Titre : Himitsu
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Tout est à Clamp ou presque.
Note : Pfff… j'aime pas chercher les titres. Un chapitre un peu plus court aujourd'hui, mais il le fallait si je voulais couper au bon endroit. Allez, un peu de brutalité dans ce monde de… brutes :p C'est reparti pour une séquence Action ! Kurogane est fâché, il va y avoir du steack collé aux murs !
La review des reviews
Irissia : Eh bien on va voir tout ça ! Et c'est reparti pour un tour dans le monde enchanteur et merveilleux de Kajara !
Aelin : héhé, je sais, je suis vilaine. A quelle heure je poste ? ça dépend en fait. En principe, sur mes autres fics, je postais toujours aux alentours de minuit – 1H du matin, mais cette fois c'est un peu différent, parce que, contrairement à mes habitudes, tous mes chapitres n'étaient pas entièrement rédigés avant que je commence à publier. Du coup, il me faut les écrire entièrement chaque jour, ce qui prend un certain temps. Alors je poste un peu quand je peux… Hier j'ai posté à 4H du matin, je crois, mais je ne suis pas insomniaque, je travaille de nuit et j'ai posté à partir du boulot. Enfin, une chose est sûre, la prochaine fic, je refrènerai mes pulsions de publication jusqu'à ce qu'elle soit entièrement terminée, parce que c'est vraiment trop dur et trop crevant d'écrire onze à douze pages word par jour, de relire, de corriger, d'uploader, de re corriger et de publier... heureusement, j'avais quand même fini le plan.
Kuroxfyechan : Même pas peur ? si tu le dis :p C'est vrai que je les ai un peu beaucoup « tués », nos deux copains, mais bon, promis, pour la prochaine fic, ce sera quelque chose de différent, un autre genre d'intrigue, histoire de varier les plaisirs. Au lieu de les « tuer », je me contenterai de les torturer. Non ? L'histoire du dragon, oui, j'aimais bien, je trouvais ça sympa et c'était un bon moyen de détourner l'attention des gardes, sans quoi je ne sais pas comment je me serais débrouillée pour sortir Fye de ce pétrin.
Niacy : Nice timing ! Tu reviewtes juste quand j'étais en train de répondre à tout le monde et que j'allais uploader le chapitre suivant ! Comment Arsyam sait-il qu'il s'agit d'une plume de Sakura, tu le sauras plus tard… peut-être, si tu es sage. C'est une histoire compliquée. Et pour ce pauvre Fye, il n'a vraiment pas de bol en ce moment, c'est vrai. Mais bon, tu sais ce qu'on dit : ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Par contre, ce qui nous tue… nous tue. Oui, je sais, avec ça, tu es bien avancée… allez, la suite !
Pour bien secouer les pruniers, tralala lala lala lala, il faut manger des bons pruneaux, tralala lala lala lala, et pour bien me reviewter, tralala lala lala, c'est en bas, au centre, en vert ! (désolée, je fatigue)
Chapitre 28 – Démence
Kurogane bondit en avant avec un cri de rage. Délaissant le mage qui ne représentait plus de danger, tous les soldats se précipitèrent à sa rencontre en brandissant leurs armes, et le fracas du choc des lames entre elles emplit l'atmosphère. Les hommes du roi formaient une barrière d'acier, de cuir martelé, de muscles et de volonté entre le ninja et son compagnon à terre. Et cela rendait le brun dernier furieux. Fye était un dur à cuire, en dépit de ce que son apparence laissait penser, et le coup qui l'avait atteint n'était pas mortel. Même s'il avait été gravement touché, il s'en sortirait sûrement, à condition d'en avoir la volonté, mais c'était bien là tout le problème. Après ce qu'il venait d'entendre, il ne l'avait peut-être plus.
Arsyam était, semblait-il, un spécialiste de toutes sortes de poisons. Des poisons pour le corps, mais également pour l'âme, et celui qu'il venait d'inoculer au magicien était le pire de tous, la Culpabilité. Qu'il ait dit la vérité ou non importait peu, la seule chose qui comptait, c'était que le blond avait entendu ses paroles et sa réaction prouvait qu'il en avait immédiatement saisi toute la portée : une plume protégeait Rozamova, il avait tué la princesse et détruit les plumes, c'était donc sa main qui était coupable de l'anéantissement de ce pays et tous ses habitants auxquels il s'était profondément attaché. Malédiction, ironie du sort, quel que soit le mot qu'on utiliserait pour décrire la situation, cela n'en atténuerait jamais l'horreur et la cruauté. Le guerrier en était bien conscient, et c'était la raison pour laquelle il voulait rejoindre rapidement son équipier. Il devait être près de lui, à ses côtés, simplement parce qu'il sentait que sa présence était importante, il ne voulait pas le laisser seul.
Au centre de la pièce, le roi de Kajara partit d'un éclat de rire sardonique.
- Une plume ! Une plume ! s'écria-t-il. Il a suffi d'une simple petite plume !
Debout ainsi au milieu du grand tapis, sa robe blanche maculée de rouge, le menton ensanglanté, la bouche déformée par un rictus empli d'une joie cruelle et les yeux écarquillés, il avait l'air plus dément que jamais. Il tenait à peine sur ses jambes, il titubait en s'avançant en direction du blond, qui était étendu sur le tapis, immobile, sans qu'aucun signe ne permette de dire s'il était encore conscient.
Par-dessus les gardes qui lui tenaient tête, le ninja vit Gorgo s'emparer d'un grand chandelier et s'interposer entre le corps du blessé et le souverain qui s'approchait toujours. Mais ce dernier lança un sortilège et le colosse fut balayé comme un fétu de paille dans le vent. Il retourna s'écraser contre le mur auquel il était adossé un instant plus tôt.
Arsyam se pencha sur le magicien, le prit par les cheveux et le souleva à demi. Fye demeura sans réaction, inerte, le visage blême, paupière close. Une large tache de sang maculait son manteau, dans son dos mais également sur le devant.
- Est-ce que tu es mort ? demanda doucement le roi, en lui saisissant le menton de sa main libre.
Il n'obtint aucune réponse, et il se remit à ricaner.
- Non, tu es encore en vie, n'est-ce pas ? Je n'arrive pas à le croire. Je n'arrive pas à croire que toi, qui as défait en quelques secondes quarante de mes hommes, tu sois tombé à cause d'une simple petite plume. C'est si… ridicule.
Il ouvrit les doigts et lâcha sa victime, qui s'effondra à nouveau sur le tapis. Puis il fit mine de se relever, changea d'avis, se pencha une deuxième fois, le reprit par les cheveux et le souleva encore.
- Maintenant, tu me comprends, n'est-ce pas ? Tu comprends le sens de mes recherches. Tu sais pourquoi je fais tout ça. Regarde-toi, misérable petite créature agonisante. Tu étais très fort, tu étais un grand mage, et tu étais aussi un bon combattant, et pourtant, il a suffi de deux mots pour que je te détruise. Tu vas mourir à cause de deux petits mots pleins de douceur, "une plume". Tu ne trouves pas ça ironique ? Les humains sont si fragiles, si pathétiques, un faux pas et c'est la fin. Mais moi, Arsyam de Jalya, je vais mettre fin à toute cette médiocrité. Je nettoierai l'univers entier de cette… pestilence qu'est la race humaine, et grâce à moi…
Tout à coup, il s'interrompit et releva la tête. Il avait senti quelque chose, un mouvement magique inattendu, quelque part dans le château. Les événements s'enchaînèrent alors très vite.
Les commissures des lèvres du ninja, qui avait également perçu le flux de pouvoir, se relevèrent en un sourire carnassier. C'était le signal qu'il attendait. Haiena et ses compagnons avaient terminé leur part du travail. Il n'était plus nécessaire de faire traîner les choses pour leur laisser du temps.
Il concentra ses forces pour lancer une ultime attaque, en faisant appel à la puissance d'Inuki. Après avoir eu un aperçu des inconvénients que pouvait représenter le fait d'héberger le fragment divin à l'intérieur de son corps, il était temps de juger des avantages que cela pouvait avoir. Une vague de chaleur le parcourut, et il se sentit gagné par une sensation euphorique. Le dieu aussi bouillait de passer à l'action. S'il se fichait éperdument du mage, il ne pouvait pardonner le comportement du roi à l'égard de ses fidèles et de la Vie en général. Il était plus que content d'avoir une chance d'aider à y mettre bon ordre.
- Hama ryû-oh jin !
La voix de Kurogane résonna dans la pièce comme un coup de tonnerre. Des volutes d'énergie rougeoyantes jaillirent de la garde de son sabre et s'enroulèrent autour de sa lame, comme des serpents évanescents dont la tête avait la forme de celle d'un chien à la gueule ouverte et aux yeux flamboyants. Lorsque le guerrier abattit son arme, elles filèrent droit devant elles, à une allure folle, et allèrent frapper les derniers soldats à la poitrine, les projetant dans les airs avec des cris de douleur. Ils s'écrasèrent sur le sol et contre les murs, et demeurèrent immobiles. De la fumée s'échappait des plaies calcinées qui couvraient leur corps là où le pouvoir d'Inuki les avait frappés. Aucun d'eux ne fit mine de se relever. Sans s'attarder pour inspecter plus attentivement l'étendue de dégâts causés par ses nouvelles capacités, le ninja se précipita vers son équipier, et surtout, vers celui qui se tenait à côté de lui. Il était temps d'en finir.
Au même instant, Arsyam lâcha le mage et se rejeta en arrière, les deux mains sur le cou, avec un atroce gargouillis. Libéré de l'étreinte qui le maintenait en l'air, alors qu'il aurait dû retomber mollement sur le tapis, Fye accompagna le mouvement, en prenant appui sur ses pieds et ses genoux, pour se retrouver à quatre pattes au-dessus de lui. Ce fut seulement à cet instant que le brun comprit ce qu'il voyait. Les griffes du magicien étaient plantées dans la gorge du souverain. Comme il l'avait fait à Seles quand il s'était retrouvé face à Ashura, le blond avait profité du moment où il s'était retrouvé à terre pour reprendre son souffle, il avait attendu sagement, et lorsque le moment était arrivé, il avait frappé sans hésiter, avec une précision et une rapidité diaboliques. Il avait agi si vite que même son partenaire, pourtant habitué à sa façon de bouger, n'avait pas réussi à suivre son geste du regard.
Le monarque respirait encore, mais le coup avait été porté avec une telle force qu'il l'avait entièrement transpercé et sa colonne vertébrale avait été touchée. Il était paralysé et ne devait d'être encore en vie qu'au fait que l'arme qui lui avait sectionné la carotide était encore dans la plaie et bloquait l'hémorragie. Fye, la tête penchée comme un cheval fourbu, haletait. Les plus longues mèches de sa chevelure dorée balayaient doucement le visage de sa victime, que sa prunelle aux reflets d'or pur fixait avec un éclat dur. Et quand il parla, sa voix était glaciale. Sa colère était restée intacte, malgré l'épuisement qui le faisait trembler.
- Vous avez raison. La vie humaine est fragile et éphémère. Mais, malheureusement pour vous, je ne suis pas comme eux. Je suis un vampire. Je suis allé à Rozamova, j'ai été touché par votre poison, il est entré dans mon corps. La souffrance a été terrible, mais j'y ai survécu. Et vous savez ce qui est le plus amusant ? Si je n'en suis pas mort, ce n'est pas parce que mon corps est plus résistant que celui des hommes normaux, ni parce que mes facultés de récupérations sont supérieures. C'est simplement parce que l'un de ces humains que vous méprisez tant m'a fait comprendre que la vie était une chose importante pour laquelle il fallait se battre. Il disait cela alors qu'il risquait la sienne en restant à mes côtés. Et c'est grâce à cet être humain, cette créature "médiocre et pathétique", selon vous, que je suis arrivé jusqu'ici, et que mes griffes sont plantées dans votre gorge. Il n'a pas ménagé ses efforts pour me soutenir, à chaque instant, et c'est lui qui a trouvé le moyen de me guérir.
En entendant ses mots, Arsyam réagit. Il ne pouvait pas bouger, ni parler, mais l'expression de son regard changea. Elle se teinta de surprise et de déception, ce qui tira au magicien un sourire mauvais.
- Vous l'ignoriez, n'est-ce pas ? Vous ne saviez pas qu'il existait un antidote au mal que vous avez créé. Vous pensiez avoir trouvé un moyen infaillible de détruire le monde, et tout ce que vous attendiez pour mettre vos projets à exécution, c'était de trouver comment y survivre, parce que vous êtes trop lâche ou trop fou pour aller jusqu'au bout de vos convictions et périr en même temps que vos semblables. Mais vous avez échoué, c'est terminé. Si j'étais d'humeur clémente, je vous laisserais mourir dans l'ignorance de ce fameux remède, cela vous épargnererait de prendre conscience de votre propre stupidité. Seulement, aujourd'hui, je suis vraiment en colère.
De sa main libre, il créa une petite boule de glace qu'il coinça entre ses doigts pour la présenter devant les yeux du souverain, qui s'écarquillèrent à nouveau.
- Eh oui, c'était aussi simple que ça. Votre poison ne résiste pas au froid. Adieu, roi Arsyam. Je souhaite que vous emportiez vos regrets dans l'au-delà, et qu'ils vous hantent pour l'éternité.
Le sang du monarque gicla sur son visage quand il retira ses griffes. Le mage se redressa lentement, s'assit un instant sur le ventre du mort, puis vacilla et s'effondra sur le côté, entre les mains du ninja qui avait eu tout le temps nécessaire pour arriver jusqu'à lui, maintenant que plus aucun garde n'était là pour le gêner. Le brun le cala contre lui, et, du revers de sa manche, nettoya sa peau souillée. Fye se laissait faire en silence, sans paraître conscient de sa présence, et Kurogane commençait à s'inquiéter. Mais soudain, il leva les yeux vers lui et lui adressa un petit sourire.
- Décidement, Kuro-chan, dit-il dans un murmure, on dirait que, quelle que soit la situation, je finis toujours dans tes bras.
- Ouais. Ça doit être le destin, ou une connerie dans ce genre.
- Tu es blessé.
- C'est rien. Le clebs va s'occuper de ça. Et toi, ça ira ?
Le magicien écarta les pans de son manteau pour examiner la plaie qu'il portait au ventre. La trace était nette, la lame qui l'avait touché n'avait fait qu'entrer et ressortir et n'avait touché aucun point vital.
- Je pense que oui.
- Et pour… ce que ce type a dit, à propos de Rozamova, tu ne devrais pas y penser. Si ça se trouve ce n'est même pas…
- Kuro-chan… Tu n'as pas besoin de t'inquiéter. Je vais bien.
- Tu es sûr ?
- Oui. J'ai eu tout le temps de réfléchir, quand on était à Argaï, et j'avais déjà pensé que ce qui s'était passé à Rozamova pouvait être l'effet de la destruction d'une plume. Ça a été dur de l'entendre de la bouche de quelqu'un d'autre, c'est tout. Ça m'a fait un choc. Mais, que ce soit la vérité ou non, ça ne change rien. C'est Arsyam qui a placé ce poison à Rozamova, pas moi. Je suis peut-être coupable d'avoir… déclenché cette catastrophe, mais je ne suis pas responsable de ce qui est arrivé. Le seul responsable, c'est lui… et cette femme. Ça ne soulage pas la peine que j'éprouve pour les nours et tous les autres, mais au moins, j'ai pu faire quelque chose pour eux, aujourd'hui.
- Ouais, répondit le ninja, soulagé d'entendre son compagnon parler ainsi. Ce pourri a eu ce qu'il méritait. Tu peux te lever ?
Le mage se déplia avec prudence, et parvint à se mettre péniblement debout, avec l'aide de son équipier. Ils se dirigèrent vers la porte où Gorgo les attendait avec le deuxième prisonnier. Le colosse avait une belle bosse sur le crâne, du sang dans les cheveux, mais il ne paraissait pas gravement blessé. Il s'avança à leur rencontre, l'air inquiet.
- Est-ce que ça va, tous les deux ?
- Ouais, répondit le brun.
- Merci, du fond du cœur, pour ce que vous avez fait.
- Votre révolution vient de faire un pas en avant, dit le magicien. Vous devriez aller retrouver vos amis et profiter de cette occasion faire votre retour en ville. Ne laissez pas à vos adversaires le temps de se retourner.
L'ancien détenu approuva d'un signe de tête énergique.
- Et vous, qu'est-ce que vous allez faire ?
- On s'en va, dit le blond. Notre travail ici est terminé, et d'autres tâches urgentes nous attendent.
- Vous voulez pas vous reposer un peu ?
- Je dormirais bien pendant une semaine, malheureusement cela devra attendre encore un peu. Nous devons partir tout de suite. Bonne chance à vous, et dites au revoir aux autres de notre part.
Il tendit un doigt devant lui, traça une ligne de runes magiques, et le portail dimensionnel s'ouvrit docilement. Quelques secondes plus tard, ils avaient disparu, sous le regard stupéfait de Gorgo, qui, décidément, trouvait la magie effrayante.
Ils refirent leur apparition au cœur de la profonde forêt qui entourait Château-Lys, dans le monde de Risu. Ils se trouvaient dans une clairière où un petit feu brûlait gaiement. A peine était-ils arrivés qu'une boule de poils blanche se précipita vers eux en faisant des bonds de joie.
- Fye ! Kuro-myu !
- C'est KUROGANE !
- Vous allez bien ? Fye, tu es blessé !?
- Ce n'est rien, Moko-chan, répondit le blond avant d'adresser un petit sourire à Haiena et Ryûoh, qui s'étaient également levés pour les accueillir.
Il intercepta leurs coups d'oeils perplexes, et se dit qu'effectivement, il devait avoir un aspect plutôt perturbant avec son manteau couvert de sang, sans parler de sa propre peau, qui portait également de nombreuses souillures. Il s'assit dans l'herbe, poussa un léger soupir et se laissa aller en arrière pour s'allonger sur le dos.
- Je donnerais n'importe quoi pour pouvoir me laver et changer de vêtements, fit-il d'un ton rêveur.
- Je ne peux rien faire pour la première partie de ton vœu, dit une voix inattendue qui le poussa à se redresser, non sans une petite grimace de douleur, mais pour la deuxième, il y a sûrement un moyen de s'arranger, Fye.
- Yuuko-san !
L'image de la Sorcière des Dimensions s'encadrait dans un halo lumineux émis par la pierre rouge qui ornait le front de Mokona.
- Bonsoir, Fye, Kurogane, et tout le monde. Ou devrais-je plutôt dire bonjour ? La nuit est bien avancée.
- Qu'est-ce qui nous vaut ce plaisir ? demanda le blond.
Il sourit légèrement en entendant, à côté de lui, le ninja grommeler quelque chose d'assez inarticulé, mais qui ressemblait fort à « plaisir, mon cul ! ».
- Je voulais simplement m'informer de votre santé, et voir de mes yeux cet intéressant petit animal, répondit la femme en tournant son regard vers Ren, qui s'était réfugié dans les bras d'Haiena. Je constate que la première partie de votre plan s'est bien déroulée.
- Ça n'a pas été sans mal, mais nous y sommes arrivés. Yuuko-san, j'ai une question à vous poser.
- Je me doutais que tu chercherais à savoir, Fye. Mais es-tu sûr d'avoir envie d'entendre la vérité sur Rozamova ?
Le mage baissa le front et une expression triste passa sur son visage.
- C'est une réponse suffisante, je crois. Si le roi Arsyam avait menti, vous ne m'auriez pas demandé ça.
- Je suis désolée.
- En tout cas, il ne fera plus de mal à personne, maintenant, fit le ninja.
- Grâce à vous, dit la femme en le jaugeant du regard. Vous êtes devenus très forts, tous les deux. Particulièrement toi, Kurogane. Comment te sens-tu ?
- Je m'y ferai.
- Je n'en doute pas. Tu n'as pas pris la décision d'accueillir ce dieu en toi par ambition ou avec de mauvaises intentions. Je pense que ce sera une bonne chose pour toi, même si la cohabitation entre deux fortes têtes comme vous risque d'être très animée. Mais tu dois te montrer prudent, pour l'instant.
- Ouais, j'ai déjà eu droit à pas mal de désagréments à cause de ce sac à puces.
- Je vais vous laisser, à présent, mais auparavant… voici un petit cadeau.
Mokona ouvrit sa bouche en grand et un sac en jaillit, pour atterrir sur les genoux du guerrier.
- Ce ne sont que quelques vêtements. Vous êtes partis de chez vous sans rien pouvoir emporter, et je me suis dit que cela vous serait utile. J'espère qu'ils vous iront.
- Et qu'est-ce qu'on va devoir te donner en échange de ça ? s'enquit le brun, toujours méfiant quand il s'agissait d'elle.
- Rien. Le roi Arsyam avait de nombreux ennemis, et j'ai reçu une compensation pour son éviction. Il est normal que je vous dédommage de vos efforts. Il y a aussi de la nourriture et de quoi soigner vos blessures. C'est tout ce que je peux faire pour vous, pour l'instant, mais j'ai prévu de vous récompenser pour ce que vous…
- Merci pour les vêtements et le reste, la coupa le blond, mais nous ne voulons rien d'autre. Nos intentions quand nous sommes allés au-devant d'Arsyam n'étaient pas seulement de protéger le monde de ses agissements. Nous étions motivés par la colère et l'envie de prendre notre revanche. Ôter la vie d'un homme par vengeance n'est pas une chose qui mérite d'être récompensée.
- C'est une noble façon de voir les choses, Fye, mais tu sais que ce n'est pas ainsi que cela fonctionne. Tout acte doit recevoir sa contrepartie.
- Je suis d'accord avec le mage, dit Kurogane. La satisfaction d'avoir vu le cadavre de ce type me suffit amplement.
- Vous êtes vraiment entêtés, tous les deux. Très bien, je garderai donc ma compensation, considérez-la comme… un avoir sur un vœu que vous pourriez formuler dans le futur. Cela vous convient-il ?
- C'est parfait, Yuuko-san. Nous utiliserons ce vœu pour sauver une vie, en échange de celle que nous avons prise.
- Dans ce cas, c'est une cause entendue, et je vais vous laisser vous reposer un peu. Fye, en ce qui concerne l'accord que nous avons passé…
- Ce sera réglé dans la journée, si tout va bien.
La Sorcière leur fit ses adieux et disparut. Le ninja s'empara du sac, l'ouvrit, et un sourire satisfait s'épanouit sur ses lèvres, tandis qu'il en tirait trois gros paquets, enveloppés dans des sacs de papier, et qui dégageaient une odeur appétissante. Il en tendit un à Haiena, un à l'adolescent, et déballa le sien.
- Cette vieille peau peut se montrer sympathique, quand elle veut bien, dit-il en mordant dans un pain rond dont l'intérieur était garni de viande hachée, de tomates, de salade, de bâtonnets de pommes de terre frites et d'un tas d'autres ingrédients.
Fye lui lança un regard amusé et fouilla à son tour dans la besace pour en tirer une petite trousse à pharmacie. Il désinfecta sa blessure, réclama un peu d'aide pour poser un bandage autour de son ventre, puis préleva une petite portion de la part du repas de son équipier pour la tendre à Ren, qui s'approcha de lui truffe frémissante.
- Tiens, dit-il à l'intention du chien, qui prit délicatement la nourriture, non sans jeter un coup d'oeil en direction du guerrier. Ne t'en fais pas, nous ne te voulons pas de mal. Je m'appelle Fye, et lui c'est Kuro-chan. Il est ronchon, maladroit, un peu brute et de mauvaise foi, mais dans le fond, c'est quelqu'un de vraiment très gen… mmmfff
Le blond se tut par la force des choses, car la main du ninja s'était plaquée sur sa bouche pour l'empêcher de terminer sa phrase.
- N'écoute pas ce crétin, dit-il à l'animal. Je suis un guerrier effrayant et sans pitié, je ne fais confiance à personne, la seule loi que je respecte est celle de mon épée, et je n'obéis à aucun ordre, hormis ceux de Tomoyo. Et il faut ne pas me chercher, sinon on me trouve et on le regrette. T'as pigé, moitié de sac à puces ?
Ren pencha la tête sur le côté pour le regarder, cligna des yeux, jappa, puis se mit à faire des bonds joyeux autour de lui en battant de la queue. Le mage éclata de rire, aussitôt imité par leurs autres compagnons.
- Excuse-moi, Kuro-chan, dit-il entre deux crises d'hilarité, mais je crois que ton petit discours n'a pas très bien marché.
Le brun le foudroya du regard, et grogna.
- Tu sais quoi ? On ne va pas se mettre en route tout de suite. Alors repose-toi un peu. Au moins, pendant que tu dormiras, tu la fermeras.
Son équipier ne se fit pas prier. Il s'allongea à nouveau sur l'herbe, le regard fixé sur le ciel qui s'éclaircissait lentement. Dans environ deux heures, il serait temps de se remettre en route. Le soleil se lèverait et, pour une personne chère à son cœur, cette aube serait la dernière. La journée qui s'annonçait allait être très difficile. La peine et l'inquiétude qui l'avaient abandonné pendant un instant revinrent à la charge. Comme s'il avait perçu ses sentiments, le petit chien vint se coucher près de lui et glissa son museau sous sa main pour quémander une caresse. Il lui gratta gentiment la tête.
- Ne t'inquiète pas, Ren, dit-il à mi-voix. Tu retrouveras bientôt cette fillette qui est précieuse pour toi. Je te le promets.
Il eut l'impression de n'avoir fermé les yeux que quelques secondes lorsque Kurogane le secoua doucement pour le réveiller. Le jour était à peine levé, et un léger brouillard flottait dans les sous-bois, éclairés par une lumière grise. Il s'assit en grognant. Il avait mal partout. Heureusement, ils avaient choisi un point de chute assez éloigné du château afin de pouvoir s'accorder un moment de tranquillité, et la marche jusqu'à leur objectif lui laisserait amplement le temps de délier ses muscles engourdis.
En regardant autour de lui, il vit que ses compagnons l'avaient imité et s'étaient octroyés un moment de sommeil, mis à part le ninja qui s'était chargé de nourrir leur petit feu et de monter la garde, et en avait profité pour se changer. Il portait à présent un pantalon de cuir noir, et une tunique de la même couleur, à manches longues, dont le col échancré laissait voir la naissance de ses clavicules ainsi qu'un objet qui tira un petit sourire au mage. Il s'agissait d'une pierre rouge en forme de larme, montée en pendentif sur un simple lacet de cuir. Le brun ne s'en était jamais séparé, depuis qu'il la lui avait offerte en lui faisant croire qu'il s'agissait d'un talisman de protection, alors qu'il ce n'était, en fait, qu'une breloque sans valeur qu'il avait gagnée en faisant un pari avec Tomoyo. Bien sûr, Kurogane avait fini par découvrir la vérité, mais il ne s'en était pas débarrassé pour autant.
Est-ce que tout est calme, Kuro-chan ? demanda le magicien en se mettant péniblement debout.
- Ouais. Il y a un ruisseau un peu plus loin, si tu veux te nettoyer un peu et passer des vêtements propres.
- Excellente idée.
Il se leva avec quelques difficultés et emboîta le pas de son équipier en direction des taillis. En fait de ruisseau, il s'agissait tout juste d'un filet d'eau, une petite source qui émergeait entre deux rochers et plongeait dans un minuscule bassin. Mais ce fut suffisant pour lui permettre de se débarbouiller et d'ôter le sang qui avait coagulé dans ses cheveux. Le contact du liquide glacé lui fit du bien, et il avait l'esprit plus clair quand il se retourna vers le ninja, qui lui tendit son poignet dont il avait retiré le bandage.
- Tu es sûr de ne pas vouloir changer tes plans ? lui demanda le guerrier lorsque il eut terminé son repas.
- Le délai que m'a accordé Ashura-oh s'achève ce soir, et il faut aussi s'occuper de Ren et de ton bracelet. Je n'ai ni le temps, ni l'envie de chercher une nouvelle manière d'aborder les choses. Pour moi, plus tôt cette histoire sera terminée, mieux ce sera. Mais si tu as une meilleure idée à me proposer, Kuro-chan, je suis tout à fait prêt à l'écouter.
- J'aimerais bien. Je n'ai pas du tout envie d'impliquer les autres dans nos problèmes, et puis… je me demande si tu es certain de vouloir faire les choses de cette façon. Est-ce que ça te convient vraiment ?
- Non, je n'aime pas du tout ça. Mais je ne pense pas qu'on ait le choix. Et puis, quelle que soit la façon d'aborder le problème, le résultat sera le même pour moi. Cette journée va être très pénible. Alors faisons en sorte que tout se passe le moins mal possible, que mon contrat avec Yuuko-san soit rempli, et surtout, que ce bracelet disparaisse de ton poignet sans causer de dégâts. Si on en arrive là, je pourrai déjà m'estimer très heureux.
- Au fait, tu ne m'as pas toujours pas dit…
- Quoi donc ?
- Au sujet de ce que la vieille peau t'a proposé en échange de ton aide.
- Ça, c'est une surprise, Kuro-toutou…
- Hé…
- … mais crois-moi sur parole, c'est quelque chose de vraiment précieux et ça te plaira, termina le magicien avec un sourire, avant de repartir dans le sous-bois.
Quand ils arrivèrent au campement, Haiena et Ryûoh avaient rangé leurs maigres affaires, éteint le feu, et ils étaient prêts à se mettre en route.
Traverser la dense forêt du pays de Risu ne fut pas plus aisé que ça ne l'avait été pour le guerrier lors de son premier passage dans ce monde. Ils ne trouvèrent pas le commencement d'un chemin, et durent obligés de se frayer leur propre route à travers les fourrés, à coups d'épées ou de griffes.
A peine le soleil eut-il fait son apparition au-delà des hauts murs qui entouraient cette dimension que la température se mit à grimper rapidement et toute la petite troupe fut bientôt en sueur. Seuls Ren, qui allait devant en se glissant aisément sous les obstacles, et Mokona qui s'était juché sur l'épaule du ninja, semblaient supporter sans problèmes la chaleur et la lourdeur de l'atmosphère.
- Arrête un peu, grommela le brun, tandis que le manjuu sautillait et babillait à côté de sa tête. Tu ne peux pas la fermer deux minutes, même quand on crève de chaud ?
- Mokona n'a pas chaud !
- Tant mieux pour toi.
- C'est l'une des cent huit capacités de Mokona, la régulation thermo-physiologique.
- Et si tu continues à me casser les oreilles, tu vas avoir droit à un coup de pied au cul thermo-dynamique.
Peu impressionné par la menace, la petite créature se mit à rire, mais abandonna tout de même le brun pour aller se réfugier entre les bras du mage, au moment où ils arrivaient en vue de la butte sur laquelle se dressait le château aux formes tarabiscotées. Haut dans le ciel d'un azur sans taches, le soleil s'approchait de son zénith.
Le groupe s'arrêta au pied d'un gros arbre, celui-là même où le blond s'était perché, moins d'une semaine plus tôt, pour attendre l'arrivée du guerrier. Pour le plus grand amusement de tous ceux qui n'étaient présents pas ce jour-là, des dizaines de petites voix provenant d'un massif de fleurs violettes se mirent à chuchoter.
- C'est le magicien ! C'est le magicien ! Le magicien est revenu !
Kurogane se recula prudemment d'un pas, pour n'écraser personne, cette fois.
- Kuro-toutou est là ! dirent les pâquerettes. Kuro-toutou est là ! Il nous a vues !
- C'est KUROGANE, bordel !
- Kurogane-bordel est là ! Kurogane-bordel est là ! Ce n'est pas Kuro-toutou !
- Arghhhh, mais vous allez la fermer !?
Les fleurs s'agitèrent encore un peu, puis se turent. L'instant de distraction passé, tous les regards se tournèrent à nouveau vers le palais. Fye l'observa longuement, puis s'en détourna pour reporter son attention sur ses compagnons.
- C'est le moment, dit-il en s'adressant à Ryûoh et à Haiena. Une nouvelle fois, tout repose sur vous, mais vous allez devoir agir très vite.
- Tu peux compter sur nous, répondit l'adolescent. T'inquiète pas, on sait exactement ce qu'on a à faire.
Le blond s'avisa alors que Ren tremblait et regardait en direction du château avec des yeux pleins d'appréhension, comme s'il avait ressenti qu'un terrible danger s'y cachait. Il s'accroupit et lui caressa la tête pour le rassurer.
- Tout ira bien, lui dit-il. Dans cette maison, il y a une personne qui t'attend avec impatience. Tu seras content de la revoir, toi aussi, n'est-ce pas ?
Le petit chien remua la queue en guise de réponse.
- Sois encore un peu patient, d'accord ? Et reste bien sagement avec Ryûoh-kun, Haiena-san et Moko-chan. On se retrouvera plus tard.
Puis il suivit le ninja qui s'engageait déjà dans la pente ensoleillée menant à la porte du palais.
