Tout d'abord je tiens à vous dire à tous que je suis très touché par tous les messages que vous m'avez laissé. Je sais à quel point vous êtes attachés à cette histoire et c'est vrai que nous avons passé du temps en reviews/contre reviews/débats et discussions et que je suis aussi attaché à vous. C'est vrai aussi que je suis dans une phase où j'écris moins parce que je dois concrètement organiser beaucoup de choses. Mais... regardez... je me suis bougé pour arriver à clore le chapitre de la bataille de Kisori (deux mois après) avec toutes mes excuses parce que je vous dois bien ça...
Merci encore pour vos messages de soutien à tous.
Un petit clin d'œil à ma nouvelle lectrice, Alupi, qui s'est visiblement attachée à l'histoire en cours de route... merci pour tes encouragements.
Les autres...
Shenendoahcalyssa : oui, dans ce chapitre, tu vas voir Aithusa partir chercher Morgane très loin, et Morgane retrouver Lancelot... ;)
Julie : pas d'autres insultes colorées dans ce chapitre... mais je réfléchirai pour en inventer d'autres :). Ici, les Déesses vont prouver qu'elles savent faire autre chose que s'insulter les unes les autres et se mêler de la vie privée de leurs adeptes (il était temps ;))
Jielle : les dragons d'Afrique arrivent à Kisori... (et, non, j'aime trop Mona pour la sacrifier !)
FeeEli : allez, encore un peu de Morgane au meilleur de sa forme dans ce chapitre... et un peu de Merlin/Mordred aussi pour l'occasion
Violette : j'adore Robin Hobb et ses dragons sont définitivement les meilleurs ! Techniquement, Merlin alimente les disciples mais Morgane alimente Merlin et c'est Merlin qui tient le couloir de déplacement ouvert; comme il n'y arrive plus si Morgane ne l'alimente plus, les connexions magiques qui passent à travers le couloir se retrouvent bloquées par son instabilité et donc ça coupe les autres magiciens à cause de la distance géographique Kivu-Albion.
LoLOW : merci de m'avoir mis des coups de pied au cul, je sais que je t'ai fait attendre très beaucoup fort...
Lily-Anna : tu vas voir ce que fabriquent les dieux sur le plan astral comme tu le voulais :)
Ahotep84 : désolé d'avoir tardé
Tinette : j'espère que ce chapitre te fera le même effet que le dernier, je ne suis pas au meilleur de ma forme côté inspiration mais j'ai essayé de faire de mon mieux :)
Tomoe-chi : merci pour le com, mieux vaut tard que jamais et ça me fait plaisir de savoir que tu aimes !
Legend : for the love of camelot... tu me suivras jusqu'au bout et je l'écrirai jusqu'au bout...
Katie-Channel : ce fut un plaisir, encore désolé pour la longue interruption !
Winoona006 : non, elle ne fera pas partie de la longue liste des fictions non terminées... même si je galère, vous aurez la fin...
Miive : ça y est !
Laura Marez, Niniluffy, Karolyn 3 : merci pour le petit mot...
Valir : merci pour les encouragements... je n'oublie pas de continuer...
Guest : est-ce que c'est Ma ?
Kalincka- Magic Time : merci pour ton soutien et pour m'avoir motivé à reprendre... tu vois je n'abandonne pas !
J'essaierai de ne pas vous faire attendre aussi longtemps pour le prochain... et je m'excuse d'avance si c'est moins bien que ce dont vous avez l'habitude.
CHAPITRE 25
Les dragons verts d'Afrique volaient en escadron au-dessus de la vaste forêt du Congo, en sautant d'un nœud à un autre pour gagner du temps, selon le même principe que la marche accélérée qui avait conduit Amy et Mona jusqu'au village. Les cols tendus, les ailes déployées, ils maintenaient leur formation serrée quelles que soient les figures de style qu'ils exécutaient dans les airs. Leurs sauts étaient à la fois enjoués et vertigineux sous la direction de la grande prêtresse Amma, qui chevauchait à leur tête.
Amy et Mona étaient grisées par la magie de l'envol, par la sensation des courants qui tourbillonnaient tout autour d'elles. Rien ne pouvait se comparer à une chevauchée à dos de dragon tous les avions, tous les hélicoptères, toutes les machines volantes jamais inventées par l'homme étaient bien peu de chose en comparaison du sentiment de spontanéité, de liberté et de souplesse procuré par le fait d'épouser les mouvements de ces créatures vivantes, découplées pour embrasser les airs et pour flirter avec le ciel. Les enfants d'Ayida Wedo semblaient posséder un seul et même esprit et n'avaient pas besoin de communiquer entre eux pour savoir à quel instant se dématérialiser pour passer d'un point à un autre ils glissaient dans les airs comme des dauphins sur l'eau, bondissant à travers l'océan des nuages, piquant jusqu'à raser parfois la cime des arbres; partager cet essor enchanté avec tant d'autres magiciens, au cœur de l'essaim, était une expérience unique et merveilleuse; un moment de communion entre ciel et terre, vibrant de la sorcellerie vert et or qui émanait de la Source de l'Afrique.
Mona était encore émerveillée de la facilité avec laquelle ses pouvoirs lui étaient revenus après que la Déesse les ait débloqués. Comme Amy, elle avait les yeux pailletés d'or et se sentait débordante de cette magie qui était à la fois si familière, et si différente de celle d'Albion. En présence de tant d'autres sorciers, utiliser ces pouvoirs venus d'ailleurs ne semblait pas si effrayant il émanait d'Amma et de ses disciples une impression de paix et de compétence qui rappelait celle de Morgane et de ses anciens élèves de l'Ile des Bénis.
Entre chaque plongeon, les dragons d'Afrique ululaient leur trompettement magique pour réveiller le pouvoir des lieux sacrés au-dessus desquels ils s'arrêtaient, et les esprits qui les habitaient se levaient pour monter les rejoindre, quittant leurs arbres, leurs rochers, leurs sources, leurs rivières, pour venir renforcer l'armada qui se dirigeait vers Kisori.
C'était une véritable épopée, un moment comme aucun enfant des temps modernes n'aurait jamais rêvé en vivre et pourtant, il était bien réel. Les deux jeunes sorcières surplombaient la terre d'Afrique noyée de mystères, en route pour une charge qui resterait à jamais écrite dans leur histoire, conscientes de participer à un événement qui modifierait la face du monde de manière définitive. -C'est un moment que je n'oublierai jamais, murmura Mona, en savourant la douceur de l'air qui venait caresser son visage et mélanger ses cheveux.
Amy entrelaça ses doigts aux siens en réponse. Les dragons sautèrent à nouveau... et cette fois... la forêt avait cédé la place aux vertes collines du Kivu qui se déployaient devant elles Kisori n'était plus très loin. Amma éleva la main, et l'escadron se plaça en position d'attaque... -Il est temps de montrer à nos amis qu'ils peuvent compter sur nous, affirma Amy, en plissant ses yeux d'or.
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Sur le champ de bataille en chaos du village de Kisori, les miliciens avaient réussi à enfoncer les lignes des habitants malgré leur résistance acharnée et poussaient maintenant pour forcer les portes de l'hôpital. Rosalie laissa échapper un cri d'horreur quand les soldats fous furieux fracassèrent la porte lardée de balles à coups de crosse pour la faire sortir de ses gonds. Les blessés s'étaient rassemblés contre le mur opposé, les yeux dilatés de frayeur; François, l'une de ses béquilles dressée en guise d'arme, fit un pas en avant pour accueillir la déferlante barbare qui les emporterait tous. Rosalie se plaça à ses côtés, prête à affronter la mort qu'elle avait déjà trompée une première fois, sachant que si elle devait périr ici aujourd'hui, ce serait aux côtés de tous ceux qu'elle aimait...
Lancelot entendit sa voix et les images de la jeune femme dont il avait tenu la main autrefois tandis qu'elle se remettait de ses blessures envahirent son esprit avec une force insoupçonnée. Il n'eut pas besoin de regarder Joseph pour être certain que lui aussi donnerait sa vie pour tenter de protéger sa sœur une dernière fois. Les deux hommes bondirent vers la porte de l'hôpital dans un cri de désespoir, flanqués du chef du village et de Gili, qui, bien que dépourvu de sa magie, s'était équipé d'une mitrailleuse pour continuer à combattre.
En rangs serrés comme lors d'une charge de cavalerie, Gauvain, Mithian, Thomas, Perceval, Léon et Elyan arrivaient par l'autre côté, les visages froncés par la détermination.
« Nous sommes avec toi, Lancelot ! » cria Gauvain, cheveux au vent, bras dressé, si semblable au chevalier d'autrefois que l'espace d'un instant, l'image du guerrier à la force légendaire qu'il avait été au sein de la glorieuse Camelot vint éclipser les traits de l'homme des temps modernes, et faire sourire son vieil ami.
A moitié abrités de la tourmente, les nouveaux disciples de la table ronde, coupés de leurs pouvoirs, étaient suffisamment lucides après le spectacle apocalyptique auquel ils avaient assisté pour se douter qu'à ce stade, aucun survivant ne réchapperait de la tuerie.
Dans la semi-obscurité des bâtiments où ils se trouvaient encore, pour l'heure, à l'abri des balles, Paul regarda Matthias, la gorge serrée et les yeux remplis de larmes. Il ne reverrait plus Mona... mais en cette dernière heure, son cœur était rempli de l'espoir qu'elle aille bien, où qu'elle soit, et qu'elle survive pour raconter l'histoire de ce qui s'était passé à Kisori...
Matthias hocha solennellement la tête et souffla : « Quand les miliciens arriveront ici pour nous massacrer... tente ta chance... essaie de leur échapper ». Paul secoua la tête : « Pas si je dois te laisser en arrière », promit-il. Matthias eut un rire sans joie et murmura : « maudites jambes... ».
C'était la fin.
La résistance avait duré aussi longtemps que possible, mais ils étaient submergés par le nombre...
Comme des perles de pluie, les larmes brillaient aux yeux du plus noble des chevaliers de Camelot, lancé en pleine charge, alors qu'il revoyait son espoir, de faire de Kisori un lieu d'où la paix pourrait un jour irradier à travers le Kivu. Comme dans sa première vie, il avait échoué, à faire de son rêve une réalité. Pourtant, il était entouré de ses amis dans ce dernier assaut, si désespéré soit-il, et aucun des habitants de Kisori ne leur ferait défaut à l'heure où périr avec courage était la seule issue qui leur restât.
Ils mourraient donc... mais peut-être leur lutte acharnée permettrait-elle enfin d'attirer l'attention sur les drames qui déchiraient cette région et peut-être aiderait-elle les médias et les gens non concernés qui tournaient le dos à la situation à travers le monde à sortir de leur indifférence...
Dans cette vie, Lancelot n'avait pas de lance, mais il voyait la lumière.
Le visage de Morgane s'y dessinait, comme celui d'un ange.
« Nous nous reverrons en Avalon, ma Dame... »
Pénétrant dans l'enceinte du dispensaire, Koffi Sambo, Zalaka et les sorciers du sang qui les accompagnaient élevèrent les mains pour lancer leur ultime sortilège, les mains étendues vers le ciel, incantant le rite meurtrier qui arroserait le monde des esprits de vies offertes en sacrifice.
Ils étaient triomphants et sûrs de leur victoire, mais quelqu'un arrivait derrière eux, qui n'avait plus rien à perdre. Les vêtements rougis par le sang de ses ennemis, un Wildor pâle et solennel à se côtés, Uther éleva son arme, le poing serré sur la crosse de son pistolet. Le regard étincelant de fureur du vieux roi se plissa alors qu'il le levait en direction des hommes qui lui avaient arraché la chair de sa chair, le sang de son sang. Ils étaient prêts massacrer les habitants du village, entourés d'un halo de lumière rouge, heureux de faire d'autres victimes avec leur magie noire et meurtrière, comme des assassins, comme des lâches. Leurs couteaux étaient sur le point de frapper les enfants aux mains liées dont le sacrifice augmenterait leur pouvoir à quelques secondes de leur ultime frappe...
Le vieux roi savait qu'ils devaient être arrêtés, eux, et leur sorcellerie sanglante, quoi qu'il puisse en coûter.
-Leur chef, dit Wildor, la gorge serrée, en lui désignant Koffi Sambo.
-Il suffit de couper la tête du serpent pour l'empêcher de mordre, murmura Uther d'une voix qui ne tremblait pas.
Le jeune magicien l'arrêta et secoua la tête, inquiet.
-Il aura des contre-sorts... Même si vous réussissez à l'atteindre, sa magie viendra vous frapper et je ne pourrai pas vous protéger en retour... Uther eut un sourire grimaçant. -Cela m'importe peu, souffla-t-il. Sa fille avait disparu, enlevée par les âmes. La fenêtre à travers laquelle Morgane avait été entraînée s'était effacée depuis trop longtemps le désespoir qui était gravé sur le visage de Wildor était trop profond. Uther n'était pas fou il savait ce que cela signifiait. Sa princesse. Sa magicienne. Sa Morgane. Elle ne reviendrait souvenirs d'une autre vie déferlèrent dans la mémoire du vieux roi; une vie passée l'épée au poing dans laquelle il n'avait jamais craint d'endosser l'armure pour livrer bataille. Le sourire de sa fille tremblait dans son esprit, plus radieux que la lune, plus éclatant que les étoiles. Uther regarda les enfants que les sorciers étaient prêts à saigner pour servir leurs funestes desseins.
-C'est ce que Morgane ferait, dit-il gravement.
Wildor hocha la tête et confirma gravement :
-Quels qu'en soient les sacrifices... Le vieux roi se retourna vers Koffi Sambo et visa sa nuque d'un geste décidé. Puis, il tira sans hésiter pour l'abattre avant que le sorcier n'ordonne aux siens de procéder au sacrifice final et de relâcher leur magie meurtrière sur les gens de Kisori.
La balle partit.
Le coup, tiré avec précision, toucha son but, terrassant le sorcier en pleine incantation, alors qu'il était le plus vulnérable... Le sang gicla du crâne de Koffi Sambo, qui, se croyant invincible, n'avait pas vu venir l'attaque il s'effondra comme une masse, provoquant les cris et le désordre dans les rangs de ceux qui le suivaient...
Les « offrandes » en profitèrent pour sortir de leur torpeur, tirer sur leurs chaînes et s'enfuir en courant, s'égayant dans tous les sens. La magie des amulettes de Koffi Sambo s'éleva autour de son corps dans un grondement terrible.
Comme l'avait prévu Wildor, le retour de frappe de la sorcellerie du sang se fit instantanément, fusant dans la direction du vieux roi comme les tentacules d'une pieuvre monumentale dans un retour de feu auquel il n'échapperait pas.
Uther enfonça ses pieds dans le sol, campé face à la certitude de sa mort violente et rapide...
Et ce fut à cet instant que le ciel frissonna...
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Sur l'Ile des Bénis, les anciens disciples du Sanctuaire regardaient au désespoir le portail à l'agonie que Merlin et Mordred, au coude à coude, luttaient ensemble pour empêcher de se refermer complètement dans une nuée d'étincelles magiques. Tous leurs efforts étaient unis pour maintenir et consolider l'orifice, mais il était impossible de retraverser maintenant en disparaissant, Morgane avait fragilisé le couloir à tel point qu'il ondoyait comme un serpent devenu fou, et, alors qu'ils avaient réussi à se mettre à l'abri, les magiciens d'Albion étaient obligés de regarder leurs amis se faire mettre en pièces...
Alator avait les poings serrés et la mâchoire de Gaïus se crispait malgré lui...
-Ils vont mourir si nous ne faisons rien pour les aider, s'exclama Elma, horrifiée. Sans la magie, le village de Kisori est perdu... Nous devons retourner là-bas pour les aider à combattre... Nous devons faire quelque chose. -Elle a raison, affirma Gaïus. Merlin, l'heure n'est plus aux demi mesures... c'est une bataille que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre. Il est temps que tu redeviennes le grand sorcier que tu as toujours été. Les yeux bleus, brûlants de Merlin se plissèrent avec rage, tandis qu'il hésitait encore, pris entre deux feux contraires... -Libère la Source, lui ordonna Arthur en capturant son regard dans le sien. Je t'en prie, Merlin. Nous n'avons pas le droit de les abandonner maintenant. Et c'est le seul moyen que nous ayions...
Ancré à ce regard qui lui donnait de la force, Merlin hocha lentement la tête. Puis il descendit en lui-même, face au mur. Il avait les dents serrées. Il sentait la présence d'Emrys, de l'autre côté, et il savait qu'elle l'attendait.
Il n'était pas prêt... mais il Gaïus et Arthur avaient raison.
Il n'avait pas le choix...
Il posa sa main sur les pierres du barrage, le cœur battant, les doigts fourmillants.
-Attends, dit une voix familière, derrière son épaule.
Il se retourna et vit Mordred, qui l'avait suivi jusqu'au pied du mur, aux aguets.
Ses yeux bleu pâle étaient dilatés, les boucles de ses cheveux noirs cascadaient sur son front, et son bras brisé pendait inerte le long de son côté sans qu'il semble y prêter attention. -Nous n'avons plus le temps d'attendre..., murmura Merlin.
-Ne sens-tu pas ? dit Mordred, le regard brillant. Il se passe quelque chose, de l'autre côté du portail... Ce n'est pas d'Albion que doit venir le salut de Kisori... Quelque chose est en train de se lever...
Merlin adressa à Mordred un regard surpris, puis, réemergea face au portail et regarda au travers.
-Comment est-ce possible ? murmura-t-il, incrédule.
-Grâce à tes disciples, répondit Mordred. Quelque chose est en train de se répandre dans ce monde. Un nouvel âge vient...
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Uther éleva les yeux, le regard capté par un rayon de lumière chatoyant... et dans l'azur où se levait un jour radieux, il vit glisser un escadron d'émeraude entouré d'une lumière dorée, palpitante.
Le corps d'attaque ailé caressait le ventre des nuages, descendant en piqué sur le village, poussé par le souffle d'une nuée d'esprits dont les formes changeantes évoquaient celles des forêts et des cascades...
« Dragons », murmura Uther, avec émerveillement, les yeux scintillants de la beauté de cette vision qui envahissait le firmament comme une vague, surpassant par sa beauté toute l'horreur qui l'entourait.
Il sentit Wildor frissonner à ses côtés.
Le magicien dressa son visage à son tour pour contempler le glorieux envol qui descendait vers le champ de bataille en formation serrée.
-Est-ce que c'est Morgane ? demanda Uther, le cœur plein d'espoir à l'idée qu'elle puisse être de retour.
Mais Wildor secoua la tête, détrompant ses espoirs. -Cette magie ne provient pas d'Albion... Ces dragons ne sont pas de la lignée d'Aithusa...
Le premier des disciples de l'Ile des Bénis sentait pourtant la puissance des nouveaux venus.
Une femme chevauchait à la tête des cavaliers dragons, la peau noire comme la nuit, les cheveux blancs comme la neige. Son visage était ancien et vénérable. Et Wildor savait, au halo de sérénité et de pouvoir qui l'entourait, qu'elle était une Grande Prêtresse, à l'instar de Morgane.
« Ayida Wedo ! » cria l'Africaine, en élevant la main, et l'or qui brûlait dans ses yeux irradia à travers ses doigts, venant faucher le courant de magie sanglante qui menaçait de recouvrir Uther.
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Le tentacule rouge sombre libéré par les amulettes de Koffi Sambo se tordit dans l'étreinte lumineuse du pouvoir doré d'Amma, puis s'abattit sur le sol, recouvert de lianes qui rampèrent pour l'étouffer, s'enroulant autour de lui tandis qu'il se débattait furieusement dans leur étreinte.
Les sorciers du sang se retournèrent comme un seul contre les sorciers du ciel, relâchant leurs incantations ténébreuses pour les frapper de toutes leurs forces.
Les dragons verts d'Afrique élevèrent leurs cols à l'unisson tandis que les magiciens qui les chevauchaient tendaient les mains à l'instar de leur guide pour unir leurs forces.
Les rayons de lumière qui émanaient de leurs paumes fusionnèrent et irradièrent pour plaquer au sol les émanations de pouvoir meurtrier qui tentaient de les atteindre.
La végétation solidifia les fumerolles assassines des sbires de Sambo et Zalaka, s'accrochant à elles, les étranglant, les enroulant les unes aux autres jusqu'à les recouvrir d'écorce; et l'ombre gigantesque qu'elles projetaient fut sculptée en branches innombrables alors que leur forme menaçante se solidifiait dans la silhouette d'un arbre immense, dont les rameaux se mirent à verdir, puis à se charger de fleurs rouge et or. Zalaka recula d'un pas. Ses disciples se regardèrent les uns les autres avec effroi, les mains crispées sur leurs amulettes dont les pouvoirs leur paraissaient soudain vains et dérisoires.
Mais alors qu'ils semblaient sur le point de se disperser, l'esprit de Koffi Sambo se matérialisa en hurlant, puis replongea à l'intérieur de son corps qui se redressa par saccades, comme tiré par les ficelles d'un marionnettiste fou.
Son enveloppe était morte, les yeux vitreux, le crâne réduit en bouillie, mais l'esprit qui animait la carcasse en fit luire les sigles alors qu'il s'adressait avec rage à ses troupes sur le point de déclarer forfait...
-Quoi ! Vous abandonneriez la bataille ? Nous sommes venus montrer aux chiens de Kisori ce qu'il en coûte de défier les sorciers du Kivu, et nous ne tournerons pas les talons avant d'avoir terminé ce que nous sommes venus faire ici ! La grande prêtresse Amma plissa les yeux.
-Sorciers ! clama-t-elle d'une voix forte. Vous avez semé le chaos et le désordre... mais vos crimes ne resteront pas impunis. Pour avoir osé vous croire tout puissants, vous encourrez le courroux de la Déesse qui a séparé la terre des eaux. -Ayida Wedo ne peut rien contre moi ! rugit Koffi Sambo, nourri par sa rage. C'est à Hevioso qu'appartient mon âme !
A l'instant où il prononçait ces mots, l'esprit du sorcier ressortit de son corps mort, qu'il abandonna derrière lui sans un regard.
Koffi Sambo se retourna vers ses ennemis, un sourire grimaçant apparut sur son visage.
Il ouvrit ses bras spirituels, et son âme imprégnée par la magie du sang se déploya pour se transformer en dragon de fumée aux ailes noires comme la nuit.
La créature haineuse aux crocs tranchants se jeta sur le dragon vert que chevauchait Amma, la tête dardée en avant. Sa silhouette brumeuse enfla jusqu'à devenir gigantesque. Il l'agrippa violemment avec ses serres dans l'espoir de le fracasser sur le sol, en rugissant : « Meurs, prêtresse ! » d'une voix terrible.
Les sorciers du sang, rassérénés par la ferveur de leur chef étendirent les mains et se remirent à incanter. Le pouvoir meurtrier de leur magie s'éleva à nouveau pour affronter l'ennemi venu des nuages, et en l'espace de quelques instants, le ciel de Kisori fut transformé en un théâtre où éclata une bataille sans merci.
Les esprits maléfiques rugissaient contre les esprits de la nature, et leur duel enfiévré zébrait le ciel de lueurs fantastiques tandis que leur tempête tournoyante de leurs formes fantômatiques remontait en spirale, recouvrant l'azur d'ombres et de lumières oniriques qui cherchaient à se happer les unes les autres. Les tentacules de la magie du sang cherchaient à terrasser les dragons verts, qui, piquant et plongeant à grands battements d'ailes, les lacéraient de leurs griffes. La magie d'Ayida Wedo jaillissait par les lèvres et par les mains des sorciers d'Afrique, lardant les émanations ténébreuses de coups de fouet dorés, étincelants, crevant, perçant, écartant sans faiblir sur fond de mots de pouvoir, qui résonnaient dans l'air orageux en faisant vibrer la terre jusque dans ses fondations.
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-On croirait revivre Camlann, souffla Mithian, la main serrée sur la crosse de sa mitrailleuse, en jetant sur le ciel changeant un regard horrifié.
-D'où viennent ces dragons ? murmura Léon, toujours aussi impressionné par les créatures fantastiques.
-Je ne sais pas... mais ils sont différents des nôtres... et ils semblent être arrivés de nulle part..., dit Lancelot, en les rejoignant.
-Pas de nulle part, dit Gauvain, en secouant la tête, les yeux étincelants. Là-bas, vieux frère, regarde...
Le chevalier pointait deux minuscules silhouettes qui chevauchaient une même monture au milieu des éclairs.
-C'est Mona et Amy ! dit Lancelot, incrédule. Elles ont réussi; elles ont trouvé l'aide dont nous avions besoin...
-Ils m'ont l'air très occupés, signala Perceval, en frissonnant face à la bataille qui se jouait sur le ciel.
-Il faut les attirer jusqu'ici avant qu'il ne soit trop tard, s'exclama Lancelot avec un regard désespéré vers les miliciens qui déferlaient à l'intérieur du dispensaire.
Gauvain mit ses mains en porte-voix.
-Mona ! Amy ! Par ici, les filles ! Dépêchez-vous ! Nous avons besoin de vos talents !
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Sur leur dragon qui zigzaguait furieusement entre les attaques des sorciers du sang, Mona entendit la voix de Gauvain monter vers elle comme à travers un rêve. Où était-il ? Elle mit sa main en visière et vit, au-delà de l'écran de noirs sortilèges qui lui dissimulait les murs du dispensaire, la forme de son ami qui agitait les bras en bondissant sur-place pour capter son attention. Son cœur lui remonta dans la gorge.
-Amy ! Là-bas, regarde !
Elle pointa du doigt l'hôpital envahi par les milices.
-Oh mon Dieu, souffla la Nigériane. Ils sont pris au piège... Antoine apparut à leurs côtés à cet instant, chevauchant son propre dragon.
-Les miliciens continuent à attaquer les gens de Kisori pendant que les sorciers nous retiennent, cria-t-il. Il faut les aider avant qu'il ne soit trop tard... Si nous attendons la fin de la bataille magique pour les secourir, ils seront tous morts !
-Allons-y maintenant ! s'exclama Amy.
Les deux dragons virèrent de l'aile au même instant et descendirent en piqué en direction des bâtiments, traversant le champ de bataille magique avec l'aisance et la vivacité de deux grands éperviers, évitant les tentacules qui cherchaient à les percuter pour les jeter à terre.
« Il faut neutraliser leurs armes », cria Amy, tendue vers son objectif. « Comme la dernière fois... ».
Mona hocha la tête. Elle savait ce qu'elles devaient faire. Le dragon trompetta son cri féroce. Les miliciens et les villageois levèrent la tête au son de ses battements d'aile alors que son ombre recouvrait leurs rangs.
Mona eut le temps de voir Gauvain sourire...
Puis les deux jeunes filles étendirent les mains, leurs doigts toujours étroitement entrelacés, et leurs perceptions s'enfoncèrent jusqu'à la Source qui battait avec le cœur d'Ayida Wedo. Le pouvoir vert et or remonta à travers les fibres de leurs organismes en contact, courant le long de leurs peaux, s'emmêlant comme le vent aux feuillages là où se touchaient leurs paumes, provoquant en elles un frisson électrique avant de remonter à la surface comme un geyser impatient il s'élança avec avidité dans les airs, ancien comme la forêt, puissant comme la terre, puis se mit à cascader comme l'eau sur les rangs des combattants, attaquant l'acier de leurs armes de toutes parts dans un verdoiement subit. Les rouages des détentes et les balles se mirent à rouiller, puis à s'enrayer, noyés par les lianes les couteaux s'émoussèrent, l'acier dévoré par la végétation étincelante tomba en poussière entre les mains des meurtriers avides de faire couler le sang qui lâchèrent leurs armes, désemparés.
Le bruit de rafale des tirs cessa complètement, laissant place aux exclamations de fureur et de surprise mêlées.
-Shielderack, prononcèrent à l'unisson les lèvres d'Amy et Mona.
Et les murs du dispensaire se mirent à flamboyer d'une lueur qui rappelait les couleurs des fleurs tropicales, tandis qu'un mur de lumière venait protéger leurs amis.
Antoine agita les doigts, et tous les miliciens se retrouvèrent entourés d'un champ de pouvoir vert qui les sépara des habitants, les liant à l'intérieur de la cour, impuissants.
L'espace d'un instant, un silence hébété s'empara des villageois. Puis, les applaudissements éclatèrent dans la cour du dispensaire alors que les gens de Kisori se précipitaient hors des murs de l'hôpital pour voir de leurs propres yeux la magie flamboyante qui était à l'oeuvre.
Les deux dragons s'alignèrent côte à côte, atterrissant gracieusement dans la cour. -Amy ! Mona !
Gauvain se précipita vers elles en courant, un immense sourire aux lèvres. Le chef du village accueillait Antoine avec chaleur. Rosalie s'était jetée dans les bras de Lancelot. Joseph étreignait Perceval. Les enfants entourèrent les dragons avec émerveillement. Puis tout le monde regarda en direction du ciel, au-delà du bouclier.
La grande prêtresse Amma continuait à combattre, farouchement, le dragon de fumée Koffi Sambo. -Elle va gagner, dit Amy, en s'extrayant de l'étreinte chaleureuse de Gauvain, toute ruisselante de la magie qui l'habitait. C'est la Grande Prêtresse d'Ayida Wedo.
-Ayida Wedo...
-Le grand serpent arc-en-ciel la mère des dragons d'Afrique... Nous l'avons trouvée, dit Amy à Gauvain, avec un petit sourire. Mona l'a convaincue de venir à notre secours... Et elle nous a prêté ses pouvoirs, pour le temps de la bataille...
-J'ai eu tort de douter de vous, dit Lancelot, en hochant solennellement la tête.
Les deux filles se regardèrent avec tendresse, et leurs doigts s'effleurèrent.
-Mona ? Est-ce que c'est toi ?
Lâchant Amy, Mona se retourna vers la voix qui prononçait son nom, incrédule, et vit le jeune homme qui s'avançait vers elle. Elle avait l'impression de ne pas l'avoir vu depuis des siècles... et pourtant, c'était comme s'ils s'étaient quittés la veille...
-Paul ?
Il hocha la tête.
-C'est impossible... comment peux-tu être ici ? demanda-t-elle en riant.
-Ils sont venus à notre secours, dit Gauvain, avec un salut à Gili, tandis que les autres magiciens de la nouvelle table ronde émergeaient de leur cachette, les uns après les autres. Sans leur aide, nous ne serions jamais arrivés à tenir jusqu'à votre retour...
Mona sauta à terre et se précipita vers Paul. Il referma ses bras sur elle et la souleva de terre, puis la serra contre lui, de toutes ses forces.
-Je suis tellement heureux que tu soies vivante, dit-il, les lèvres contre ses cheveux.
-Non seulement je suis vivante... mais je vais bien... Paul... plus que bien, même... imagines-tu ? J'ai chevauché un dragon !
-Je sais. Je t'ai vue, petit démon. Tu n'as pas pu t'empêcher de faire la révolution ici aussi...
Elle hocha la tête et essuya les larmes qui affleuraient à son regard.
-J'ai cru que je ne te reverrais jamais..., souffla-t-elle en touchant ses joues.
-On ne se débarrasse pas de moi si facilement, jeune fille..., lui répondit-il tendrement.
-Mona, Amma a besoin de nous... Il faut que nous retournions nous battre.
Mona se retourna vers Amy qui l'appelait, croisa son regard... puis jeta un coup d'œil à Paul, et vit l'hésitation dans ses yeux...
-Il faut que j'y aille, dit-elle, en lui pressant la main.
-Va, murmura-t-il.
Et elle se détourna, courant vers le dragon puis saisissant le bras que lui tendait Amy pour monter derrière elle.
Paul regarda les deux jeunes filles s'envoler et revenir vers la bataille à tire d'aile.
Le buste de Mona était plaqué contre le dos d'Amy et leurs cheveux se mélangeaient dans le vent...
Il y avait quelque chose, dans la manière dont leurs corps s'épousaient, qui le fit frissonner.
-C'est un électron libre, dit Gauvain, en lui tapotant l'épaule, avec compassion.
-C'est une sorcière, répondit Paul, avec un sourire mi-figue, mi-raisin.
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Un sourire rageur apparut sur le visage spectral de Hevioso alors qu'il dévisageait l'humaine pâle et minuscule qui se trouvait devant lui, comme une offrande apportée par les esprits.
Morgane entendit le rire d'Atiaka à l'intérieur de sa tête. L'âme redoutable s'agita en elle et sussurra à son oreille : «folle que tu es, tu n'aurais jamais dû le défier».
Elle avait cherché à gagner du temps. Mais elle voyait maintenant que quoi qu'elle fasse, elle ne pourrait éviter l'issue funeste qui l'attendait dans cette confrontation.
Le Dieu de la foudre était en colère. Il éleva son poing de tonnerre, et gronda d'une voix terrible :
-Pour avoir osé t'adresser à moi avec tant de fronde, Prêtresse, je ferai de toi mon esclave éternelle dans le monde des esprits...
-Jamais je ne vous servirai, répondit-elle, les yeux étrécis de rage. -Quand je t'aurai libérée de ta chair, tu n'auras plus le choix, claironna Hevioso d'une voix triomphante. Si vraiment ta Déesse est si puissante que tu le prétends, qu'elle vienne te sauver, maintenant... ou tu seras mienne à jamais.
Morgane sentit les vents de l'invisible se déchaîner tout autour d'elle alors que le marteau meurtrier du poing divin, gigantesque, descendait vers elle pour l'écraser. Dans le temps distordu de cet autre plan d'existence parcouru d'ondoiements crépitants, la main de Hevioso la recouvrit d'abord de son ombre monumentale; lui faisant éprouver la puissance du coup à venir avant qu'il ne la fauche.
Elle se retrouva jetée à terre, les ongles enfoncés dans la matière immatérielle des marches qui menaient au trône du Dieu tandis qu'Atiaka, en elle, hurlait son cri de victoire anticipé à l'idée de ses funérailles charnelles.
La mort était à la fois si rapide, et si lente à venir; que les secondes semblaient se distordre dans l'attente. Rivée au sol onirique, Morgane n'arrivait plus à bouger; n'arrivait plus à parler toute la puissance spirituelle qu'elle possédait ne lui permettait pas de rivaliser avec le pouvoir qui émanait de Hevioso. Il était un géant et elle était une fourmi, mais elle releva les yeux une dernière fois pour l'affronter du regard alors qu'il la tuait, préférant regarder le péril en face que de le fuir. Elle dévisagea le dieu de la foudre, colosse au regard noyé de lumière dont les traits semblaient formés par des nuages d'orage et dont les doigts crachaient des éclairs fulgurants.
Et dans un dernier instant de lucidité, elle invoqua l'image radieuse d'Aithusa pour affronter l'épreuve de sa propre mort imminente.
La beauté éclatante de la dragonne blanche s'épanouit dans son esprit dans un flash lumineux, semblable à un arc d'amour qui emporta la terreur, la pression écrasante et l'impuissance qui rageait en elle, la remplissant d'une sensation de paix et d'infini. Tendu entre la polarité de son cœur et l'essence de l'univers, la vision d'Aithusa qui se levait en elle effaça toute autre réalité, prenant de l'ampleur comme un oiseau déployant ses ailes.
Aithusa blanche comme la lune, argentée comme les étoiles, mystérieuse comme la nuit...
Aithusa, serpentine, puissante, féroce, magnifique, délicate, unique... dont la clarté avait illuminé ses plus noires ténèbres... dont la voix avait su murmurer «Morgane» avec amour à l'époque où ce nom était devenu un synonyme de haine... dont la confiance l'avait restaurée quand elle était brisée... dont la foi lui avait offert l'héritage de sa destinée... dont l'absence avait été une douleur lancinante en chacun de ces jours dans ce monde, manquant de la rendre folle...
Aithusa avec qui tout commençait, et par qui tout se terminait, parce qu'elle était l'alpha et l'oméga de son âme.
Morgane ferma les yeux.
Quoi qu'il arrive, son cœur volait avec la dragonne blanche au-dessus de la forêt d'Acétir à tout jamais.
Et dans cet invisible étranger, aux mains d'un Dieu qui n'était pas le sien, la grande prêtresse d'Albion pouvait bien murmurer sans honte la vérité que sa fierté l'empêchait trop souvent de clamer tout haut : « Je suis à toi, Aithusa... maintenant et toujours ».
Un long frisson l'envahit alors que ses lèvres articulaient ces ultimes paroles, et quelque chose bougea tout au fond d'elle, à l'endroit où se trouvait la clé de sa connexion à la magie d'Albion.
La sensation d'amour et de pouvoir remonta à l'intérieur de sa chair comme une langue de feu, courant avec son sang le long de ses veines, gonflant son cœur palpitant, et avec elle, vint la réponse à sa prière, si vibrante de ferveur que Morgane crut l'entendre de ses propres oreilles, comme un écho à sa profession de foi... -Tu es à moi... et je suis à toi... Morgane...
Le poing de Hevioso descendait toujours.
Morgane releva la tête, étrécit les yeux, et souffla :
-Aithusa...
Un point de lumière vive se matérialisa face au Dieu de la foudre, éclairant l'ombre qu'il projetait sur elle aussi minuscule qu'une étincelle, il irradia une clarté aveuglante, se mit à émettre des vibrations qui envoyèrent une onde de choc brutale à travers l'invisible, puis se dilata jusqu'à devenir une flaque miroitante qui s'étendit à la verticale...
Le frisson qui parcourait Morgane se changea en un chant éclatant...
L'air palpita autour d'elle...
A travers le miroir lumineux dont la surface fluide se dilatait toujours, apparut un museau couvert d'écailles blanches et serrées, surmonté par deux yeux d'argent qu'elle aurait reconnus entre mille. -Tu ne peux pas réellement être là... souffla-t-elle, émerveillée.
-Je parcourrais les plus lointains des univers invisibles pour venir te chercher, parce que tu es mienne...
Un long cou serpentin traversa la fenêtre à son tour, et soudain, ce fut Aithusa toute entière qui se matérialisa dans la dimension dont Morgane était prisonnière, ses ailes blanches, déployées comme les voiles d'un navire, ses narines ourlées d'argent, dilatées de fureur.
Dans ce plan d'existence, chacun de ses reliefs était si parfaitement restitué que la dragonne semblait faite de chair à nouveau le souffle coupé, Morgane la regarda s'enrouler avec vivacité autour du poing serré du Dieu de la foudre pour en arrêter la course.
Hevioso se retrouva bloqué en plein élan et regarda Aithusa avec incrédulité alors qu'elle repoussait son bras en arrière pouce après pouce, le dominant au jeu de bras de fer dans lequel ils étaient engagés.
La dragonne dressa son col gracieux, fixa le dieu de ses yeux d'argent, et prononça d'une voix menaçante :
-Ne la touche pas, tête de tonnerre.
De son corps argenté aux écailles miroitantes, elle protégeait la forme de Morgane qui se tenait abritée en-dessous d'elle. Hevioso tenta de contourner le barrage pour atteindre la prêtresse mais Aithusa serpenta un peu plus pour mieux l'entraver et montra les crocs, irisée de magie.
-Tu ne l'auras jamais, dit-elle. Je ne te laisserai pas l'avoir.
-Je suis ici dans mon domaine. Et j'y fais comme bon me semble, rugit Hevioso, courroucé. Tu n'as rien à faire ici, intruse tu n'as pas le droit de me donner d'ordres !
L'espace s'emplit de nuages d'orage et le tonnerre éclata tout autour d'eux, assourdissant. La nuée des âmes des ancêtres hérissées de colère s'assembla autour de Hevioso qui s'inclina sur la dragonne avec un regard meurtrier. Les esprits fusèrent pour attaquer Aithusa. En réponse à cette attaque, elle exhala la magie bleutée de son souffle, et Morgane comprit brutalement qu'ici dans le monde des rêves et des dieux Aithusa était, en quelque sorte, plus semblable à ce qu'elle avait été de son vivant; plus réelle plus magique qu'elle ne pourrait jamais l'être dans la réalité du monde matériel. Réelle au point qu'il était possible d'entendre le son de sa respiration. Réelle et débordante de la magie puissante et chantante des dragons blancs. Hevioso regarda ses sbires s'arrêter net face au rideau de feu Morgane sentit le pouvoir triomphant d'Aithusa descendre sur elle, et aspirer l'âme d'Atiaka hors de son corps. L'esprit rugit de fureur quand il fut renvoyé auprès de son maître en tourbillonnant. La jeune femme baissa les yeux sur ses mains sa forme humaine était nimbée d'un voile de flammes bleues, incandescantes, qui cascadait autour d'elle comme de l'eau. Des étincelles dansaient dans l'air onirique qui l'entourait. La présence d'Aithusa l'enveloppait et magnifiait toute chose. Je suis avec toi, entendit-elle, et elle sentit les larmes lui monter aux yeux.
-Mon frère ! rugit Hevioso.
A l'horizon du champ de vision de Morgane, une ombre métallique se matérialisa sous le ciel d'orage, toute hérissée de pointes de fer. La prêtresse ressentit comme un coup quand deux yeux rouges et brûlants apparurent sur le visage grimaçant du Dieu d'acier qui arrivait au secours du Seigneur de l'orage et de la foudre. Gou, frère de Hevioso, avait des doigts qui ressemblaient à des lames étincelantes; son corps, qui semblait être fait d'un amalgame de carcasses de métal luisantes attachées les unes aux autres par une force magnétique, se déplaçait sur deux pieds gigantesques qui faisaient trembler l'au-delà. Il était suivi par une nuée de satellites d'acier qui l'entouraient comme des insectes ronflants, et ceux-ci dardèrent leurs têtes en direction d'Aithusa pour venir l'attaquer, lardant ses flancs d'une nuée de piqûres sanglantes. La dragonne rugit de fureur et s'ébroua pour envoyer les insectes de métal s'éparpiller en tout sens.
-Elle n'a rien à faire ici, dit Gou à son frère. Sa présence perturbe la Source. Il faut la renvoyer d'où elle est venue !
-Je suis venue reprendre l'humaine qui m'appartient, s'exclama Aithusa. Et je vous ordonne de me laisser repartir avec elle.
-Dans tout le panthéon des dieux de l'Afrique, dit Hevioso dans un grondement de rage, nous sommes les plus puissants. Qui que tu sois, d'où que tu viennes, tu n'as pas l'autorité de commander à notre volonté. Nul ne l'a. Car nous sommes les Maîtres de la Source, ceux dont le pouvoir est craint et redouté, les véritables Seigneurs de cette terre et des humains qui la peuplent. -Arrogance ! Vanité !
La voix qui venait de percer le monde de l'invisible vibrait de fureur et d'indignation. Une seconde déflagration de lumière, irisée de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, vint balayer le monde des esprits. Et un autre dragon apparut, laissant Morgane bouche bée d'admiration de par ses dimensions extraordinaires; la prêtresse regarda l'interminable serpent de son corps déferler dans le ciel d'orage, parcouru de crépitements multicolores, si long, si sinueux, qu'il semblait ne jamais devoir cesser de se dévider à travers le portail qui trouait les cieux. En comparaison de l'apparition aux innombrables anneaux qui semblait vouée à remplir de sa prodigieuse présence tout l'espace disponible du royaume onirique, Aithusa semblait aussi délicate et minuscule qu'un cygne. Gou et Hevioso demeurèrent tous deux bouche bée lorsque le visage ancien du dragon inconnu s'éleva gracieusement pour considérer l'au-delà chambardé dans lequel il venait de faire irruption.
-Mère ? dit Hevioso, incrédule. Que fais-tu ici ? Je te croyais endormie...
Morgane regarda les reflets multicolores qui parcouraient les écailles de la dragonne s'amplifier.
Ses yeux d'or tournoyèrent et s'étrécirent. Sa gueule reptilienne était remplie de dents tranchantes les reliefs de son visage ressemblaient à ceux d'un saurien, anciens et vénérables, mais une aura de rage l'entourait quand elle prit la parole, d'une voix qui faisait penser à la terre et aux rochers. -Des étrangers venus de très loin sont venus m'adresser leurs prières. Et quand je vois le chaos que toi et ton frère avez fait de l'éternité, je réalise qu'il était grand temps que je me réveille pour y mettre bon ordre. Tu n'as pas d'ordres à recevoir d'Aithusa; mais tu obéiras à ce que je dirai, moi. Parce que je suis la Maîtresse de la Source, et la Reine du panthéon dont tu prétends être le chef, mon fils. Je suis le grand serpent arc-en-ciel qui a séparé la terre des eaux et apporté la vie à ce monde.
-Tu t'es toujours tenue à l'écart des guerres et des combats des hommes..., protesta Gou.
-Eh bien j'avais tort et j'ai décidé... qu'il était grand temps pour moi de changer de méthode.
-Tu ne peux pas, s'exclama Gou. -Je suis Ayida Wedo, dit la dragonne en se redressant de toute sa hauteur. Il n'est rien que je ne puisse faire.
Elle ouvrit sa gueule prodigieuse, et son souffle vint dissiper les nuages d'orage qui s'amoncelaient dans l'immensité céleste, crevant leur surface gonflée d'éclairs; une pluie enchantée descendit sur Morgane, qui produisit des étincelles endiamantées lorsqu'elle vint frapper la cascade de feu de la magie bleue d'Aithusa. Hevioso et Gou furent forcés de mettre un genou en terre devant la puissance du souffle de leur mère; les nuages s'écartèrent, et une lumière aveuglante déferla sur le monde de l'invisible; celle d'un soleil qui ressemblait à une boule de feu, et dont la lumière dorée fit cligner les yeux de Morgane, l'aveuglant à moitié. Ses rayons vinrent frapper la pluie, et un arc-en-ciel triomphant se dessina d'un bout à l'autre du firmament. La marée frémissante des âmes se figea comme une prairie agitée par la brise. L'arc-en-ciel dansant se fragmenta et se démultiplia à l'infini. Dans la présence glorieuse de la Déesse Ayida Wedo, la paix descendit sur le monde des esprits pour le baigner de sa force enchantée.
-C'est magnifique, souffla Morgane, les yeux illuminés, en faisant un pas en avant sous la forêt d'arc-en-ciels.
Elle en effleura un du bout des doigts, et la toile de couleurs toute entière vibra comme si elle avait pincé la corde d'une guitare surnaturelle, produisant une musique qui se répercuta dans les quatre coins de son âme. Aithusa se posa à côté d'elle et replia ses ailes. Morgane sourit, et se retourna vers elle. Les yeux verts rencontrèrent les yeux d'argent dans une tendre complicité.
-Tu es tellement belle, souffla la prêtresse, avec amour.
La dragonne fit claquer ses ailes. Morgane étendit la main, et toucha ses écailles scintillantes. Elles étaient chaudes et lisses. Le poitrail d'Aithusa se soulevait lentement et profondément au rythme de son souffle. Les ciselures de sa couronne apparaissaient, révélées par la lumière, dans une multitude de détails ravissants. Vivante. Dans ce temps, dans ce lieu, Aithusa était vivante. Plus qu'un esprit, plus qu'une aura, plus qu'une déesse, elle était la dragonne blanche du temps de Camelot, de chair, de sang, et de magie. C'était un miracle.
-Merci d'être venue pour moi...
-Je viendrai toujours pour toi.
Morgane savait. Elle inclina sa tête contre le cou d'Aithusa, et ferma les yeux pour écouter les battements de son cœur, en paix dans sa magie ruisselante; elle était ici, dans l'antre des dieux, où elle assistait à la rencontre de titans face auxquels elle n'était qu'un grain de sable insignifiant malgré tous ses pouvoirs, et pourtant, le bruit de ce cœur vivant remplissait toute son âme, lui faisant oublier le reste. Au point qu'elle n'était pas certaine de vouloir revenir à un plan d'existence où Aithusa serait à nouveau pour elle un esprit immatériel, fut-ce celui d'une Déesse...
-Le passé est le passé, Morgane... C'est dans ton cœur qu'il importe que je reste vivante...
Elle avait presque oublié que les dragons pouvaient sourire.
-Comment avez-vous osé, dit Ayida Wedo en ondoyant au-dessus des silhouettes piteuses de Gou et Hevioso. Faire saigner mon peuple et ma terre pour satisfaire à votre soif de pouvoir comme si vous étiez des enfants, et non des dieux ordonner à vos disciples de martyriser les miens comme si nous étions des ennemis, et non les membres d'une même famille. Profiter de la guerre pour augmenter votre emprise sur les esprits faibles en vous faisant des alliés d'initiés indignes de manipuler la magie... Encourager la division au lieu de renforcer les nôtres ! C'est inadmissible. Je reprends le contrôle de ce qui m'appartient, maintenant, et si vous ne vous soumettez pas à moi, je vous bannirai de vos propres domaines. Il n'est plus temps que les dieux se déchirent entre eux. L'heure est à la grande alliance, car il en va de notre avenir à tous.
-Bien parlé, murmura Aithusa en regardant la Déesse arc-en-ciel d'un air approbateur.
Morgane haussa un sourcil.
Ayida Wedo se retourna vers la dragonne blanche.
-Merci d'avoir envoyé tes adeptes à moi pour me tirer de mon rêve, dit-elle. Mais maintenant, il est temps, pour ta prêtresse, de rejoindre le monde des vivants... Où veux-tu que je la renvoie... en Albion ? -A Kisori, s'exclama Morgane.
-A Kisori, confirma Aithusa. Je vais la déposer là-bas moi-même.
Ayida Wedo inclina la tête.
-Nous nous reverrons bientôt, affirma-t-elle.
Puis elle souffla sa magie vert et or pour ouvrir un portail dans le ciel. Aithusa inclina la tête et sourit à Morgane, l'invitant à monter sur son dos comme autrefois, lorsqu'elles s'élançaient ensemble sous le ciel étoilé d'un monde peuplé de légendes. Au temps de l'eau, de la lune et des mystères, au temps où tout avait commencé.La prêtresse acquiesça solennellement et grimpa non sans un pincement au coeur. L'espace d'un instant, quand Aithusa ouvrit les ailes et qu'elles s'envolèrent ensemble en direction de la flaque miroitante, zigzaguant entre les gracieux arcs en ciel qui dansaient autour d'elle, Morgane connut un bonheur enivrant. Le vent qui soufflait ici semblait si réel la chaleur du soleil était si douce elle éprouvait chacun des mouvements de la dragonne blanche, chacun de ses battements d'ailes, et elle se sentait si étroitement unie à elle qu'elle avait l'impression qu'elles ne formaient plus qu'un seul être.
-Je voudrais que cela dure toujours, souffla-t-elle, en regardant Ayida Wedo et ses enfants qui rapetissaient en-dessous d'elles au fur et à mesure qu'elles prenaient de l'altitude.
-Cela ne durera qu'un instant, répondit la dragonne. Il est grand temps pour moi de retourner à Avalon je ne fais que te déposer là où tu dois être... avant de repartir là où est ma place...
-Je sais, répondit Morgane, en caressant ses écailles. Je sais. Mais certains instants valent toute l'éternité, ma Reine. Et celui-là en fait partie... Je n'aurais jamais cru connaître à nouveau le bonheur de voler avec toi.
-Tu voleras avec ma fille, promit Aithusa. Des centaines, et des centaines d'essors, sous bien plus de ciels que tu ne pourrais l'imaginer. Et à chaque fois que vous danserez ensemble dans les nuages, je serai avec vous.
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Dans un éclair, Aithusa et Morgane crevèrent le ciel du monde des esprits. Puis Aithusa déposa tendrement Morgane à terre, et s'en retourna en direction du portail qui reliait Kisori à l'Ile des Bénis dans un battement d'ailes. La jeune femme laissa errer ses doigts sur les écailles blanches alors que la Déesse disparaissait à nouveau dans le monde immatériel sur lequel elle régnait dans un flash de lumière, Aithusa s'évanouit, sautant de Kisori, à Avalon, à travers le portail et en la regardant disparaître, Morgane ne put s'empêcher de regretter, le temps où elle était vivante, et où elle pouvait parcourir le monde des hommes autant que celui des esprits.
Mais ses regrets ne durèrent pas à l'instant où elle toucha le portail à son tour, Morgane sentit la magie de Merlin revenir à elle à travers le couloir, faisant briller ses yeux et flotter ses cheveux dans un vent invisible, ressuscitant la pleine puissance de leur connexion. De l'autre côté de la fenêtre, Merlin frissonna avec délices alors que la magie remontait en lui comme un courant de vie, l'emplissant de la présence de son amie et prêtresse. Les yeux d'Arthur et Gwen se dilatèrent et Mordred eut un soupir de soulagement alors que Merlin murmurait avec joie : « Morgane est revenue ».
« Maintenant », murmura la jeune femme, dans l'intimité du lien puissant et harmonieux qu'elle partageait avec le plus grand sorcier de tous les temps.
De l'autre côté du portail, sur l'Ile des Bénis, la magie de Merlin fusa dans un flash, ouvrant grand le couloir et le stabilisant enfin.
-A l'attaque ! s'exclama Alator en fonçant en avant, Gaïus à ses côtés.
Et les disciples de l'Ile des Bénis s'engouffrèrent dans l'orifice avec ferveur pour mener leur seconde vague d'assaut. Ils rejoignirent Kisori emportés par leur course et s'élevèrent sur les ailes de la magie, dépassant la forme irradiée de Morgane à l'entrée du portail pour s'élancer vers le ciel, et rejoindre les combattants d'Amma qui tournoyaient dans le ciel à dos de dragon dans leur ultime charge.
-Morgane est revenue, souffla Wildor irradié à Uther avant de s'élever dans les airs, un globe de lumière blanche au-dessus de chacune de ses paumes.
Le vieux roi regarda en direction du portail, et les larmes lui montèrent aux yeux quand il distingua la silhouette lumineuse de sa fille, maîtresse de la magie et des dragons, que les esprits eux-mêmes n'avaient réussi à vaincre. Sa main se posa instinctivement sur l'épaule de Lancelot alors que celui-ci soufflait : « Morgane » d'une voix remplie d'amour et de respect. Uther ne put s'empêcher de sourire, parce que ce simple mot en disait plus long que des milliers sur la nature du lien qui unissait les deux jeunes gens... quoi que sa fille puisse en dire.
Depuis la cour du dispensaire, Matthias sentit les forces revenir à ses jambes Paul, la magie remonter en lui, débordante Eléa poussa un cri farouche, Geoffrey et Yin s'élancèrent en avant, et tous les disciples de la nouvelle Camelot s'assemblèrent autour de Gili alors qu'il étendait la main pour les guider dans la troisième vague, destinée à écraser l'ennemi, à la suite d'un Wildor qui irradiait de lumière...
-Ensemble ! s'écria Amma, flanquée d'Amy et de Mona, qui étaient revenues à ses côtés.
Les dragons d'Afrique rugirent à l' forces conjointes des sorciers d'Albion et des sorciers du Congo s'unirent pour jeter à terre les sorciers du sang, détruisant les rêts de leurs sortilèges maléfiques dans une véritable tempête de pouvoir.
Et dans l'union victorieuse de leurs efforts, la terre trembla, inondée de force...
A cet instant, où la victoire se changeait en certitude, un point de lumière apparut à l'horizon, s'élargissant jusqu'à laisser apparaître les anneaux interminables de la Déesse arc-en-ciel, qui, après son passage dans le monde des esprits, arrivait à Kisori dans un chatoiement multicolore, prompt à mettre du rêve dans les yeux de tous les enfants qui se tenaient assemblés dans la cour du dispensaire.
L'espace se dilata. Le temps se figea. Le dragon de fumée Koffi Sambo fut dissipé par le souffle d'Ayida Wedo la magnifique. La Déesse africaine se redressa de toute sa hauteur, son regard d'or aussi luisant que le soleil, et s'exclama d'une voix terrible :
-La rébellion s'achève, maintenant.
Elle s'enroula autour des sorciers maléfiques réduits à l'impuissance, et s'exclama :
-Vous avez utilisé vos pouvoirs au détriment de mon peuple... Je vous prive de vos maléfices.
Ignorant le cri de désespoir de Zalaka, elle se retourna vers les miliciens figés dans la magie d'Antoine et ses yeux tournoyèrent dans ses orbites alors qu'elle s'adressait à eux.
-Quant à vous, enfants de la guerre. Assez de sang, assez de meurtre, assez de déchirement. Vous allez oublier ce que vous avez été, oublier vos noms, oublier que vous avez blessé, tué, violé... Par le pouvoir de mes mots, que vos esprits redeviennent vierges et sans histoires. Plus jamais vous ne brandirez les armes. Dispersez-vous, ôtez vos uniformes, marchez vers la ville et livrez-vous aux autorités...
La Déesse arc-en-ciel se redressa, surplombant le peuple de Kisori et l'assemblée des magiciens, qui mit un genou en terre devant elle.
Sa couronne arc-en-ciel se déploya autour de son vénérable visage, alors qu'elle s'exclamait d'une voix triomphante:
-Vous êtes saufs, et la bataille qui a eu lieu aujourd'hui restera à jamais gravée dans la mémoire des hommes qui croient pouvoir édicter des lois supérieures aux miennes et tyranniser la terre sur laquelle je règne. A compter de ce jour, le village de Kisori m'appartient. Il deviendra un havre pour tous ceux qui adorent mon nom, pour tous ceux qui sont persécutés injustement un lieu dédié à la paix, à la magie et à la joie que nul n'osera jamais plus troubler sans encourir ma fureur. Vous tous, qui demeurez ici, êtes dorénavant sous ma protection, et j'étendrai sur vous le manteau de ma prospérité. Par cet acte, en ce jour, je reprends mes droits sur le Kivu, et sur son peuple.
-Louée soit la Déesse ! s'exclama Amma.
-Louée soit la Déesse ! reprirent à l'unisson le chef du village, et les gens de Kisori.
Les dragons d'Afrique se posèrent à terre.
Les habitants du village les entourèrent avec révérence.
-Ici prend naissance la grande alliance entre les peuples, reprit Ayida Wedo avec une joie solennelle. L'union entre les disciples d'Aithusa et les disciples d'Ayida Wedo. Entre les enfants de la Source d'Albion, et les enfants de la Source d'Afrique. Longue vie à tous ceux qui ont vu naître ce jour !
La Déesse s'éleva vers les nuages, dans une pluie d'arcs-en-ciels, son vaste corps se réenroulant sur lui-même à l'infini dans un vortex qui absorba tous les esprits qui l'accompagnaient une pluie bienheureuse se déversa sur le village, puis, elle disparut dans une nuée de lumière, ne laissant derrière elle que la clarté d'un soleil radieux.
De part et d'autres des villageois de Kisori, les rangs des sorciers d'Afrique faisaient face à ceux des sorciers d'Albion, avec lesquels ils avaient combattu côte à côte, massés derrière leurs chefs respectifs.
Les yeux également dorés, l'air également empreint de majesté, les deux grandes prêtresses des deux assemblées s'avancèrent l'une vers l'autre d'un pas gracieux avant de s'incliner avec respect. -Je suis Amma, Grande Prêtresse du Culte vaudou d'Ayida Wedo.
-Je suis Morgane, Grande Prêtresse du Culte de la Triple Déesse Celtique, et je suis l'envoyée d'Emrys, notre chef.
Amma sourit.
-Il est dit qu'Emrys est le plus grand sorcier de tous les âges et qu'il vint en Afrique, autrefois, avant que son nom ne devienne légende... Ses disciples lui ont fait honneur aujourd'hui. Quant à vous, Dame Morgane, reprit Amma, avec un léger sourire. Votre réputation vous précède. Vous avez fait parler de vous jusque dans le monde des dieux...
-Grande Prêtresse Amma, dit respectueusement Morgane. Etre la protégée d'une Déesse telle que la mienne a ses avantages, même si cela peut aussi avoir bien des inconvénients.
-Servir les Dieux n'est jamais facile, convint Amma, avec un regard de connivence.
-Nous devons nos vies à votre intervention fort à propos, et pour cela, recevez notre gratitude, dit Morgane, en mettant une main sur son coeur.
-Recevez la notre, pour avoir combattu aux côtés des gens de Kisori, répondit solennellement Amma. Sans votre résistance, nous n'aurions jamais pu arriver à temps. Et il est temps, aujourd'hui, de mettre fin à cette guerre immonde, qui déchire le Kivu depuis de trop nombreuses années... Temps, que notre peuple se souvienne, à quel point la magie peut être bénéfique et puissante, plus que ne le seront jamais les hommes avides de pouvoir qui croient pouvoir la courber pour servir leurs propres intérêts.
Amma étendit les mains.
-Au nom de tous les miens, je suis honorée de faire votre connaissance, dit-elle en regardant les magiciens de l'Ile des Bénis. Les disciples que vous avez envoyées à Kisori sont fortes et courageuses la Déesse les a gratifiées de sa bénédiction, et c'est avec joie que nous les accueillerons au milieu des nôtres pour qu'elles puissent continuer d'étudier les voies d'Ayida Wedo et d'accroître leurs connaissances. Nous serions enchantés de pouvoir, en retour, envoyer certains de nos apprentis étudier les voies de la Triple Déesse Celtique et du célèbre sorcier Merlin Emrys sur la lointaine Terre d'Albion.
-Accepte, ordonna Aithusa dans la tête de Morgane.
-Mais comment les apprentis d'Ayida Wedo pourront-ils se connecter à la Source d'Albion ? demanda la prêtresse étonnée.
-J'activerai leur connexion, comme Ayida Wedo l'a fait pour Amy et Mona. Il est bon que les adeptes de la magie partagent leurs connaissances de la magie...Apprendre à travailler ensemble renforcera la cohésion du Peuple. Le moment venu ,nous prendrons quelques-uns des apprentis d'Amma dans le nouveau Sanctuaire de la Fondation Rêve, et Merlin leur enseignera les voies de notre magie.
Morgane hocha la tête.
-Votre amitié nous est des plus précieuses, et c'est avec joie que nous acceptons votre proposition, afin que nos peuples apprennent l'un de l'autre, et que nos magies se renforcent.
Sa main, et celle d'Amma, se joignirent solennellement, scellant la nouvelle alliance.
-Mais à présent, il est temps pour nous, de nous en retourner sur nos terres, et de vous laisser reconstruire sur les vôtres le mémorial de paix voulu par votre Déesse, reprit Morgane, en se retournant vers le portail.
Amma eut un signe de la main, et les dragons d'Afrique, reprirent leur essor vers le ciel, s'éloignant comme une nuée d'oiseaux...
Morgane étendit la main, et les anciens, et nouveaux disciples, l'un après l'autre, entreprirent de retraverser le portail... Wildor et Elma félicitaient les jeunes gens de la Nouvelle Table Ronde pour leur courage. Gaïus étreignait Gili avec chaleur. Ils s'étaient tous battus avec tant de courage...
-Tu viens ? demanda Matthias à Paul.
-Dans un instant, répondit le jeune homme.
Il se tourna vers Amy et Mona, qui regardaient leurs amis partir.
-Alors... vous allez rester ici, murmura-t-il, avec un regard aux deux jeunes filles.
-Nous le devons, répondit Mona. Pour étudier auprès des disciples d'Ayida Wedo. Ainsi que l'a commandé la Déesse.
Paul hocha la tête, puis, regarda Amy dans les yeux et souffla :
-Ne la laisse pas se mettre dans des situations impossibles...
-Je veillerai sur elle, promit la Nigériane.
Paul hocha la tête, prit une inspiration, toucha le visage de Mona, et murmura :
-Nous parlerons quand tu rentreras.
-Paul..., commença-t-elle.
-Tu as raison. Nous n'aurons pas vraiment besoin de parler. Le plus important... c'est que tu ailles bien, souffla-t-il, avec un sourire rempli de tristesse et de fierté mêlées. Tu es libre, Mona. Si c'est elle que tu aimes, alors... c'est ainsi.
-Paul !
-Non, Mona. Je dois partir, maintenant. Ne me retiens pas.
Il secoua la tête, retira sa main et se détourna. Elle le regarda repasser le portail. Elle savait qu'il avait compris. Mais elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un coup au cœur à l'idée de la manière dont il se retirait. Elle sentit la main d'Amy sur la sienne, et ferma les yeux. Que voulait-elle, vraiment ? Elle n'en savait plus rien...
Uther était le suivant à passer...
Il s'avança jusqu'à sa fille, qui gardait l'entrée du portail, posa une main sur sa joue pâle, croisa son regard incandescant, et souffla :
-J'ai cru t'avoir perdue pour toujours...
-Jamais, dit Morgane, en secouant la tête. Je suis une Pendragon... une combattante. Tu peux avoir foi en moi, Père.
-A compter d'aujourd'hui, j'en ai conscience, dit-il, en déposant un baiser sur sa joue.
Puis il posa sa main sur l'épaule de Gaïus, et partit avec lui.
Elyan et Léon se dirigèrent à leur tour vers le portail.
-Je vous enverrai Térésa dans les jours qui viennent, promit Léon à Lancelot. Elle pourra vous aider, pour les enfants soldats...
-C'est une excellente idée, acquiesça Lancelot en donnant l'accolade à son ami.
-Et moi, je reste ici avec toi, jusqu'à ce que les choses soient rentrées dans l'ordre, dit Mithian à Gauvain, qui la serra brutalement contre lui, heureux qu'elle ne reparte pas les autres.
-Ensuite, nous rentrerons ensemble à Londres... avant la naissance de Galaad, lui promit-il en retour.
Morgane regarda le chaos du village où la paix semblait enfin être revenue. Les sorciers d'Amma étaient déjà en train de remettre les choses en ordre, utilisant leur magie pour soigner les blessés, remettre les maisons en ordre, et aplanir le champ de bataille... Le dispensaire de Kisori serait bientôt sur pied, à nouveau. Les gens qui habitaient là n'auraient plus à vivre dans la peur... Les miliciens survivants, les bras ballants le long du corps, s'étaient détournés pour commencer à marcher vers la ville. Elle imaginait d'ici la surprise générale quand ils se rendraient par centaines. Ayida Wedo avait raison : la bataille qui avait eu lieu ici, même effacée des mémoires, ferait parler d'elle...
Elle sourit, puis, se retourna vers Lancelot, qui la dévisageait à distance, immobile.
Alors elle laissa la magie l'envelopper, et la porter jusqu'à lui.
-Ma Dame, dit-il, lorsqu'elle s'immobilisa devant lui, flottant comme un ange, ses longs cheveux noirs déployés autour d'elle, ses yeux dorés brillant dans la peau immaculée de son visage.
-Mon ami, lui répondit-elle, avec un sourire sybillin.
Il avança la main. Leurs doigts se touchèrent. Les yeux de Morgane se plissèrent.
-Reste en vie, chevalier, dit-elle, avec force. C'est un ordre.
Avant qu'il ne puisse répondre, elle se détourna, et flotta vers le portail.
Mais l'espace d'un instant, avant qu'elle ne traverse, elle se retourna vers lui, irradiée de lumière.
Lancelot, le cœur dans la gorge, fasciné par sa beauté diaphane, pensa qu'elle était semblable à une apparition. Puis, leurs regards se croisèrent, et il reconnut, par-delà la grande magicienne, la femme avec laquelle il avait passé des nuits entières à parler à mi-voix celle qui aimait le théâtre, la musique et le tango, et qui haussait à présent le sourcil d'un air espiègle, comme pour le mettre au défi de se montrer mièvre et sans saveur. Ce sourcil lui donna envie de rire. Etait-il possible qu'une seule personne soit toutes ces choses à la fois ? Prêtresse, diablesse, enchanteresse, dans une pluie d'or et de pouvoirs, merveilleuse Morgane, ancrée à la terre et aux strates invisibles, suflureuse, sensuelle, sauvage, batailleuse, spirituelle et rebelle. Il était amoureux, comme il ne l'avait encore jamais été, comme il ne le serait jamais plus. Amoureux d'une sorcière insaisissable, d'une femme qui avait le cœur d'une dragonne, d'une prêtresse redoutable. « Merci d'être venue à notre secours », souffla-t-il, ancré à son regard d'or pur. Elle sourit, légèrement, ses yeux, dorés comme des soleils, ses cheveux, ondoyants dans le vent pareille à la Méduse de la légende, magicienne, jusqu'au bout des ongles, et fière...comme une Pendragon. Lancelot lui rendit son sourire enchanté jusqu'au fond du cœur, absorbant son rayonnement comme si elle était l'astre qui éclairait son destin. Il savait qu'elle lui ferait une réponse simple. "Ne m'oblige pas à revenir te sauver la vie", dit-elle, comme un avertissement. Ill hocha solennellement la tête en murmurant : « Comme le voudra ma dame ». L'espace d'un instant, le sourire de Morgane s'accentua, dévoilant ses canines. Puis elle se retourna, et disparut à l'intérieur du portail, sans un regard en arrière, parce qu'elle était ainsi capable de bondir à plusieurs milliers de kilomètres pour l'arracher à la mort, mais trop fière pour s'autoriser ne serait-ce qu'un baiser.
Fou qu'il était, il n'aurait pas voulu qu'elle soit différente.
Car alors, elle n'aurait pas été Morgane.
« Sorcière », murmura-t-il, subjugué, alors qu'elle s'évanouissait comme un rêve.
-Eperdument amoureux, dit Gauvain, à ses côtés, en passant un bras fraternel autour de ses épaules. Mais j'avoue... qu'elle a quelque chose d'ensorcelant...
-Attention à ce que tu dis, idiot, le tança Mithian en lui assénant une claque sur la tête. Les vacances sont terminées... Je suis là maintenant !
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De l'autre côté du portail, Morgane tomba dans les bras de Merlin, qui s'effondra sous elle.
-Tu es vivante, dit-il en la serrant de toutes ses forces
Elle éclata de rire en sentant les bras d'Arthur et de Gwen se refermer sur elle pour l'embrasser à leur tour.
-Je savais bien que je vous avais manqué, dit-elle, avec joie, en les étreignant en retour.
-Tu es complètement inconsciente, dit Merlin, en plaquant un baiser sur son front. Mais je suis trop heureux que tu ailles bien pour me mettre en colère contre toi maintenant...d'autant que c'est une bataille que tu as gagnée...
-Une bataille que nous avons gagnée, rectifia-t-elle.
Il l'aida à se redresser et ils se retournèrent ensemble vers les disciples assemblés autour d'eux.
-Que nous avons gagnée ensemble, s'exclama Morgane, avec ferveur. Et aujourd'hui, vous avez tous prouvé que vous êtes de dignes disciples de la magie d'Albion, capables dans cet avenir comme vous l'étiez hier de mener de grandes batailles pour de justes idéaux. Je salue votre courage. Je salue le courage de nos petits frères et sœurs du futur qui se sont montrés à la hauteur de toutes les espérances aujourd'hui. Grâce à vos efforts, nos amis sont saufs, et le village de Kisori va enfin pouvoir connaître la paix. Grâce à Amy et Mona, nous avons établi le contact avec un nouveau peuple de sorciers, et nous allons pouvoir accroître nos connaissances de la magie. Le Rêve d'Albion est déjà en marche. Grâce à vous tous. Et grâce à notre Déesse Aithusa, qui s'est battue pour nous avec férocité et avec amour.
Arthur serra Guenièvre dans ses bras et regarda sa sœur avec tendresse tandis qu'elle s'adressait à ses disciples avec fougue.
-J'aime tellement la voir ainsi, murmura-t-il.
Merlin aussi aimait cela. Morgane n'était jamais plus radieuse que lorsqu'elle était une prêtresse épanouie... Le magicien se retourna vers Mordred, et lui mit une main sur l'épaule. Les autres ne le remercieraient peut-être pas, mais il tenait à le faire.
-Toi aussi, tu t'es montré loyal et courageux aujourd'hui, dit-il, avec un sourire.
-J'aimerais avoir l'occasion de montrer que je peux l'être davantage encore, répondit le jeune homme. Mais je crains que mes pensées ne recommencent à s'embrouiller dès que nous nous serons éloignés de la Source...
-Plus pour très longtemps maintenant, dit-il, avec un regard plein de compassion.
Merlin se mordit la lèvre, posa les mains sur le bras brisé de Mordred, et, utilisant sa magie, remit l'os en place.
-Galaad te libèrera bientôt, murmura-t-il.
-Mais avant ça, dit Arthur, d'un ton léger, il faudra que je pense à faire quelques vidéos de toi en train de répéter « Mordred est gentil ». Histoire d'avoir un moyen de faire pression sur toi le jour où tu seras redevenu un homme respectable...
-Arthur ! dit Gwen, incrédule. Comment oses-tu ? On croirait entendre parler Gauvain !
-Quoi ? répondit Arthur, avec un sourire innocent. Je les montrerai à Galaad quand il sera plus grand...
-Arthur, tu es incorrigible, dit Merlin, en plissant les yeux.
Mordred eut un sourire d'excuses.
Puis son regard croisa celui de Morgane, qui soupira, haussa un sourcil, et dit :
-Bienvenue à nouveau parmi nous, chevalier Solel. L'homme qui a tué le dragon Smaug nous avait manqué...
Il hocha la tête.
Elle sourit, prit son père par le bras, et déclara à la cantonade :
-Et si nous rentrions à Londres pour fêter dignement cette grande victoire au Bayswater Road ?
Les couloirs s'ouvrirent joyeusement.
Ils rentraient à la maison...
