Chapitre XXVII
Les Maraudeurs

Mai

- Il m'a jeté un sort, professeur Dumbledore, pourtant, je n'avais fait que le taquiner. J'avais simplement dit que je l'avais vu embrasser Florence derrière la serre, jeudi dernier, disait Bertha Jorkins au directeur de Poudlard.
Sirius n'entendit pas la suite et de toutes manières, il s'en fichait. Il suivit ses amis jusque dans le parc. Ils allèrent se poser sous l'arbre où ils allaient d'habitude, au bord du lac. La semaine passée, c'était l'anniversaire de Remus et dans dix jours, ce serait l'anniversaire de James. Mais en attendant, une chose incroyable c'était passée. C'était la veille au soir, alors qu'ils finissaient de ranger leur QG après s'être entraîné à l'Animagusserie (comme souvent), qu'ils eurent une, non, deux idées brillantes :

FLASH BACK

- Vous savez, dit Sirius en se postant au milieu de la salle, on devrait se trouver un nom. Pour désigner notre petite bande. Un truc du genre, je sais pas…les…
- …emmerdeurs ? demanda Remus sur un ton emprunt d'ironie.
- Mais non, quelque chose qui ait un peu de classe, de la prestance. Enfin quelque chose qui nous définissent. Vous voyez ?
- C'est pas bête comme idée, dit Peter avec son éternel air anxieux. Mais comment s'appeler ?
- Les Merveilleux, proposa Sirius, puisqu'on est merveilleux.
- Ou alors les Modestes puisque la modestie semble être ta plus grande qualité ? demanda Rem's toujours ironique.
- Parfaitement.
- J'ai peut-être une idée, déclara le lycanthrope après un instant de réflexion.
- On t'écoute, lui dit James.
- Vous vous souvenez de ce que McGo' nous a dit lorsqu'on s'est fait prendre au début de l'année ?
- Non, quoi ?
- Elle nous avait enlevé 10 points à chacun pour avoir maraudé dans les couloirs après le couvre-feu. Donc on pourrait s'appeler…
- …les Maraudeurs ! compléta Sirius d'un air triomphant. C'est parfait ! Rem's, je t'aime.
- Euh…
- Je plaisante.
- C'est ce qu'on dit…
- Bref, qui est pour alors ?
Bien évidemment, ils levèrent tous la main. Puis ils se mirent en cercle et tendirent tour à tour leur main droite en avant, les superposant.
- A partir de maintenant, on s'appellera les Maraudeurs et notre devise sera…
- Un pour tous, tous pour un ! dirent les quatre garçons en chœur et en abaissant leur mains.
Après avoir scellé leur pacte (Sirius proposa d'ailleurs de faire un serment inviolable, proposition largement refusée), ils reprirent leur rangement. Ils ne mirent que quelques minutes et finalement, sortir, retournant vers leur Maison, bien cachés sous la cape qu'ils n'enlevèrent qu'une fois dans leur dortoir. Ils n'allaient pas refaire deux fois la même erreur, donc ils faisaient bien attention à garder la cape jusqu'à l'intérieur de la salle commune depuis qu'ils s'étaient fait prendre en septembre. Sur le chemin qui allait du septième étage à la tour des Gryffondors, ils croisèrent six fois le concierge.

- Rusard c'est cloné ou quoi ? Parce que le croiser six fois sur le chemin de la salle commune c'est quand même très étrange. On est pas si loin en plus, dit James une fois que les nouveaux Maraudeurs furent de retour dans leur dortoir.
- C'est vrai que c'est louche, renchérit Sirius. A croire qu'il savait qu'on était là.
- Peut-être qu'il surveille les chemins menant à la salle commune de Gryffondor, parce qu'il commence à nous connaître maintenant, avisa Remus.
- Il faudrait qu'on ait un moyen de le repérer à l'avance, fit remarquer Peter.
- A ce propos, dit James, j'ai peut-être une idée…
- On t'écoute.
- …mais je ne suis pas sûr que ce soit réalisable.
- Dit toujours.
- Eh bien, j'ai pensé à une carte qui représenterait tout le château ainsi que toutes les personnes qui y sont présentes, avec leurs emplacements précis.
- Mais James…, s'exclama Sirius.
James eut peur que son ami trouve son idée ridicule ou totalement irréalisable. Cependant :
- …tu es un génie !
Le brun à lunettes sourit et déclara de façon très modeste (décidément) :
- Je sais, je sais.
Et sur ce, ils éclatèrent de rire.
C'était le début d'une nouvelle ère : l'ère des Maraudeurs ! Et ça allait marquer l'histoire de Poudlard à tout jamais.

FIN DU FLASH BACK

Avec un sourire en repensant à cette nouvelle ère, Sirius reporta son attention sur ses amis qui lui parlaient dans le vide depuis cinq bonnes minutes.

~...~

Narcissa était assise sous un arbre, un livre entre les mains. Mais elle ne lisait pas, à la place, elle réfléchissait. Il avait fait beau toute la journée et elle était heureuse de pouvoir profiter du beau temps en cette fin d'après-midi. Elle aurait dû réviser pour ses ASPICS mais là, tout de suite, elle n'avait pas vraiment la tête à ça. Elle regarda autour d'elle et vit son cousin, Regulus, passer avec ses amis. Il riait gaiement à Merlin seul savait quoi. Puis elle tourna son regard et vit son autre cousin, Sirius, assit sous un arbre au bord du lac avec ses inséparables amis. Ils semblaient s'être approprié cet arbre maintenant, personne n'y allait, préférant leur laisser. Elle se dit qu'il avait quand même un sacré charisme et l'autre aussi, Potter. Malgré leur jeunes âges, ils arrivaient déjà à se faire grandement respecter et pas mal de jeunes filles semblaient intéressées par eux. De plus, avec leurs nombreuses blagues en particulier à la Maison de la jolie blonde, leur cote de popularité avait atteint un niveau jamais égalé à Poudlard. Lui aussi riait gaiement, sans se soucier de ce que l'avenir allait lui apporter. Il se contentait de vivre sa vie au jour le jour et ne s'inquiétait pas pour le reste. Maintenant qu'elle y pensait, Sirius avait toujours été comme ça. Pas comme elle. Narcissa n'était plus comme ça. Pourtant, elle l'avait été. Elle avait été une petite fille joyeuse et souriante qui adorait la vie et qui riait si facilement. Elle et ses deux sœurs s'étaient adorées, elles avaient été inséparables, mais la Serpentard n'avait jamais sut, jamais comprit, pourquoi et comment les choses avaient pu se dégrader de la sorte. Pourquoi et comment elle avait dû choisir entre Bella et Meda, ni même pourquoi ou comment elle s'était retrouvée du côté de Bellatrix alors qu'elle avait toujours tellement aimé Andromeda. A présent un nouveau choix s'ouvrait à elle. Enfin, ce n'était pas vraiment un choix, puisqu'elle savait depuis longtemps qu'elle devrait le faire lorsqu'elle aurait fini ses études. On ne lui avait pas demandé son avis, un jour elle avait simplement reçu une lettre de ses parents lui disant qu'à sa sortie de l'école, elle épouserait Lucius Malefoy. Cissy ne pouvait pas vraiment dire que cela lui déplaisait, elle était amoureuse de Lucius ; non ce qui l'embêtait c'était de laisser sa liberté. A peine aurait-elle passé ses ASPICS qu'elle s'appellerait Narcissa Malefoy. Elle aurait voulu avoir le temps pour vivre sa propre vie. Cependant, elle n'avait pas le courage de sa sœur ou de son cousin, jamais elle n'oserait s'opposer à sa famille. Elle n'avait même pas eu le courage de parler de ces doutes à qui que ce soit. Et puis, de toutes manières à qui en parler ? Elle avait perdu Meda le jour où elle avait choisit Bella ; Bella ne l'écouterait pas sur ce sujet, elle lui dirait qu'elle doit faire ce que toute jeune fille de sang-pur un tant soit peu distinguée ferait, c'est-à-dire épouser le mari qui lui a été choisi sans se poser de questions ; Sirius et Regulus étaient encore trop jeunes pour comprendre ce genre de choses, et puis c'étaient des garçons (du moins, jusqu'à preuve du contraire) ; quand à ses soi-disant amies de sa Maison, elles n'étaient en fait que des camarades de classe, qui plus est presque aussi commères que Skeeter (presque, parce qu'autant il fallait vraiment le faire). En parlant de Skeeter, l'an passé, Narcissa n'avait rien trouvé de mieux que d'écrire au Gossip Witch Magazine pour faire part de ses incertitudes. Non mais quelle idée. Heureusement, elle n'avait pas signé, sinon ç'aurait été un véritable déshonneur pour sa famille. Pour dire à quel point elle se sentait pitoyable… Elle soupira et voulut se replonger dans son livre, mais elle n'avait toujours pas envie de le lire. Finalement, elle ressortit de son sac la lettre de Lucius qu'elle avait déjà lu une bonne dizaine de fois depuis ce matin et entreprit de la relire encore une fois.

~...~

Il était déjà tard et Lily ne dormait pas. Elle ne voulait pas dormir. A chaque fois qu'elle fermait les yeux, son cauchemar lui revenait en tête. Et elle ne voulait plus. Elle ne comprenait pas pourquoi elle faisait ce rêve, pourquoi il revenait aussi souvent depuis quelques temps et surtout pourquoi le faisait-elle toujours de façon continue pendant tout le début du mois de mai. Hors Lily était fatiguée et ses yeux se fermèrent. Elle lutta pour rester éveillée encore, mais elle finit par sombrer dans le sommeil.

Noir. Il fait tout noir autour d'elle. Elle a peur. Elle pleure. Il entre, s'approche d'elle et doucement lui dit d'arrêter, de se taire. Instantanément, elle s'exécute, mais elle tremble. Il murmure qu'il va revenir, puis il sort. Elle ferme les yeux et ne bouge plus, ne pleure plus, ne tremble même plus. Elle guette le moindre bruit de pas qui montrerait son retour. Elle ne sait pas ce qui est pire, quand il est là ou quand elle sait qu'il va revenir. Elle attend, seule, dans le noir. Elle pense fort à ses parents et à sa Tunie, sa grande sœur. Elle ne sait pas si elle va rentrer à la maison un jour, mais elle veut qu'ils sentent à quel point elle les aime. Elle entend à nouveau des pas. Ses pas. Elle sait que c'est lui. Elle ne sait pas depuis combien de temps elle est là, constamment enfermée dans le noir, mais depuis suffisamment de temps pour apprendre à reconnaître le bruit de ses pas. Il passe, mais ne rentre pas. Ses pas s'éloignent. Et puis, doucement, elle se met à chanter. Une chanson que sa grand-mère Claire lui chante souvent, surtout quand elle a peur. Ça la rassure. Claire dit que ça repousse les monstres. Les monstres ne sont pas forcément laids, elle le sait maintenant. Ce monstre là était tout sauf laid quand il lui a parlé. Il était tout sauf méchant quand il lui a demandé si elle voulait venir avec lui pour voir son bateau magique. Mais maintenant elle sait que les vrais monstres c'est à l'intérieur qu'ils sont laids. Alors pour repousser le monstre, elle chante.

Lily se réveilla en sursaut et regarda autour d'elle. Il faisait déjà jour, mais ses amies dormaient encore. Elle regarda le réveil, il était 6h15. Elle se leva en silence et se prépara, toujours sans faire de bruit. Il était encore très tôt et elle n'avait pas envie de réveiller ses amies. Elle fit vite, puis descendit dans la salle commune. Il fallait absolument qu'elle parle à Alice. Son amie n'était pas encore là. A vrai dire, il n'y avait personne, si ce n'est…
- Tiens salut Evans, lui dit Potter.
Etrangement, il n'avait pas son habituel air plein d'assurance, au contraire, il semblait assez gêné.
- Euh salut, Potter, répondit Lily qui était assez surprise par le fait qu'il vienne lui parler.
- Qu'est-ce que tu fais debout aussi tôt ?
- J'attends Alice, je dois lui parler.
- Ah ok.
- Et toi ? Tu n'es pas avec tes amis ?
- Etrangement, je me suis réveillé en premier, avant Remus même, chose qui n'arrive jamais. A mon avis, il n'est pas normalement constitué, parce qu'on dirait qu'il n'a pas besoin d'autant d'heures de sommeil que le commun des mortels.
« C'est sûr… », pensa Lily.
- Enfin bref, du coup je les attend ici.
- Et tu lis ?
- Oui.
- Je ne savais pas que tu savais lire.
- Ha ha, très drôle Evans.
- Je sais, merci.
- C'était ironique.
- Ah bon ? Dommage.
- Tu…, commença-t-il.
Mais il fut interrompu par Alice qui venait d'arriver, de bonne humeur, comme toujours.
- Salut Lily ! Salut James ! Ça va ? Qu'est-ce que vous faites debout aussi tôt ?
- Et toi ? s'étonna Lily qui avait plutôt l'habitude de voir sa meilleure amie se lever en retard.
- Oh, euh, j'ai rendez-vous avec…
- …Frank, compléta la rouquine.
Un sourire illumina le visage d'Alice.
- Oui. Et je ne voulais pas être en retard pour une fois. Mais du coup, je suis très en avance.
- Je vois.
- Et toi ? Tu ne m'as toujours pas répondu.
- En fait, je voulais te parler.
- D'accord allons faire un tour, vu qu'on a le temps. Tu nous excuse James.
- Mais bien sûr, répondit Potter avec toute la courtoisie possible.
Et les deux filles sortirent de la salle commune, tandis que James se demandait de quoi elles pouvaient bien parler.

FIN DE LA TROISIEME PARTIE