New Vogue Children
Chapitre 28
Décadence
Il entra d'un pas ferme dans le salon où se trouvait toujours Kaya qui, contrairement à ce qu'il avait pensé en voyant qu'il gardait la tête basse, ne pleurait pas. Toutefois, ce ne fut plus le cas lorsqu'il leva le regard vers lui et qu'il le reconnu, se jetant alors dans ses bras.
-Veux-tu bien me dire ce que tu fiches ici ? Questionna durement Hora.
-Mais qu'est-ce qui t'as pris ! Lui cria Kaya, le frappant avec le tranchant de son poing.
Le scientifique lui attrappa les mains pour qu'il arrête de le frapper, pas qu'il avait mal, mais c'était plutôt agaçant. Il continua tout de même à se débattre tout en lui criant dessus.
-Je croyais avoir été clair !
-J'ai cru que t'étais mort !
-Tu devais pas sortir !
-T'aurais pu m'appeler ! Au moins pour me dire que tout allait bien
-Tu vas encore tout foutre en l'air !
-J'te déteste !
-LA FERME !
Le cadet figea, arborrant une lippe tremblante. Après un court silence, il reprit la parole, d'une toute petite voix, cette fois.
-Juka est ici...
-Quoi ?! T'es fou ou quoi ?!
-Attends ! Laisse-moi finir ! Il est enfermé...
-... Mais...
Hora leva les sourcils, il devait dire que le fait que l'ex-inspecteur soit enfermé ici l'arrangeait bien... Et ça voulait aussi dire que le policier qu'ils avaient dit décédé dans l'explosion de Tokushima, dans le journal, n'était pas lui, mais l'autre qu'il ne connaissait pas. C'était les deux seuls à pouvoir clore le dossier et maintenant ils étaient hors d'état de nuire.
-Kaya, t'es un génie !
Celui-ci sourit en sentant le rouge lui monter aux joues. Pour appuyer ses dires, l'aîné l'empoigna par les épaules et lui plaqua un baiser sur la bouche.
-Bah dis donc... souffla le plus petit, avec ce même sourire.
-Tu crois qu'il nous a entendu ?
-... J'en sais rien... Mais je lui ai dit que je devais revenir... Euh... Et pis comme je croyais que t'étais mort, ben c'est ce que je lui ai dit...
-Hum...
-Mais euh... Il doit savoir que c'est moi, ton copain... dit-il en baissant le regard.
-Et ?
-Ben comme il s'est rendu jusqu'à Tokushima, il sait que tu es un point important dans son enquête... Donc s'il nous a entendu, c'est pas plus grave que ça... T'as qu'à me gueuler dessus à nouveau, comme ça j'retourne le voir en larmes et je réussis à l'amadouer.
Hora leva un sourcil.
-Ça servira à quoi, que tu l'amadoues ? T'enfuire avec lui ? Fit-il avec un regard le suspectant d'avoir une "aventure extra-conjugale".
-Enfin, si j'étais une femme, peut-être, mais les hommes, c'est pas son truc, apparemment... Sauf qu'il doit avoir un cellulaire... Si je réussis à l'amadouer, je vais pouvoir lui soutirer plus facilement, non ?
-Mais qu'est-ce que t'es con ! S'écria-t-il
Kaya le dévisagea un moment, mais comme l'autre lui faisait signe de s'en aller, il comprit que l'autre avait décidé de faire comme il venait de lui expliquer.
-Et tu crois que ça va marcher ! Tu crois vraiment qu'avec tout ce que t'as fait merder jusqu'à maintenant, ton plan stupide va marcher et qu'on va s'en sortir sans une égratignure ?!
-Ben c'est tout de même mieux que d'attendre que ça passe en gardant les bras croisés ! Rétorqua-t-il en se mêlant au jeux
-Alors tu crois que j'fous rien ?! Que j'essayais pas d'arranger les choses ?! Pourquoi tu penses que je t'ai pas appelé, hein ?!
-Mais ta gueule ! Je m'suis fait un sang d'encre pour toi ! J'ai vraiment cru que j'te reverrais plus jamais ! Et c'est comme ça que tu l'prends ?! Alors les sentiments que j'te porte, c'est que de la foutaise, pour toi, c'est ça ?! J'te déteste, Hora ! Cette fois je le pense vraiment ! Décria-t-il en ouvrant la porte de la chambre où il avait enfermé Juka pour la refermer sur les éclats de voix du plus vieux.
Il se laissa glisser le long du panneau, le regard fixant le vide, se demandant si ce que Hora venait de lui crier était vrai ou si c'était seulement que pour la mise en scène. Il se boucha les oreilles en l'entendant, maintenant juste de l'autre côté de la porte, laissant une larme couler, quelque peu malgré lui.
-Ça va... C'est fini... fit doucement Juka qui s'était approché de lui, voyant qu'il ne décollait pas ses mains de ses oreilles, puis s'accroupissant à ses côtés. Ça ira ?
Le benjamin prit plusieurs grandes inspirations avant de lui répondre d'un simple hochement de tête en signe affirmatif.
-Écoute, euh... Vaudrait peut-être mieux pour nous tous que je m'en aille...
-Non ! ... J't'en prie... Reste... Je suis désolé pour tout ça... je...
-Vous devriez parler...
-À quoi bon... J'ai bien essayé... T'as entendu ce que ça a donné... Je croyais vraiment qu'il était mort, moi ! Je m'suis rongé les sangs pour lui ! Et t'as vu comment il m'a jeté ! Il se fiche complètement de moi !
-... Et vous êtes ensemble ?
-C'est devenu très théorique, dernièrement...
-Enfin... les hauts et les bas, c'est normal dans une vie de couple... J'imagine que le fais que vous soyez deux hommes n'affecte pas vraiment cet aspect-là de la chose...
-Oh je sais, mais... Enfin... je commence à réaliser que Hora, c'était un amour d'adolescence... Ça devrait être terminé depuis bien longtemps...
-Un amour d'adolescence ?
-Oui, ben... enfin... Moi, j'étais adolescent...
-Oh...
-Enfin... c'était mon professeur de sciences, au lycée... C'est complètement ridicule, comme histoire...
Il regarda à l'opposé de son interlocuteur, ce qui installa un certain silence dans la chambre. Silence qui permit toutefois à Kaya de penser à comment il allait s'y prendre pour lui enlever son téléphone cellulaire à Juka.
-J'aime pas trop avoir à me rappeler de cette étape-là de ma vie, en fait...
-Ça a été difficile ?
-Tu peux pas t'imaginer à quel point... Oh, si seulement tu savais...
Il laissa sa phrase en suspend, s'attendant plus ou moins à une réponse, ce qui ne résultat qu'en un nouveaux silence qu'il brisa au bout d'un moment.
-Dis, euh... Je pourrais t'emprunter ton téléphone ? Il faut que j'appelle un ami à moi parce que mes fringues sont restées chez lui et j'ai pas trop envie d'avoir à risquer d'affronter Hora pour me servir du nôtre...
-Oh, oui, bien sûr... ! Répondit-il en prenant ledit téléphone pour le lui tendre.
-Merci... fit-il en l'ouvrant. Oh... faudra que je sorte de toute façon, on dirait... je capte pas bien le signal...
Il se leva avant que l'ex-policier n'ait le temps de réagir et sortit aussitôt pour se rendre compte que Hora avait écouté toute la discussion.
-Donne-moi ça, grogna-t-il en lui arrachant le portable des mains.
-Mais...
Kaya ne put cependant pas trouver de fin pour sa phrase puisque le scientifique l'avait pousser à l'intérieur de la chambre pour mieux l'y enfermer. Estomaqué, l'effeminé resta planté là à ne pas savoir comment réagir.
-Euh... Est-ce qu'il vient de nous enfermer, là ? Demanda le blond.
Le plus petit regarda Juka, puis la porte, puis retourna à Juka.
-Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Interrogea-t-il, plus pour lui même.
Il se mit à marteler le panneau de la porte du poing en criant après son ancien professeur de science.
-Hey Hora ! Ouvre la porte ! Ouvre la putain de porte ! T'as pas le droit de me faire ça ! C'est pas juste ! Hora ! T'as autant besoin de moi que moi, j'ai besoin de toi, alors ouvre cette salopperie de porte !
-Kaya... Je crois pas vraiment qu'il va nous ouvrir...
-Hora ! Sale connard ! Tu m'ouvres, oui ?! C'est grâce à moi si t'en es là ! Hora, merde !
-Kaya...
-Toi, la ferme, hein ! Hora ! Je sais que tu m'entends !
-Ça sert à rien...
-Mais arrête le défaitisme !
-Non, mais pense-y, deux secondes ! Fit-il avec un sourire ironique. Il a entendu la conversation, il était pas content, il a attendu que tu sortes avec mon portable, te la prit et t'as enfermé ici avec moi... Comme ça, plus personne dans ses pattes ! Il nous ouvrira pas !
-Mais il m'aime... HORA !
-Je sais pas, hein... Après ce que t'as dit, j'crois pas...
-Mais... Merde enfin ! J'ai jamais rien fait de bien de ma vie ! J'suis rien qu'un putain de bon à rien ! J'ai 25 ans et tout ce que j'ai fait de ma vie, c'est m'appitoyer sur mon sort parce que j'ai une maladie qui existe pas en attendant qu'un scientifique fou, de 20 ans mon aîné, que je prends comme mon petit ami, crée des enfants cannibales pour héradiquer le monde de tous ces imbéciles d'hétérosexuels qui nous comprendrons jamais ! J'suis qu'un imbécile ! Ragea-t-il en parcourrant la pièce, en larmes, ouvrant toutes les portes, tous les tirroirs, comme à la recherche de quelque chose.
Juka resta bouche bée. Kaya venait de tout lui cracher la solution de l'énigme, toute d'un coup, et il n'en revenait pas.
-Tout ce que je voulais, moi, c'est un monde où tout le monde aurait des relations harmonieuses, un monde sans conflit où tous sont acceptés tels qu'ils sont, sans moquerie ni jugement ou une once de méchanceté... Un monde où on pourrait vivre pleinement en affichant nos vraies couleurs... Un Jardin Parfait... Il me l'avait promis ! T'as vu de quoi ça a l'air ! Wow ! C'est tellement parfait !
Il s'arrêta de nouveau devant la porte sous le regard ébahit du blond et se mit à y frapper du plus fort qu'il le pouvait.
-OUVRE LA PUTAIN DE PORTE, HORA ! Hurla-t-il à s'en errayer la voix.
Il était essoufflé et avait chaud, il avait l'impression de commencer à perdre la raison, il lui vint donc naturellement le réflexe de se cogner la tête à répétition sur la porte. Mais Juka l'empêcha d'en faire plus, il le prit par les épaules et l'éloigna de la porte.
-Hey.. du calme !
-LÂCHE-MOI !
-Arrête, ça mène à rien, Kaya !
-LÂCHE-MOI, J'TE DIS !
-Je te lâche si tu te calmes !
Ce qui ne tarda plus tellement à arriver puisque le souffle vint à lui manquer. Il était sur le point de faire une autre crise.
-Putain... souffla-t-il désespérément. Non... pas encore ça...
-Quoi ?
Il s'accrocha, avec le peu de force qui lui restait, à la chemise du plus grand.
-J'en peux plus... Je pourrais pas juste... mourir, enfin... ?
-Dis pas une chose pareille... lui dit-il, plus doucement en allant l'étendre sur le lit.
-Tu veilleras sur moi, dis ? Murmura-t-il en serra maintenant la main de l'autre dans la sienne avant de laisser ses paupières se fermer d'elles-mêmes.
-Si... si... bien sûr...
Le blond se laissa presque tomber par terre, dos au lit. La réaction de Kaya, tout ce qu'il avait dit... Ça l'avait touché, mais comment ne pas l'être devant un personnage aussi triste que le sien ? Il ne savait pas encore toute l'histoire, mais il jugeait qu'il était de son devoir de le sortir de cette misère avant qu'il n'en arrive à commettre l'irréparable...
