Deuxième partie : Devenir chevalière

Illyana – Chapitre 4

« Année de la Montagne de Givre 999 – Au Friydland, aux alentours de l'équinoxe d'automne »

L'été était passé très vite, le temps d'un battement d'aile de papillon, créature éphémère naissant au printemps et mourant à la fin de l'été. Une rafale de vent frais balaya la les abords du lac où se trouvait la jeune femme aux cheveux noirs.

Illyana offrit son visage au vent, laissant le vent balayer les mèches folles qui s'y trouvaient. Elle regarda les oiseaux migrateurs s'éloigner à tire d'ailes des rudes contrées du Friydland pour aller trouver les pays chauds où ils se réfugieraient durant l'hiver qui régnerait sans répit sur les plaines et montagnes d'Asgard dans les mois qui suivraient.

C'était la première fois qu'elle les voyaient s'envoler aussi tôt dans la saison. Cet hiver serait rude. Ces oiseaux le sentaient et elle le ressentait au plus profond de son être. Un voile de tristesse embruma ses prunelles saphir lorsqu'elle songea à son royaume, distant seulement d'une chaîne de montagne. Son regard se tourna vers les sommets déjà enneigés qui la séparaient d'Odalwar.

Que se passait-il là-bas ? Elle savait Lydwina avec Frey et cela la rassurait .. même si elle avait eu un étrange pressentiment lors du passage à la nouvelle année, au solstice d'été. Comme un long frisson le long de son épine dorsale qui l'avait fait trembler malgré la chaleur alors fortement présente au Friydland. Elle se souvenait avec amertume de cette soirée ...


« An du Dragon de Feu 999 – Au Friydland, solstice d'été »

Elle avait été contraite de participer à cette soirée alors qu'elle mourrait d'envie de s'éclipser discrètement pour profiter de quelques instants de calme loin du palais, de ses habitants et surtout de celui qui était censé la protéger et la former ... Siegfried ...

Elle n'avait jamais aimé cette fête qui lui rappelait trop de mauvais souvenirs ... entre les raids avec son père, ses courtes présences au palais pour assister à l'embrasement du traditionel bûcher enflammé par sa soeur aînée Lydwina et ce soir maudit où ...

Alors que la musique festive et entraînante se déversait à flots des baies largement ouvetes du palais du Friydland, elle avait trouvé refuge sur la terrasse surélevée menant aux jardins. L'ai était étouffant dans la salle de bal, surtout pour quelqu'un comme elle, plus habituée aux grands espaces et au grand air qu'à l'espace confiné des salons.

Nadja avait en plus insisté auprès de son cousin pour en faire un grand bal costumé ... une nouvelle toquade destinée à plaire à la noblesse capricieuse de ce royaume qui croyait que tout lui était acquis. Elle avait serré les poings durant toute la soirée, surtout lorsqu'elle croisait les regards lourds de sens de ces dandys dépourvus de toute expérience de la vie réelle ; regards de convoitise, d'envie, de haine farouche ou de crainte.

Pour eux, elle n'était qu'une sorte de « gros lot » donné par Odalwar au Friydland en échange du traité de paix signé entre leurs deux royaumes ... Elle était aussi sous la protection de Siegfried, prince du royaume, ce qui suscitait bien des interrogations, des jalousies et des convoitises.

Elle avait vite compris que les riches Friydlandais n'attendaient qu'un faux pas de sa part pour demander à Siegfried de la jeter aux fers ou de la pendre haut et court. Combien de fois avait-elle déjà croisé le regard sournois de ces nobles arrivistes ou fait taire des discussions par sa seule présence ? Contre cela, ses meilleures armes avaient toujours été l'indifférence et son regard froid et dur ...et la présence d'Erik ...

Ce dernier se matérialisait comme par enchantement pour la tirer des situations les plus délicates ... comme lorsqu'elle avait été prise à parti par un riche propriétaire terrien qui s'était établi sur les anciennes terres d'Odalwar, à présent friydlandaises. Elle avait été à deux doigts de lui coller une correction magistrale, voir plus, lorsque Erik, sourire éclatant aux lèvres l'avait invitée ou plus exactement entraînée de force sur la piste de danse. Siegfried, quant à lui, n'avait pas daigné lever son séant du trône sur lequel il semblait vissé depuis son retour. Il observait tout de ce trône sculpté sans intervenir et sans la moindre expression sur le visage.

Illyana passait en fait les trois quarts de ces soirées et de son entraînement avec Erik, ce qui lui convenait parfaitement à vrai dire tant elle s'entendait bien avec le jeune frère de son supposé maître d'entraînement.

Alors ce soir-là, elle s'était éclipsée et avait rejoint le lac qui se trouvait à quelques centaines de mètres du château illuminé. Elle avait esquivé les assauts des nobles, le regard indifférent du maître des lieux et la présence envahissante de son frère. Elle avait besoin d'être seule.

L'air était doux, la lune était blanche, brillante et ronde ... comme Essylt, sa blonde et jolie soeur, l'appréciait. Les étés étaient bien plus chauds au Friydland que dans son royaume. Sans savoir exactement pourquoi un long frisson la parcourut et lorsqu'elle ferma les yeux, des images atroces de feu, de douleur et de brulûres s'imposèrent dans son esprit tourmenté ... bien loin des images qui la hantaient d'ordinaire à cette période de l'année. Des images si réelles qu'elle en eut le souffle coupé et la nausée ...

L'une de ses soeurs était en danger ... elle ne parvenait pas à savoir comment elle était venue à cette conclusion qui s'imposait d'elle-même. Mais elle en était sûre, l'une de ses soeurs était en danger alors qu'elle-même était censée s'amuser et batifoler dans une soirée costumée. L'ironie et l'horreur de la situation lui coupa le souffle. Elle était certainement la seule des cinq à pouvoir supporter les plus dures des épreuves physiques et morales. Pourquoi alors devait-elle s'abrutir dans ces bals stupides au lieu de se battre contre un éventuel danger ?

L'estomac au bord des lèvres, elle s'appuya contre le tronc du plus gros chêne qui avait poussé juste aux abords du lac tout en tentant de reprendre le contrôle de ses pensées et de son corps. Elle voulait partir, s'éloigner de royaume frivole et inutile, empli de débauchés et de d'hypocrites. Elle s'extirpa de ses sombres pensées lorsqu'elle sentit une petite main se glisser dans la sienne.

- Illyana ? Tu ne vas pas bien ?

La jeune femme baissa des yeux tristes vers le petit visage soucieux qui se levait vers elle.

- Je vais bien Natacha ... je suis juste un peu fatiguée, expliqua-t-elle d'une voix douce.

Elle était incapable de s'emporter ou de faire preuve de dureté avec cette enfant joyeuse et chaleureuse. Elle lui ébouriffa la tignasse châtain clait dont les mèches folles s'échappaient du bandeau censé les retenir. La petite portait une courte robe rose pâle qui faisait ressortir le bleu de ses yeux, avec des ailes dans le dos ... probablement pour représenter un elfe ou une petite magicienne.

- Je te crois pas, fit la petite en retroussant son nez mutin.

Illyana soupira et s'assit à terre, froissant par là-même la robe blanche qu'elle avait revêtue pour le bal ... sa robe officielle, car il n'était pas question pour elle de se grimer en sorcière, elfe ou autre représentation ahurissante ou ridicule qu'elle avait eu le loisir de considérer durant la soirée. Elle était princesse et chef des armées d'Odalwar, n'en déplaisent à certains. La petite se coula ses côtés et se blottit contre elle en frissonnant.

- Tu as froid ? Murmura la jeune femme en détachant la courte cape de velours bleu sombre qui lui couvrait les épaules.

- Oui, l'été n'est guère chaud cette année ...

- Tss ... vos étés sont caniculaires comparés à ceux d'Odalwar ...

- Ton pays te manque ? Demdant la petite fille en se blotissant toujours plus près d'elle.

Illyana l'entoura d'un bras protecteur et déposa un rapide baiser sur son front.

- Oui, beaucoup ... mais mon devoir est de rester ici et je l'accomplirais ...

Natacha émit un petit reniflement que sa tante Nadja aurait sans doute trouvé déplorable pour une fillette de son rang.

- Tu es comme papa ... le devoir ... vous n'avez que çà en tête !

Çà lui ferait au moins un point en commun qu'elle reconnaissait à son « maître » ...son sens du devoir et de l'honneur. Sur ce point là, ils étaient parfaitement d'accord ... pour le reste, ils n'avaient que des différences allant jusqu'aux antagonismes les plus marqués. Peut-être était-ce pour cela que Siegfried avait confié son entraînement à son frère.

- nous sommes des grandes personnes ... C'est peut-être pour çà ...

- dans ce cas je veux pas grandir ! Affirma la petite fille d'une voix ferme.

Illyana sourit en entendant la remarque farouche de l'enfant et retrouva encore une fois les caractéristiques dans ces termes ceux de sa plus jeune soeur Myrna, qui lui demandait toujours pourquoi elle était si triste quand elle revenait des raids.

- Je veux faire du bateau ! S'exclama soudain la petite en se remettant sur ses pieds et en tapant dans ses mains.

Illyana sursauta brusquement, le cri de Natacha l'ayant fait revenir à elle alors qu'elle se demandait toujours laquelle de ses soeurs était en danger ... un danger de mort, pressentait-elle.

- Natacha, il fait nuit ... commença Illyana d'une voix lasse.

- On y voit clair comme en plein jour avec la lune, protesta vigoureusement Natacha en lui tirant le bras. Viens, emmène-moi faire du bateau, supplia-t-elle en désignant le frêle esquif qui se balançait mollement sur les eaux calmes proches de la berge.

Illyana finit par se rendre devant l'insistance infantile de Natacha qui se mit à battre des mains de joie. Elle releva le bas de sa robe et songea que son pantalon d'entraînement aurait mieux convenu à une balade nocturne sur le lac tandis que Natacha était déjà aux abords de la barque. Illyana la déposa à l'intérieur et poussa l'embarcation tout en pestant lorsque sa jupe s'accrocha sur une des planches vermoulues. Pourvu que l'esquif résiste le temps de la promenade. Comme tous, elle ne parvenait pas à refuser quoi que soit à cette enfant certes gâtée mais à la gaité communicative.

Elles se retrouvèrent donc toutes deux au milieu du lac, en pleine nuit, juste éclairées par la lune blanche et lumineuse. Le ciel était clair et pur, si pur qu'on pouvait y admirer toutes les constellations. Celle de Cassiopée luisait doucement non loin de celle de la Grande Ourse. Illyana appréciait la quiétude des lieux, surtout après la touffeur et le brouhaha de la salle de bal. Elle laissa sa main courir dans l'eau fraîche, plutôt froide même, malgré l'été très chaud.

- Illyana, tu sais nager ? Demanda Natacha en brisant le silence qui venait de s'installer.

- Evidemment ... Comment aurai-je pu mener une armée sans savoir ce principe de base ?

- Je suis désolée, murmura la petite fille, qui baissa piteusement les yeux.

- Non, c'est moi, s'excusa Illyana en prenant conscience de lui avoir parlé comme elle l'aurait fait avec un adulte.

- Qui t'a appris à nager ?

- J'ai appris toute seule ... mon père m'a jetée à l'eau, dans un lac comme celui-ci mais c'était en automne, juste avant que les eaux ne gèlent. Il m'a dit que je ne coulerais pas et que je devais le rejoindre sur la berge avant de s'éloigner ...

- Et tu as réussi ? Demanda la petite en ouvrant des yeux comme des soucoupes.

- A ton avis ? Murmura Illyana en souriant. Je n'ai pas coulé ... j'ai réussi à rejoindre la rive comme j'ai pu et j'étais très fière de moi ... au moins autant que mon père l'a été de moi ce jour-là.

Natacha la dévisagea d'abord avec stupeur puis largement intriguée. Elle semblait aussi réfléchir et peser les mots d'Illyana. Puis d'un coup elle se leva, mençant l'équilibre de leur embarcation.

- Qu'est ce qui t'arrive ? Gronda Illyana en donnant deux coups de rames pour les empêcher de tanguer.

- Illyana, apprends-moi à nager ...

- Comment ? Pourquoi ne demandes-tu pas à Nadja ? Ou à ton père ...

Natacha se redressa et tapa du pied comme lorsqu'elle faisait un caprice, attitude qu'Illyana avait déjà remarquée lorsqu'on lui refusait quelque chose.

- Non, maintenant ... ici et maintenant ! Affirma la petite d'une voix autoritaire.

Illyana fronçait les sourcils. Quelle était cette nouvelle lubie ? Elle l'attrappa par le bras pour la forcer à s'asseoir mais Natacha tenait bon et de débattait.

- Il n'en est pas question ... Il fait nuit et tu n'es abosolument habillée pour la circonstance ... et moi non plus ...

- Et toi, tu l'étais quand tu étais petite ? Rétorqua l'éffrontée.

- Non, mais ...

Illyana n'eut pas le temps de finir sa phrase lorsqu'elle vit avec horreur la petite sauter du bateau tout en tenant son bras. Elle ne put la rattrapper à temps et sentit la petite main glisser sur son avant-bras avant de voir sa tête disparaître sous l'eau.

- Natacha ! Cria-t-elle incrédule.


Sur la berge deux couples illégitimes en quête de coins tranquilles et isolés venaient d'assister à la scène qui de leur point de vue n'était autre qu'une tentative d'assassinat de la princesse d'Odalwar sur la plus jeune membre de la famille royale du Friydland. Ils retournèrent en courant et en tremblant à l'intérieur de la salle de bal.

- Prince Siegfried ! Siegfied ! Hurla l'un des hommes, couvrant momentanément la musique et les discussions légères qui régnaient dans l'immense salle.

Siegfried haussa un sourcil interrogateur devant la calvalcade qui s'arrêta devant son trône. Depuis qu'il était revenu dans son royaume, il s'était coltiné moults bals et pour couper court à toute rumeur il avait pris le parti de ne danser avec aucune des jeunes filles qu'on lui présentait. Les premiers jours il avait observé les têtes et noté les attitudes, forces et faiblesses de chacun des membres de sa cour mais à présent il les connaissait tous. Du coup il s'ennuyait mortellement. Il ouvrait et fermait le bal avec Nadja et dansait une fois avec Illyana, lorsqu'il parvenait à l'arracher à la compagnie de son frère, toujours omniprésent à ses côtés.

- Que vous arrive-t-il donc ? Vous avez avalé de travers ? Fit le prince sur un ton grinçant.

Il en avait assez de ces simagrées et devait faire passer le message à sa cousine afin qu'elle cesse de le contraindre à ces manifestations stériles. Les deux hommes s'agenouillèrent devant lui, au bord de la crise cardiaque alors que leurs deux compagnes illégitimes s'étaient volatilisées au milieu de la foule.

- Prince, c'est atroce ... La princesse d'Odalwar tente de noyer votre fille !

- Qu'est ce que c'est que cette histoire à dormir debout ? Les interrogea Siegfried, perplexe. Il fait nuit et ...

- Elles étaient sur le lac ... Je vous en conjure, Seigneur, nous vous rapportons la stricte vérité ... Votre fille se noie ...

Siegfried se leva brutalement. Natacha ne savait pas nager, cela il le savait car elle lui avait demandé depuis plusieurs jours de lui apprendre. Il avait toujours refusé, faute de temps, de patience ou par peur de la voir se noyer. Pourquoi Illyana l'aurait-elle emmenée au milieu de la nuit, sur le lac.

La nouvelle avait dans tous les cas fait sensation car aussitôt une nuée de costumes chamarrés se bouscula aux fenêtres et sur la terrasse. Siegfried, talonné par Erik et Nadja, se fraya un chemin au travers des frou-frous et sentit son sang se glacer dans ses veines. Il reconnut la silhouette d'Illyana penchée au-dessus de l'eau à bord d'une barque vermoulue à quelques mètres de la berge ... mais nulle trace de sa fille.

- Seigneur, marmonna une voix insidieuse à ses côtés. Je crois que vous devriez vous hâter. Votre protégée a tenté de nuire à votre fille ... je ne la voie pas ... Peut-être est-il déjà trop tard ...

Siegfried tourna la tête pour se retrouver face à un homme frêle, encapuchonné et entouré d'une dizaine d'autres qui l'accompagnaient. C'était les prêtres de l'ordre de Loki. Ils n'avaient que très peu d'influence au Friydland mais celle-ci était en constante augmentation depuis quelques mois, selon les propos d'Erik.

- çà suffit ! Le tança Siegfried d'un ton sec. Gardez vos élucubrations pour vous ! Je vous tolère à peine sur mes terres, alors veillez à ne pas faire de vagues.

- Comme vous le souhaitez monseigneur ... mais à votre place je me méfierais d'elle ...

Erik s'avança vers le vieil homme avec un air menaçant mais Siegfried l'arrêta d'un geste de la main tout en continuant à scruter la surface de l'eau. Ce vieux fou ne pouvait pas avoir raison ! Toutes ses certitudes basculèrent lorsqu'il vit une tête et une main muniscules surgir des flots à quelques mètres du bateau avant de replonger vers les abîmes. Illyana gardait la tête obstinément tournée dans le sens inverse. Avait-elle réellement voulu tuer sa fille ?

Par Odin ! Il devait agir et vite. Il se rua vers le lac, enjambant sans peine la balustrade cernant la terrasse et courant à toute vitesse vers le lac tout en se débarrassant de ses vêtements superflus. Il se retrouva en pantalon sur la berge et plongea aussitôt dans l'eau glacée. En quelques brassées il fut à l'endroit où il avait vu réapparaître sa fille et il plongea, utilisant son cosmos pour retrouver l'enfant. Surtout ne pas céder à la panique ... il la retrouverait !

Il dut remonter à la surface pour reprendre de l'air qu'il aspira à grandes goulées. Sans un regard ni une parole pour Illyana qui l'appelait depuis le bateau, il replongea. Il faisait nuit noire et il avait autant de chance de retrouver sa fille dans ces abîmes de noirceur que de trouver une aiguille dans une botte de foin. Il intensifia son cosmos, créant ainsi une lueur artificielle qui illumina les eaux. Il vit enfin la robe rose pâle juste au-dessous de lui et la rejoignit en plongeant plus pronfondément.

En deux fortes poussées, ils réapparurent à la surface au grand soulagement d'Erik et de Nadja restés sur la berge. Il se dirigea rapidement vers la berge mais juste avant hurla le nom d'Illyana qui se retourna enfin, les yeux écarquillés.

- Je vous somme de revenir immédiatement sur la berge ! Hurla-t-il. Et sans discussion ! Je vous y attendrais après m'être occupé de ma fille !

La jeune femme avait toujours les yeux écarquillés. Que lui arrivait-il donc ? Songea-t-il un court instant avant que la colère, la peur et les doutes ne l'assaillent à nouveau. Comment avait-elle pu agir de la sorte avec Natacha ? Si elle en voulait toujours autant au Friydland, elle n'avait qu'à s'en prendre à lui !

Lorsque Siegfried arriva sur la berge, Nadja et Erik lui retirèrent aussitôt Natacha des bras afin de s'assurer qu'elle était toujours en vie. Le regard flou de Nadja lorsqu'elle se releva après s'être penchée sur le petit corps inerte le fit frissonner d'horreur. Erik écarta Nadja sans ménagement et commença à insuffler de l'air dans la bouche de la petite avant de lui faire un massage cardiaque. Siegfried, dégoulinant et furieusement inquiet poursuivit la tâche tout en laissant Erik poursuivre le massage. Le silence était tombé comme une chape de plomb autour d'eux et la foule tout entière retenait son souffle. On n'entendait plus que le doux clapotis des vagues et les faibles coups de rames donnés par Illyana pour se rapprocher de la berge.

Enfin, au bout d'une minute qui avait semblé interminable pour tous les acteurs de la scène, Natacha se mit à tousser et à recracher de l'eau. Nadja faillit s'évanouir de soulagement, Erik poussa un long soupir et Siegfried serra sa fille dans ses bras, les yeux humides. Il se releva et lança « la fête est finie, que chacun retourne dans son fief ... Il n'y aura plus aucun bal jusqu'à la tombée de la première neige ! » Sur ces paroles, il partit à grandes enjambées vers le château sans attendre la réaction des nobles présents, Nadja sur ses talons.

Erik se retourna vers tous les nobles et les mena vers la sortie où les attendaient leurs attelages ou montures respectives. Un grand brouhaha s'éleva dans la cour avant que tous soient finalement partis, laissant enfin seule la famille royale ... et Illyana.

Cette dernière était enfin revenue sur la berge. Elle était très inquiète pour la petite fille. Jamais elle n'aurait pu prévoir cette réaction totalement inattendue. Ne connaissant pas les enfants, elle ne s'était pas méfiée et n'avait ni prévue ni pu anticiper la réaction de Natacha pour empêcher cette folie. De plus, alors qu'elle scrutait la surface de l'eau là où la petite avait sauté, elle était finalement reparue de l'autre côté de la barque ... Elle avait donc réussi à nager, songea-t-elle avec fierté pour la petite. Mais elle avait aussi failli se noyer ... sa robe trop lourde et trop longue avait du s'entortiller autour de ses jambes et finalement l'entraîner vers le fonds. Mais son père l'avait sauvée ...où étaient-ils tous passés à présent ?

Siegfried déposa sa fille sur son lit et lui caressa les cheveux avant de la couvrir. Elle leva ses paupières et planta son regard clair dans le sien avant de lui adresser un pauvre sourire.

- J'ai pas réussi, papa !

- Réussi quoi, mon ange ? Reprit-il en haussant un sourcil tout en tentant de calmer son coeur qui faisait encore des bonds affolés dans sa poitrine.

- à nager ...

- tu n'as pas appris ... comment veux-tu réussir sans apprendre ? Ne va plus jamais dans une barque sur le lac toute seule ...

- j'étais pas seule, papa ... se défendit la petite. Il y avait ...

- Je sais ! Je ne veux plus que tu approches le lac, c'est compris ? Fit-il avec une certaine rudesse, la fureur prenant le pas sur l'angoisse.

« Ni que tu approches cette folle qui me sert d'élève ! » ajouta-t-il en son fort intérieur. Il vit des larmes perler aux yeux de sa fille et tenta de se radoucir avant de déposer un baiser sur son front et de se tourner vers Nadja, toujours silencieuse sur le seuil de la chambre.

- Nadja, je te la confie ... Je dois régler quelque chose.

Siegfried passa devant sa cousine qui le retint en posant sa main sur son avant-bras.

- Siegfried ... Je ne peux pas croire qu'elle ait tenté de nuire à Natacha. Elle l'apprécie trop ...

- Je l'espère pour elle ! ... Sincèrement, je l'espère pour elle ... sinon ...

Il sortit de la chambre la mâchoire serrée et le regard dur. Il croisa Erik qu'il bouscula dans l'escalier et ressortit sur la terrasse. A sa grande surprise un groupe d'hommes encapuchonné s'y trouvait encore. Les adeptes du culte de Loki ... Sa mâchoire se serra encore d'avantage. Il avait de plus en plus de mal à supporter leur présence.

- Que voulez-vous encore ? Demanda-t-il sans préambule.

- Nous tentons de vous prévenir de la menace qu'elle représente depuis votre arrivée, Seigneur ... Peut-être qu'avec cette preuve, vous nous croirez et vous rallierez à notre cause ... Elle a tenté de tuer votre fille ...

- Ne dites pas n'importe quoi ! Je vais de ce pas l'interroger et faire la lumière sur cette mésaventure ...qui fort heureusement se finit bien ...

Le grand prêtre leva vers lui son visage ridé et plissa ses petits yeux noirs.

- Je suis heureux de l'apprendre, Seigneur ... Nous allons donc vous laisser aller régler cette affaire ...

- Merci ! Lança Siegfried d'un ton sec en hochant la tête; Vous connaissez la sortie, je ne vous raccompagne pas.

Il passa à côté de l'homme et se fraya un passage entre quatre autres membres de l'ordre en les bousculant légèrement. La fine poussière qui recouvrait leurs manteaux sombres lui chatouilla les narines et le fit éternuer.

- Nos excuses, Seigneur. Nous avons fait une longue route et sommes encore couverts de poussière.

- Il n'y a pas de mal marmonna Siegfried en s'éloignant et en éternuant une nouvelle fois.

Le chef des adeptes de Loki le suivit des yeux tout en esquissant un sourire sur ses lèvres minces avant de faire signe à ses hommes.

- Venez ! Notre mission est achevée, ici aussi.

Ils se détournèrent et se dirigèrent vers la cour où ils enfourchèrent leurs montures avant de se fondre dans la nuit. Erik, posté à la fenêtre de la chambre de Natacha, les observa en fronçant les sourcils. Cette troupe ne lui disait rien qui vaille. Cela faisait des mois qu'il les surveillait discrètement et il était convaincu qu'ils tramaient quelque chose. Il se massa la nuque afin de chasser le léger picotement qui le gênait. Il pressentait quelque chose de grave.

- çà ne va pas Erik ? L'interrogea Nadja.

- Si, çà va ... Je vais juste vérifier quelque chose. Reste avec Natacha, s'il te plaît.

- Il y a un problème ?

La fin de sa question se heurta au vide. Erik venait de sortir tout aussi précipitemment que son frères quelques minutes plus tôt.


Illyana avait commencé à revenir vers le château mais s'était arrêtée à la hauteur du vieux chêne lorsqu'elle avait reconnu l'imposante silhouette de siegfried venir vers elle à vive allure; Elle allait sans doute avoir droit à une demande d'explications dans les règles. Le pire était qu'elle ne saurait absolument pas lui expliquer le geste imprévisible de sa fille. Siegfried éternua à plusieurs reprises et elle songea qu'il lui reprocherait également de lui avoir imposer cette nage forcée dans les eaux froides.

Siegfried vit Illyana s'arrêter sous l'arbre ... enfin il la devina plutôt qu'il ne la vit car sa vision était devenue floue et son sang martelait fortement ses tempes. Il songea une nouvelle fois à sa fille qu'il avait ramené à moitié morte sur la berge à quelques mètres de là et tenta de s'obliger au calme.

- Qu'aviez-vous dans la tête ? Aboya-t-il sur un ton qui le surprit lui-même. Emmener une fillette qui ne sait pas nager à bord d'une embarcation miteuse en plein milieu de la nuit ! C'est de l'inconscience, pure et simple !

Illyana se herrissa aussitôt devant le ton rogue de Siegfried et se redressa de toute sa hauteur afin de lui faire face.

- C'est votre fille qui souhaitait y aller et jamais je n'aurai pu prévoir qu'elle se jette elle-même à l'eau ! Vous l'avez tous bien trop gâtée ! Elle ne supporte pas qu'on lui dise non !

Siegfried devait en couvenir mais sa tête le faisait souffir et il ne supporta pas le ton péremptoire de la jeune femme alors qu'elle aurait du être au contraire pleine de regrets.

- Elle n'aurait jamais sauté si vous ne lui aviez pas raconté je-ne-sais-quoi ! Elle est plus intelligente que cela !

- C'est une enfant ! Qui plus est, une enfant gâtée et têtue ! Imprévisible aussi !

Siegfried se passa la main sur le front et pinça l'arête de son nez. Pourquoi sa tête le faisait-il souffrir d'un coup comme çà ?

- Quz lui avez-vous dit ? Grogna-t-il

Illyana commençait à perdre patience. Elle voulait bien assumer le fait qu'elle avait cédée à la petite et que l'idée avait été mauvaise, mais de là à se sentir responsable de tout, il y avait une marge ! Elle fronça les sourcils et pointa un doigt accusateur sur lui.

- Et vous ? Et vous, où étiez-vous ? Si vous leviez un peu vos fesses de votre trône et vous occupiez d'elle durant ces soirées futiles ce genre de choses n'arriverait pas !

- Dois-je me sentir responsable de votre bêtise en plus ? Hurla-t-il exédé par les remarques de la jeune femme et son mal de tête.

- Ce n'est pas peine de crier comme çà ! On doit vous entendre jusqu'en Odalwar !

Il ne sut pas pourquoi mais l'évocation de la contrée voisine le mit hors de lui ... sans doute parce que son « élève » lui servait à tout propos cette haine stérile ... peut-être aussi parce qu'un doute atroce subsistait dans son esprit. Illyana avait-elle tenté de s'en prendre à lui au travers de Natacha comme l'avait suggéré le vieux fou ? Ce doute envahissait toutes ses pensées, prenant progressivement toute la place dans son cerveau et le pas sur tout raisonnement cohérent. L'angoisse, la peur, la colère cèdèrent leurs places à la certitude qu'elle avait tenté de tuer sa fille.

Illyana recula d'un pas en croisant le regard soudain devenu froid de Siegfried ... Froid, métallique et vide ... Elle se heurta au tronc du chêne et vit Siegfried se rapprocher lentement d'elle. Voulait-il lui faire peur ? Elle n'était pas du style à s'effaroucher facilement mais lorsqu'elle ressentit les ondes négatives du cosmos du plus grand guerrier d'Asgard, elle se mit en garde. Que lui arrivait-il ? Il ne songeait quand même pas qu'elle avait voulu volontairement nuire à sa fille.

- Siegfried ... commença-t-elle

- Taisez-vous ! Cria-t-il en fondant sur elle. Vous avez voulu la tuer !

Elle n'eut pas le temps de répondre car il serrait déjà ses mains autour de son cou. Dans son mouvement il l'avait soulevée de terre et la maintenait fermement par le cou contre l'arbre. Il avait été bien trop rapide et elle n'avait pu esquiver son geste. Elle sentait les grands doigts du guerrier serrer toujours plus fort son cou. S'il voulait lui donner une leçon il pouvait s'arrêter là. Mais elle croisa une nouvelle fois le regard clair du guerrier et fut à nouveau frappé par le vide qui l'habitait ... Elle ne lisait plus qu'une haine froide et distante dans ses prunelles qui éveilla sa propre colère. Elle commença à se débattre avec l'énergie du désespoir.

- Sieg... murmura-t-elle sans pouvoir finir son nom tant il serrait sa gorge.

Illyana commençait à manquer d'air et il resserrait toujours plus fort ses doigts. L'un de ses pouces écrasa l'avant de son cou, s'enfonçant dans la partie qui protégeait ses cordes vocales. Elle crut s'évanouir de douleur et redoubla de coups de pieds tout en tentant de desserrer l'étau de ses doigts. Mais non seulement il était bien plus fort qu'elle mais en plus il semblait totalement insensible à la douleur. Elle l'avait tellement martellé de coups de pieds qu'il était déjà couvert d'écorchures et d'écchymoses dans les cuisses, les tibias et le ventre. La jeune femme tenta de parler mais sa voix ne fut qu'un immonde gargouillis et des projections de sang giclèrent sur le visage et le torse de Siegfried sans qu'il ne la lâcha. Au contraire, il ressera encore.

Illyana avait de moins en moins d'air, elle sentait qu'elle n'allait pas tarder à sombre dans l'inconscience ... il allait la tuer ... sur un stupide malentendu ! Elle cessa de se débatre et sa tête retomba mollement sur le côté. En fait, l'une de ses soeurs était en danger et elle-même allait sans doute mourir de la main de son protecteur alors que quelques minutes plus tôt elle s'était estimée être la plus apte à s'en sortir. Quelle ironie !


Erik avait couru jusqu'à la terrasse où son attention avait été attirée par une sorte de fine poussière blanche qui recouvrait plusieurs carreaux de marbre noir. Il était pourtant certain que les serviteurs avaient nettoyé de fond en comble tout le château. Il en prit un peu sur le doigt et la renifla. Aussitôt il éternua et sa tête lui tourna légèrement. On aurait dit une sorte de poudre médicinale ou de poison ... ou une drogue peut-être songea-t-il avant d'en reccueillir un peu sur un mouchoir qu'il fourra dans sa poche avant de se redresser.

Où étaient Siegfried et Illyana ? Des éclats de voix attirèrent son attention dans la direction du vieux chêne sur lequel Siegfried et lui avaient construits une cabane lorsqu'ils étaient enfants. Ils devaient encore se disputer ! Ces deux-là ne pouvaient rester à en présence l'un de l'autre sans que cela ne se finisse en pugilat. Il avança d'un pas tranquille vers eux mais fronça les sourcils en entendant une sorte de hoquet juste avant que le silence ne s'installa. Un silence lourd et pesant ... inquiétant même. Il se mit à courir à toute vitesse vers l'arbre mais s'immobilisa net devant le spectacle qui s'offrait à lui. Siegfried tentait d'étrangler Illyana dont la tête se balaçait mollement. Elle était inconsciente mais il semblait s'acharcher sur elle.

- Siegfried ! Cria-t-il. Qu'est ce que tu fais ? Tu es devenu fou, ma parole ! Lâche-la !

Erik se porta aussitôt au secours de la jeune femme et tenta de desserrer l'emprise de son frère sans succès. Siegfried détourna le regard du visage blême d'Illyana et le posa sur son frère qui faillit reculer. Il était vide, creux, inexpressif comme s'il n'était pas conscient.

- Siegfried ! Reprends toi, je t'en conjure ! Tu vas la tuer si tu continues !

Siegfried détourna son regard et le reporta sur la jeune femme sans la lâcher. Au contraire il ressera encore ses doigts et Erik crut entendre un craquement. Il dégaina son épée et approcha de son frère.

- Mon frère ! Je t'en supplie ... Ne m'oblige pas à te faire du mal ! Lâche-la ... Ce n'est pas toi ...

Erik criait toujours, tentant de le faire réagir et de le faire sortir de cette sorte de léthargie meurtrière. Il savait qu'il était bien plus fort que lui et que d'un simple geste de la main il pouvait le balayer, voire même le tuer. Il n'était pas le plus grand guerrier d'Asgard pour rien et même si Erik était puissant, il ne lui arrivait pas à la cheville. Il le savait et pourtant il ne pouvait pas le laisser faire.

Erik renouvella sa supplique une nouvelle fois mais devant l'absence de réaction de son frère et la pâleur mortelle d'Illyana, il sut qu'il n'avait plus le choix. Il arma son bras et se rua vers son frère, lui plantant l'épée dans le bras. Il en conserverait probablement une cicatrice mais il savait que la blessure n'était pas mortelle même si elle serait douloureuse.

A sa grande surprise, Siegfried réagit à peine. Il tourna les yeux pour les poser sur son bras ensanglanté et lâcha Illyana qui s'écroula à ses pieds dans un bruit mat. Erik raffermit sa prise sur le pommeau de son arme et se posta devant son frère, les jambes légèrement fléchies. Le regard de Siegfried changea et il vit apparaître une lueur de pure haine juste avant qu'il n'enflamma son cosmos blanc. Le dragon Fafnir apparut dans le halo qui l'entourait et Erik ressentit les puissantes ondes le transpercer bien avant que son frère ne fasse le moindre mouvement. Même sans armure, revêtu seulement d'un pantalon, avec le bras droit en sang, il émanait de lui une puissance incroyable, effrayante. Il était encore bien plus fort qu'avant son départ du Friydland lorsqu'il était adolescent.

Erik déglutit avec peine, conscient d'avoir attiré toute la folie meurtrière de son frère sur lui.

- Siegfried, je t'en prie, reprends-toi ! Dis-moi ce qui t'arrive ... Je peux t'aider ...

Le grand guerrier resta muet mais leva son doigt pour appeler l'Odin Sword. Erik écarquilla les yeux de surprise. Son frère n'avait tout de même pas l'intention d'utiliser l'une de ses attaques contre lui. Il leva son épée devant lui, pleinement conscient qu'elle ne l'aiderait pas. Il vit le cercle se former autour de lui et les pierres s'élever de plus en plus vite dans cet espace. Il se sentit s'élever dans les airs sous la formidable puissance du cosmos de Siegfried. Son épée vola dans les airs et se ficha dans le sol à quelques mètres d'eux. Les pierres entaillèrent progressivement ses vêtements puis sa chair. Il se sentit retomber lourdement sur le sol et ne parvint plus à bouger. Siegfried avançait doucement vers lui, sans doute pour achever son oeuvre.

- Siegfried !

- Papa !

Les voix angoissées de Nadja et Natacha interrompirent l'avancée de Siegfried qui se retourna vers elles.

- Non ... N'intervenez pas, leur cria Erik tout en tentant de se relever en se tenant les côtes.

Il devait sans doute en avoir une ou deux cassées d'après l'intense douleur qui lui broyait le côté droit.

- il n'est pas lui-même ! Je ne sais pas ce qui lui arrive mais ce n'est pas lui !

- Papa ! Papa ! Cria la petite en lâchant la main de sa tante pour aller auprès de son père.

Elle s'agrippa à son pantalon et se mit à sangloter.

- Papa ! Pourquoi tu fais du mal à oncle Erik ? Qu'est ce que tu as ? Dis-moi ...

Nadja ne quittait pas sa protégée des yeux mais se rapprochait progressivement d'Illyana qui n'avait toujours pas fait un mouvement. Son cou avait fortement bleuie et des traces de sang maculaient son visage et sa robe. Elle respirait à peine, avec beaucoup de difficultés. Nadja n'avait pas suivi la scène et s'interrogeait sur les raisons de son état.

Erik approchait vers elle tout en contournant soigneusement Siegfried toujours immobile aux côtés de sa fille larmoyante. Il ne pouvait faire du mal à sa propre fille songea-t-il avec néanmoins un doute au fond de son esprit. Après tout, il venait de l'attaquer avec la même force que s'il avait été un de ses ennemis et non son propre frère.

- Comment va-t-elle ? Souffla Erik

- Mal ... Que s'est-il passé Erik ? Qui l'a attaqué avec cette sauvagerie ?

- Ton cousin, marmonna-t-il tout en récupérant son épée.

- Ce n'est pas possible, Erik !

- Je l'ai vu de mes yeux ... Crois-moi, ce Siegfried là n'a rien de commun avec l'homme que nous connaissons ... C'est une machine à tuer ...

- Natacha ... murmura Nadja les yeux agrandis par la peur ... Il ne va pas lui faire de mal ... N'est ce pas ?

- J'espère pour lui, grogna Erik en marchant vers son frère tout en se demandant comment l'arrêter.

Il vit Siegfried baisser enfin les yeux vers sa fille et à sa grande stupéfaction lever sa main droite, encore ensanglantée. Il ne pouvait pas frapper sa propre fille ! C'était impensable !

- Siegfried ! Crièrent Nadja et Erik de concert.

- Papa ... sanglota l'enfant. Je sais que j'ai fait une grosse bêtise mais punis-moi moi et pas les autres ...

Elle tremblait mais son regard clair se planta dans les prunelles toujours vides de son père. Un éclair unique déchira le ciel et sembla s'abattre non loin d'eux juste avant que les premières gouttes de pluie ne tombèrent avec force sur le sol. La scène se figea sous les trombes d'eau qui s'abattirent sur eux et la fillette ne bougea pas, sans doute prête à recevoir une correction qu'elle estimait avoir mérité.

Erik vit le regard de Siegfried vaciller et son bras blessé faiblir. La pluie, l'orage, le regard de sa fille ou tout autre chose semblait enfin le tirer de sa transe. Ses prunelles redevinrent claires et pures, emplies de cette gravité que Nadja et lui reconnurent immédiatement.

- Pourquoi mériterais-tu une correction, Nat ? Murmura le grand guerrier en s'agenouillant devant l'enfant qui se blottit contre lui, les épaules secouées de longs sanglots. Je ne pourrais jamais te faire du mal, tu le sais bien, voyons, mon ange ...

Nadja poussa un soupir de soulagement et Erik s'appuya de tout son poids sur son épée, ressentant enfin la cruelle douleur dans son thorax. Sa cousine voulut se porter à son secours mais il l'arrêta d'un signe de la main.

- Illyana ! Murmura-t-il. Occupe-toi d'Illyana s'il te plaît ...

Siegfried s'approcha avec sa fille et dévisagea son frère perplexe.

- Que t'est-il arrivé Erik ? Tu es dans un sale état ... et ... aïe ...

Il se tourna et regarda avec surprise son bras entaillé, réalisant enfin qu'il était blessé.

- Qu'est ce que çà veut dire ?

- J'aimerai bien le savoir marmonna Erik. Je te fais un court résumé, grand frère. Tu as manqué de tuer Illyana et quand je t'en ai empêché tu m'as expédié dans les airs avec l'Odin Sword. Enfin tu as failli frapper ta propre fille ... Maintenant, j'aimerai bien savoir pourquoi ...

- Ce n'est pas possible, murmura Siegfried en fixant la main avec laquelle il avait tenu Illyana. Je ne me rappelle ...

Il faillit ajouter « pas » lorsqu'une foule d'images se bousculèrent soudain dans sa tête. Il se rappeler avec une horrifiante précision tout le déroulement de la soirée, du début du bal à ce que son frère venait de lui résumer. Les yeux agrandis d'horreur il considéra son frère avant de poser les yeux sur la silhouette inerte de son élève.

- çà va ... marmonna encore Erik en se redressant. Tu ne t'imagines quand même pas que je me laisserai tuer en un coup ... Elle, par contre ...

- Elle vit, les rassura Nadja. Mais elle n'a toujours pas repris connaissance. Il faut la ramener à l'intérieur.

- Je m'en charge ! Fit Erik d'une voix ferme. Excuse-moi, mais après ton geste inexplicable, je préfère que tu ne l'approches pas avant de savoir pourquoi tu as voulu la tuer.

Il confia son épée à Nadja et souleva avec difficulté la princesse toujours inconsciente avant de clopiner jusqu'au palais. Siegfried n'avait pas bougé et regardait toujours fixement sa main couverte de sang. Nadja récupéra Natacha pour la mettre à l'abri, laissant son cousin seul sous la pluie diluvienne.

Siegfried ne parvenait plus à réfléchir avec cohérence. « Ce n'est pas possible ! Je n'ai pas pu vouloir la tuer ! Je dois la protéger, lui apprendre comment se défendre. C'est impossible ! Pourquoi ? Pourquoi ? »

- Pourquoi ? Hurla-t-il en levant son visage vers les cieux qui s'ouvraient sur lui.

Il partit comme une furie vers la forêt toute proche et disparut sous le couvert des arbres.


Je ne vous remercierai jamais assez tous pour les nombreux et élogieux commentaires que vous me laissez, ni pour votre fidélité à cette histoire qui me tient tant à coeur ...

Je la terminerai quoi qu'il arrive, même si j'avoue ne plus avoir autant de temps à y consacrer et avoir du mal à poster régulièrement ... j'espère pouvoir maintenir une certaine qualité d'écriture afin de vous donner le meilleur récit possible

A très bientôt ...