Chapitre 28. Pour l'amour du père.
Après des semaines à craindre la maladie et la mort dans l'enceinte de la cité d'Entalluve, jadis prospère et vivante, aujourd'hui pareille à un tombeau, c'est dans une petite clairière prêt d'un petit-bois que l'elfine qui accompagnait un petit groupe de nains avaient posés leur campement, épuisés et endeuillés.
Bien qu'ils savaient tous qu'ils n'étaient pas encore réellement à l'abri, ils s'accordèrent quelques jours pour enfin pouvoir pleurer leurs pertes leurs morts, et de retrouver leurs esprits.
Niphredil savait qu'il ne restait plus qu'une quinzaine de jours avant Mereth em Gilith, mais à présent, l'enthousiasme des fiançailles d'Amdir l'avait quitté, et elle n'avait pas le cœur à laisser les siens sur cette note tragique, pas plus qu'elle avait l'esprit à la fête.
Malgré l'écart salvateur entre elle et Entalluve, devenue ville de mort, elle ne parvenait toujours pas à retrouver le sommeil, et l'épuisement la laissé vide d'énergie, avec la sensation que tout était devenu irréel, lointain, sans qu'elle n'ait pas la moindre emprise sur les événements.
Cela, mais aussi l'impression que cette odeur de mort qui avait imprégné dans la ville ne la quittait toujours pas, qu'importe le nombre de bains qu'elle prenait, ainsi le souvenir des hommes mourant dans les tentes d'Entalluve flottait encore dans son esprit.
Tout comme la culpabilité d'avoir fui, alors qu'elle aurait pu rester, et en sauver encore quelques-uns... Ou même un seul de ses si fragiles mortels.
Quelle vie ne mérite pas quelques instants de plus ?
Elle avait fui en ne pensant qu'à sa famille, mut par l'égoïste désir de les protéger à tout prix.
Mais pour rien au monde, je n'aurais risqué leurs vies, songea-t-elle en se baignant dans un petit lac proche de leur campement. C'est une chance que ni Fili, ni Kili, ni Dis n'aient été malade, et nous ne pouvions pas prendre le risque que cela arrive.
Les savoirs saints et saufs était son plus grand réconfort, qui lui avait permis de dormir quelques trop maigres heures, trop vite troublées par le souvenir de l'agonie de Nali, alors qu'à demi éveillé, pour la première fois depuis son arrivé à Entalluve, elle rêva de nouveau d'elfes.
Ou plus particulièrement d'Oropher, le voyant lui, mort longtemps avant sa naissance, aussi clairement que si il se tenait en face d'elle, si ce n'est plus clairement encore, car son aura puissante semblait chasser son épuisement.
Hors, elle n'assistait pas à une scène, comme d'autres fois, non, il était là, debout devant elle, silencieux, l'air réprobateur, puis lâcha enfin de sa douce voix grave, si proche de celle de Thranduil "tu ne peux plus fuir ce que tu es".
Ces simples mots l'éveillèrent en sursaut. Ces rêves qui s'imposaient à elle, même éveillée à présent la troublait, car assurément, cela signifiait quelque chose, bien qu'elle ignorait avait laissé cela de coté depuis trop longtemps, tant distraite par d'autres affaires, que par crainte que cela pourrait bien signifier.
Perdrais-je la raison?
Profitant de voir que ces compagnons dormaient paisiblement, elle alla se rafraîchir dans la petite rivière non loin, avant de regagner sa tenue d'éclaireur de Vert-Bois, car à regret, elle avait dû brûlé la robe orangé offerte par Thorin, craignant qu'elle ne soit souillée par quelques poisons ou maladie.
Hors, quoi qu'elle fasse, elle croyait encore sentir l'odeur de la maladie et de la mort sur ses talons, et retroussa les narines, se persuadant que c'était un tour de son esprit.
Alors qu'elle rejoignait le camp, les yeux levés vers la voûte de verdure ou perçait le soleil, elle sursauta et dégaina son arme en entendant un bruissement non loin, et découvrit avec stupeur Glorfindel, qui lui jeta un regard surpris, puis accouru vers elle d'un pas léger et silencieux et s'exclama en lui offrant une accolade :
-Niphredil, vas-tu bien ?
-Glorfindel ? Souffla-t-elle,que...
-Dès que ta lettre nous est parvenue, les royaumes elfes se sont mis en marche pour venir en aide aux mondes des hommes, avant que ce denier de soit décimé par la grippe du sud ! À chaque frontière du Rohan ont été installé des hôpitaux pour soigner les malades en fuite et contenir l'épidémie.
La nouvelle le ravie à tel point qu'elle l'étreignit avec ferveur, ignorant l'habituelle réserve des elfes pour se lasser parler une infirme partie des émotions qui l'envahissaient, dominé par un soulagement salvateur.
Ce qu'elle avait vu n'était pas en train de se produire dans le reste du monde. Il restait ailleurs, des endroits ou l'on ignorait la maladie et la mort.
Quelque soit le but de cette infamie, leurs commanditaires avaient échoués.
Néanmoins, elle se ressaisit rapidement, il était encore trop tôt pour craquer son masque d'impassibilité, se laissé aller à ses émotions. Les siens étaient encore en danger, et aujourd'hui plus que jamais, elle réaliser combien se devaient être dur pour Thranduil de rester de marbre devant son peuple, alors qu'il avait dû connaître tant de malheur durant sa longue existence.
Thranduil...
Niphredil mena le tueur de Balrog jusqu'à son refuge de fortune, alors qu'il lui apprit que C'était Amdir qui menait le camp qui protégeait le reste de l'Eriador de l'épidémie du Rohan, avec en sa compagnie, plusieurs elfes de Lorien, ainsi que Legolas et Wilwarin.
-Leur fiançailles...
-Ils refusaient de les maintenir, alors que le long des frontières, les cadavres s'empilent et que les malheureux à la recherche d'aide se perdent et meurent dans Vert-Bois-le-Grand.
Niphredil ne dit rien, mais acquiesça. Elle comprenait cela, car c'était également le point de vu des nains. Seuls les hommes semblaient capables de se marier dans un climat de guerre ou avant de partir au front, faisant de jeunes épouses de jeunes veuves, se réjouissant là ou il n'y avait que désolation.
Une fois arrivé au petit campement de fortune, ou Dis préparait le déjeuner pour les siens qui s'éveillaient, visiblement depuis peu leurs mines fatiguées, les nains accueillirent Glorfindel avec une réserve palpable, majoré par le fait que ce fut lui, et lui seul, qui leur prit Nipherdil lors de leur dernière rencontre.
-Vous devriez m'accompagner à l'hôpital de la frontière Est. Nous nous assurerons qu'aucun d'entre vous n'est malade, et vous pourrez repartir ou bon vous semblera, certains de n'apporter aucun malheur auprès des vôtres par inadvertance.
-Ou vous retiendrez encore l'un des nôtres contre sa volonté, siffla Fili en agrippant machinalement le bras de Niphredil dans un geste aussi enfantin que protecteur.
Cette dernière allait répliquer quelque chose pour défendre l'elfe noldo, mais ce dernier déclara d'un ton calme et satisfait :
-Le seigneur Thranduil fait savoir à la demoiselle Niphredil qu'elle peut rentrer avec nous si elle le désire, ou repartir où bon lui semblera. Dans tous les cas, sa bénédiction et son bon sentiment la suivra, car part sa fuite, certes impudente, elle a permis de sauver bien des vies, et de contrer de sombres plans, qui auraient put mettre l'ensemble des royaumes en péril.
Cette déclaration arracha une expression profondément surprise à Niphredil, alors que ses mots lui procurèrent un soulagement certain. Elle avait craint sa colère, d'être jetée dans une geôle de Vert-Bois, mais, presque étonnement, il n'en était rien.
Pour la première fois, elle eut la sensation qu'il lui accordait réellement sa confiance et son indulgence. De plus, le fait qu'il ne soit pas particulièrement connu pour être un roi clément donnait un sens presque spécial, à ce que beaucoup trouveraient normal.
Mais pour l'heure, elle devait encore veiller sur sa famille, les accompagner dans leur deuil troublé par les événements qui se déroulaient autour d'eux, les pressants encore et encore, sans laisser le temps de pleurer Nali qui manquait si douloureusement à son épouse, et à ses jeunes fils.
-Rentrons chez nous, ma fille, déclara Thorin en langue commune, appuyant bien sur son lien avec l'elfine, comme pour montrer son influence sur elle au tueur de Balrog. L'hôpital de campagne, qui doit davantage être un mouroir pareil à ce qu'est devenu Entalluve, ne nous apportera rien, sinon plus de danger, et de souffrance.
-Tu as peut-être raison, convint-elle, mais je voudrais qu'Amdir t'examine... C'est un médecin d'exception, qui peut offrir des soins bien plus fiable que ce que j'ai pu faire avec le peut que nous avons eut qui ne soit pas empoisonné... Nous ne devons courir aucun risque Thorin, notre famille n'a que trop souffert de cette maladie.
Malgré sa réticence à voir d'autres elfes, Thorin accepta. Tant par ce qu'il était prêt à ce sacrifice pour ne faire courir aucun risque aux siens, que par-ce qu'il avait le désir de mener une investigation d'une toute autre nature: celui de trouver celui qui avait osé porter les yeux sur sa douce enfant. Il se souvenait qu'elle lui eut confié cela, un souvenir embrumer par la fièvre qui l'avait frappé, mais suffisamment présent pour qu'il soit sur de la véracité de son propos. Aussi, il comptait bien mettre la main sur ce jeune freluquet, et lui faire passer l'envie de poser la main sur sa Niphredil. Son joyau.
Tous les moyens seront bons, songea-t-il en posant un regard attristé sur sa sœur ravagé par le deuil de son époux.
Dis, si lumineuse, si joyeuse, était à présent grise et triste, n'accordant que quelques sourires abattus aux siens, passant une grande partie de ses nuits à pleurer en silence, quand elle les pensait tous endormis.
J'ai perdu mon amour, avait-elle dit à son frère, celui que j'avais espéré, et le seul que j'aurais dans ma vie. Aujourd'hui, la seule chose qui me pousse à vivre encore, c'est toi, Fili, Kili et Niphredil... Mais ce que j'ai perdu Thorin, valait à mes yeux, tous les joyaux du monde. Si absent qu'il fut de notre foyer, je l'aimais, plus que ma propre vie.
Il ne pouvait qu'imaginer l'ampleur de la douleur qu'elle ressentait, d'avoir perdu son époux, d'avoir dut brûler son corps, et de savoir que jamais il ne reposerait dans les salles de pierres auprès de ses aïeux, et jamais il ne permettrait que sa fille tombe ainsi amoureuse et connaisse, irrémédiablement, pareil chagrin.
Pour alléger la douleur de Dis, Thorin prit la décision de s'occuper davantage de Fili et Kili, qui était devenu encore plus inséparable qu'avant, se réconfortant mutuellement dans ces épreuves, qui les avaient plongés prématurément dans la dure réalité du monde.
Non pas qu'il voulut remplacer leur père perdu, mais des nains si jeunes avaient besoin de repère, de discipline, douce, mais ferme. Dis, bien qu'autoritaire et d'apparence innébranlable, aurait bien besoin d'aide dans ces futures années de veuvages.
Niphredil sembla penser la même chose, car elle gardait toujours un œil sur eux, bien que l'arrivé de Glorfindel la séparât un peu des siens, car bien qu'ils se retrouvaient que seulement après quelques semaines, ils avaient un millier de chose à ce dire, et de nouvelles à partager sur les événements passé dans le reste du monde.
L'étrange cortège prit la route rapidement, et le tueur de Balrog assura qu'il n'y avait guère plus qu'une journée de route jusqu'à la base établie par les elfes, moins, si ils faisaient diligence.
L'elfine prit Dis sur son orignal, tant pour aller plus vite que pour ne pas laisser la naine seule à ses pensées. Elle n'avait aucun mot pour apaiser son chagrin, mais au moins, mais seulement sa présence, et Niphredil savait que c'était bien la moindre chose qu'elle puisse faire.
Glorfindel jeta un regard compatissant à la naine endeuillée déclarant d'une voix douce :
-Votre douleur est profonde dame Dis, et si je ne puis qu'imaginer la douleur que l'on ressent en perdant son époux, la moitié de son âme, je puis vous dire ceci : sachez qu'il n'y a nulle douleur à Mandos. Il n'y a que la paix.
-Qu'en savez-vous ? Demanda-t-elle abruptement.
-J'y suis allé, dit-il simplement, les yeux perdus dans le vague. Je péris et allais dans les cavernes de Mandos, ou nul ne connaissait ni le chagrin, ni la douleur ou la peur. Bien que le lieu soit différent pour les elfes des nains, notre destin est le même : trouver la paix de notre âme auprès des Valars.
Les marques de courroux sur les traits de Dis s'envolèrent, == et Niphredil confirma les propos du tueur du Balrog. Malgré sa surprise, la naine s'adoucit et bien qu'elle s'enferma dans le silence, les deux elfes surent qu'elle était à présent moins tourmentée.
Le jour avança alors qu'ils cheminaient aussi vite que le permettaient les poneys nains, certes endurant, mais bien plus lent que les orignaux, un bruit attira l'attention de Glorfindel.
Il stoppa l'ensemble du groupe alors qu'ils traversaient une passe vallonnée où d'imposants rochers parsemés les plaines d'herbe brûlés par le gel des hivers du Rohan, offrant à la fois un paysage lugubre, et de nombreuses caches pour abriter quelques embuscades.
Niphredil perçut également quelque chose, mais avant qu'il n'ait pu proférer la moindre mise en garde, une flèche vola, et alla directement se ficher dans le poitrail de Ialla qui en poussant un hennissement de douleur terrible.
La bête se cabra et fini par choir sur le sol, reversant Dis, puis Niphredil qui sauta au sol pour protéger la naine des Orques qui fondaient sur elle, jaillissant d'un amas de rocher qui donnait sans doute sur quelque crevasse qui leur avait permis d'approcher leur cible sans être vu.
Il y avait nombres de ses créatures de Morgoth, criant et poussant de borborygmes ineptes tout en donnant l'assaut sur les voyageuses qui ouvraient la marche. En un instant, elle reçurent le secours de Thorin, Kili et Fili, alors que Glorfindel resta sur sa monture, fondant sur les archers qui avaient jailli de nul part.
Comment ces créatures ordinairement si indiscipliné avait réussi à camoufler leurs présences à l'ouïe fine des elfes, c'était un mystère, mais si cette pensée traversa l'esprit de Dis, elle ne put s'y attarder, car le combat faisait rage et ils étaient en sérieux désavantage. Bien trop pour que le petit groupe ne craignent pas d'être dépassé rapidement, car pour un orque tranché, deux semblaient surgir de nul part.
Heureusement, un cor au son clair, familier, et en un instant, des elfes montaient sur des élans arrivèrent, piétinant et tuant leurs adversaires en prenant bien soin d'éviter les nains qui eurent un mouvement de recul, mais ne cessèrent de combattre leurs ennemis de toujours, mue par une rage sourde.
Pour la première fois depuis longtemps, il avaient enfin un adversaire en face d'eux qu'ils pouvaient combattre par les armes, contrairement à cette sournoise maladie et ils n'eurent pas besoin de parler pour s'accorder sur un point : ils ne cesseraient de se battre, que quand les derniers des monstres qui avaient osé attenter à leurs vies seraient tombés dans le néant.
Legolas, qui dirigeait l'escarmouche d'elfe, les rejoints au sol, venant en aide à Niphredil qui protégeait toujours Dis, se déplaçant avec légèreté et d'une rapidité sur humaine, le faisant ressembler à un vent d'hiver meurtrier qui balayait sans mal ce qui se dressait sur sa course.
Ces renforts mirent rapidement leurs ennemis communs en déroute, mais alors qu'il crut le combat fini, un orque borgne à la peau pale sortit de l'ombre, et mit en joue Fili avec un sourire carnassier. Glorfindel le vit, mais il était trop loin pour le tuer à temps, et n'eut d'autre choix que de crier pour la mettre en garde alors que la crainte serra son cœur.
Les yeux de Glorfindel s'écarquillèrent d'horreur quand il vit Niphredil vouloir s'interposer, mais un ellon surgit de nul part, la rattrpant à la dernière seconde, laissant la flèche frapper le nain blond à l'épaule.
Le cri de Niphredil s'éleva, et elle se débattit avec rage contre son assaillant qui la libéra de sa poigne, pour la laisser se précipiter sur le nain qui était toujours debout, luttant contre la douleur et le choc de la blessure, alors que l'orque pâle avait disparu aussi vite qu'il était apparu, ne laissant aucune preuve de son apparition derrière lui, hormis une flèche.
Glorfindel, qui jurait avoir entendu parler de cette créature se lança à sa poursuite, mais en vain.
Jamais il ne le revit, pas même fuyant comme un couard, comme s'il ne fut jamais que le fruit de son imagination.
De son côté, l'elfine rousse rattrapa le jeune nain qui menaçait de s'écrouler juste à temps, et l'accompagna d'un geste doux jusqu'au sol, déchirant son armure de cuir et de maille avec anxiété pour révéler sa blessure, dévoila la tête d'une flèche profondément enfoncé dans sa chaire, le perçant presque de part en part.
Les orques avaient à présent tous fui ou battaient en retraite, mais malgré la confusion de la bataille, Amdir avait vu ce qui s'était passé et accouru alors que l'ellon blond vêtu des couleurs de Lothlorien attrapa Niphredil pour l'écarter, ses yeux bleus souligné d'un plis soucieux et demanda :
-Iell Nin... Mel iell Nin... Man mathach ?
Niphredil lui jeta un regard choqué, mais Wilwarin intervint, visiblement furieux et repoussa le galadhrim, le gratifiant d'un « nous verrons cela plus tard, tu peux me croire, disparaît à présent ! »
Amdir posa une main rassurante sur son épaule, mais ses yeux trahirent son inquiétude alors qu'il se saisit délicatement du nain pour le soulever du sol sans la moindre difficulté.
Il appela son élan et hissa le nain sur son dos devant lui, déclarant qu'il devait au plus vite se rendre au camp, à présent à moins d'une demi-heure de là, et disparu. Si vite que Niphredil resta un moment, juste planté là, souillé par le sang de son ennemi et l'épée à la main, mais incapable de réagir, les yeux rivés sur les cadavres de leurs ennemis qui jonchaient la plaine, les mourants se faisant achever par les elfes.
Thorin, Kili et Dis étaient là, tournant leurs visages livides d'inquiétude vers elle en quête de réponses, mais hélas, elle n'en avait aucune. Elle ne pouvait dire qu'une chose, car c'était à présent sa seule certitude « Amdir est la meilleure personne qui puisse lui sauver la vie ».
Le mystérieux ellon blond fit mine de revenir vers elle, mais elle crut entendre Legolas lui murmurer quelque propos dissuasif qui le poussa à partir dans une autre direction, alors que le prince elfe vint vers eux, déclarant :
-Venez, nous devons partir, les orques sont nombreux par ici. Nous ne pouvons nous attarder davantage.
-Ialla... Je ne peux pas la laisser, Legolas... Elle ne mérite pas de mourir seule et effrayée... Murmura l'elfine en désignant du menton sa monture au sol ou un elfe s'affairait pour retirer la flèche.
-Nous ne l'abandonnons pas, ne t'inquiète pas... Nous la ramenons au camp pour la soigner. Pour le moment, monte avec moi, Irun est assez fort pour nous deux, dit à tes amis de nous suivre.
À contre-cœur, elle obtempéra, et jeta un dernier regard à Ialla qui se relevait difficilement avant de disparaître dans le bois qui s'étendait devant eux, à quelque milles de ce qui était devenu le cimetière des orques.
Le camp de fortune avait été monté sur la lisière Est, prêt de la grande route qui permettait au voyageur quittant le Rohan de rejoindre la région du Rhovarion, avec pour but d'apporter soins et assistance au maximum de voyageur fuyant la fièvre de Haradwin, ignorant qu'il s'enfonçait dans la région la plus sauvage et la pus dangereuse de la terre de milieu.
Nombreux étaient ceux qui avaient succombé aux animaux sauvages et aux sables mouvants des champs d'Iris, selon dire de Legolas, mais le pire restait ces détachements d'orques qui avaient massacrés tous ceux qu'ils trouvaient, profitant de la déroute et de la panique des hommes pour semer plus de mort et de peur.
Un fait d'une grande stupidité assurait le prince elfe, car cela avait par inadvertance permis de contenir l'épidémie au Rohan, car les fuyards malades n'avaient eut aucune chance face aux orques, alors d'après les estimations actuelles des elfes, un tiers de la population du peuple des seigneurs des chevaux avait à ce jour péris, et ceux en moins d'un mois.
C'est le cœur appesanti par de telles nouvelles qu'elle se rendit presque en courant au chevet de Fili, ne prenant pas le temps de regarder l'immensité de camps, ou les imposantes tentes blanches de l'hôpital, assez vaste pour que chacune d'elle contiennent une cinquantaine de malades, était légèrement à l'écart d'un camp militaire aux tentes vertes et brunes.
Dans une tante médicale plus petite que les autres, réservées aux blessés de combats, Fili s'était assoupit, épuisé par la douleur, et plongé dans un sommeil réparateur, aider par les potions de sommeil sans rêve d'Amdir.
D'un geste affectueux, elle repoussa doucement ces cheveux blonds collés par la transpiration, et murmura à l'adresse d'Amdir derrière elle :
-Les orques... Ce sont des créatures immondes, né pour servir le mal. Mais les Haradwins sont des humains... Que peut-on faire, quand l'horreur et la haine dominent le cœur es hommes ? Murmura-t-elle alors que les larmes perlaient aux coins de ses yeux.
Elle serra le jeune nain endormi contre elle, déposant un baiser dans ses cheveux d'or en adoptant une attitude maternelle qui fit sourire Amdir. Il ne comprendrait jamais l'ampleur de l'affection qu'elle vouait à ses nains, mais la sincérité et la pureté de cette scène le touchait.
Niphredil demeurait à ses yeux, une elfine éternellement surprenante.
-Il sera sur pied dans deux jours, tout au plus, dit-il avec un regard bienveillant. C'est un petit être coriace, fidèle à la résistance légendaire des nains.
-J'aurais dû pouvoir le protéger, murmura-t-elle, je l'ai promis à son père, jusque sur son lit de mort... Qui était cet ellon qui m'en a empêcher, pourquoi... ?
-Rumil... Fit-il en s'assombrissant, il a certainement voulu te protéger de la flèche... Nous te parlerons de lui plus tard, mais pas aujourd'hui. Va dans la tente du prince, il t'ordonne d'aller y prendre du repos, je suis sûr que tu n'as pas dormi depuis bien trop longtemps. Je serais là pour rassurer la mère du petit à son arrivé, je te le promets.
Niphredil accepta, n'ayant pas le courage de protester, ne serait-ce que pour la forme, car en effet, elle était épuisée. Un épuisement qu'elle n'avait pas ressentit à cause de la peur et l'horreur qui l'entourait, mais ici, entouré de ses amis, elle se sentait en sécurité. Elle sombra dans un sommeil sans rêve dès qu'elle toucha la couche confortable de fourrures et de lin de la tente royale en remerciant les dieux.
Quand Niphredil ouvrit les yeux, il pleuvait à torrents et elle entendait les gouttes d'eau battre avec force la toile pourpre de la tente du prince, toujours désert de sa présence. Le ciel était sombre tant les nuages étaient noires, si bien qu'elle eût du mal à savoir si ils étaient au cœur de l'après-midi, ou au crépuscule.
Néanmoins, ce n'était donc pas la clarté qui l'avait tiré du monde des songes, mais des bruits de conflit qui s'élevaient non loin, ou elle reconnut très clairement la voix de Thorin qui vociférait tantôt en langue commune, tantôt en Kuzdul, mais tous ces propos ne réclamaient qu'une seule chose : elle.
Elle sortit de la tente en trombe, ignorant la pluie presque diluvienne qui tombait et ses vêtements malmenés par son profond repos, se dirigeant vers l'origine du bruit. Dès que Thorin l'aperçu, il vociféra en Kuzdul :
-Voilà presque une journée que tu as disparue ! N'as-tu pas honte d'avoir ainsi abandonné ta famille pour des étrangers?
-Père... Je... Je suis désolé, je me suis assoupi... Sans doute plus longtemps que je ne le pensais.
-Mensonge ! Fit-il, toujours aussi furieux, rendant cette langue gutturale plus menaçante encore. Je t'ai vu, tu sortais de la tante du prince ! Lui qui depuis notre arrivée, nous interdit de te voir ! Est-ce donc pour lui que tu nous abandonnes ? Cette immonde limace qui se prend pour un dragon ? Est-ce lui, l'amant dont tu me parlais et que tu sembles cacher aux yeux de tous ?
Le nain tremblait à présent de rage, mais ses yeux exprimaient une tristesse infinie. Pour tenter de l'apaiser, Niphredil posa un genou à terre pour se mettre à sa hauteur et posa une main douce sur son épaule :
-Non, Thorin... Non... Il m'a seulement prêté sa tente pour que je puisse dormir, en ami bienveillant... Rien de plus. Il est point celui que mon cœur désire.
-Tu mens ! Rugit-il à nouveau. Les soieries, les bijoux que tu portes, ce sont des cadeaux plus que princier... Ce...
En disant cela, Thorin s'interrompit et devint livide, réalisant ce qui en été vraiment. La vérité avait toujours été à sa portée, mais qu'il n'avait jamais eut le bon sens de la voir, tant cela lui était inconcevable.
Presque contre-nature...
Puis il se remémora les paroles de Nali sur son lit de mort, lui révélant un secret à propos de Niphredil et de Thranduil, qu'il avait gardé jusqu'à ce qu'il soit trop lourd pour son âme qui devait s' élever vers Mandos :« Son comportement était déplacé, malsain... Tu dois la garder loin de lui... »
La rage succéda à la stupeur, et avant même de s'en rendre compte, il la gifla avec violence et tonna en langue commune, incapable de garder sa rage et son dégoût silencieux un instant de plus :
-Immonde putain ! Que n'ai-je élevé une enfant étrangère à mon sang pour qu'elle s'adonne à un tel déshonneur !
Son geste avait d'abord laissé les elfes présents pantois, mais la fureur de Legolas ne tarda pas éclater et il lui rendit l'offense qu'il venait d'administrer à son amie avec bien plus de force. Plus furieux encore, mais conscient qu'il était à deux doigts d'être lynché par les elfes, Thorin tourna les talons, ignorant les regards assassins des autres elfes sur lui, et hurla à la cantonade :
-Tu n'es plus ma fille ! Niphredil n'est plus rien qu'une orpheline perdue, une bâtarde sans toit ! Puis il se retourna vers elle, et poursuivit avec hargne : nous partons, et jamais plus, tu ne seras la bienvenue dans notre demeure !
Niphredil se figea, et pâlit en une fraction se seconde, alors que son père adoptif lui lança un dernier regard haineux avant de disparaître dans les méandres du camp elfe, qui paraissait immense autour du nain. Elle l'appela, mais il fit la sourde oreille, s'éloignant en frappant durement ces bottes sur le sol, le cœur aussi plein douleur, car malgré sa rancoeur, il savait qu'il avait perdu ce qui avait éclairé sa vie pendant plus de la moitié de sa vie.
Que jamais plus il ne vivrait dans sa lumière.
L'elfine voulu le rattraper, mais Legolas s'interposa, tant pour sauver son honneur, que pour lui éviter de souffrir davantage de la colère du nain dont il n'avait pas saisi l'origine, car incapable de comprendre de Kuzdul, comme tous les elfes présents.
Il l'emmena à l'écart de l'agitation, la ramenant dans sa propre tente, et déposa dans ses mains une coupe de vin d'un excellent cru pour qu'elle puisse reprendre ses esprits, assimiler ce qui venait de se produire, qui changeait irrémédiablement le cours de sa vie.
Tout du moins, si les autres suivent ce petit leaders cruel et égocentrique... songea-t-il avec amertume.
Il fut donc nullement étonné quand Wilwarin arriva pour lui apprendre que les nains avaient quitté le campement dans la demi-heure qui avait suivi la querelle.
Jamais le prince elfe n'avait aimé les nains. Aujourd'hui, alors qu'il voyait comment il traitait leur plus fervente défenderesse, celle qui leur avait sauvé la vie quelques jours plus tôt, il eut la certitude que son mépris avait toujours été juste.
Legolas invita Amdir à annoncer avec lui nouvelle qui, à coup sûr, achèverait de plonger Niphredil dans la peine, et celle-ci les écouta, muette, puis demanda que l'on la laisse seule après un long moment.
Ce jour, puis le suivant, ou elle restait assise sur son lit de camp aménagé à la hâte à son attention dans la partie d'une tante de guérison qui avait pour but d'héberger les soigneurs, bien qu'elle ne fût pas en état de dispenser la science des elfes.
Ni cela, ni même de manger ou dormir, restant plongé dans de sombres pensées qui lui arrachaient maintes larmes.
Un matin, l'ellon du nom du Rumil vint la voir dans son boudoir de fortune, surveillé de très prêt par Wilwarin qui lui lançait des regards venimeux. Néanmoins, il n'intervint pas quand l'elfe d'un blond presque blanc s'agenouilla devant elle et dit d'une voix douce et murmurante qui ressemblait de manière troublante à celle d'Orophin, dont il était également proche sur le plan physique :
-Sais-tu que tu as toujours une famille, prête à t'aimer de la manière dont tu le mérites ? Je... Je sais que nous ne nous connaissons pas Niphredil, mais jadis, j'ai connu ta mère. Elle était ma promise.
À ce mot, Amdir eut un rire froid, sans joie, qui était totalement étranger à ses habitudes, tout comme cet air de mépris qui flottait dans son regard quand il se posait sur cet ellon au trop charmante manière. Ce dernier soupira et reprit difficilement, le visage en proie à une tristesse grandissante proche de la douleur :
-Je l'aimais, et ce, depuis le jour où j'eus posé les yeux sur elle. Je l'aimais, bien que je ne puisse dire que ce ne fut pas malgré ces objections... Je jure que je n'ai jamais voulu lui faire de mal, ou qu'il lui arrive malheur... C'est une histoire que je te compterais, si tu acceptais mon affection en tant que père. Tu pourrais venir en Lothlorien, rencontrer de nouveaux Haldir et Orophin, mais cette fois en tant qu'oncle. C'est grâce à eux que je t'ai retrouvé, et pour cela, je leur en suis éternellement reconnaissant.
Elle jeta sur lui un regard surpris, puis la surprise se mua en mépris et elle dit d'une voix dénué d'émotion :
-Je pleure la perte de mon véritable oncle, Nali des Monts de Fer et la colère de mon père, Thorin, fils de Thrain. Veuillez me laisser en paix, maître Rumil, je ne suis pas celle que vous croyez.
-Dehors, siffla Amdir, peinant à masquer sa satisfaction de voir le galadhrim ainsi repoussé, lui qui n'avait que trop été témoin de l'histoire qui venait d'être évoqué. Lui, qui fut parmi l'escorte de Lalaith pour la Lothlorien, d'où elle ne revint jamais vivante.
-Tu ne peux pas, me mettre dehors, elle est la chaire de ma chaire ! Tonna Rumil d'un air furieux, une fois que l'éclaireur l'est saisi par le col pour le jeter sans ménagement hors de la tente, coupant court à son hésitation à obtempérer.
-Tu n'en as pas la moindre preuve, c'est seulement ce que tu espères ! Fit hargneusement Amdir dont le visage était transformer par la colère, surprenant ainsi les passants qui ne le connaissait que son un tout autre jour. Pars à présent, tu as dit ce que tu avais à dire. Niphé à fait son choix, elle besoin de repos à présent. Si elle souhaite un jour te revoir, elle sera libre de venir te trouver.
- Je ne veux pas que vous lui glissiez quelques autres sornettes en tête, comme vous le firent pour corrompre ma promise ! Cria-t-il de l'exterieur.
-Lalaith n'a jamais été tienne, pas même quand tu l'eus contraint de partager ta couche ! De plus, les dieux nous en préserve, Niphredil n'est pas ta fille. Elle le sent déjà, je le sais, et tu le sais également. Pars à présent, ou je vengerais la mort de l'amie que tu m'as prise !
Niphredil retomba dans son mutisme, et c'est le cœur plus troublé encore qu'elle quitta enfin son lit pour aller marcher d'un pas rêveur à la lisière de la forêt, sans arme ni armure, lui attirant les foudres de Wilwarin qui craignait pour sa sécurité.
Mais aucun son ne franchit ses lèvres alors qu'il la sermonnait, de plus en plus inquiet, craignant d'avoir fait une erreur de jugement en laissant Rumil lui parler.
Niphredil restait désespérément muette, et après encore deux jours de ce régime, Amdir prit la décision de la mettre sous son observation, alors que le flot de malades avait considérablement diminué, lui laissant plus de temps pour se soucier des siens.
Nombre furent ceux qui s'étaient essayé à lui arracher une réaction spontanée, voir un sourire, mais c'est Wilwarin qui y parvint, d'une manière fort peu académique. Perdant son sang froid devant son mutisme au quatrième jour, lui administrant une claque magistrale qui fit écho à celle qui l'avait plongé dans le silence.
Un geste qui traduisait certes maladroitement ces craintes, mais qui eut le mérite de faire réagir Niphredil, car si elle ne dit rien, elle se laisser aller dans ses bras, et gémit :
-Je suis perdue, Wilwarin... Je ne sais plus quoi faire...
-Glorfindel part demain pour renter dans notre cité, ou son épouse l'attend. Tu devrais l'accompagner, quitter cet endroit qui empeste la mort et la souffrance. Rentre chez nous, tu as assez fait dans cette histoire. Rentre, et profite de la paix de notre cité. Tu y trouveras nombre de gens prêt à t'épauler, bien plus que tu ne le crois.
-Je... Je suis maudite... Qu'une enfant bâtarde, né d'une relation non consentie... La mort est sur mes traces...
L'éclaireur soupira, et pour le bien-être de l'elfine tourmentée, il se fit l'avocat du diable :
-Rumil... Rumil n'est pas aussi mauvais qu'il en a l'air, mais il n'a jamais eut les pieds sur terre... Il a fait maintes erreurs. Le jour où tu seras prête, nous te conteronsl'histoire qu'il considère être vrai. Je pense réellement que pour le moment, il est encore trop tôt pour toi, pour fouiller le passé de tes parents... Quand tu seras en paix avec toi-même, nous en parlerons.
Niphredil songea à protester, mais se ravisa.
Wilwarin avait raison, faisant preuve d'une étonnante sagesse sur le sujet qui rendait fou de rare tous les autres sindar. De plus, il est vrai qu'elle n'avait aucune envie de se pencher sur cette histoire pour le moment. Elle songeait à suivre son conseil, et à rentrer au refuge sylvestre. Là, elle révérait Thranduil une dernière fois, avant qu'au plus profond de la nuit, elle lui dérobe sa lance d'argent, avec laquelle il avait tué les dragons du nord.
Thranduil...Moi qui ne suis plus rien qu'une pauvre hère à présent, comment pourrais-je être digne de lui, si je n'ai ni famille, ni pas le moindre fait d'armes pour prouver ma valeur.
Elle s'en saisirait, et avec cela, elle prouverait sa valeur, non à pas à un roi, mais à deux.
Cela, ou elle sombrerait dans l'oublie en rencontrant le trépas dans les griffes de Smaug.
Fin de chapitre !
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