CHAP 28 : Les larmes du faucon
Après ce lundi fort appréciable où Will et son psychiatre avaient partagé une délicieuse intimité, le reste de la semaine fut d'un ennui total. Tout d'abord, et c'était une bonne chose, Mason Verger fut absent du mardi au dimanche : il avait obtenu un congé exceptionnel car son père venait de décéder et il devait s'occuper des détails administratifs de sa succession. Ensuite, Hannibal fut lui aussi absent toute la semaine (plus le lundi et le mardi qui suivaient) pour suivre une formation en langue ancienne donnée par un professeur qui ne venait que très rarement dans la région.
Will aurait pu se sentir vexé d'être délaissé au profit d'une langue morte, mais ce n'était pas le cas. Il savait que le psychiatre suivait toujours plusieurs trains de pensées à la fois et était intimement persuadé que l'un d'eux était entièrement consacré à lui-même. Cette idée le faisait souvent sourire et apaisait un peu ce qu'il ressentait en regardant Matthew s'éclipser avec Randall aussi souvent que possible dans l'infirmerie : un soupçon de jalousie. Il était malgré tout content pour eux, et en particulier pour l'homme-animal dont il était plus proche et qui ne manquait pas de lui raconter en détails ce qu'il faisait avec le gardien. Ça ne le gênait pas, et ça ne gênait pas non plus Matthew. Will apprit de cette façon que ce dernier ne dominait pas Randall à chaque fois mais que bien souvent, le couple se contentait des préliminaires et qu'ils discutaient beaucoup, autant de leur passé que de ce qu'ils comptaient accomplir ensemble. Au fur et à mesure que les jours passaient, Randall s'attachait doucement à celui qui lui avait offert des griffes et ils se faisaient tous les deux davantage confiance. Will pensa qu'il saurait exactement quand la confiance entre eux serait suffisante : dès l'instant où Matthew organiserait une chasse. Les amants ne lui en parleraient sans doute pas, ce qui n'était pas plus mal, mais leurs expressions les trahiraient.
En-dehors de l'observation du nouveau couple, Will ne fit pas grand-chose de la semaine et il ne se passa rien de marquant. La seule nouveauté résidait dans les tenues qu'ils reçurent le jeudi, semblables à celles qu'ils portaient déjà si ce n'est qu'elles étaient neuves, grises et identiques pour les hommes et les femmes. Abigail qui passait son temps à tirer sur sa tenue précédente qui était un peu courte fut ravie d'avoir un pantalon et Peter dont les tenues comportaient pas mal de trous se réjouit aussi.
Ils perdirent tous le sourire lundi au retour de Mason mais ce dernier ne se montra presque pas. Le moment de la douche commune se passa bien pour tout le monde, sauf pour Abigail qui eut l'envie de s'isoler un moment parce qu'elle n'était pas très à l'aise à côté de Randall. L'un des pensionnaires plus âgé de l'asile choisit cet instant pour se rapprocher d'elle et elle cria, mais pas parce que ce dernier l'avait touchée. Matthew avait repéré le danger et venait d'abattre violemment sa matraque sur la main de l'homme, lui brisant quelques doigts au passage et la soudaineté de son geste avait saisi la jeune fille.
Le dément gémit et jeta au gardien un regard hargneux qui le fit relever lentement son arme. Ce fut suffisant pour que l'homme grisonnant abandonne et s'éloigne en gémissant, tenant sa main blessée dont personne ne s'occuperait dans l'immédiat. Matthew reporta son attention sur Abigail, les yeux brillants d'amusement et de plaisir.
« J'adore ce job. Tu vas bien ? »
« Oui. Merci. »
Il se pencha sur elle et lui chuchota à l'oreille :
« Je sais ce que j'ai dis à propos de toi approchant physiquement Randall, mais pour la douche, j'accepte de faire une exception. Retourne avec la famille, Abi, c'est plus prudent. »
« D'a...d'accord. » souffla-t-elle, se dépêchant de retourner auprès de Will.
Elle ne le quitta plus de la journée et songea avec soulagement qu'elle ne verrait pas Matthew le lendemain : il avait changé son jour de congé (qui devait être ce lundi) avec un collègue. Lui et Hannibal étaient donc absents le mardi, et c'est certainement ce qui poussa Mason à agir.
Il se présenta au matin avec plusieurs infirmiers costaud et une fraise de dentiste branchée sur la prise de courant la plus proche de la cellule de Randall, et Will sentit un frisson glacé le parcourir des pieds à la tête.
« Il est temps de rendre justice à ce cher Cordell. » annonça Mason pendant que les gardiens, à présent équipés de matraques ouvraient la cellule de Randall qui était prêt à bondir sur eux. Le jeune homme aux dents pointues se débattit comme un démon mais ils le sanglèrent à son lit (non sans avoir récolté une vilaine morsure à la main pour l'un d'eux) et lui coincèrent la bouche en position ouverte. Quand il comprit ce que Mason allait lui faire, il poussa un cri de rage étouffé par le dispositif qui lui maintenait les mâchoires écartées.
« Mason, ne faites pas ça. » avertit Will.
« Pourquoi pas ? C'est la punition idéale... »
« Vous connaissez Matthew ? C'est le neveu de Chilton et il est très, très proche de Randall. Si vous lui faites...ça, il ne vous le pardonnera jamais. »
« Peut-être que c'est vrai. Peut-être que non. »
« Attendez demain, il sera là et il vous le dira lui-même. »
« Je n'ai jamais été très patient, et même si c'est vrai... »
Mason haussa les épaules. L'enfoiré se sentait très fort à présent qu'il avait un nouvel allié, car Tobias le suivait partout comme son ombre maintenant. Il se tenait d'ailleurs un peu plus loin, adossé à un mur et observant la scène.
« Vous le regretterez...infiniment. »
Will menaça Mason de tous les types de représailles possibles et imaginables, puis il se boucha les oreilles quand la fraise attaqua les dents pointues de l'homme-animal : canines et incisives latérales, jusqu'à les réduire à presque rien. Le limage était désagréable mais pas spécialement douloureux, l'aspect psychologique par contre, était terrible. Les dents de Randall faisaient partie de son identité et il hurla tout le temps que dura le meulage. Après, il cria encore et Will n'avait jamais rien entendu d'aussi plein de désespoir et de rage. Il se promit de tuer Mason, et ce, même s'il devait s'opposer à Hannibal.
« Bien les gars, maintenant foutez-le moi au bain. Glacé. »
« Pourquoi ?! » explosa Will.
« Mais parce qu'il a mordu un infirmier. »
« Je vais vous faire la peau, Mason. »
« Oh, toujours la même chanson. Ferme-là, ou je t'envoie au bain aussi. »
Will se tut alors qu'ils emmenaient Randall et résista difficilement à l'envie de frapper son poing contre le mur au fond de sa cellule, car il ne ferait que se blesser. Les heures qui suivirent furent longues et aucun des membres restants du petit groupe ne toucha à son repas de midi. Lorsque l'heure du repas du soir fut passée et que Randall n'était toujours pas revenu, ils commencèrent sérieusement à s'inquiéter. Et ils frissonnèrent de concert quand le chirurgien pervers revint les voir, suivit d'une table roulante où se trouvait un corps couvert d'un drap.
« Justice, mes petits amis. Justice... » chantonna Mason avant de découvrir le corps sans vie de leur ami.
Will approcha autant que possible des barreaux de sa cellule, les mains tremblantes.
« Qu'est-ce que vous lui avez fait ? »
« Moi ? Ah ! C'est l'ironie de la chose...Je ne lui ai rien fait. Son état d'énervement...ça a dû faire battre son cœur si fort...et l'eau glacée, juste ensuite... »
« Il a eu une crise cardiaque ? »
« C'est ça ! L'horlogerie de Randy s'est arrêtée. Tic-tac, la bête est morte et je l'emporte. »
Les sanglots de Peter résonnèrent dans le couloir à présent très silencieux, et une larme unique roula sur la joue d'Abigail. Will lui ne pleurait pas, les jointures des poings blanchies à force de les serrer.
« Bon... » continua Mason. « On s'en va. Montez-moi le corps. »
« Qu'est-ce que vous allez en faire ? N'y touchez pas ! Matthew voudra le voir... »
« Il pourra voir les morceaux, si je ne les ai pas brûlés d'ici demain. Le pauvre garçon, il n'avait plus de famille... » ricana le blond en tapotant la joue du mort.
Will essaya vainement de l'attraper en passant les bras à travers les barreaux, mais il les retira bien vite quand les infirmiers se firent menaçants. Il inspira profondément et regarda le corps sans vie de son ami. Randall avait les yeux fermés, l'air paisible et ce fut la dernière image que le groupe eut de lui avant que le chirurgien ne l'emmène.
Après ça, l'empathe se roula en boule sous les couvertures, refusant tout contact avec Abigail et Peter et il pleura comme il n'avait plus pleuré depuis des années, bien plus qu'il ne l'avait fait pour Georgia. Il ne pouvait que penser à Randall, du moment où il l'avait rencontré jusqu'à l'instant où il avait disparu de son champ de vision alors que les gardiens l'emmenaient vers le bain qui lui serait fatal. Il revoyait chacun de ses gestes hésitants vers lui, ses premiers véritables sourires qui n'étaient pas uniquement moqueurs, ses meurtres de plus en plus sanglants. Il entendait aussi chaque discussion qu'ils avaient eues comme si Randall lui parlait encore à l'oreille, chacune de ses plaisanteries, ses confidences à propos de ce qu'il ressentait pour Matthew...Et enfin, il ressentait sa présence, et c'était le pire. Il sentait ses lèvres contre les siennes, ses bras autour de sa taille et sa tête posée contre son épaule, comme s'il était encore là, ce qui rendait le sentiment de perte effroyablement tangible. Plus jamais l'homme-animal ne se reposerait contre lui. Il ne connaîtrait pas la joie de retrouver la liberté, même pour de courts instants en compagnie de Matthew, il ne connaîtrait pas les sensations grisantes de la chasse en extérieur, et il ne connaîtrait pas la sensation de tomber amoureux. Il était mort seul, à la foin loin et proche des siens et ça révoltait complètement Will.
Quand les vagues de souvenirs et de sensations furent passées, ce dernier sécha ses larmes et s'assit sur son lit, dos au mur. Du sang ruisselait devant ses yeux mais il ne s'en souciait pas, observant plutôt ses bois noirs couverts d'épines qui poussaient à une vitesse folle et emplissait sa cellule. La vision ne dura pas très longtemps, et quand il ne vit plus rien il se leva et alla enfin partager la peine d'Abigail et Peter.
La jeune fille était la moins touchée d'entre eux mais elle avait tout de même éprouvé des sentiments pour Randall et Will ne minimisa pas sa peine, essayant juste de l'évaluer tout en la consolant, mais c'était difficile. Elle ne voulait pas parler, et il respecta son choix, privilégiant le contact physique pour l'apaiser un peu. Il s'occupa ensuite de Peter car il savait que ce dernier aurait besoin de lui bien plus longtemps pour se calmer, et il resta assis sur le sol, appuyé contre les barreaux un long moment. Chacun passa son bras à travers les barreaux comme pour se toucher, ou comme pour combler même juste un peu le vide affreux de la cellule entre eux. Peter resta silencieux longtemps, puis il réussit à exprimer ce qu'il ressentait.
« Randall était gentil...Il était vraiment gentil avec moi, maintenant. Je n'avais plus peur de lui. Il était...mon ami. Il est resté toute la nuit près de moi quand j'étais pas bien. Il va me manquer. Beaucoup, beaucoup me manquer. Je ne souhaite jamais du mal aux autres. Ce n'est vraiment pas bien de souhaiter qu'il arrive de mauvaises choses aux gens, hein ? Mais lui...il le mérite. Si je pouvais, je lui ferai vraiment mal. »
« Oh, il aura mal. Tu n'auras pas à t'en occuper, Peter. Je le ferai. »
« Ne fais rien Will, c'est trop dangereux. » souffla Abigail.
« Nous verrons. »
« Comment ça, nous verrons ? Tu tiens à subir le même sort que lui ? »
« Je n'ai pas envie de discuter. »
« Très bien, je te laisse tranquille pour l'instant mais on en reparlera. »
Aucun d'entre eux ne ferma l'œil cette nuit-là.
Le lendemain matin, ils se sentirent encore plus mal que la veille, si toutefois c'était possible. Matthew arriva de bonne heure et il les regarda l'un après l'autre en constatant que la cellule de Randall était vide, et aucun d'eux ne manqua la lueur d'inquiétude dans ses yeux. Peter ne parvint pas à dire un mot et Abigail, moins proche du tueur, préféra laisser Will parler. Ce dernier ne savait pas comment annoncer une chose comme celle-là, alors il énonça juste les faits.
« Mason Verger est venu hier soir. Il voulait venger Cordell. Il a limé les dents de Randall puis il lui a fait prendre un bain glacé et...et... »
Will baissa la tête, les mots coincés dans sa gorge.
« Non. Par pitié, non... » souffla le gardien.
« Randall a fait un arrêt cardiaque. Il est mort. Et Mason a probablement mutilé son corps. »
« On parle de moi, eh ? »
Le chirurgien venait de faire son apparition, entouré par Tobias et par trois soignants costauds.
« Où...est Randall ? » demanda Matthew, et Will recula dans sa cellule sans même s'en rendre compte. Le regard du gardien était fou et l'empathe vit ses pupilles devenir immenses et entourées de jaune alors que sa veste se fendait pour laisser apparaître des ailes de faucon largement déployées. Les ongles de ses mains étaient devenus noirs, coupant comme des rasoirs et recourbés. Ils étincelèrent alors qu'ils faisaient bouger ses doigts, reflétant la lumière ambiante.
« Il est mort. » répondit Mason.
« Ce n'est pas ce que je demande. Où...est Randall ? » répéta lentement le tueur, menaçant.
« Ici et là. Je l'ai démembré et brûlé. Ça coûte moins cher à l'établissement. Pas de tombe, rien. Personne ne le réclamera, il n'avait pas de famille. »
« Il avait une famille. » contredit Matthew, le ton de sa voix dur et cassant. Il était tendu à l'extrême, ses mains tremblaient et...une larme unique brillait dans le coin de son œil, captive de ses longs cils noirs. Mason n'avait pris aucune larmes au petit groupe la veille car il aurait été difficile de les approcher mais là, il était terriblement tenté. Il s'éloigna de Tobias et des infirmiers et approcha lentement, son sanglier monstrueux avançant à ses côtés.
Matthew resta parfaitement immobile, mais lorsque la compresse toucha sa paupière, son poing se resserra et il l'écrasa sur le nez déjà brisé de Mason. Ce dernier tomba au sol, criant de douleur et le gardien semblait si menaçant au-dessus de lui que seul Tobias osa lui venir en aide. Le médecin noir se précipita sur le blessé, l'attrapa par les vêtements et le tira en arrière, faisant violemment frissonner Will qui aperçut un serpent à ses côtés.
Hannibal fit son apparition à cet instant, ce qui freina peut-être Matthew bien que Will pensait qu'il n'aurait pas essayé de tuer Mason en plein jour, devant témoins. Il demanda tranquillement ce qui se passait et Will lui résuma la situation à présent qu'ils étaient seuls, car le chirurgien et sa bande étaient partis à l'étage soigner son nez.
« Docteur Lecter, j'ai beaucoup de respect pour vous et je n'ai aucune envie de faire de vous mon ennemi, mais je ne peux pas laisser Verger vivre. » annonça Matthew.
« Je sais. »
« J'ai votre...bénédiction ? Vous le protégiez... »
« Vous l'avez. Je le protégeais tant qu'il avait une utilité et qu'il ne me gênait pas. Ce n'est plus le cas à présent. »
« Ce soir ? » proposa Will
« Ce soir » acquiesça le gardien.
« Vous serez présent ? » demanda Will au psychiatre.
« Certainement. »
« Participant ou observateur ? »
« Observateur. Bien qu'observer soit déjà une forme de participation. »
« Très bien. »
Hannibal regagna son bureau, non sans proposer à Matthew de l'y accompagner, mais ce dernier refusa poliment et resta proche de Will pour la seule et simple bonne raison que l'empathe était celui qui avait été le plus apprécié de Randall.
« Je ne suis pas très doué pour ces choses-là mais...je suis vraiment désolé que ça soit arrivé comme ça. C'est comme...si on avait jeté le livre au feu après seulement quelques chapitres. » déclara Will.
« Je crois que...la pire des choses...c'est que je sais que la mort de Verger n'atténuera en rien le vide qu'i nouveau en moi. Il était fait pour moi, complémentaire. Personne ne pourra jamais le remplacer, personne n'est semblable à lui. Il était mon devenir. Nous étions si proches de l'état de grâce...et Mason me l'a arraché. »
Will passa sa main sur la joue humide de larmes du gardien comme il l'avait fait à de nombreuses reprises avec Randall, mais voir pleurer Matthew était infiniment plus perturbant. Il ne fit pas l'erreur de lui dire qu'ils seraient là pour lui, car celui-ci le savait déjà et malgré toute leur bonne volonté, aucun membre de la famille n'était comparable à l'amant disparu.
« Nous lui arracherons de nombreuses choses en retour. Ça ne ramènera pas Randall, mais il aurait aimé ça...Il aurait voulu ça. »
« Et je me sentirai un peu apaisé, quand tout sera fini. Je compte prendre mon temps...si les circonstances le permettent, je le ferai durer. Jour après jour, je le briserai jusqu'à ce qu'il ne reste rien de lui. On commence ce soir, mais on ne terminera pas.»
« Ça me convient. »
« Salut Matthew. Hey, ça va pas ? » demanda Richard, l'un de ses collègues pas vraiment sympathique.
Will sursauta car il ne l'avait pas entendu venir, et il constata à la moue mécontente de Matthew que ce dernier non plus.
« Je préférerais être seul. »
« Ok...pas de problèmes. »
L'infirmier fila aussi vite qu'il était apparu, et aucun membre du petit groupe n'y pensa plus. Richard lui, fonça au premier étage dans le cabinet de Mason Verger pour lui raconter ce qu'il avait entendu, à savoir que Matthew Brown avait l'intention de s'en prendre à lui ce soir même. Mason paya grassement l'infirmier et se tourna vers Tobias qui n'en avait pas perdu une miette.
« Je crois qu'il est l'heure de régler nos comptes. Tous nos comptes. Richard, est-ce que vous aimeriez gagner vraiment beaucoup d'argent ? »
Maintenant qu'il avait hérité de son père, Mason pouvait se permettre de se payer un acolyte supplémentaire.
« Sûr que j'aimerais. »
« Alors voilà ce que vous allez faire... »
Le chirurgien remit à l'homme un petit tube comprenant une fléchette et lui expliqua comment endormir Hannibal Lecter, sans préciser qu'à la moindre erreur, l'apparemment aimable psychiatre n'hésiterait pas à le tuer.
« Mais pourquoi le docteur Lecter, c'est Brown qui... »
« Ne posez pas de questions. Vous voulez l'argent, oui ou non ? »
« Oui. Oui, je m'occupe de ça... »
Richard attendit le plus possible, car il fallait agir quand il y avait le moins de monde possible à l'asile, mais avant que la journée de Lecter ne soit finie. Il toqua à la porte après s'être assuré que personne ne le voyait et souffla dans le tube comme Mason le lui avait indiqué dès qu'elle s'ouvrit, touchant Lecter au cou presque par miracle car ses mains tremblaient et qu'il ne visait pas spécialement bien. Le docteur Lecter sourit avant de s'écrouler sous la dose massive de tranquillisant et Richard le lia à une chaise et le bâillonna avant de refermer son bureau à clé en attendant l'heure où il pourrait le transporter chez Mason sans se faire voir.
Dès qu'il en eut l'occasion, il revint dans le bureau, vérifia que le médecin était toujours sous l'effet des sédatifs et le détacha pour le traîner plus facilement jusqu'à l'ascenseur pour le livrer au chirurgien. Ce dernier l'attacha à une table d'opération munie de sangles et attendit qu'il soit en état de semi-conscience pour le réveiller à sa manière en transperçant l'une de ses mains à l'aide d'un long clou qui n'avait rien à faire dans le cabinet d'un médecin. Surpris, le docteur se tendit et tira sur ses liens, ravalant un gémissement de douleur avant de retrouver sa pleine conscience et de se rendre compte de l'endroit où il se trouvait. Il écouta patiemment les taquineries et menaces de Mason, discutant avec lui pour gagner du temps et pour évaluer la situation, carrément mauvaise : Mason avait une arme dans la poche de sa blouse de chirurgien, et Richard se tenait près de la porte. L'horloge murale indiquait une heure tardive cependant, ce qui signifiait que Will et Matthew tenteraient bientôt d'attaquer Mason.
« Nous allons avoir de la visite. » chantonna le chirurgien.
« En effet. » répondit Hannibal, ayant quelqu'un d'autre en tête que Will et son acolyte aux yeux verts. Il attendait quelqu'un à qui il avait expressément demandé de venir avant que Richard ne le neutralise et qui, il l'espérait, ne serait pas en retard.
De leurs côtés, Will et Matthew se mettaient en route. Abigail et Peter avaient demandé à les accompagner, mais ils avaient fermement refusé malgré leurs protestations. Ils ne savaient pas que Mason possédait une arme, mais ils avaient tout de même pris leurs dispositions pour ne pas être sans défenses face à lui : Matthew avait donné sa matraque à Will, et Will avait aidé Matthew à mettre les gants griffus de Randall. Ils atteignirent sans encombres le cabinet du médecin fou, sans savoir qu'ils étaient suivis.
« Ah, j'ai failli attendre. » les accueilli le chirurgien, les menaçant de son arme.
« Un pistolet, Mason ? Ça ne vous ressemble pas... »
« Un héritage de papa. Et les armes ne me ressemblent peut-être pas, mais la survie, si. Mon petit Will, tu vas donner cette vilaine matraque à Richard. »
« D'accord. »
Matthew tenait ses griffes levées, attendant le moment idéal pour tenter quelque chose mais Will fut plus rapide. Il savait que Mason ne tirerait pas sur lui : il aimait bien trop l'idée de pouvoir le torturer, alors lorsque Richard approcha, Will lui donna un violent coup de matraque sur la tempe en espérant ne pas le tuer. L'homme s'effondra, réduisant le nombre d'adversaire à un : le chirurgien.
« Oh William, William...Ça ne va pas du tout. Pose cette matraque par terre...là...bien. Maintenant, enlève les...griffes de notre amoureux éploré, sinon je lui fais exploser le crâne. »
« Ce ne serait vraiment pas amusant. » répondit Will en obéissant, Matthew se laissant faire car il n'avait pas d'autres choix.
« Non, en effet. Mais j'ai quelque chose de très amusant à vous montrer. »
Mason recula et leur désigna la salle d'opération officielle et les invita à y entrer. Il avait déplacé la seconde table d'opération (celle qui avait servi à torturer Gideon) à l'intérieur, et elle était inoccupée contrairement à la première sur laquelle Hannibal était sanglé, ses chevilles et ses poignets emprisonnés par des lanières de cuir épaisses.
« Matthew, mon petit, tu vas sangler correctement William sur cette table. »
Matthew et Will échangèrent un regard puis, toujours sous la menace, Matthew obéit. La situation aurait dû faire paniquer l'empathe mais pour le moment il se sentait très calme et évalua juste à quel point les sangles étaient serrées et s'il avait une chance de s'en défaire. Il en avait une petite, mais Mason ne le laisserait probablement pas faire. Ce dernier recula à nouveau prudemment dans le fond de la pièce en tenant en joue Matthew, puis il lui désigna un marteau et des clous qu'il avait laissé bien en vue.
« Tu vas transpercer les mains de notre ami William. »
« Et ensuite ? Vous allez me les faire torturer tous les deux, puis vous nous abattrez ? »
« J'ai d'autres projets. Obéis, sinon je te tue pour pouvoir m'occuper d'eux tranquillement. »
Le gardien se plaça à côté de Will et positionna le clou dans sa paume ouverte.
« Je suis désolé, Will. »
Il n'avait pas l'air de l'être cela dit, plutôt juste ennuyé.
« Will, n'essayez pas de combattre la douleur. Acceptez-là et concentrez-vous sur quelque chose. Une lumière, un point fixe. Essayez de rester le plus détendu possible, car l'anxiété aggrave la douleur. La colère l'amoindrit un peu, par contre, alors s'il vous prend l'envie de jurer, ne vous en privez pas. » le conseilla tranquillement Hannibal.
« C'est plus facile à dire qu'à faire... »
« Si cela ne vous dérange pas, Mason, Matthew pourrait commencer avec moi. » demanda le psychiatre au chirurgien comme s'il s'agissait d'un simple échange de politesse.
« Ça m'est égal. Vous aurez tous les deux les mains percées, de toute manière. Matthew... »
Le gardien se déplaça du côté de l'Empaleur.
« Toutes mes excuses pour ce désagrément, docteur Lecter. »
« Ne craignez rien, Matthew, je ne vous en tiendrai pas rigueur. »
Hannibal ferma les yeux puis inspira et expira profondément alors que le gardien plaçait le clou sur sa paume. Il frémit à peine quand le jeune tueur l'enfonça en une fois, transperçant la chair sans difficulté.
« Je vois que vous avez déjà commencé à vous amuser, Mason. » interrompit Tobias
« Vous étiez sensé arrêter ces deux-là. »
« Je les suivais, au cas où, mais vous semblez très bien vous débrouiller seul. » répliqua le médecin noir en installant une chaise dans le coin de la pièce.
« Observateur seulement ? » sembla bouder l'adepte de la torture.
« Pour l'instant oui. »
Pendant qu'ils discutaient, Matthew avait placé le clou sur l'une des mains de Will et attendait tranquillement le signal de Mason pour faire son office. Quand celui-ci lui ordonna d'agir, Will ferma les yeux et tenta de se concentrer sur une idée fixe plutôt que sur un point fixe, mais il ne parvint pas vraiment à se détendre tout à fait et la douleur lui parut extrêmement intense.
« Aaaah ! Putain de bordel de merde ! Attendez que ce soit votre tour, Mason... »
« Vu la situation, je ne crois pas que tu aies la moindre chance de me rendre la pareille William. L'autre main maintenant, Matthew. »
« Non ! Non, non...Aaaaaah ! Merde...fait chier, nom d'un chien... » gémit Will, que jurer soulageait effectivement un petit peu.
« Nom d'un chien. Ce qu'il est amusant. » commenta Mason, puis il s'intéressa au gardien : « Matthew, à présent, tu vas aller prendre la petite hachette qui se trouve là. Sans m'approcher...bien...Maintenant, tu vas couper l'un de tes propres doigts, si tu tiens à la vie de ce cher Will. »
Will jeta un regard inquiet vers Matthew qui fit la moue en faisant tournoyer la hachette.
« S'il le faut. » soupira-t-il pour faire diversion, avant de jeter l'arme avec une force impressionnante en direction du chirurgien qui ne l'évita que de justesse. A un centimètre près, la lame l'aurait profondément blessé au bras ce qui l'aurait fait lâcher son arme, mais là elle n'avait fait qu'abîmer le mur.
« Tu sais Matthew, j'ai menti à propos de Randall. Il n'est pas mort d'une crise cardiaque, je lui ai fait une petite injection d'un produit de ma composition, assez fort pour donner l'impression que son cœur s'était arrêté, mais il vivait quand je l'ai amené ici. Il ne pouvait pas bouger...juste...remuer légèrement les doigts et émettre quelques sons. »
Matthew ne répondit pas, fixant juste le chirurgien. Il bouillait de colère tout en paraissant parfaitement froid et calme à l'extérieur, mais Will savait qu'il n'en était rien. Lui-même sentait la rage monter peu à peu tandis que Mason poursuivait :
« Je l'ai disséqué vivant. Il a tenu le coup un bon moment...J'ai même été impressionné. Par contre, il a chialé tout le long. Je lui ai arraché les dents aussi, alors c'était difficile de le comprendre mais...il a supplié...et il vous a appelé, tous les deux. Surtout toi, Matthew. J'imagine que tu le baisais, hein ? Il était comme un animal...ça s'appelle de la zoophilie, tu sais ? C'est parfaitement répugnant. »
« Dis le mec qui a baisé avec sa propre sœur. » répliqua le gardien, avant de foncer vers l'homme qui avait torturé son amant à mort. Will aperçu un bref instant ses ailes de faucon se déployer. La silhouette ailée bondit vers Mason, puis le bruit du tonnerre retentit et un nuage de plumes ensanglantées brouilla la vision du jeune homme.
