A/N : Salutations à tous! Je sais…je sais…c'était long…encore une fois…Pardonnez-moi…j'avais des heures impossibles au boulot T_T Mais bon…la voici la voilà, cette suite!

Chapitre 28: Je survivrai

Sur la branche d'un jeune lilas blanc, le papillon se pose, s'imprégnant du nectar parfumé et si invitant de la fleur immaculée. Ses ailes d'un orange flamboyant arborent quelques taches de blanc et de noir, ça et là, question d'épater la galerie. Ce qu'elle peut être fière, cette frêle créature, d'être aussi belle. Elle n'envie rien au panorama de fleurs estivales qui se livre une guerre sans merci pour obtenir l'attention des insectes butineurs. Parmi les pétales et le parfum, ce petit papillon était roi et maître.

Une paire d'yeux dorés donna un supplément d'attention au monarque resplendissant. Le papillon ignore que la créature qui le regarde pourrait mettre fin à sa parade de séduction en un claquement de doigt, volatilisant sa beauté, faisant oublier aux fleurs le petit papillon qui a flirté avec leurs pétales.

Comme si le petit papillon venait tout juste de flairer le danger, il s'envola, quittant ses concubines les fleurs, pour se laisser porter vers d'autres cieux.

Sesshomaru se permit de pousser un léger soupir et de tourner la tête vers le centre de ses pensées. Rin dormait toujours, au pied du saule, sans doute exténuée par leur nuit d'ébats passionnés. Il fut presque déçu qu'elle n'ait pu voir la créature ailée, il savait qu'elle l'aurait aimée. Depuis qu'elle était toute petite, elle adorait les papillons.

Un jour, alors qu'elle en avait tué un par accident, elle avait versé quelques larmes, mais elle s'était retenue pour le reste, ne voulant pas que Jaken peste sur elle. Sesshomaru lui a tout de même laissé le temps de faire une petite sépulture pour la défunte créature. Comme prévu, cela avait été suffisant pour qu'elle retrouve sa bonne humeur.

Toutefois, il ne s'était jamais donné la peine de lui expliquer que la plupart des papillons vivent tout au plus quelques semaines. Que même si elle faisait tout son possible pour les aimer et les protéger, aucun de ses efforts ne lui permettrait de rallonger l'éphémère vie de ces petites créatures. Une fois sortie de leur cocon, une fois leur nouvelle vie débutée…leurs minutes sont comptées.

Sesshomaru regarda Rin de nouveau. Il y avait à peine un an, quand Rin avait refusée de le suivre à l'Ouest, et qu'elle s'était réfugiée chez Inu-Yasha…elle n'était qu'une enfant dans l'âme, même si elle sortait déjà de sa puberté sans le savoir. Un petit papillon tout jeune, qui savait à peine voler. Quatre saisons plus tard, tout était si différent, elle savait déployer ses ailes si majestueusement, elle était une femme de tout son être. Elle était méconnaissable.

Sesshomaru remonta un peu plus loin encore dans sa mémoire. Il y a à peine quatre ans. Rin venait juste d'avoir treize ans. En tout point, elle n'était encore qu'une enfant…une enfant à son crépuscule. Tout avait basculé rapidement. Soudainement, à peine quelques mois… et elle était devenue si grande, ses formes embryonnaires ont pris de l'ampleur et…ça y est, elle était devenue fertile. À son grand malheur, il avait dû commencer à vivre avec tous ses youkais qui la guettaient une fois par mois. Tout était si rapide, si soudain.

Sesshomaru n'arrivait pas à se ressaisir… alors qu'il savait bien que tout cela était normal. Rin est humaine. Les humains se reproduisent par milliers, leurs progénitures naissent, grandissent à une vitesse spectaculaire, maturent, se reproduisent à leur tour…et meurent. Le cycle de la vie quoi. Les papillons vivent quelques jours, les humains quelques dizaines d'années, et les youkais, un millénaire. Chacun son cycle, chacun sa vie.

Le temps, une notion cruelle et imprévisible…à la fois infiniment rapide et infiniment lente. Par exemple, Sesshomaru trouvait que Rin avait grandit très vite…même si sa croissance avait duré plusieurs années. Par contre, ces derniers mois sans elle s'étaient écoulés à une lenteur indéfinissable. Chaque jour, chaque seconde sans elle, une torture pour son cœur meurtri. Il savait que cela avait été la même chose pour elle. Il ne voulait plus vivre une telle torture. Le papillon l'avait conquis, il avait besoin de le voir déployer ses ailes. Il s'en voulut une fois de plus de ne pas avoir posé la question à Rin…LA question…qui devait la convaincre de rester près de lui…

«Sesshomaru-sama?», s'enquit une voix douce, mélodieuse et si familière. Il la vit s'asseoir à côté de lui. Il la vit jeter un regard rapide sur son torse, il n'avait pas remis le haut de ses habits suite à son réveil.

Elle ne portait que son kosode, la robe en dessous de son yukata. Il refoula une envie de se jeter sur elle de nouveau…

Refouler les instincts, il devait.

«À quoi pensez-vous, tout seul, comme ça, près de la rivière?», s'enquit-elle d'une voix toute endormie.

Il leva un sourcil, la vague de saké avait passé, semant la destruction dans son organisme, et le privant d'une facilité à exprimer ce qu'il pensait…le seul avantage de ce breuvage d'ivrogne.

«Ne m'appelle pas sama, Rin…», dit-il, comme pour détourner l'attention du sujet principal.

Elle le darda d'un sourire espiègle. Encore cette histoire de sama.

«Pourquoi?»

«Tu es toi-même une sama…avec ce que tu m'as fait vivre cette nuit.»

Elle écarquilla les yeux et vira écarlate. Elle fixa le sol.

«Tu devrais te laver et t'habiller maintenant, avant que des humains n'apparaissent dans les parages…»

«D'accord…Sesshomaru…»

Sesshomaru refoula un sourire, se sentant victorieux.

Rin se leva paresseusement et se dirigea vers la rivière. Elle y trempa le bout de ses orteils. L'air satisfaite, elle dénoua son obi et laissa tomber ses vêtements sur le sol, exposant sa peau au soleil matinal. Les yeux d'ambre restèrent figés sur la silhouette divine. Elle jeta un œil derrière son épaule et vit Sesshomaru la regarder. Elle n'était plus rouge, le sourire espiègle était de retour.

Sesshomaru pesta mentalement.

Elle se glissa délicatement dans la rivière et s'immergea dans l'eau fraiche.

«Vous ne voulez pas me rejoindre?»

Il pesta encore.

«Ne me vouvoie pas Rin…Et non, il n'est pas utile de te rejoindre. Je suis déjà passé par là pendant que tu dormais»

Rin remarqua qu'il avait encore les cheveux humides, il disait vrai. Elle lui lança quand même de petits yeux penauds.

«V…heu...tu en es sûr?»

«Je suis désolé, il ne vaut mieux pas», répliqua-t-il.

Heureusement, elle comprit le double sens de sa phrase et n'insista plus. Il sentait des humains, encore loin, mais ils se rapprochaient. Peut-être des chasseurs du village. Ils ne sont pas une menace. Mais valait mieux éviter les positions compromettantes devant les villageois. Il en fallait si peu pour semer l'émoi.

Déjà, la démarche hésitante de Rin et ses vêtements froissés risquaient de faire parler. Il ne fallait pas leur donner plus d'armes…Et de toute façon, Rin avait besoin de tranquillité pour reprendre ses forces…Raison pour laquelle il s'était levé très tôt dans la nuit pour s'éloigner d'elle. Pauvre Rin…si fragile…elle croyait le connaître, mais elle savait encore si peu sur lui.

Par exemple, elle ignorait que leur proximité devenait de plus en plus difficile à supporter pour Sesshomaru. Ce que les humains appellent parfois « horloge biologique » et que les youkais appellent « période d'imprégnation » le torturait atrocement. Pourtant, il avait bien été prévenu… Lorsqu'un Inu youkai s'attache trop longtemps à la même partenaire, un besoin purement biologique se présente…celui de vouloir féconder la dite partenaire. Au cours de cette période, plus le temps file, plus le besoin devient urgent.

L'envie de sentir sa descendance prendre forme en elle devenait de plus en plus pressante. Il aurait tellement souhaité sentir sa future progéniture dans le ventre de Rin…mais pour le moment, il ne détectait rien. Aucun changement dans le parfum de sa protégée… comme si leur nuit d'amour intense n'avait pas été suffisante pour briser la barrière que Rin avait créée en elle.

Sesshomaru prit note de convaincre Rin de cesser de prendre ses herbes stérilisantes…

Satisfaite, Rin sortit rapidement du cours d'eau et profita de la brise estivale pour se sécher rapidement. Elle enfila ses dessous et regarda son kimono avec une mine déconfite. Elle se résigna à l'enfiler et à bâcler le nœud de son obi. L'apparence générale était désastreuse, de toute façon.

C'est alors qu'elle remarqua le papier sur le sol. Elle le prit et le lut de nouveau.

Rin, es-tu prête?

Hateshinai, ton destin.

3 jours seulement.

Elle poussa un léger soupir. Elle n'arrivait pas à deviner qui pouvait bien lui écrire tous ces mémos. Elle avait pourtant l'impression que la réponse était évidente…

Elle savait qu'il valait mieux ignorer toutes ces lettres…ces avertissements empestaient le guet-apens. Mais elle ne pouvait s'empêcher d'être curieuse. Sa raison lui disait de tout ignorer, mais son fort intérieur la persuadait de foncer. Elle ne pourrait jamais refuser cette invitation sans le regretter atrocement, elle le savait.

Elle ramassa les vêtements de Sesshomaru qui trainaient toujours par terre et les déposa près de lui. Il regardait à l'horizon avec le même air impassible qu'à l'accoutumée, mais Rin pouvait remarquer qu'il avait les traits légèrement tirés. C'était si rare qu'il affichait des signes de fatigue. Elle refoula un sourire. Même les youkais peuvent être lendemain de veille, on dirait…

Mais elle n'allait surtout pas lui faire remarquer. Mauvaise idée. Elle s'assit près de lui.

«Est-ce que ça va?», s'enquit-elle.

Il tourna finalement la tête pour la regarder, mais il resta silencieux.

«Heu…qu'est-ce qu'il y a? Pourquoi me regardez-vous comme ça?»

Il tendit la main pour caresser son visage, frôlant de ses jointures la joue de sa protégée.

«Le reflet du soleil, sur tes cheveux et ton visage…te rend encore plus belle», observa-t-il, comme s'il donnait ses impressions sur une œuvre d'art.

Elle le darda d'un sourire comme seule elle pouvait le faire.

«Dommage que je ne puisse pas immortaliser cette image…», continua-t-il.

«…Malheureusement…je ne crois pas qu'il y ait d'artiste dans les parages…»

Il détacha son regard de son visage, et retourna à sa contemplation de la rivière.

«Dites…Sesshomaru-s…argh…Sesshomaru?»

Elle n'eut pas de réponse. Mais elle savait qu'elle avait toute son attention.

«Est-ce que vous savez où sont…les Monts Hateshinai?», s'enquit-elle, d'une curiosité innocente. Il se contenta de froncer les sourcils.

«Pourquoi souhaites-tu savoir?», répliqua-t-il.

«Heu…je suis curieuse, c'est tout», souffla-t-elle. Elle connaissait l'instinct protecteur de Sesshomaru, et elle se doutait qu'il était plus sage d'être discrète au sujet de toutes ses correspondances.

«Hmph…De la simple curiosité, tu dis?», s'enquit-il, l'air sceptique. «Où as-tu entendu parler des Monts Hateshinai, Rin?»

Rin eut cette drôle d'impression qu'elle avait vu juste.

«Je…je ne sais plus. Je crois que c'était lorsque nous étions au Nord…mais je ne me rappelle plus qui m'en a parlée», dit-elle, faisant de son mieux pour camoufler la culpabilité qui l'envahissait. En fait, elle ne mentait qu'à moitié. Elle était certaine d'en avoir entendu parlé durant la quête, mais elle ne se rappelait plus dans quel contexte. Constatant qu'il restait silencieux, elle lui jeta un regard de biais, et comprit instantanément qu'il ne gobait pas son histoire.

«Alors cette information est importante, mais tu ne te rappelles plus pourquoi?»

«Importante…je ne sais pas…», rétorqua-t-elle avec agacement. «Pendant la quête, j'ai voulu vous le demander…mais…ça m'est sorti de l'esprit, c'est tout…»

«C'est mieux ainsi», répliqua-t-il.

«Pourquoi?»

«Hmph…» Il resta silencieux un instant, laissant les clapotis répondre à Rin en premier. «Quand tu te rappelleras pourquoi tu voulais savoir, peut-être te donnerais-je plus de détails…»

«Mais…»

«Rin, je ne vois pas pourquoi je t'expliquerais où sont les monts Hateshinai Tu n'a quand même pas l'intention de te rendre à un pareil endroit…n'est-ce pas?», la questionna-t-il en lui lançant un regard perçant.

Rin secoua la tête, ce qui sembla le satisfaire momentanément. Lorsqu'il détourna le regard, elle fit la moue, et fixa elle-aussi la rivière. Elle avait vu juste. C'était sans doute un endroit dangereux et manifestement, il ne voulait pas qu'elle s'y rende. Sans compter que son humeur plutôt massacrante ne semblait pas aider sa cause! Rin n'insista pas davantage. Elle savait que si elle lui parlait de tous les messages qu'elle avait reçus, il ne la laisserait jamais y aller… Et pourtant…

Elle était persuadée qu'elle devait s'y rendre. Que ce rendez-vous…même s'il n'était probablement qu'un piège, était sans doute de grande importance. Et pour une raison qu'il lui échappait, elle savait qu'elle devait se rendre seule…Elle devait affronter ce destin…toute seule…

Mais…un doute traversait son esprit…allait-elle réellement cacher ses intentions à Sesshomaru? Peut-il serait-il mieux de le…consulter? Elle lui jeta un œil furtif, et remarqua sa mine préoccupée.

«Quelque chose vous trouble…Sesshomaru-sama?»

«Je t'ai déjà dit de ne plus m'appeler de cette façon…»

«Mais je ne suis, je ne suis pas…». Agacée, elle soupira et ne termina pas sa phrase, retournant de nouveau à la contemplation la rivière.

Il savait très bien où elle voulait en venir. Elle avait sans doute voulu lui dire…qu'elle n'était pas sa femme, ni la dame de l'Ouest, et qu'elle ne peut pas s'autoriser une telle informalité. Toutes les raisons étaient bonnes. Mais il en avait marre, il voulait en finir avec cette barrière hiérarchique.

«Rin…»

Elle tourna la tête pour le regarder.

«Oui?»

Lui aussi était tourné vers elle, mais ses yeux fixaient le sol, il semblait presque embarrassé. Il ne prononçait plus un traître mot. Elle se sentit ému par la vulnérabilité qu'elle lisait en lui. Sesshomaru était déjà infiniment splendide lorsqu'il arborait son armure de glace. Mais quand il l'enlevait, c'était incomparable, elle se sentait infiniment privilégiée qu'il la laisse le voir dans un tel état.

Elle ignorait ce qu'il voulait lui dire, mais elle savait qu'elle devait l'écouter, que ce soit une bonne ou une mauvaise nouvelle. Elle posa sa main sur la sienne, pour lui donner la détermination qu'il lui manquait toujours.

«J'ai à te parler…», dit-il, d'une voix basse.

«Je sais…», répondit-elle, dans un murmure.

«C'est important…»

«Je sais…oui»

«J'ai…beaucoup réfléchi, et j'ai compris que…»

«QUI VA LÀ?», lança une voix rauque et bourru.

Rin sursauta, mais elle ne savait si c'était dû à la voix, ou à cause de l'éclair de rage qui avait traversé le regard de Sesshomaru. Il termina de s'habiller, pour faire face aux humains qui ne tenaient évidemment pas à préserver leur courte existence.

«Sesshomaru…», murmura Rin.

Il jeta un œil meurtrier derrière son épaule et vit trois chasseurs de village s'immobiliser…quand ils réalisèrent à qui ils faisaient face.

Les trois étaient paralysés de terreur. Rin ne voyait plus le visage de Sesshomaru, mais elle se doutait que son expression était à l'origine de leur frayeur.

Ça…et le fait aussi qu'ils étaient à l'extérieur du village, avec personne pour leur venir en aide. Trois chasseurs humains contre un Inu-youkai, l'issue était évidente. Rin refoula un sourire, quand elle se rappela qu'à l'intérieur de la forêt, en terres sauvages, c'était la loi des youkais qui dictait tout. La loi du plus fort, et de la destruction. Selon les principes youkais, les humains ne valaient pas mieux que des fourmis.

Et les fourmis venaient tout juste de déranger abruptement…l'un des plus puissants youkais toujours en vie. Celui aussi qui portait à la fois les mots « perfection » et « cruauté » dans son nom.

Rin se releva lentement, comme si tout mouvement brusque pouvait déclencher une catastrophe. Elle savait que Sesshomaru avait déjà tué pour bien moins.

Avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, les trois hommes reculèrent lentement, et, réalisant que Sesshomaru n'avait toujours pas dégainé son arme, ils s'enfuirent dans les bois.

Sesshomaru se releva brusquement, apparemment de mauvaise humeur.

«Allons nous-en…»

Rin fut déçu qu'il ne poursuive pas la conversation qu'il avait débutée, mais se résigna à le suivre.

«Où allons-nous, maintenant?», s'enquit Rin, déçue de voir que Sesshomaru se dirigeait vers le village.

«Ces pestes sont partout…», murmura-t-il avec dédain. «Comment fais-tu pour les supporter, Rin?»

Il lui fallu quelques instants pour qu'elle comprenne qu'il parlait des villageois…et non de vermines quelconque.

«Heu…je le fais, c'est tout…»

«J'en ai assez vu. Cette mascarade doit cesser…», dit-il sèchement.

Ils entrèrent dans le village. C'était maintenant le début de l'après-midi. Rin se sentit horrifiée quand tous les regards se tournèrent vers elle. Une fois de plus, elle aurait souhaité pouvoir disparaître, et ne plus jamais avoir à affronter les vautours qui la guettent.

«Allons à ma hutte», murmura-t-elle.

«Non», rétorqua-t-il abruptement.

«Mais…qu'avez-vous l'intention de faire?», questionna-t-elle, de plus en plus inquiète. Elle commençait à croire qu'il s'apprêtait à faire…une tuerie?

«Un spectacle», répliqua-t-il.

Rin ravala sa salive.

«Rin!», s'écria une voix derrière elle.

Elle pressa le pas, mais Sesshomaru la prit délicatement par le bras et la força à s'arrêter. Quand elle tourna la tête, elle vit un sourire cynique se dessiner sur les lèvres du youkai.

Elle n'aimait pas ce sourire.

«Cela a assez duré, Rin», dit-il simplement.

Elle écarquilla les yeux. Elle ignorait ses réelles intentions, mais elle se doutait que les choses allaient dégénérer. Elle était prise au piège.

Tous ces mois, elle avait fait de son mieux pour esquiver les ennuis. Mais Sesshomaru est tout sauf un fuyard, et il avait apparemment l'intention de le démontrer…coûte que coûte.

«Rin!», s'écria de nouveau la voix. Celle d'Ichiro, le garçon harcelant. Il courait vers eux. Il s'arrêta devant Rin, la respiration haletante et l'air mécontent.

«Où étais-tu, hier?», la questionna-t-il avec indignation. Rin cessa de respirer, elle avait presque oublié qu'elle lui avait faussé compagnie.

«Je…heuuu…»

«Après tout ce que j'ai fait pour toi, c'est comme ça que tu me remercies?», s'emporta-t-il. Il était en colère désormais. La foule commençait à se rassembler autour d'eux.

«Je suis désolé Ichiro…je sais que ce n'était pas très courtois de ma part», dit-elle finalement. Cela ne servait à rien de nier.

«Pourquoi as-tu fais ça?», rétorqua-t-il, d'une voix de plus en plus forte.

« Pourquoi lui poser une telle question? », s'enquit Sesshomaru, d'un ton narquois.

Ichiro lança un regard mauvais au youkai et s'approcha de quelques pas. Il rougissait de colère.

« Tu ignore la réponse?», continua Sesshomaru.

«C'est…c'est parce que tu étais avec ce crétin?», s'emporta Ichiro, en ne quittant jamais Sesshomaru des yeux.

«Ichiro…», murmura Rin.

«Je t'ai cherché partout ce matin, Rin…tu étais avec lui, c'est ça?»

«Ichiro, je suis désolé mais…je n'ai pas de compte à te rendre. Je ne suis pas ta femme, ni ta copine. Je fais ce que je veux», rétorqua Rin, qui avait réussi à rassembler tout son courage.

Le gaillard tourna la tête vers elle. «Comment peux-tu me dire ça?»

«C'est la vérité, Ichiro!»

«Tu préfères fricoter avec lui?», dit-il en pointant un doigt accusateur vers le youkai, que Sesshomaru fixa avec dédain. «Il profite de toi! Il te fait passer pour une pute de youkais!»

«Je ne profite pas de Rin», l'interrompit Sesshomaru.

«Ah non? Et à part la tripoter et l'abandonner quand elle te fera un hanyou, qu'est-ce que tu peux lui apporter, youkai?», s'énerva Ichiro en s'approchant de Sesshomaru.

Rin ravala sa salive. Ichiro était grand, très grand. Plus grand, et plus costaud que Sesshomaru. Néanmoins, elle savait que c'était l'humain qui était en danger, même si Sesshomaru devait lever la tête pour le soutenir du regard.

Si la situation n'avait pas été aussi grave, cette vue aurait sans doute été cocasse.

«Que sais-tu de mes intentions, mortel?», rétorqua Sesshomaru, impassible comme jamais.

«Tu ne peux pas l'aimer! Elle est d'une espèce que tu méprises! Tu ne lui fais que du mal!», cria Ichiro.

« Tu m'as vu lui faire du mal?», s'enquit Sesshomaru en levant un sourcil.

«NE JOUE PAS LES IMBÉCILES! À cause de tes sortilèges de merde, elle ne veut pas de mari! Elle s'empêche de vivre à cause de toi!»

«Normal qu'elle ne veuille pas de mari, avec un pareil abruti qui la traque comme un gibier…»

Hors de lui, Ichiro prit Sesshomaru par la gorge, et le leva de terre. Le youkai n'essaya même pas de résister, un sourire cruel se dessinait sur ses lèvres.

Rin était prise d'étourdissements. C'était l'horreur. Les villageois autour commençaient à s'exciter, s'imaginant un instant que le fils du forgeron pouvait chasser le youkai sanguinaire.

Elle était sans mot, elle ne savait plus ni que dire, ni que faire, ne sachant plus pour qui elle devait réellement s'inquiéter.

«Alors, c'est qui le gibier, maintenant, hein?», rétorqua Ichiro, avec arrogance.

«Tu veux mourir?», s'enquit Sesshomaru. Ichiro le serra davantage, empêchant le youkai de respirer.

«C'est toi qui va crever, imbécile», rétorqua Ichiro.

«Ichiro, arrête!», s'énerva Rin.

«C'est moi le plus fort Rin!», beugla-t-il.

Rin eut envie de le frapper…Quel idiot…comment pouvait-il croire à une pareille sottise? N'avait-il pas deviné que Sesshomaru ne lui laissait une longueur d'avance que pour le narguer?

«Sesshomaru! Ne le tuez pas ! S'il vous plaît!», s'écria Rin, qui sentait la fin approcher.

Le youkai fronça les sourcils, Rin lui gâchait quelque peu son plaisir, lui rappelant soudainement qu'il devait éviter les meurtres pendant qu'il était dans ce village de vermines. Il devait donc éviter d'utiliser ses griffes empoisonnées. Constatant que le bras du molosse était plus long que le sien, essayer de lui asséner un coup de poing ne serrait qu'une humiliation. Il se contenta de mettre une main sur le poignet du géant et…serra…

Ichiro essaya au début de garder son flegme, mais après quelques secondes, une fumée suspecte émanant d'entre les doigts de Sesshomaru le fit hurler comme un animal. Il laissa tomber le youkai —qui atterrit sur ses deux pieds— et se jeta sur le sol, tenant fermement son poignet brûlé par l'emprise de son adversaire.

«Sesshomaru! Ichiro, arrêtez!», paniqua Rin.

Sesshomaru resta immobile. Il attendit qu'Ichiro se relève. Enragé, l'humain courra vers lui, dans l'espoir d'étamper ses jointures dans le visage de son rival. Pas de chance, il ne vit même pas Sesshomaru l'esquiver tellement il était rapide. Le youkai profita des quelques instants de confusion d'Ichiro pour lui asséner un coup de poing bien senti. Ichiro vola dans les airs et s'écrasa pathétiquement sur le sol, complètement sonné.

Quelques hommes courageux de la foule se jetèrent sur le jeune homme, pour le protéger d'attaques supplémentaires.

«Laissez-le tranquille, il a eu sa leçon!», s'écria l'un d'entre eux, qui cachait mal sa terreur.

Une satisfaction cruelle se dessina sur les lèvres du youkai.

«Hmph… ».

Sesshomaru tourna les talons. Toute la foule se trouvant sur sa trajectoire se dispersa abruptement. Rin était perplexe. Elle jeta un œil désolé vers Ichiro.

Bien sûr, il l'avait cherché…mais bon…Elle tourna les talons elle-aussi, pour rattraper Sesshomaru.

«Tu sais que j'ai raison, Rin», balbutia Ichiro.

Rin lui lança un regard confus par dessus son épaule.

«Tu court à ta propre perte…», continua-t-il.

«Ichiro, la ferme!», beugla un villageois.

«Il ne pourra jamais prendre soin de toi comme moi, ou comme n'importe quel autre homme de ce village…»

«En quoi suis-je une si terrible alternative?» s'enquit Sesshomaru avec irritation, en se tournant subitement vers l'homme qui était toujours cloué au sol. Rin sursauta, surprise que Sesshomaru réagisse de cette façon.

«Tu ne pourras jamais associer ton sang à celui de Rin sans la couvrir de honte»

«De honte? Alors tu crois que Rin aurait honte de porter mon enfant?», s'enquit Sesshomaru.

Ichiro écarquilla les yeux, Rin aussi.

«Oui! Parce que ce serait une demi-race, un bâtard quoi! Un enfant hors mariage! À ce que je saches, une créature dans ton genre ne voudra jamais épouser Rin…»

«Serais-je venu jusqu'ici si je n'avais voulu que d'une concubine?», rétorqua le youkai. Il n'était plus qu'à quelques mètres d'Ichiro, qui ne s'était toujours pas relevé, comme s'il craignait quelconques représailles de son assaillant.

Ichiro le regarda, ouvrit la bouche et la ferma plusieurs fois. Il était tout à coup sans voix.

«Écoute-moi, triple idiot. Rin est à moi, et je ne suis venu ici que pour la ramener chez elle. Est-ce clair?», souffla Sesshomaru d'une voix dangereuse, à peine plus forte qu'un murmure.

Ichiro était coi.

Satisfait, Sesshomaru tourna les talons. Lorsqu'il vit le visage blanc comme neige de Rin, il comprit qu'il lui devait des explications.

En réalité…quelle explication pouvait-il lui fournir? Le pot aux roses était enfin découvert.

Il retint un soupir. Il aurait voulu que les circonstances soient plus harmonieuses. Il avait compté lui dire près de la rivière, par exemple…mais il était trop tard pour douter. Lorsqu'il arriva devant elle, il la regarda longuement et glissa une de ses mèches sombres derrière son oreille.

«Sesshomaru?», s'enquit-elle d'une toute petite voix.

Il baissa les yeux vers les mains de la jeune femme. Il prit l'une d'entre elle dans les siennes, et sans jamais quitter Rin des yeux…

Il s'agenouilla.

«Sesshomaru!», s'écria Rin, pétrifiée. Non, c'était impossible. Impensable! Allait-il vraiment?

«Rin…Tu sais que je ne suis pas très loquace, mais je ne peux plus te cacher mes intentions…»

«Vos…intentions?»

«Oui…» Sesshomaru ferma les yeux un instant et prit une grande respiration, comme s'il cherchait le meilleure moyen de verbaliser sa pensée.

«Ces derniers mois m'ont prouvé à quel point ta présence à mes côtés est inestimable…»

«…C'est pareil pour moi, Sesshomaru-ssama», balbutia-t-elle avec le trémolo dans la voix. Ses yeux s'emplissaient d'eau.

«Tu m'a quitté, car tu crois être ma plus grande faiblesse, mais c'est entièrement faux. C'est tout l'inverse…»

Malgré l'emprise chaude de Sesshomaru, elle sentait sa main se glacer, et son coeur battre comme s'il allait exploser. L'émotion était trop forte. Rin sentit une timide larme couler, puis une deuxième …

«Je t'aime Rin. Je n'ai jamais aimé qui que ce soit comme je t'ai aimé. J'ai besoin de t'avoir à mes côtés, aussi longtemps que possible…»

Elle n'en pouvait déjà plus, elle pleurait désormais à chaudes larmes.

«Sesshomaru…relève-toi…s'il te plaît», murmura-t-elle entre deux sanglots, mais il resta immobile. Malgré l'intensité de son regard, rien ne pouvait la préparer pour ce qu'il s'apprêtait à lui dire.

«Rin, je suis venu te chercher, car je souhaite que tu deviennes ma femme.»

Rin plaça sa main libre sur son visage, comme pour se cacher du reste du monde, et pour effacer les étoiles qui hantaient désormais sa vision. Elle n'arrivait pas à y croire. Elle avait cru à 100 000 scénarios, mais celui-là…

Depuis longtemps, elle avait perdu espoir.

«Sesshomaru…». Elle tomba à genoux pour être à son niveau, elle n'arrivait pas à supporter qu'il s'incline de cette façon devant elle, c'était complètement contre-nature. «Mais…mais…»

«Si tu deviens ma femme, tu deviendras aussi la Dame de l'Ouest, tu vas porter mon héritier…et nous régnerons ensemble…»

«Mais…Sesshomaru…cela veut dire que vous renoncez à l'idée d'avoir une descendance youkai?»

«Cela n'a plus d'importance. Ma crainte de te perdre est désormais beaucoup plus grande que mon aversion pour les hanyous…»

«Et…je suis mortelle…Sesshomaru…Mon règne serait excessivement court comparé au vôtre, vous êtes sur que…»

«Je m'en fiche Rin. Tu as tant fait pour moi…pour l'Ouest! Aucune femme —youkai ou humaine— ne mérite plus ce titre que toi. Même si cela signifie que ton règne sera le plus court de l'histoire. Même si mon union avec toi pousse l'Ouest à l'insurrection et à mon exil. Si tel est le cas, je reviendrai et je reconquerrai tout ce qui m'appartient, car avec toi à mes côtés, il n'y a rien hors de ma portée…»

«Sesshomaru!», souffla Rin, en se jetant dans ses bras. Elle le serra du plus fort qu'elle le pouvait et laissa les larmes couler. Sesshomaru se contenta de l'enlacer, dans l'espoir qu'elle se calme…et qu'elle le libère de l'interminable attente. Mais elle continuait de pleurer, et lui, continuait d'angoisser. Il devait rompre le silence.

«Rin…», murmura-t-il.

«O-oui?»

«Tu ne m'as pas répondu…», dit-il, d'une voix basse, en brisant leur étreinte. «…Accepte-tu de m'épouser?»

Malgré toutes les larmes qui brouillaient sa vision, Rin sourit.

«Sesshomaru…toute ma vie j'ai rêvé de cet instant! Bien sûr que j'accepte!», dit-elle en se jetant de nouveau dans ses bras, mais c'est lui qui la serra le plus fort.

La foule vengeresse était désormais émue. Le terrible youkai avait conquis le cœur des villageois, et la jeune Rin fut émancipée de leur mauvaise langue.

Rin avait un sourire aux lèvres lorsqu'elle entra dans sa hutte. Elle venait de subir une vague d'étreintes et de joie, provenant de Miroku, et Shippo, et —surtout— Sango. Elle avait réussi à s'échapper quelques instants, afin de retrouver celui qui occupait son cœur et ses pensées.

Sesshomaru était caché là, au fond de la petite hutte, à griffonner sur un bout de papier, concentré comme s'il préparait une invasion tactique.

«Qu'est-ce que tu fais?», s'enquit-elle dans un murmure.

«Je repousse les célébrations», dit-il simplement.

«Hm? Pourquoi?»

«Les célébrations seront aussi l'occasion de célébrer notre mariage. Il nous faudra au moins un mois supplémentaire pour être prêts», expliqua-t-il.

«Ah bon? Les mariages youkais, c'est si compliqué?», s'enquit-elle innocemment.

«Malheureusement, la monarchie Inu est beaucoup trop superstitieuse», répondit-il avec exaspération. «Tu comprendras en temps et lieux», précisa-t-il lorsqu'il vit son regard inquisiteur.

«Hé Rin!»

L'interpelée tressaillit, au son de la voix rauque d'Inu-Yasha. Elle se retourna pour lui jeter un œil. Il se tenait dans l'entrée de sa hutte, appuyé contre le cadre de la porte.

«Les gens dehors veulent te voir!», dit-il d'un ton ennuyé.

«Oh!». Elle jeta ensuite un œil à Sesshomaru.

«Profite de leur présence, Rin. Nous devrons partir très bientôt»

«Pas aujourd'hui quand même?», s'interloqua-t-elle.

«Le plus tôt sera le mieux»

«Tu l'as compris? Allez, viens Rin!», s'impatienta Inu-Yasha en l'attrapant par le poignet.

«D-d'accord!»

À sa grande surprise, personne ne l'attendait à l'extérieur. Sango, Miroku et Shippo semblaient absorbés dans leur conversation, Rin remarqua qu'ils parlaient de l'altercation entre Sesshomaru et Ichiro, mais elle n'eut pas le temps d'entendre tous les détails, Inu-Yasha l'éloignait du reste du groupe, la traînant vers l'extérieur du village, dans les bois.

«Inu-Yasha, qu'est-ce qui se passe? Où allons-nous?», s'enquit-elle.

Mais Inu-Yasha se contenta de lui lancer un regard courroucé et ne répondit pas. Ils marchèrent en tout une dizaine de minutes dans la forêt. Il s'arrêta finalement, l'air satisfait.

«Voilà…Ici, il ne nous entendra pas!»

«Qui?», s'enquit Rin.

«Sesshomaru!», rétorqua Inu-Yasha.

Rin battit des paupières, elle était de plus en plus confuse.

«Inu-Yasha, je ne te comprends pas du tout. Je crois que tu me dois des explications…»

«C'est toi, qui nous doit des explications, Rin», dit-il avec une mine sombre. Elle le regarda, l'air confuse.

«Tu as ramassé la lettre qui t'était adressée, n'est-ce pas?»

«Heu…oui, je l'ai trouvé chez toi», répondit Rin.

«Je croyais que c'était une lettre que Sesshomaru avait écrite avant d'arriver ici», dit le hanyou. «Finalement, ça venait quelqu'un d'autre, n'est pas?», dit-il en lui lançant un regard perçant. Rin fut pris de court. Ces lettres…Elle avait été si distraite par la présence de Sesshomaru et sa demande de mariage qu'elle n'y avait plus pensé.

«Je…». Elle prit lettre de son obi et la lut de nouveau. «On dirait que quelqu'un essaie de prendre contact avec moi, mais j'ignore qui sait. Je ne sais pas si je devrais répondre aux demandes de cette personne...»

«Une chose est sûre, c'est que cette personne n'a rien d'inoffensive…», rétorqua-t-il. «Aujourd'hui, j'ai reçu une nouvelle lettre», dit-il en lui tendant le bout de papier. Rin la saisit de ses mains, intriguée.

«Il n'y avait pas d'enveloppe», lui fit-il remarquer.

Rin, nous t'attendons, demain au crépuscule

Aux Monts Hateshinai

Ton droit d'honneur est en jeu, n'oublie pas

Tu dois impérativement venir seule

Sinon, tu risques d'avorter ton destin.

Rin leva les sourcils. Destin? Quel destin? Elle vit Inu-Yasha la regarder sévèrement.

«Tu comptes y aller?», s'enquit-il.

«Je…» Rin soupira. «Je ne sais pas. Je n'en sais rien…»

«Faudrais que tu te décides bientôt, tu sais?»

«Je sais! Mais…je ne sais même pas où sont les Monts Hateshinai!», s'énerva Rin, qui se sentit soudainement désemparée. «J'ai essayé de demander à Sesshomaru, mais il n'a rien voulu me dire! Je crois qu'il soupçonne quelque chose…»

«Keh! Il n'a rien voulu te dire? Ça ne me surprend pas!», s'exclama le hanyou avec amusement. «Les Monts Hateshinai…c'est à l'extrême Sud des Terres de l'Ouest…je crois»

Rin écarquilla les yeux. «V-vraiment?»

«Ouais! Si ça se trouve…tu y es peut-être même déjà allé quand tu faisais des patrouilles avec lui sur ses terres!»

«Il semblait dire que c'est un endroit dangereux…» poursuivit Rin, l'air confuse.

Inu-Yasha réfléchit un instant, il prit le papier des mains de Rin et l'examina un instant.

«Ce n'est peut-être pas l'endroit qui est si dangereux…c'est peut-être les gens qui l'habitent! Cette lettre-là empeste le inu-youkai!»

«Inu…youkai?», s'enquit Rin, incrédule. «Tu veux dire…un autre inu-youkai que Sesshomaru?»

«Ouais…j'en suis sûr…» Inu-Yasha lui redonna la lettre, l'air sérieux. «Tu sais…Ça me semble plutôt important tout ça…Pour qu'ils t'envoient toutes ces lettres…»

«Je sais… j'ai vraiment cette impression que je ne peux pas refuser cette invitation…», souffla Rin, l'air pensive.

«Ça ne me dérange pas d'y aller avec toi… si tu ne veux pas en parler à Sesshomaru…»

«Sesshomaru ne veut pas que je m'y rende Inu-Yasha! Je n'ai pas le choix!»

«Ouais…je sais…c'est une tête de mule…je suis bien placé pour le savoir…», rétorqua le hanyou, l'air amusé. «Mais…avant de sauter aux conclusions, tu devrais au moins essayer de lui parler, non?»

«Mais…cela ne gâcherait-il pas mes chances de m'y rendre?»

«Sesshomaru a la tête dure…mais il ne te refuse jamais rien! Peut-être que si tu lui expliques de quoi il en retourne, et que tu lui fais poliment comprendre que tu ne changeras pas d'avis… il acceptera peut-être de t'aider? Après tout, les terres de l'Ouest lui appartiennent, il sait peut-être des choses qui peuvent t'aider…»

Rin regarda une nouvelle fois le papier, comme si elle espérait qu'un nouvel indice jaillisse de l'encre. Elle le plia et le cacha dans son obi.

«Après tout…si tu veux te marier avec lui…tu devrais peut-être éviter de…»

«Lui cacher des choses comme ça? Je sais», continua Rin. «Je crois que tu as raison, Inu-Yasha. Il doit savoir…»

Rin ne pouvait s'empêcher de tortiller nerveusement une mèche de ses cheveux, tandis qu'elle fixait Sesshomaru. Il n'avait toujours pas réagit.

Ils étaient assis à la table de Rin. Inu-Yasha était là aussi. Rin en était heureuse. Malgré le fait qu'elle avait voyagé avec Sesshomaru toutes ces années, elle craignait tout de même sa réaction…Non, elle n'avait pas peur de lui. Elle n'avait jamais eu peur de lui…mais pour une raison qui lui échappait, sa réaction l'inquiétait au plus haut point. Peut-être était-ce ainsi parce qu'elle n'avait pas l'habitude de lui tenir tête?

Rin avait donné tous les mémos qu'elle avait reçus à Sesshomaru. Lui s'était simplement contenté de les déposer sur la table, et de les fixer…comme si chaque bout de papier cachait une énigme qui n'attendait qu'à être résolue. Rin savait qu'il avait depuis longtemps terminé de les lire, ce qui ne la rendait que triplement nerveuse. Il leva finalement la tête pour la regarder. Elle n'aimait pas la sévérité dans ses yeux.

«Alors?», s'enquit-elle, d'une toute petite voix. Comme si Sesshomaru venait tout juste de comprendre l'étendu de ses angoisses, il poussa un soupir, et son regard s'adoucit. Il n'aimait pas voir une telle inquiétude sur le visage de Rin…

«Alors…Rin…tu ignores qui t'a expédié ces lettres?», s'enquit-il, d'une simple curiosité.

«Je l'ignore totalement…», admit-elle, honteuse.

Il prit un des papiers dans ses mains, et le fusilla du regard, comme s'il espérait le voir prendre en feu.

«Elles empestent la traîtrise, Rin…»

La vérité la frappa enfin.

«Negaeri?»

«Quoi? Elle est toujours vivante?», renchérit Inu-Yasha, incrédule.

«Hélas…elle a réussi à s'enfuir suite à son incarcération», répondit Sesshomaru. Une moue cynique se dessina sur ses lèvres. «Les monts Hateshinai…Hmph …Tout ce temps, cette racaille se cachait sur mes propres terres…»

«Qu'aviez-vous l'intention de lui faire?», s'enquit Rin.

«La tuer, bien sûr…Une exécution publique, pour haute trahison, en faire un exemple pour ceux qui souhaiteraient suivre sa voix», rétorqua froidement Sesshomaru. Rin ravala sa salive, elle ne s'attendait à rien de moins.

«Mais…peut-être n'est-elle pas la racaille que vous pensez?», dit-elle timidement.

Elle savait que cette affirmation serait mal reçue par Sesshomaru. Il essaya de camoufler son ennui.

«Une présomption de bonne foi?…Ta bonté est sans limite…»

«Quelque chose me dit qu'elle essaie de se racheter…»

«Se racheter? Rin…Negaeri ne faisait qu'écrire ce que Sasori lui dictait…son parfum de vipère se trouvent sur toutes les lettres…»

«L'Inu-youkai, c'est ça?», s'enquit Inu-Yasha, l'air songeur.

«Sasori…vous…parlez…de votre mère…n'est-ce pas?», répondit Rin.

Sesshomaru grinça des dents à la mention de « mère », mais il se passa de tout commentaire.

«Sasori…oui, l'ancienne Dame de l'Ouest, ma mère…Ses lettres ne sont qu'un subterfuge pour t'attirer dans sa souricière…Si tu vas à sa rencontre, ce sera l'occasion pour elle de te tuer pour de bon»

«Vous saviez qu'elle était aux Monts Hateshinai?», s'enquit Rin. «C'est pour cette raison que vous vouliez pas que je m'y rende?»

«En effet… », répondit Sesshomaru. «J'ignore sa position exacte, mais plusieurs indices me dirigent vers cette région. Je la cherche depuis des mois…je n'arrivais pas à la trouver. J'ai essayé toutes les astuces pour la faire sortir de sa cachette…mais rien n'a fonctionné…», pensa Sesshomaru tout haut, s'abstenant de mentionner qu'il avait déclenché des rumeurs d'union avec Riona uniquement dans l'espoir de piéger sa propre mère.

«Rien ne fonctionne…sauf…Rin», poursuivit Inu-Yasha.

Sesshomaru le fusilla du regard. «Il n'est pas question que Rin soit utilisée comme appât.»

«Mais vous feriez deux pierres d'un coup!», insista Inu-Yasha. «Rin va pouvoir confronter Negaeri et savoir une fois pour toute quelles sont ses réelles intentions, et toi, tu vas pouvoir capturer les deux traitresses!»

«…Inu-Yasha…crétin. Tu crois vraiment que tout est aussi simple?», s'enquit Sesshomaru.

«…Elles veulent que je les rencontre seule…», souffla Rin.

«Exact…Ma mère a malheureusement un odorat très développé. Elle est recherchée, elle ne se montrera pas si ses conditions ne sont pas respectées. Les personnes qui accompagneraient Rin seraient obligées de rester à plusieurs miles de Sasori pour s'assurer de ne pas se faire repérer. Elle aurait le temps de tuer Rin une quinzaine de fois avant que quiconque ne puisse la rejoindre…»

«Alors…c'est réellement un piège», observa Rin. «Si j'y vais…ma survie ne dépend…que de sa bonne foi»

«Ma mère n'a pas bonne foi, Rin», rétorqua Sesshomaru.

«Mais…elle m'a déjà sauvé, non?», s'enquit Rin. «Elle ne peut pas être si méchante?»

«Ne t'imagine pas qu'elle t'ait sauvé par bonté de cœur…»

«Elle ne l'a peut-être pas fait pour moi…mais elle l'a fait pour son fils…»

Sesshomaru parut dégoûté. La simple idée que cette femme ait quelconque lien d'attachement envers lui lui donnait envie de vomir. Depuis son enfance, jamais, Sasori n'avait manifesté quelconque démonstration d'attachement à lui ou son père. Pour lui, elle ne pouvait être qu'une mégère glaciale qui joue avec ses nerfs. «Je suis d'avis qu'il faut régler cette situation impromptue…mais, de grâce, ne dis plus de telles insanités concernant ma mère…Rin», dit-il en se levant . Il quitta la pièce sans souffler un traitre mot.

Rin le regarda avec surprise.

«Qu'ai-je dis de si offensant?», souffla-t-elle à Inu-Yasha

«Bah…tu sais…dire des trucs aussi gentils au sujet de ton bourreau…Bon…je trouve que c'est typique des mikos, mais lui n'est peut-être pas encore habitué…», observa Inu-Yasha, avec un sourire en coin.

Rin ferma les yeux tandis que les rafales tièdes balayaient sa chevelure. Elle était sur Ah-Un. Sesshomaru était derrière elle et dirigeait le dragon…Rin n'avait qu'à se laisser planer. Rin adorait voler dans les airs.

Le soleil était de plus en plus bas dans le ciel, miroitant ses reflets chauds sur l'immense clairière devant elle. La vue était apaisante.

Malgré tout, Rin faisait de son mieux pour calmer son cœur gros. Malgré toute la haine qu'elle avait développé pour le village, elle avait été attristée de quitter ceux qui étaient devenus sa deuxième famille. Certes, ce n'était pas un adieu, mais c'était un au revoir en bonne et due forme. Elle ne pourra plus bavasser de tout et de rien avec Sango, jouer du shamisen avec Shippo, prendre le thé avec Miroku ou s'entraîner au combat avec Inu-Yasha. Elle ne les verrait plus que sur une base sporadique, occasionnelle. Mais elle savait que c'était pour le mieux…elle n'arrivait pas à être heureuse parmi les humains.

Elle ne voulait plus se battre contre cet état de fait. Elle acceptait désormais la réalité. Elle avait vécu tant d'horreur avec ceux de son espèce que la demande de Sesshomaru ne pouvait être qu'une merveilleuse nouvelle. Il était sa planche de salut, le seul qui fut capable de lui faire oublier les profondes cicatrices qui ont défiguré son enfance.

Ils étaient désormais de retour sur les terres de l'Ouest. Rin reconnaissait les immenses arbres, plusieurs fois centenaire, qui caractérisaient le territoire de Sesshomaru…Comme si la végétation en terres youkais était elle-aussi immortelle.

Rin sentit une joie l'envahir et ses craintes se dissiper. C'était terminé. Elle n'avait plus à vivre avec les humains. Elle était de retour chez elle. Elle poussa un soupir de soulagement, heureuse d'être sauvée d'un cauchemar qui devait pourtant se perpétuer jusqu'à la fin de ses jours.

Elle ne comprenait pas pourquoi elle était si sereine, elle savait qu'elle aurait dû avoir peur…peur du prochain défi…l'ultime défi qui lui souriait désormais. Celui de faire face à la Dame Mère…à la fois son bourreau et son sauveur. Sasori-sama a le potentiel de détruire entièrement son bonheur…alors même qu'elle est si près du but!

«Nous nous arrêterons ici», dit Sesshomaru. Rin hocha la tête, et Ah-Un se posa sur le sol.

«Il est encore tôt, nous pouvons continuer», commenta Rin.

«Non…le vent va tourner bientôt. Si nous nous rapprochons davantage, une brise de travers pourrait annoncer ma présence», répliqua Sesshomaru. «Il faudra attendre jusqu'à demain matin. Le vent sera alors plus calme et nous pourrons continuer…»

«Hai…», murmura Rin. Elle posa pied par terre et se cala confortablement à l'ombre d'un arbre, heureuse d'échapper enfin aux rayons ardents. Elle ferma les yeux un instant, pour prendre un peu de repos. Sesshomaru en profita pour la regarder de tout son saoul.

Il savait que c'était peut-être le début d'une toute nouvelle et très belle histoire avec Rin. Ils allaient enfin officialiser leur union et vivre comme bon leur semble. Désormais, il ne se souciait plus de l'image qu'il projetait aux autres youkais. Il avait durement appris de ses erreurs. Il est parfois préférable de ne pas faire l'unanimité et d'être heureux…plutôt que d'être le plus respectable et le plus triste d'entre tous.

Car c'est ce que son existence était avant de rencontrer Rin…malheureuse.

Il avait erré pendant plusieurs décennies, plusieurs siècles, à la recherche de ce qui garantirait sa domination. Aujourd'hui…il réalisait désormais que sa recherche de la puissance suprême…n'était qu'une mascarade camouflant le manque patent de sens à sa vie.

Rin lui avait donné sa vraie raison d'être. Dès le premier jour, elle l'avait aimé de façon inconditionnelle, ne voulant plus jamais se séparer de lui…une frêle créature esseulée qui cherchait elle aussi à donner un sens à sa courte existence. Rin lui avait voué un amour comme personne d'autre ne l'avait fait auparavant. Un amour pur complètement étranger à son statut ou sa puissance. Elle n'avait vu que son âme…

Bientôt…ce sera l'accomplissement de leur union, officialisant leur statut d'âme sœur…si tout allait bien, évidemment.

…Puisqu'il savait que, une fois de plus, Rin s'apprêtait à confronter un danger qui pourrait s'avérer impardonnable. C'était peut-être la fin pour elle…

Il se savait impuissant, s'il accompagnait Rin jusqu'au bout, il ne retrouverait jamais Negaeri et sa mère…Mais s'il la laissait s'aventurer seule…elle allait peut-être mourir…

C'était pour cette raison que Rin avait quitté le village en gardant secrète la gravité de la situation dans laquelle elle était empêtrée. Seul Inu-Yasha savait. Et comme Sesshomaru…il savait que l'issue de cette confrontation ne dépendait pas de lui, raison pour laquelle il n'a pas insisté quand Sesshomaru a refusé son aide.

Sesshomaru poussa un long soupir…le genre de soupir qu'il s'autorisait à peu près une fois par décennie. La situation le révoltait. Il savait qu'armée de Shiraha, Rin aurait pu résister à Negaeri…mais sa mère?

Sa mère, mieux que quiconque maîtrisait l'art de flirter avec la vie et la mort. Elle pouvait enlever la vie en un claquement de doigt. La suite des choses allait nécessairement dépendre du jugement de sa mère et de la détermination de Rin.

Il aurait aimé pouvoir dissuader sa protégée de prendre un tel risque, mais il savait que c'était inutile. Il la savait têtue, et même si elle devait douter, elle irait jusqu'au bout afin d'en avoir le cœur net. C'était sa façon d'être, et il l'acceptait ainsi. Depuis son enfance, il n'avait jamais essayé de lui imposer sa volonté. Il ne s'était contenté que de la protéger, et de la conseiller du mieux qu'il le pouvait. Si elle devait faire des erreurs, il devait la laisser faire, peu importe ce qu'il en pensait. Ça…il en avait toujours été persuadé…Et jusqu'à présent, cette philosophie avait très bien fonctionné.

Cependant, cette fois-ci…c'était sa vie qui était en jeu, pouvait-il réellement la laisser faire ce que bon lui semble?

Mais le plus atroce dans cette histoire, était d'ignorer de quoi il était question…Negaeri a essayé d'attirer Rin avec un…droit d'honneur…quelle absurdité…Qu'allait-elle proposer à Rin? Qu'allait-elle faire pour essayer de l'appâter? À moins que certains détails ne lui échappent, il n'avait pas l'impression que Negaeri pouvait réellement avoir une influence sur le droit d'honneur de Rin. Il serra les poings…Pourquoi se creusait-il les méninges…Il savait TRÈS BIEN de quoi il était question…

Sa mère…Les monts Hateshinai…ce ne pouvait être qu'une seule chose…Et si c'était réellement CETTE chose duquel il était question…Rin se dirigeait tout droit vers une mort certaine.

Le soleil était en train de se coucher. Il ramassa quelques branches et brindilles, et fit un feu, pour s'assurer que Rin ne prenne pas froid. Les journées étaient chaudes…mais les nuits étaient parfois froides dans cette région… La chaleur des flammes tira Rin de son sommeil. Silencieusement, il vint s'asseoir près d'elle.

«Sesshomaru…», souffla-t-elle, soudainement nerveuse. «Je…je me demandais…» Elle se tut, elle semblait timide.

«…Je ne peux pas lire tes pensées, Rin…»

«…Je me demandais…suis-je…suis-je enceinte?», balbutia-t-elle soudainement. Cette question l'avait travaillée toute la journée.

«Pourquoi cette question? Ma réponse aura-t-elle une incidence sur les choix que tu feras?», s'enquit-il, en contemplant les flammes.

«Je l'ignore…il faudrait que je saches ce qu'elles veulent dire par «droit d'honneur»…»

«Nous allons nous marier Rin. Tu as déjà le droit d'honneur», répondit Sesshomaru. «Quand elles ont élaboré leur stratégie, elles croyaient sans doute que je refuserais systématiquement de prendre une mortelle comme femme…»

«Oh…alors…que peuvent-elles m'offrir de plus?», demanda Rin, soudainement intriguée. Elle sentit une main se glisser sur sa joue, et la guider vers les yeux d'ambre qu'elle aimait tant.

«Elles ne t'offriront que des mirages Rin…Peu importe quelle sera leur offre, il serait sage de refuser», dit-il. L'inquiétude qui traversa brièvement ses yeux ne passa pas inaperçue.

«Mais qu'arrivera-t-il si j'accepte?», s'enquit Rin, elle aussi inquiète. «Et quels sont ces mirages duquel vous me parlez?»

«Je ne suis pas certain de ce qu'elles te diront…Mais saches que ma mère perçoit les humains comme des vermines trop nombreuses, elle tue systématiquement tous les mortels qui s'approchent d'elle. Toi et l'autre garçon Kohaku, êtes les seules exceptions…probablement parce que vous étiez sous ma garde…Cependant, je ne crois pas qu'elle sera aussi clémente la prochaine fois.»

Rin baissa les yeux et posa la tête sur l'épaule de Sesshomaru. Elle fixa les flammes qui léchaient le bois. Le crépitement du brasier était soudainement beaucoup plus bruyant…comme si son angoisse était suffisante pour insuffler une nouvelle force aux flammes.

«…Je…je risque de mourir…n'est-ce pas?», murmura Rin, qui camouflait mal ses craintes.

«Non Rin…il ne faut pas…Si tu respectes à la lettre ce que nous avons convenu, tu pourras survivre…», répondit Sesshomaru, en glissant un bras autour de ses épaules frêles. «Dès que possible, renvoie-moi Ah-Un…il sera mon meilleur moyen de te retrouver. Je te rejoindrai une heure après le crépuscule. Rendu à ce stade, ma mère sera si absorbée par son machiavélisme qu'il est probable qu'elle ne remarque pas mon arrivée. D'ici là, tu devras les distraire. Si tu évites les hostilités, tu pourras survivre…»

«…et…si les choses tournent mal?», s'enquit Rin. «Je ne pourrai pas fuir, si je n'ai pas Ah-Un…»

«Tu n'auras pas le temps de fuir, si ma mère décide qu'elle te tue. Ta seule option est de te défendre. Utilise Shiraha, ma mère sera momentanément déstabilisée par le fait que tu portes cette lame…», expliqua Sessshomaru. «Ta survie est mon unique préoccupation, Rin…Tu dois tout faire pour survivre…Même tuer, s'il le faut…»

Rin tressaillit à cette mention. «Tuer? Mais…»

«Tu m'as très bien entendu Rin. Si ta survie est compromise, tu as la permission de tuer…»

Rin se tut, elle ne voulait pas débattre d'une telle question, elle savait que Sesshomaru serait intraitable à ce sujet. Elle avait tendance à l'oublier…Pour lui, tuer n'était qu'une mince affaire. Mais Rin avait énormément de difficulté à s'imaginer tuer la mère de Sesshomaru…Ne serait-ce pas odieux? Salir la lignée de Sesshomaru et tuer l'ancienne Dame de l'Ouest? C'était une chose de tuer des démons félins possédés par Tsukiyama, tuer Sasori-sama en était une autre…Rin lui devait la vie, après tout.

«…Je vais trouver un moyen…», souffla-t-elle, avec une nouvelle détermination.

Sesshomaru tourna la tête vers elle.

«Si les intentions de votre mère sont mauvaises, je vais la dissuader de mettre son plan à exécution…» Sesshomaru leva un sourcil, ne semblant pas très convaincu.

«Elle mentionne que je dois venir seule…mais nul part dans les lettres, elle ne m'empêchait de vous parler de ses intentions. Elle s'imaginait sûrement que je ne vous parlerais pas du tout de cette correspondance et que, naïvement, je la rencontrerais seule…»

«Hmph…tu la connais mal Rin. Même si je devais arriver pendant qu'elle te tranche la gorge, elle n'en sera point gênée…»

«Peut-être mais…elle ne sait pas que vous avez l'intention de vous marier avec moi…De plus, elle craint sûrement que sa lignée ne s'éteigne complètement, faute d'héritier…», poursuivit Rin, qui réfléchissait tout haut.

Sesshomaru parut sceptique. «Certes, ma mère craint énormément cette possibilité…et jouer cette carte peut t'aider…mais si elle n'a pas la certitude que tu es la seule qui peut porter mes enfants, ta survie est compromise…»

«Comment puis-je la convaincre?», s'enquit Rin. «Même si je devais mourir, il est possible qu'après plusieurs années…une autre femme capte votre attention…»

«Cela m'étonnerait Rin…mais cette conversation me donne une idée», dit Sesshomaru l'air songeur, il sortit un des mémos de son obi, mais il parut soudain contrarié.

«Qu'est-ce qui se passe?», s'enquit Rin.

«Je dois lui écrire un mot…mais je n'ai pas les outils nécessaires…»

«Il est vrai que de traîner une plume et un encrier, ce n'est pas très pratique…», admit Rin avec un sourire en coin. «Mais j'ai quelque chose qui pourrait vous intéresser», dit-elle en fouinant dans son sac.

Elle sortit un mince bâton, tout noir et brillant. Elle appuya sur l'une des extrémités, et une espèce d'aiguille sortit de l'autre côté.

«Ça s'appelle un «stylo», je crois…c'est une plume que Kagome a rapporté de son pays… », expliqua Rin, fière de sa possession. «Inu-Yasha m'a laisser en apporter un, c'est très utile!»

Elle le donna à Sesshomaru, et elle jugea qu'il en fut très heureux, vu le mince sourire qui se dessinait sur ses lèvres. Il se mit un écrire un court mot sur le bout de papier. Rin lut par dessus son épaule. Elle écarquilla les yeux. La nature de son message la troublait au plus haut point.

«Si tu lui donne ceci…ses envies meurtrières devraient s'estomper», dit simplement Sesshomaru, l'air victorieux.

«Mais…c'est…c'est…c'est une stratégie, n'est-ce pas? Vous n'allez pas vraiment mettre cette menace à exécution?», répondit-elle avec affolement. «Il ne faut pas!»

«Là n'est pas la question Rin. Mais saches que ma mère me connaît suffisamment pour savoir que je tiens mes promesses. Elle n'osera plus porter atteinte à ta vie après avoir lu ses lignes»

«Sesshomaru-sama…promettez-moi que si je devais mourir quand même, vous n'allez pas mettre cette menace à exécution!», s'exclama-t-elle, avec un mélange de peur et d'indignation.

«Je ne peux pas te faire une telle promesse…»

«Mais!»

«Rin…tu me connais depuis suffisamment longtemps pour savoir à quel point je peux être fidèle…»

«…Oui…», souffla-t-elle.

«…Cruel…»

«Aussi…», admit-elle. «Mais vous être un être bon! Vous avez suffisamment de discernement pour…»

«Et je peux être très fataliste.»

«Sesshomaru…sama…»

«Je ne suis ni un moine, ni un prêtre, et certainement pas un humain. Je suis un guerrier, Rin. Un assassin. Pour moi, la vie ne revêt pas un caractère sacré. Tu en as ici la démonstration…», lui dit-il en glissant le papier dans sa main tremblotante. Rin le plia rapidement et le fourra dans son obi. Elle était bouleversée.

«Désormais…tu comprends un peu mieux pourquoi ta survie m'est primordiale…», dit-il plus calmement.

«Oui…», murmura-t-elle, alors qu'elle faisait un effort pour ravaler ses larmes. Elle sentit une main se poser de nouveau sur sa joue.

«Je suis désolée, Rin, je ne voulais pas te secouer à ce point. J'oublie parfois que nous sommes très différents…», continua-t-il, avec plus de douceur.

Elle hocha la tête. «Ça va…Il est vrai que moi-aussi, j'oublie quelques fois que vous êtes un Inu youkai», souffla Rin avec un pâle sourire. Sesshomaru la regarda un instant, l'air dubitatif.

Toujours si jeune…si innocente…

«…Es-tu toujours prête à te marier avec moi, Rin?»

Rin tourna la tête vers lui. «Oui, je sais qui vous êtes. Je sais ce que vous êtes, et je l'accepte entièrement», rétorqua-t-elle avec conviction. «Et je vous jure que peu importe le moyen…je survivrai»

Sesshomaru en fut satisfait. Désormais convaincu que Rin allait réussir, il pouvait répondre à sa question.

«J'oubliais Rin…»

«Heu…oui?»

«Tu n'es pas enceinte…Pas encore, du moins»

Cruelle fin…je sais X) Le prochain chapitre sera probablement un peu plus court. Avec un peu de chance, il sortira avant Noël, question de ne pas vous garder en haleine trop longtemps!

Haha, quand j'ai écrit la partie sur les stylos, j'étais dans un état de profonde débilité XD, fallait bien que j'insère un petit anachronisme quelque part!

Kagome78 : Oh, merci pour les compliments…et pour les coups de pieds aussi…ce que je peux être indomptable ^^' Pour le lemon, écrire la scène n'est pas vraiment embarrassant, je suis comme un automate quand je suis en mode rédaction, même si j'écris des scènes intenses, je suis trop concentrée pour le remarquer. C'est quand je relis que j'ai parfois quelques doutes ^^' Malheureusement, je trouve que plusieurs lemons sont tous pareils (surtout dans la section anglo de ce site, les SessRin…franchement…), raison pour laquelle je prends des risques et ose écrire des trucs un peu plus olé olé que la moyenne. Je me dis…bah…tant qu'à faire un lemon, on va en faire un pour ce que ça vaille la peine, n'est-ce pas ;) Merci encore pour tes fidèles reviews et désolé encore pour cette attente!

Serleena : Qu'est-ce qui attend notre chère Rin? Arf…je suis si cruelle que je n'ai même pas osé le dire dans ce chapitre ^^' Mais toutes les questions seront répondues dans le prochain! Ça promet d'être épique, je vais m'en assurer ;) Merci pour ton comm :D

Cynthia : Ahaha…Sesshomaru qui boit, c'est vrai que ce n'est pas un concept qui a été exploité très souvent:P Mais j'ai déjà vu ça, dans une fic ou deux, mais c'était toujours dans des fics 'époque modernes'…Enfin…j'ai trouvé que c'était difficile d'écrire ce genre de trucs sans que Sesshy soit complètement OOC, mais en même temps, une personne très saoule est souvent OOC par rapport à ce qu'elle est habituellement donc, j'imagine que ça passe :P. Ah…enfin…toute cette gentillesse était un stratagème hypocrite de Sesshy pour obliger Rin à accepter son offre ;P Franchement, je suis contente que tu aies aimé la dernière scène…serais-tu surprise si je te disais que c'était clairement ce qu'il y avait de plus compliqué à écrire XD? Dans un autre ordre d'idée, un peu d'action, il y aura, en effet…au prochain chapitre ;) Bref…heureuse que tu aies autant apprécié le dernier chapitre. Honnêtement, je ne verrais pas l'intérêt d'écrire autant si ce n'était pas pour susciter toutes sortes d'émotion ou pour nous permettre de rêver un peu ^^Après tout…tout le monde voudrait un Sesshy pour Noël , moi incluse T_T… Enfin…merci pour cette longue review :P Et à bientôt!

Fleur-fane : Haha…contente que tu aies aimé…en effet, il y avait un peu de olé olé dans le dernier chapitre. Pourquoi pas…une fois de temps en temps ^^ Mais sado mazo…je suis pas certaine. Il a dit : «tu peux me gifler si tu veux», pas «tu peux me fouetter si tu veux» XD Bon aller! J'arrête de déconner! Merci pour tes fidèles review je dis! Et à la prochaine ;)

Anae : Ah…peut-être était-ce parce que ton commentaire était trop long? Je ne sais pas s'il y a de limites de caractères…enfin…c'est dommage quand ça plante comme ça…Ça m'est arrivé si souvent avec mon adresse courriel que je fais toujours sélectionner tout, et copier le texte, pour être sûr de pouvoir recoller mon message quelque part si ça plante…c'est dire à quel point je suis rendue parano avec ça X) Contente de voir que tu as aimé la partie ou Sesshy fait le pitre :D C'est tout calculé mon truc…ça ne pouvait seulement être crédible que si Sesshy avait une bonne raison de se comporter de la sorte (si…par exemple, j'avais fait la même chose plus tôt dans l'histoire, genre avant qu'ils partent pour le Nord…franchement, ça n'aurait peut-être pas été crédible, je pense! ). Raison pour laquelle je l'ai fait juste maintenant, il est si désespéré avec Rin que maintenant, tout les moyens sont bons pour la conquérir! Bon…ya aussi un peu de mon expérience personnelle dans tout ça…combien de mâles seraient prêts à décrocher la lune et défoncer toutes leurs zones de confort juste pour conquérir le cœur de leur nouvelle flamme…l'ennui, c'est que ça ne dure jamais très longtemps : Bon…je m'écarte du sujet un peu là…mais bon, merci pour ton comm et à la prochaine :)

Athena : Contente de voir que tu as aimé ^_^ Bien sûr, la suite est arrivé avant Noël, et le prochain arrivera fort probablement dans le temps des fêtes, car j'aurai un peu plus de temps pour écrire :) Merci pour ce comm!