Disclaimer:

Je ne possède ni l'univers de Tokyo Ghoul ni les personnages qui le composent, tout ceci est la propriété de l'auteur du manga, Sui Ishida.

Par ailleurs, je renonce à tirer quelconque bénéfice (financier) en postant cette fiction, c'est à but NON lucratif que je la poste, seulement pour en faire profiter les lecteurs.


Eto se mouvait à une vitesse phénoménale, sous son kakuja de Chouette, elle se déplaçait de toit en toit en bondissant, il lui fallut peu de temps pour arriver au second arrondissement, mais Arima Kishou était lui aussi un demi-humain, alors, il devait être arrivé depuis bien longtemps déjà, suffisamment pour accomplir son œuvre macabre… Eto vit tout d'abord un poids lourd renversé gisant dans l'édifice bien amoché. Elle bondit à l'intérieur du bâtiment pour constater l'étendue de la scène. Soudain, elle entendit les derniers mots que Kaneki souhaitait lui adresser… des mots d'amour et d'excuses… Lorsqu'elle déboula, elle eut le temps de voir Arima Kishou planter son quinque dans l'œil de son bien-aimé, elle avait été trop lente pour le sauver… Quelques secondes de plus auraient pu suffire, si seulement elle n'avait pas été si longue à sortir de la Cochlée…

La scène semblait irréaliste, Kaneki au centre, était démembré et cloué au sol par un long quinque, ses yeux ouverts étaient crevés, il ne bougeait plus, ses cheveux étaient totalement blancs… Il avait dû tellement souffrir… Et puis, partout autour de lui, des cadavres mutilés, facilement une trentaine d'inspecteur, le sol était jonché de quinques, de douilles, de membres, le tout dans une immense mare de sang… C'était tout simplement une boucherie, Kaneki avait fait ça tout seul… Il avait même tué Furuta à ce qu'elle constata après avoir observé un corps en bouillie dont subsistaient seulement quelques bouts de kagune… Tout du long, il avait été abandonné de tous et pourtant, il avait eu la force de mettre à terre tous ces inspecteurs, de tenir tout ce temps face à autant de fous furieux qui l'avaient mutilé jusqu'à ce qu'il ne puisse même plus en guérir.

Et maintenant, il était là par terre, très probablement… mort. Eto cria haut et fort :

« Ken je t'interdis de mourir tant qu'on ne s'est pas marié, et pas après non plus ! Tu dois vivre ! »

Soudain, sans prendre garde, son kakuja opéra une majestueuse métamorphose, elle pensait jusque là que son kakuja avait atteint à sa forme finale, mais il semblait qu'elle était encore une goule de feu incomplète. Aurait-elle trouvé sa raison de vivre ? Vivre pour Ken Kaneki, pour le protéger ? Son kakuja prit une taille dantesque, au moins deux fois plus gros que le précédent, beaucoup plus épais, des pics acérés perçaient de partout et elle avait à la place des bras deux énormes pattes qui se terminaient par une monstrueuse griffe… En plus de ça, plusieurs pattes étaient apparues sur ses côtés. Elle avait à la fois un côté terrifiant mais aussi majestueux, comme une créature ultime à côté de qui personne ne pouvait se tenir…

Conscience de la puissance supplémentaire qu'elle venait d'acquérir, Eto se permit de déclarer :

« Escouade Zero, en charge de l'affaire de la Chouette Borgne, montrez-moi donc ce dont vous êtes capables ! »

Arima intervint aussitôt :

« Début de l'opération : Extermination de la goule Chouette Borgne de rang SSS. Prenez la en tenaille et travaillez en équipe ! »

Alors, la danse macabre débuta… le combat ne s'arrêterait qu'à la mort d'un des deux groupes, pas avant, il n'y avait plus aucun espoir de conciliation… Eto avait déjà fui une fois, mais maintenant, elle voulait mettre un terme à tout ça, faire tout ce qu'elle avait à faire à Tokyo, puis quitter cette ville pourrie jusqu'à la moelle. Et la première chose à faire, était de clore sa rivalité avec Arima Kishou… Eto le scruta attentivement, indéniablement il était devenu bien vieux, et chose surprenante, il semblait fatigué, probablement que son combat contre Kaneki l'avait bien plus exténué qu'il n'y laissait paraître…

Alors, elle fonça sur les inspecteurs avant qu'ils n'aient l'opportunité de l'encercler, en un éclair, elle en broya un contre le mur avec sa patte énorme, il n'allait pas se relever, même une goule survivrait difficilement à ce genre de coups, alors, un simple demi-humain… Eto fit en sorte d'axer le combat de telle sorte qu'elle leur bloquait l'accès à Kaneki, il y avait encore un espoir qu'il soit toujours vivant, après tout, on lui avait dit que ces derniers jours, il n'avait eu de cesse de manger des goules, peut être cela suffirait-il pour le sauver… Elle ne savait pas, et ne voulait pas savoir. Seul comptait à cet instant son combat ! S'agitant sporadiquement, son kakuja projeta une grêle de piques acérés sur ses adversaires, la plupart d'entre eux, bien entraînés, se protégèrent instinctivement avec un quinque… Mais deux succombèrent, de fait, l'un n'avait pas le quinque approprié pour parer les projectiles et le second n'eut pas le réflexe de le faire.

Déjà 3 de moins.

Eto poursuivit sa boucherie, mais c'était loin d'être aisé, son kakuja était constamment en train d'être tailladé et elle avait déjà reçu plusieurs coups sur son corps physique… Il lui en restait encore trois à battre dont Arima. D'une de ses pattes crochues, elle trancha une autre colombe, séparant son tronc de ses jambes, celui-ci non plus ne serait plus une nuisance. La Chouette Borgne laissa échapper un rictus terrible :

« HiHiHiHiHiHi ! C'est plus dur que de s'attaquer à un blessé non ?! Qu'est ce que ça fait d'être la proie ?! »

Elle leur rendait coup pour coup ce qu'ils avaient fait subir à Kaneki, les mutilations qu'il avait endurées, dommage qu'ils ne soient pas plus résistants pensa-t-elle, elle aurait bien aimé leur faire plus mal encore ! Après un combat sanglant, il ne resta plus que trois personnes, une goule démembrée au fond, et deux adversaires se faisant face : Eto Yoshimura et Arima Kishou. L'issue de ce conflit éternel allait enfin se dévoiler ! Aucun des deux n'était prêt à abandonner, alors, ils continuèrent à se battre.

Arima se contentait d'esquiver et de parer les coups de la Chouette pour ensuite contre-attaquer, mais chaque entaille qu'il laissait sur le kakuja était immédiatement effacée. Elle avait beau être de type ukaku, il n'en restait pas moins que son endurance était phénoménale. Arima regrettait de ne pas avoir son quinque SSS, il aurait pu faire quelque chose avec, mais là, ses coups était assimilables à des piqûres… La Chouette s'amusa même :

« Aïe ! Un moustique m'a piqué ! »

Arima était dans une impasse, il aurait probablement pu fuir, mais, qu'est ce que cela lui aurait amené ? S'il n'était pas capable d'arrêter la Chouette maintenant, alors il ne le pourrait plus jamais. Le combat était fini, il demanda simplement :

« Pourquoi as-tu tout abandonné ? Nous qui gardions le siège du roi borgne… voilà qu'il va se retrouver vacant ! »

La Chouette gronda :

« Je n'ai rien abandonné du tout… tu as juste été incapable de le voir… La goule que tu as massacrée est le Roi Borgne, et moi, je suis sa Reine Borgne ! »

Arima ne put s'empêcher de sourire, alors c'en était ainsi, il soupira de soulagement :

« Deux rois borgnes, eh bien... pourquoi pas ?! De toute façon, plus rien ne va ces jours-ci… Merci pour tout Eto ! » et il laissa tomber Ixa au sol, il n'en avait plus besoin à présent. Arima Kishou se contenta de regarder la mort qui se tenait en face de lui, enfin… Enfin on allait pouvoir lui offrir ce qu'il avait toujours recherché, le repos éternel ! Une patte crochue vint lui ravir avec précision la tête, sans douleur, l'heure n'était plus à cela, un grand inspecteur était décédé, et quoiqu'on en dise, Eto n'avait plus le cœur à se battre… Tout ce qu'elle souhaitait savoir, c'était si Kaneki était oui ou non, en vie.

Doucement, Eto abandonna son kakuja pour aller constater par elle-même l'état dans lequel il était… De près, c'était encore plus horrible, il n'avait plus d'yeux, Ixa lui avait à nouveau percé la tête… Il n'avait plus de membres, son corps était criblé de balles et l'énorme quinque Chi She Lian lui avait troué l'avait empalé à même le sol. Eto entendit néanmoins, un très léger souffle d'air, très irrégulier, mais présent, qui venait légèrement gonfler sa cage thoracique. Dieu merci, il était en vie ! C'était tout ce qui comptait à ses yeux, que Kaneki soit vivant. Elle avait à nouveau envie de pleurer, de remercier la providence de lui avoir fait ce cadeau, de lui avoir offert la possibilité de prendre un nouveau départ avec lui !

Mais rien n'était encore gagné…

En effet, Kaneki restait cloué au sol, aux portes de la mort, comment le soigner restait la question principale ? Eto retira tout d'abord le quinque qui le transperçait, la lame ressortit rougeâtre, tout embourbée du sang de Kaneki… Aussitôt fait, elle vint envelopper la blessure avec son propre kagune, il fallait absolument empêcher les organes de sortir du corps… Elle fut aussi délicate que possible, bien consciente que le moindre faux pas pouvait être fatal. Lorsque ce fut fait, elle souleva doucement Kaneki et quitta ce lieu de massacre en prenant le quinque avec elle, cela constituerait un souvenir au moins…

Eto rentra directement chez elle, non pas dans le 24eme arrondissement mais dans son appartement, elle avait de quoi le soigner là-bas. Dès qu'elle fut arrivée, elle le déposa sur leur lit, cela lui rappela étrangement la fois où il avait eu la boîte crânienne crevée par le même inspecteur, que de nostalgie que ces deux années passées avec lui… Eto constata avec émerveillement que la plaie laissée par Chi She Lian commençait à se résorber, par contre, beaucoup de trous dans sa peau restaient intacts, pourquoi ?

Il ne fallut pas longtemps à Eto pour comprendre, c'était les balles Q qui faisaient ça, elles agissaient comme un poison dans son organisme et bloquaient totalement sa régénération… Alors, elle les enleva toutes, une par une, il y en avait tellement, Kaneki avait tellement encaissé… Comment avait-il bien pu rester debout aussi longtemps ? Eto le savait bien au fond d'elle, c'était parce qu'il voulait avoir l'occasion de la revoir, tout ce qu'il avait subi, il l'avait enduré pour elle. Plus elle y pensait, plus elle s'en voulait d'avoir été capturée, d'avoir fait peser sur lui le poids de sa vie… Au fond, elle se sentait entièrement responsable de tout ce qui était arrivé à Kaneki ces derniers jours… Les remords n'avaient jamais été le fort de la Chouette Borgne, et pourtant, dès que cela tournait autour de Kaneki, elle se sentait subitement beaucoup plus humaine, beaucoup plus sensible… C'était indéniable, elle l'aimait plus que tout au monde.

Lorsqu'elle eut fini de prodiguer les premiers soins à Kaneki, son corps tout entier était sanguinolent mais au moins, petit à petit, ses cellules RC venaient reboucher les marques des blessures qui lui avaient été infligées… Eto savait pertinemment que cela se passerait comme la dernière fois, maintenant, il ne lui restait plus qu'à attendre. Avec toujours la même tendresse, Eto prenait soin du corps de son bien-aimé, elle le lavait retirant ainsi le sang coagulé mais surtout, chose beaucoup plus abjecte, elle aidait son corps à repousser. A force d'avoir été tranché à répétition, les cellules de Kaneki avaient du mal à redonner à ses membres leur forme originale… Alors, lorsque la poussée devenait anarchique, Eto, à regrets, coupait tout et aidait les cellules RC à recréer les membres en imprimant un moule avec son propre kagune.

C'était très artisanal, mais les résultats étaient au rendez-vous… Et le corps de Kaneki revint à sa forme normale, ses mains avaient bien cinq doigts et ceux-ci conservaient leur allure normale… Cette absence de Kaneki permit aussi à Eto de découvrir ce qui s'était passé durant son enfermement. Rien que l'état de l'appartement en disait long, le téléviseur qui avait été explosé, le robinet tordu, les briques défoncées par les coups de poing, c'était l'œuvre de Kaneki. Et c'était visiblement un lieu de meurtre puis que lorsqu'elle y était revenue, des lignes de démarcation de périmètre avaient été établies…

2 semaines passèrent

Ce furent les deux semaines les plus longues à tenir pour Eto, elle savait que Kaneki finirait par se réveiller, mais au bout de combien de temps ? Elle avait tué la majeure partie de son temps en le regardant, d'un regard vide, éteint. Ô combien il lui manquait ! Sa tendresse, son amour débordant, parfois un peu enfantin, tout cela lui faisait cruellement défaut. Lorsqu'elle était ainsi seule, son appartement lui paraissait bien trop grand pour elle, elle s' y perdait…

Prendre un bain sans faire l'amour avec Ken dedans, c'était nul.

Manger sans Ken, c'était nul.

Lire sans être adossée à Ken, c'était nul.

Dormir sans tenir Ken dans ses bras, c'était nul.

Ne pas parler avec Ken, c'était nul.

Ne pas embrasser Ken, c'était nul.

Ne pas rire avec Ken, c'était nul.

En résumé, vivre sans Ken, c'était horrible.

Lorsqu'Eto estima qu'il était suffisamment guéri, elle s'autorisa à dormir dans le même lit que lui et puis ; un bon matin, lorsqu'elle se réveilla, elle sentit sur elle un regard, le regard de Kaneki. De joie, elle murmura :

« Ken ! » et elle passa doucement sa main sur sa joue, comme pour s'assurer que c'était bien réel, du moins elle essaya.

Avant même qu'elle n'ait pu le toucher, Kaneki attrapa sa main fermement et gronda :

« Ne t'avise même pas de poser la main sur moi, sale monstre ! »

Le ton était donné.

Kaneki était furieux, maintenant que toute cette pression était retombée, il pouvait se mettre en colère, c'était la première fois que cela lui arrivait, mais il était fou de rage envers Eto. Après tout, elle était partie sans rien lui dire. La jeune femme reçut cette phrase comme un carreau d'arbalète en plein cœur, indubitablement, c'était blessant… Mais elle obéit, elle l'avait bien mérité, qu'il se mette en colère contre elle était la moindre des choses, pensa-t-elle. Elle n'avait pas le droit de revenir comme si de rien n'était, de faire semblant que rien n'était arrivé et de le serrer dans ses bras. Non, comme elle l'avait si bien pensé à propos de son père, « elle avait perdu ce droit ».

Kaneki se releva brusquement, il ne voulait pas d'aide et poussa par terre Eto lorsqu'elle tenta de le soutenir. La jeune femme ne fit rien pour se venger, elle ne voulait pas lui faire de mal et était prête à accepter tout ce qu'il ferait. Après être parvenu à coordonner sa vue, Kaneki mit un genou à terre, il toussa longuement pour ensuite se rendre compte qu'il crachait du sang, ce n'était guère étonnant, après ce qu'il avait pris… Il ne savait même pas comment il pouvait être encore en vie… Probablement grâce à Eto, mais pour l'instant, il ne voulait pas entendre parler d'elle.

Eto avait fait du tort à Kaneki, c'était incontestable, pourtant, rien ne pouvait excuser l'enfer qu'il lui fit vivre pendant plus d'une semaine. Kaneki avait décidé de se venger à sa façon, il ne poserait pas la main sur elle, il n'en était pas capable de toute façon, mais il était persuadé de pouvoir la blesser avec les mots et autres facéties, il la connaissait si bien… Alors, il se comporta avec elle comme le dernier des salopards.

Lorsqu'ils s'étaient mis à table pour la première fois, Eto avait tout préparé et Kaneki n'eut qu'à poser ses fesses sur la table, elle veillait sur lui comme sur la prunelle de ses yeux. Alors qu'elle commençait à se servir, Kaneki avait jeté au sol son plat et lui avait ordonné :

« Les chiennes comme toi, c'est au sol qu'elles doivent manger. Tu n'as pas le droit de manger sur une table. »

Sans discuter, Eto était allée par terre et avait fait ce que lui avait demandé Kaneki, elle mangea la nourriture qu'il jetait sous la table, sans jamais chercher à venir chaparder sur la table. Kaneki ne lui donnait que les mauvais bouts, la chaire grasse et immonde, et il prenait un malin plaisir à la faire traîner au sol afin qu'elle s'imprègne des saletés environnantes. Mais Eto continua à manger comme si de rien n'était, comme si tout cela était normal.

Puis, Kaneki observant Eto manger comme un animal vit ce qu'elle portait au doigt. Par pure vengeance, il lui déclara :

« C'est ma bague que voilà ! Je crois bien que… tu ne la mérites pas. Rends la moi » et Eto penaude, se releva, et enleva sa bague pour la rendre à Kaneki, tremblante. Le jeune homme se moqua d'elle :

« On dirait bien que j'ai touché une corde sensible ! Tu ne vas pas te mettre à pleurer tout de même. Voyons, quand on est un être aussi abject que la Chouette Borgne, on n'a pas le droit de pleurer ! »

Eto ravala alors ses larmes.

Et durant les repas qui suivirent, Kaneki fit de même encore et encore, et Eto, totalement soumise, retourna chercher sa nourriture sous la table. Elle se sentait tellement coupable vis-à-vis de Kaneki qu'elle avait décidé de tout lui passer même si elle devait en souffrir. Elle savait très bien qu'il l'aimait, sinon il n'aurait jamais fait tout ça pour la sauver, qu'il désire se venger relevait du cohérent.

Lorsqu'il lui parlait, il employait toujours des termes dépréciatifs au possible :

« Chienne » « Salope » « Pute Borgne » et Eto répondait impassible, elle faisait de son mieux pour ne pas relever ce qu'il lui disait, pourtant, chacun de ses mots la dévastait.

Kaneki atteignit le comble de la méchanceté… Il s'était, dès le premier jour de son réveil, installé sur le canapé, laissant Eto seule dans leur grand lit. Ainsi, il se plaisait à quitter l'appartement en pleine nuit ou en plein jour sans la prévenir, uniquement dans le but de la faire paniquer. Il adorait la voir sortir la nuit pour le chercher, presque en sanglots, mais elle ne pleurait pas, elle ne versa pas une seule larme. Un jour, alors que Kaneki rentrait d'une de ses escapades, il s'exclama haut et fort à l'intention d'Eto :

« Aaaaah, ça fait vraiment du bien. Je suis allé baiser avec Touka aujourd'hui, au moins elle pourra me donner des enfants elle parce que toi, tu ne sers à rien en fait. Regarde, tu n'as même pas été foutue de me laisser ta première fois, tu me dis que Noro t'a violée mais je pense plutôt que tu prenais ton pied quand il te tringlait. Ah et Tatara aussi… Tu n'es pas trop triste que je l'aie tué ? Car je suis persuadé que tu sortais aussi pour baiser avec lui, même quand on était en couple. Cela te ressemblerait bien, non ? Par exemple, quand je sortais donner des cours… Tu l'as sûrement déjà invité ici ! Vous avez baisé dans le lit ? Dans le bain aussi ? Bouarfff… De toute façon, je te laisse à sa disposition, tu n'es plus qu'une vieille ordure usée. »

Tout du long, Eto avait serré les dents, qu'est ce que c'était douloureux que de se faire traiter ainsi… Elle en vint à croire que tout ce que lui disait Kaneki était vrai, en fait, elle ne servait vraiment à rien. Elle avait bien mérité ce qui lui arrivait, voilà ce qui se passait quand quelqu'un qui nous vouait une confiance absolue se faisait planter un couteau dans le dos…

Pourtant, malgré tout ce qu'il lui faisait subir, Eto continua à veiller sur Kaneki avec amour, l'affection qu'elle lui portait n'avait pas diminué d'un iota, elle espérait seulement qu'ils puissent se réconcilier. Elle s'en était rendue compte à la Cochlée, mais bien avant aussi, un futur sans Kaneki, elle n'en voulait pas. Il était la seule personne à être capable d'illuminer ses journées, avec lui, chaque jour était différent. Pas question de s'en aller, et de le laisser encore une fois exposé au mépris de tous, et surtout, à lui-même. Kaneki avait un comportement autodestructeur terrible, Eto le voyait bien chaque jour, enfin, surtout la nuit…

Kaneki avait du mal à s'endormir, Eto l'observait toujours du coin de l'œil, sans se faire remarquer. Mais le pire, c'était quand il dormait vraiment, très rapidement, il se mettait à pleurer comme un bébé… Et il criait… Il appelait quelqu'un de toutes ses forces, inlassablement :

« Eto ! Eto ! Eto ! Ne pars pas ! Je t'en supplie ! » Son sommeil le trahissait, il était toujours aussi fou d'elle, il avait juste un goût amer, une appréhension terrible d'être à nouveau abandonné. Alors, lorsqu'il pleurait, Eto venait à côté de lui et lui parlait. Il lui avait interdit de la toucher, alors elle tâchait de le consoler de par sa voix et son parfum :

« Ken… Je suis là… Ne t'inquiète pas… Je te protège… » Eto se sentait hypocrite de dire cela, elle avait l'impression de ne jamais avoir pu le protéger… Elle n'était pas là au restaurant des goules ni dans la salle de torture de Yamori, pas plus qu'elle n'avait pu empêcher Arima de le mettre en pièces par deux fois… Elle n'était pas non plus présente lorsqu'il se mangeait les doigts… lorsque Yoshimura l'avait traité de chien et avait rejeté toute la faute sur lui… c'était bien la spécialité de son père ça…


C'était en pleine nuit… Kaneki se réveilla en nage, il n'arrivait pas à dormir sans Eto, ce n'était pas nouveau. Mais au moins, avec son parfum dans la pièce, cela l'aidait un petit peu. Alors qu'il se retournait inlassablement pour trouver un petit espace de tissu frais, il entendit un craquement… C'était probablement son esprit qui lui jouait un tour, il savait que de toute façon, il était malade mental. Mais étrangement, ce bruit semblait particulièrement réel. Tiens, il venait de la chambre d'Eto. Kaneki se leva tranquillement et alors qu'il s'apprêtait à rabrouer la jeune femme pour le bruit qu'elle faisait, son sang se glaça lorsqu'il jeta un coup d'œil discret à travers la fente.

Eto était tranquillement par terre, adossée contre son lit, et se brisait les doigts un par un. Kaneki avait envie de vomir… Il détestait la voir comme ça, voir ses doigts fins former des angles dégoûtants… Cependant, il savait que si elle était comme ça, c'était parce qu'au fond de lui, il l'avait voulu… Il désirait la rendre folle de chagrin, comme ce qu'elle lui avait fait subir, à l'exception près que la jeune femme n'avait jamais souhaité ce que cela se passe ainsi, ce n'était que le fruit de circonstances hasardeuses.

Kaneki entra sans plus tarder, faisant par la même sursauter Eto. Il avait été largement assez méchant, tellement méchant qu'il s'en voulait à mort… Mais il dit simplement à la jeune femme :

« Je me sens tellement seul… SANS TOI… alors ne fais pas ça s'il te plaît. » De grosses larmes roulaient le long de ses joues et, sans plus attendre il bondit sur la jeune femme pour l'étreindre de toutes ses forces. En même temps qu'il l'embrassait sur la joue, il s'excusait :

« Pardon… Pardon pour tout ce que je t'ai dit. Pardon pour tout ce que je t'ai fait faire. Je ne pensais pas ce que je disais. Je m'en fous des enfants, je me fous de Tatara et de Noro… Je me fiche que ta première fois n'ait pas été avec moi. C'est moi le sale chien qui aurait dû manger par terre tout ce temps… Tout ce qui compte est que tu sois là, à mes côtés ! Toutes les choses horribles que je t'ai crachées à la figure, je m'en veux terriblement… Je voulais te faire ressentir ce que j'avais subi quand tu n'étais plus là… mais maintenant que c'est le cas, ça ne m'apporte rien sauf du dégoût pour ma conduite. Pardon Eto. Je comprendrais que tu ne veuilles plus vivre avec moi après l'enfer que je t'ai fait vivre. »

Malgré ses doigts brisés, Eto n'hésita pas une seule seconde à lui rendre son étreinte, elle était si heureuse… Elle vint lui faire une petit léchouille sur la joue, c'était salé, les larmes coulaient toujours. Puis elle lui murmura :

« Ken, je ne te quitte plus jamais. J'ai été idiote de ne pas t'amener avec moi dans la Cochlée… Je pensais pouvoir tout faire par moi-même, parce que j'étais la soi-disant Chouette Borgne, mais au lieu de ça tu t'es fait démembré encore et encore pour pouvoir me sauver. Tu as fait don de ta vie pour que je sois sauve. Alors, je comprends que tu sois en colère, et je ne t'en veux pas, je sais très bien que tu ne pensais pas ce que tu disais, si tu m'aimais aussi peu que tu l'as laissé paraître, tu ne serais jamais venu à ma rescousse. N'est-ce pas, mon chevalier blanc ? Et puis, la nuit, je sais que je suis la seule à occuper tes songes, tu ne cesses de m'appeler… »

Kaneki ne disait plus rien, il souleva simplement Eto pour la déposer sur leur lit et vint s'allonger à côté d'elle. Elle était si belle avec son regard amoureux… Kaneki la dévorait du regard, et s'imprégnait de tout ce qui lui avait manqué, le parfum, le sourire, la chaleur, les formes moelleuses, la gentillesse, les cheveux smaragdins, le regard tendre, l'amour… ETO. La jeune femme n'avait qu'une envie, tenir Kaneki contre elle comme elle avait l'habitude de le faire avant… Il déposa de doux baisers dans son cou, comme pour effacer tout ce qu'il lui avait fait subir, c'était en quelque sorte pour se faire pardonner, même s'il savait que ce qu'il avait fait, ne disparaîtrait jamais… Il lui susurra :

« Eto si tu savais à quel point tu m'avais manqué… »

Puis il se reprit avec lassitude :

« Qu'est-ce que c'est que cette réplique nulle… Tu sais très bien que je me suis langui de toi, nul besoin de te le rappeler… Eto… Eto… Eto… Eto… Eto… Je peux enfin prononcer ce nom tout en te tenant contre moi… C'est le plus beau cadeau qui me soit fait ! Tout ce que je veux, c'est être avec toi Eto ! »

La jeune femme répondit avec tendresse :

« Ken, à partir d'aujourd'hui, et jusqu'à la fin de ma vie, je reste avec toi, je t'en fais le serment ! Tu es le seul homme qui ait su me montrer la beauté du monde alors que j'étais plongé dans ma monotonie sans fin… Je me contentais de la torture pour ressentir quelque chose, pour me sentir vivante, et puis… je t'ai rencontré. Au début, je ne savais pas trop ce qui m'arrivait, c'était une explosion d'émotions totalement différentes de la colère ou de la haine… C'était la première fois que j'expérimentais… l'amour. Tu es unique pour moi, Ken et tu es le seul homme avec qui je partagerai mon lit. »

Eto se débarrassa prestement de ses vêtements et aida Kaneki à en faire de même. Puis, elle l'invita à se blottir contre son giron, Kaneki se jeta avec empressement contre elle, le seul endroit où il était en sécurité, c'était un peu égoïste de sa part, mais il en profita tout de même. Eto préférait le tenir dans ses bras plutôt que d'être tenue dans les siens, non pas parce qu'elle ne voulait pas être dominée mais plutôt parce qu'elle voulait protéger Kaneki. Son KEN.

Kaneki posa doucement sa tête contre le sein de la jeune femme, il pouvait sentir son cœur qui battait doucement, et cela le berçait. Son corps était chaud, il appréciait cette moiteur apaisante, cette sensation lui avait tant manqué. Il était fou amoureux d'elle… Rien que d'y penser lui faisait chaud au cœur… Kaneki vint passer sa main sur la joue de la jeune femme et remonta avec douceur dans ses cheveux pour la caresser. Eto se laissa aller, c'était diantrement agréable ; le seul contact humain qu'elle avait eu et qui ne soit pas un coup… Même si elle ne craignait pas l'arrivée des inspecteurs, ou encore, de goules, Eto préféra installer une légère sécurité. Elle se leva quelques minutes pour déposer un mur RC au niveau de la porte et chuchota à Kaneki :

« Attends-moi là, je serai brève ! »

Toutefois, quand elle eut fini, elle se retourna pour constater que tout du long, Kaneki avait été à côté d'elle. Kaneki était un peu honteux, il bredouilla :

« Je suis désolé… Je n'aime pas rester dans le lit alors que tu n'es pas côté de moi… Je suis vraiment puéril… »

Il avait peur de la perdre, c'était bien normal… Eto vint passer ses bras autour de lui et lui murmura :

« Ken… Cela ne me dérange pas du tout. Tu as des traumatismes psychologiques… Ce n'est pas de ta faute. Je préfère milles fois que tu me suives en cachette plutôt que tu restes dans la chambre à te morfondre, d'accord ? »

Le jeune homme acquiesça et tous deux repartirent se coucher, bien emmitouflés. Aussitôt installés, les deux tourtereaux vinrent se coller l'un à l'autre, Kaneki enfouissant son visage dans le creux de la jeune femme. Il se sentit soudain très fatigué, depuis combien de temps n'avait-il pas dormi ? Trop longtemps visiblement… En un rien de temps, Morphée l'envoya au pays des rêves et Eto fut bien prompt à le suivre, épuisée par tout ce qui s'était passé. Mais maintenant, tout allait mieux, ils étaient à nouveau réunis !

Enfin presque… leur réconciliation était la plus importante à leurs yeux, mais Kaneki n'avait toujours pas fait la paix avec lui même. Il se réveilla dans la nuit en hurlant comme un possédé avant qu'Eto n'intervienne pour le calmer… Mais cela relevait de l'impossible, Kaneki pleurait et hurlait que c'était sa faute, qu'il avait fait du mal à tout le monde… Eto savait que Kaneki avait tué des innocents mais elle ne savait pas encore l'ampleur que cela avait pris au fil des jours… Il mit ses doigts dans sa bouche et les sectionna en les mordant avec une violence inouïe… Eto ne comprenait pas, Kaneki était dans tous ses états, cela n'avait rien de comparable aux nuits précédentes, il était effondré, en larmes, totalement incapable de s'exprimer.

Jusqu'à sa réconciliation avec Eto, Ken était encore en colère, il était encore celui qui s'était battu contre Tokyo durant plus de deux semaines, mais dès lors qu'elle l'avait enlacé, il était redevenu le Ken plus doux… Et alors, il prit conscience de ce qu'il avait fait… Cela lui revint doucement, il avait tué au moins trois cents personnes, si ce n'est plus… Des pères, des mères, des enfants, sans aucune distinction… Kaneki chuta du lit et se mit à vomir, de la bile principalement, il se dégoûtait par tous les pores de sa peau… Il se mit à pleurer de plus belle, avec à côté de lui, une Eto totalement incapable de comprendre ce qui lui arrivait…

Quelques minutes plus tôt, tout allait pour le mieux, et maintenant ça… C'était inconcevable, il était tellement fragile… Eto tenta de l'enserrer dans ses bras, quitte à le restreindre de ses mouvements, à son étonnement Kaneki ne lutta pas, il pleura encore plus fort, il était vraiment affligé. Eto le conjura :

« Ken dis-moi, s'il te plaît dis moi ce qui ne va pas… »

Dans ses sanglots, il parvint à bredouiller :

« Je n'ai pas le droit… d'être avec toi ! »

Eto ne savait toujours pas pourquoi il s'infligeait ça, cette fois-ci, elle cria :

« Ken ! Tu as le droit d'être avec moi ! Parce que je veux être avec toi ! Pour toujours Ken ! Pour toujours ! »

Kaneki ne voulait rien entendre, il continuait à pleurer, Eto était consternée, à quel point était-il triste ? Le garçon tenta tant bien que mal de s'expliquer :

« J'ai mangé… des enfants ! J'ai massacré… au moins trois cents personnes ! »

Le nombre lui fit froid dans le dos, trois cents personnes, c'était inconcevable, comment aurait-il pu atteindre un tel nombre… Furuta lui avait dit que Kaneki était devenu fou, à ce point là ?! Maintenant qu'il se rendait compte des actes odieux qu'il avait perpétrés, cela le brisait entièrement… Eto se haïssait de l'avoir abandonné pour aller faire un raid sur la Cochlée, tout cela, toute la souffrance de Ken, était entièrement sa faute. C'était uniquement à cause d'elle qu'il était comme ça, en train de pleurer de toutes ses forces, se détestant à chaque seconde un peu plus. Elle avait crée le monstre, et maintenant, Kaneki se reprochait tout. Il prenait tout sur lui.

Eto se mit à secouer sans ménagement Kaneki, il fallait qu'il se réveille, qu'il arrête de s'en vouloir, elle était terrifiée à l'idée… qu'il se suicide, cela créa chez elle une angoisse horrible. Eto s'accrochait à Kaneki, elle ne voulait pas le perdre. Elle hurla :

« Keeeeeeeeeeeeeen arrêteeeeeeeeeeeeeeeeeeee ! »

« Arrête de te détesteeeeeeer ! »

« Ça suffiiiiiittttt ! »

Sans hésiter, elle le plaqua au sol et vint forcer le contact entre leurs lèvres, elle l'embrassa goulûment avec tout l'amour qu'elle avait pour lui, encore et encore, jusqu'à ce qu'il arrête de pleurer. Elle ne supportait pas de le voir comme ça… Il avait toujours du tout porter sur ses épaules, c'en était assez. Eto s'installa sur Ken, elle le supplia de se calmer :

« Ken… Ken… Ken… S'il te plaît, ne te déteste pas. Tu n'es pas le seul responsable pour cela… »

Petit à petit, le jeune homme se calma, mais il pleurait encore à chaudes larmes tandis qu'Eto le tenait dans ses bras. Il ne disait plus rien, incapable de formuler la moindre parole…

Eto le câlinait de toutes ses forces, elle n'avait pas cessé de lui parler, de le rassurer. Ken Kaneki avait craqué ce soir là, il s'était brisé en une infinité de petits fragments… Et il allait en garder des séquelles toute sa vie… Il ne pouvait pas supporter sans broncher le poids des vies de trois cents personnes, qui le pouvait ? D'autant plus qu'il s'agissait d'innocents pour la plupart… Kaneki était finalement parvenu à raconter à Eto tout ce qu'il avait fait, elle ne savait pas qu'il était allé jusque là, qu'on l'avait poussé jusque là dans la détresse. Indubitablement, Ken était devenu un monstre, largement pire que la Chouette Borgne ou qui que ce soit d'autre. A sa connaissance, personne n'avait fait autant de mal aux deux partis, aux goules comme aux humains…

Eto avait compris… Ken avait voulu répandre son chagrin sur tout Tokyo, leur fait subir ce qu'il ressentait à chaque instant… Alors, il avait massacré des humains… mais surtout… torturé des goules… Ce qu'il avait fait dépassait largement les tortures auxquelles s'adonnait Eto, outre l'aspect physique violent, il avait brisé ses ennemis psychologiquement, manger un enfant devant ses parents… C'était vraiment horrible… même Eto ne se l'était jamais permis… Sauf pour manger, elle n'avait pas coutume de tuer des innocents… Elle se rappelait les paroles de son père :

« Je ne veux pas que tu finisses ta vie avec un dégénéré mental comme lui. »

C'était vrai, Kaneki était sans aucun doute le plus gros psychopathe qu'elle ait jamais rencontré, un malade mental qui n'avait qu'une idée en tête, rendre les autres comme lui, faire partager sa souffrance au monde entier…

Pourtant, Eto n'envisageait pas une seule seconde de quitter Kaneki prétextant qu'il était devenu un monstre, il avait encore plus besoin d'elle maintenant, elle le berça gentiment :

« Ken… Je t'aime. Il faut que tu te calmes maintenant, tu ne peux pas continuer ainsi. Si tu ne peux pas te pardonner ce que tu as fait, alors je le ferai pour toi. »

Le jeune homme demanda timidement :

« Pourquoi ? Pourquoi tu vas jusque là pour moi ? Eto… si tu restes avec moi, tu ne seras pas heureuse… Je vais te détruire… Comment pourrais-je me pardonner ? J'ai franchi la ligne qu'il ne fallait surtout pas dépasser… Des enfants ! J'ai mangé des enfants vivants ! Devant leurs parents ! Je me suis régalé lorsqu'ils pleuraient, et puis, lorsque leur voix s'éteignait peu à peu. Et tu me dis que j'ai le droit d'être heureux après tout ce que j'ai fait ?! »

Eto soupira :

« Ken… Tu me dis ça… mais ne vois-tu pas tout ce que tu as fait pour moi ? Sans toi, je ne serai pas là… je serai encore entre quatre murs froids à la Cochlée… Alors, je préfère rester avec toi et être détruite parce qu'au moins, je serai heureuse… Ma vie sans toi… je ne peux pas… Tu sais, je suis comme toi… Ne t'a-t-on pas raconté comment est décrite la Chouette Borgne ? Une goule qui déteste le monde entier… Alors, peut être que je n'ai pas mangé d'enfants vivants… mais j'ai moi aussi franchi la ligne un nombre incalculable de fois… Dès que je voulais quelque chose, je ne reculais devant rien… La torture était mon monde… L'électricité, coudre les visages des personnes, torturer une même personne pendant des jours entiers, je l'ai déjà fait. Alors non, je ne suis pas une bonne personne, loin de là Ken. Mais si tu arrives à m'aimer, c'est parce que tu trouves du bon en moi, quelque chose qui te plaît eh bien, c'est pareil pour moi, je t'aime comme tu es Ken. Tu as tué, c'est ainsi, je ne te jugerai jamais pour cela… Nous sommes des goules à Tokyo, nous sommes pourchassés par les humains qui nous tuent sans hésiter, alors c'est tuer ou être tué. »

Kaneki avait écoute avec attention ce que lui disait Eto, il avait beau être effondré, ce qu'elle racontait faisait tout de même son effet. Elle n'était pas une auteur reconnue pour rien, sa notoriété, elle l'avait amplement mérité. Kaneki grogna :

« Qu'est ce que je dois faire alors ? » Elle avait beau lui dire cela, cela n'effaçait nullement ce que lui avait fait.

Ce furent quatre mots qui lui apportèrent la délivrance :

« Deviens mon roi borgne ! Et je serai ta reine ! »

Kaneki s'essuya le visage du revers de son bras, et d'une voix plus posée, il déclara :

« Très bien, devenons les rois borgnes qui auront plongé Tokyo dans la terreur. »


Durant le jour qui suivit, Eto et Ken ne se levèrent que pour manger, et ils passèrent toute la journée au lit, Eto s'occupa de Kaneki, elle le consola, le câlina longuement, fit en sorte qu'il accepte ce qu'il avait fait. Se pardonner, il n'y arriverait pas avant longtemps si un jour il y parvenait… Accepter ce qu'on avait fait était déjà plus simple à réaliser. Kaneki pleura beaucoup sur ce jour-là, ce qui donna seulement à Eto l'envie de le dorloter encore plus. Mis à part Hinami, Ken était la seule personne pour qui elle éprouvait réellement de la compassion, une empathie très forte.

Elle ne voulait plus le laisser seul maintenant, elle venait d'avoir un aperçu de ce qu'avait été sa vie pendant deux semaines, et elle ne voulait plus jamais le voir comme ça. Que Kaneki tue, même des innocents, cela ne la gênait pas mais, qu'il ait des remords ensuite, elle ne le supportait pas. Cela signifiait qu'au fond de lui, tout ça, il ne voulait pas vraiment le faire. En un sens, il l'avait fait de son propre gré, mais c'était seulement pour combler le vide qu'elle avait laissé. Lorsqu'elle avait disparu, Kaneki était devenu fou, il n'y avait aucun autre mot pour décrire ça. Eto ne savait même pas quel Kaneki était le plus malsain, celui d'après sa torture avec Yamori, celui qui cherchait à tuer. Ou celui qui voulait faire mal, pas seulement détruire, mais aussi briser… Très probablement, le dernier était le pire…

Et puis Eto le voyait de plein fouet, Kaneki haïssait chaque parcelle de lui, il n'éprouvait pour lui que du dégoût. Il détestait ce qu'il était devenu, tuer pour manger ou pour se défendre ne l'avait jamais dérangé depuis qu'il était avec Eto, mais tuer des innocents pour s'amuser… Ce n'était pas ce qu'il voulait… Et maintenant, il regrettait profondément. Le roi borgne n'était plus qu'un immense gouffre de regrets, de déceptions et de non dits. La seule raison qui le poussait à continuer à vivre, était le désir d'être avec Eto.

Néanmoins, ce jour là, Kaneki esquissa un sourire, il avait répandu la mauvaise graine du mal, il en était bien conscient. Mais l'amour qu'Eto lui portait était supérieur à la haine que Tokyo et lui-même lui vouaient. Alors, il accepta ce qu'il avait fait. Il avait beau être la goule la plus puissante de toutes, avec Eto, il ne pouvait pas remonter le temps. Ce qui était fait ne pouvait être défait. Il se sentait mieux, et ce, uniquement grâce à Eto.

La jeune femme était une experte en torture psychologique, pourtant, cette fois-ci, elle dût faire exactement le contraire de ce à quoi elle était habituée. Réparer les blessures du cœur… Mais elle s'acquitta de sa tâche avec brio, elle parla longuement à son bien-aimé, le rassura, l'embrassa et le fit même dormir sur ses genoux pendant qu'elle lui passait tendrement la main dans les cheveux. Kaneki finit par se calmer, apaisé. C'en était assez maintenant, Eto était parvenue à le consoler, pas totalement, mais assez pour qu'il puisse tenir debout, et ne pas trop y penser.

Toutefois, Kaneki avait des terreurs nocturnes, des angoisses qui lui minaient le sommeil… Et il avait encore sa double personnalité, elle était seulement latente étant donné que les deux voulaient être avec Eto et passer leurs vieux jours en sa compagnie. Et cette nuit là ne fit pas exception à la règle, il fit encore d'horribles cauchemars qui le laissèrent affolé et trempé de sueur. Maintenant que Kaneki était réveillé, il n'arrivait plus trop à se rendormir, alors il en profita pour parler avec la jeune femme et la câliner. Puis, sans prévenir, il se leva d'un bond pour aller chercher quelque chose dans l'appartement tout en ordonnant à la jeune femme :

« Interdiction de me suivre ! Je reviens de ce pas ! »

Et effectivement, moins de trente secondes plus tard, il était de retour dans la chambre l'air fier ! Il cachait quelque chose derrière son dos, Eto se doutait de ce dont il s'agissait mais rien ne lui fit plus plaisir que d'entendre :

« Eto Yoshimura, alias la Chouette Borgne, veux-tu devenir ma femme ? »

La jeune femme se leva pour lui sauter et cou et l'embrasser passionnément, c'était leur premier baiser depuis leur séparation et c'était diantrement agréable ! Elle déclara alors :

« Oui ! Je souhaite par dessus tout être la femme de Ken Kaneki dit le Cache-Œil ! »

C'était une demande en mariage bien atypique, il devait être près de trois heures du matin, mais bon, les goules ont toujours été des créatures nocturnes… Kaneki lui passa doucement la bague au doigt, lequel s'était remis en place ! Eto avait de superbes doigts, fins et graciles, et la bague était fine pour pouvoir tenir en place. Lorsque cela fut fait, les mariés s'embrassèrent jusqu'à n'en plus pouvoir, encore et encore, ils voulaient ne faire plus qu'un !

Néanmoins, la parade nuptiale attendit, ils étaient bien fatigués ce soir là, et puis, ils préféraient être tendres l'un avec l'autre, se couvrir de baisers et de caresses… A nouveau dans le lit, ils discutèrent de ce qui leur était arrivé… Eto lui raconta comment elle s'était faite balayer par Tatara et Roma, ses jours bien mornes à la Cochlée, ainsi que sa discussion avec Furuta. Elle parla ensuite du mensonge de Touka et de son père, et qu'elle avait pleuré devant plein de goules puis elle finit en parlant de son combat avec Arima et en lui expliquant que maintenant, ils étaient devenus les rois borgnes. Ensuite, ce fut au tour de Kaneki, il ne savait pas trop par où commencer, il lui avait déjà dit beaucoup de choses, mais dans le désordre. Alors il reprit du tout début, du moment où il s'était réveillé seul, lorsqu'il avait vu qu'elle avait été enfermée à la prison des goules… Puis, il lui parla de son combat contre Kosuke Hôji, puis celui contre Tatara, le message envoyé à Hinami… Il décrivit tout avec précision, non pas parce qu'il voulait qu'Eto se sente coupable mais parce qu'il savait que sa femme désirait savoir avec exactitude ce qui lui était arrivé, il ne se sentait pas de lui mentir, elle s'en serait rendue compte de toute façon.

Lorsqu'il eut fini, Kaneki vit des larmes qui perlaient aux yeux de la jeune femme, bien sûr qu'elle devait se sentir responsable… mais c'était une étape nécessaire. Comme elle avait fait avec lui précédemment, Kaneki vint lécher ses larmes, tout gentiment, cela fit rire Eto, c'était agréable et un peu chatouilleux. C'était la première fois pour Kaneki qu'il voyait Eto pleurer, c'était assez déroutant, elle qui était toujours si forte, elle avait vaincu Arima Kishou et toute son escouade, pourtant, quand elle était dans ses bras, elle était si frêle… Il couvrit son corps de baisers sous son regard amusé, ce sourire là, il n'était qu'à lui… et un peu à Hinami aussi… Mais cela le gonflait d'orgueil, Kaneki avait selon lui la plus belle femme au monde ! Et ce, presque exclusivement pour lui !

Eto ressentait exactement le même sentiment, celui d'avoir trouvé l'être aimé qui resterait éternellement à ses côtés, seulement à ses côtés !

Le soleil n'allait pas tarder à se lever mais il leur restait encore du temps ! Kaneki et Eto décidèrent de faire quelque chose qu'ils adoraient : prendre un bain ensemble ! Ils ne craignaient aucunement l'arrivée des inspecteurs, premièrement parce qu'avec le carnage qu'ils avaient laissé, il fallait d'abord enterrer les morts et deuxièmement, s'ils osaient poser un pied dans cet appartement, ils connaîtraient un châtiment exemplaire. Alors, les deux tourtereaux s'accordèrent un long bain brûlant dans lequel ils eurent tout le loisir de profiter l'un de l'autre. Ils étaient tellement heureux d'être à nouveau réunis, pendant plus de deux semaines, ils avaient été séparés physiquement, deux semaines plus tard Kaneki se réveillait tout juste, et il fallut attendre encore plus d'une semaine pour cet instant… Mais cela valait le coup d'avoir patienté ! Maintenant, ils étaient mari et femme et se prélassaient tranquillement dans un bon bain !

Eto s'était adossée contre Kaneki et celui-ci faisait innocemment glisser ses mains le long de son corps… Eto minauda :

« Comme si tu ne connaissais pas chacune des parcelles de mon corps… »

Kaneki répliqua aussitôt :

« Peut être… mais je ne m'en lasserai jamais… »

La jeune femme se laissa faire, il n'y avait que lorsqu'il s'agissait de Kaneki qu'elle appréciait de se faire palper, il était toujours très doux et ses gestes amoureux quoique un peu pervers. Il avait toujours été comme ça, il raffolait d'elle… Il la mordilla doucement dans la nuque et lui arracha un léger gémissement, ce genre de petits jeux lui avait tellement manqué, il retrouvait enfin cet univers qu'il avait été forcé d'abandonner mais maintenant, il ne le quitterait plus jamais…

Eto n'était pas en reste, constatant l'ardeur de Kaneki, elle décida d'entrer dans la partie, et se retourna pour faire glisser ses doigts sur le corps musculeux de Kaneki. Il avait beaucoup maigri, mais il restait particulièrement musclé, peut être encore plus qu'avant… Elle passa sa main dans ses cheveux, ils étaient redevenus tout blancs… Cela changeait par rapport à d'habitude, il paraissait moins sombre, mais elle gardait une petite préférence pour le Kaneki aux cheveux noirs !

Soudain, Eto sentit que Kaneki la pinçait au niveau de la hanche mais très fort, elle grogna :

« Aïe ! » Mais Kaneki n'arrêta pas pour autant… En fait, il bondit prestement en dehors du bain et saisit sa main droite qui avait fait mal à Eto pour la frapper violemment et à plusieurs reprises contre le sol… Eto ne comprenait pas vraiment, il lui avait fait mal, pourtant c'était la première fois qu'il agissait comme cela. Elle lui demanda calmement :

« Ken, qu'est ce qui ne va pas ? »

Kaneki paraissait paniqué, il lui montra sa main droite qui tremblait et grogna :

« Je n'arrive pas à la bouger… Je ne voulais pas te pincer… Elle s'est juste contractée toute seule… Je te le promets, je ne voulais pas… »

Alors, c'était ça… Kaneki n'avait pas besoin de promettre quoique ce soit, Eto le croyait sur parole… C'était donc ça le prix à payer… Kaneki avait des problèmes aux terminaisons nerveuses… des contractions et des tremblements involontaires… Un des souvenirs que lui avait laissé son dernier combat… Eto le fit rentrer à nouveau dans le bain avec elle mais il n'osait pas la toucher de peur de lui faire mal… Eto était la seule personne qu'il ne pourrait jamais se pardonner d'avoir blessée, elle était la seule personne qui comptait vraiment pour lui… Alors, Eto s'en chargea, elle attrapa ses mains dans les siennes et lui fit doucement parcourir son corps, tout en douceur. Elle ne lésina aucune partie, même celles sensibles quitte à ce qu'il lui fasse mal. Peu à peu les tremblements disparurent et Kaneki sentit les sensations revenir. Encore hésitant, il reprit tout de même ses pérégrinations sur le corps de sa femme ; juste des effleurements en premier lieu puis au bout d'un moment, il s'autorisa à presser doucement avec les doigts, c'était revenu à la normale, mais pour combien de temps ?

Eto était un peu attristée, le jour suivant, elle fit faire des tests moteurs à Kaneki pour déterminer les handicaps que lui avait causé son combat. Au niveau des jambes, il n'avait rien par contre ses bras étaient en proie à des fourmillements, des douleurs, et parfois se montraient incontrôlables… En plus de ça, Kaneki toussait du sang… Lorsqu'Eto eut fini d'examiner Kaneki, elle déclara tristement :

« Je crois qu'il va falloir éviter de se battre à présent » et elle l'enserra de ses bras, elle avait peur de le perdre maintenant, peur que la mort le saisisse, que la maladie ne s'aggrave… Donc, Kaneki en plus d'être malade psychologiquement, souffrait aussi de difficultés motrices et de saignements… Avec ça, il avait peur de lui faire mal quand il la touchait… Toutefois, Eto parvint à lui retirer cette appréhension… Durant les jours qui suivirent, elle le força à exercer ses mains autant sur des objets que sur elle. Elle voulait qu'il puisse poser la main sur elle dès qu'il le souhaitait… Kaneki avait toujours été tactile avec elle, alors pas question de s'en priver. Ce que Kaneki craignait par dessus tout était de lui presser une zone sensible, autant sur les bras cela restait supportable mais à d'autres endroits, cela pouvait l'être beaucoup moins…

Néanmoins, avec le temps, il parvint à lutter contre ces tremblements, à beaucoup mieux les contrôler, et à laisser ses mains visiter le corps de sa femme comme il en avait tant l'habitude. Eto y était pour beaucoup dans ce processus, elle était toujours à ses côtés pour l'encourager, à le guider en tenant ses mains dans les siennes, et la rééducation nerveuse fut un réel succès ! Peu à peu, tout revint à la normale, d'autant plus que Kaneki était motivé pour guérir car il voulait mener une vie paisible avec sa femme. Sa double personnalité se fondit en une seule, celle qu'il avait lorsqu'il vivait avec Eto, ses cauchemars se firent moins nombreux, et en mangeant beaucoup de cellules RC, il parvint à diminuer ses quintes de toux sanglantes.

Le seul point noir au tableau restait la maladie psychologique, tout doucement Kaneki s'en remettait, mais les blessures du passé étaient toujours présentes. Trois cents personnes, ce chiffre résonnait dans sa tête perpétuellement. Il n'avait pas tenu le compte, mais il avait tué à répétition, il le savait. Alors, trois cents personnes, c'était le chiffre minimum… Kaneki ne se rappelait plus trop de ce qui s'était passé durant ces deux semaines, il était dans un état second à cette période… Malgré tout, leur cohabitation était particulièrement saine, ils ne se disputaient jamais, étaient follement amoureux l'un de l'autre, et chacun prenait grand soin de sa moitié.

Eto avait tenté de dresser leur profil psychologique à tous les deux. Indéniablement, Kaneki était schizophrène et souffrait d'un trouble dissociatif de l'identité, il avait au moins cinq personnalités différentes…Venait avec cela, des périodes de dépression aiguës, des crises d'angoisse et des tendances autodestructrices qui étaient les conséquences de ses maladies ainsi que des événements marquants de sa vie… Eto quant à elle, était une psychopathe, elle souffrait d'un manque total d'empathie pour les autres, cela ne la touchait absolument pas. Elle avait aussi une tendance au meurtre et à la violence gratuite, du moment que ses objectifs étaient atteints. A cela s'ajoutait un comportement misanthrope avec un dégoût du genre humain… et des espèces vivantes en général.

Pourtant, ils savaient faire preuve de tendresse lorsqu'ils étaient ensemble, Eto était l'unique personne capable d'assurer la cohésion mentale de Kaneki, et était son unique soutien psychologique et affectif, sans elle, il s'effondrerait sans le moindre doute… Et Kaneki… était la seule personne qui permettait à Eto de se sentir vivante lorsqu'elle était en sa compagnie. Il était le maillon qui la reliait au monde des vivants, qui lui donnait envie de vivre. Deux dégénérés mentaux qui formaient un magnifique couple dont beaucoup auraient été jaloux, là était tout le paradoxe : réunir deux monstres et les rendre ivres de bonheur. Kaneki et Eto vivaient sur un petit nuage mais il leur restait des choses à faire avant de quitter Tokyo…