Chapitre XXVIII : Nuit d'Halloween

Le soir tombait sur Poudlard de même que quelques flocons de neige : l'hiver était en avance. Depuis bien longtemps, personne n'avait fêté Halloween sous la neige. Pour tous les élèves, la sortie à Pré Au Lard s'était bien passée ; ils étaient revenus les poches remplies de gadgets et de bonbons divers et les bourses totalement vides. Mais tous avaient le sourire aux lèvres. La journée était loin d'être terminée : ils leur restait le Banquet d'Halloween !

Lorsque les élèves entrèrent dans la Grande Salle, ils furent, comme chaque année, subjugués par les décorations : le plafond magique montrait un ciel chargé de noirs nuages zébrés d'éclairs éblouissants qui rendaient l'atmosphère pesante. Des citrouilles sculptées planaient entre le sol et le plafond, les bougies plantées à l'intérieur répandaient une douce chaleur. Les fantômes s'amusaient à effrayer les jeunes sorciers en volant à toute vitesse à travers la salle. Pour la première fois, Peeves n'était pas de la partie : personne ne le vit de la soirée, ce qui arrangea tout le monde : d'habitude, le soir d'Halloween était pour l'esprit frappeur le moment où il pouvait faire encore plus de blague : changer le contenu des carafes, renverser les plats sur la tête de certains élèves, les bombarder d'encre magique, ce qui les rendait phosphorescents …

Les elfes de maison avaient mis les petits plats dans les grands et tous purent se régalèrent. Dans les assiettes s'entassaient des monceaux de purée, des haricots verts, des pommes de terre rissolées ou noisettes, des courgettes, des carottes, des navets, des épinards, des brocolis. Il y avait de la soupe à la citrouille, des tourtes et des tartes à la citrouille. De nombreux bols de sauces diverses et variées circulaient entre les mains, les élèves avaient une préférence pour celles au fruits rouges dont ils arrosaient généreusement les pavés de biche, les cuisses de poulet, les côtes de porc, les rôtis ou les gigots d'agneau.

Ron était toujours un peu à l'écart d'Harry et d'Hermione. Il avait pris place à côté de sa sœur et de Neville. Pour la première fois depuis bien longtemps, il mangeait avec délectation, comme si le banquet devait être son dernier repas. Il prit tout d'abord du gratin de chou fleur, l'arrosa de sauce au poivre, puis il engloutit une énorme tranche de gigot qu'il recouvrit d'ail et de sauce. Il mangea une quantité impressionnante de frites, de petits pois et goûta même un peu de courge spaghettis. Il passa ensuite aux pâtes à la sauce forestière, avala une poêlée de champignons et termina par une énorme salade verte. Sa sœur n'en croyait pas ses yeux. Surtout au moment du dessert où son frère prit de la tarte aux pommes, de la mousse au chocolat, quelques mandarines. Il arrosa ce copieux repas par des litres et des litres de jus de citrouille.

Bah quoi, lança-t-il à Ginny. J'ai passé tant de temps à l'infirmerie qu'il faut bien que je rattrape les repas que j'ai sautés ! Et puis c'est tellement bon ! De toute façon, tu n'es pas mieux que moi … Combien de fois as-tu repris de la mousse de carotte ?

Sa jeune sœur rougit et devint aussi écarlate que les pommes rouges qui s'empilaient dans une corbeille devant elle. Puis elle regarda son frère et le vit sourire ce qui la réjouit grandement.

À la table des professeurs, Rogue, comme à son habitude, mangeait du bout des dents, touchant à peine aux plats. Ce qui n'était pas le cas de son voisin. Le professeur Würstkleiner, qui discutait bruyamment avec Hagrid, semblait participer au même concours que Ron. L'Allemand prenait de tout et ce, deux fois. Son visage était rouge et couvert de sueur. En l'honneur d'Halloween qu'il ne fêtait guère en Allemagne, il avait expérimenté un nouveau breuvage : une bière à la citrouille.

- Ach, z'est abzolument prodigieux, Hagrid ! Tu dois la koûter ! Elle est excellente ! Che ne penzais pas que la zitrouille et la bière ferait un mariage zi parfait !

Hagrid ne se fit pas prié pour y goûter. Plus le repas avançait, plus les deux amis riaient de plus en plus fort, alors que leur visage déjà rouge prenaient des teintes pourpres impressionnantes.

Il était déjà tard lorsque le Banquet prit fin. Les plus jeunes baillaient tout en regagnant leurs dortoirs, certains montèrent directement dans leur chambre et se couchèrent aussitôt, d'autres restèrent encore un peu dans la salle commune à discuter autour d'une bonne flambée. Harry et Hermione étaient dans un vieux canapé, aux côtés de Neville. Le garçon un peu grassouillet regardait parla fenêtre la neige tomber doucement sur le parc. Hermione avait les yeux plongés dans les flammes qui dansaient devant elle. Harry somnolait à moitié, il avait un peu trop mangé et ne se sentait pas, pour l'instant, le courage de monter s'endormir. De plus, Ron était monté directement et Harry qui se sentait de plus en plus ignoré par le rouquin n'avait pas la force d'affronter son regard froid une nouvelle fois. Il préférait attendre un peu, pour être sûr que Ron se soit endormi.

… tu es d'accord ? demanda Hermione.

Harry ne réagit pas tout de suite. La sorcière dut le secouer un peu pour qu'il se rende compte qu'elle venait de lui parler.

Hein ? Quoi ? Tu disais Hermione ?

Elle leva les yeux au ciel et soupira.

Je disais donc, répéta-t-elle, que ce serait bien qu'on reparle de l'AD … Qu'en dis-tu ?

Elle a raison, intervint soudain Neville. Ce n'est pas que la prof est nulle, bien au contraire, mais je pense qu'il serait bien qu'on continue sur notre lancée !

Harry venait d'être pris au dépourvu ; il marmonna quelque chose si doucement qu'Hermione dut lui demander de répéter.

Je ne sais pas … Il faudrait trouver un moment pour ça ; ça risque d'être difficile : entre nos cours, les recherches en options, le quidditch et … tu-sais-quoi …

Hermione soupira, Harry n'avait pas tort, mais elle était certaine qu'il fallait maintenir l'AD coûte que coûte.

Je comprends, ajouta-t-elle. Mais je pense qu'il faudrait vraiment y réfléchir. Nous n'avons qu'à organiser une réunion avec tous les membres ; voir qui serait d'accord pour reprendre et parmi ceux qui accepte, essaye de trouver un horaire qui aille à tous !

Harry ne put qu'accepter. Hermione, satisfaite, monta se coucher.

La salle commune était déserte. Dans la cheminée, le feu mourrait lentement. Seuls Neville et Harry restaient assis. Ni l'un ni l'autre ne voulait monter. Une douce torpeur envahit la salle aux tentures rouges et or. Le vent, à l'extérieur, mugissait et venait se briser contre les vitres comme si, lui aussi, voulait profiter de la chaleur. Les deux Gryffondor demeuraient immobiles, tous deux regardaient la dernière bûche se consumer en craquant doucement. Neville mit la main dans sa poche et y sentant quelque chose, farfouilla un court instant sa robe de sorcier. Il en ressortit un morceau de papier, un papier de Ballongomme du Bullard. Son visage joufflu se défit et il perdit les quelques couleurs qu'il avait gagnées pendant le banquet. Neville garda la main ouverte, l'emballage de chewing-gum dans sa paume. Harry se tourna vers Neville pour lui demander ce qu'il avait, quand il remarqua le papier.

Neville ?

Il ne lui répondit rien, il gardait son visage fixé sur le Ballongomme, tandis que quelques larmes perlaient au coin de ses yeux. Soudain, Harry eut comme un éclair de lucidité.

Neville … Est-ce pour cela que tu as choisi ton étude en potion ? C'est à cause de tes parents, n'est-ce pas ?

Le jeune sorcier ne répondit rien mais hocha simplement et tristement la tête. Harry se sentait affreusement gêné. Il ne savait plus quoi dire ou faire pour soutenir Neville.

Neville, je suis … désolé … Si je peux faire quelque chose pour toi … je … je …

Neville se redressa tout à coup et darda Harry de son regard triste.

Il y a une chose que tu peux faire pour moi, Harry. Il faut qu'on reprenne l'AD. Je veux devenir encore plus fort, je veux … je … veux … les … venger … Même si je ne trouve pas de potion pour améliorer … leur état … je veux, au moins, pouvoir … dire … que j'ai … fait … quelque chose pour … eux. Je sais que je ne suis un excellent sorcier … Je ne suis pas … aussi fort que toi, Harry … mais je … veux progresser … je veux pouvoir … tenir tête … lui faire … payer … même si cela … doit être la … dernière … chose que je … ferai … je le ferai …

Harry pensa alors à son parrain. Tout comme Neville, il avait des comptes à régler avec Bellatrix. Il lui suffisait de repenser à son rire lorsque Sirius était tombé derrière le voile pour que des idées de vengeance l'envahissent.

Très bien, Neville, affirma-t-il avec une certaine solennité. Je t'aiderai du mieux que je pourrai ! Rien ne ferait plus plaisir que de la voir mourir !

De nouvelles larmes perlèrent au coin des yeux de Neville tandis qu'il remerciait son ami.

Harry … merci. Tu sais, je voulais te le dire depuis longtemps … je n'ai jamais vraiment osé … après tout, tu es le célèbre Harry Potter, Celui Qui A Survécu … je … je me suis toujours senti proche de toi, je ne sais pas pourquoi … on est un peu pareil … orphelins … même si, moi, j'ai encore de la famille. Mais, tu vois, tous les deux, on a perdu nos parents, à cause … de … Tu-sais-Qui …

Harry repensa soudain aux paroles de Dumbledore … « ce qui est étrange, Harry, c'est qu'il ne s'agissait pas forcément de toi. La prophétie de Sibylle pouvait s'appliquer à deux jeunes sorciers, nés tous deux à la fin de juillet de cette même année et donc chacun avait pour parents des membres de l'Ordre du Phénix qui, à trois reprises, avaient échappé de justesse à Voldemort. L'un d'eux, bien sûr, c'était toi. L'autre s'appelait Neville Londubat. » Tous deux étaient si semblables, reliés par cette prophétie, même si Voldemort l'avait choisi lui, Harry. Tous deux avaient perdu leurs parents : les Potter étaient morts, les Londubat étaient pires que morts. Bellatrix avait torturé les parents de Neville, Bellatrix avait tué Sirius, la seule famille qui restait à Harry.

Le silence s'installa. Non pas un silence gêné et pesant, juste le silence. Un moment de calme entre deux tourmentes. Dehors, la neige tombait toujours aussi drue … Dehors, le vent soufflait toujours violement, on aurait dit les pleurs des âmes en peine …

Dans la salle commune, Harry et Neville finirent par monter dans leur dortoir, chacun tira le rideau de son baldaquin, s'enfermant dans ses souvenirs douloureux …

Les cachots étaient sombres et humides, comme à leur habitude. Peut-être était-ce parce que cette nuit était la nuit d'Halloween, ils paraissaient encore plus hostiles et effrayants. Ici, aucune bougie ne venait chasser les zones d'ombre. C'est dans ce genre d'endroit, lors de cette nuit si particulière, que les Morts auraient pu revenir hanter les couloirs. Pourtant, l'ombre qui marchait sur les dalles glacées n'était pas là pour ça. Anae avait une idée bien précise. Elle portait sous le bras un énorme grimoire, que Severus lui avait remis plus tôt dans la soirée. Il ne savait toujours pas pourquoi elle avait eu besoin de ce vieil ouvrage, mais il n'avait posé aucune question. Lucius qui le lui avait donné, n'en savait pas plus. Anae n'avait donné aucune explication, elle avait simplement dit qu'elle voulait vérifier quelque chose d'important. Elle parcourait donc les souterrains de Poudlard. Slaz avait tenu à l'accompagner, elle avait accepté, même si, maintenant, elle le regrettait : le reptile n'arrêtait pas de pester contre le froid et l'humidité qui irritait ses écailles. Anae pressa le pas, si elle voulait faire ce qu'elle envisageait, il ne lui restait plus beaucoup de temps, bientôt, les douze coups de minuit résonneraient, il lui faudrait alors patienter jusqu'à l'année prochaine. Elle arriva enfin à destination.

Si les informations qu'elle avait eues étaient exactes, ce dont elle ne doutait pas, elle se trouvait au cœur de Poudlard, là où résidait toute la force du collège, là où la magie qui protégeait le château était si concentrée qu'elle en était presque palpable. Personne en voyant cette salle circulaire aux quatre immenses colonnes sculptées auraient pu croire que c'était de là que venait la protection de Poudlard. De toute façon, personne n'aurait pu la trouver si son emplacement ne leur était pas connu.

Lors de la fondation du collège, les Quatre avaient crée cet endroit spécialement pour accueillir les sorts qui protègeraient et les murs et les personnes de Poudlard. Chacun de Quatre y était venu et avait jeté divers sorts de protection avant de confier Poudlard à son Gardien du Secret, à savoir Peeves.

Anae avança donc dans la salle. Même Slaz avait tu ses jérémiades, impressionné par l'endroit. La salle était si haute que le lumos d' Anae ne pouvait laisser apercevoir le plafond. Chaque colonne était placé à un point cardinal et chacune d'entre elle avait pour base un animal : un lion, un aigle, un blaireau et un serpent. Chacune représentait un des fondateurs de Poudlard. Au sol, une mosaïque formait d'étranges dessins géométriques qui se rejoignaient tous au centre de la pièce. Anae alla s'y placer. Elle déposa le gros grimoire à terre, ouvert. La double page était couverte de gribouillis qui semblaient être incompréhensibles. Anae les parcourut rapidement du regard. Slaz avait quitté le poignet de sa maîtresse pour venir s'installer confortablement autour de son cou, tel un collier vivant. Ses petits yeux vifs observaient tout avec avidité, sa langue s'agitait dans l'air presque convulsivement. Il ne savait pas ce que mijotait Anae, mais cela lui semblait intéressant, assez intéressant en tout cas pour lui faire quitter la quiétude du fauteuil au coin du feu.

Anae sortit sa baguette magique et fit quelques gestes très lent, tout en murmurant des incantations dans une langue étrange. Slaz se figea, certain que quelque chose allait se passer. Anae attendit de longues minutes, mais rien ne se passa. Elle se pencha de nouveau sur le grimoire, relu attentivement les pages, puis recommença. Mais comme la première fois, sa tentative échoua. Elle réessaya plusieurs fois, mais en vain.

Dépitée et presque inquiète, elle referma le grimoire et sortit de la salle. Elle en referma doucement la porte et fit quelques pas dans le couloir. Lorsqu'elle se retourna, la porte avait disparu, un mur de pierre à sa place. Elle sourit puis s'en alla.

Slaz ne put tenir sa langue plus longtemps et la harcela de questions.

Qu'est-ce que tu voulais faire ? C'était quoi cet endroit ?

Anae ne put s'empêcher de sourire au serpent.

Nous étions dans le cœur de Poudlard … Dans cet endroit, les Fondateurs y ont laissé leur trace, c'est ici que se concentrent tous les sorts qui protègent le collège. Je voulais vérifier certaines choses …

Et alors ?

C'est étrange, le vieux sortilège n'a pas marché …

Et ?

Poudlard semble perdre peu à peu sa magie …

Pourquoi ?

Aucune idée …

Pourtant, tu avais bien une idée en tête en allant là-bas … Non ?

Oui, en fait, ce vieux grimoire est le dernier exemplaire des Mémoires de Salazar ; il y parle de cette salle et si un héritier des Fondateurs ou un Directeur le souhaite, il peut venir invoquer les Quatre et parler avec eux. Mais uniquement pendant la nuit d'Halloween … J'ai essayé, mais cela n'a rien donné.

Et pourquoi ?

Je ne sais pas … ce dont je suis sûre, c'est que cela est lié à l'effritement des protections de Poudlard …

Et tu vas faire quoi maintenant ?

Aucune idée, on verra bien.

Sans bruit, Anae regagna sa chambre. Elle était plongée dans le noir, le feu mourait dans la cheminée. Severus n'était pas là. Anae se coucha aussitôt, mais elle ne put trouver le sommeil, au contraire de Slaz, qui lovait devant la cheminée, dormait déjà.

Dehors, la neige tombait toujours aussi drue … Dehors, le vent soufflait toujours violement, on aurait dit les pleurs des âmes en peine …

Dehors, le vent soufflait toujours violement, on aurait dit les sanglots de Poudlard qui agonisait, ignoré de tous …