Chapitre 28: Lyudmila Blërk.

La panique envahit aussitôt James, qui se précipita sur les traces de Sirius. La petite Clara était couchée, mais tous les autres étaient là, dans ce salon qui accueillait peut-être déjà cet individu qui avait fui par la cheminée. Poussé par cette pensée, il sauta les six dernières marches de l'escalier et accourut, baguette prête, paré à jeter un sort à tout ce qui bougeait. Sirius et Remus en avaient fait de même, postés devant la fenêtre que chacun fixait comme si le Diable en personne attendait derrière. Tous retinrent leur souffle quand l'ombre d'un poing vint taper au carreau, et Naomi recula d'un pas vers James, qui la prit contre lui pour la rassurer.

-C'est qui ? sanglota-t-elle, morte de peur.

Son état était le même que celui des autres, qui déglutissaient avec peine tout autour, la respiration saccadée.

-Je ne sais pas, murmura James en lui caressant furtivement les cheveux pour l'apaiser une dernière fois.

Il rejoignit doucement ses deux amis devant la fenêtre et vit le poing venir frapper une seconde fois la vitre. La silhouette d'un visage était perceptible dans la nuit tombée prématurément à cause du mauvais temps de la journée, mais James ne put discerner de qui il s'agissait.

Quand le poing frappa d'une façon plus insistante encore, le jeune homme prit son courage à deux mains et ordonna à ses amis de reculer. D'un geste mal assuré, il saisit la poignée de la fenêtre et y referma ses doigts, puis respira profondément, prêt à faire face à l'intrus.

-C'est peut-être une ruse, prévint Sirius.

-Je sais, répondit James. Mais si celui qui est derrière me saute dessus, je le stupéfixe. Et si je le rate, c'est vous qui le stupéfixez. Compris ?

-Attends, je me mets devant avec toi, s'exclama Sirius.

Sans lui laisser le temps de réfléchir, il vint se placer à ses côtés, la baguette prête à être utilisée en cas de besoin.

-A trois, murmura James, le souffle court. Les autres, restez bien derrière. Un… Deux…

-Trois ! termina Sirius.

James tourna la poignée et s'apprêta à voir la fenêtre s'ouvrir à la volée, poussée par la personne à l'extérieur, la seule chose qui se produisit fut la découverte de son visage, éclairé par les lumières de la maison. L'exclamation de surprise que James poussa fut la même que celle de tous les autres : derrière la vitre ne se trouvait personne d'autre qu'un Klaus plutôt déconcerté et paniqué.

-Qu'est-ce que tu fabriques, nom d'un chien ! jura James, à la fois en colère et soulagé. Rentre, dépêche-toi !

Klaus se dirigea vers la porte d'entrée, totalement désorienté par le comportement de son cousin, mais celui-ci lui saisit le bras pour lui indiquer de passer par la fenêtre.

-Quoi ? Mais…

-Dépêche-toi, par pitié ! pressa James en le tirant vers lui.

Par chance, Klaus fut assez agile pour grimper sur le rebord de la fenêtre, mais James ne put s'empêcher de le trouver trop lent à son goût : si la personne qui avait fait hurler Naomi était Klaus, cela voulait signifier que l'intrus pouvait être n'importe où ailleurs, et il n'avait aucune envie de le voir profiter de l'ouverture concédée à Klaus pour s'introduire une nouvelle fois au manoir.

-Par tous les Saints, James, mais qu'est-ce qui se passe ! gronda Klaus une fois que toutes les issues furent refermées. Pourquoi est-ce que vous tirez ces têtes déconfites, tous ?

James, trop occupé à s'assurer qu'il n'y avait personne dehors, ne prit pas le temps de répondre. Ce fut Sirius qui lui expliqua tout, depuis la danse de son ami à l'intrusion.

-Quoi ? Quelqu'un est entré dans la maison et s'est enfui par la cheminée de Williams ? répéta Klaus, éberlué.

-Oui, et on croyait tous que tu étais cette personne, c'est pour ça qu'on ne t'ouvrait pas, répondit Sirius.

-Et c'était qui ?

-Si on le savait, tout irait déjà mieux, marmonna James. J'ai juste eu le temps d'apercevoir son ombre.

-Quelle nuit de folie… soupira Klaus en se laissant tomber dans un des fauteuils, le visage enfoui dans ses mains.

-Quoi ? s'enquit James d'une voix changée par l'appréhension. Il s'est aussi passé quelque chose, au Ministère ? C'est pour ça que tu es revenu si tôt ?

Klaus fit lentement oui de la tête, puis la laissa aller contre le fauteuil, les yeux clos de lassitude.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? questionna James.

Il tenta de ne pas le montrer, mais il se douta que tout le monde avait compris qu'il était complètement hors de lui. Il n'était pas quelqu'un qu'on pouvait qualifier de peureux, mais sa famille était en danger, et il ne pouvait le supporter. Il ne pouvait encore moins tolérer l'attente et le fait de ne rien savoir de concret. Ses parents étaient à cette soirée au Ministère. S'il leur était arrivé quelque chose, il pourrait faire un carnage…

-Tu devrais t'asseoir, James, conseilla Klaus en ouvrant les paupières.

Sa voix avait quelque chose de trop doux pour que ce soit normal –et pour que ce soit bon signe.

-Dis-moi ce qui s'est passé, Klaus, ordonna James.

Le son de sa voix eut du mal à sortir de sa gorge, obstruée par une boule créée par le malaise qu'il ne pouvait faire disparaître.

-Je veux d'abord que tu te calmes, dit posément Klaus. Tu es sur les nerfs, et je peux le comprendre : il y a quelqu'un qui est rentré et tu as eu très peur pour tes cousins. Mais maintenant assieds-toi et reprends tes esprits. S'il te plaît…

-Il est arrivé quelque chose à mon père, c'est ça ? demanda James en s'avançant d'une démarche mal assurée vers le canapé le plus proche.

Son cœur battit plus fort que jamais pendant la fraction de seconde que Klaus mit à répondre.

-Non.

Ce fut comme si la pression retombait d'un coup. James sentit ses épaules se rabaisser, ses poumons se vider et les battements de son cœur se calmer doucement. C'était un peu comme un ballon qui se dégonflait après que son nœud eut été défait, et la soudaine chute de tension fit trembler légèrement ses mains.

-Qui, alors ? s'enquit Sophia.

L'adolescente, quant à elle, semblait ne rien avoir perdu de son anxiété.

-Rosanna.

-Quoi ? s'exclama James.

Il espéra de toutes ses forces avoir mal compris, mais le visage triste de Klaus et le regard désolé qu'il lui lança suffit à lui faire comprendre que tous ses espoirs étaient vains.

Alors, sa respiration redevint saccadée, et ses jambes ne voulurent plus le porter. Sans trop qu'il sache comment, il parvint à s'asseoir sur le canapé, complètement déconnecté de la réalité, les oreilles bourdonnantes et le regard perdu dans le vide. Les mains crispées sur ses genoux, il tenta de refaire surface et d'affronter la réalité avec sang-froid, mais il n'y parvint pas. Pas quand il s'agissait de sa mère.

-Qu'est-ce qui s'est passé… articula-t-il entre deux râles.

-Je ne sais pas trop. Une créature est arrivée et s'en est pris à elle. Ils vont l'emmener à Ste-Mangouste.

James se força à remplir tous ses poumons d'air afin de reprendre une respiration normale. Ste-Mangouste, cela voulait dire qu'elle était encore vivante. Pour le moment, c'était suffisant pour garder la tête haute.

-Passe-moi mon jean, s'il te plaît, Peter…

C'était la première fois qu'il avait froid depuis qu'il était sorti de la douche, et il lui semblait que tout son sang avait vu sa température baisser de cinq degrés au moins. Néanmoins, il eut beau boutonner sa chemise et enfiler son pantalon, il n'en fut pas réchauffé : c'était plus à l'intérieur de lui qu'à l'extérieur que le froid s'était insinué, et seule l'image de sa mère en bonne santé pourrait le réchauffer.

Personne ne parla pendant un long moment pendant lequel tous se perdirent dans leurs pensées, enfoncés dans fauteuils, chaises et canapés. Sirius prit place à côté de James, qui lui en fut reconnaissant. Même s'ils n'échangèrent pas le moindre mot, la présence de Sirius dans les situations difficiles avait toujours eu un effet bénéfique sur lui. C'était comme un système de batterie : Sirius, rien qu'en étant prêt de lui, lui donnait un peu de force en prenant sur ses épaules une partie de son chagrin. C'était dans ces moments que James, plus que jamais, réalisait que tous deux ne formaient qu'un. Rosanna n'était ni la mère, ni même la tante de Sirius, et pourtant James savait qu'il était presque aussi dévasté que lui par ce qui arrivait.

La soirée qu'il avait passée paraissait lointaine, comme si elle avait eu lieu un autre jour, une autre semaine, peut-être même. Sa main meurtrie n'existait plus, pas plus que sa faim, pas plus non plus que sa honte d'avoir dansé sur une table en sous-vêtements. Et dire que quelques minutes à peines seulement, tout cela avait eu de l'importance… Qu'était-ce, comparé à cette attente angoissante ? Et qu'était-ce, comparé à ce que vivait actuellement sa mère ? Quand elle s'était faite agressée, il dansait. Comment accepter cette idée ?

Il était entrain de sombrer dans un semi-sommeil quand on tambourina à la porte. Il sursauta mais n'en fut pas plus dynamique pour autant. Ses forces l'avaient comme abandonné, et les regards anéantis de ses oncles et tantes, qui rentrèrent les uns à la suite des autres dès que Lily leur eut ouvert la porte, furent loin de lui remonter le moral. L'absence de son père ne fut pas plus réjouissante : il avait dû rester avec Rosanna, trop inquiet pour pouvoir rentrer. Et James savait que son père ne s'inquiétait jamais pour rien.

Complètement submergé, il décida que la meilleure des solutions était d'aller se coucher pour mettre un terme à cette journée catastrophique qui avait pourtant si bien commencé. Mieux valait éviter d'assister à d'autres atroces évènements, et peut-être qu'après une bonne nuit de sommeil, il se réveillerait de très mauvaise humeur, le souvenir de cet horrible cauchemar en tête. C'était étrange comme il avait l'impression que tout se répétait : il avait passé des soirées entières, l'année passée, à espérer que certaines journées n'eussent été que des mauvais rêves. Mais à chaque fois, l'engourdissement de son cerveau dès le réveil lui rappelait ce qui s'était passé, et il réalisait avec chagrin que ce qui était fait était fait… Il ignorait si la malédiction qu'Alicia Black avait jetée sur son fils était responsable ou non. Quoiqu'il en soit, jamais il ne blâmerait Sirius, même si en sa présence il arrivait des choses qu'il aurait préféré éviter. Et puis, Sirius ne se trouvait pas au Ministère quand la créature avait attaqué sa mère. Il n'était pas coupable. James n'était même pas sûr que la malédiction ait un rapport avec ce qui arrivait. Après tout, elle disait seulement que Sirius allait vivre malheureux. Nulle part il n'était dit que cela touchait aussi ses amis…

Néanmoins, un doute persistait dans son esprit quand James alla se coucher. Sirius et lui ne faisaient qu'un, alors si Rosanna succombait à ses blessures, les dégâts seraient importants à la fois pour l'un que pour l'autre…Ou alors, peut-être était-ce tout simplement la guerre qui battait ce soir-là un peu plus fort encore…

oOo

-Toujours pas de nouvelles ?

-Non, James.

Le ton sec de Williams laissa supposer qu'il valait mieux éviter de trop insister. James, chaque fois que son père revenait de Ste-Mangouste, le harcelait de questions mais n'obtenait jamais de vraie réponse. Il ignorait dans quel état était sa mère. Il ignorait les risques auxquels elle était confrontée. Il ignorait même s'il la reverrait vivante un jour. On lui avait interdit de lui rendre visite. C'était soi-disant trop dangereux, peut-être contagieux. Williams devait user de son pouvoir en tant que chef des aurors pour avoir l'autorisation de la voir ne serait-ce que cinq minutes par jour.

L'attente en était devenue insupportable. James se levait et vivait chaque jour comme les autres, mais sa joie semblait s'être envolée. Lily lui avait demandé s'il désirait qu'elle rentre chez lui pour le laisser avec sa famille, mais il avait refusé. Avoir quelqu'un qui n'avait pas le même sang que lui à ses côtés lui faisait du bien. Sirius venait régulièrement, voire quotidiennement lui rendre visite, mais c'était le soir, quand toute sa chambre était plongée dans le noir, qu'il repensait à tous ses souvenirs, à tout ce qui pourrait arriver. Et Lily était là près de lui jusqu'à ce qu'il s'endorme. Elle avait même fini par installer un matelas auprès de son lit. James ne trouvait pas les mots pour lui exprimer sa gratitude. Peut-être n'y en avait-il tout simplement pas. Il avait besoin d'elle, elle était là, c'était tout. Elle lui apportait le soutien dont il avait besoin, la force qui l'avait quitté le soir où c'était arrivé. Sirius, lui, faisait ce qu'un ami se devait de faire : il donnait tout pour le revoir sourire, lui faire oublier le temps de quelques instants la triste situation de sa mère. Il le comprenait, partageant des silences bien plus éloquents que des mots, échangeant des regards porteurs d'un message de compassion infinie. Et quand Remus et Peter passaient prendre de ses nouvelles, ils jouaient respectivement les rôles de psychologue et de souffre-douleur. James savait que c'était mal de sa part de profiter de la timidité de Peter pour faire passer sa mauvaise humeur sur lui, mais il avait besoin de cette personne qui acceptait ses remontrances. Quand le cœur y était, il lui présentait ensuite ses excuses, mais rares étaient les fois où ç'avait été le cas, car trop souvent il n'en avait pas le courage : avouer cette erreur de sa part serait comme s'interdire de la reproduire. Et au fond, vider son sac sur la tête de quelqu'un le soulageait.

La première semaine fut la plus dure à supporter, et à mesure que le temps passa, James se vit sourire à nouveau sans ressentir le moindre élan de culpabilité. Son chagrin n'en était pas moins fort, mais il comprit avec le recul que lui offrit le défilé des jours qui suivirent que sa mère aurait voulu qu'il garde la tête haute sans se laisser abattre. Et c'était tout le contraire de ce qu'il avait fait jusqu'alors.

Il se souvenait parfaitement de la promesse qu'il s'était faite. Reprendre la mission de ses parents là où ils l'auraient laissée quand ils ne seraient plus capables de l'assurer convenablement. Williams pouvait être sûr que James intégrerait l'Ordre du Phénix dès qu'il serait sorti de Poudlard, ou plus tôt encore si Rosanna gardait des séquelles graves à son agression. C'était sans doute une autre réalité de la guerre : devoir faire des choix de manière précipitée, mais faire les bons choix. James savait qu'il avait la chance d'avoir un instinct fiable dans la plupart des situations, ce qui pouvait le rassurer. Il se sentait fait pour se battre. Reprendre le flambeau. Sauver des vies. Rendre fiers les siens. Protéger sa mère quand elle sortirait de l'hôpital…

-Si elle sort un jour, ne cessait de répéter Naomi, avec son éternel pessimisme.

Il y avait longtemps que James avait cessé de croire à la justice de ce monde, car trop de problèmes lui étaient tombés dessus en si peu de temps, mais il voulait garder espoir. Faire confiance aux guérisseurs, mais surtout faire confiance à sa mère. Elle était forte, elle se battrait contre le mal qui tentait de la prendre. Klaus ignorait ce qu'était la créature qui l'avait attaquée, et ignorait encore plus les effets du liquide qu'elle lui avait déversé dessus. Il fallait juste croire à une guérison, et y croire tellement fort que ce vœu se réaliserait…

L'été passa plus vite que ce qu'il aurait pensé. Le temps fut le même durant toutes les semaines qui s'enchaînèrent : gris et maussade, avec parfois quelques apparitions de la part du soleil qui repartait aussitôt se cacher derrière ses amis les nuages.

Lily reçut plusieurs lettres de ses parents, qui lui demandaient de revenir chez elle. Elle ignora totalement la première et la deuxième, mais se mit à réfléchir lorsqu'elle reçut la troisième. James la vit souvent songeuse, comme si elle hésitait vraiment à repartir. Au fond de lui, il en fut triste, même s'il comprenait parfaitement qu'elle soit dans le doute : depuis un mois et demi, elle ne les avait pas vus, et vivre au beau milieu des Potter tous anxieux pour Rosanna ne devait pas toujours être très drôle, même si les choses s'étaient arrangées. Et plus que jamais, il se répétait qu'il fallait vivre chaque jour comme si c'était le dernier, à la fois pour eux et pour leurs proches. Lily avait tout à fait raison de profiter de ses parents tant que c'était possible.

-Je vais attendre la fin du stage de transplanage, finit-elle par lui annoncer, trois jours avant le stage en question. Après, je rentrerai chez moi. Enfin, si tu n'y vois pas d'inconvénient, bien sûr…

James lui répondit par un sourire qui laissait deviner son point de vue.

-Tu crois vraiment que je vais t'en vouloir si tu vas voir tes parents, moi qui ai actuellement ma propre mère à l'hôpital ? ajouta-t-il. Rejoints-les dès que tu en as envie, aujourd'hui, même, si ça te chante !

Lily jubila.

-C'est gentil, le remercia-t-elle. Mais ma décision est prise : je rentrerai après le stage. Tu sais, j'ai passé un été si merveilleux chez toi et je serai très déçue si je devais y mettre fin ce matin.

-Et un stage de transplanage, c'est un bon moyen pour clôturer les vacances, c'est ça ? demanda James d'une voix pleine de malice.

-C'est ça. Je connais ce genre de stage : en général, on rit plus qu'on ne travaille, et pourtant on s'en tire toujours avec des supers notes.

-Surtout quand on sait déjà transplaner, renchérit James. Mais je ferai comme si j'apprenais, pour ne pas que ça paraisse trop louche.

Lily eut un soupire de nostalgie.

-C'est passé vite, n'empêche…dit-elle tristement. Deux mois, déjà…

-Non, un et demi, rectifia James. Il reste encore trois jours, la semaine du stage, et trois autres jours. De quoi rire encore un peu, non ?

-Hmm… répondit seulement Lily, songeuse. Tu te rends compte qu'on aura réussi à habiter au même endroit pendant presque deux mois ?

James eut un petit rire.

-Ouais, j'avoue que c'est surprenant, déclara-t-il, bien que très agréable. Comme quoi, c'est bien la preuve que tu pourrais être ma f…

-Pas ta femme ! s'exclama précipitamment Lily pour l'empêcher de finir, le faisant rire à nouveau. Même si on a réussi à cohabiter, pas question que je me mette à faire ta vaisselle, ton repassage, ta cuisine, ton ménage…

-On aura un elfe ! suggéra James, comme si cela réglait tout le problème.

Voir Lily réfléchir à ce qu'elle pourrait dire pour démonter son argument le fit sourire. Klaus avait sans doute raison de penser qu'ils jouaient aux amis-amants. Ce n'était pas la première fois qu'il faisait des allusions à une future vie en couple pour eux deux (allant dans ces moments-là à l'encontre ses beaux principes qui lui disaient de laisser faire le temps) et même si elle trouvait toujours quelque chose à répliquer pour maintenir ses positions, jamais depuis le cocktail au Ministère elle ne lui avait dit clairement qu'ils ne sortiraient en aucun cas ensemble. A chaque fois, elle lui dénichait quelque chose qui lui évitait de trop s'engager et qui contournait savamment la vraie réponse. Ne pas être sa femme, par exemple, ne signifiait pas qu'ils ne seraient jamais ensemble. Et cette pensée plaisait énormément à James…

Le stage arriva très vite. James prépara précautionneusement sa valise, aidé de Sirius qui à l'autre bout du miroir en faisait de même. Ils se demandèrent longuement s'ils devaient emmener des tenues de soirées, car le programme du Ministère disait qu'après le dîner, les élèves seraient libres de faire ce qui leur plaisait : comme tous seraient majeurs pour passer le test, les formateurs déclinaient toute responsabilité s'il arrivait quelque chose en dehors de l'enceinte du Ministère. Ils avaient néanmoins hésité à conserver leur manière de faire durant ce genre de stage : avec la menace de Voldemort qui grandissait chaque jour, ils s'étaient demandé si les stagiaires ne devaient pas rentrer chez eux après les leçons. Finalement, ils avaient été autorisés à rester la nuit dans les dortoirs du sous-sol, non loin de la salle de réunion du Magenmagot. Selon Williams, ces dortoirs étaient assez lugubres mais ceux utilisés habituellement avaient été détruits en mars, et étaient encore en cours de réparation. James ne se plaignait cependant pas : avec un peu de chance, il pourrait en apprendre un peu plus sur cet étage si étrange qu'il avait été appelé Département des Mystères…

Le jour du départ fut presque aussi agité qu'un jour de rentrée, même si seules deux personnes devaient quitter le manoir, et pour une seule semaine. James eut le droit à toutes les étreintes habituelles, mais qui cette fois furent plus profondes, comme si chacun des membres de sa famille tentait de le retenir un peu plus longtemps auprès de lui. Lily fut visiblement émue de recevoir elle aussi de tels au revoir : elle se pinça les lèvres quand Williams, censé les emmener au Ministère, lui annonça qu'elle faisait, tout comme Sirius, partie de la famille et qu'elle serait toujours chez elle à Æternum Asylus. Tim ne manqua pas de lui réclamer une invitation à son mariage avec James, et elle pouffa d'un rire nerveux, touchée par de telles marques d'affection de la part de personnes qu'elle ne connaissait que depuis quelques semaines.

Puis ce fut l'heure : Williams les accompagna par la cheminée et ils firent en quelques secondes de tournoiement le voyage qui les mena au hall d'entrée du Ministère de la Magie. La soirée était déjà avancée, et nombre de sorciers attendaient leur tour dans la longe file d'attente devant les cheminées pour pouvoir rentrer chez eux. Plusieurs d'entre eux les dévisagèrent, amusés de voir des jeunes gens avec leur valise. D'autres saluèrent Williams respectueusement, prononçant de temps en temps des mots de désolation pour ce qui était arrivé à Rosanna. Parfois, un membre de l'Ordre du Phénix leur adressait un petit signe très discret, auquel le père de James répondait tout aussi secrètement, de telle ou telle manière selon les personnes. James réalisa alors qu'il était loin de connaître tous les membres de l'organisation.

Il fut ravi de retrouver tous ses amis de Gryffondor, que McGonagall avait inscrits pour la même semaine. Ainsi, Gwenog lui sauta dans les bras dès qu'elle en eut fini avec Lily, et Franck lui serra amicalement la main, le visage éclairé par un grand sourire qui faisait chaud au cœur. Nikita, fidèle à lui-même, demeura quelque peu distant, mais vint lui aussi le saluer. Son petit clin d'œil rappela à James le message qu'il avait inscrit il ne savait comment dans sa main le jour des vacances, sur le quai de la gare. Si tu as saisi la corde, ne dis pas que les forces te manquent

Les retrouvailles furent joyeuses, en particulier du côté des filles. Elles ne s'étaient pas vues depuis qu'elles s'étaient quittées le jour des vacances, et toutes avaient de nombreuses choses à raconter aux autres. James remarqua que Lily baissait le ton quand elle parlait de lui, et que Gwenog lui jetait des petits regards amusés et pleins de sous-entendus. C'était aussi le cas d'Alice et Hestia, mais elles deux étaient déjà plus discrètes, peut-être parce que contrairement à Gwen, elles n'avaient pas été tenues au courant de ce qui s'était passé durant tout l'été. L'effet de surprise en apprenant tout ce qu'ils avaient fait ensemble était pour elles plus important, et leur intérêt se voyait donc multiplié par deux.

Puis, une autre jeune fille fit son apparition, et aussitôt un malaise s'installa sans même qu'elle n'ait besoin de parler. James connaissait peu de personnes qui pouvaient réduire l'ambiance à néant rien que par leur présence, mais la nouvelle arrivante les battait sans doute toutes. Son apparence suffisait à jeter un froid à tout le monde : elle était cadavérique et sa peau ressemblait à celle d'une personne morte depuis des mois.

-Hey, Lyudmila ! s'exclama Nikita.

Il fut le seul à trouver la parole, les autres étant trop surpris pour pouvoir faire autre chose que de la regarder avec de grands yeux ronds –yeux ronds qui le furent encore plus quand ils réalisèrent que Nikita et elle se connaissaient.

-Mon Dieu, mais que t'est-il arrivé ?

-Salut, Kusmi, lança la dénommée Lyudmila.

Sa voix fut encore plus inquiétante que son physique : si James ne l'avait pas eue sous les yeux, il aurait pensé à sa façon de parler qu'elle était une vieille femme malade et proche de la mort. Aucune mélodie, aucune tonalité de joie ne vint accompagner ses mots. C'était presque incroyable.

-Arrête de m'appeler Kusmi, grogna Nikita, tu sais très bien qu'ici, tu peux m'appeler par mon prénom.

-Pourquoi est-ce qu'ici on pourrait alors que là-bas on ne peut pas ?

James frissonna. Son timbre de voix lui faisait vraiment froid dans le dos. Comment Nikita pouvait-il avoir fait la connaissance d'une fille pareille ? N'importe qui fuirait devant quelqu'un ressemblant tant à une morte revenue de l'au-delà.

-Ici, il n'y a pas d'espion à chaque coin de rue, répondit le soviétique, c'est tout. Et puis de toute façon, je te rappelle qu'ils m'ont jugé, donc qu'ils connaissent mon nom. Et j'imagine qu'ils connaissent aussi le tien, vu ton apparence…

-Attendez ! intervint Remus alors que Lyudmila levait ses mains devant elle pour admirer ce à quoi elle ressemblait. Vous êtes tous les deux soviétiques ?

La jeune fille tourna les yeux vers lui et James eut la même réaction que tous les autres : il grimaça de répulsion à la vue de ces deux sphères qui roulèrent dans leurs orbites, prêtes à en sortir si l'occasion se présentait.

-Je fais peur, hein ? ricana Lyudmila.

Son rire n'avait rien de joyeux, et fut même plutôt triste.

-Lyudmila et moi, on se connaît depuis une petite dizaine d'années, expliqua Nikita pour couvrir le silence pesant qui avait empli l'atmosphère. On s'était perdu de vue l'année dernière, au moment où j'ai fui l'URSS pour venir ici. Et visiblement, elle a eu affaire à la justice, elle aussi…

-Ouais. J'ai hébergé chez moi deux moldus si malades qu'il ne devait leur rester pas plus d'une semaine à vivre, et je les ai soignés avec l'aide de mes parents et de mon frère. Ils ont fini par aller beaucoup mieux, mais la nouvelle s'est vite répandue.

-Tu t'es fait prendre, comme Nikita ? demanda Lily d'une voix qu'elle voulut sans doute normale, mais qui trahissait une pointe d'anxiété.

-Ouais. Trois jours plus tard, deux brutes venaient m'arrêter. J'ignore ce qui est arrivé à ma famille, puisque j'ai été jugée et j'ai fui du pays.

-Ils t'ont défigurée…constata Nikita avec chagrin. Tu étais si jolie avant…

-Ouais, maintenant je ressemble à un cadavre. Il suffit de voir vos têtes quand vous m'avez vue arriver pour en avoir la certitude.

James se racla la gorge, mal à l'aise.

-Euh…Donc tu es une amie de Nikita ? questionna-t-il.

Elle hocha la tête.

-Et cette apparence un peu… disons étrange, est due à la punition que le gouvernement t'a infligée pour avoir aidé des moldus ?

-Exactement. Ils m'ont dit : « A partir de ce jour, tu ressembleras à jamais à ces deux personnes que tu as voulu aider ». Et voilà où j'en suis…

-Ca, c'est moche…pesta Nikita. Et il n'y a aucun moyen de te rendre ton apparence normale ?

-Votre attention, s'il vous plaît ! s'exclama un homme qui avançait à grands pas vers eux.

Alors que l'intérêt général se tournait vers lui, James capta le regard intrigué de Sirius, qui visiblement pensait comme lui : cette fille, si elle était amie avec Nikita, passerait leur semaine avec eux et plomberait l'ambiance tout au long du stage. A moins qu'elle ne monopolise Nikita, et dans ce cas ils ne pourraient même pas profiter de cette semaine pour s'amuser avec lui, ce qui n'était pas forcément mieux.

-Sympa, la copine, murmura Sirius.

-On ne la connaît pas, faut pas la juger trop vite…

-Messieurs, s'il vous plaît… les rappela à l'ordre l'homme qui venait d'arriver.

Il était vêtu comme s'il avait rendez-vous avec le ministre de la magie en personne, ce qui contrastait avec son visage rond et souriant n'ayant rien de sérieux. Son crâne dégarni brillait à la lumière des torches du hall sombre dans lequel ils attendaient tous, et un instant son regard se perdit en direction du Département des Mystères, non loin de là. James lui trouva une certaine ressemblance avec Slughorn.

-Je vais commencer par vérifier que tout le monde est là, commença-t-il en fouillant dans sa poche.

Il en ressortit un papier qui devait être la liste des noms du petit groupe inscrit par McGonagall.

-Sirius Black ?

Les yeux de l'homme se dirigèrent aussitôt vers Sirius, comme s'il l'avait déjà reconnu précédemment.

-J'ai entendu dire que votre mère était très fâchée de votre départ, dit-il très calmement. Elle est venue menacer certains de mes collègues de malédictions s'ils n'allaient pas immédiatement vous chercher à Liverpool.

-Elle n'avait qu'à venir elle-même, répliqua froidement Sirius

-Sauf que si elle était venue, vous ne l'auriez pas suivie. Tandis qu'il est strictement interdit d'aller à l'encontre des désirs du Ministère… Lyudmila Blërk ?

La jeune soviétique hocha lentement la tête, et l'homme du Ministère frissonna.

-Ah, oui, j'ai été prévenu de ce qui vous est arrivé récemment…commenta-t-il. Il doit bien y avoir un moyen d'arranger ça, non ?

-Pas que je sache.

-Mr Black, vous avez une tante nommée Lucretia Prewett qui travaille dans l'esthétique, il me semble ?

-Les membres de ma famille ne travaillent généralement pas gratuitement, répondit Sirius. Et ils ont la fâcheuse manie de choisir avec qui ils oeuvrent. Des sangs-purs, la plupart du temps, mais surtout avec des personnes dont ils tirent profit.

-Et bien qui ne tente rien n'a rien ! lança l'homme. Lily Evans ? Ah, c'est vous. Magnifique chevelure.

Lily parut surprise mais sourit.

-Alice Flood ? Très bien, vous êtes là. Gwenog Jones ? Et Hestia Jones…

Les deux jeunes filles levèrent la main pour se manifester.

-Vous êtes sœurs ? s'enquit l'homme.

-Non, répondit Gwenog.

Hestia acquiesça.

-Je me disais bien que vous ne vous ressembliez pas du tout ! murmura le sorcier plus pour lui-même que pour les autres. Où en étais-je… Nikita Kusmitchof ? Hum, soviétique vous aussi, n'est-ce pas?

-Ex-soviétique, pour être plus précis, rectifia le jeune homme. J'ai quitté l'URSS au cours de l'année.

-Pour quelle raison ?

-Des problèmes avec la justice, moi aussi.

-Hum Hum… Les ennemis de nos ennemis soviétiques sont nos amis ! Franck Longdubat ? Ah oui, j'ai déjà fait connaissance avec vos parents le soir du cocktail qui a malheureusement tourné au désastre…

James sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine.

-Vous y étiez ? s'exclama-t-il, plein d'espoir de savoir enfin en détail ce qui s'était passé.

-Oui, Mr Potter, j'y étais. Triste coup du sort, ce qui est arrivé à votre mère… Mais ne parlons pas de cela maintenant, dit-il alors que James rouvrait la bouche pour l'assaillir de questions. Plus tard, plus tard. Remus Lupin ? Il faut dormir un peu plus la nuit, Mr Lupin ! Vous avez des cernes immenses sous les yeux ! Vous verrez, les chambres sont certes lugubres, mais très confortables. Vous rattraperez votre sommeil si vous vous couchez à une heure convenable. Mr Pettigrow ? Même remarque, vous semblez exténué. Exténué et tourmenté. Je pense ne pas me tromper en affirmant que quelque chose vous travaille à l'intérieur, n'est-ce pas ?

Peter haussa les épaules.

-Il va falloir vider votre tête si vous voulez réussir cet exercice qu'est la maîtrise des trois D, Mr Pettigrow. Et pour finir, Mr Potter, qui s'est déjà manifesté. Bien, nous voilà tous au complet !

Il ferma les yeux et, de mémoire, récita tous les noms qu'il venait d'appeler. James, ébahi, l'entendit les classer automatiquement par ordre alphabétique, sans en oublier un seul, comme s'il avait déjà gravé leur identité dans son cerveau.

-Bien, je vous souhaite le bonsoir à toutes et à tous, reprit-t-il de la même façon qu'il aurait commencé son discours devant une assemblée de directeurs de départements. Je me nomme Neil Peterson, et je serai tout au long de cette semaine votre formateur rapproché. D'autres sorciers auront le plaisir de vous apprendre le principe des trois D mais vous ne ferez leur connaissance que demain matin. Avant cela, j'ai quelques informations et consignes à vous donner, et je serai très déçu si vous n'en teniez pas compte. J'entends par là que selon la gravité de votre éventuel non-respect de ces consignes, je serai autorisé à prendre les mesures nécessaires pour vous punir. La moindre sera une heure de travaux généraux : vaisselle, ménage ou autre. La plus importante sera un renvoi illico presto chez vous avec si nécessaire une interdiction à passer le test de transplanage pendant trois ans.

Il marqua volontairement une pause afin que ses paroles s'inscrivent dans les esprits, déposant son regard sur chacun de ses stagiaires les uns après les autres.

-L'heure à laquelle vous vous lèverez est libre : notez juste que le petit-déjeuner sera servi de huit heures à huit heures quarante-cinq à la cafétéria, qui se trouve tout au bout du hall d'entrée, dans la salle qui suit celle des ascenseurs. Vous aurez rendez-vous tous les matins à neuf heures ici même. Interdiction d'arriver en retard sans bonne excuse. Là, je vous guiderai jusqu'à la salle dans laquelle nous nous exercerons. Jusqu'à midi trente, nous travaillerons ensemble, puis vous serez libres d'aller déjeuner –toujours à la cafétéria. Vous bénéficierez d'une heure et demie et de temps libre. Interdiction de déranger les employés. Si j'apprends que vous êtes allés dans les bureaux sans autorisation, les sanctions les plus fortes seront capables de tomber. Suis-je clair ?

A nouveau, il fixa à tour de rôle chacune des jeunes personnes qu'il avait en face de lui pour s'assurer que tout le monde l'avait bien écouté.

-A quatorze heures, donc, nous nous retrouverons ici, et comme le matin, je vous guiderai jusqu'à notre lieu de travail. Vous aurez une trentaine de minutes de pause à dix-sept heures, et nous reprendrons dans la même salle jusqu'à dix-neuf heures trente. Passée cette heure, votre journée sera terminée, et vous serez libre de faire ce que vous voudrez. Je précise que les débordements de comportement envers le personnel et les employés ne seront pas mieux tolérés en fin de soirée qu'en début de journée. Je précise aussi que vous êtes majeurs, mais que je serai très mécontent si vous ne passiez pas la nuit dans les chambres qu'on vous a attribuées. J'ai l'habitude de m'attacher très vite à mes élèves, et je serais profondément attristé si j'apprenais au réveil qu'un de vous manque à l'appel. Les autres consignes sont les mêmes que partout : il y a assez de violence autour de nous pour que nous ne sombrions pas dans cet état d'âme là à notre tour. Et comme aucun de vous ne semble dérangé psychologiquement, je vous propose de rejoindre directement vos chambres. Suivez-moi, s'il vous plaît. Ah, et au fait : vous pouvez m'appeler Neil, et non pas Monsieur. Mais ce ne sera pas le cas de mes collègues, comme vous le constaterez bien assez tôt…

Ils descendirent des escaliers en colimaçon, traversèrent des couloirs et franchirent quelques portes avant que Neil ne s'arrête au commencement d'une longue allée aux nombreuses portes. James eut un instant l'impression d'être de retour dans les cachots de Poudlard, et il se demanda si c'était là qu'ils devraient dormir le temps d'une semaine : il n'y avait rien de plus lugubre que ce long couloir éclairé par des torches, au sol de pierres froides et sombres. Il ne manquait plus que des chaînes au plafond pour qu'ils se croient réellement dans une ancienne prison.

-Deux par chambre, annonça Neil, et quelqu'un sera tout seul, j'en suis désolé. Je vous laisse choisir les binômes et vous installer, et nous nous retrouverons à la cafétéria pour le dîner dans un petit quart d'heure. A tout à l'heure !

Il ne reçut en guise de réponse qu'un vague bougonnement mais qui le fit sourire.

-Ne faites pas cette tête ! dit-il gaiement. Entrez dans vos chambres et vous verrez ! Ah, et évidemment, pas de binômes mixtes. Mais cela va de soi, n'est-ce pas ?

Il lança un regard amusé à Alice et Franck qui ne paraissaient pas de cet avis, et Nikita haussa les épaules en direction de Lyudmila qui soupira, comme si elle savait déjà qu'elle serait celle qui dormirait seule dans sa chambre.

-Patmol ? interrogea James.

-J'allais justement te le proposer, cher Cornedrue ! répondit joyeusement Sirius. On prend celle-là !

Il saisit sa valise et poussa la porte de la chambre la plus proche. Là, il laissa s'échapper une exclamation de surprise.

-Wow, Jamesie, viens voir ça !

James jeta un regard par dessus son épaule et resta bouche bée : l'intérieur de la chambre était aussi moderne, accueillant et spacieux que le couloir était sinistre et froid.

Rayonnant, il s'engouffra dans leur chambre à la suite de Sirius et referma la porte derrière lui alors que leur initiative avait rendu le sourire à leurs amis qui s'activaient, pressés de s'installer à leur tour.

-La classe, hein ? s'exclama Sirius en se jetant sur un des deux lits.

Son expression de bonheur laissa supposer que le matelas était plus confortable que celui sur lequel il dormait d'habitude à Liverpool.

-Une semaine de bien-être nous attend… murmura-t-il paresseusement. Tu vas en profiter pour draguer Lily, j'espère ?

James sourit mais ne leva pas les yeux vers lui quand il s'allongea à son tour.

-Je l'ai eue tout l'été chez moi et il ne s'est rien passé, répondit-il, alors je doute qu'une semaine au Ministère, pendant laquelle elle sera concentrée à fond sur ses trois D, soit plus efficace…

-Peut-être qu'elle aura les boules de la soviétique, là, Luy…Luydimila, ou je sais pas trop comment elle s'appelle, et elle ira se réfugier dans tes bras…

-Lyudmila Blërk, corrigea James. Mouais, Lily ne se laisse pas impressionner comme ça. Et puis arrête de me parler de Lily, sinon je te parle de ta voisine moldue.

-Oh ! s'exclama Sirius en riant. Et qu'est-ce que tu vas me dire sur elle, hein ?

-Qu'elle aimerait beaucoup être la nouvelle Hilary de ton cœur.

-Tu me connais ! Je ne suis pas un de ces mecs qui sautent sur la première fille qui vient. Sherley est beaucoup trop superficielle pour moi. Moi j'aime les vraies filles.

-Je ne crois pas qu'Hilary soit une vraie fille, Patmol. Personnellement, je me suis toujours demandé si les personnes à la maternité n'avaient pas commis une erreur en la mettant avec les autres petites demoiselles. Jusqu'à ce qu'elle commence à mettre des soutiens-gorge, tout du moins…

Sirius pouffa de rire, le regard perdu sur un point invisible.

-Tu crois qu'elle a refait sa vie et qu'elle nous a oubliés ? demanda-t-il en redevenant soudain très sérieux.

-Je ne sais pas. Enfin si, elle a dû refaire sa vie, mais j'ignore si elle pense à nous de temps en temps. Kayna et David n'en parlent pas dans leurs lettres.

-Au fond, tu as de la chance d'avoir flashé sur une fille aussi simple que Lily, soupira Sirius.

James ne put s'empêcher de rire.

-Lily, simple ? s'exclama-t-il, n'en croyant pas ses oreilles. Comparée à Hilary, peut-être, mais Hilary est une Potter, aussi. En revanche, comparée à n'importe quelle autre fille, Lily est une prise de tête ambulante. Tu le disais toi-même avant que ta chère et tendre ne pète les plombs…

-Mouais…N'empêche que tu as quand même de la chance.

-Rhô, t'en fais pas, toi aussi tu vas trouver l'âme sœur ! Lyudmila, par exemple ! se moqua James.

Sirius lui lança son oreiller à la figure.

-C'est une vivante, que je veux, pas un cadavre desséché, marmonna-t-il.

-Nikita a dit qu'avant, elle était jolie, rappela James.

-Mais plus maintenant. Je te le dis au cas où tu ne l'aurais pas remarqué…

James se mordit la lèvre pour s'empêcher de sourire.

-C'est sûr que comparée à Lily…

Avec paresse, il se redressa et observa quelques secondes sa valise sans pouvoir se résigner à se lever. Il y avait deux étagères et deux chaises, ainsi que deux petites tables de travail pouvant servir de chevets, sur lesquelles avaient été posées deux lampes et deux réveils aux aiguilles lumineuses. James nota que le sien faisait tic tac, aussi le glissa-t-il directement sous son lit pour faire disparaître ce son répétitif et vite agaçant. Sirius avait plus de patience pour ces choses-là, et il saurait résister à l'envie d'en faire de même.

-Il n'y a pas de salle de bain, ni de toilettes, fit remarquer celui-ci.

-Il doit sûrement en avoir quelque part dans ce couloir, répondit James. Des douches en commun, dont j'ai horreur.

-Au pire des cas, tu pourras toujours rentrer dans celle de Lily et faire comme si ce n'était pas volontaire…

James pouffa de rire mais dut admettre que cette opportunité était très attirante –même si Lily le tuerait s'il osait la regarder sous la douche. Cela dit, cela ne serait-il pas une simple vengeance ?

-Bon, on devrait peut-être ranger un peu nos affaires, suggéra-t-il. Le dîner est servi dans une dizaine de minutes, et ça serait bête de se faire remarquer dès le premier jour en arrivant en retard…

-C'est vrai que ça serait vraiment bête, approuva ironiquement Sirius. Nous détestons nous faire remarquer en mal.

James rit de bon cœur et se décida à s'occuper de ses affaires. Quelques minutes plus tard, on frappa à la porte de la chambre, et Gwenog passa la tête dans l'ouverture qu'elle se permit de créer.

-Vous êtes prêts à venir manger ? Il y a tout le monde qui vous attend dans le couloir…

James ignorait si des elfes avaient été engagés pour s'occuper de la cafétéria ou si c'était des sorciers qui étaient employés pour cuisiner, mais il trouva le repas infecte. Outre les feuilletés au fromage mal cuits qu'on leur servit en entrée, ils durent se contenter d'une assiettée de fade purée à grumeaux et d'un steak dur comme une tranche de caoutchouc. Le dessert ne fut guère plus appétissant : habitué à la délicieuse tarte aux pommes d'Oboulo, il fut très déçu par celle qu'on vint lui apporter, pâteuse et gélifiée.

-Il ne faut pas vous en faire, c'est provisoire, rassura Neil en voyant leurs mines déconfites. Le chef cuisinier a disparu il y a deux semaines, alors on a temporairement engagé un nouveau, mais je vous assure que si on retrouve l'ancien, il sera aussitôt renvoyé là où il vient. Freeman en personne a été mis sur le coup, car la nourriture a un jour été tellement infâme que des dizaines de salariés en sont tombés malades. Il a proposé qu'on engage des elfes de maison, mais cela reviendrait à mettre des dizaines d'honnêtes sorciers au chômage…Alors bon, on se dit que c'est du provisoire, ça nous rassure.

-Je comprends mieux pourquoi mes parents mangent toujours chez moi le soir, même quand ils rentrent tard, murmura James à ses amis.

Seule Lyudmila semblait apprécier ce qu'on lui donnait à manger : elle finissait chacune de ses assiettes en quelques minutes et allait parfois piocher dans la part de Nikita.

-Comparé à ce qu'il y a à manger dans les geôles soviétiques, ce repas est un festin, expliqua celui-ci, gêné de la gloutonnerie de son amie.

-Et puis c'est pas comme si je devais me surveiller, renchérit la jeune soviétique en leur montrant un de ses bras, sur lequel la chair semblait collée à l'os comme si tous ses muscles l'avaient abandonnée.

Un malaise envahit la table à la vue de ce membre desséché et plutôt répugnant. C'était difficile d'imaginer qu'un jour, elle ait pu être belle, ou ne serait-ce que normale.

-Oh, ça vous coupe peut-être l'appétit…nota Lyudmila. Excusez-moi, moi je m'y suis habituée, mais c'est vrai que pour vous, ça doit faire drôle…

Elle rabaissa la manche qu'elle avait tirée et se replongea dans sa tarte aux pommes. James et Sirius évitèrent alors soigneusement de croiser le regard de l'autre : il était certain que même si elle avait été jolie auparavant, cette époque était révolue…

oOo

-Bien, bonjour à tous, et bienvenue au Ministère de la Magie, déclara solennellement un homme aux allures pompeuses beaucoup trop sérieux aux yeux de James. Je me nomme Mederick Gale, et je serai votre formateur principal tout au long de ce stage. A ma droite, vous avez Neil, dont vous avez déjà fait la connaissance à votre arrivée hier soir, et à ma gauche, Coleen Portman, mon assistante personnelle. J'ai une semaine pour vous apprendre le principe des trois D et vous le faire maîtriser à la perfection pour l'examen qui aura lieu, comme vous vous en doutez, ce jeudi. Placez-vous par ordre alphabétique, s'il vous plaît !

James sourit narquoisement à Sirius quand ce dernier vit Lyudmila Blërk se mettre à côté de lui. Visiblement, il aurait préféré n'importe qui d'autre, à en croire son expression agacée et ses lèvres pincées.

-Je vous remercie, reprit Mederick Gale. Alors, toujours dans l'ordre alphabétique, vous allez me formez de beaux binômes…

James toussa pour masquer son rire quand le visage de son ami se décomposa. Peter lui donna un petit coup de coude dans les côtes pour mettre un terme à son hilarité.

-Euh… Dans l'ordre alphabétique en partant de la fin, ou en partant du début ? ne put s'empêcher de demander Sirius.

Il jeta un regard noir à son ami qui lui décocha un regard moqueur. Quelle belle semaine il passerait, en compagnie de Lyudmila ! La jeune femme en elle-même était fort agréable, mais son apparence l'était un peu moins…

-En partant du début, évidemment, répondit sèchement Mr Gale. Pourquoi une question si stupide ?

-Parce que mon ami James se retrouve tout seul, rétorqua Sirius, un regard de vengeance en direction de James qui perdit tout son sourire.

-Quoi ? bredouilla-t-il.

Une seule observation lui fit comprendre ce qui se passait : ils étaient onze, et il était le dernier de la liste. Par conséquent, il se retrouvait sans partenaire.

-Neil, vous ferez équipe avec le jeune Potter, ordonna Mr Gale. Et soyez compétent. Je ne tiens pas à me mettre son père à dos.

Neil hocha la tête et s'avança vers James en s'efforçant de paraître joyeux, mais il fut évident que les mots de Mederick l'avaient blessé. James était lui-même choqué du ton sur lequel on lui avait parlé.

-Vous allez vous placer en face de votre coéquipier dans le cercle qui a été dessiné spécialement pour vous, commanda Gale avec un air hautain qui déplut fortement à James. Et sachez que la notion de transplanage se résume à trois D. J'imagine qu'aucun de vous ne connaît ces trois D ?

-Destination, détermination et décision, répondit James en soutenant son regard.

Mederick Gale eut l'air surpris mais ne trouva rien à redire.

-Exactement. Mais c'est votre père qui vous a appris tout cela, n'est-ce pas ?

-Non, je l'ai appris par moi-même, cassa James. Mon père a d'autres choses à faire que de m'apprendre les bases du transplanage, qui de toute façon seront prises en charge par le biais de Poudlard et du Ministère.

Neil, qui tournait le dos à son supérieur, sourit devant l'audace presque insolente du jeune homme. James en fut d'autant plus fier : fermer le clapet de personnes comme Mr Gale, qu'il ne supportait déjà pas, était certes satisfaisant, mais si cela redonnait en plus le sourire à quelqu'un de très serviable, ce n'en était que plus agréable encore.

-Tout le mérite est pour vous, dans ce cas, Mr Potter, flatta Gale. Les trois D sont donc destination, détermination et décision, avec destination mis pour le lieu que vous souhaitez atteindre, détermination pour tous les efforts que vous déploierez –ou du moins je l'espère– afin d'atteindre votre destination, et décision pour cet exercice extrêmement difficile qu'est le transplanage, que vous effectuerez quand vous l'aurez décidé –en théorie tout du moins, car aujourd'hui et demain je serai celui qui décidera. Tout d'abord, nous allons nous relaxer à l'aide de quelques petits exercices qui vous permettront de vider votre tête. Débuter dans les trois D est déjà suffisamment laborieux sans que vous ayez besoin de vous encombrer de toutes ces pensées inutiles qui hantent l'esprit des jeunes personnes comme vous.

Il prononça sa dernière phrase avec un tel dédain que James se promit d'en toucher un mot à son père dès qu'il le verrait. Qu'est-ce qu'un abruti pareil venait faire dans ce genre de stages censés se dérouler dans la bonne humeur ?

-Vous allez tous vous allonger par terre, ordonna Gale. Dépêchez-vous, nous n'avons pas tout notre temps ! rouspéta-t-il alors que tous se regardaient, incertains d'avoir bien compris.

Neil, pour montrer l'exemple, se baissa et passa la main au sol pour retirer un peu de saletés, puis s'étendit à terre de tout son long. James osa l'imiter, même si son envie de servir de ramasse poussière était moindre. Néanmoins, il fut content de voir que son geste convainquit les autres.

-Fermez les yeux et écoutez seulement le silence qui vous entoure.

-Si vous voulez que nous écoutions le silence, arrêtez de marcher sur le plancher, répliqua Sirius au bout d'un moment, ôtant les mots de la bouche de son meilleur ami.

-Je suis celui qui donne les ordres, Black, dit sèchement Mederick Gale, que cela vous plaise ou non.

Il s'avéra que la séance de relaxation tourna en un véritable moment de nervosité, pendant lequel la tension fut palpable. Gale, de sa voix railleuse en permanence, avait un don pour énerver James, qui ne parvint même pas à s'imaginer le lieu paisible où il était sensé s'imaginer, et même s'il devait être le plus tendu, avec peut-être Sirius, il était certain qu'aucun de ses amis n'avait vraiment réussi à se relaxer quand la séance arriva à sa fin.

-Maintenant que votre tête est vide de toutes ces pensées parasites –ou peut-être vide tout court, ajouta Gale dans un murmure à peine audible mais que James perçut quand même, nous allons pouvoir commencer les choses sérieuses. Retournez dans vos cercles.

James et Sirius échangèrent un regard entendu : Gale allait être très déçu de constater qu'un de ses élèves maîtrisait déjà le tranplanage, et qu'un autre avait si bien acquis les bases qu'il devrait y parvenir après quelques essais seulement.

-Destination, déclara Gale d'une voix qu'il voulut imposante. Coleen, venez en face de moi, s'il vous plaît. Votre destination : mon cercle. Que faites-vous ?

-Je me concentre sur cette ligne blanche. C'est mon seul objectif : votre cercle.

-Exactement. Détermination. Que faites-vous, Coleen ?

-Je m'imagine à l'intérieur de ce cercle, comme si ma vie en dépendait, comme si chaque atome de mon corps désirait ardemment y pénétrer.

-Excellent. Et décision. Coleen ?

-Je tourne sur place une fois sans cesser de penser à votre cercle et à mes atomes qui brûlent de désir d'y entrer, et j'affronte le néant sans jamais détourner mon attention de ce cercle.

-Parfait. C'est maintenant à votre tour, annonça Gale. Les personnes les plus proches du mur commenceront. Neil, je vous confie la garde du groupe. S'il arrive quoi que ce soit, je vous tiendrai personnellement responsable. La moindre désartibulation, désartibulement ou peu importe comment vous appelez ça, et vous serez attaqué en justice… Coleen, suivez-moi…

Neil n'eut pas le temps de polémiquer car déjà Gale et sa partenaire avaient claqué la porte derrière eux. James, abasourdi, observa à tour de rôle chacun de ses camarades, qui tous n'en croyaient ni leurs yeux ni leurs oreilles. Une fois encore, seule Lyudmila ne réagit pas comme il l'aurait fallu. Nikita s'en aperçut et leva les épaules en signe d'impuissance.

-Je vous remercie pour votre compassion, mais ce n'est que provisoire, assura Neil en s'efforçant de sourire. Mederick travaillait chez les aurors du temps de Rush, et quand Freeman a pris la tête du gouvernement, il s'est vu redescendu au poste de formateur de tranplanage, alors forcément il est un peu en colère, mais… Non, ne vous inquiétez pas, c'est du provisoire…

oOo

Sirius se recula d'un pas quand il vit que Lyudmila quittait son cercle en direction du sien. Elle était déjà tombée deux fois dans ses bras, encore incertaine lors de ses arrivées, et c'était toujours le même frisson d'horreur qui remontait de ses chevilles jusqu'à son cerveau. Cette fille était un vrai squelette, et le dégoûtait. C'était plus fort que lui. Pourtant, il aimait bien lui parler (il faisait alors abstraction de sa voix ténébreuse), discuter avec elle de l'URSS, de ce qu'elle aimait, ce qui lui tenait à cœur. Sur ce plan-là, elle était comme les autres, avec peut-être un soupçon d'intérêt en plus. Sirius la trouvait même un peu comme lui, par moments. Et son histoire avait de quoi attirer la compassion de n'importe qui : promise à onze ans à un soviétique qui en avait vingt de plus, elle devait se marier le jour de sa majorité, au milieu de l'été. Dévastée par son sort, elle s'était alors acharnée à faire le bien autour d'elle, persuadée qu'elle finirait par se donner la mort si elle devait vivre toute son existence aux côtés d'un homme qui la répugnait et qui la forcerait à partager son lit. Puis, les moldus qu'elle avait aidés avaient fini par la trahir, et elle avait été jugée pour ce que les autorités soviétiques appelaient un crime. On lui avait retiré toute sa beauté, toute forme de vie sur sa peau. Celui qu'elle devait épouser avait alors annulé le mariage, écœuré par l'apparence de celle qu'on lui avait promise. Lyudmila avait rapidement pris sa décision : elle suivrait les traces de son ami Nikita.

Sirius s'en voulait de ne pas franchir cette barrière qu'était l'apparence de la jeune fille. Si elle avait été belle, ou ne serait-ce que normale, il n'aurait pas réagi de la sorte. Il n'aurait jamais reculé quitte à la laisser tomber par terre devant tout le monde. Mais il avait tellement l'impression de faire équipe avec une momie sans ses bandelettes qu'il ne pouvait pas la toucher, et c'était plus fort que lui.

-Excuse-moi, je ne t'avais pas vue arriver, mentit-il alors qu'elle gémissait, les genoux endoloris. Tu veux que je t'aide ?

Il pria intérieurement pour qu'elle refuse son offre.

-Ca fait quatre fois, Sirius, grogna-t-elle. Tu le fais exprès !

-Non !

-Si, tu le fais exprès ! Ca n'était pas une question ! Je sais que je te dégoûte, que tu n'oses pas me toucher ! Mais ce n'est pas une raison pour me le montrer !

-Hey, tous les deux, du calme ! intervint Neil. Ca fait cinq jours que tout se passe pour le mieux, vous n'allez pas commencer à vous chamailler la veille de l'examen, tout de même ! Profitez de l'absence de mes collègues pour rester de bonne humeur !

-Ouais, bah je serai de meilleure humeur quand j'aurai vu Lucretia Prewett, rétorqua Lyudmila en reprenant la veste qu'elle avait retirée.

D'un pas coléreux, elle sortit de la pièce dans laquelle ils s'entraînaient et claqua la porte derrière elle. Neil jeta un coup d'œil à sa montre et estima qu'il était temps de mettre fin à la séance.

-Le dîner sera servi d'ici vingt minutes, prévint-il. Sirius, la prochaine fois, veillez à être un peu plus gentleman.

Le jeune homme leva les yeux au plafond et rejoignit James, Remus et Peter, en colère à la fois contre Lyudmila et contre lui-même. Et la voilà qui allait rencontrer sa tante ! Comme si Lucretia allait accepter de l'aider sans rien demander en retour… Elle ne se rendait même pas compte qu'elle pourrait le mettre dans une situation critique ! Si Lucretia lui ordonnait de le persuader de revenir Square Grimmaurd en échange d'un soin ? Ou si elle faisait pire ?

-Je n'arrive pas à croire que ce soit tombé sur moi, marmonna-t-il. Elle aurait pu s'appeler n'importe comment, mais non, elle s'appelle Lyudmila Blërk ! Vous ne pouvez pas imaginer la chance que vous avez, tous les trois ! Elle est sympa, on peut discuter facilement avec elle, mais…

-Sirius…coupa Remus d'un air qui signifiait que ce n'était pas le moment.

-Quoi ?

Un signe de tête vers James lui fit comprendre ce qu'il voulait dire : son frère de cœur allait tout sauf bien. La tête baissée, il avançait vite comme s'il était pressé de regagner sa chambre, pâle et distant. Sirius, ne saisissant pas ce qui avait pu se passer, interrogea ses amis du regard, mais tous évitèrent de lui apporter la moindre réponse. Même Lily, derrière eux, secoua presque imperceptiblement la tête pour lui faire comprendre qu'elle ne dirait rien devant James.

-Cornedrue ? prononça-t-il doucement. Qu'est-ce qui se passe ?

James ne répondit pas et accéléra l'allure. Sirius sut qu'il valait mieux le laisser seul quelques minutes avant de l'interroger sur son problème, aussi leva-il le bras sur le côté pour faire s'arrêter Peter. Les autres s'immobilisèrent eux aussi et laissèrent passer Neil le sourire aux lèvres, comme si de rien n'était.

-Je vais devoir fermer la salle, dit cependant l'homme. Si vous pouviez aller discuter dehors…Désolé, mais je n'ai pas le choix. Mederick me tuerait…

Sirius hocha la tête et entraîna ses amis à sa suite dans le couloir mal éclairé.

-A demain, tout le monde ! salua Neil. Moi, je suis épuisé et je vais me coucher tout de suite…

Remus attendit qu'il ait disparu à un angle pour expliquer à son ami que Neil, qui avait assisté au cocktail de la haute société on ne savait comment et pourquoi, avait décrit à James ce qui s'était exactement passé quand sa mère s'était fait agressée.

-Lunard et moi, on entendait toute leur conversation, puisqu'on était à côté, renchérit Peter. D'après Neil, c'était horrible. Une créature toute verte s'en serait pris à Rosanna, ne lui laissant aucune chance de s'en sortir.

-Je crois que ce qui a le plus fait mal à James, c'est que Neil lui a rapporté que vu la violence de l'attaque, Rosanna aurait dû mourir sur le champ, dit Franck.

-Mais toi, tu y étais, non ? questionna Sirius. Tu as dû voir la scène ?

Franck fit non de la tête.

-Mes parents ont tout fait pour que je m'en aille dès que ça a commencé à dégénérer. J'ai vu la créature entrer, mais comme je n'étais pas très loin de la porte, je suis vite sorti, et donc j'ignore comment l'histoire s'est terminée. J'ai juste appris le triste sort de Mrs Potter par ma famille…

-Klaus n'a pas tenu les mêmes propos que Neil, intervint Lily. Ni aucun autre Potter. A tous les coups, il a exagéré les choses.

-Pourquoi est-ce qu'il aurait fait ça ? s'enquit Alice. Il a l'air super gentil avec James, il n'aurait sans doute pas été raconter n'importe quoi juste dans le but de le foutre mal…

-Ca, on n'en sait strictement rien, riposta Lily. Un air gentil, un petit sourire ne suffisent pas à rendre quelqu'un honnête. Souvenez-vous de Ciaran…

-C'est pas pareil ! lança Hestia. Neil est…

-Est quoi ? coupa Lily. Un employé du Ministère ? Ciaran en était un de Dumbledore en personne. Un homme un peu moins gâteux ? Je ne vois pas ce que ça change. On ne le connaît que depuis cinq jours, je vous rappelle. Il nous a fallu des mois pour percer le secret de Ciaran.

-Si je peux me permettre, je crois qu'elle a raison, approuva Nikita. On ne sait rien de lui…

-Si, qu'il n'a pas de marque des Ténèbres, répondit Remus. Je l'ai vu quand il a relevé ses manches.

-Et alors ? Il reste toujours Rush…

-C'est Gale, le serviteur de Rush, pas Neil, assura Franck.

-Je ne crois pas que cela soit une parole de futur auror, rétorqua Lily. Ils peuvent très bien l'être tous les deux.

-Mais Gale ne le traiterait pas de la sorte, si c'était le cas, fit remarquer Peter. Et de toute façon, Rush se tient trop à carreau pour agir à nouveau.

-Comment en avoir la certitude ? s'exclama Lily. Pensez ce que vous voulez, mais moi j'ai retenu quelque chose de ce qu'on a vécu en mars. Et je ne me fie plus aux apparences. Alors peut-être que je me trompe sur toute la ligne, et si c'est le cas je serai la première à le reconnaître, mais mieux vaut prévenir que guérir. En attendant, James attend du réconfort, Sirius.

Sans un mot de plus, elle s'empressa de monter l'escalier menant au hall d'entrée, bientôt suivie de Gwenog, Alice et Hestia. Les cinq garçons restants se regardèrent un instant, puis Sirius soupira et prit la direction des dortoirs.

Quand il entra dans sa chambre, il trouva James étendu sur son lit, l'oreiller sur la tête comme s'il ne voulait rien entendre et ne pas être vu. Il ne réagit pas au son de la porte qui se fermait, ni au raclement de gorge de son ami qui décida alors de s'asseoir près de lui. Le temps de quelques secondes, ils restèrent silencieux et immobiles, puis Sirius prit la parole, peu sûr de faire ce qu'il fallait faire mais incapable de supporter plus longtemps leur inactivité.

-Les autres m'ont dit ce qui s'était passé, déclara-t-il doucement. Je…euh…Lily pense que tu ne devrais pas trop te fier aux paroles de Neil. Selon elle, rien ne prouve qu'elles soient vraies.

-Pourquoi aurait-il menti ? répondit James d'une voix lente étouffée par sa literie.

-Je ne sais pas.

-Moi non plus.

Sirius ne laissa pas le silence se réinstaller.

-Tu ne peux pas te laisser abattre, Cornedrue. Tu avais réussi à faire face, et tu dois continuer dans ta lancée. Hey, tu es un lion, non ? Ne laisse pas la combativité en toi s'effacer au profit de la faiblesse !

-Ma mère va mourir.

-Qu'est-ce que tu en sais, hein ? répliqua Sirius. Osiris en personne est venu te voir pour te le dire ? Non, alors tu vas me faire le plaisir de te bouger ! Qui c'est qui disait qu'il faut profiter de la vie malgré les coups durs, car elle est trop courte et qu'à n'importe quel moment, ça peut être notre tour ? Toi-même, alors s'il te plaît, viens manger !

-Je n'ai pas vraiment très faim.

-L'appétit vient en mangeant, mon pote. Dépêche-toi ou je me fâche. Je te jure, quand tu es comme ça, on ne dirait pas que tu fais partie des maraudeurs.

-Pardon ? s'exclama James en se redressant.

-Ah, bah voilà ! Qu'est-ce qu'il ne faut pas dire comme âneries pour que tu bouges, des fois ! Allez, viens manger ! Et ce soir, on ira marauder. Ca va te faire du bien…

-Et si on tombe sur Neil ? Ca m'embêterait de devoir rentrer chez moi sans mon permis de transplanage…

-Cesse de penser à ce Neil, ordonna Sirius. Si on tombe sur lui, Mederick Gale interviendra en ta faveur, crois-moi. Mais pour cela, il faut que tu cesses de jouer le sentimental. Le côté rebelle te va beaucoup mieux, je t'assure…

oOo

L'air frais de la nuit. L'obscurité ambiante. La présence de Sirius tout près de lui, sous la cape d'invisibilité. James se sentait renaître. Les chaînes que le mal de sa mère avait liées autour de tout son corps s'envolaient et sa liberté s'insinuait dans chacune de ses veines, comme un élément vital à sa survie duquel il avait manqué pendant trop longtemps. Dormir la nuit devait lui être toxique à trop forte dose. Le goût de l'aventure en était le seul remède. Il était vraiment temps qu'il se ressaisisse, ou il finirait sensible comme Lily. Et c'était, si possible, à éviter. C'était vrai, après tout ! Il était un Potter, oui ou non ?

-Promets-moi de toujours me forcer à aller faire un tour au clair de lune quand je vais mal, murmura-t-il à Sirius, même si pour cela tu dois me frapper pendant dix minutes, et même si je te crie que je te déteste.

-Je te le promets…

James devina que son ami souriait, même s'il faisait trop sombre pour qu'il en soit certain.

-Je me demande ce que je ferais sans toi, avoua-t-il.

-Un jour et pour toujours, une nuit et pour la vie dit seulement Sirius. Ca te dit d'aller faire un tour dehors, carrément ?

-Je vous le déconseille.

Tous deux sursautèrent et firent volte-face, le cœur battant à tout rompre. Leur premier réflexe fut se soupirer de soulagement en constatant qu'il ne s'agissait ni de Neil, ni de Mederick Gale, ni de sa stupide partenaire, mais l'obscurité ne leur permit pas de reconnaître la personne qui leur avait parlé malgré leur invisibilité. James était cependant certain que c'était une fille autre que Lily : les fines hanches de la silhouette et la voix féminine ne laissaient aucun doute sur le fait qu'il ne s'agissait certainement pas d'un garçon, mais il connaissait trop bien les formes de Lily pour se méprendre. Ce fut Sirius qui réagit le premier, et James refusa d'en croire ses oreilles.

-Lyudmila ?

-En personne.

Sa voix n'était ni rauque, ni grinçante. Juste belle, presque sensuelle. James en fut déconcerté.

-Mais comment… bredouilla-t-il.

-Tu es réellement allée voir ma tante ? comprit Sirius.

D'un coup de baguette magique, il dirigea un faisceau lumineux vers elle. Tous deux restèrent bouche bée.

-Lucretia fait vraiment du bon travail, déclara Lyudmila.

Sirius ne put répondre. Tout comme James, son ébahissement devant un tel changement avait du mal à disparaître. Sa peau sèche et ridée était redevenue lisse et douce d'apparence, et avait perdu son éclat terne au profit d'une superbe couleur beige pâle. Ses yeux avaient retrouvé leur vitalité, et James remarqua qu'ils étaient désormais bleus, et non plus gris. La bouche qu'elle s'humecta était en fait légèrement pulpeuse, et les cheveux dans lesquelles elle passa volontairement la main avaient perdu tout ce qui les avait rendus si semblables à du fil de fer. En quelques heures, elle était devenue superbe.

-Alors Sirius, je te répugne toujours autant ? nargua-t-elle.

-Tu sais très bien que…

-Que les hommes ont du mal avec les filles qui ne sont pas jolies, acheva Lyudmila. T'inquiète, tu n'es pas le seul dans ce cas-là.

-Ecoute, je suis désolé pour tout à l'heure, je… je n'aurais pas dû.

-Bizarrement, c'est maintenant que je suis redevenue moi-même que tu t'en rends compte… Oh, et puis retirez ce machin qui vous fait invisibles, j'ai l'impression de parler toute seule !

-On ne peut pas dire que tu m'en as vraiment laissé le temps de m'en rendre compte avant, marmonna Sirius en faisant glisser la cape jusqu'à son bras.

-Bon, on pourrait peut-être parler de ça ailleurs que dans ce couloir ? suggéra James.

-Dans votre chambre, si possible, répondit Lyudmila. Je me sens mal dans la mienne. Peut-être parce que j'y suis restée seule en pensant aux autres qui devaient rire avec leurs amis…

James et Sirius échangèrent un regard embarrassé : ils avaient eux-mêmes passés chacune de leurs nuits à rire comme deux fous.

-Ok, dans notre chambre, soupira Sirius. Mais c'est bien parce que je dois me faire pardonner, hein !

Mais James connaissait son ami par cœur, et savait qu'il acceptait rarement des filles dans leur dortoir de Gryffondor. A vrai dire, la seule qui avait eu le droit de monter le voir était Hilary…



Ainsi se termine l'avant-dernier chapitre de cette année 2006...

Et pour bien finir l'année, je me suis rendue compte que l'extrait que j'avais mis en fin du précédent chapitre était en fait un extrait du chapitre 29, soit le chapitre que je posterai la semaine prochaine... Voilà ce que c'est de vouloir aller trop vite, on fait des conneries (surtout quand on s'appelle Louknaille...)! Bref, tout ça pour dire qu'il n'y aura pas d'extrait cette fois-ci, puisqu'il y en a déjà eu un la semaine dernière...

Dimanche prochain, donc, le chapitre 29: d'étranges réactions. Je voulais un autre titre mais j'ai pas trouvé mieux, alors... Et que ceux qui commencent à trouver le temps long se rassurent: le retour à Poudlard arrive bientôt...
Voilà pour aujourd'hui, en espérant que ça vous plaise! Je vous souhaite de bonnes vacances à tous, et bien sûr un très joyeux Noël!