Visiblement vous avez toutes été un peu choquées de la façon dont le chapitre précédent se terminait. Je crois que je vais finir par mettre un petit « PS : Attention auteur sadique! » à mon profil. Histoire de prévenir…

N'empêche, l'écriture permet de mieux apprendre à se connaître. Je n'aurais jamais imaginé être quelque un d'aussi sadique. Niak niak niak…

Bon je vous remercie pour vos reviews et je vous souhaite une bonne lecture. (Et moi, pendant ce temps là, je vais aller boire un thé et le savourer paisiblement)

D'ici le prochain chapitre, je vous fais de grosses bises à tous (oui, oui, même à toi, lecteur ingrat qui lit et apprécie mon histoire mais qui ne laisse jamais de review… même à toi).

PS : merci à Lily G qui pourra constater que j'ai corrigé mon erreur!!!

Chapitre 28 : Plongé dans les Ténèbres

Le front contre la fenêtre de la salle d'attente, Hermione regardait les gouttes de pluie s'écraser bruyamment contre la vitre. Rémus était parti lui chercher une tasse de thé. Du moins c'est-ce qu'il avait prétexté mais la jeune femme sentait qu'il avait surtout besoin de sortir de cette pièce où la tension était si palpable qu'elle en était insupportable.

Cela faisait maintenant trois heures qu'elle attendait.

Trois heures que le règne de Voldemort avait pris fin et que le monde sorcier se réjouissait et célébrait cet évènement.

Trois heures… une éternité.

Les allées de Sainte Mangouste étaient encombrées d'ivrognes ou de victimes des feux d'artifices improvisés au cœur du Chemin de Traverse. Malgré les blessures ou la douleur, tous avaient un sourire au bord des lèvres. C'était fini.

Quelques coqs bombaient le torse d'indignation. Ceux qui étaient resté cachés, ceux qui avaient courbé le dos, ceux qui n'avaient rien fais pour aider l'Ordre, sortaient maintenant de leur tanières pour cracher leur venin. Ils étaient pour la plupart outrés de la façon dont la « bataille finale » s'était déroulée. Il n'y avait eu aucun combat sanglant, aucun acte héroïque, aucune mort pathétique. Même Potter avait survécu. L'amertume dictait les plumes des journalistes de la Gazette du Sorcier qui parvenait à critiquer implicitement Hermione Granger tout en lui lançant des éloges non ressenties.

Dès que la nouvelle de la fin de Voldemort s'était répandue, la Gazette avait publiée la plus matinale de toutes ses éditions. Il y avait eu quelques lignes sur Snape. Pleine de sacarsmes sur son changement de camp. Le titre de l'article annonçait la couleur : « Snape, le mangemort qui a tué Albus Dumbledore, a tourné sa veste… encore… ». Les journalistes avaient décidé d'ignorer les six cents quatre vingt quatre miraculés qui étaient revenus en Angleterre une heure plus tôt par Portoloin. Draco Malefoy avait été arrêté pour être interrogé et les jumeaux Weasley, rayonnants comme à leur habitude, avaient enlacés leur mère émue aux larmes.

Le Survivant avait tenu à accompagner Hermione à Sainte Mangouste mais elle avait refusé. Elle lui avait ordonné d'aller rassurer sa femme qui faisait les cents pas à ce moment là dans sa chambre conjuguale. Elle fondit en larmes lorsqu'elle vit entrer son mari.

Harry, son épouse et les Weasley étaient ensuite partis rendre hommage aux défunts en ornant de roses blanches les tombes de ceux qu'ils avaient aimé, qui étaient tombés et qui n'avaient pas pu participer à la chute de Voldemort… Lily et James Potter… Ronald Weasley… Albus Dumbledore…

En caressant le ventre de Ginny, face à la tombe de ses parents, Harry avait dit adieu à son passé. Le jour se levait sur le cimetière de Godric's Hollow. L'horizon qui se dessinait à peine dans la brume était plein de promesses.

Quant à Voldemort et ses mangemorts, ils avaient été emprisonnés dans un quartier ultra surveillé du Ministère de la Magie. Un procès public devait se tenir d'ici la fin de la semaine pour décider de leur sort.

Dans les autres pays soumis à la tyrannie du Mage Noir, les autorités rebelles avaient livré elles aussi leur combat.

Et comme un lever de soleil, la lumière avait chassé la nuit.

Qu'ils pleurent ou qu'ils rient, tous avaient cette nuit là une lueur au fond de la poitrine. Une lueur interdite depuis trop longtemps… L'espoir.

Caressant la vitre froide de ses doigts fins, Hermione soupira. D'impatience et de peur. Elle espérait de toutes ses forces qu'elle puisse tisser sa vie avec l'homme qu'elle aimait. Merlin! Si quelqu'un avait le droit à un peu de bonheur, c'était bien son amant.

- Miss Granger?

Elle se retourna vivement, reconnaissant la voix fatiguée et rauque du médicomage à qui elle avait confié Snape. Elle s'avança vers lui, mitigée entre la peur et l'espoir.

- Comment va-t-il? Murmura-t-elle

- Pour le moment il se repose, répondit il en se frottant la nuque. Etes vous de sa famille?

- Non.

- C'est embêtant... Voyez vous je suis tenu au secret médical. Je ne peux pas vous dire…

- Ecoutez, c'est de Severus Snape dont nous parlons. Il n'a pas plus de famille que d'ami. Je suis la personne la plus proche de lui donc si vous avez des nouvelles à communiquer c'est à moi que vous devriez le faire.

Son sang commençait à bouillir de colère. Elle était fatiguée et angoissée. Elle n'était pas d'humeur à être agréable. Le médicomage le comprit.

- Très bien, soupira-t-il. Votre ami a été aspergé d'une potion rare et ancienne, créée par un mage servant Neron. Il se servait de cette potion pour se venger de ses…

- Le nom de la potion? interrompit Hermione en croisant les bras. Il n'allait quand même pas lui donner une leçon d'histoire maintenant?

- Hum… oui, le plus court est le mieux… Hum, la potion se nomme Dissolutio. Elle dévore tout ce qui se trouve sur son passage. Les tissus, les organes, les os…

- Comme de l'acide sulfurique? coupa encore une fois Hermione. Cette fois ci, la panique avait pris le dessus de la colère.

- Euh… de l'acide surudrique? Je ne vois pas du tout ce que c'est.

- Sulfurique, corrigea la jeune femme d'un ton irrité. C'est un produit moldu.

- Ah. Je ne sais pas si c'est similaire mais le fait est que votre ami est condamné.

- Condamné? Répéta Hermione.

- Je le crains, hélas. Le poison a attaqué son visage violemment. Il a perdu un œil et l'autre étant partiellement rongé, nous avons du le retirer. La potion va au fur et à mesure dévorer tout ce qui se trouvera sur son passage… jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Il n'a plus que quelques années à vivre. Trois ans tout au plus. Je suis désolé.

- Oh mon Dieu! Mais il doit y avoir un antidote! Quelque chose! s'écria Hermione en agitant ses mains pour ponctuer ses mots. Son visage avait pris une teinte cadavérique et son sang semblait s'être échappé de ses artères pour être remplacé par de la peur à l'état pur.

- Comme je vous le disais, c'est une potion rare et ancienne. Elle est classée dans la catégorie Noire. Aucun laboratoire ne travaille sur ces potions, elles sont trop dangereuses.

- Alors quoi? Vous allez le laisser mourir sans rien faire?

- Nous pouvons lui proposer un poison mortel pour abréger ses souffrances.

- Jamais! Hurla Hermione en enfonçant un doigt dans la poitrine du médicomage. JAMAIS ! Même si je dois y perdre ma santé, mes pouvoirs ou ma vie, je ne le laisserai pas mourir. Je trouverai un antidote, croyez moi! J'y metterai toutes mes forces et tous mes moyens! Maintenant indiquez moi sa chambre immédiatement, à moins que vous ne souhaitiez être transformé en une chose innommable!

Tremblant malgré lui, il pointa du doigt une porte qui se trouvait au fond du couloir.

- Merci, grogna Hermione avant de se diriger vers ladite porte.

Mais quand elle l'ouvrit, seul un lit vide lui fit face.


Snape se réveilla en un sursaut. De la sueur coulait dans son dos et sur son front. Un flot de peur irrationnelle envahit brusquement son sang. Après toutes ces années d'espionnage, il était capable de sentir lorsque quelque chose n'était pas normal, n'était pas à sa place. Et dans son actuelle situation, c'était lui qui n'était pas à sa place. Il ne pouvait ignorer l'odeur spécifique des chambres et des couloirs de Sainte Mangouste. Ni leurs lits inconfortables. Ni le contact désagréable de leurs draps amidonnés. Ni même le bruit constant des pas et des voix qui résonnaient dans les couloirs.

Il passa une main sur son visage et ses doigts rencontrèrent des bandages sur leur passage. A tâtons, il se rendit compte que sa face toute entière était recouverte.

La panique se faufila au creux de son ventre tandis que les souvenirs resurgissaient.

La bombe… Hermione… Potter… le Seigneur des Ténèbres… la potion…

Sa respiration resta bloquée au niveau de sa gorge.

Concentre toi sur les effets et tu trouveras la cause.

Qu'as-tu ressenti au moment de l'impact? De la douleur bien sûr et une intense sensation de brûlure.

Te souviens tu de la couleur de la potion? Mmmh non… non je n'arrive pas à m'en souvenir.

C'est toi qui préparais toutes les potions, celle-ci devait se trouver dans les stocks. C'est une potion que tu as toi-même faite, sacrebleu! Et c'est forcément de la Magie Noire…

Concentre toi!

De mémoire, Snape commença à faire un inventaire de toutes les potions qu'il avait concoctées pour son ancien Maître. Jusqu'à ce qu'il se souvienne d'une dont les principes concordaient avec ses symptômes :

- Dissolutio…murmura-t-il.

Il devait en être certain. Mais Merlin, s'il s'agissait de cette potion alors… alors il était foutu.

Il parvint à se redresser dans son lit étroit et à déchirer une bande. Il commença à dérouler ses bandages. Lentement, les mains tremblantes, il dévoila son visage. L'air de la pièce piqua instantanément la chaire brûlée et il grimaça face à cette douleur vive.

La première chose qu'il vit fut la nuit. Noire, opaque et éternelle.

C'était une chaude matinée du mois d'août et il sentait la chaleur des rayons de soleil sur sa peau mais il n'en voyait pas la lumière.

Son cœur se crispa dans sa poitrine.

Aveugle…

Jamais plus il ne verrait le sourire rayonnant d'Hermione, ni ses boucles folles, ni ses yeux d'ambre.

Jamais plus il ne pourrait admirer les spirales et les volutes que formaient ses précieuses potions bouillonnants paresseusement.

Jamais plus il n'aurait le plaisir de lire un grimoire au coin d'un feu de cheminée.

Jamais plus… c'était fini.

L'irrévocabilité de ces constats était difficile à concevoir. Mais douloureuse malgré tout.

Doucement Snape porta ses doigts à ses yeux et n'y rencontra que deux orbites vides, gonflés et enduits de baumes. Le contact fut étrange et eut l'effet d'un choc. Ce vide n'était pas naturel. Et ce qui n'est pas naturel est effrayant.

Sa respiration s'accéléra. Il avait subi maints chocs émotionnels durant sa vie, dont la mort de Lily, mais jamais son corps n'avait connu une transformation aussi violente.

Il était aveugle et de toute évidence défiguré. En un instant de doute, il passa sa main sur son avant bras nu et sentit sa paume brûlée et rugueuse lui griffer la peau tendre et intact de son bras.

Snape n'avait jamais été un bel homme. Trop pâle, trop maigre, trop grand. Ses cheveux gras, son nez crochu et son teint un peu cireux avaient toujours rebutés les femmes. Néanmoins il y avait trois choses dans son corps qu'il appréciait et qui plaisaient aux membres du sexe opposé.

Ses belles mains pâles, longues et sensuelles.

Ses yeux noirs et vifs.

Son haussement de sourcil sarcastique et sexy.

Ces seuls éléments de son corps qui, selon lui, le mettaient en valeur étaient perdus à jamais.

Comment Hermione pourrait elle encore l'aimer?

Il était défiguré, infirme et condamné. Il n'avait plus rien à lui offrir. Ni présent, ni avenir.

Il avait commis des erreurs, il avait pris des vies innocentes et maintenant, à l'heure des récompenses, lui recevait sa punition.

De défaite, il baissa les épaules et enfouit sa face brûlée entre ses mains.

Il la méritait. Aussi violente et sournoise soit elle, il pensait sincèrement qu'il méritait pleinement cette punition.

Selon ses rapides calculs il lui restait environ trois années à vivre. Le poison allait s'insinuer doucement dans ses veines, le tuer à petit feu, le dévorer parcelle par parcelle. Une torture de chaque instants. Un chef d'œuvre de sadisme.

Il ne pouvait imposer ce genre de vie à la seule personne qui lui était chère. Il avait vu sa mère mourir lentement. Chaque coup de son père l'avait envoyé un peu plus vers la tombe. Cela avait pris quinze ans. Pendant quinze années, il avait regardé, impuissant, sa mère se faire battre et avancer tragiquement vers sa mort.

Il ne voulait pas qu'Hermione subisse la même chose.

Il mourrait seul dans son coin, comme une plante oubliée. Et elle referait sa vie. Avec un homme sain et digne d'elle.

Elle l'oublierait.

Et lui croupirait comme il avait vécu. Seul.

Lentement il poussa les couvertures et posa ses pieds nus sur le carrelage glacé. Il chercha à tâtons sa baguette sur sa table de chevet. Elle n'y était pas.

Il soupira et se leva. Les bras tendus, la dignité en miettes, il partit à la recherche de la porte de sortie. Il se cogna dans son lit, dans une armoire puis à un coin de mur mais il parvint enfin à trouver une poignée. Il la tourna et tendit l'oreille. A une vingtaine de mètres, du côté droit, il pouvait clairement entendre les voix d'Hermione et Lupin.

- Ne t'inquiètes pas, tout va bien se passer.

- Pourquoi prennent ils autant de temps dans ce cas? On l'a amené deux heures et demi auparavant! Pourquoi personne n'ait venu nous voir? Aucune nouvelle! Aucune! C'est inadmissible! Dès que nous sortirons d'ici, je me plaindrais….

Snape profita de la diatribe d'Hermione pour se faufiler hors de la chambre et glisser le long du couloir dans le sens opposé.

Trop occupé à être discret et à ne pas tomber, il n'entendit pas Rémus interrompre soudainement Hermione :

- Attends moi, je vais nous chercher du thé.


Entre les silences tendus et les éclats de colère de la jeune femme, l'attente avait été un véritable calvaire. Même si Snape et lui ne s'étaient jamais bien entendus, il se sentait toujours coupable vis-à-vis de lui. Il avait failli le tuer après tout. Et il l'avait jugé trop vite après la mort de Dumbledore. Blâmer Snape était plus facile que de se poser des questions. Il n'avait pas réfléchi. Il avait suivi l'avis général comme un mouton. Ironique pour un loup.

Rémus s'en voulait et se sentait redevable. C'est pour cette raison qu'il ramassa la baguette de Snape qui avait roulé jusqu'à ses pieds, suivit Hermione lorsqu'elle lévita le corps de Snape et transplana à Sainte Mangouste. Il ne l'avait pas quitté un seul instant depuis.

Hermione avait les yeux rouges d'avoir pleuré. Dès qu'elle fondait en larmes, il venait lui caresser l'épaule et lui murmurer des paroles réconfortantes. Ces moments de détresse étaient souvent suivis de crises de colère. Cette fois ci ne fut pas différente des précédentes. Elle venait juste d'essuyer ses dernières larmes qu'elle s'énervait déjà.

- Ne t'inquiètes pas, tout va bien se passer, la rassura t'il

- Pourquoi prennent ils autant de temps dans ce cas? On l'a amené deux heures et demi auparavant! Pourquoi personne n'ait venu nous voir? Aucune nouvelle! Aucune! C'est inadmissible! Dès que nous sortirons d'ici, je me plaindrais….

Mais Rémus ne l'écoutait plus. Contrairement à Hermione, il se trouvait près de la sortie de la salle d'attente et pouvait clairement voir ce qui se passait dans le couloir. Or ce qu'il vit le surprit profondément.

Snape, le derrière à peine caché par sa robe d'hôpital, qui essayait de s'enfuir de sa chambre en catimini. Si la situation n'avait pas été aussi grave, il aurait explosé de rire.

Rapidement il décida que l'ancien mangemort n'apprécierait pas d'être vu en une telle circonstance par Hermione aussi interrompit-il celle-ci pendant sa crise de colère en prétextant une excuse au hasard : «Attends moi, je vais nous chercher du thé.»

Puis il partit à la poursuite de Severus Snape, aveugle, défiguré, privé de sa baguette et déambulant les fesses à l'air dans Sainte Mangouste.


Snape descendit les escaliers de service en se tenant fermement à la rampe. Malgré lui, il était soulagé d'être méconnaissable. Il ne pourrait jamais survivre à la honte qu'il subissait si quelqu'un le reconnaissait.

Il sentait l'air froid sur ses mollets et son postérieur. Les robes de Sainte Mangouste ne couvraient pas grand-chose et s'attachaient uniquement avec une petite ficelle au niveau de la nuque. Ce qui laissait une partie de son dos découverte également.

Il lui fallait une cape.

Il pourrait peut être en subtiliser une dans le hall. Il n'était pas difficile de voler des sacs à main ou des capes à l'acceuil. Les gens sont trop préoccupés par leur santé ou celle de leurs proches qu'il ne se méfient pas des bandits.

Pas que Snape fut un bandit. Juste un meurtrier et ex mangemort, vivant présentement la plus grande humiliation de toute sa vie. Même Potter et Black n'auraient pas pu faire mieux.

Lorsqu'il glissa sur une marche et faillit tomber la tête la première, Snape décida de se concentrer à nouveau sur sa tâche actuelle. Il n'aurait jamais imaginé que descendre des escaliers put un jour lui paraître aussi périlleux qu'une mission d'espion.


Lupin vit Snape s'engouffrer lentement dans les escaliers de secours. Même s'il était dans un sale état, Rémus ne doutait pas qu'il repérerait rapidement le bruit de ses pas sur les marches de pierre. Cet homme avait toujours eu une audition hors normes. Aussi le loup garou prit l'ascenseur. De toute manière, connaissant Snape, il devait sûrement essayer de s'échapper de Sainte Mangouste. Il serait obligé de passer par le hall d'entrée. Rémus l'attendrait là bas.


Merlin! Combien d'étages avait-il encore à descendre?

Prendre l'ascenseur aurait été trop risqué. Il aurait pu se faire interpeller par un médicomage. Ces sacrés fainéants ne se fatiguaient jamais à prendre les escaliers. Mais sacrebleu! Eviter de descendre toutes ces marches aurait peut être valu le rique de se faire ramener de force à sa chambre!

Snape découvrit vite que ses autres sens étaient bien plus à l'affût depuis qu'il avait perdu la vue. Son audition avait toujours été parfaite mais il lui semblait qu'elle encore plus aiguisé qu'auparavant. Ou alors il comptait trop sur ses yeux pour faire confiance à ses oreilles seules.

Enfin il arriva un moment où il ne put plus descendre. Son pied chercha à tâtons une nouvelle marche mais n'en trouva aucune. Il était au ré de chaussée. Les mains tendues devant lui il chercha la poignée de la porte puis l'entrouvrit quand ses doigts la rencontrèrent.

Il resta un moment dans l'ombre, l'oreille tendue, à écouter le hall d'entrée. Cela palpitait de vie et de cacophonie. Dans l'obscurité qui était désormais la sienne, Snape trouvait cela absolument effrayant. Il avait l'impression d'être à l'orée de la forêt interdite en pleine nuit, entendant un troupeau de centaures au galop et ne sachant pas où ils se trouvent. Piégé entre l'envie de faire demi tour et le besoin de traverser la forêt.

Snape prit un instant pour soupirer puis se faufila à travers l'interstice avant de s'engouffrer dans la masse humaine qui envahissait le hall d'entrée de Ste Mangouste.

Au début il se sentit happer et bousculer mais très vite la foule, telle la Mer Rouge devant Moïse, sembla se fendre devant ses pas incertains.

- Beurk! entendit il à sa droite. La voix était aigue, enfantine et féminine. « Maman, t'as vu le monsieur? Pourquoi son visage il est comme ça? Pourquoi il a pas d'yeux? Hein, pourquoi? Oh maman! Regarde! On voit ses fesses! »

Il grimaça et avança en tentant d'ignorer la petite fille qui demandait maintenant, de sa petite voix naïve et curieuse, pourquoi il avait des poils sur le postérieur.

Il comprit aussi pourquoi il ne rencontrait plus d'obstacles. Les gens devaient certainement s'écarter de dégoût sur son passage. Peu lui importait ce que ces crétins pensaient de lui, il espérait seulement qu'il ne serait pas intercepté d'ici la sortie.

Il percuta soudainement quelque chose et il ne put retenir un grognement de douleur. Son pied droit s'était cogné dans une chaise. Il s'appuya quelque seconde sur le dossier de la dite chaise, le temps que la légère souffrance passe. C'est à ce moment là que ces doigts rencontrèrent une étoffe épaisse. Il tâta le tissus qui paraissait être une cape puis la subtilisa avant de reprendre son chemin.

Il écouta attentivement, craignant que le propriétaire de la cape ne se rende compte du vol. Personne ne l'interpella. Il continua son périple dans le noir avec son butin plié sous son bras droit.

Au milieu du bruit et du désordre, il parvint à entendre l'annonce soporifique et répétitive qui souhaitait le bonjour et dirigeaient les nouveaux arrivants. Il pressa le pas et se laissa emporter par la foule qui se précipitait hors de l'hôpital sorcier.

Puis enfin, il sentit la brise chaude de ce début de matinée estivale sur son visage calciné.


Assis sur une chaise, les yeux rivés sur la sortie de secours, Rémus vit enfin la porte s'entrouvrir. Pendant quelques minutes, rien ne parut puis Snape en sortit lentement.

Devant le désastre qu'était sa face, le loup garou ferma les yeux un instant. S'il n'avait pas su qui était cet homme, jamais il n'aurait pu le connecter à Severus Snape, cet homme fier et au regard perçant. Jamais.

Par la barbe de Merlin! Ce homme n'avait il pas déjà assez souffert? N'avait il pas payé amplement sa dette? Le destin était cruel et injuste, c'est la seule explication au sort que subissait Snape.

Lorsque Rémus rouvrit les paupières, son vieux camarade de classe était étouffé entre un sorcier dont les mains avaient été remplacées par les pieds et vice versa, et une sorcière obèse, pâle de douleur qui se tenait la gorge à deux mains. Puis les deux victimes semblèrent s'apercevoir de la présence de Snape et s'écartèrent subitement de lui. Du dégoût et de l'horreur étaient inscrits sur leur visages.

Peu à peu les personnes présentes remarquèrent cet homme au visage brûlé qui se promenait en robe d'hôpital. Mais personne ne lui adressa la parole ni l'arrêta dans son cheminement. Seule une petite fille eut l'audace de parler de cet homme à voix haute mais elle fut vite réprimandée par sa mère.

« Tais toi! Il pourrait t'entendre! » chuchota-t-elle à l'oreille de sa fille.

Rémus suivit la progression de Snape et se mordit la lèvre inférieure lorsqu'il le vit dérober une cape ridicule au motifs léopards. La propriétaire de la dite cape était présentement trop occupée à étouffer son mari tout juste guéri entre ses énormes seins pour se rendre compte de quoi que ce soit. Ce ne fut que quelques minutes plus tard, lorsqu'elle relâcha son époux beaucoup plus petit qu'elle, qu'elle s'écria de sa voix stridente qu'on lui avait volé sa cape à fourrure. Avec sa carrure imposante, elle se mit à bousculer tout son voisinage pour retrouver sa précieuse étoffe.

Puis Rémus hâta son pas lorsqu'il vit l'ancien mangemort sortir de l'hôpital. Il ne devait surtout pas le perdre de vue.


Dès qu'il fut dehors, Snape drapa ses épaules de la cape volée pour passer inaperçu, puis il avança lentement en prenant garde de bien rester sur le trottoir. Ses pieds nus seraient en sang d'ici la fin de la journée mais peu lui importait. A sa droite il entendait les voitures moldus rouler à vive allure malgré la limitation de vitesse. Il était fatigué du bruit. Les klaxons, les éclats de voix, les vrombissements de moteurs. Il ne désirait qu'un peu de silence pour pouvoir souffler et réfléchir.

Il n'avait pas de baguette. Il ne pouvait donc pas transplanter, ni appeler le Magicobus. Il n'avait pas de balai, ni de sombral sous la main. Enfin bref, il était coincé.

Il décida que le mieux serait de se rendre à pied au Chaudron Baveur, d'y louer une chambre pour s'y reposer, d'attendre le lendemain pour se rendre chez Ollivander afin d'acheter une nouvelle baguette et enfin de transplanter à la maison.

Bon, maintenant il ne restait plus qu'à trouver le Chaudron Baveur!

Snape sentit une vague de découragement le saisir. Diantre! Londres était une ville immense! Jamais il n'avait encore fait le trajet Ste Mangouste - Chaudron Baveur à pied. Il transplanait directement. Il ne savait même pas par où passer! Et hors de question de demander son chemin!

Néanmoins il ne pouvait pas rester planter en plein milieu de trottoir, ainsi bousculé par la foule.

Pour la première fois depuis la mort de Lily, Snape se sentait perdu. Il ne voyait plus rien et son audition était saturée par la cacophonie qui résonnait à la fois dans la rue et dans sa tête. Il était noyé par un trop plein d'émotions, qui après avoir été refoulées pendant si longtemps, ne demandaient qu'à exploser.

Comme un gamin qui a perdu sa mère dans un grand magasin, il avait besoin d'une main aimable se posant sur son épaule, d'une voix douce le rassurant, d'un peu d'espoir…

Il retint un sursaut lorsqu'il sentit une main se poser justement sur son épaule et une voix familière lui glisser à l'oreille :

« Suis moi, Severus ou tu vas te faire arrêter par des autorités moldues. »

Snape ne lui répondit pas mais cela n'empêcha pas Rémus de le pousser doucement mais fermement vers une petite ruelle. Les deux policiers qu'il avait réparés un peu plus tôt accélérèrent le pas pour les intercepter mais lorsqu'ils arrivèrent dans la ruelle, elle était déserte.

Rémus les fit transplanter devant une auberge moldue miteuse d'un village d'Ecosse. Dans la rue, il n'y avait pas un chat. Ni dans l'auberge d'ailleurs.

Le loup garou poussa Snape à l'intérieur.

Une odeur de terre, d'humidité et de moisi empreignait les murs du local trop étroit.

La tapisserie jaune à fleurs marrons se détachaient par endroits et pendait lamentablement. Les tables étaient recouvertes de poussières et les quelques bibelots qui siégeaient sur les étagères étaient cachés par des toiles d'araignées.

Rémus guida Snape vers le comptoir où ils prirent place. Un homme imposant, à la barbe hirsute et au regard malveillant entra d'une porte entrebâillée du fond de la salle. Son tablier était recouvert de tâches toutes plus suspectes les unes que les autres. Rémus ne voulait même imaginer d'où elles provenaient.

- Qu'est-ce que ce sera? Demanda l'aubergiste après avoir lancé un regard méfiant à la face ravagé et au manteau extravagant de Snape.

- Deux whiskys s'il vous plait, répondit Rémus en sortant un peu d'argent moldu.

Le loup garou attendit que le bonhomme les ai servi et ai décampé avant d'adresser la parole à son compagnon qui avait déjà fini son verre.

- Alors, comment vas-tu?

- A ton avis, grogna l'ex-mangemort

- J'imagine que ce que tu vis doit être pénible. J'aimerais t'offrir mon aide.

- Non merci.

Rémus soupira. Il aurait dû savoir que Snape n'y mettrait que de la mauvaise volonté.

- Ecoute, Severus, j'ai vraiment envie de t'offrir mon soutien dans ce qui t'arrive. Je veux que tu puisses compter sur quelque un.

- Ton aide aurait été peut être plus appréciée à l'époque où tes petits camarades me maltraitaient, répliqua Snape d'un ton froid, mais tu étais trop occupé à les regarder faire!

- Je sais que mon manque de réaction est impardonnable, soupira Rémus. Je comprends que tu m'en veuilles. J'aimerais juste qu'on essaie de faire table rase, qu'on tente de bâtir une amitié en dépit de notre passé.

Snape ne répondit même pas, il se contenta de renifler de mépris.

Un silence s'installa pendant de longues minutes avant que Rémus ne le brise à nouveau.

- Et Hermione?

- Quoi Hermione? Grogna Snape.

- Tu as fui Sainte Mangouste sans la prévenir. Elle va être morte d'inquiétude. Tu vas faire quoi à son sujet?

- Je ne vois pas en quoi cela te concerne!

- C'est une amie. Je tiens beaucoup à elle et je ne veux pas qu'elle soit malheureuse. Ce ne serait pas la première de mes amies que tu blesserais.

- Excuse moi?

- Lily…

- Occupe toi de tes affaires, loup garou! Interrompit Snape d'un ton sec.

Malgré la mise en garde, Rémus décida d'insister. Il y avait beaucoup trop de non-dits au sujet de Lily. Il était grand temps de mettre les choses au clair.

- Tu sais, j'étais le seul à qui elle parlait librement de toi. Elle m'a raconté votre rencontre. Elle était soucieuse à l'idée de voir un si bon ami s'éloigner peu à peu d'elle, sombrer pas à pas dans la Magie Noire. Elle ne savait pas comment s'y prendre pour te sortir de ce milieu. Elle avait peur pour toi, Severus. C'est pour cela qu'elle n'a pas brisé votre amitié malgré tes fréquentations. Elle voulait te laisser une issue de secours au cas ou tu déciderais de t'éloigner de tes camarades Serpentards.

- Dois je te rappeler qu'elle l'a brisé cette dite amitié?

- C'était la seule chose à faire. Tu l'as insultée, Severus. Et chaque jour tu devenais de plus en plus maléfique. Tu méprisais les Né-moldus. Ce qu'elle était précisément. Rester ton amie était désormais impossible. Mais ne te méprends pas, tu n'as jamais cessé d'être important pour elle.

- Qu'est-ce que tu sous entends? hissa Snape qui tentait de cacher son malaise face à cette conversation qui rouvrait bien des blessures.

- Après qu'on ai tous quitté Poudlard, que tu sois devenu un mangemort et nous des membres de l'Ordre du Phénix, chaque fois qu'on revenait de mission, elle me prenait à part pour me demander si tu avais pris part au combat et si tu avais été blessé… Severus, elle ne t'a jamais detesté. Elle était juste triste et déçue que tu n'aies pas choisi la bonne voie mais je pense qu'elle espérait qu'un jour tu changerais de camp.

- Et il a fallu qu'elle meurt, pour que l'imbécile que je suis prenne la bonne décision, marmonna Snape.

- Certes, mais tu t'es racheté. Tu as protégé Harry et tu as servi l'Ordre fidèlement. Elle serait fière de toi, Severus.

- Si tu le dis, murmura l'ex mangemort d'un ton amer.

L'aubergiste réapparut avec une cagette remplie de bouteilles, qu'il déposa derrière son comptoir.

- Une autre tournée? Demanda-t-il lorsqu'il vit leur verres vides.

- Oui s'il vous plaît, répondit Rémus en sortant quelques pièces.

- Laissez la bouteille, ordonna Snape.

Le loup garou dut vider son porte monnaie en peau de dragon.

A tâtons, l'ex mangemort finit par trouver son verre puis le leva jusqu'à ce qu'il touche son menton. Ensuite il baissa sa tête pour que sa bouche puisse se positionner au bord du récipient. Néanmoins, il fut trop brusque en levant son coude et quelques gouttes de whisky coulèrent sur son menton.

- Alors, finit par demander Rémus au bout de plusieurs minutes, qu'est-ce qui est arrivé à ton visage et à tes mains?

- Tu n'étais pas présent? Grogna Snape qui n'avait pas envie de papoter. Juste de boire son whisky tranquillement.

- Je regroupais des prisonniers lorsque j'ai entendu Hermione hurler. J'ai juste vu que tu avais le visage qui brûlait. Quel était le nom de la potion?

- Dissolutio apparemment.

- Mmh… jamais entendu parler. Il existe un antidote ou quelque chose?

- Non.

- Ah! Et euh quels sont les principes de cette potion, si je puis me permettre?

- Comme si tu avais besoin de mon accord pour poser des questions impertinentes, répliqua Snape.

- Ce n'est pas de la curiosité mal placée. Je m'inquiète pour toi, Severus. De notre promotion, il ne reste plus grand monde, je suis tout seul et je n'ai personne avec qui partager…

- Arrêtes cela tout de suite! Ordonna Snape. Ne me sors pas ton couplet de martyr! Et ton amitié, je n'en veux pas! C'est clair?

Rémus répondit par un soupir et le silence s'installa à nouveau. L'ex mangemort put savourer son whisky en paix pendant quelques minutes avant que…

- Alors cette potion? insista le lycanthrope.

- Si tu veux tout savoir, répondit Snape en haussant le ton et en se tournant vers son interlocuteur pour la première fois, ce poison est aussi ancien que dangereux et sournois. Je vais mourir à petit feux, me dégrader lentement, perdre mes organes un à un! Satisfait?

- Non, murmura Rémus, non, je suis désolé.

Malgré qu'il ne puisse le voir, Snape pouvait parfaitement imaginer la tête que faisait le loup garou à ce moment. Une tronche de chien battu. Saleté de Gryffrondor!

- Tu as quelque part où aller? Demanda Rémus après un autre instant de silence.

- Oui.

- Bien. Je vais te laisser tranquille alors mais sache que si tu as besoin de quoi que ce soit, je serai là pour toi.

- Tu seras la dernière personne à qui je ferais appel, loup garou… après Potter bien sûr.

Il entendit le lycanthrope émettre un petit reniflement amusé avant d'entendre un bruit sourd sur le comptoir et les pas légers et discrets de Rémus sur le parquet grinçant.

- J'ai posé ta baguette en face de toi. Je te conseille fortement de lancer un puissant sort de glamour à ton visage et de transformer ta cape en quelque chose d'un peu plus… sobre. Parce qu'avec ta gueule ravagée et ta cape à fourrure léopard, tu ressembles à un de ces psychopathes moldus! Lança Rémus d'une voix amusé avant de sortir de l'auberge.

Horrifié, Snape se lança à deux mains à la recherche de sa baguette avant de changer sa cape volée en quelque chose d'un peu plus masculin. Puis il parvint à trouver la sortie de l'auberge et transplana.

En face de l'auberge, une vieille femme qui se rendait à l'épicerie resta un instant les yeux écarquillés. Un homme au visage rongé comme un lépreux venait de se volatiliser devant elle. Elle lâcha son panier en osier et oublia l'épicerie tandis qu'elle courait se repentir de ses maigres péchés à l'église du village.