Pour ma mère
Chapitre 28:
Harry avait un terrible pressentiment. En fait, c'était plus qu'un pressentiment, c'était plutôt une certitude qu'en ouvrant la porte de la cabane, puis en y pénétrant, une série d'évènements terribles s'enclencheraient de manière tout aussi terrible. Il y avait donc peu ou pas de chances qu'ils s'en sortent indemnes.
Harry n'était pas un lâche et ce n'était pas cette sombre perspective qui le ferait reculer, c'est pourquoi il avait passé devant, démontrant son courage propre au gryffondor qu'il était. Il fallait cependant bien se le dire, il avait peur et celui qui ne l'aurait pas été dans une telle situation aurait pût sans hésitation être considéré comme étant parfaitement inconscient. Une peur enfantine de gosse qui craint le monstre caché sous son lit ou la méchante sorcière qui vit dans la forêt, et en fait c'était bien de cela qu'il s'agissait ici, lui vrillait les tripes. Si Narcissa Malfoy se terrait bien ici, Merlin seul savait ce sur quoi ils tomberaient et le sort qu'elle leur réserverait.
Il n'eut pas le temps de tergiverser plus longtemps qu'Étienne le bouscula en passant devant lui et se faufila à l'intérieur de la cabane qui devait certainement appartenir à un chasseur, laissant la porte ouverte derrière lui. Harry jeta un bref regard à Draco qui fronçait les sourcils avec appréhension, ils échangèrent un bref signe de tête et ils y entrèrent presque simultanément.
Il faisait noir à l'intérieur et le regard de Harry fut immédiatement attiré vers le feu ronflant qui brûlait dans l'âtre, un feu ridiculement puissant, sans aucun doute allumé grâce à la magie et alimenté par celle-ci. Devant celui-ci, il y avait une petite silhouette et près d'elle, quelqu'un était assis dans un fauteuil tout près du feu. Il voulut l'indiquer à Draco d'un geste, mais au même moment, celui-ci accourut vers un lit au pied duquel Harry vit qu'Étienne était déjà agenouillé.
-Mère! S'exclama le blond en s'approchant vivement du lit.
Dans ce dernier était étendu une forme sombre que Harry parvenait à peine à discerner, il s'éloigna des deux silhouettes, puis s'approcha rapidement du lit et eut un mouvement de recul en voyant ce qu'était devenue Narcissa Malfoy. Il se souvenait d'une femme blonde d'une beauté glaciale et qui affichait un air réservé et hautain, mais ce n'était pas là la vision qui s'offrait à lui. Elle était désormais d'une maigreur presque squelettique, sa peau était translucide et ses veines devenues noires transparaissaient au travers, comme une horrible toile d'araignée, ses cheveux complètement blancs étaient sales, emmêlés et ternes. Son regard fixe était complètement noir, comme deux trous où on pouvait voir le néant le plus absolu. Il voulut tirer Draco par le bras pour l'éloigner de cette chose qui n'était définitivement plus sa mère, mais ce dernier affichait désormais le même regard noir et le serpentard tomba par terre inconscient emporté par le mouvement de Harry.
Le gryffondor jura et tira le corps inerte du blond le plus loin possible du lit dans lequel se trouvait sa mère, puis il jeta un regard vers Étienne pour constater qu'il était dans une sorte de transe et murmurait frénétiquement des paroles qu'il ne pouvait pas comprendre. Harry comprit qu'ils n'auraient jamais dû se lancer seuls dans ce périple et regretta qu'Hermione ne soit pas venue avec eux.
-Madame s'est endormie, il vaudrait mieux revenir plus tard, murmura une toute petite voix à la droite de Harry et ce dernier se tourna en pointa sa baguette vers ce qui s'avéra être un elfe de maison portant un sublime collier de perles qui devait valoir une fortune.
-Qu'est-ce qui lui est arrivé? Demanda Harry en désignant d'un geste nerveux de la tête le lit où se trouvait ce qui avait autrefois été Mme Malfoy.
L'elfe se mit alors à sangloter en se griffant méchamment les bras.
-Madame est fatiguée, revenez plus tard! Mymy a essayé monsieur... Oh oui, Mymy a été cherché les animaux, monsieur. Revenez plus tard! Madame va prendre le thé plus tard, vous reviendrez alors, dit l'elfe en évitant son regard tout en se tordant les mains.
Harry pensa que l'elfe avait complètement perdu la tête et il comprenait pourquoi au vu de cette scène. Il la stupéfixa d'un geste de sa baguette par sécurité et tourna son attention vers la silhouette qui était assise dans la chaise, celle qu'il avait d'abord aperçu en entrant et qui n'avait toujours pas bougé, ni dit un mot ou produit un seul son. La personne était face au feu et donc dos à lui, il ne pouvait qu'entrevoir son profil. Sans quitter le lit des yeux, inquiet à chaque instant que la créature qui y était couchée se lève, il s'approcha du fauteuil, sa baguette brandie devant lui, prêt à attaquer.
Lucius Malfoy était magiquement ligoté au fauteuil, sa chemise était tachée de sang et déchirée à de nombreux endroits, son visage était couvert de coupures et de contusions, mais ses yeux étaient clos. Harry, en serrant sa baguette de sa main droite, posa sa main gauche sur le cou de l'homme pour voir s'il était encore vivant, après quelques instants pendant lesquels il ne sentait que son propre cœur qui battait à toute allure, il finit par sentir le faible pouls du père de Draco. L'homme était grièvement blessé et inconscient, mais toujours vivant ou du moins, pour le moment, car il avait perdu énormément de sang et semblait avoir été torturé par un bourreau particulièrement sanguinaire.
Ils auraient besoin de secours, sinon Lucius Malfoy ne s'en sortirait pas vivant. Harry lança alors son patronus suivi d'un sort que lui avait appris Hermione et qui servait à l'envoyer à distance. Il était certain qu'Hermione comprendrait qu'ils avaient besoin d'aide en le voyant et il espérait que le sort fonctionne bien et lui permette de la guider jusqu'à eux avant qu'il ne soit trop tard.
Harry jeta un autre regard nerveux vers le lit et voyant que Narcissa était toujours inanimée, il hésita un instant, se demandant s'il devait vraiment risquer sa vie pour sauver celle de Lucius Malfoy, se souvenant la manière dont il avait attaqué son propre fils lors de l'attaque au Poste Nord, se remémorant toutes les fois où il avait tenté de le tuer lui, puis il soupira. Il jeta un sort de lévitation au fauteuil, le guidant en dehors de la cabane, se disant qu'il était certainement préférable qu'il ne bouge pas trop et étant plus à l'aise en sachant qu'il était ligoté, même si dans son état il n'aurait pas pu faire grand-chose.
À peine le fauteuil eut-il fait quelques mètres qu'il retomba lourdement au sol et qu'Harry fut projeté au sol avec tant de violence qu'il en eut le souffle coupé.
Draco sentit une main lui caresser doucement la tête dans un geste familier et effacer la douleur qui s'y était installée, il ouvrit lentement les yeux, puis les referma, aveuglé par la clarté du jour. La main quitta son front et il sentit du mouvement autour de lui, puis il entendit le bruit familier du glissement des rideaux qu'on referme. Sans ouvrir les yeux, il sentit que la pièce était désormais plus sombre. Une odeur familière, impossible à définir ou à décrire l'entourait, celle-là même qui avait baigné son enfance tout entière. Un effluve mélangeant à la fois les fleurs du jardin, le tissu, la lessive, le bois des planchers et la pierre des murs.
-C'est une belle journée aujourd'hui mon chéri, murmura une voix qu'il ne connaissait que trop, il ouvrit les yeux en grand et ne crut pas ce qu'il voyait.
Il était dans sa chambre, sa vraie chambre, celle qu'il occupait depuis sa naissance, au manoir Malfoy et sa mère était debout près de la fenêtre, lui souriant. Il ressentit cette brusque montée d'adrénaline qu'on éprouve lorsqu'on manque une marche en descendant un escalier et que brusquement on sent notre cœur s'accélérer, l'air se bloquer dans nos poumons tandis qu'on a l'impression qu'on va tomber dans le vide. Des larmes lui montèrent aux yeux et il ne put les retenir, sa mère fronça les sourcils en l'apercevant et s'approcha de lui. Il sauta presque hors de son lit et enlaça sa mère juste un peu plus longtemps qu'il ne l'aurait normalement fait.
-Mère? Est-ce bien vous? Dit-il d'une voix fatiguée et pleine d'espoir.
-Draco, qu'est-ce qui te prend voyons? Demanda la femme en riant et en se reculant pour le regarder dans les yeux.
-C'est impossible... Je... Balbutia le serpentard.
Narcissa posa une main délicate sur la bouche de son fils et se pencha à son oreille.
-Ici, tout est possible mon chéri...
Draco regarda autour de lui, tout semblait si réel, il s'agissait bien de sa chambre, tout était en place, son balai était même posé dans un coin, sur son fauteuil traînait le livre sur les potions qu'il lisait le jour où il avait quitté le manoir. Sa mère portait la robe bleu foncée dans laquelle il l'avait vu lorsqu'elle lui avait rendu sa baguette au milieu de la nuit, alors qu'il était à Square Grimmaurd. Il savait que tout ceci était impossible, qu'il devait s'agir d'une illusion, mais en même temps, il aurait tout donné pour que cela soit vrai.
Ne sachant pas combien de temps encore durerait cette illusion et voulant désespérément des réponses à ses questions, il rompit le silence.
-Que s'est-il passé mère, pourquoi ne pas avoir suivi Severus ce soir-là? Pourquoi avoir ensorcelé Étienne...
-Chut! La coupa sa mère en fronçant les sourcils légèrement. «Ici, rien de cela n'a d'importance, nous pouvons rester ensemble et oublier, tout sera comme avant», ajouta-t-elle en ouvrant les bras pour l'y inviter.
Le blond regarda sa mère et son cœur se serra, il aurait donné n'importe quoi pour retourner à sa vie d'avant. Pour tout oublier, pour ne pas avoir vécu ce qu'il avait vécu, mais il savait aussi que cela était impossible, que tout ceci était une illusion et qu'il rêvait.
-Où sommes-nous? Demanda-t-il en regardant autour de lui, fasciné par le réalisme de ce qui l'entourait.
-Au manoir...
-Non, où sommes-nous vraiment? Insista-t-il en se levant pour aller à sa porte, se demandant si l'illusion ne comportait que sa chambre ou si celle-ci s'étendait à tout le manoir.
Narcissa le stoppa dans son mouvement en affichant un regard inquiet.
-Non Draco reste avec moi, je t'en prie...
Draco se tourna vers sa mère et mit une main sur la sienne, en la regardant tristement. Une partie de lui aurait aimé rester avec elle, se complaire dans cette illusion jusqu'à même oublier que s'en était une peut-être un jour, mais il savait aussi que c'était impossible. Il se surprit à penser à l'Ordre, à la guerre, pour une fois, il sentait qu'il avait peut-être un devoir envers ceux qui l'avaient accueilli. Il pensa aussi à Harry et s'en voulut presque aussitôt, son existence n'aurait pas dû effleurer son esprit de la sorte, pas quand il retrouvait sa mère ainsi, pas quand il pensait aux raisons qu'il avait de ne pas rester avec elle.
Une voix s'immisça en lui, apportant avec elles des pensées qu'il aurait voulu écarter du revers de la main, des idées pernicieuses qui s'infiltraient entre lui et ce rêve qu'il aurait aimé faire sien. Harry Potter était-il ce qui le poussait à retourner dans l'horrible réalité qui était la sienne? Une réalité dans laquelle sa mère était mourante dans un lit, terrassée par Merlin savait quel maléfice, un monde dans lequel il avait tout perdu jusqu'à sa dignité. Pourtant, aussi terrible qu'elle fût, il ne pouvait s'empêcher de vouloir y retourner, en fait, il sentait qu'il y était obligé.
-Je dois partir mère.
Narcissa Malfoy serra la main de son fils un peu plus fort.
-Il n'y a rien au monde que j'aime plus que toi Draco et j'ai tellement de regrets. Des regrets qu'une mère ne devrait jamais avoir, si j'avais su... Je sais qu'il est trop tard maintenant. Tu es tellement beau, tellement fort mon fils.
Draco serra sa main en retour, les mots se bloquant dans sa gorge.
-Je dois partir maintenant, je ne peux pas rester, dit-il en sentant une larme couler le long de sa joue, puis il lâcha sa main et sortit de la chambre sans se retourner.
En passant le pas de la porte qui donnait normalement sur un large corridor du manoir Malfoy, il tomba dans un des couloirs de Poudlard. Il se retourna et la porte avait disparue derrière lui, il se força alors à avancer dans ce couloir qu'il reconnut comme étant celui qui menait aux serres dans lesquelles avaient lieu, entre autres, les cours de botaniques.
Quelques élèves qu'il ne connaissait pas se trouvaient dans le couloir et marchaient en parlant ensemble en petits groupes, sans le regarder. Instinctivement, il continua à avancer dans le corridor à présent désert et constata en regardant par la fenêtre que c'était l'hiver, car il neigeait à gros flocons qui tombaient paresseusement du ciel. Soudain, une main se posa sur son bras et il détacha son regard de la cour enneigée pour voir qui l'avait ainsi touché. Il se retrouva nez à nez avec une jeune fille aux cheveux blonds dans un uniforme de serpentard qu'il reconnut immédiatement comme étant sa mère, car il l'avait déjà vu sur des photos de cette époque. Elle était encore plus jolie en personne, sa cascade de cheveux soyeux brillait, lui arrivant jusqu'au bas du dos, tandis que son teint pâle teinté de rose lui donnait l'air d'une poupée. Un sac à bandoulière en cuir noir était négligemment posé sur son épaule droite et son bras retenait un volumineux livre à la reliure bleu foncé.
Elle retira lentement sa main de son bras et lui sourit affectueusement. Il se demanda pendant un moment si elle saurait qui il était, car à cette époque, il n'était évidemment pas encore né.
-Qu'as-tu envie de faire cette après-midi? Lui demanda-t-elle en posant lourdement son sac par terre.
Draco resta interdit.
-Je pensais qu'on pourrait réviser un peu, mais ensuite on peut aller voir l'entraînement de Quidditch, qu'en penses-tu? Ajouta-t-elle en souriant.
Il acquiesça faute de savoir quoi répondre à cette Narcissa qui ne semblait avoir aucun point commun avec sa mère telle qu'il la connaissait. La jeune Narcissa semblait si légère, si souriante, si insouciante, tout le contraire de sa mère qui était froide, noble et sérieuse. Il se demanda si c'était seulement parce qu'elle avait vieilli ou si c'était la guerre et la vie que Lucius et elle avaient choisi qui l'avait changé.
-Par Merlin, j'ai oublié de te dire ce qui s'est passé hier soir! J'ai reçu un hibou, dit-elle en rougissant.
-Et...?
-C'était une lettre de sa part! S'exclama-t-elle en évitant son regard et en s'assurant que personne autour ne pourrait entendre.
-De la part de qui?
-Allons, tu sais bien, Lucius... Murmura-t-elle en rougissant de plus belle.
Cette dernière affirmation réveilla brutalement Draco de sa torpeur. Il ne comprenait pas bien dans quelle sorte d'illusion il était tombé cette fois, mais sa mère semblait avoir tout oublié et dans cet univers, il était visiblement son meilleur ami. Ça lui faisait tellement bizarre d'entendre parler ainsi sa mère de son père, comme une adolescente ayant le béguin et c'était d'ailleurs bien de cela qu'il s'agissait. À la différence que dans ce cas-ci, il savait que cette union perdurerait et donnerait naissance, de nombreuses années plus tard à un fils, c'est-à-dire lui-même.
-Tu ne te souviens de rien... Tenta-t-il.
Elle fronça les sourcils et fit un pas vers lui.
-Toi tu te souviens de trop de chose, oublie un peu, profite du fait que nous soyons ensemble, c'est une belle journée, dit-elle d'un ton froid et sérieux qui contrastait nettement avec l'attitude qu'elle avait affichée jusque-là, ce qui glaça le sang du blond.
Il ne pouvait pas rester là et il le savait. Il ne savait pas exactement pourquoi il était victime de ces illusions, mais il voulait qu'elles cessent, il voulait ouvrir les yeux et retrouver sa réalité, aussi pénible soit-elle. Il se souvint alors du moment où il avait pénétré dans la cabane avec Harry et se demanda où il était. Était-il lui aussi soumis à ces visions?
Il fût interrompu dans ses pensées par la voix de Narcissa qui avait soudain reprit tout son entrain et qui lui racontait comment elle avait été invitée à passer quelques jours chez Lucius pour les vacances de Noël et comment cela avait été difficile de convaincre son père de la laisser y aller et surtout de la laisser dormir sur place, elle se plaignait de la manière dont il la couvait sans cesse tandis que sa sœur Bellatrix, elle, faisait ce qu'elle voulait.
Draco écoutait se flot de paroles ininterrompu, à la fois fasciner de rencontrer une version de sa mère qu'il n'avait pas connu et qui n'avait plus rien à voir avec celle qu'il connaissait, mais en même temps cela le peinait de devoir partir et de ne peut-être plus jamais revoir sa vraie mère.
-Narcissa, la coupa-t-il en goûtant à ce nom par lequel il ne l'avait jamais appelé auparavant, le remplaçant par «mère» ou lorsqu'il était plus jeune par «maman».
La jeune fille afficha une moue comme si elle savait ce qu'il s'apprêtait à dire ou peut-être cela était-il apparent dans son regard.
-Je dois partir, maintenant, dit-il en hésitant longtemps avant de l'embrasser sur la joue.
Il s'éloigna lentement sans qu'elle ne dise quoi que ce soit, son visage ayant retrouvé son air grave et sérieux, soudain, elle se jeta sur lui en le frappant sur le torse et en le poussant, mais il la retint alors que ses cris de fureur se transformaient en sanglots.
-Pourquoi m'abandonnes-tu Draco! Reste, je t'en prie, reste! Nous sommes bien ici, nous sommes à Poudlard, nous sommes amis! Cria-t-elle en faiblissant sous sa poigne.
Il la relâcha un instant et elle en profita pour sortir sa baguette, lui il fouilla dans ses poches de pantalon, mais étrangement, sa baguette n'y était pas. Il n'eut donc pas le temps de réagir et elle lui lança un sort qui le propulsa quelques mètres plus loin, il retomba lourdement sur le sol de pierre et ferma les yeux sous l'impact. Lorsqu'il les rouvrit en tentant de se relever doucement, Narcissa avait disparu, le décor autour de lui semblait fondre et se tordre, comme s'il était fait de cire. Les murs disparurent pour faire place à d'autres murs, plus près de lui, le haut plafond s'abaissa et plutôt que d'être à Poudlard, il se retrouva dès lors dans le salon d'un manoir qu'il ne connaissait pas. Le sol de pierre glacé se transforma sous ses doigts et fit place à une carpette aux motifs orientaux. Il se releva doucement, observant la pièce autour de lui, se demandant où il venait d'atterrir.
Il se releva et vit, assis sur le bureau près de lui, les jambes se balançant mollement dans le vide, la même vision qui lui était apparue le matin-même, la petite Narcissa vêtue de sa robe bleue à crinoline. Elle le dévisageait de son air solennel assez troublant sans rien dire. Si c'était la représentation de sa mère qui était le plus éloigné de son état actuel, c'était pourtant la seule qui semblait au courant de tout. Il comprit aussi, en la voyant, qu'il se trouvait dans le manoir appartenant à son grand-père, celui où sa mère et ses tantes avaient grandi, mais qui avait passé au feu alors qu'elles étaient adolescentes, c'est pourquoi il n'avait jamais vu ces lieux.
-Est-ce ici que ça se termine? Demanda Malfoy d'une voix fatiguée, espérant enfin obtenir des réponses.
La petite fille le dévisagea sans rien dire, mais en continuant de balancer ses jambes dans le vide.
-Je veux savoir ce qui se passe, où est ma mère?
-Ici, partout, je t'avais dit de ne pas venir...
-Pourquoi est-ce que tu me montres tout ceci?
Elle hocha encore une fois les épaules.
-Il faut que tu saches pourquoi nous sommes ici, dit-elle en désignant la pièce autour d'elle. Je voulais te montrer quelque chose, ajouta-t-elle en se laissant glisser sur le bord du bureau lentement avant d'atterrir par terre.
En silence, Draco suivit la très jeune Narcissa à travers les couloirs, les escaliers et les différentes pièces qui étaient étrangement désertes. En effet, il n'y avait nulle trace des elfes de maison qui devaient certainement y vivre, ni de ses habitants. Draco se serait attendu à peut-être croiser ses tantes ou ses grands-parents, mais le manoir était plongé dans un silence presque angoissant. La décoration était étouffante, partout sur les murs de larges tableaux aux imposants cadres de dorures travaillées ne laissait qu'entrevoir la lourde tapisserie bordeaux qui recouvrait les murs. D'épais tapis orientaux recouvraient le sol tandis que sur toutes les surfaces, on avait déposé des fleurs, des sculptures ou des vases. Il lui sembla n'apercevoir aucune fenêtre, mais il se dit que celles-ci devaient être dissimulées derrière les lourds rideaux de velours décorés de glands qui ajoutaient à l'atmosphère oppressante.
Ils montèrent de plus en plus haut jusqu'à un escalier en colimaçon qui menait au sommet d'une tour circulaire. La porte était fermée devant eux et Draco pouvait sentir la magie qui s'en dégageait, mais cela ne semblait pas troubler la fillette, car elle ouvrit la porte sans même s'en soucier, ce qui était très étrange. La pièce était plus grande qu'il ne l'avait d'abord imaginée et un lit assez grand se trouvait au centre, on avait aussi allumé un feu dans la cheminée et un fauteuil était posé devant.
Narcissa jeta alors un regard anxieux vers le lit sans s'en approcher et fit signe à Draco d'aller voir, mais en mettant un doigt devant ses lèvres pour lui signifier de faire attention à ne pas faire de bruit. Le blond hésita un instant, puis amorça un pas en direction du lit, mais s'arrêta quand le plancher craqua sous son pas. Il sentait le stress monter en lui, mais s'intima au calme, après tout, ce n'était qu'une illusion, rien ne pouvait véritablement lui arriver ou du moins il se forçait à le croire. Il avança jusqu'au lit et y aperçu une femme qui ressemblait beaucoup à sa tante Bellatrix, mis à part qu'elle avait les cheveux blonds de sa mère, ceux-ci était pour l'instant attaché dans une tresse. La femme était attachée au lit par les poignets et les chevilles et portait une longue chemise de nuit bleu pâle. Son teint était blême suggérant qu'elle devait être malade. Draco ne comprenait pas pourquoi sa mère l'avait amené jusqu'ici et se retourna vers elle qui n'avait toujours pas bougé.
-C'est ma mère, chuchota Narcissa sans s'approcher.
Draco jeta un regard en direction de sa grand-mère qu'il n'avait jamais vu, car elle était morte lorsque sa propre mère était encore une enfant. Il ne comprenait absolument pas pourquoi on l'avait attaché ainsi et se souvint que sa mère lui avait raconté qu'elle était morte en couches.
-Que... Commença-t-il, mais il fût interrompu par sa grand-mère qui ouvrit soudain les yeux.
En voyant Draco près d'elle, elle poussa d'horribles cris inhumains et se débattit férocement, furieuse d'être attachée. Le blond recula par instinct, mais sans pouvoir détacher son regard de la femme qui se tortillait comme si elle était possédée. Soudain, le lit et les meubles se mirent à vibrer autour d'eux et une carafe qui était posée sur la table de chevet tomba par terre en se brisant, répandant l'eau qu'elle contenait sur le sol. La petite Narcissa s'empara alors de la main de Draco et le tira vers la sortie en refermant la porte derrière eux. Les cris et les grognements continuèrent à se faire entendre de l'extérieur et ils redescendirent l'escalier en colimaçon pour s'en éloigner, puis ils s'assirent dans une alcôve en silence, tous les deux visiblement choqués.
-Qu'est-ce que c'était? Demanda Draco avec horreur après un long moment de silence.
-Un souvenir.
-Je croyais qu'elle était morte en couches,
Narcissa fit non de la tête, puis elle expliqua à Draco comment sa mère s'était mise à utiliser la magie du sang. Une magie transmise dans leur famille par la génétique à certaines femmes. Elle lui raconta comment sa mère avait perdu le contrôle et comment son père, un soir, était redescendu au salon et leur avait dit que leur mère était morte en couches. Ce qu'il ignorait c'était que Narcissa avait vu sa mère, passant bizarrement au travers des barrières de sécurité magiques mises sur la porte. Elle n'avait jamais compris comment elle avait pu faire jusqu'à de nombreuses années plus tard, quand elle avait réalisé qu'elle aussi possédait ce don. Elle s'en était servie à quelques reprises, sans plus, se servant du livre que leur grand-mère lui avait un jour donné et qui était transmis de fille en fille. Sa sœur Bellatrix n'avait jamais su qu'elle avait ce pouvoir et elle ne s'en était jamais vraiment servie, terrifiée par ce qui était arrivé à sa mère.
Draco écoutait tout cela sans vraiment le croire, ne pouvant croire que sa mère était détentrice d'un tel pouvoir. Sa mère n'avait jamais été une sorcière particulièrement puissante après tout. Il repensa alors à la nuit où elle lui avait apporté sa baguette et demanda à la petite Narcissa si cette fois-là elle avait aussi utilisé cette magie et elle lui répondit positivement.
-Je l'avais déjà fait, des années plus tôt, pour aller rejoindre ton père... Cela ne demandait que très peu de sang et la première fois rien ne s'était passé de mauvais.
-Et Étienne?
Elle acquiesça encore en pinçant les lèvres. Une question lui brûla alors les lèvres, mais il n'osait pas la poser, ayant peur de la réponse. Elle poussa alors un long soupir ce qui était presque comique venant d'une si petite fille, mais Draco n'avait aucune envie de rire.
-Draco, je pensais que ça ne se transmettait que de mère en fille, comme je t'ai dit, mais je crois que je me suis trompée. Si je te dis tout cela, c'est parce que je crois que ce don t'a été transmis, dit-elle en le regardant avec sérieux.
Un frisson le traversa de bord en bord à ces mots qu'il savait vrai. Tout fit alors du sens, la manière dont Étienne lui obéissait servilement, la façon dont il avait réclamé son sang lorsqu'ils avaient transplané, le fait qu'il était le seul à pouvoir voir la petite Narcissa. Il savait qu'elle disait vrai, mais il ne savait pas de quoi il s'agissait jusque-là et maintenant il avait encore plus de questions.
Soudain, le sol se mit à trembler de plus belle, comme lors d'un tremblement de terre. Narcissa lui saisit la main en affichant une mine apeurée.
-Tu dois partir! Dit-elle en le forçant à se lever.
-Attends, c'est trop tôt, je dois comprendre! Protesta Draco.
-Nous n'avons pas le temps, vite, tu dois t'en aller! Insista-t-elle en le poussant vers une porte qui était soudain apparue près d'eux.
-Comment est-ce que je peux la sauver, te sauver? Demanda-t-il en plongeant son regard dans celui de Narcissa.
Elle sourit faiblement et lui fit signe de se pencher, ce qu'il fit, puis elle se mit sur la pointe des pieds pour atteindre son oreille et murmura : «Ne m'oublie jamais». Ensuite, elle le poussa vers la porte et il la franchit sans pouvoir se retourner, comme s'il y était aspiré.
Harry se frotta douloureusement les côtes en se relevant. Il avait été balayé par une rafale magique qui ne pouvait que provenir de Mme Malfoy qui était toujours inconsciente dans son lit. Soudain, Draco qui était couché par terre, là où il l'avait laissé, poussa un cri. Harry, ignorant la douleur de la chute, se précipita vers lui. Au même moment, le serpentard ouvrit les yeux en aspirant une grande bouffée d'air, comme s'il avait retenu son souffle pendant tout ce temps.
Harry n'eut même pas le temps de lui demande comment il allait que déjà le blond était debout sur ses pieds et se précipitait vers sa mère qui était toujours étendue immobile dans le lit qui était en fait plus une paillasse recouverte d'une couverture de laine bouillie. Draco lui toucha maladroitement le front, puis se pencha vers elle, espérant certainement entendre une respiration.
-Mère! Je vous interdis de me faire ça! Restez avec moi, je vous en prie, ne laissez pas tomber, nous allons vous sortir d'ici, nous pourrons vous soigner. Il faut juste résister encore un peu plus longtemps, je vous en prie! Cria son fils en secouant frénétiquement son épaule.
Harry s'approcha à son tour, mais il vit Étienne, qui jusque-là était profondément plongé dans une sorte de transe, bouger dans le coin de son regard. Sans hésitation, il le stupéfixa, mais le sort n'eut aucun effet sur lui et il continua à avancer vers Draco dont toute l'attention semblait tournée vers sa mère. Harry voulu se jeter sur le français, mais Draco se retourna alors brusquement vers son ancien amant, ce qui les stoppa tous deux dans leur élan.
-Sors! Lui intima le blond d'une voix qu'il tentait de maîtriser, mais qui était aux antipodes de son air habituel.
Quelle ne fut pas la surprise du gryffondor lorsqu'il vit le mangemort obéir dans l'instant aux ordres de Malfoy et quitter la pièce rapidement sans rien ajouter. Il avança alors jusqu'au serpentard et posa doucement une main sur son bras et c'est là qu'il remarqua qu'il tremblait. Ce dernier se laissa faire et docilement fit un pas de côté lorsque Harry jeta un sort de diagnostic à Narcissa plus pour la forme, car au réveil du serpentard, il avait senti la puissance magique qui inondait la pièce jusqu'à la faire presque vibrer se rompre d'un coup et il avait deviné qu'elle en était la cause. Lorsque le sort émit une lumière bleu pâle, Draco tomba à genoux si brusquement que cela produisit un claquement. Ne sachant que faire, Harry se laissa tomber à ses côtés, n'osant pas le toucher ou lui parler.
Le regard vide de Draco fixait sa mère alors que sa main droite était toujours posée sur elle, si son visage sans expression ne traduisait aucune émotion, Harry n'avait aucune peine à comprendre ce que Malfoy ressentait. Il se souvint alors de ce jour au département des mystères où son parrain avait disparu et sa douleur se joignit à la sienne en silence, s'enroulant l'une à l'autre comme un couple de serpent.
Ce n'était pas un temps pour des morts et il en était parfaitement conscient. Il se demanda si Draco serait assez fort pour traverser ce nouveau bouleversement, si ceci le détruirait une bonne fois pour toutes ou s'il y avait encore de l'espoir. Il se demanda alors s'il restait de l'espoir tout court, pour ses amis, pour le monde sorcier, pour le monde en général et pour l'issue de cette guerre. Sans avoir besoin de se retourner, il sentait la présence du père de Draco, inconscient, peut-être mort derrière eux, celle d'Étienne à l'extérieure de la cabane et celle du petit elfe de maison près du foyer. Il se questionna sur la signification de tout ceci, sur le sens de toute cette souffrance. Pourquoi le destin s'acharnait bec et ongles contre eux?
Après quelques instants ainsi, Draco, sans regarder Harry et sans dire quoi que ce soit, se laissa aller contre lui, posant sa tête sur son torse et sans un mot, le gryffondor referma ses bras autour de lui en espérant que les secours arrivent bientôt. Il pouvait sentir le cœur de Malfoy battre contre le sien et c'est alors qu'il le sentit, tout au fond de lui, celui qu'il croyait mort depuis longtemps et il eut envie de rire aux éclats, de se moquer de lui-même, de se mépriser en réalisant qu'en lui vivait toujours l'espoir que tout finirait par s'arranger.
Note de l'auteur :
Chapitre très difficile à écrire, car je n'en étais jamais satisfaite. Je commence à l'être, mais sans plus.
J'espère vraiment avoir vos commentaires sur la tournure que prend l'histoire et sur ce chapitre en particulier.
Dans le prochain chapitre, je vais «dézoomer» un peu de sur Harry et Draco, question qu'on voit un peu ce qui se passe ailleurs, mais ils seront présents néanmoins. :)
Merci de me lire,
Harley Q.
