Bonjour à tous.
Dans le dernier chapitre, Arhilis rentrait à Doucebrise pour tomber face à Orthjolf et Vingalmo. Les deux vampires, manipulés par une force inconnue, avaient déjà massacré Lydia. Ma'isha, presque exsangue, était aux portes de la mort. La bosmer n'a alors pas eu d'autre solution que de transmettre le don noir à la petite, sans garantie de son réveil.
À présent, elle va à nouveau laisser son existence derrière elle.
Cette affreuse coquille de noix s'immobilise enfin. Plus de roulis, de tangage, mon calvaire est fini. Si je n'avais pas réquisitionné la chambre de cette loque de capitaine, tout l'équipage m'aurait vue en train de vomir tripes et boyaux. Je savais que le vampirisme avait des inconvénients, mais je n'aurais jamais pensé que le mal de mer en ferait partie. Maintenant que j'y repense, je m'estime heureuse que le bateau de Titus Mede II ait été immobilisé, ou la grande Oreille Noire que je suis aurait eu quelques difficultés à remplir son plus gros contrat.
- "Madame. Excusez-moi de vous déranger mais nous sommes arrivés."
Cette odeur de nordique putride ... je l'ai senti arriver avant même qu'il ne frappe au battant. J'ai pourtant bien spécifié à ces misérables humains que je ne voulais pas qu'on me dérange. Ce jeune mousse a vraiment un sacré culot … m'appeler madame. Qu'il m'ait courtisée dès mon arrivée ne joue pas non plus en sa faveur et je ne sais pas ce qui me retient de lui arracher la gorge ou de le saigner à blanc pour me refaire une santé.
- "Merci bien Barnalf, j'arrive tout de suite."
Les bonnes manières, c'est ça. Je n'ai aucune envie de me comporter comme une modèle de bienséance avec ces pauvres mortels idiots, mais je suis en terrain inconnu et je n'ai pas le choix, peu importe mon envie de tuer l'importun.
- "Le capitaine vous attend sur le pont."
Sans raison. Je ne comptais pas le payer quand nous sommes partis, et je n'ai pas changé d'avis. J'ai même envie de lui demander une compensation pour l'attitude de ses sous-hommes pendant la traversé. Mais s'il veut me parler, je devrais à nouveau faire l'effort de l'écouter. Il pensera que je suis avenante … et je pourrais lui extorquer des informations. Sincèrement, les humains et leurs bonnes manières … pfff.
Le vent, le sable et le soleil … trop de soleil. Voilà bien longtemps que je ne me suis pas nourrie et les effets commencent à être dramatique. J'ai intérêt à y remédier au plus vite.
- "COMBIEN ?"
Même en considérant la tempête de sable, je pense qu'il est difficile de rater un cri pareil. Même un mortel n'aurait aucun mal à entendre la dispute entre le capitaine nordique et un dunmer. Quand je pense que je suis venue en partie pour échapper à ce genre d'exclamations intempestives.
- "Vous m'avez parfaitement entendu Adril.
- Deux mille septims pour un seul chargement de blé, c'est de l'extorsion."
- Ce n'est pas moi qui fixe les tarifs. Si vous voulez vous plaindre, voyez ça avec la Compagnie de l'Empire Orientale.
Allons-bon, encore une magouille de la Compagnie. Je pensais que l'accident de Vittoria Vici aurait un peu calmé leurs ardeurs … il faut croire que non.
- "J'y compte bien capitaine Loup-de-Mer.
- Ghrrr … pfff, faites comme vous voulez."
Un nordique grognant, comme c'est original. Mais difficile d'en attendre plus de la part d'une créature plus proche de l'ours que de l'humain. Et puis la réponse est au moins appropriée au ton de la discussion, même si à sa place, j'aurais plutôt arraché les yeux de la grande tête du gris.
- "Qui est cette jeune femme ?"
Pas trop tôt. Est-ce qu'il est toujours aussi lent ?
- "Et bien …
- Laissez. Elle va se présenter elle-même."
Peuh, cours toujours.
- "Alors, qui êtes-vous ?
- Personne.
- Personne ?
- Personne."
Je ne compte pas m'attarder, alors je n'ai aucune raison de donner mon nom. Surtout pas à un être inférieur qui ne connaît pas sa place.
- "Dites-moi Gjalund, je pensais que vous ne preniez plus de passagers.
- Il n'a pas eu le choix.
- Vraiment ?
- Ce bon capitaine a une dette envers moi."
Et elle ne sera pas remboursée tant que je n'aurais pas éventré l'autre malade et tous ceux qui le suivent … qui qu'ils soient.
- "Une dette …
- Disons juste que le vieux tient mal la boisson."
Lui annoncer que cet imbécile et son équipage de porcs puants se sont fait manipulés et possédés à cinq reprises pour emmener des groupes vers Bordeciel, sachant que ces groupes avaient pour seul et unique objectif de me faire la peau … ça ne ferait que pousser le gris à se questionner plus en avant sur mon identité. Ce genre d'attention est la dernière chose dont j'ai besoin.
- "Un concours de boisson … je vois …"
Il n'est pas dupe … pas trop bête pour un dunmer. Mais discuter avec lui me fait perdre du temps, je n'ai pas que ça à faire.
- "Capitaine, votre second m'a dit que vous désiriez me parler.
- En … en effet.
- …
- …"
Qu'est-ce qu'il attend cet empoté ?
- "Et bien, allez-y.
- Ha, oui. En fait, nous … nous partons pour Lenclume … dès demain … et nous ne serons pas de retour avant … plusieurs semaines.
- Alors je payerai l'un de vos concurrents pour me ramener à Vendeaume.
- J'ai peur que cela ne soit pas possible."
Voilà que l'autre s'en mêle. C'est une vraie manie chez les mortels … il faudra que je pense à noyer tous ceux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas.
- "Et pourquoi donc ?
- Vous n'êtes pas au courant ?
- Au courant de quoi ?
- Vous ne sentez rien ?"
Si, l'odeur et le bruit de ton sang qui bat à ta tempe réveille chez moi une irrésistible envie de te démembrer.
- "Non, rien de particulier.
- Levez la main.
- Et après ?
- Vous ne voyez toujours pas ?
- … Non.
- Frottez vos doigts et dites-moi ce que sentez.
- Du sable … rien de neuf, le vent en souffle jusque dans ma cabine.
- Vous vous trompez, ce n'est pas du sable. Ce sont des cendres soufflées par le Mont Écarlate, le premier signe avant coureur d'une éruption."
Une éruption volcanique, bien sûr.
- "D'ici quelques jours, le volcan atteindra un pic d'activité et emplira l'air d'épais nuages de cendres.
- Quand bien même, je ne vois pas le rapport entre cette cendre dans l'air et l'impossibilité de rallier Bordeciel en bateau.
- La cendre ne va pas rester en l'air éternellement, mademoiselle. Elle va se déposer sur l'eau et se solidifier. Notre port sera fermé dès demain, peu de bâtiments sont en mesure de prendre la mer dans ces conditions."
S'il insiste pour me parler comme à une enfant … je vais vraiment finir par lui faire mal.
- "Si la couche est solide, elle doit être praticable. Il suffira de rejoindre les bateaux au large.
- Malheureusement, cela n'est pas possible non plus. La cendre provient des tréfonds du Mont écarlate et, même solidifiée, restera incandescente. La couche solidifiée est impraticable sans de très bonnes connaissances en magie de lévitation et une grande résistance à la chaleur. Il ne me semble pas que vous soyez dans ce cas là, donc à moins de partir avec la Vierge-du-Nord, vous devez renoncer à quitter l'île jusqu'à ce que le Mont se calme.
- Et cela prendra combien de temps ?
- Un peu plus de trois mois.
- TROIS MOIS ?
- Deux et demi, si nous sommes chanceux. Je m'étonne que vous ne le sachiez pas, c'est un fait établi que Solstheim est fréquemment isolée du continent.
- Fréquemment à quel point ?
- Dès que le Mont Écarlate s'emporte et, croyez-moi, il est réglé comme une horloge. Trois mois d'activité pour trois mois de repos."
Mais alors, le capitaine …
- "VOUS LE SAVIEZ !
- Et bien … heu … oui mais …
- Vous le saviez avant même de quitter Vendeaume et vous n'avez pas jugé bon … DE ME PRÉVENIR ?
- Vous étiez … je … et puis vous …"
Il a peur … parfait.
- "Donnez-moi une seule bonne raison de vous laissez vivre.
- Je … je …"
Encore une hésitation et sa gorge va se changer en fontaine de sang … ça va être tellement beau.
- "Gjalund Loup-de-Mer est l'un des seuls commerçants pouvant négocier avec Corberoc. Quand à moi, je suis Adril Arano, Vice-Conseiller de la grande Maison Rédoran. Par conséquent, au moindre geste déplacé de votre part, la totalité de la garde Rédoran vous abattra sans sommation. Cette raison est-elle suffisante à vos yeux ?
- …
- Bien, heureux que cela soit réglé. J'espère que vous repartirez rapidement. Dans le cas contraire, ne troublez pas l'ordre publique et nous pourrons peut-être vous tolérer à Corberoc. Mais soyez sûre qu'on vous surveille. À présent, excusez-moi, j'ai une affaire urgente à régler. Capitaine, au plaisir de vous revoir."
Partir pour Lenclume avec les brutes avinées ou être coincée sur Solstheim avec les dunmers et leur airs supérieurs … je suis presque tentée de remonter sur la Vierge-du-Nord. Mais je vais rester … car après tout, ici comme ailleurs, rien ne change vraiment. Quoi que je fasse, je reste seule … plus rien ne m'attend en Bordeciel.
À peine arrivée, Arhilis se débrouille pour se faire un ennemi en la personne d'Adril Arano. En plus de ça, elle a l'air d'être devenue particulièrement aigrie à l'encontre des mortels. Son séjour sur Solstheim a l'air mal parti.
Dans le prochain chapitre, elle reviendra sur les raisons de sa présence sur l'île.
Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à commenter et à bientôt.
