Salut à tous ! Je vous retrouve avec un grand plaisir après une longue absence (encore et je m'en excuse !). Par chance, les délais de parution devraient se raccourcir puisque je serai de nouveau en vacances dans très peu de temps ! (Bon techniquement je le suis déjà mais ça je passe dessus...)

En parlant de cela, je souhaite tous mes voeux de réussite à ceux qui passeront le BAC à partir de la semaine prochaine ! Bon courage à tous ;)

Un avertissement avant de lire ce chapitre : si vous n'aimez pas les lemons (je sais que ça existe, mais j'imagine qu'on ne vient pas en rating M sans arrière-pensée, hein, mais bien sûr que je vous vois venir XDD) et bien ce chapitre n'est pas pour vous. Spoiler nécessaire. Vous êtes prévenus !

Sans plus vous faire attendre, je vous dévoile ce nouveau chapitre. Bonne lecture ;)


Chapitre XVIII : Erreur ?

Spasme. Drago s'éveilla brusquement, oppressé une fois de trop par la sensation d'écrasement qui lui enfonçait la cage thoracique à la limite de la rupture osseuse dans le songe étouffant dont il venait d'émerger. Par chance, son souvenir n'en était que très vague. Seul un rire de dégénéré bourdonnait dans le fond de ses oreilles, en disharmonie avec les râles des détraqueurs, ancrés encore trop profondément dans celles-ci pour pouvoir en être délogés ainsi.

Dehors, le jour grisâtre s'éclaircissait toujours dans son ascension précédent le milieu de journée. Il n'avait pas dû dormir longtemps, à peine quelques heures depuis le petit matin. Près de lui, Harry, pour sa part, dormait encore d'un sommeil de plomb. Vraiment profond si le blond en jugeait par le poids de son bras, semblable à une pierre couchée en travers de ses côtes. En fait, le corps du survivant ressemblait à une immense montagne de muscles charnus qui lui barrait l'horizon du monde moldu derrière les fenêtres s'il ne relevait pas suffisamment la tête par-dessus.

Bien gardé par ce sorcier légendaire d'un côté et le dossier du canapé de son salon de l'autre, le Serpentard se trouvait niché dans une sorte de minuscule alcôve de pénombre, presque trop investie par la lumière pour être qualifiée ainsi. Il aurait dû se sentir engoncé dans un espace si restreint, mal à l'aise au point d'en faire un cauchemar, même inconsciemment. Progressivement, pourtant, ce renfoncement le délestait de son angoisse au point de lui paraître refuge plutôt que prison. Ici, il n'y avait que le souffle reposant du Gryffondor. Ici, il n'y avait ni prison, ni pression : Drago pouvait s'éloigner à tout moment de cet épiderme chaud et nu contre le sien s'il lui en prenait l'envie. Mais le blond ne souhaitait pas se dérober en cédant à l'anxiété qui flottait dans son estomac comme une miniature de brique. Il remua un peu, néanmoins.

Le sofa n'était pas fait pour servir de lit et ne pouvait accueillir qu'un certain volume, l'envergure du survivant étant la limite maximum supérieure, certainement pas davantage. Leurs deux corps, s'ils s'espaçaient ne serait-ce que d'un centimètre supplémentaire ne tiendraient bientôt plus sur cette surface restreinte. S'il chahutait trop les coussins, Harry basculerait dans le vide. Et puis, avec ce géant dans le passage, se lever s'excluait d'office, le réveiller aussi, par respect minimal. Pour manœuvre, toute manœuvre semblait largement compromise. Et puis, pourquoi aurait-il dû se lever ? L'héritier des Malfoy étira ses jambes avec délectation tout autant qu'avec précaution lorsqu'il découvrit qu'il possédait tout de même une minuscule marge.

La pluie tombait à l'extérieur. Il pouvait en être sûr sans même se donner la peine de relever la tête : la façon dont ses os grinçaient les uns contre les autres était une preuve amplement suffisante, un autre inconvénient de sa constitution d'aristocrate. L'humidité ne lui réussissait pas.

Ce qui tombait des nuages en ce mois de décembre n'était rien d'autre que de la neige fondue qui gèlerait les fins cheveux blonds hérissés de froid sur sa nuque dès qu'il poserait le pied dehors. Là, à l'intérieur, entre le tissu un peu rêche et le sang chaud qui battait sous la peau de cet autre homme, Drago se sentait bien. Rasséréné, l'héritier des Malfoy se lova à nouveau dans son petit coin sous le bras d'Harry et apprécia chacune des respirations qui le serraient régulièrement contre les coussins. Il ferma les yeux... Et les rouvrit moins d'une minute plus tard.

Le pouce du survivant caressait doucement son dos en minuscules cercles concentriques. Les paupières à demi-closes, le blond laissa des sensations en dormance reprendre vie sous ce toucher inhabituel sur ses membres désertés.

Drago était surpris de se rendre compte que, quand il en faisait l'effort, le Gryffondor se révélait d'une infinie délicatesse, à tel point qu'il finissait par en passer presque inaperçu. Le sofa ne trembla pas le moins du monde lorsqu'il se mit à son niveau, émergeant des bras de Morphée pour atterrir dans les siens. Sa tête se tourna vers lui. Ses cils battirent. Cependant, le déplacement aérien du survivant passa bientôt au second plan.

Les deux orbes vertes du visage d'Harry étaient si proches maintenant que l'héritier des Malfoy en distinguait chaque détail. Des lianes olives se tissaient autour de bambous vert terne en tresses candides balayées par un feuillage d'herbe douce à certains endroits, tandis que des cratères plus sombres creusaient la matière de l'œil en vallons à d'autres. Parfois, dans une crique, un ruisseau bleu s'écoulait presque secrètement entre la forêt frémissant sous l'ombre et les points d'or brillant à la surface du jade chatoyant, tels des trouées de lumière dans la parure des arbres. Le noir profond des iris tremblait indépendamment du réflexe réfractaire naturel, comme habité, soumis aux affres d'une âme pure au premier sens du terme : sauvage, à l'image de la mystique forêt vierge qui s'y développait.

Sans mentir, et avec une pointe de honte, Drago ne pouvait qu'admettre que ces yeux étaient d'une extrême beauté en comparaison des lacs gris désertiques et inertes des siens. À peine si quelque vague venait en perturber la surface de temps à autre. Aucune nature ne pouvait s'accroître dans la grisaille miséreuse. Aucun relief ne prenait d'ampleur s'il n'était peint que dans un ton monochrome. La seule couleur qui ressortait du gris sans jurer affreusement était le noir. Et le noir, c'était la nuit. Le noir, c'était la mort. Le noir, c'était les Ténèbres. Le Noir, c'était le Néant.

Petit, on l'avait tant complimenté sur sa pupille particulière. D'après eux, les pleurs l'auraient transformé en fontaine d'argent pur : ses yeux étaient fondus dans de la pierre précieuse, ils devaient bien rendre à la nature ce qu'ils lui avaient pris à un moment donné, lui disait-on. Ironique comme ces paroles hypocrites revêtaient faussement une valeur prophétique aujourd'hui. Il avait tant pleuré que seul du sang pouvait encore sortir de ses canaux lacrymaux fatigués. La pierre, au même titre que le métal auquel on l'associait parfois, restait une matière froide, juste bonne à s'effriter, au mieux, ou à demeurer éternellement immuable, au pire. Le mercure, quant à lui, ne restait que du gris capable d'empoisonner un homme petit à petit. L'acier ne servait qu'à entourer les plus valeureux guerriers, à prendre les coups à leur place. Il état loin de la même qualité de résistance.

En un clignement, Harry, lui, rappelait les forêts profondes d'Amazonie où le Vent s'engouffrait toujours plus loin que n'importe quel homme. Ses cristallins devenaient fourrés bruissant de milliers de vies cachées sous leurs auvents. La forêt sortait presque de ses orbites pour servir de terre fantastique à fouler aux chevauchées médiévales amenées à rencontrer le surnaturel chaque fois qu'elles y pénétraient. C'était bien connu : seules les clairières d'or au cœur des contrées les plus reculées accueillaient les lacs sacrés d'où émergeaient les fées d'Avalon, et auxquelles seuls les chevaliers méritants parvenaient en suivant la minuscule source jaillissant aux sabots de leurs fidèles destriers. Drago aurait bien ajouté que cette légende d'aujourd'hui n'était qu'une fantaisie de l'époque, un peu comme les « modes » de leur temps. De nos jours, on demandait sa moitié en mariage à un concert de Bizzar' Sisters, en suivant les clichés des séries moldues ou encore selon les codes aristocratiques sorciers pas si éloignés que cela des principes royaux moldus, dépendait si l'on était totalement décérébré ou un tant soit peu classieux. Au Moyen-Âge, les fées apparaissaient au milieu des lacs pour délivrer des épées enchantées aux sensibles. Quoi ? Bien sûr que ces objets existaient ! Qu'était-ce que l'épée de Godric Gryffondor sinon ? Pourquoi apparaître au milieu de l'eau ? L'eau était un élément indispensable à la vie et les croyances de l'époque voulaient qu'elle ait des propriétés magiques, et puis... Qui se préoccupait de cela, sincèrement ? L'eau, les tuniques mouillées des chevaliers, voilà, l'image n'était pas si difficile à saisir, si ?

Le pouvoir de ces orbes était là : l'héritier des Malfoy se perdait même dans son propre esprit à cause d'eux. La valeur d'un œil ne se mesurait pas à la quantité de joyaux utilisés dans sa confection, mais à sa capacité à devenir un joyau à partir de matériaux bénins. Si des yeux devaient pleurer pour être beaux, alors ils seraient la seule beauté que son propriétaire posséderait jamais.

- À quoi tu penses ? murmura le survivant de sa voix éraillée par le sommeil.

- Rien en particulier, mentit le blond.

Drago roula sur le dos pour échapper à cette vision troublante. Harry adapta sa position pour pouvoir se maintenir sur le canapé à ses côtés tandis que le blond se calait confortablement dans la nouvelle forme de sa niche. Ce fut, la tête dans la main, coude appuyé sur les coussins, que le lion de Gryffondor l'observa.

- Tu ne dors plus ? demanda-t-il.

- Toi non plus ?

- J'ai suffisamment dormi au Terrier.

- C'était si ennuyeux que ça avec les Weasley ?

Harry sourit.

- Tu aimerais bien, hein ? chuchota-t-il.

- Alors quoi ?

- Tu m'as posé la même question que Blaise et Théodore, hier soir. Tu te rends bien compte que tu viens de les appeler par leur réel nom de famille ? Aucun qualificatif animalier peu flatteur, le taquina encore le survivant.

Le sourire du blond se fana.

- On dirait que vous autres Serpentards commencez à avoir du respect pour les Gryffondors que nous sommes ! Eh ! Quoi ? Ne fais pas cette tête ! Ce n'est pas aussi grave que tu le penses, vraiment.

Harry se détacha de lui et s'assit sur le canapé, probablement trop inconfortable dans sa position tout en tension. Drago garda le silence. Appeler les belettes par leur nom n'était pas tellement le problème. La mention de Blaise et de Théodore, en revanche, n'était pas à son goût. Ces noms n'avaient rien à faire ici. Ils les avaient acceptés le temps de la collaboration. Maintenant, plus rien ne les obligeait à le faire. Cela paraissait peut-être totalement égoïste, mais il voulait les oublier le temps de se recentrer, réellement cette fois, et les réintégrer, éventuellement, petit à petit. Que le sorcier légendaire les mentionne si facilement le perturbait. Il aurait dû être celui qui en parlait facilement, pas Saint Potter, leur ennemi de presque toujours...

Le blond préféra se taire cependant. S'il ne souhaitait pas que ces noms interfèrent entre eux, autant ne rien dire quand les conditions n'étaient pas réunies pour qu'ils n'interviennent pas dans la conversation.

Son désaccord avec cette décision se manifesta sitôt qu'elle se précisa dans son esprit. Se taire n'était pas la solution non plus. Les choses devaient être claires entre eux, là-dessus au moins, à défaut de refuser de comprendre pourquoi ils continuaient à s'attirer l'un l'autre comme des aimants qui auraient dû se repousser jusque dans leur constitution moléculaire.

- Tu es là pour me ramener, Harry ? osa-t-il enfin dire.

Le survivant se tourna vers lui, parfaitement calme.

- Un jour, peut-être. Pas aujourd'hui.

- Réfléchis-y, le testa Drago. Aujourd'hui est peut-être ta seule chance. Je ne suis du genre à attendre éternellement de savoir quand il sera temps. Je filerai à l'autre bout du monde bien avant.

- C'est déjà tout réfléchi. Je n'y crois pas.

- Tu ne crois pas en grand chose.

- Quand il sera utile de croire en quelque chose, je verrai. Ce ne sera pas pour aujourd'hui non plus.

Drago l'observa dans son dos pendant qu'il bougeait. Un soupir faillit lui échapper : le bourrin de Gryffondor sous l'enveloppe de bûcheron tordait le coup à l'entité responsable des mouvements gracieux. Elle agoniserait jusqu'au prochain réveil.

- Je vais passer quelque chose, annonça le survivant.

- Pour quoi faire ?

Harry le considéra avec surprise.

- Sortir d'ici, peut-être ?

- Tu as vu le temps ?

Le sorcier légendaire inspecta les vitres. Un ciel gris peu encourageant, certes, mais dont les gouttes d'eau n'étaient pas à craindre comme la peste, fut ce qui apparu au survivant, Drago en aurait mis sa main au feu. Harry était membre honoraire de la caste qui ne craignait pas la pluie et lançait à qui voulait l'entendre des évidences affligeantes : « Je ne suis pas en sucre ! Trois gouttes d'eau n'auront pas raison de moi ! ».

Ces spécimens ne s'embarrassaient pas de la possibilité de ressembler à un chien errant mouillé. Leur variété de « poil » ne tenait déjà pas la route sans humidité, alors avec... La pluie ne changeait rien à l'équation pour eux. De là à ce que l'invention du parapluie lui soit claquée en pleine face comme une gifle sarcastique, il n'y avait pas loin... Le blond vit ses soupçons se confirmer rapidement.

- Oui, et ? Tu as un parapluie, non ?

- Je ne mettrai pas un pied dehors de ce temps-là, trancha Drago.

- Le programme est donc de s'enfermer ici, comme avant le procès. Sauf qu'au lieu de chercher un moyen de s'en sortir, on ne sortira pas d'ici aujourd'hui, ria le survivant pas peu fier de son jeu de mots.

- J'ai dit que je ne sortais pas. Rien ne t'empêche d'y aller, toi. On a une parfaite occasion pour se reposer. Chacun sa façon de le faire.

Le Serpentard vit les épaules de l'Auror se tendre. Son comportement de sale gosse arrogant trop semblable à celui de Poudlard devait l'agacer au plus haut point. Peut-être même se demandait-il pourquoi il était revenu, plus lassé qu'excité par la perspective d'une bagarre à la mode d'autrefois. Drago se prépara au retour acerbe et sans détours. Silence. Le survivant souffla discrètement.

- Qu'on sorte d'ici ou pas, je vais passer quelque chose. Je ne donne pas dans le naturisme.

L'héritier des Malfoy écarquilla les yeux. La remarque n'était pas dénuée de répartie mais appelait plutôt la fin des hostilités que le jeté d'huile sur le feu.

Rêver ne lui était pas arrivé depuis plusieurs années mais, à cet instant précis, le blond se demandait sincèrement s'il ne s'était pas rendormi. Harry Potter, le plus grand acharné dans cet univers, décidait enfin de lâcher prise sans aide extérieure ? Où était passée la hargne de toujours à son égard dès que le moindre mouvement était fait dans la direction de l'autre ? Où se terraient les doutes qui le gardaient dans l'inaction ? La confusion s'empara de Drago tandis qu'il se trouvait, en une seule phrase, destitué de son rôle de garde-fou inversé, celui qui incitait à perdre son contrôle.

Le canapé trembla encore. Le Gryffondor cherchait visiblement ses habits échoués quelque part sur le sol de l'appartement, penché vers l'avant. Le blond n'eut pas le temps de maîtriser la courbe que son regard emprunta sur le dos du survivant, descendant le long de sa colonne vertébrale saillante derrière les muscles de combattant. Sur eux, la peau halée glissait selon une machinerie bien huilée, ruisselante de puissance.

L'héritier des Malfoy secoua la tête pour se remettre les idées en place. Inutile. Éros lui même avait dû exiger un droit de regard sur la coupe finale de la version mâture du sorcier légendaire. Il n'était tout simplement pas permis à un corps masculin de déclencher une telle brûlure dans ses reins. L'homme en lui n'était pas frigide, loin de là, mais sa solitude n'avait pas allumé ces organes depuis longtemps. Et le voilà, qui se retrouvait avec une envie impérieuse ancrée aux entrailles, impossible à ignorer dès la première seconde de son allumage. Ravi d'être poussé dans des travers d'antan, son esprit devint créatif. Très créatif.

- Comme ça tu ne donnes pas dans le naturisme ? reprit le blond.

- Non, répondit simplement Harry, aveugle à ce qui se tramait dans son dos.

- Dommage, susurra Drago presque inaudible.

Le frisson qui courut entre les omoplates du Gryffondor fit trembler cet organe qui forçait les hommes sur les chemins si délicieusement pécheurs du monde. Sans parvenir à capturer le Serpentard dans son champ de vision, le sorcier légendaire tenta de regarder par-dessus son épaule.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

Drago le mettrai sur le compte de la fatigue de son esprit après tant de rebondissements, mais la vérité était qu'il ne sut pas résister à Harry et à son invite à peine masquée, le rire dans la voix. Sans plus attendre, il saisit la perche qui lui était royalement tendue. Sa langue chaude vint recueillir la sueur qui perlait déjà dans la nuque du survivant. Joueur, le serpent crocheta la peau tendre d'une de ses dents. Surpris, Harry se déroba de quelques centimètres. Un rire moqueur galopa sur lui comme une onde provocatrice.

- Ce que tu peux être prude, Potter, murmura l'héritier des Malfoy.

- Tu crois ça ?

- Je ne crois pas. Je le sais.

Le blond gloussa en se sentant doucement poussé contre les coussins du canapé, basculant en arrière. Harry, tel un félin aplatit à ras-de-terre dans l'anticipation du combat, se campa sur quatre membre au-dessus de lui. Le rire du Serpentard s'amplifia lorsque ses yeux glissèrent plus bas : soit l'élu cachait bien son jeu, soit il réagissait au quart de tour jusque dans son anatomie. Le survivant bloqua sa mâchoire entre ses doigts, creusant la peau autour des traits anguleux, le forçant à ne le regarder nulle-part ailleurs que dans ses yeux, strict.

D'abord désarçonné par ces pupilles de malheur dont il avait la drôle d'impression, déjà à l'époque, qu'elles causeraient sa perte, Drago ne voulut pas être en reste. Une de ses jambes s'allongea. Son pied vint reposer contre l'intérieur de la cuisse du lion de Gryffondor. Ce dernier suivit le mouvement avant de remonter lentement jusqu'à son visage d'ange aux drôles de vices. Pour une fois, Harry ne demandait pas la permission, bien au contraire : il le défiait d'appliquer les moyens de ses ambitions. L'héritier des Malfoy fit revêtir le défi à son propre visage. Ses sourcils se haussèrent d'amusement. Puis, il « laissa » tout naturellement son pied glisser à la rencontre de cette excroissance de chair rigide. Le souffle du lion de Gryffondor se coupa l'espace d'une seconde. Un grognement s'éleva des tréfonds de sa gorge, ronronnant et menaçant tout à la fois.

Bientôt, sa large stature de félin recouvrit totalement le serpent provocateur. Sous lui, l'air devint irrespirable pour Drago, asphyxiant de luxure, annihilant toute réflexion logique, le corps en seul maître sans partage. Il ignorait si l'élu appréciait la provocation ou s'il la prenait personnellement, mais, quoi qu'il en soit, le résultat était le même : Harry appuyait là où ça faisait délicieusement mal, sans hésitation et sans jamais commettre d'erreur. Son touché mettait à vif chaque terminaison nerveuse de son grain pâle et, en bon bourreau, lui rendait au centuple son « dérapage » sur sa propre aine avec ses jambes puissantes. Il ne chercherait même pas à savoir comment on pouvait procurer tant de bien avec des genoux ou des mollets. Tout ce qui importait était les vagues délirantes qui soulevaient son corps, lequel se retrouvait aussitôt durement plaqué contre les coussins par le Gryffondor.

Sa clavicule droite subit les assauts de ses crocs affamés, sa poitrine se lubrifia de sa salive, son ventre ploya sous les baisers claquants et trembla, chatouillé par les paumes rêches de l'ancien joueur de Quidditch. Mais tout ceci ne se trouvait être que de minuscules parties d'un traitement presque insupportable que le survivant lui infligea bientôt en le prenant tout entier, le visage collé contre les cuisses. Chaleur, humidité, accrocs joueurs, succion, doigté expert...

Dans son état pitoyable de chose en demande, Drago n'était plus sûr de rien, hormis de son besoin croissant d'attention, explosant toutes les échelles mathématiquement conçues. Harry donnait cependant l'impression de prendre son temps pour l'amener toujours plus haut vers l'adrénaline, avec des sommets qu'il n'aurait jamais cru possibles en dehors de l'apothéose. Ici, ils n'en étaient qu'aux préliminaires, et le blond se sentait déjà mourir. Jamais rien de similaire ne s'était produit entre eux auparavant. Mais maintenant, à cet instant, ils avaient le temps : plus aucun complot à gérer, plus de collaborations à mener avec d'éventuels amis, plus de retrouvailles à réaliser avec prudence, plus d'impératifs, plus de limites, plus rien.

À travers la brume qui s'était levée au-dessus du lac argenté dans ses yeux, condensation contre ses orbites, l'héritier des Malfoy crut remarquer que son amant de plus d'un soir établissait des contacts visuels avec lui. Chaque attaque sur sa chair faisait l'objet d'une inspection en profondeur. Chaque réaction était méthodiquement étudiée.

Trop frustré pour utiliser sa matière grise, Drago se retrouva soudainement dépassé par sa frustration. Il refusa d'un coup de se laisser faire plus longtemps. Une force de surhomme l'aida à lutter contre le corps massif du lion de Gryffondor. For de cette nouvelle détermination, le Serpentard mit à jour quelques parcelles sensibles chez son bourreau, insoupçonnées et insoupçonnables. Merlin savait s'il adorait mettre Saint Potter hors de lui, tout rouge de colère, points serrés et grognements d'animal en furie. Mais Merlin ne lui avait pas laissé imaginer un seul instant qu'arracher un râle de pure extase à ce même Saint Potter conduirait son excitation à des niveaux inconnus. Bouche contre sa jugulaire, Drago s'appliqua à le torturer de plus belle pour en obtenir davantage.

Mais, comme son sang de reptile devait bientôt le lui rappeler, l'héritier des Malfoy ne tint pas longtemps la distance face à la canicule entre leurs deux corps. Harry, chauffé à blanc, le détacha durement de lui comme on le ferait d'une sangsue indésirable, et le remit à sa place, allongé sur le dos sur ce satané canapé. Drago sentait sa peau translucide le brûler comme jamais. Partout où le Gryffondor avait posé ses mains, l'épiderme conservait la présence en mémoire et le piquait frénétiquement. Son cœur pompait furieusement le sang dans ses veines intoxiqué à l'odeur musquée d'Harry. Contaminé, qu'importe, il aimait trop ces sensations pour s'en priver.

Le lion de Gryffondor se plaisait clairement dans son rôle de meneur des réjouissances. Il s'aventurait de haut en bas sur son membre, s'aventurait entre ses fesses, s'arrêtait, lui arrachait des supplications, ou plutôt de longs gémissements n'appartenant à aucun règne. On aurait pu tirer n'importe quel aveu de lui pour une minute de plus dans cet enfer paradisiaque.

En d'autres circonstances, l'héritier des Malfoy se serait sommé de reprendre le contrôle de lui-même, de respecter son rang et de ne pas se laisser malmener comme une vulgaire fille de joie. Il était cependant bien trop tard pour songer à tout cela... Harry venait enfin de se décider à se fondre en lui.

Le tiraillement de leurs premières fois ne vint jamais. Comme un tour de magie particulièrement vicieux, le plaisir fut immédiat et plus efficace pour son ascension vers le nirvana à chaque coup de hanche. Râpée par les frottements incessants entre leurs deux intimités, la peau de ses cuisses le tiraillait brutalement. Le survivant ne cesse pas de le maltraiter pour autant, haletant d'euphorie, enivré par sa position de toute puissance. Et Merlin, Drago n'aurait pas voulu qu'il s'arrête pour un empire. Il n'y avait rien de sentimental là-dedans. Tout, jusque dans la façon dont ils cherchaient à s'emboîter, n'était qu'expression animale de pulsions violentes et dévastatrices. Un bon « dérouillage » pour se remettre définitivement en selle dans cette nouvelle vie.

Le Serpentard, rendu malade par ces mêmes pulsions, refusait un peu plus à chaque coup de hanche son impuissance. Avec de puissantes mains, il attrapa l'accoudoir derrière lui et s'en servit d'appui pour aller à la rencontre de cet autre organe qui lui faisait tant de bien. Plus aucun de ses membres ne lui appartenait, oscillant entre tension et perdition. Il se sentait comme un pantin désarticulé duquel on tirait les ficelles sans merci, excepté que, dans ce cas, le pantin conciliant possédait des milliers de ficelles nerveuses ancrées dans sa chair délivrant leurs impulsions électriques en coups de jus extatiques.

Le lion de Gryffondor stoppa son bassin. Une de ses mains rejoignit l'accoudoir du canapé malmené. Ses coups reprirent de plus belle. Un coup, un de plus, encore un, encore, encore...

- Encore ! articula Drago sans s'en rendre compte.

Tout ça n'était que des conneries : il ne pensait plus à rien, juste à atteindre son point de non-retour une bonne fois pour toute. Une main chaude s'infiltra entre eux. Sans délicatesse aucune, elle agrippa le serpent à sa base et le martyrisa sur le rythme. L'héritier des Malfoy se cambra. Ses doigts tremblaient sur son appui. Un sourire de contentement amusé se dessina sur ses lèvres : Harry n'en menait pas plus large que lui, contenant ses efforts en une grimace certainement pas digne d'un oscar. Heureusement qu'il avait de quoi se rattraper avec la performance !

Un cri ! De qui provenait-il ? Le blond n'avait reconnu aucune de leurs voix. Sans grande surprise, il fut le premier à lâcher la rampe dans un juron silencieux, les cordes vocales ayant fui le navire avant le déluge sous les vagues du plaisir. Il ne se sentit même pas s'écrouler.

Son esprit prit un certain temps avant de se remettre en marche correcte, son corps à la ramasse de quelques mesures en arrière. La première chose qu'il ressentit fut une sensation de dysfonctionnement. Il se sentait vide avec une sensation d'inachevé sur le bout de la langue.

Il se redressa sur ses coudes, confus, maladroit. Le sourire carnassier du Gryffondor, toujours fièrement dressé, dans tous les sens du terme, l'accueillit de son retour des limbes.

- Un autre tour, Malfoy ?

Le blond fronça les sourcils et recula quelque peu, incertain. Il n'aimait pas ce que cette phrase sous-entendait. Il n'aimait pas ce regard d'homme enivré par la puissance. Il n'aimait pas ça... Sans qu'il lui laisse une seule chance de répondre, Harry s'empara de ses cuisses, le décolla du canapé et le ramena vivement vers lui, séant en premier.

- Je vais te montrer si je suis prude !

Drago hoqueta de surprise et de plaisir tout à la fois. Le lion de Gryffondor le travaillait déjà de ses mains moites pour le remettre d'aplomb, sans une minute complète de répit. Le blond regarda en tout sens, perdu. L'accoudoir était à des milliers de kilomètres maintenant. Il ne pouvait plus se raccrocher à quoi que ce soit, pas même lui-même, condamné à la mort sous ce traitement infernal. Il gémit bizarrement. Le regard d'Harry plongea aussitôt dans le sien. Il lui fit perdre toute réserve. À ce jour, Drago ne savait toujours pas ce qu'il y avait réellement vu, mais l'émotion qui le traversa à cet instant ne perdit jamais sa saveur avec le temps.

Le Serpentard eut presque l'impression que le survivant s'affaissait vers lui, lui présentant ses épaules plus que nécessaire. Il s'accrocha fermement à elles et se laissa chuter dans les abysses avec elles.

- C'est trop facile de t'allumer, Potter. Beaucoup trop facile, ria-t-il dans son cou.

- J'en ai une plus dure pour toi alors : essaye de m'éteindre maintenant.


Marche après marche, les semelles caoutchouteuses grinçaient en attrapant la volée suivante de planches de bois des interminables escaliers labyrinthiques du Terrier. Malgré son statut de femme classieuse, Ginny ne quittait presque jamais ses converses moldues. En comparaison des indémodables escarpins, vénérés par de nombreux fétichistes, ces baskets n'atteignaient pas des sommets en matière de classe. Mais il y avait un temps pour tout. Hier soir, repas de Noël : elle revêtait de beaux apparats, escarpins compris. Aujourd'hui, lendemain de fête, digestion encore en cours, personne à impressionner : l'humeur se voulait confortable et cosy. De toute façon, la sorcière y croyait dur comme fer : on ne séduisait pas un homme avec des chaussures, bien au contraire.

Une fois arrivée au rez-de-chaussée, la jeune femme replaça une de ses longues mèches de feu derrière son oreille. Son père leva les yeux de son journal. Ils échangèrent un sourire discret avant qu'Arthur ne retourne à la parade d'une équipe de Quidditch sur leurs balais supersoniques qui tournait en boucle sur une des pages. Ginny poursuivit son chemin vers la cuisine.

Sur le seuil, elle marqua une courte pause. Avachi sur une chaise, l'air franchement pas engageant, perdu dans le vague, Ron regardait dehors par la fenêtre entrouverte. La chaleur et le froid restaient chacun de leur côté du mur sans envahir le territoire de l'autre grâce à un sortilège d'isolation thermique.

L'Auror ne tarda pas à se rendre compte de sa présence. Il dévisagea sa benjamine puis retourna à son observation inutile des marais alentours par sa petite fenêtre construite de travers.

Ginny haussa les sourcils : cela l'agaçait déjà. Le Terrier était tout autant sa maison que la sienne, s'il n'était pas content qu'il aille se faire voir ! Sur ce, elle pénétra franchement dans la pièce. La vaisselle de la veille finissait de s'essuyer sur le plan de travail avant de léviter jusqu'aux différents placards de la pièce pour s'y ranger. La sorcière profita que l'un d'eux ne s'ouvre pour en sortir une petite assiette, blanche, garnie de deux bandes de carrés bordeaux sur son rebord. Elle la posa sur la table.

Les yeux de Ron bougèrent encore dans leurs orbites, suivant chacun de ses mouvements en coin alors qu'elle se servait d'un petit pain brioché dans le panier d'osier mis à disposition au centre de la table. Molly en faisait toujours en supplément pour le lendemain du repas. Aussi, quand ses frères s'étaient gavés comme des oies la veille, ils ne mangeaient quasiment rien une douzaine d'heures durant et elle pouvait faire à sa guise sans lutter pour la moindre bouchée. C'était là son dernier rituel de la célébration de Noël et elle n'avait pas l'intention de s'en priver à cause d'un rabat-joie. Elle tira une chaise mais n'eut cependant pas le temps de s'asseoir.

- Pourquoi est-ce que tu as fait ça ?

Ginny croisa le regard bleu de son frère, noir sous l'effet de la colère. Il n'attendit pas qu'elle formule une réponse. Rien qu'à son visage, l'Auror avait comprit que sa sœur ne lui en donnerait aucune.

- Pourquoi aurais-tu eu besoin de faire ça ?

- Pourquoi aurais-tu besoin de savoir ? rétorqua-t-elle.

- Harry allait parfaitement bien ! Toute cette histoire merdique se terminait enfin ! Ton intervention était la dernière chose dont il avait besoin !

- Tu ne penses pas un mot de ce que tu dis le concernant. Quant à mon intervention, c'est moi que ça regarde.

- Bien sûr que je le penses !

- Non ! s'exclama-t-elle. Prétendre, c'est tout ce que tu fais ! Et c'est encore plus grave que de penser effectivement ce que tu viens de dire. Ça veut dire que tu refuses de voir que ton meilleur ami va mal.

- Harry va mal depuis des années ! Il commençait à refaire surface ! Le pousser dans des délires comme ça n'est pas ce qui va l'aider !

- Et quoi alors ? Quelle est la solution ?!

Ron fit la moue et détourna le regard. Il coupait court mais Ginny ne le laissa pas s'en tirer si facilement. Il l'avait cherchée, il allait la trouver.

- Vas-y, Ron ! Quelle est la solution, hein ?!

- Je ne sais pas ! D'accord ? Je ne sais pas ! Pas l'embrouiller avec je ne sais quelles conneries, en tout cas !

- Tu n'es absolument pas logique, Ron. Rends-toi compte que si tu ne sais pas, Harry, lui, a peut-être une meilleure idée de ce qui est bon pour lui ou pas !

Ameuté par le ton montant entre ses deux derniers enfants, Arthur apparut dans l'encadrement de la porte, Gazette du Sorcier à la main. Il ne dirait rien, il se tenait juste prêt à intervenir au cas où la discussion viendrait à dégénérer en bagarre générale. Molly, elle, aurait cessé les hostilités avant même leur commencement, tuées dans l'œuf. Son mari estimait cependant que si conflit il y avait, explication et résolution devaient aussi en être. Se taire indéfiniment n'était jamais bon. Aussi, le paternel Weasley demeurait silencieux mais s'assurait toujours que ses têtes rousses l'avaient bien repéré, comme une présence marquée dans le coin de leurs esprits : « Papa est dans la pièce d'à côté : attention ».

- Harry n'aurait pas eu besoin de tes services s'il savait effectivement quoi faire de sa vie à la base ! riposta le roux. Tout ce que tu as réussi à faire c'est à lui fourrer des idées dans le crâne ! Et Merlin seul sait quelles idées et quelles conséquences vont en découler ! Tu sais trop bien qu'il t'écoute !

- Je n'ai rien mis dans la tête de ton meilleur ami, et soit dit en passant mon ex-fiancé, Ron ! Il ne voulait pas être là ! Il ne veut plus l'être depuis des années ! Ça n'est pas nouveau : c'était déjà le cas quand on était encore ensemble ! Mais, une fois de plus, tu as été incapable de lui foutre la paix et de le laisser prendre ses décisions tout seul, on connaît le résultat aujourd'hui ! Je n'ai pas pris de décisions à sa place, je n'ai fait que l'aider à faire ce qu'il n'osait pas faire à cause de cette famille ! Alors, sois gentil, pour une fois accepte de le laisser prendre de la distance de manière saine. Lâche prise et tu verras qu'il reviendra mille fois plus facilement vers toi à partir du moment où il ne se sentira plus enchaîné !

- Lui foutre la paix ne semble pas être une solution miraculeuse non plus ! Il n'y a qu'à te regarder pour le savoir ! cracha Ron.

Le visage de Ginny se gela dans la rage glaciale. D'une main elle repoussa vivement la chaise contre la table. Dégoûtée, elle disparut sans aucun mot ni regard, pas même pour son père. Le bruit de ses semelles dans l'escalier fut la dernière trace qu'elle laissa derrière elle, hormis le petit pain brioché dans son assiette, échouée sur cette même table.

L'Auror souffla rageusement.

- J'espère que tu t'en voudras pour ce que tu viens de faire, Ron, déclara son père d'une voix posée.

Le cadet des Weasley haussa les épaules, presque affligé par le manque d'aplomb de son père. Il procédait toujours comme ça et c'était lassant. L'homme finirait par se détourner pour retourner lire son journal comme si de rien était. Et effectivement, Arthur recula vers le salon.

Le roux perdit instantanément la face lorsque, derrière lui, une Hermione au visage ravagé par la colère apparut. Furieuse, elle s'avança à pas rapides dans la cuisine et se saisit de l'assiette laissée par sa belle-sœur. Son fiancé se redressa avec la ferme intention de s'expliquer.

- Hermione...

La née-moldue fit pire que de lui faire la leçon : après un dernier regard meurtrier qui le dissuada de lui adresser la parole, elle se mit tout bonnement à l'ignorer puis retourna par où elle était arrivée, c'est-à-dire dans les étages du Terrier.

Incapable de contenir sa frustration plus longtemps, Ron laissa échapper un cri de rage. Son poing s'abattit sur la table de bois en un bruit mat. Le roux grogna et enserra son poing de son autre main pour contenir la douleur provoquée par le choc. Il se laissa retomber sur la chaise et posa son front contre le bois, dents serrées.


Toc toc. Deux coups aussi doux qu'une mélodie heurtèrent la porte de la chambre de Ginny. Hermione poussa délicatement le pan de bois et s'assura bien qu'elle était effectivement bienvenue en ces lieux. La rousse était installée sur son lit, dos contre la tête de lit, regard inspectant le papier peint défraîchi du mur sur sa droite. Ses mains nerveuses s'employaient à arracher des peaux inoffensives d'autour de ses ongles, créant de larges lignes rose vif luisantes.

La sorcière surdouée prit place à côté d'elle. Avec un sourire gêné, elle lui tendit l'assiette où trônait le petit pain brioché. Décemment, elle ne pouvait rien faire de plus. S'excuser pour son idiot de fiancé ne comptait pas. Cela fonctionnait dans beaucoup de situations, malheureusement cela ne valait rien dans ce cas particulier. Ginny avait grandi avec Ron. Il était naturel qu'elle sache que son frère était parfois invivable et irrespectueux envers son entourage, comme tout être humain était forcément amené à l'être un jour. La jeune femme n'avait aucunement besoin d'excuses pathétiques de la part d'une débarquée depuis une quinzaine d'années.

- Merci, murmura Ginny.

La rousse plaça l'assiette sur ses cuisses. Son appétit s'était envolé tant son estomac travaillait à alimenter la colère qui grondait sous ses airs de fauve. Qu'importe, elle trouva un tout autre intérêt au morceau de pain : le décortiquer en d'autres morceaux toujours plus petits. Un tiers de la brioche avait déjà fait les frais de sa lubie lorsqu'elle parla enfin.

- Je vais bien. Vraiment. Tu n'as pas besoin de rester.

- Je...

Hermione se tut. Contrairement à son habitude, son brillant esprit refusait de lui trouver les mots justes. Était-ce à cause de sa trop grande implication dans cette histoire ? Certainement pas. Parler à ses proches en temps de crise pour les conseiller était une fibre naturelle chez elle. Le type de relation d'amies ou de belles-sœurs ne changeait rien à cela. La sorcière n'était pas du style à se laisser intimider ou à taire ses remarques à cause de son affection pour quelqu'un, Ron étant une exception bien énervante à la règle.

Alors se sentait-elle diminuée face à la relation spéciale de ces deux-là ? Ils étaient presque nés en même temps, ils partageaient le même âge à un moment donné de l'année, ils s'étaient toujours connus l'un l'autre plus réellement que leurs autres frères. Il se formait des duos dans la famille Weasley : Charlie et Bill, Percy et son ego, Fred et Georges, Ron et Ginny, Hermione était un peu en dehors de cette dynamique. Mais cela ne l'empêchait pas de faire la part des choses.

Alors pourquoi ? Par Merlin, il n'était pas possible pour elle d'être d'accord avec ce qui venait de se produire dans cette cuisine du Terrier à l'égard de Ginny, n'est-ce-pas ? Pourtant...

Un goût amer tordit sa bouche. Elle ne défendait nullement les agissements irrespectueux de Ron envers sa sœur, loin de là, ses valeurs s'y refusaient. C'était un coup-bas injustifié placé là pour répondre à la profonde frustration de son fiancé vis-à-vis d'Harry. Elle-même trouvait que le survivant exagérait quand même un peu trop pour une fois. Pourtant, elle ne pouvait pas non plus le désapprouver pour vouloir mener sa vie comme il l'entendait. Après tout, être un homme libre signifiait bien ce que cela signifiait.

Hermione avait pour elle suffisamment de jugeote pour ne pas se laisser embarquer dans une hypothèse plutôt qu'une autre. Mais le problème était qu'elle n'avait aucune hypothèse de départ concernant cette fuite d'Harry. Elle pensait sincèrement, au même titre que son fiancé, qu'ils en avaient fini avec cette histoire. Ses illusions ne la berçaient pas au point de penser que tout redeviendrait comme avant, Harry près d'eux sans aucun accroc, en un claquement de doigts. Mais elle ne s'attendait définitivement pas à ce qu'il leur file entre les doigts comme un cheval tirant au renard. En venir à Ginny ne l'aidait pas davantage : elle ne parvenait pas à écarter la vision en demi-teinte qu'elle avait d'elle depuis la veille. Aucun d'eux ne savait quelle était sa part exacte de responsabilité dans ce départ surprise du survivant. Harry partait. Ginny était la dernière personne a lui avoir parlé... Généralement, c'était comme ça qu'on définissait les mobiles dans les crimes. Le départ d'Harry n'avait rien d'un crime, certes, mais on comprenait plus efficacement où cela les amenait en fin de compte avec cette image.

L'implication de Ginny devait être juste et même nécessaire, Hermione ne devait pas en douter. Ginny ne faisait rien à la légère. Seulement, une petite voix en son for intérieur lui glissait en note qu'elle ne devait tout de même pas se berner elle-même : Harry était son ancien compagnon, qu'est-ce qui leur garantissait que tout était dénué d'intérêt pour la rousse ? C'était horrible de penser cela d'un membre de sa propre famille, et d'une amie en plus de cela mais si l'on y regardait de plus près, le résultat final ne paraissait pas logique. La rousse n'aurait-elle pas dû chercher à le garder près d'elle plutôt qu'à l'éloigner d'elle et de sa famille entière ? À moins qu'elle ne soit capable de cerner le survivant mieux qu'eux ? Était-ce le but final de tout cela ? Une psychologie inversée qui amènerait Harry à revenir plus vite et plus définitivement vers eux, et donc vers elle ?

Tant d'incertitudes remettaient trop de choses en question ici. La vérité brute n'était pas belle : aucun d'eux ne savait ce qui avait bien pu se passer dans cet ancien couple hier soir, en dehors d'Harry et de Ginny. Le premier ne pouvait rien confirmer, se déclarant hors-jeu d'office par son absence, et la seconde ne semblait pas vouloir en dévoiler davantage, quitte à les perdre avec des mensonges évidents. Il ne se passait plus rien entre eux depuis des années, alors quand Harry prenait la poudre d'escampette cela sortait un peu de nulle-part et paraissait grandement influencé. Plus qu'éreintant pour leurs nerfs à tous, Ron et Hermione commençaient à en avoir sincèrement marre de devoir composer avec ces crises qui tendaient à devenir régulières chez leur ami d'enfance. Si en plus une taupe malintentionnée se cachait parmi eux pour jouer les trouble-faits...

L'esprit de la sorcière surdouée carburait à mille à l'heure, s'emballant, pour une fois, dans toutes les directions possibles à la fois. Ginny semblait perdre patience, comme dérangée par sa présence près d'elle, comme si sa résistance atteignait ses limites :

- Pourquoi est-ce que tu restes là ? Je t'ai dit que ça allait.

- Je t'avoue que... je ne sais pas vraiment, répondit Hermione.

La sorcière surdouée n'était pas fière d'elle-même mais puisque la benjamine des Weasley semblait vouloir y aller avec le bluff et le mensonge, elle ferait de même. Quoi de mieux que de jouer au même jeu pour obtenir la victoire ? Elle ne savait pas encore ce qu'elle cherchait, mais Hermione se le jura : elle trouverait. Le sourire hypocrite, nullement dissimulé, de Ginny lui fit comprendre qu'elle allait devoir creuser. Il lui fit aussi comprendre qu'il y avait effectivement quelque chose à creuser : les comportements comme ceux-ci étaient toujours intentionnés dans cette famille. Ron cherchait à savoir pourquoi Harry avait disparu après lui avoir parlé, Ginny à cacher ce même pourquoi.

- Pitié, Hermione. Bien sûr que tu sais pourquoi tu restes là. Ce serait bien la première fois que tu ne saurais pas quelque chose dans ta vie.

Hermione vit rouge. Elle détestait qu'on se paye sa tête et qu'on la raille sarcastiquement en prime. Elle plongea tête la première.

- J'essaye d'être une bonne amie. Maintenant, si tu ne veux pas de mon aide, dis-le clairement. Ne rejette pas ta colère sur les autres.

- Je ne veux pas de ton aide, asséna Ginny.

- Parfait !

La jeune femme se releva vivement. Elle ouvrit la porte avec violence, prête à sortir en trombe de la pièce. Sa furie lui fit don d'ailes de déesse vengeresse qui ne passeraient pas par l'encadrement de cette même porte. Malgré son combat contre cette nature profonde, qui lui avait valu sa répartition à Gryffondor, la sorcière surdouée fut gagnée par son audace. Elle repoussa la porte du bout des doigts, mais avec une force inouïe. Le battant heurta l'encadrement en claquant.

Hermione croisa les bras sur sa poitrine, prit un visage grave et se retourna. Elle aussi irait à la provocation si c'était ce qu'il en coûtait pour aider Ginny à se libérer de ce poids qu'elle supportait depuis la veille.

- Qu'est-ce qui t'a pris ?!

La rousse la détailla des pieds à la tête. La dispute en elle-même ne la décontenançait pas : Hermione était bien plus douée pour les conflits qu'elle ne le laissait paraître. Elle clamait les tenir en horreur et était toujours la dernière à s'engouffrer dans une brèche comme celle-ci, mais cela ne l'empêchait pas de ne pas reculer devant une bonne bataille de chiffons une fois de temps à autre.

En revanche, Ginny ne s'attendait certainement pas à ce qu'elle prenne le parti de Ron si facilement. Cela n'avait pas de logique et cela ne dépendait d'aucune sorte de logique, deux valeurs fondamentales qui, si elles n'étaient pas contrariées, l'empêchaient de se lancer dans le crêpage de chignon. La Juste ne cherchait pas à se construire sa version des faits. Toute cette comédie ne servait que de prétexte pour démarrer un combat entre fortes têtes, pour libérer la tension accumulée depuis trop longtemps et qu'elle ne pouvait pas déverser sur Ron parce qu'elle n'en avait pas le courage.

- On peut savoir un peu ?! renchérit Hermione.

- Ça ne te regarde pas.

- Donc j'ai droit à la même réponse que Ron, c'est ça ?

- Exactement.

Les deux femmes se jaugèrent. Ginny sentit l'atmosphère se charger en magie et se resserrer autour d'elle. Hermione fit claquer sa langue : au fond, le diction « qui se ressemble s'assemble » leur correspondait bien à Ron et à elle, car voyant qu'elle n'obtiendrait rien de la rousse rapidement, elle tiquait. Elle était en colère contre cette dame de fer face à elle pour respecter un silence si strict, et en colère contre elle-même pour ne pas savoir prendre les traits de cette même dame de fer qu'elle aurait tellement voulu être pour faire parler les gens. Mais ça n'était tout simplement pas dans sa nature. Ginny sentit la brèche et s'y engouffra en souriant méchamment.

- Qu'est-ce qui te fait croire qu'il existe une autre réponse à cette question de toute façon ?

- Tu nous caches quelque chose, Ginny, répondit Hermione. Et crois-moi je saurais découvrir ce dont il s'agit.

La sorcière surdouée allait se retourner vers la porte.

- Je suis une femme de parole, Hermione. Je ne dévoile pas mes secrets.

- Donc il y a bien une autre réponse.

Ginny baissa les yeux. Elle détestait être percée à jour et encore plus à cause de son propre fait. À cet instant, elle ne se sentait rien d'autre qu'indigne de confiance, vulnérable et influençable. En un mot : faible.

- Il voulait partir, répondit la benjamine des Weasley. Je n'ai fait que l'empêcher de culpabiliser. C'est tout ce que je peux te dire.

- Pourquoi tu tiens tant à garder ça secret ? Ça n'est pas comme si on pouvait le retrouver en un claquement de doigts de toute manière. Pourquoi est-ce que ça serait si important de te taire ?

- Ce n'est pas tellement le secret. Je peux en parler, je n'ai pas d'interdit. Mais je ne veux pas que Ron sache.

- Pourquoi ?

- Parce que ça serait mieux si personne ne savait. Moi compris, avoua-t-elle tout bas.

Hermione reprit place sur le lit avec prudence.

- Il n'y a que la vérité qui blesse, continua Ginny qui avait repris la destruction massive de ses doigts.

La sorcière surdouée posa sa main par-dessus celles de son amie rousse. Elle la força à cesser ce tic nerveux qui lui faisait du mal.

- Ginny, qu'est-ce qui s'est passé là-bas dans ces marais ? demanda-t-elle. Si ça peux t'aider, je garderai le secret, même de Ron, mais je t'en prie, ne te laisse pas bouffer comme ça.

- Ce qui est arrivé ? La rupture. Celle dont on avait besoin tous les deux et qu'on n'avait jamais eu jusque là. Ça fait mal, mais c'était nécessaire.

- Si cela ne regardait que vous, Harry ne serait pas parti, j'ai tort ?

Ginny secoua la tête.

- Et toi, tu es passée à autre chose. Tu es sortie avec Dean pendant presque deux ans. Ce n'est pas une pseudo-rupture qui va changer quoi que ce soit pour toi.

- Tu te trompes.

- Alors, explique-moi, parce que je ne comprends pas, l'encouragea Hermione.

- Cette discussion, là-bas, à l'écart... Je sais que c'était la bonne chose à faire. Ça nous a permis de comprendre, tous les deux, que c'était bien terminé. Il n'y a plus de retour possible à ce qu'on avait avant, tu comprends ?

- Mais c'était déjà le cas avant, Ginny. Harry a trop changé, il n'aurait jamais pu t'offrir à nouveau ce que vous aviez connu. Je ne veux pas qu'il soit malheureux, c'est mon meilleur ami. Je suis juste persuadée qu'il sera incapable de connaître autre chose que cette vie-là maintenant. Il s'est trop épris de cette « liberté », quoi que ça veuille dire pour lui, pour pouvoir revenir là où il en était avant. Ça n'est pas ce qu'il veut.

- Je sais, murmura Ginny. C'est ce que je lui ai dit.

- Oui, mais tu me donnes l'impression de ne pas l'avoir si bien compris que ça. Un peu comme ton frère, en fait. Harry a évolué, comme nous tous. Aucun d'entre nous n'est encore celui qu'il était à Poudlard, on est changeants. Harry a juste évolué en dehors de nous. On sera toujours des amis proches, mais juste dans nos cœurs. En réalité, Harry apparaîtra une fois de temps en temps pour dire qu'il va bien, que rien n'a changé dans sa façon de nous voir, même si rien de tout cela n'est vrai, puis il se volatilisera encore jusqu'à la fois prochaine où il ressentira le besoin de nous voir. C'est égoïste, mais c'est comme ça et ça n'est peut-être pas plus mal. On ne peut pas s'accrocher à lui : c'est néfaste pour nous à cause de l'espoir, et c'est néfaste pour lui parce qu'il nous voit désormais comme un pieu auquel être enchaîné.

Ginny sourit tristement. Elle eut un tic.

- Je ne pense pas comme toi, mais sur un seul point, murmura-t-elle. Pour le reste, je suis d'accord. C'est un condensé de ce que je lui ais dit hier.

- Sur quoi ?

- Le fait qu'il ne connaîtra jamais rien d'autre de cette façon là.

- À cause d'hier soir ?

- Disons que j'en ai eu la confirmation, oui.

La sorcière surdouée fronça les sourcils. La benjamine des Weasley sonda son regard un long moment. Elle pouvait avoir confiance en Hermione. C'était sa propre hésitation qui rendait les choses si compliquées. Elle en avait beaucoup trop dit malgré elle, et elle était bien consciente que son silence et ses mensonges fondraient comme neige au soleil en un battement de cil. En fin de compte, la rousse avait régressé en matière de mensonges tandis que le survivant en avait maîtrisé l'art. Intérieurement, elle s'excusa auprès de lui et se rassura en se disant que s'il avait effectivement rejoint Malfoy... Deux gars de leur trempe ne se laisseraient pas avoir si facilement si cela les concernait eux et eux-seuls. Ils avaient bien passés cinq mois à leur courir après sans résultats, pourquoi pas encore quelques semaines ? Et cela, uniquement si la chasse à l'homme devait être relancée avec ce qu'elle s'apprêtait à dire.

- Je n'ai peut-être pas participé à cette crise de très près mais cela ne m'a pas empêché de voir certaines choses. Des choses que vous ne pouviez pas voir si vous n'aviez pas été proche d'Harry comme moi je l'ai été. Je le connais par cœur, Hermione, peut-être pas dans ses pensées ou dans ses valeurs, comme vous, mais dans sa façon de fonctionner, si. J'avais des soupçons. Je voulais avoir le fin mot en lui parlant hier.

- Tu l'as eu ?

Ginny acquiesça.

- C'est pour ça que je te dis que beaucoup de choses vont changer. En fait, je m'inquiète davantage pour nous que pour Harry.

- Vraiment ?

- Crois-moi, Hermione. Il n'y a plus à s'inquiéter pour lui. Même si la destinée voulait lui jouer un mauvais tour... Même là je ne me ferais pas de soucis pour lui. C'est tellement fort que vous aussi vous avez fini par le voir à un moment donné.

La née-moldue la fixa, interloquée. Elle ne voyait pas où tout cela les menait et commençait, pour être honnête, à craindre un peu cette révélation à venir. Pour un peu, elle aurait presque tout stoppé. Sa curiosité mal placée fut son démon jusqu'au bout.

- Bizarrement, ce sont surtout les garçons qui l'ont vu, précisa encore Ginny. Mais ils ont trouvé une explication suffisamment logique pour eux. Enfin pour la plupart...

- Ron ? devina Hermione.

- Je pense que c'est pour ça que Ron est si furieux, oui. Parce qu'il l'a vu et, qu'au contraire des autres, il n'arrive pas à trouver une autre explication plus logique que ce qui lui est apparu en premier lieu... Ron le sait, conclut la benjamine des Weasley. Ron sait pourquoi Harry est parti. Ron sait qu'Harry a des attaches ailleurs, maintenant.

- Harry est... passé à autre chose ? Avec la vie qu'il mène ?

- Ça nous paraît incroyable à nous parce qu'on recherche la stabilité. Mais si tu y réfléchis, ça n'est pas si étrange pour quelqu'un comme Harry et sa « liberté ».

- Mais... Il faudrait être fou pour...

- Qui te dit que ce n'est pas le cas ? répondit Ginny. Il n'est pas le seul à mener une vie pareille.

La rousse observa la réaction d'Hermione. Avec une autre personne, elle aurait dû développer son propos dans le détail. Pour sa belle-sœur et elle seule, par contre, cette phrase équivalait à la révélation. Elle avait tout bon, sauf sur la personne...

- Malfoy ?!

Ginny se figea. La née-moldue se retourna vers la porte désormais grande ouverte. Ron les considérait avec colère.

- Depuis quand est-ce que tu nous espionnes ? gronda sa fiancée.

- Si tu es capable de m'entendre crier après ma sœur, je suis capable de ressentir ta magie quand tu t'énerves après elle.

Le roux entra dans la pièce. La porte se referma derrière lui et à la façon dont leurs respirations parvenaient à leurs oreilles les uns des autres, Hermione comprit qu'un sort d'insonorisation les entourait tous trois.

- Maintenant vous allez arrêter de faire des cachotteries dans mon dos et tout me dire. Vous avez plutôt intérêt à ne rien omettre.

- Hors de question ! réfuta Ginny.

- Tu crois que tu as le choix, petite sœur ? J'ai la confirmation de ce que je soupçonnais depuis un moment. Mais tu es visiblement celle qui en a compris le plus. La moindre des choses serait que tu partages tes connaissances.

La benjamine des Weasley chercha le soutien d'Hermione du regard. Elle ne trouva que de l'hésitation. Bien sûr, non seulement Ron entrait en scène mais, en plus, elle était déjà en train de lui demander ces explications de manière détournée une minute auparavant.

- Il n'y a rien à dire. Perdre un rêve est douloureux. Celui-là l'est plus que les autres, point, se borna Ginny.

- Si Harry t'a fait du mal d'une quelconque manière, tu peux me le dire. Meilleur ami ou pas, il prendra cher, je te le garantis.

- C'est de ma faute pour une fois, tu n'as pas entendu ce que je viens de dire ? Je me suis blessée toute seule en m'obstinant. Je savais très bien ce que je risquais.

- Qu'Harry préfère se tourner vers Drago Malfoy plutôt que vers toi ? s'enquit timidement Hermione.

- Qu'est-ce que cette fouine vient encore faire là-dedans ? intervint encore Ron. Je pensais sincèrement qu'on en avait fini avec son chapitre dans nos vies. Je ne veux plus entendre parler de ce mec, c'est clair ?!

- En attendant, Harry est parti le rejoindre, alors tu ferais mieux de t'y habituer, et vite fait ! cria Ginny.

La rousse enfonça ses poings dans le matelas et se releva en bondissant, furieuse. Elle anticipa la réaction de son frère.

- Pourquoi lui ? Qu'est-ce qui se trame entre eux ? Sont-ils devenus amis ou autre ? Je n'en sais rien ! Va lui demander toi-même ? Si tu crois que le laisser partir a été facile... Si tu crois que ça signifie que je suis totalement d'accord avec le fait de voir un homme qui a partagé ma vie se faire la malle avec un gars qu'on aurait jamais imaginé revoir après la guerre...

- Ginny a raison. On s'emballe sûrement pour rien, tenta d'apaiser Hermione. C'est peut-être une amitié qui est en train de naître. Ils se ressemblent beaucoup si tu y songes...

- Harry ressembler à cette fouine ? J'aurais tout entendu ! Non, ça n'a rien à voir. Tu veux que je te dise ? Fleur et Bill, c'est logique. Remus et Tonks, c'est logique. Hermione et moi, c'est logique. Même Parkinson et Zabini, c'est logique ! Mais ça, ça n'a pas de sens !

- Ça n'a pas forcément à en avoir, Ron, objecta la sorcière surdouée.

- Pas pour nous, renchérit Ginny. Aussi malsain et tordu que tu puisses trouver ça, amis ou autre, tant que ça a du sens pour eux, c'est suffisant. Et crois-moi, ça en a pour Harry. Il ne sait pas encore pourquoi lui-même, mais il a besoin de Malfoy dans sa vie pour une raison obscure qu'il ne maîtrise pas encore. De là à savoir comment ça va commencer, si jamais ça venait à commencer un jour, ou comment ça va se passer, ou encore comment ça va se finir, s'il est écrit que ça doive se finir un jour... On le saura pas avant d'avoir vu.

Hermione partageait l'avis de sa belle-sœur jusque sur les traits de son visage. Elle ne pouvait pas s'empêcher de craindre la réaction de son fiancé sur ce point, cependant. Ron était tolérant, elle le savait, mais pas quand ça en venait aux Serpentards et particulièrement Drago Malfoy. Il leur en avait tellement fait voir dans leur jeunesse, et Ron était indéniablement resté sceptique vis-à-vis de son statut dans la guerre. Tout cela influençait sa façon d'être par rapport à l'héritier des Malfoy.

- Je veux bien te laisser croire tout ce que tu veux, petite sœur, déclara Ron. Mais Harry a besoin qu'on le ramène à la réalité une bonne fois pour toute, et si aucune de vous n'a jugé bon de le faire jusque là, et bien c'est moi qui vais m'en charger !

- Tu n'as pas le droit de faire ça ! s'interposa Ginny.

- Pourquoi est-ce que tu le défends encore ? Regarde comme tu souffres à cause de ça ! Tu trouves ça normal ?

- Harry n'est pas ta propriété ! Tu n'as pas un quelconque droit de chose sur lui ! Il a le droit de prendre ses décisions comme il l'entend ! Accepte-le !

- Quand une personne commence à prendre de mauvaises décisions, on a le droit d'agir. Vous êtes les premières à me faire comprendre que je suis en train de prendre une mauvaise option, là, tout de suite. Et bien, devinez-quoi, Harry prend souvent de mauvaises décisions depuis cinq mois !

- À tes yeux, peut-être, rétorqua Ginny.

- Ah ! Vraiment ? Mais à mes yeux je prends aussi une bonne décision maintenant en voulant intervenir. Tu vas me dire que les décisions de Tu-Sais-Qui étaient bonnes et valables parce qu'il les considérait comme telles de son point de vue ?

- Tu mélanges tout, Ronald ! s'exclama Hermione, excédée. C'est exactement pour cette raison que Ginny ne voulait pas t'en parler ! Personnellement, je commence à en avoir assez de te le répéter : Malfoy n'est pas un Mangemort, il ne l'a jamais été volontairement, on l'a forcé à le devenir pour pouvoir collaborer de l'intérieur, il n'est pas un monstre, le reste ce ne sont que des heurts entre adolescents ! Rentre-toi ça dans le crâne ! Il serait peut-être temps que tu te remettes en question, ensuite tu pourras questionner les choix de ton meilleur ami autant que tu voudras !

Le cadet des Weasley s'intéressa plus avant à sa fiancée, dressée entre lui et sa sœur, mais surtout à son œil brillant de rage le visant directement, sans plus aucun détours. Puisqu'elle vidait son sac, autant faire pareil. Après tout, les non-dits étaient ce qui faisait brûler les hommes en enfer.

- Je n'ai pas le temps pour me remettre en question, dit-il froidement. Harry va faire une énorme bêtise. C'est mon devoir de le ramener à la raison.

- Le ramener à la raison comme tu l'as fait pour le dossier Lucius Malfoy ? lâcha Hermione, sarcastique.

Ginny écarquilla les yeux. Son cœur bondit d'angoisse dans sa poitrine. Le gloussement qui lui échappa fut un de nervosité mal exprimée. Que la douce Hermione sorte enfin les griffes pour se battre avec son fiancé était un inédit pour elle. Ron lui-même semblait totalement pris de court.

- Rappelle-moi qui m'a répété que je perdais les pédales à propos de ce fichu dossier déjà ?

Mais il n'avait pas l'intention de se laisser faire pour autant apparemment...

- Quand tu as commencé à prendre les choses au sérieux, il était déjà trop tard, et Merlin sait que je t'alarmais là-dessus depuis des mois ! Déjà bien avant que ce dossier ne tombe entre ses mains et ne nous amène ici, je te le disais ! Tu as toi-même reconnu que tu avais été laxiste et pour quoi ? Pour faire marche-arrière maintenant qu'il recommence ? Tu vas vraiment me faire ça, Hermione ? Tu vois toi-même que ce n'est pas sain ! Je te le dis tout de suite : si tu comptes élever nos enfants avec cette même logique, autant que tu tires tout de suite une croix sur la descendance !

- Compare ce qui est comparable ! À l'époque, Harry ne nous avait jamais rien fait de tel ! Il pouvait potentiellement mettre tout le monde en danger ! Le fait qu'il veuille aller se taper Malfoy ou se faire taper par Malfoy, parce que oui Ronald, ça peut fonctionner dans les deux sens pour être parfaitement crue avec toi, ça n'engage que lui et ses fesses ! On n'a pas notre mot à dire là-dessus ! Rassure-toi, Malfoy n'est pas l'enfer en comparaison de ce qu'il aurait pu se faire ou, qui sait, de ce qu'il s'est déjà fait !

- Pas l'enfer ?! L'arbre généalogique entier de ce gars est passé par Serpentard et par Azkaban, Mangemorts en points bonus pour certains !

Hermione leva les bras au ciel.

- Tu sais, quoi, Ronald ? J'abandonne ! J'en ai plus qu'assez ! Va perdre ton meilleur ami si c'est tout ce que tu as de mieux à faire après planifier l'éducation de nos enfants imaginaires ! Mais soit gentil, précise bien à Harry que j'ai essayé de t'en empêcher ! Je tiens encore à le revoir en ce qui me concerne !

- Tu devras annuler le mariage pour conserver cet espoir. Toi à mes côtés, Harry ne voudra jamais revenir, si cela se passe comme tu le planifies.

Elle sourit largement, fausse sur toute la ligne.

- Qui sait ? Peut-être que ce serait pour le mieux, en effet. Ça nous évitera de gâcher la vie de ces hypothétiques gosses !

Cette fois, Ron faillit s'étouffer avec sa salive. Hermione était littéralement hors de ses gonds : elle introduisait des points de pression non-négociables dans son discours. L'effet fut immédiat : les lèvres de son fiancé battirent dans le vide, sans plus aucun son pour en sortir.

- Bien, murmura-t-elle. J'espère que ça aura au moins le mérite de te donner de quoi réfléchir ! Bon courage si tu décides vraiment de poursuivre dans cette voie ! Au cas où tu l'aurais oublié, on a arpenté l'Angleterre pendant près de cinq mois pour les retrouver tous les deux. Tu connais le résultat. Mais si tu penses pouvoir y arriver seul, je t'en prie, fais-toi l'honneur ! Je pense que j'en ai assez dit comme ça !

La sorcière surdouée se détourna et sortit de la pièce. La porte claqua derrière elle, réinstaurant le sort d'insonorisation.

- Elle ne cautionne pas, renchérit Ginny pour achever son frère, sans pitié. Elle prends comme ça vient, nuance. Il est trop tôt pour décider quoi que ce soit. On ne sait même pas s'il y a effectivement quelque chose à cautionner, expliqua Ginny, impartiale.

- Mais...

- Quand Harry t'assurais que quelque chose était bon pour le monde, tu le laissais faire, n'est-ce-pas ?

- Bien sûr, j'avais confiance en lui. Pas uniquement le Sauveur mais mon meilleur ami par-dessus tout.

- Alors pourquoi ne peux-tu pas faire pareil quand il s'agit de lui et lui seul ? Ça n'engage que lui, pas le monde ou nous. Ça nous engagera quand il décidera de nous inclure. Il n'en est pas question pour l'instant. Au lieu de chercher à l'empêcher de suivre une voie qui pourrait possiblement l'épanouir, un conseil, fais comme moi : prends ton mal en patience et en silence, et tente de te faire au mieux à l'idée. Parce que ça, en revanche, c'est d'intérêt général.

Ginny se rapprocha de son frère.

- C'est peut-être sa seule chance d'être heureux, déclara-t-elle. Et si ça ne te suffit pas, dis-toi que c'est peut-être aussi la tienne. Réfléchis à ce qui est arrivé à Blaise, et demande-toi si c'est quelque chose que tu veux expérimenter avec Hermione.

Ron sonda sa sœur, perdu. Il ne trouva aucun soutien.

- Maintenant, sors de ma chambre ! Et va t'expliquer avec ta fiancé tant que tu peux encore arranger les choses !


À ce qu'il paraissait, une matière moldue obscure appelée physique enseignait que notre chère Terre mettait vingt-quatre heures pour tourner entièrement sur elle-même et prenait une année entière pour effectuer une révolution autour du soleil, son astre.

Alors que sa tête rejoignait les coussins démontés de son canapé pour la – il en avait perdu le compte – de fois, Drago était sérieusement convaincu d'avoir fait la ronde bien plus que cela. En comptabilisant dans tous les sens où il avait été malmené, le Serpentard avait bien dû traverser plusieurs années dans les âges. Il espérait simplement que ce soit dans le sens inverse à la rotation de cette foutue Terre, histoire d'avoir rajeuni au lieu d'avoir arraché quelques plumes à son espérance de jeunesse, déjà bien compromise. Surtout que d'autres unités s'ajoutaient progressivement : plus rien ne tenait en place autour de lui, pas même ses yeux, semblables à des toupies au sein de leurs orbites.

Ses poumons étaient à deux doigts de ressortir par sa gorge et ses narines tout à la fois. Plus aucun cœur ne battait dans sa poitrine. Entre deux électrocution s'élevant à pas moins d'un milliards de volts chacune, l'organe s'était tout bonnement arrêté. Ça, ou bien l'avalanche d'hormones anesthésiait quelques parties de son corps aussi efficacement qu'un expert de Sainte-Mangouste. La plaque tectonique sur laquelle le sorcier reposait désormais avait très probablement glissé en plein océan : on aurait dit que de l'eau ruisselait jusque sur ses os. Plus tôt, il avait passé un sacré temps dans les tropiques où la chaleur caniculaire avait entamé le travail de sudation aux zones prévues à cet effet avant de laisser place à la fuite incontrôlable par tous les pores.

La poitrine se soulevant laborieusement, le blond tourna la tête vers la minuterie d'un quelconque appareil ménager de son appartement. Il voulait s'assurer que le fuseau horaire confirmerait bien son son délire improbable. Cependant aucun chiffre ne voulant se fixer, impossible pour lui d'obtenir une information fiable. Quelle heure était-il au beau milieu de cet océan étranger après toutes ces années défilées à la vitesse de la lumière ?

Un léger sursaut le parcourut lorsque la terre trembla à ses côtés. Pouvait-il se rassurer de ne pas avoir plongé seul dans cette galère ? Ou était-ce déjà une galère en soi que le saint des Gryffondors ait voyagé à travers espace et temps avec son corps ? Le soupir qui lécha son oreille était teinté d'amusement. Un immense bruit de casse retentit autour de lui. Drago dirigea ses yeux plissés vers le plafond.

- Potter, je te jure que si tu as cassé une latte, tu vas le regretter, menaça-t-il sur un ton peu convaincant.

Un bras collant se scotcha au sien. Harry s'épongea le front de son avant-bras, sans effet : les gouttes de sueur perlaient littéralement de chacun de ses poils. Il changea de position un peu brusquement. Le sofa grinça.

- N'aggrave pas ton cas ! s'exclama le blond.

- Tu ne sais même pas si c'est réellement une latte, répondit le sorcier légendaire.

- Et qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ?

- Je ne sais pas. Es-tu au moins sûr que ce soit une latte ?

- Ça me paraît plutôt évident, oui.

- Comment peux-tu le savoir sans vérifier ?

Le Serpentard le regarda d'un air affligé et largement gavé de cet être puant allongé à ses côtés. Il tenta difficilement de se redresser sur ses coudes. Ceux-ci tremblèrent et refusèrent catégoriquement de le soutenir une fois de plus. Drago pouvait presque les entendre sur un bel air de reproche : « T'envoyer en l'air ou rester par terre, il faut choisir mon cher ! ». Il songea à tenter sa chance une seconde fois mais abandonna rapidement l'idée d'une lutte qui se serait révélée pitoyable.

- Oh ! Et puis merde ! Elle ne tombera pas plus bas !

Le survivant rit de bon cœur. Le blond roula des yeux, puis grimaça : mauvaise idée de faire des simagrées pareilles en pleine crise de vertiges. D'abord agacé, car obligé de supporter le rire totalement nerveux de Saint Potter, il ne comprit pas comment l'amusement le gagna à son tour. Ses épaules le firent bientôt danser, tel un bloc de gelée sur les coussins. Ses mains recouvrirent son visage brillant, donnant une caisse de résonance à son rire.

- Punaise, Harry ! articula-t-il derrière leur barrière.

Il essuya les quelques traits de sueur du revers de la mains et souffla profondément, toujours le sourire collé aux lèvres.

- Rends-toi compte de l'état dans lequel on est ! On est de vrais légumes maintenant, ajouta Drago. Tu avais vraiment besoin de ça ?

- Je voulais te fatiguer.

- Pour prouver que tu n'es pas prude ? Tu es cinglé. Tu ne t'es pas imaginé un seul instant dans ta caboche de héros que ça pouvait être un simple moyen pour t'allumer ?

Un autre fou rire s'empara du blond. Le survivant, lui, sourit bizarrement.

- Sérieusement, pourquoi aurais-tu eu besoin de faire ça ? Pauvre Gryffondor,va !

- Pour être sûr que tu ne puisses pas t'enfuir, déclara Harry d'un ton grave.

Le rire du Serpentard s'étrangla dans sa gorge. Il mit un instant à réaliser le sens de ces paroles. Le silence devint soudainement lourd sur lui.

- Pardon ?

Toute fatigue oubliée, le blond se redressa. Finalement, il se tourna vers l'élu.

- Pardon ?!


Et voici donc la fin de ce 28ème chapitre ! Que le temps passe vite ! Nous sommes déjà si loin dans cette fiction et tout cela grâce à vous qui me lisez et me soutenez par review, un grand merci ! ;)

Le passage entre Ginny / Ron et Hermione devait juste servir d'interlude entre les passages Harry / Drago mais il semblerait que l'intrigue m'ait un peu trop emballée ! Finalement je ne trouvais pas que cela soit inutile à l'histoire, aussi je l'ai laissé, cela fera donc l'objet d'une suite dans les prochains chapitres !

J'espère que ce chapitre vous a plu, ne vous inquiétez pas le suspense ne sera pas bien long : la suite est déjà bien avancée et sera à paraître dans peu de temps ! D'ici là, bonne continuation à vous ! ;)