choses redeviennent comme avant. Alors, l'un comme l'autre, ils tentaient de faire des efforts, petit à petit. A tel point que la nuit dernière, Ginny avait même accepté qu'Harry remonte enfin dormir à ses côtés dans le lit conjugal. Un progrès considérable, même s'ils n'en parlaient pas.
— Et toi ? demanda-t-elle soudain. Un programme précis aujourd'hui ?
Harry apprécia l'effort malgré son ton neutre. Il savait à quel point elle détestait parler de son enquête à Azkaban. Mais elle tentait tout de même de s'y intéresser ces derniers temps, et il ne pouvait que lui en être reconnaissant.
— Rien de particulier, répondit-il en berçant Lily jusqu'à entendre un petit rot. Quelques interrogatoires à la prison, un peu de relecture de dossiers histoire de voir si on n'a pas raté quelque chose…
Ils s'immobilisèrent tous les deux lorsque quelqu'un frappa soudain à la porte d'entrée et échangèrent un regard interrogateur.
— Tu attendais quelqu'un ? l'interroge Ginny.
— Non. Toi non plus ?
Elle secoua négativement la tête, les sourcils froncés. Les coups sur la porte redoublèrent d'intensité, pressants. La jolie rousse s'empressa de quitter la cuisine d'un pas rapide, laissant ses deux garçons se battre avec la cuillère du pot de confiture. Harry, tenant toujours Lily dans les bras, tendit l'oreille avec curiosité. Il perçut une voix précipitée qui lui était familière, un courant d'air glacial, une odeur de pluie et le bruit de la porte qui se refermait.
Quelques vingtaines de secondes plus tard, Clara déboulait dans la pièce, ses cheveux bruns trempés et ses yeux bleus remplis de panique. Ginny la suivait de peu, à la fois déroutée et vaguement agacée.
— Il s'est passé quelque chose ? s'inquiéta aussi Harry, son regard inquiet naviguant de sa collègue à sa femme.
— Bellatrix a disparu ! laissa échapper Clara sans préambule.
Un silence lourd et étouffant s'abattit sur la cuisine. Même Albus et James semblèrent percevoir le changement d'atmosphère car ils se turent aussitôt. Ginny pâlit et Harry devint livide. Il avait l'impression que ses sens avaient disparu, comme si on avait posé un oreiller sur son visage pour l'étouffer. Ses mains se crispèrent sur le body bleu de Lily, et il dut faire un gros effort pour prendre une profonde inspiration et s'exprimer de la manière la plus normale possible.
— Comment ça, disparue ? articula-t-il.
— Elle n'est plus dans sa cellule !
— Je me doute bien, mais comment ? Quand ?
Les questions se bousculaient dans sa tête et la panique lui serrait la gorge. Si Lestrange s'était évadée… Il ne voulait pas y penser. Il ne pouvait pas y penser.
— C'est Rodriguez qui a constaté sa disparition ce matin en faisant sa ronde.
— Et les caméras de surveillance ?
— Tu sais bien qu'elles n'enregistrent rien.
— Mais il y avait bien un gardien qui les observait ?
— Ils n'ont rien vus.
Clara pinça les lèvres. La peur qu'il lisait dans ses prunelles égalait la sienne.
— Si la presse le sait…, murmura-t-il soudain.
— On la retrouvera avant, affirma la jeune femme avec détermination. Mais il faut que tu viennes pour superviser les recherches.
Harry hocha la tête et tenta de juguler sa panique. Il devait garder la tête sur les épaules. C'était lui qui allait devoir prendre les décisions, il ne pouvait pas flancher.
— Allons-y, approuva-t-il d'un ton plus calme. Ginny, prends les enfants et reste chez tes parents. S'il te plaît, ajouta-t-il en voyant qu'elle s'apprêtait à protester. Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit, et si cette folle est dans la nature, tu peux être sûre d'être sa première cible.
Ginny opina, vaincue par le sérieux et la frayeur qu'elle ressentait chez lui. Elle tendit les bras pour prendre Lily et se pencha même pour l'embrasser au coin des lèvres. Quelque chose qu'elle n'avait pas fait depuis longtemps.
— Vas-y et ne t'inquiète pas pour nous, lui assura-t-elle d'une voix ferme. Je resterai au Terrier jusqu'à ce soir si ça peut te rassurer.
Il la remercia dans un murmure soulagé, l'embrassa à son tour, fit de même avec les enfants, puis suivit Clara qui était déjà partie en coup de vent. Il la rejoignit sur le perron battu par la pluie, la boule dans son ventre ne cessant de prendre de l'ampleur. Il aperçut un journaliste caché dans les haies de l'autre côté de la rue, et il lui fallut tout son self contrôle pour ne pas laisser sa peur transparaître sur son visage.
Clara disparut la première et il la suivit à quelques secondes d'intervalles. La nouvelle l'avait tant secoué qu'il fut pris d'une envie de vomir peu habituelle après son transplanage. Mais il n'avait pas le temps de s'attarder sur ce genre de détails. Il y avait une folle furieuse dans la nature.
— Vous êtes là !
Gabrielle semblait particulièrement soulagée lorsqu'elle les vit sortir de la salle de transplanage. Elle s'empressa de les rejoindre d'un pas rapide, l'air plus pâle et fatigué que jamais.
— Clara t'a dit ?
— Non, on a pris le thé en bavardant de notre week-end, ironisa l'intéressée.
— Elle m'a dit, coupa Harry d'un ton qui ne laissait aucune place à la plaisanterie. Qui était là cette nuit ?
— Adamski, Robins et Ackerley étaient de service. Bishop était à la réception. Walker surveillait Letterford.
— Et personne n'a rien vu ?
— Non, rien du tout. Bishop avoue avoir déserté son poste une dizaine de minutes pour aller papoter un peu avec les gardiens, mais je ne vois pas comment Bellatrix aurait pu sortir de la cellule sans aide.
— Moi la question que je me pose, c'est si elle s'est échappée ou si c'est le tueur qui l'a emmenée quelque part, fit remarquer Clara.
Un silence méditatif suivit ces paroles. Harry fronça les sourcils, réfléchissant à toute vitesse, mais ce fut Gabrielle qui le devança.
— Si le tueur avait voulu s'en prendre à elle, il l'aurait tuée dans sa cellule ou aurait trouvé un stratagème ingénieux pour l'attendre sans avoir à la faire disparaître. Comme pour tous les autres.
— Sauf s'il lui en voulait à elle particulièrement.
— Harry, qu'est-ce que tu proposes ?
Les deux femmes le regardèrent avec un mélange d'interrogation et de désespoir. Il y eut un instant de flottement, pendant lequel il se retint pour ne pas laisser la panique le submerger. Il devait réfléchir. Méthodiquement et posément. Il ne répondit qu'une fois devant les portes de l'ascenseur.
— Vu l'urgence de la situation, on va remettre notre visite à Letterford à une date indéterminée, décida-t-il. La priorité est de retrouver Bellatrix. Vous êtes d'accord ?
Clara approuva, et Gabrielle finit par opiner après un instant d'hésitation. Interroger la prisonnière était urgent, mais pas plus qu'une détenue disparue.
— Bien, on va essayer de s'organiser le plus efficacement possible, poursuivit Harry. Gaby, tu vas au Ministère, tu préviens Kingsley, Robards, et tu ramènes une grosse équipe. Je veux cette prison fouillée de fond en comble, compris ? Clara, je veux savoir exactement ce qu'il s'est passé cette nuit, s'il est possible de retracer le parcours de Bellatrix, je veux que ce soit fait. Interroge Adamski, Ackerley, Walker et Robins. Je me charge de Rodriguez, Bishop et Lestrange.
Il n'eut pas besoin d'ajouter que les choses devaient être faites rapidement. Gabrielle hocha à peine la tête et partit avant même d'entendre la fin de sa tirade. Clara, quant à elle, le précéda dans les escaliers qui descendaient aux étages inférieurs, vers le poste de garde.
Pressés et agités, ils ne virent pas la silhouette immobile tapie dans l'ombre des marches menant au neuvième étage. Figée par le choc, elle mit plusieurs secondes à bouger. Lorsqu'enfin elle reprit le contrôle de ses muscles, un juron s'échappa de ses lèvres. Elle s'engagea dans les escaliers, aussi silencieuse qu'un fantôme, et dévala rapidement les volées de marches qui se déroulaient devant elle.
Elle s'immobilisa sur le seuil du septième. Walker n'était pas là. Elle était en bas avec les autres, à la demande des Aurors. Elle n'avait qu'une poignée de secondes devant elle. Trois minutes tout au plus. Après cela, sa pause toilettes leur semblerait suspecte.
La discrète silhouette franchit le sas de sécurité et alla immédiatement au fond du couloir, espérant à moitié avoir mal entendu les Aurors. Ils avaient dit vouloir parler à Letterford. Mais pourquoi ? Pour l'accuser définitivement ? Ou lui extorquer des renseignements ? Si cela avait été la première option, ils seraient venus l'interroger directement quant à la disparition de Bellatrix, non ?
Elle s'immobilisa devant la cellule, le visage lisse mais un filet de sueur froide dans le dos. Et le sourire en biais de Letterford n'apaisa pas ses craintes.
— Tu te décides enfin à venir me voir ? lança la prisonnière d'une voix traînante.
Elle souriait, pourtant on pouvait voir la peur au fond de ses prunelles.
— Tu sais.
— Bien sûr que je sais.
— Comment ?
— Selwyn. J'ai tout vu. Aucune discrétion, c'était assez incroyable.
Il y eut un instant de silence. La silhouette anonyme sentit sa gorge se serrer et la panique enfler dans sa poitrine.
— Qu'est-ce que tu veux ?
— Je sais qui tu es, en revanche, je ne sais rien du pourquoi, répliqua nonchalamment Letterford, ignorant sa question. Pourquoi tuer, pourquoi m'accuser, pourquoi prétendre.
— Ce ne sont pas tes affaires.
— Un peu quand même. Je serai curieuse de savoir ce que les Aurors feraient de mes informations.
— Qu'est-ce que tu veux ?
— La vérité.
— Rien d'autre ?
C'était trop beau pour être vrai. Elle ne pouvait pas lui demander que cela.
— La liberté.
Evidemment. La silhouette inquisitrice resta silencieuse quelques secondes. Le temps d'une courte réflexion.
— Très bien. Je t'aide à t'évader. Et en échange tu ne dis rien aux Aurors.
— N'oublie pas ma seconde condition.
— Et je te dirais tout ce que tu veux savoir.
— Quelle garantie est-ce que j'ai ?
— Ma parole.
— Celle d'un assassin.
— Tu devras t'en contenter.
Letterford pinça les lèvres. Mais elle n'avait pas le choix. Elle ne pouvait qu'accepter. Elle n'était pas un maître chanteur surpuissant. C'était ça ou la mort.
— Parfait. Quand ?
— Je te ferais parvenir les détails une fois que tout aura été organisé.
Et la silhouette tourna les talons avant qu'une autre exigence ne claque dans l'air. Ou qu'on vienne la chercher et qu'on la trouve ici.
Elle descendit les escaliers en courant presque, les rouages de son cerveau fonctionnant plus vite que jamais. Elle allait devoir rendre visite à Curtis pour aviser de la conduite à tenir. Mais au fond d'elle, quoi qu'il dise, elle savait déjà la seule et unique chose à faire.
Tuer Letterford. Et se trouver un nouveau coupable idéal à accuser.
Mardi, 01h21
Enfin. Le moment qu'elle avait attendu depuis tant de temps. Bientôt, très bientôt, sa vengeance allait être accomplie. Elle était légèrement en retard sur son timing, mais elle ne s'en faisait pas. Elle savait que son complice lui fournirait une couverture en béton. Il mourrait pour elle, elle en était convaincue.
Elle descendit les marches jusqu'à arriver dans la salle des archives et slaloma entre les étagères bourrées de parchemin jusqu'à la porte menant aux souterrains ouest. Elle la déverrouilla d'un coup de baguette, puis la referma derrière elle après avoir murmuré un Lumos. La lumière blanche troua l'obscurité, l'aveuglant presque et faisant fuir les rats. Le cœur battant, elle remonta l'allée humide à pas lents.
Au bout du couloir, elle le savait, l'attendait l'accomplissement de plusieurs années de réflexion, de haine et de désespoir. Enfin, elle touchait au but. Et sans même avoir été attrapée. Ce sentiment la rendait ivre de puissance. Agir impunément sous le nez de ces Aurors. C'avait définitivement été la partie la plus amusante de leur plan mûrement réfléchi.
Et soudain, elle était là. Un corps immobile et rigide, affalé contre le mur suintant. Elle savoura cette sensation de pouvoir, cette supériorité tant attendue. Enfin, elle pouvait la regarder d'en haut et pas avec terreur.
— Salut, Bella, murmura-t-elle.
Elle ne savait pas si c'était son imagination, mais elle crut percevoir une lueur de panique dans le regard de sa future victime. Curtis lui avait toujours dit de s'adresser à ses proies avec condescendance, d'un doucereux dédain. Et elle n'avait jamais été déçue en appliquant ses précieux conseils. Le surnom affectueux sonnait comme une insulte dans sa bouche.
D'un mouvement paresseux du poignet, elle délivra Lestrange de ses cordes et du maléfice du Saucisson dont elle était entravée. L'étonnement qui traversa les yeux de la prisonnière fut vite remplacé par de la douleur sous le coup du Doloris qui suivit. Ses cris de souffrance emplirent l'endroit, résonnant sur les murs humides. Sa tortionnaire eut un sourire presque extatique. Elle avait parfaitement choisi le lieu. Les hurlements de sa victime étaient une douce musique à ses oreilles. Une mélodie agréable qui remplissait son cœur de joie.
Debout dans ces souterrains sombres, exaltée, elle perdit toute notion du temps. Il n'existait rien d'autre que la baguette dans sa main, ses ongles qui s'enfonçaient dans sa paume, le corps de Bellatrix qui se tordait de douleur sous ses yeux écarquillés.
Lorsqu'enfin son regard tomba sur l'écran lumineux de sa montre, elle se rendit compte qu'elle était bien trop en retard. Son complice ne pourrait pas détourner l'attention des autres plus longtemps. La prison était sens dessus dessous depuis l'effervescence provoquée par la disparition de la prisonnière, il avait été difficile de s'octroyer rien que cinq minutes, mais elle était déjà partie depuis un bon quart d'heure. Elle devait repartir. Tout mettre en place. Vite.
Mais avant, elle avait un dernier détail à régler.
— Je suis sûre que tu vas apprécier ce qui va suivre, susurra-t-elle avec douceur.
A ses pieds, Bellatrix haletait sans pouvoir bouger. Le Doloris avait marqué son corps de stigmates irréversibles. Ses yeux roulaient dans leurs orbites, ses ongles s'étaient cassés à force de s'enfoncer dans le sol dur, sa langue était mordue jusqu'au sang, au point qu'un filet coule entre ses lèvres. Certains de ses membres formaient des angles étranges et peu naturels. Elle n'était qu'un corps rompu, brisé, à moitié mort.
Pourtant, ce n'était toujours pas assez pour son bourreau.
La tueuse posa sa baguette sur le sol d'un geste délibérément lent et sortit des replis de sa cape un long couteau dont la lame aiguisée scintilla subtilement dans le faisceau de lumière tremblant qui éclairait la scène.
— Berwick était sans aucun doute un idiot doublé d'une brute, souffla-t-elle en admirant son arme. Mais il avait des méthodes intéressantes. Il paraît que le corps de cet Auror était méconnaissable après qu'il ait croisé sa route. Tu penses qu'on pourra reconnaître le tien ?
Un véritable bonheur l'emplit lorsqu'elle sentit la peur panique émaner en vagues de Bellatrix. C'était si jouissif.
Elle s'accroupit à hauteur du visage de sa victime et planta ses yeux dans les siens. La lueur de folie qui les habitait n'était pas seulement due à son esprit malade ou à son long enfermement, mais aussi à la torture subie ces dernières minutes.
— Tu as vécu comme une chienne, tu mourras comme une chienne.
Elle leva le bras et abattit le poignard d'un coup sec.
Mardi, 8h32
Harry écrasa un bâillement en sortant de la salle de transplanage, Gabrielle et Clara sur ses talons. Elles ne semblaient pas plus réveillées que lui. La première avait l'air chiffonné de celle qui vient de se réveiller et la seconde avait encore les marques de son oreiller sur le visage.
— Punaise, ça faisait bien longtemps que je n'avais pas fait une nuit aussi courte, grogna Gabrielle en s'étirant.
Les deux autres n'eurent même pas la force d'acquiescer. La journée de la veille avait été éreintante. Ils avaient passé des heures à fouiller la prison de fond en comble, du bureau de Young jusqu'à la cour pénitentiaire sur le toit, avec presque la moitié du département des Aurors avec eux. Quelques-uns de leurs collègues avaient même poussé le vice à aller jeter un coup d'œil dans la salle des archives, mais il était vite devenu évident que personne n'y avait mis les pieds depuis des lustres.
Lorsqu'il était devenu évident que Bellatrix ne se trouvait pas à Azkaban, ni même sur l'île, certains ayant passé le cimetière au peigne fin, ils avaient étendu les recherches au continent. Mais bien sûr, pas une trace de l'ancienne disciple de Voldemort. Ils n'arrivaient même pas à savoir si elle s'était enfuie ou si le tueur lui avait mis la main dessus. Ils n'avaient aucun indice. Aucun.
Même les interrogatoires avaient été inutiles. Clara avait eu beau cuisiner les quatre gardiens présents, tous soutenaient qu'ils n'avaient rien vu, rien entendu, que ça avait été une nuit comme une autre. Harry n'avait lui aussi rien pu tirer de ses témoins. Rodriguez n'avait rien vu d'anormal lors de sa ronde du matin, Bishop affirmait n'avoir fait entrer ou sortir personne et Lestrange avait été profondément endormi dans sa cellule toute la nuit et n'avait rien entendu. A voir son visage sombre, Harry ne doutait pas qu'il lui disait la vérité.
Ils avaient poursuivi les recherches jusqu'à une heure avancée, jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus tenir debout. L'équipe de nuit avait pris le relai pour poursuivre la chasse à l'homme sur le continent, montant un portrait-robot, le diffusant dans les journaux et placardant des centaines d'affiches dans les rues. Et ils étaient partis se coucher pour à peine quelques heures de sommeil, incapables de dormir sereinement.
Au plus grand soulagement d'Harry, Ginny avait accepté de rester chez ses parents en sécurité jusqu'à la capture de Bellatrix, sous la bonne garde de quelques Aurors. Ron, Hermione et leurs enfants les y rejoindraient en début de matinée pour leur tenir compagnie. Il ne doutait pas que Molly et Arthur devaient être ravis de voir le Terrier surpeuplé de nouveau.
— Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Gabrielle dans un soupir. Est-ce qu'on fouille encore une fois la prison ?
— A quoi bon, on a été plus que minutieux hier, marmonna Clara en étouffant un bâillement. Elle ne se cache nulle part sur cette fichue île.
— Sauf si le tueur a dissimulé son corps quelque part.
Gabrielle elle-même ne croyait pas à cela, au vu de sa moue peu convaincue.
— On devrait aller rendre visite à Letterford, lança-t-elle soudain.
— On n'a pas le temps, la contredit distraitement Harry.
— Et qu'est-ce que tu veux faire à la place ? Te tourner les pouces en attendant d'avoir une vision prémonitoire ?
— Ce n'est pas drôle, grinça-t-il, les dents serrées. Il faut qu'on la retrouve.
— On sait que tu te fais du souci pour ta famille, Harry, murmura Clara d'une voix douce. Mais il n'y a rien qu'on puisse faire pour le moment. Rien de plus que ce qu'on a déjà fait en tout cas. Tes enfants sont chez tes beaux-parents sous haute protection, non ?
— Avec Ginny, oui. Seulement… Aïe ! Mais qu'est-ce qu'il te prend ?
Furieux, il se frotta l'arrière du crâne, où Gabrielle venait de le frapper avec une force insoupçonnée pour une femme de sa taille.
— Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?
— L'idiot, rétorqua son amie en appuyant sur le bouton de l'ascenseur. Rebecca m'a tout avoué ce week-end. Ça m'était sorti de la tête avec toute cette histoire, mais maintenant que tu me le rappelles, je te devais une claque.
— Oh, marmonna-t-il, gêné. Tu es… en colère ?
— Tu fais ce que tu veux de ta vie Potter, ça ne me regarde pas, c'est entre toi et ta femme. Seulement, si je te reprends une seule fois à picoler autant, tu auras affaire à moi, c'est clair ?
— Très clair.
Le regard médusé de Clara sautait de l'un à l'autre, d'Harry et son air embarrassé, à Gabrielle et son regard agacé, démenti par le sourire amusé qui jouait sur ses lèvres. Elle n'eut cependant pas l'occasion de leur demander de quoi il retournait exactement. Un hurlement à faire froid dans le dos leur parvint depuis les étages inférieurs. Sans même échanger un regard, ils s'élancèrent dans les escaliers, alors que les portes de l'ascenseur s'ouvraient enfin sur la cabine vide, Letterford chassé de leur esprit.
Ils dévalèrent les marches le plus vite possible, jusqu'à arriver à l'origine de ce cri surhumain, qui s'éteignit peu avant qu'ils ne mettent pied dans le hall. Quelques mètres devant eux s'étalaient le corps inanimé de Bishop, très probablement évanouie.
Et ils comprirent rapidement pourquoi.
Le choc et l'horreur se peignirent sur leurs visages. Sous leurs écarquillés se trouvaient l'objet de tous leurs tourments de ces dernières heures. Bellatrix. Torturée. Mutilée. Défigurée. Morte.
Harry dut détourner la tête pour juguler sa violente envie de vomir. Une part de lui se sentait soulagée de savoir sa famille à l'abri de cette folle furieuse. Mais dans le même temps, il se sentait envahi par la frustration.
Le tueur d'Azkaban avait encore frappé. Et il s'était montré totalement impuissant pour contrer ses plans.
Note de fin : Merci beaucoup pour votre lecture ! *coeur* Avant que vous ne fermiez la page, quelques petites choses à vous dire !
1 - Je me suis honteusement trompée de prénom dans le précédent chapitre : le copain de Gabrielle s'appelle bien Elijah, et non Elliott, qui est un OC d'une autre fiction (et qui, ici, est le mari décédé de Vivian, dans les flashbacks XD). Désolée pour l'erreur, ça a été corrigée, et merci à la revieweuse qui m'en a fait part ! :hug:
2 - Je suis actuellement en train d'écrire le dernier chapitre, qui sera suivi d'un épilogue. Et j'aurais donc une petite question : qui voulez-vous voir dans cet épilogue ? Je comptais faire un petit panorama des personnages principaux, mais si jamais vous voulez voir apparaître des secondaires, n'hésitez pas à m'en faire part, j'essaierai de tenir compte de vos souhaits le plus possible !
3 - Alors, est-ce que vous avez deviné qui était le tueur ? Je vous jure que c'est largement trouvable ! XD Et sinon, plus généralement, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Quels passages vous ont plu ou déplu ? J'ai hâte de connaître vos avis ! :D
Et pour fini, je vous dis à très bientôt, merci d'avoir lu jusqu'au bout. :hug: On se retrouve la semaine prochaine pour un dernier flash-back, bisous tout le monde ! *coeur*
