Disclaimer : Tous les personnages cités dans cette fanfiction (Deadpool, Spider-Man, Iron Man, etc) sont la propriété de Marvel Comics.
Music : The Neighbourhood — Daddy Issues


« Je te suis. »

Je ne me suis jamais relevé aussi vite de ma vie, si vite que je vacille et bute contre le canapé. Pendant un instant, je perds tous mes repères et ne peux que cligner des yeux avec incrédulité. La petite bombe, que m'a innocemment larguée le mercenaire, fait alors son bout de chemin dans mon esprit et je me pétrifie sur place. Mon souffle devient peu à peu erratique, alors que mes yeux scrutent nerveusement son visage. D'une certaine façon, j'implore son pardon et il comprend. Il se lève à son tour, la mine voilée, et je me rétracte d'un coup. Je vais même jusqu'à faire un pas en arrière, soudain conscient de la situation dans laquelle je suis en train de me précipiter. Je ne peux pas. Je ne veux pas. Je ne sais pas.

— Je... On...

Tout se bouscule, bien que mon cerveau me donne l'impression de tourner au ralenti. L'adrénaline se propage dans tout mon corps, elle me crie de me percer les tympans, de ne plus l'écouter, d'oublier. Elle me crie de fuir. Et avant même de le réaliser, je le fais. Je cours à m'en décoller les poumons. Enfin, j'essaye, j'essaye de toutes mes forces, je le jure, mais ce n'est pas assez. La réalité me rattrape et les mains de Wade prennent ma tête en coupe, joignant ses lèvres aux miennes dans un brusque élan.

Il m'a retenu.

Je sens ma cage thoracique se soulever au-dessus de mon crâne, tandis qu'il s'accroche à moi avec une détermination qui m'affole. Une seule seconde, cela ne dure qu'une seule seconde, mais cela suffit à nourrir le moindre de mes doutes. C'est pourquoi, je dispose une main ferme sur son torse et le repousse. Nos bouches se séparent sur-le-champ, muettes d'expression. Le choc est surprenant.

À nouveau maître de moi-même, j'expire et inspire à pleins poumons, à la recherche de cette bouffée d'air qu'il m'a volé. Puis, mon regard s'ancre malgré moi au niveau de son cœur, où ma paume est toujours plaquée. Il dégage une telle chaleur, c'est incroyable. C'est enivrant.

La vision de ce dernier mois défile devant moi et je ferme les paupières pour retenir les émotions qui m'assaillent. Je suis parti d'une impulsion immature pour terminer sur le Bobby Van's, des semaines plus tard, à embrasser un nid à problèmes.

Je retire vivement ma main de son torse. Bordel, mais qu'est-ce que je viens de faire ? Qu'est-ce qui me prend à toujours accumuler le plus de mauvaises décisions possibles ?

— Peter, me chuchote une voix en arrière-plan.

Happé par le présent, je dévisage Wade, ahuri. Il l'a dit. Je n'ai pas rêvé. Il connaît mon prénom. Comment est-ce p—

— J'ai toujours su, répondit-il en écho à mes interrogations. Depuis le premier jour, je me suis renseigné sur toi.

L'évocation de ce jour me renvoie une énième fois en arrière, lorsque nos discussions se résumaient à sa stupide mission de surveillance et sa curiosité maladive. Je me suis fait avoir sur toute la ligne : bien sûr qu'il sait. C'est même lui qui, en me voyant sans masque, a insisté sur le fait que je lui paraissais étrangement familier. J'ai été bien naïf d'envisager qu'il ne creuserait pas ce mystère de son côté, sans daigner me concerter. Mais alors... le défi ? La journée à Flushing Meadows ?

Face à mon air préoccupé, ce blaireau pince les lèvres, sûrement pour s'empêcher d'éclater de rire. Il a beau se retenir, je n'en suis pas moins grinche à la simple supposition d'avoir été dupé. Je n'ai même pas envie d'entendre ses explications à deux balles, il n'a fait que se foutre de ma gueule, alors pour ce que ça vaut !

Après m'avoir allègrement admiré faire la grimace, il prend une grande respiration et déclare :

— T'as aussi oublié d'enlever ta médaille en plastoc, Lassie.

Je cligne des yeux et baisse la tête vers mon torse. Ah. Je porte encore le badge pour passer la sécurité de la Tour Stark. C'est tellement gros comme bourde que c'en est offensant.

Je l'enlève d'un geste rageur, tapant du pied pour contenir ma frustration. Wade est aux anges. Pas du tout affecté à l'idée de me dévoiler la mascarade qu'il m'a servie depuis le début, il se marre à gorge déployée. Je vais me le farcir, celui-là !

Il finit par se racler la gorge. Son sourire sournois ne m'annonce rien qui vaille...

— T'es vraiment inquiet pour moi, hein ? se plaît-il à constater.

Je le déteste. Lui, c'est sûr, il n'a pas besoin de se répéter, quoi qu'il dise, il m'énerve. D'abord, il saute du coq à l'âne. Ensuite, il n'a aucun respect pour la dignité humaine. Enfin, je l'ai déjà dit, mais ce n'est jamais de trop : je le déteste.

— Attends que je te plombe au Magnum et on verra qui est vraiment inquiet, pesté-je avec humeur.

Il s'empare de ma main gauche avec une incroyable rapidité et la glisse dans son dos. Je veux l'arrêter, mais dès que j'entre en contact avec son épiderme, je suis incapable de le quitter. Mes doigts s'y agglutinent, désormais recouverts d'une couche de sang qui se tarde à sécher. Je devrais être répugné, mais je suis davantage rasséréné de le voir en vie. Si je n'ai pas besoin de bouger pour avoir un aperçu de la nuée de trous qui sillonne son costume, je sais que sa peau, en revanche, est guérie.

On reste une bonne minute ainsi, avant que je prenne l'initiative de me détacher, en douceur. Toute la tension qui nous pesait sur l'estomac s'évapore, alors qu'on soupire en chœur. Je profite du calme pour m'essuyer sur mon jean, songeant à la façon dont j'ai enchaîné les faux pas depuis que je côtoie Deadpool en civil. Il est vital que je fasse mon deuil sur les pensées et les actes hâtifs : je n'ai jamais rien tiré de bon à me précipiter avec lui.

On s'échange un regard et, merde, ça me travaille trop pour détourner les yeux. Ce mec a un putain de don pour déstabiliser les gens.

— Pourquoi tu as passé la journée avec moi, si ce n'était pas pour le pari ? le questionné-je en redirigeant la conversation sur Flushing Meadows.

Peut-être que j'ai envie de savoir, tout compte fait. Comme quoi, un anti-héros a au moins le mérite de vous remettre les pendules à l'heure sans s'embarrasser de longs discours.

Il hausse les épaules pour feindre l'indifférence, néanmoins, le timbre de sa voix manifeste un réel sérieux :

— C'est toi qui as proposé.

Je le toise, désabusé. Tout ça pour du vent ? J'hallucine. J'ai fait des plans sur la comète jusqu'à en perdre des neurones et lui me répond un truc aussi bas de plafond ? C'est le monde à l'envers ! Elle est passée où la folie dans cette histoire ? Je la lui ai toute pompée ou il se l'est carrée dans le cul ?! Et ce baiser, on en parle ?!

J'ai un hoquet, qui me fait absolument tout ravaler d'un coup sec. Il est si soudain que j'ai l'impression qu'un mécano vient de serrer un boulon dans mon corps pour me retenir d'imploser. Tiré à quatre épingles, j'aimerais lui hurler un « Et quoi, tu m'as juste suivi ? T'es con ou tu le fais exprès ? », sauf que cela ne sort pas exactement comme prévu :

— Oui, mais—

— J'étais inquiet, moi aussi.

Et là, je reste sans voix.