Raaaah… Maintenant que j'ai fait le chapitre explicatif entre Hikaru et Sayuri, je bloque… Dans mon repère temporel, il reste 4 jours avant les fiançailles… Que faire pour combler ce trou ?!
: Journal des Reviewers :
Mokoso : 100 seulement ? Lol je pensais avoir fait mieux… XD Tu arrives à voir les avancées entre toutes ces disputes ? Chapeau ! C'est pas facile. XD Si je vais les mettre ensembkle ?! O-o Eh oh ! Ca va faire plus de 30 chapitres que je m'évertue à les caser sans rien brusquer et réaliser de la façon la mieux maîtrisée possible une évolution de caractères réaliste, et tout ça pour ne pas les caser ? Mais bien sûr que si ! XD La fin est toute tracée depuis le départ, mais c'est le développement qui est intéressant dans cette fic. Kiss et merci !
Elenthya : Mais quoi euh ? XD C'est tellement plus marrant de leurs faire faire des vagues que de les caser tout de suite et s'ennuyer par la suite ; Je comprends que ça te frustre et pour moi, c'est signe que ma recette est efficace. Lol. Pour les jumeaux, je devais leur faire trouver une excuse qui déçoive les filles, c'était pour mieux les préparer à la suite. Quand à Sayuri, elle commence à mettre sa réelle confiance en Hikaru, mais comme elle est maladroite, elle refuse aucun écart. Mais promis, tu seras vite TRES contente. Kiss et merci ! Reste avec nous et courage pour tes concours !
Après les précédents chapitres un peu lourd, il était temps de faire place à un peu plus de liberté. Vous vous rappelez le chapitre des jumeaux espions ? J'ai voulu en refaire un dans la même trempe, et voici ! J'espère que vous aimerez. En tout cas, je me suis bien amusée à faire un peu n'importe quoi, surtout dans les dernières techniques ! XD
Ici, après Hikaru et Sayuri, voici le chapitre « song-fic » de Sanae ! Elle s'appelle « En dedans » de Sandrine François. Enjoy it !
Chapitre 28 : Comment lui dire
Une nouvelle matinée du mois d'août se levait sur la propriété Hitachiin. Le soleil était déjà haut et bien chaud. Le ciel était limpide, sans trace de nuages, juste piqueté par les quelques oiseaux qui volaient dans le lointain. Dehors, les jardiniers s'affairaient à soigner les plantes assoiffées et à tailler les arbustes et les haies à l'ombre de leurs grands chapeaux. La fontaine de la cour éclairait de mille reflets les façades de la demeure silencieuse et son glouglou monotone rafraîchissait à lui seul la personne qui se laissait à l'écouter un instant.
Derrière la fenêtre du premier étage, une jeune fille aux longs cheveux miel contemplait la beauté des fleurs qui coloraient les parterres entourant l'aile du pavillon. Leur parfum entêtant lui montait lentement au nez et apaisait ses idées un peu confuses.
Le lendemain, elle fêterait ses 17 ans avec sa jumelle et pourtant, elle se sentait un peu esseulée. Elle n'aimait pas la lourdeur qui planait dans le manoir depuis ce fameux soir de matsuri.
« - Je n'ai pas envie de m'encombrer. » lui avait-il dit.
Elle baissa les yeux. Très bien. Elle avait accepté. Après tout, ils avaient encore du temps. Sayuri n'approuvait pas du tout son attitude, bien trop généreuse et indigne d'eux comme elle le lui disait toujours. Mais était-ce de sa faute si elle respectait Kaoru au point de s'effacer ainsi ? Sanae était patiente. Elle était persuadée au fond d'elle que cela paierait.
Des éclats de rires lointains attirèrent son attention. La jeune fille tourna un peu la tête sur le côté et tendit l'oreille. Oui, c'était bien des rires. Ceux des jumeaux Hitachiin semblerait-il.
Sanae quitta son poste d'observation et s'approcha de la porte de la chambre des garçons pour y coller l'oreille. Elle les entendit chantonner et rire à pleine voix comme s'ils fêtaient un grand événement.
Peut-être s'appuya-t-elle un peu trop contre la porte car celle-ci s'ouvrit malgré elle. D'abord propulsée faiblement en avant, l'adolescente se redressa très vite et s'inclina pour s'excuser de son impolitesse.
- Désolée ! Je ne voulais pas… Hu ?
Le grand brouhaha qui résonnait dans la pièce la força à se redresser pour voir ce qu'il se passait. Elle n'en revenait pas.
La chambre d'Hikaru et Kaoru s'était transformée en chambre du sultan des Mille et une nuits. Des draperies de soie aux tons chauds dorés, safran, orangés, rouges et framboise pendaient aux murs autour de l'immense lit à baldaquin obombré de tissus transparents violet et recouverts d'énormes coussins. Des tapis s'étalaient sur toute la surface du sol, finement ouvragés par des motifs travaillés et des courbes gracieuses. Les meubles aussi avaient changé et épousaient le style oriental des lieux. Un doux parfum d'épices semblait flotter dans les airs.
Mais ce qui frappa Sanae ne fut pas la nouvelle décoration de la chambre des frères, mais les frères eux-mêmes. Ces derniers avaient revêtu leur tenue de princes arabes avec les pantalons bouffants serrés aux chevilles, les babouches, un petit gilet sans manche ouvert sur la poitrine et incrusté de pierreries et le petit turban orné d'une émeraude pour l'un et d'un rubis pour l'autre. Installés sur leur lit immense, ces deux pachas riaient aux éclats avec… tout un tas de filles habillés en danseuses du ventre autour d'eux ?!
- Mais…
Ce faible murmure dévoisé réussit miraculeusement à atteindre les oreilles des princes qui ne parurent nullement surpris de l'arrivée de la visiteuse.
- Yo, Sanae ! saluèrent-ils d'excellente humeur.
Sanae ne fut pas en mesure de les entendre ou de leur répondre, obnubilée par la vision de cette vingtaine de filles qui gloussaient d'une voix forte et qui se collaient contre Hikaru et Kaoru en ronronnant presque. La jeune fille regarda Kaoru qui était heureux comme un coq en pâte et ne s'intéressait pas du tout à sa présence, bien trop occupé à accepter une datte que sa voisine de gauche lui tendait amoureusement.
- Kaoru… souffla-t-elle, prise d'une montée acide qui remontait. Pourquoi… tu fais ça…
Le garçon la remarqua enfin et lui retourna un sourire narquois en serrant un peu ses bras autour des épaules de ses deux courtisanes pour les ramener davantage à lui :
- Quoi ? C'était à prévoir, non ? railla-t-il sans pitié. Tu crois franchement que j'allais t'attendre toute ma vie ? Tu rêves, ma pauvre. Ca fait combien de temps que tu m'aimes, déjà ?
- D… Depuis la création du Cercle environ…
Elle avait répondu comme une automate tant elle était pétrifiée par le regard de Kaoru, le son de sa voix et le bonheur qui ressortait de lui à s'amuser de la sorte.
Le garçon éclata de rire, imité de son aîné puis se tourna vers les groupies qui l'entouraient :
- Tu es vraiment lente à la détente, chère Sanae. Désolé, mais je ne veux pas de tes sentiments à rebours. Moi, j'ai toutes les clientes du Cercle qui sont à mes pieds et me disent tous les jours qu'elles nous aiment, mon frère et moi ! Pourquoi j'irai attendre une fille indécise quand j'en ai dix autres qui n'attendent qu'un geste ?
- Quoi ? Mais K… !
- Tu ne me crois pas ? Regarde toutes les lettres auxquelles on doit répondre !
A peine eût-il prononcé ces mots qu'une immense ombre s'agrandit aux pieds de Sanae. Elle leva lentement la tête vers le plafond et vit un sac gros comme un ballon de dirigeable qui se penchait de plus en plus. Quelques enveloppes roses et parfumées s'échappèrent de l'ouverture du sac et, le temps de réaliser, une cascade de lettres s'abattit sur Sanae qui fut recouverte en quelques secondes. Le niveau de papier montait, elle hurlait à l'aide tandis que ses poumons se compressaient, le rire de Kaoru en fond, le gloussement des filles, le noir.
- AH !!
Le noir devint le vieux rose de son baldaquin plongé dans la pénombre. La respiration bruyante, Sanae n'osa pas bouger ne serait-ce qu'un cil de peur de se faire encore engloutir par une nuée d'enveloppes. Quand sa poitrine cessa de se soulever au rythme de son cœur emballé, l'adolescente se redressa sur son séant avec une main sur son front moite de sueur.
- Un cauchemar…
Sanae expira profondément et promena ses yeux onyx dans la chambre silencieuse. Le soleil filtrait au travers des persiennes tirées en quelques traits de lumière blanche et le chant d'un rossignol faisait grogner de mauvaise humeur la jeune fille qui occupait l'autre lit de l'autre côté de la pièce.
Un rêve. Tout cela n'était qu'un horrible rêve. Kaoru et les filles, son regard dédaigneux, son rire froid, son ignorantisme. Rien n'était vrai.
- Mais si… ?
¤¤¤
A la table du petit déjeuner, Sanae végétait dans une sorte de bulle imperméable qui l'empêchait d'entendre ce qui se passait autour d'elle. Elle ne parlait pas et n'écoutait pas. Elle dévisageait juste fixement le jeune homme roux assis en face d'elle qui riait avec entrain avec son frère parce qu'il prétextait avoir lu un message néfaste dans sa tasse de thé. Elle adorait son rire. Qu'il était beau avec ce rire franc et joyeux qui faisait ressortir ses pommettes. Il était si différent de celui qu'elle avait vu dans son rêve. Non, jamais Kaoru ne pourrait faire telle figure devant elle.
- Sanae ?
Sanae ne prêtait pas attention aux appels qu'on lui lançait, ni ceux de Kaoru d'ailleurs. Elle était trop concentrée. Ce rêve, que voulait-il dire ?
- Sanae !
Elle avait fait un choix pour lui plaire. Mais avait-elle fait le bon ? S'était-elle trompée de route ? Ah ! C'était sûrement une mise en g…
Un horrible goût amer acidulé fit éclater sa bulle en plus de lui faire étouffer un gargouillis peu élégant.
- Beuuuh… grimaça la jeune fille en toussant dans sa serviette.
Hikaru et Kaoru ne purent s'empêcher de pouffer de rire et s'accoudèrent à la table pour se moquer gentiment de leur hôtesse.
- On voulait te prévenir. Tu as versé ton café dans ton jus d'orange, mais trop tard.
Sayuri fronça les sourcils et se tourna vers sa jumelle d'un air inquiet et autoritaire.
- Et tu touillais ton café avec le couteau à beurre, réprimanda-t-elle. Qu'est-ce que tu as, ce matin ?
Sanae ne répondit pas tout de suite. Elle regarda Kaoru qui la guettait d'un air placide et sans qu'elle ne puisse se l'expliquer, une envie de pleurer lui monta aux yeux. Pourquoi avait-elle si peur tout d'un coup ? Elle ne voulait pas le perdre. Elle l'aimait. Elle l'aimait et elle se rendait compte qu'elle ne voulait pas lui cacher ses sentiments. Mais avait-elle le droit de lui imposer cela alors qu'il…
L'expression tranquille de Kaoru qui devint désagréable surprise lui fit réaliser que quelque chose n'allait pas.
- Sanae… Ca ne va pas ? lui demandèrent en chœur les garçons.
La jeune fille cligna des yeux et sentit qu'une larme s'était échappée de ses yeux malgré elle. Elle essuya sa joue en s'excusant avec un petit rire nerveux sous le regard empli d'effroi de sa sœur aînée. C'est pas vrai !
- Vous !! menaça Sayuri en attrapant les garçons par le col de la chemise. Je le savais que ça arriverait ! Vous êtes fichus, les Hitachiin Brothers ! Je m'étais jurée que si l'un de vous faisait pleurer ma sœur… Mais là, la seule vue de vos personnes suffit ! Ca va barder !
Sayuri était un peu à fleur de peau depuis le matsuri et encore plus depuis la veille.
- Hééééé ?! s'écrièrent les jumeaux. Mais non ! Nous ne… !
- C'est juste une larme de sommeil. Je vais… me reposer un peu. Amusez-vous bien…
Sur ce, Sanae se leva de table pour rentrer au pavillon d'une démarche un peu saccadée qui indiquait qu'elle n'était pas encore complètement échappée de son petit monde de rêverie matinale. Les trois autres personnes restées à table la regardèrent s'éloigner, les yeux ronds comme des boules de billard.
- « De sommeil » ? s'insurgea Sayuri, pas dupe.
- « Amusez-vous bien » ? s'offusquèrent les jumeaux, étranglés.
Après avoir planté Hikaru et Kaoru sans la moindre explication et encore moins d'excuse, Sayuri retourna à l'intérieur pour aller voir sa sœur. Elle la trouva dans sa chambre dans un grand état de fébrilité. Sanae faisait les cent pas en long en large et en travers en se frottant les mains avec nervosité. Sayuri ne reconnut pas tout de suite sa cadette d'ordinaire si timorée et posée dans ses gestes.
L'adolescente entra à grands pas dans la chambre et vint prendre sa jumelle par les épaules pour l'arrêter et de grâce, arrête de marcher comme ça tu me donnes le tournis.
- Qu'est-ce que tu as, enfin ?
- Sayuri, je dois lui dire que je l'aime !
Et elle lui balançait ça au visage avec un regard brillant de tant de détermination et de volonté d'être approuvée dans son choix. L'information eut du mal à parvenir au cerveau pour deux raisons évidentes : brutalité du décoffrage et sujet abordé. Quelques longues secondes d'immobilisme permirent à Sayuri de tenter un début de réponse :
- Hein ?
Ce fut au tout de Sanae de prendre sa sœur par les épaules.
- Je vais me confesser ! Aujourd'hui ! Sayu, si je ne le fais pas maintenant, je vais le regretter ! Je le sais ! s'exclama-t-elle très motivée.
- Sanae… Tu m'as dit que Kaoru préfèrerait ne pas entendre ce genre de chose… hésita sa sœur en regardant ailleurs. En plus, en ce moment, ils nous évitent…
- Je suis très décidée !
Ca, Sayuri le voyait très bien. Mais qu'est-ce que c'était que ce virage à 180 ? La veille, elle était prête à se coudre les lèvres pour s'assurer de ne pas être tentée de parler à Kaoru et maintenant, voilà qu'elle allait imploser si elle ne se confessait pas dans la seconde. Cela ne plaisait guère à Sayuri. Elle avait l'impression que sa sœur s'enflammait trop brutalement. Seulement, après des mois et des mois de silence, comment pouvait-elle lui ordonner de se taire ? Cela ne se faisait pas. Mais d'un côté, Kaoru Hitachiin ne méritait pas du tout de recevoir une déclaration après les sales coups qu'il avait fait récemment.
Elle soupira. Ah, l'amour…
- Très bien, si tu es aussi volontaire… concéda l'aînée. Je m'en tiendrai donc à la volonté que tu m'avais formulé il y a longtemps maintenant : je n'interviens pas et je te laisse faire.
Sanae approuva par de vifs hochements de tête, très enthousiaste. Elle était déjà très excitée, à la fois impatiente et tétanisée. Elle jouait gros sur cette affaire. Elle avait toujours tenu à se débrouiller seule pour confesser ses sentiments à Kaoru, ce qu'elle avait eu beaucoup de mal à faire comprendre à sa protectrice de grande sœur qui voulait l'aider.
Cette dernière sourit à son autre d'un air attendri. La voilà qui allait faire le grand plongeon. Même si c'était pour un sale gosse, elle la soutenait. Elle passa la main dans les cheveux de Sanae, un index en l'air comme un professeur.
- Parfait ! Courage, 'tite sœur ! Tu me préviens du résultat, d'accord ? Sois directe ! Ces idiots sont tellement aveugles…
- Hum !
Après un dernier signe de la main pour l'encourager, Sayuri sortit de la chambre afin de laisser sa jumelle réfléchir tranquillement. Quand la porte se referma, Sanae se retrouva dans le silence bancal du gros moment de solitude :
- Mais… comment je vais faire ?
Il a des yeux couleur d'ailleurs
Il a des doigts de musicien
Un rien de corsaire, de voleur
Un parfum magicien
Son corps est beau à faire peur
Il a plusieurs noms comme les saints
J'avais ma confiance y'a une heure
Là, je dois faire le point
Technique numéro 1 : La lettre
Oui, d'abord la lettre. Sanae n'aborderait l'hypothèse du face à face qu'uniquement en dernier recours. Elle s'installa donc tranquillement derrière le bureau de la chambre, s'empara d'une feuille de papier, d'un plumier et d'un petit pot d'encre –la décoration de la pièce était axée « ancien » même dans le nécessaire de bureau-. Elle contempla un moment sa feuille vierge dans l'espoir d'y lire par avance les mots qu'elle devrait y écrire puis posa la plume imbibée d'encre noire sur le papier en fermant les yeux.
Elle laissa les phrases fuir de sa tête jusque dans son bras pour aller se coucher sur la surface lisse et blanche dans un bruit de grattement léger. Peu après, elle posa son plumier et prit la feuille.
« Cher Kaoru,
Je prends la plume aujourd'hui car je dois t'avouer une chose. Tout d'abord, je regrette de m'être montrée si distante avec toi après le matsuri alors que tu m'avais permis de vivre une délicieuse soirée. D'autant plus que je ne t'ai pas donné d'explications à ce froid, ce n'était pas très délicat.
En fait, ce qui m'a peinée ce soir-là était la discussion que nous avons eue au temple. Tu disais que tu ne voulais pas que nos relations changent et cela m'a fait beaucoup de mal. Tu ne me peux pas me demander cela. Ce que je vais te dire va te surprendre et peut-être te décevoir, mais mes sentiments à ton égard ne me permettent pas de rester encore silencieuse. Pardon d'aller contre ton sens, Kaoru. Je t'aime et ce, depuis très longtemps maintenant. Au début, je ne faisais que te regarder de loin, mais tout ce temps passer avec toi m'a fait comprendre que tu étais un garçon vraiment formidable et pleins de qualités.
Je ne te demande pas de réponse, juste de savoir ce que je ressens pour toi »
Silence après lequel Sanae déchira le feuille. Mais qu'est-ce que c'était que cette horreur ? Elle passait son temps à s'excuser ! C'était à cause de son caractère bien trop gentil et compréhensif. Non, non. Décidément, la première impression n'était pas toujours la bonne.
Elle prit une nouvelle feuille de papier en fronçant les sourcils. Allez, Sanae ! Assume ton amour pour lui et vas-y plus franchement.
La plume gratta fébrilement le papier.
« Kaoru,
Depuis presque la création du Cercle d'hôtes, je te vois discrètement tous les jours au lycée et tu ne m'as jamais remarquée jusqu'à présent. Je t'ai vu la première fois par hasard alors que vous receviez des clientes et mon cœur a sauté un battement.
Depuis ce jour, je me cache pour t'observer sans te déranger car je sais que le contact avec les autres et parfois difficile pour toi et Hikaru. Je ne voulais pas passer pour une fan ou une groupie. Ton sourire, ton rire, ton visage malicieux, je les ai tous appris par cœur avant même que nous ayons échangé notre première conversation.
Nous avons emménagé il y a environ 3 semaines maintenant et pourtant, cela m'a suffi à te connaître et à voir… »
La jeune fille lut et relut ce début de lettre avec une grimace pas du tout convaincue. Là, cela faisait vraiment groupie en plus de faire niais.
- Raaaah, nooooon ! pesta Sanae en chiffonnant la feuille pour la jeter aussi à la poubelle. Ca ne va pas !
Elle se prit la tête entre les mains. Epurer. Il fallait épurer. Ne pas mettre trois tonnes de fioritures, il faut rester simple et naturelle. Cela dit, c'était dur de rester simple quand il fallait déclarer son amour, les sentiments faisaient très souvent dériver la plume dans des mots trop roses.
Sanae ne sut pas combien d'ébauches de lettres elle fit. Elle écrivait, lisait, chiffonnait ou déchirait et jetait à la poubelle. Elle trouvait toujours que c'était trop idiot. Et plus elle recommençait, plus sa bonne humeur s'envolait pour laisser place à une frustration énorme.
Trois corbeilles à papier remplies plus tard, l'adolescente releva le front du bureau et leva lentement les yeux sur son dernier essai :
« Kaoru, je t'aime. »
- Aaaaaah ! Mais non ! s'horrifia-t-elle en déchirant la feuille en autant de morceaux que possible. Autant y aller oralement dans ce cas !
Technique numéro 1 : échouée
Causes : Manque d'inspiration et trop d'épuration.
En dedans, en dedans
Serpent, poison ou encens ?
En dedans, en dedans
Venin mortel innocent ?
En dedans, en dedans
Joli tricheur, homme enfant ?
Il faut que je sache maintenant
Technique numéro 2 : le message sous-entendu
Le support ? Le seul que Kaoru serait en mesure de comprendre car il s'y était un peu mis pour Sanae : l'ikebana avec le langage des fleurs ! Ce procédé était parfait : subtile tout en étant direct, poétique et dépourvu de fanfreluches inutiles.
Ce fut très guillerette et sûre d'elle que la cadette Suzumura se rendit au jardin pour cueillir toutes les messagères de son amour et vint s'installer dans la véranda pour composer. Qu'il était dur de faire un choix. Elle ne pouvait pas tout mettre tant elle avait à dire.
Au final, Sanae laissa de côté l'ikebana qui ne se composait que de quelques fleurs pour se faire fleuriste compositrice d'un énorme bouquet gorgé de couleurs et de signification. Quand elle eût fini, elle admira son message.
- Magnifique. Tout est là… murmura-t-elle, émue par sa création.
Des bleuets pour lui faire savoir qu'elle était trop timide pour le lui dire et des aubépines pour espérer qu'il réponde à son amour entouraient une pluie de boutons d'or pour lui dire qu'elle était heureuse de l'aimer. Au centre, elle avait glissé un iris bleu pour un amour tendre au côté d'une pervenche pour dire qu'il était son premier amour. Une branche de lierre entourait le vase pour symboliser la fidélité.
Oui. Ce bouquet reflétait son âme le plus simplement du monde. Le rose aux joues, Sanae se permit une petite audace et glissa une verveine qui se fondit discrètement dans le bouquet.
- « Epouse-moi »… souffla-t-elle en regardant la fleur.
Elle sourit. Son cœur faisait des bonds rien qu'à contempler chaque plante et son symbole. C'était une très jolie façon de déclarer son amour. D'ailleurs, autrefois, c'était chose courante de se servir des fleurs pour faire passer un message.
- Ah, Sanae ! l'apostropha une voix.
Elle se raidit et n'osa pas se retourner. Kaoru venait d'entrer dans la véranda avec son jumeau et vinrent saluer la jeune fille dont le rythme cardiaque devenait affolant.
- Tu vas mieux ? s'enquit Hikaru, ce à quoi elle répondit par un faible hochement de tête. On te pensait à la harpe.
- Oh ? Tu viens de créer ce bouquet ? sourit Kaoru en admirant l'œuvre. Magnifique !
L'adolescente ne regardait que du coin de l'œil Kaoru qui inspectait le bouquet sous tous les angles avec un air très concentré. Son cœur allait exploser.
- Hum… Ca fait un moment que je n'ai pas ouvert le livre mais… fit le garçon en plissant les yeux.
Après une longue inspection minutieuse, il écarquilla les yeux de surprise et Sanae crut qu'elle allait mourir sur place. Il avait compris ! Elle voulut détourner la tête mais le jeune homme ne lui en laissa pas le temps et prit les mains de Sanae.
- K-K-Kaoru ?
- Sanae ! Les bleuets pour t'excuser, les aubépines pour dire que ton silence était triste, les boutons d'or pour faire la paix, iris bleu et la pervenche pour dire que nos discussions te manquent et le lierre pour renouer les liens… Tu t'excuses donc pour le matsuri ?
Kaoru vint serrer rapidement une Sanae mortifiée et craquelée de partout. « Excuser » ?!
- Il ne fallait pas voyons, ça arrive, les baisses de moral ! s'enthousiasma Kaoru en lui souriant comme un gosse espiègle. Je ne t'en veux pas, c'est oublié ! Merci pour ce bouquet, c'était vraiment très poétique !
Sur ce, il saisit le vase en cristal qui servait de réceptacle aux plus plates excuses de la cadette Suzumura et repartit avec son frère pour aller le poser dans le salon dont les fleurs étaient toutes desséchées avant de se regarder un programme a la télé. Et la verveine ? Il ne l'avait même pas vue.
Sanae demeura pétrifiée, le temps pour ses fendillements de s'étendre à tout son corps et de le décomposer en poussière sur le tapis.
- Excuser…
Technique numéro 2 : échouée
Cause : manque de pratique de Kaoru.
Il m'a sourit du haut de lui
A plein respect sans arrogance
J'ai joué à « Pas vu, pas pris »
Perdu perdu d'avance
Il sait mieux que moi qui je suis
D'un geste, il m'invite à la danse
Défense d'enfance évanouie
La robe et l'âme en transparence
Une fois remise de son choc émotionnel, Sanae s'était aussitôt remise au travail. D'un côté, elle devait s'avouer qu'elle était renversée par l'égoïsme de Kaoru à ce moment-là. Il n'avait donc pas imaginé une seule seconde que c'était à cause de lui qu'elle s'était montrée aussi froide ? Sa volonté avait vacillé mais elle n'en tint pas rigueur. Il fallait trouver un autre moyen, plus direct que le message en sous-entendu.
L'adolescente se rappela que les jumeaux allaient se regarder une émission à la télé. Vu l'heure qu'il était, il devait s'agir de l'émission qui accueillait un couple de guest stars qu'ils avaient eu le temps de connaître tous les quatre : Arata Fujito et Kotone Takehasa, le fameux couple d'acteurs qui faisait sa première télé depuis leur réconciliation. Hikaru et Kaoru étaient contents de les revoir ensemble sans anicroche et voulaient voir comme cela se passait à présent. Peut-être allaient-ils les mentionner dans leur nouveau bonheur ?
Sanae bondit sur cette occasion et une idée un peu farfelue lui vint en tête. Il fallait faire vite, l'émission allait commencer ! Elle attrapa son portable et tapota un numéro fébrilement.
- Agence de publicité Top Spot, bonjour, annonça la voix polie de la standardiste.
Technique numéro 3 : Message publicitaire
- Bonjour, Sanae Suzumura à l'appareil, puis-je avoir le directeur, je vous prie ?
- Bien sûr, Mademoiselle Suzumura.
Top Spot était l'agence de publicité à laquelle l'entreprise de son père faisait appel pour faire la promotion télévisée des vêtements de Sakura & Ayame. Le directeur de l'agence était un bon ami de leur père en plus d'adorer les jumelles qu'il trouvait craquantes.
Quelques sonneries après, une voix d'homme enjouée se fit entendre :
- Sanae-san, bonjour, comment…
- Dairô-san, j'ai une faveur très urgente à vous demander !
Sanae s'excusa intérieurement de sa brusquerie et de son manque de politesse mais elle n'avait pas le temps. Elle exposa sa demande avec une telle rapidité qu'elle en était toute rouge à la fin de son récit. Elle n'avait même pas pris le temps de respirer entre deux phrases et se fut donc essoufflée qu'elle attendit dans le silence de son interlocuteur.
- Euh… Dairô-san ? hésita-t-elle, le souffle court.
- Si… j'ai bien compris… soupira l'homme d'une voix incertaine. Tu veux… que mon équipe te fasse un spot en moins de 20 minutes dans lequel tu veux que le message « Kaoru, je t'aime », passe, c'est bien cela ?
- Tout à fait !
Le silence qui s'ensuivit fit comprendre à Sanae qu'elle était complètement folle de demander une telle chose pour une telle raison. Elle insista en déclarant qu'elle était prête à mettre le prix pour le dérangement causé mais le bon directeur de Top Spot ne fut pas en mesure de refuser une folie aussi drôle et touchante. Les jeunes aujourd'hui, quelle imagination ! C'était incroyable ! Sanae était aux anges.
- Bien. On va s'y mettre maintenant. On le fera passer pendant la réclame qui coupe l'émission de Sakura TV en ce moment, comme demandé.
- Oh, merci infiniment, Dairô-san ! Vous êtes fantastique.
- Je veux que tu me dises comment ça s'est passé en échange, d'accord ?
- Ah ah ! Promis !
L'adolescente raccrocha avec un grand sourire et descendit les escaliers quatre à quatre pour se précipiter dans le salon. Hikaru et Kaoru étaient déjà installés dans le grand canapé crème en grignotant des Pocky à la fleur de cerisier, ainsi que Sayuri qui voulait se faire un peu plaisir à revoir Arata. Ils se retournèrent à l'arrivée de Sanae.
- Ah, Sanae, tu veux regarder avec nous ? Ca va commencer ! prévint sa sœur.
La jeune fille vint prendre place près de sa jumelle qui lui donna un petit coup de coude curieux. Sanae lui rendit un sourire plein d'espoir et reporta son attention sur l'émission qui commençait. La première moitié d'émission parut se dérouler dans une lenteur insupportable pour Sanae qui dût défendre Kaoru à trois reprises d'aller aux toilettes pour s'assurer qu'il ne raterait pas les publicités. Chaque minute qui passait était un supplice pour Sanae dont la pression montait d'un nouveau cran.
Enfin, la publicité fut annoncée et un spot sur une musique romantique apparut.
- Ceci est spot spécial pour promouvoir les pensées d'une personne pour…
Les premiers caractères de « Je t'aime » commençaient à défiler quand ce fut le trou noir ou plutôt, l'écran bleu. Les pupilles de Sanae se dilatèrent d'effroi en entendant une horrible musique d'ascenseur couiner dans les enceintes du home cinéma tandis que le message « La suite de nos programmes dans quelques instants » clignotait en bas de l'écran.
Les jumeaux pestèrent, scandalisés :
- Raaaah ! Encore cette fichue grève des programmateurs ! Ils abusent !
- Sana ? S-Sana ? Pourquoi es-tu raide comme une statue?
Technique numéro 3 : échouée
Cause : grève
En dedans, en dedans
Serpent, poison ou encens ?
En dedans, en dedans
Venin mortel innocent ?
En dedans, en dedans
Joueur, pirate ou enfant ?
Quoi qu'il se cache il n'est plus temps
Sanae commençait sérieusement à déprimer. L'adolescente s'était écroulée sur son lit en interdisant à son aînée de venir la voir et encore moins de la questionner. Elle avait beaucoup trop honte de ses pitoyables échecs.
Elle releva la tête de son oreiller. Devait-elle comprendre par toutes ces tentatives ratées qu'elle devait abandonner ? En premier lieu, elle aurait été tentée de dire oui, mais une simple pensée à son cauchemar du matin suffit à raviver la flamme de sa détermination. Non ! Elle ne devait pas lâcher l'affaire ! Si elle n'était pas la première, Kaoru pourrait trouver une autre fille ! Après tout, le mariage n'empêcherait jamais qu'il tombe amoureux d'une autre fille qu'elle.
Sanae se leva et alla à la fenêtre de sa chambre. L'immense terrain d'herbe servait de terrain de ball-trap pour les jumeaux Hitachiin qui s'étaient emparés de carabines pour dégommer les cibles qu'on leur lançait.
- Pool ! commanda Hikaru, le fusil à l'épaule.
Elle leva les yeux vers le bleu lipide du ciel et vit une toute petite forme oblongue voler. Un coup de feu retentit et la cible explosa en plusieurs morceaux tandis que le tireur poussait une exclamation de victoire.
Silence pendant lequel Sanae regardait le ciel. Folle. Elle était folle.
Elle tourna les talons et s'approcha de l'interphone près de la porte de sa chambre. Elle appuya.
- Monsieur Sakurai ?
- Oui, Mademoiselle Suzumura ? fit la voix affable du vieux majordome en chef.
- Dites-moi, je voudrais un renseignement sur le jet…
Technique numéro 4 : la banderole aérienne
Quelques minutes plus tard, nous retrouvons Sanae qui foulait l'herbe fraîchement tondue du parc au moment où Kaoru venait d'abattre sa cinquième cible. Les garçons la saluèrent et lui demandèrent si tout allait bien car elle paraissait un peu pâle. Leur amie leur assura que tout allait bien et qu'ils n'avaient pas à s'inquiéter pour cela. Rassuré, Kaoru lui tendit sa carabine et lui proposa d'essayer. Elle accepta avec joie et mit l'arme à l'épaule en visant.
- Attends, tu ne te places pas bien. Le bras comme ça et la carabine comme ça…
Le jeune homme s'était mis derrière elle pour corriger sa position. Le cœur de Sanae s'emballa. Il était si près d'elle, elle en était toute déstabilisée mais pas au point de ne pas entendre le bruit du moteur d'avion qui approchait. Parfait !
- Détends-toi un peu et vas-y, l'encouragea le garçon près de son oreille.
- H-Hum… souffla Sanae, les joues roses. Pool !
Le timing fut d'une précision divinement effrayante. Une cible fut éjectée pendant qu'un jet traînant une banderole frappée d'un « Kaoru, je t'aime ! Sanae » apparaissait au-dessus de la propriété. Sanae tira. La cible qui explosa ne fut pas le petit disque blanc mais le réservoir à essence du jet qui sauta et brûla la banderole en quelques secondes avant même de la voir. L'avion perdit de l'altitude, le pilote s'éjecta du poste de pilotage et le bruit retentissant d'un crash résonna dans le lointain.
Silence où même les oiseaux ne chantaient plus.
- T… T… Touché… murmurèrent les jumeaux.
Sanae ne répondit pas et se contenta de mettre le canon de sa carabine sur sa tempe.
Technique numéro 4 : échouée
Cause : extraordinaire dextérité (involontaire) de Sanae.
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- Mais c'est pas vrai…
Retour à la case départ de la chambre pour Sanae qui était écrasée par le poids de sa propre malchance. La jeune fille s'était affalée sur son lit, un oreiller contre son visage pour cacher sa honte et sa nullité. Les dieux étaient vraiment contre elle pour lui faire subir de tels échecs alors qu'elle déployait tous les moyens possibles pour toucher le cœur de celui qu'elle aimait.
Elle ferma les yeux, perlés aux coins par des larmes de rage déçue avant de les rouvrir. Elle n'avait plus le choix. Elle avait épuisé toutes ses options. Elle inspira profondément. Il ne lui restait plus qu'à lui dire la chose en face à face.
- Je ne perdrai pas !!
Remontée à bloc, Sanae bondit de son lit et sortit de sa chambre. Elle était incapable de penser tant elle était énervée. C'était très simple, entrer, se mettre devant lui, le regarder droit dans les yeux, prendre une très grande inspiration et lui dire « Je t'aime ». Après, elle aviserait selon la réaction. D'un côté, serait-elle capable d'aller au-delà de le regarder droit dans les yeux ?
Le temps pour elle de se passer tous les scénarios possibles dans son esprit, Sanae se retrouva devant la porte du salon. A l'intérieur, les garçons lui tournaient le dos, assis dans le fauteuil du salon. Ils discutaient avec beaucoup d'entrain alors qu'elle s'approchait en silence. Elle était si concentrée dans sa déclaration qu'elle ne faisait pas attention à ce qu'ils se disaient, jusqu'à entendre Kaoru réprimer une exclamation de dégoût :
- Laisse tomber, Hikaru. C'est hors de question ! Je ne pourrais pas l'épouser ! Non, vraiment, je ne peux pas !
Le noir. Le froid. Le vide. Sanae se pétrifia, mortifiée. Elle décomposa lentement chaque mot dans sa tête et le sens qui en découlait noya ses yeux de larmes. Elle ressortit aussi silencieusement qu'elle était entrée et que son cœur s'était brisé.
C'était un jeu, je l'ai perdu, je l'admets
Qui a gagné ?
Personne, contre mon gré
Quoi que je me cache, je me mens
Quoi « méchante » ? Quoi « méchante » ? Mais euh… Vous avais dit que j'aimais casser ce que je construisais. XD Mais si je vous dis qu'on arrange tout dans le prochain chap ?
Prochain chapitre : L'anniversaire ! Surprise ! Les cœurs qui battent !
