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La lame émit un éclat clair sous le soleil, tandis que les doigts faibles qui emprisonnaient la garde, tremblaient misérablement. Les sourcils froncés, Legolas mettait tout en oeuvre pour garder force et concentration. Il y avait eu une légère amélioration, trop infime pour le satisfaire. Il pouvait au moins manger convenablement, mais de là à tenir une arme, il y avait du chemin à faire. Resserrant les phalanges sur sa paume, il souleva l'épée, et réussi à faire deux trois mouvements maladroits. L'épée chuta au sol dans un bruit cinglant, tandis que la porte de son talan s'ouvrait, sans même une annonce. Résolument en colère d'avoir été dérangé ainsi, il ravala sa salive quand il vit la silhouette de son père envahir l'embrasure, et entrer. Son visage était fermé, et Legolas ne connaissait que trop bien cette expression. Cependant, même si son père savait jouer d'autorité, il n'était plus un enfant, et vu la situation, il n'allait pas lui permettre de prendre plus le dessus que celui qu'il avait naturellement. Thranduil vint poser sa cape sur un des fauteuils du salon, et l'observant il demanda sans détour :

« Alors ? Des changements ? »

Legolas, irascible, ramassa son épée de la main droite, et l'insérant à nouveau dans son fourreau, il déclara sèchement :

« Pas autant que je le souhaiterai ! »

Il rangea ses affaires nerveusement, tandis que Thranduil, calme au possible, le regarder faire avec un certain détachement qui ne faisait que renforcer la mauvaise humeur du prince.

« Tu comptes sortir un peu aujourd'hui ?

- Et pourquoi ferai-je donc cela ? Rien ne m'attends dehors ! »

La mâchoire de Thranduil se contracta à cette réflexion. Legolas s'activait à des tâches inutiles pour essayer d'oublier sa présence importune. Indéniablement, leurs caractères se valaient en cet instant. La tenue vestimentaire, décontractée au possible, qu'arborait son fils, prouvait bien son état d'esprit.

« Habille-toi, tu manges avec moi ce midi, déclara Thranduil de façon très autoritaire.

- Et si je refuse ? Rien ne m'oblige à vous suivre … père ... » le dernier mot était dit avec un soupçon d'amertume qui n'échappa nullement au souverain.

- Je vais manger avec Elenluinë, je pensais qu'un repas ensemble serait une bonne idée …

- Vraiment ? Et en quel honneur ? Je n'ai rien à lui dire ou faire avec elle ! Vous n'avez qu'à lui tenir compagnie comme vous savez SI bien le faire depuis quelques jours ! » l'incendie de son regard clair paralysa Thranduil.

Ainsi donc, il pensait réellement qu'il avait une relation ambiguë avec sa promise. C'est du moins ce qu'il décela dans l'orage de son regard. Thranduil fronça les sourcils, puis un sourire narquois étira ses lèvres.

« Ainsi donc, tu te mets à penser comme tous les concierges et les indigents que je déteste tellement !

- Et bien allez voir ailleurs si cela ne vous convient pas ! » S'écria Legolas réellement furieux pour le coup.

Le sang de Thranduil ne fit qu'un tour. Il en avait assez de son comportement. Il avala l'espace qui les séparait en quelques pas amples et souples, et attrapant Legolas par le col il s'exclama :

« As-tu fini de te comporter comme un enfant gâté par les Valar ?! Où est-donc passé mon fils ?! Le digne héritier fort et courageux qui est venu littéralement me défier en mon royaume il y a de cela quelques mois ?!

- Mort père …. mort et enterré ….. fit Legolas des larmes furieuses dans les yeux. Il saisit le poignet de son géniteur, et essayant de le faire lâcher il déclara, laissez-moi en paix ! Retournez-y donc en votre royaume … et emmenez-la avec vous! »

Le son claqua dans les airs tandis que le plat de la main du roi s'écrasait sur sa joue. D'abord saisi par son geste, il essaya de se défendre en lui lançant un coup de poing maladroit, que le roi évita vivement. Puis réellement en colère, il le déséquilibra et le fit chuter au sol. Legolas se rattrapa tant bien que mal grâce à son bras valide, et la fureur qu'il put lire dans les yeux de glace de son père, le foudroya. Jamais il ne l'avait vu ainsi, aussi près de la perte de contrôle. Sa stature imposante avala la lumière tandis qu'il se penchait sur lui, et sa voix grogna comme le cri d'un prédateur :

« Ecoute-moi bien Legolas, tu vas lever ton séant de suite, t'habiller et venir avec moi ! Je suis ton père ET ton souverain, ne me manque surtout pas de respect ! J'en ai assez de tes agissements infantile ! Assez de te voir sombrer dans les ténèbres, tout ça parce que tu as été blessé !

- Blessure qui ne se remettra jamais ! » Lança Legolas réellement bouleversé d'être malmené de la sorte vu son état de faiblesse. Jamais il ne s'était senti aussi faible, aussi amoindri. Il comprenait encore bien plus les mortels à présent.

« Balivernes ! Tu le sais très bien ! Non ! Ce qui te ronge est pire ! Ce n'est que ton orgueil !

- Ça vous va bien de dire cela Vous ! » Fit-il en se redressant de toute sa taille, lui faisant dignement front.

Un sourire vainqueur éclaira le visage de Thranduil. Enfin une noble réaction de sa part. Il savait qu'il fallait qu'il provoque l'affrontement, pour éveiller à nouveau ce qu'il était. Legolas serra les poings et déblatéra :

« Vous qui vous êtes toujours caché de vos sentiments ! Vous qui m'avez si facilement évincé de votre vie ! Enfant unique je n'ai eu de cesse d'attendre ces dernières décennies, une affection familiale digne de ce nom ! Et là que je trouve un être méritant mon affection, vous me l'enlevez, alors que j'ai tant besoin d'elle !

- Il suffit Legolas ! Inepties que tout ceci ! Ne me cherche pas un rôle de bouc émissaire alors que la seule fautive dans l'histoire, est TA faiblesse ! Elen est venue tous les jours te voir ….. TOUS LES JOURS LEGOLAS ! Sais-tu ce que ça représente ? Tu ne fais que t'apitoyer sur toi-même, alors qu'elle n'a de cesse de te demander, d'être là pour toi !

- Je ne suis plus rien père … je ne vaux plus rien ….

- Imbécile ! Sais-tu ce que je donnerai pour revoir les femmes que j'ai aimé dans ma vie ?! La chance que tu as de pouvoir l'avoir à tes côtés ! Chaque occasion que tu passes loin d'elle, te condamne à regretter les instants manqués ! Ouvre les yeux par Varda ! Tu détruis votre histoire, tu détruis son amour …. son honneur et sa dignité ! Son abnégation …. en la laissant sur le bas de ta porte comme une étrangère alors qu'elle se bat quotidiennement pour sauver sa vie !

- Quelle admiration dites-moi ! La voix de Legolas s'était élevée dans un grognement sourd. Depuis quand vous vous intéressez tant aux autres ?! Depuis quand les mortels ont autant de valeurs à vos yeux ?! Vous qui n'avez eu de cesse de les critiquer, de les dédaigner, de les mépriser ! Les dieux vous auraient-il alloué un coeur ...Ada . ? »

Thranduil respira à fond, l'envie de le claquer à nouveau revenant l'étreindre. Il lui jeta un regard froid. La voix calme et posée au possible, il dit d'un ton lourd de repentir :

« Depuis que j'ai connu ta mère, et la sienne, oui j'ai su que j'en avais un. Et ce dernier n'est rongé que de remords et regrets depuis ces jours. L'amertume quotidienne est un poison qui ronge aussi sûrement que celui qui est en train de tuer Elen. Quant à cette dernière, justement, oui je l'avoue à présent sans mal, je l'apprécie plus que de raison. Elle a su forcer mon respect et mon attachement. Elle a su insuffler en moi un soupçon de vie que je croyais anéanti avec la perte de ta mère, et celle de Lelya. Elle est comme une fille que je n'ai pas eu la chance d'avoir. Comme la soeur d'adoption que tu aurais eu si les événements avait été différents. Tu me reproches d'avoir des sentiments ? Et bien je te reprocherai d'en manquer cruellement aujourd'hui …

- SUFFIT ! Cria Legolas réellement à vif. Je ne serai qu'un fardeau pour elle ! Et puis quoi ?! Est-ce glorieux d'avoir un infirme comme mari ? Qu'est-ce que je pourrais bien faire pour qu'elle me voit autrement qu'handicapé à présent ?!

- Tu es d'une stupidité affligeante Legolas ! Croire cela après les mois que tu as vécu auprès d'elle. Imbécile ! Pendant que tu te cantonnes à te couper du monde, à te rabaisser et à déposer les armes … elle .. elle fait preuve d'un courage exemplaire. Dire qu'elle n'a même pas voulu te déranger, pour ton bien, alors qu'elle a perdu l'enfant qu'elle portait ! » tout le mépris à l'égard de son héritier avec lequel il dit ces mots, toucha le prince en plein coeur.

Le regard empli d'effroi, Legolas balbutia « Qu … quoi ? », totalement soufflé par cette annonce. Il vit les muscles de la mâchoire de son père se crisper, et les ombres qui recouvrirent son visage témoignèrent de son affliction.

« Tu as parfaitement entendu …. alors si une once de dignité réside dans cette carcasse que je vois actuellement devant moi, tu ferais bien de l'éveiller, et de te reprendre …. Je n'aurai plus la patience de te voir ainsi. Actuellement, Elen a bien plus besoin de gens à ses côtés … que toi … Et la seule présence qui soit réellement importante pour elle, passe ses journée à se lamenter sur son sort ! Le roi lui passa à côté, et déclara simplement, nous mangerons dans mes appartements ».

Puis il sortit du talan avec toute la magnificence qui lui était coutumière. Laissant un Legolas pétrifié sur place, suite à cette déclaration des plus terrible.

Il tremblait de tout son corps, de toute son âme, une douleur sans nom lui tordant le coeur. Ainsi, elle avait passé sous silence cette ignoble expérience. Pour lui … rien que pour lui. D'un pas rageur il alla dans sa salle d'eau, se lava , et s'habilla noblement. Et la seule prière qui lui vint en cet instant, fut qu'elle lui pardonne.

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Elen regarda ses habits en faisant la moue. La naissance du poulain avait tâché de sang ses rares habits potables, de fille d'écurie et de voyage. Elle jeta un coup d'oeil rapide à la robe elfique qu'elle avait toujours dans sa chambre, et hésita longuement. Si elle allait voir le Seigneur Thranduil ainsi, nul doute que beaucoup allaient se poser de sales questions. Cependant, si elle y allait nue, ce serait bien pire non ? Soufflant longuement elle l'enfila, et s'attacha les cheveux en une tresse unique, qui le nota-t-elle, lui descendait jusqu'à la taille. Ses cheveux avaient considérablement poussé c'était indéniable. L'idée farfelue d'essayer de les coiffer un peu mieux lui vint, mais elle abandonna de suite. Manger avec le roi suffirait à attiser les rumeurs, elle n'allait pas en rajouter en s'apprêtant plus que de raison. Aku la regardait s'affairer, et Elen pourrait jurer que la bête souriait. Ses magnifiques yeux d'or détaillaient tous ses gestes. Elen vint vers elle et déposant un affectueux baiser sur son mufle, elle dit doucement :

« On sortira plus tard d'accord ? Si seulement ces imbéciles d'elfes te faisaient confiance, tu ne serais pas à ce point emprisonnée ….. tout comme moi d'ailleurs ... »

La bête cligna des yeux comme pour la réconforter, et la poussant doucement de sa tête massive, elle lui fit comprendre qu'elle devait y aller. Elen eut un petit rire, et fit avec un maigre sourire « Oui ma jolie, je sais, on ne fait pas attendre un roi ! ». Elle quitta alors son talan, et se figeant sur le pas de sa porte, elle inspira à fond.

La journée était belle. Le soleil filtrait par les arbres qui commençaient timidement à dévoiler leurs bourgeons. Les odeurs des sous-bois envahissaient l'air, et elle adorait ça. Il faisait bien plus doux, et sa robe lui procura un peu plus de confort que la première fois qu'elle l'avait porté. Elle se dit qu'en été, cette tenue devait être plus agréable à mettre que les cuirs de ses habits habituels. Idée à creuser, nota-t-elle en prenant le chemin qui menait chez Thranduil. Enfin l'espérait-elle, car elle ne savait pas où il logeait. Elle mit un certain temps à retrouver une route connue d'ailleurs, et elle croisa Haldir par inadvertance. Elle stoppa nette sur les dalles du chemin principal qui sinuait à travers les sous-bois, et l'elfe la toisa de loin, circonspect. Elle regarda autours d'elle, essayant de voir si un autre chemin s'offrait à elle, mais non. Si il ne bougeait pas, elle allait devoir lui passer à côté, et …. il ne bougeait pas. Pire, il venait vers elle. Elle aspira une grande goulée d'air, essayant de se canaliser pour ne pas faire trop d'impairs. Arrivé à deux mètres, il s'arrêta et la salua raidement. Elle le lui rendit avec autant de rigueur. Cela donna un léger sourire sur le visage de l'elfe. Par les Valar cet être savait sourire !

« J'ai su que vous aviez aidé mes palefreniers à assister ma jument ce matin. Qui vous en a donné l'autorisation ? »

D'abord abasourdie par cette question si mal venue, elle se renfrogna, et se mordant la langue pour ne pas purement l'insulter, elle répondit la voix tendue :

« Le droit à la Vie peut-être, non ? Seigneur Haldir …. Je n'allais certes pas laisser ces deux êtres vivants mourir parce que votre Seigneurie boude mon savoir-faire ! Car oui ! Je sais faire, que ça vous plaise ou non ! J'ai eu les meilleurs professeurs qui soient, et si vous mettez mes compétences en doute, allez vous renseigner près du Seigneur Elrond, du Roi Elessar ou même du Roi Eomer ! Que vous m'accusiez à tort de certaines choses je peux encore le comprendre, mais me rabrouer parce que j'ai sauvé deux vies ! Là ! Ça frise totalement le Ridicule ! »

Le sourire d'Haldir s'était peu à peu agrandi, et elle fronça les sourcils devant sa réaction, se demandant si cet elfe n'était pas purement et simplement aliéné.

« Je vous remercie d'avoir pris les devants Dame Elenluinë. Sans vous en effet, j'aurai perdu ces deux êtres chers à mon coeur. »

Elen faillit s'étrangler face à ces remerciements. Totalement déboussolée, elle restait néanmoins sur ses gardes. L'elfe s'en aperçut, et continua :

« Ne vous méprenez pas, je gage que vous représentez toujours une réelle menace. Mais, aux vues de ce que vous avez accompli ce matin-même, je ne peux passer outre votre indéniable bonté d'âme. Et ce cadeau que vous m'avez offert malgré vous. Avant votre départ, je vous autorise à aller voir la mère et le petit si le coeur vous en dit.

- Heu …. merci ... » dit-elle bêtement.

Comme si elle allait attendre son accord ! Mais elle n'allait tout de même pas lui dire cela. Elle se contenta de prendre un air reconnaissant au possible. Voyant qu'il allait partir, elle osa demander :

« Seigneur Haldir ? Savez-vous où se trouve exactement les appartements du Roi Thranduil ? »

Haldir fronça ses sourcils clairs un quart de secondes saisi par cette demande clairement peu commune. Il hocha la tête, et fit, tout de même un peu confus « Oui, suivez-moi ». Et Elen lui emboîta le pas. Le chemin se passa en silence, et se fut Haldir qui frappa à la porte du talan luxueux du roi. Il était même immense songea Elen. Elle se demanda comment un mellon, aussi gros soit-il, pouvait supporter tout ceci sans ployer. Le Roi Thranduil vint ouvrir en personne, et rien qu'aux regards échangés, Elen sut que leurs relations devaient être parfois très tendues.

« Cette personne a demandé à vous voir, Roi Thranduil.

- Oui en effet Haldir, nous allons déjeuner ensemble. Merci pour votre aide, car il est vrai qu'elle ne savait pas où je logeais.

- Voulez-vous que je fasse venir des serviteurs ? Demanda Haldir dubitatif.

- Non merci Seigneur Haldir, j'en ai plus qu'il ne m'en faut.

- Très bien, en ce cas, bonne journée.

- Bonne journée à vous aussi, répondit courtoisement le roi, qui ne put s'empêcher d'avoir un sourire quand Haldir les laissa seuls. Rivant son attention sur Elen, il déclara amusé, je suis certain que son esprit est assailli par tout un tas de questions saugrenues. Et je peux t'assurer que cette pensée me divertit grandement.

- Vous êtes pire que moi Seigneur Thranduil ... » lui dit-elle avec un sourire entendu.

Les yeux bleus de Thranduil eurent un éclat satisfait et sauvage, et avec grâce, il l'invita à entrer. Elle ouvrit la bouche en grand devant les fastueuses pièces qui composaient les appartements royaux. Les bois blancs étaient recouvert de feuilles d'or et d'argent, les décorations raffinées, des boiseries sur les croisées, passes et autres portes, étaient si finement ciselées, qu'elles représentaient tout un tas de créatures de la forêt et de feuillages. La lumière passait pas des fenêtre dont les rideaux étaient faits de velours bleu profond, soulignant l'argent et le mithril des objets présents dans les pièces. Thranduil était parfait dans ce décors pensa Elen. Malgré la froideur qu'il dégageait, il y avait aussi une certaine pureté, et cette lumière héritée de son peuple. Tout en nuances, et en simplicité malgré ses façades. Cela, elle l'avait décelé quand ils les avaient accueilli chez lui. Et certains de ses souvenirs, si rares mais précis, qui le présentaientt tel qu'elle l'avait connu étant petite fille. Elle avait une grande affection pour lui. Après tout, combien l'avait jugé, elle, au temps du Rohan ? Et même après. Les préjugés ont la vie tenace, et tout comme elle, Thranduil ne s'était certes pas rabaissé à leur prouver qu'ils avaient tort. Il la fit s'asseoir à une table ronde, de marbre blanc, et qui accueillait tout un service en argent, qui étincelait sous la lumière de midi. Elle se sentait mal à l'aise, comme ne faisant réellement pas à sa place. Thranduil le vit, et s'asseyant en face d'elle, il déclara :

« Je ne vais pas te manger.

- Je le sais …. mais tout est si beau ici … j'ai l'impression d'être la tâche qui enlaidit un tableau de maître ! Fit-elle sincère avec une note d'humour noir cinglant.

- Habillée de la sorte, vu tes origines, et en sachant ce que tu es, je t'interdis de penser cela. Je te verrais plus comme un joyau à la beauté brute Elen …

- Et bien .. je ne savais pas que vous versiez dans les compliments avec une telle aisance Seigneur Thranduil, répliqua-telle très gênée.

- Je suis doué en beaucoup de chose Elen, héritage oblige. Tu sais que les elfes sont parfaits de nature. »

Elen eut un petit rire, qui se mua peu à peu à un fou rire atroce. Hilarité qui s'accentua quand elle vit la mine quelque peu froissée de sa Seigneurie. Cette exclamation de joie, vint lui étreindre les côtes, et dans la liesse, laissant s'ouvrir les vannes de ses sentiments, d'autres plus tristes s'invitèrent. Son rire se ponctua d'un chevrotement qui ressemblait plus à un pleur, et elle fit sombrement :

« Perfection hein ? Sans vouloir vous vexer Seigneur, c'est justement votre perfection qui vous fait pécher par orgueil le plus souvent …. »

Elle avait rivé ses yeux sur son assiette vide, et Thranduil comprit le sous-entendu. Il soupira longuement, ne sachant que répondre. Il prit la carafe de vin, et versant le contenu dans leur verre respectif, il lui fit signe de le goûter. Elle prit le verre à pied d'une facture fabuleuse, et regardant le spectre lumineux jouer à travers les parois en cristal, elle porta le breuvage à ses lèvres. Elle eut un sourire amusé, et fit avec humour :

« Et bien même ici on trouve des vins provenant de chez vous. Serait-ce à dire que les Galadhrim ont bon goût pour le vin ?

- Je ne te savais pas si connaisseuse ….

- Disons qu'Elladan et Elrohir ont plus de facéties dans le sang que leur père ! Lança-t-elle les yeux brillants de bonheur sous certains rappels.

- Cela ne m'étonne guère, j'ai rarement vu elfe plus sérieux que le Seigneur Elrond, mis à part peut-être Dame Galadriel et le Seigneur Celeborn. J'ai l'impression que tu les portes beaucoup dans ton coeurs, ces Noldors.

- Ho oui Roi Thranduil, car ils m'ont donné une deuxième chance. Ils ont pansés mes plaies les plus cruelles, et m'ont fait reprendre goût à la vie, dit-elle songeuse en faisant danser le liquide pourpre dans le cristal.

- J'imagine que Legolas n'a pas du tellement apprécier cet attachement …. hésita à dire Thranduil.

- Qu'il l'apprécie ou pas, il est bien là. De plus, à présent, il n'a plus à s'en faire pour cela, vu qu'il refuse catégoriquement de m'avoir à ses côtés. Je suis presque sûre qu'il sera soulagé si il apprenait que je disparaissais de sa vie …. non ? » l'amertume dans sa voix faisait l'effet d'un acide.

Thranduil eut une faible grimace face à cela, tant sa tristesse était palpable dans l'air. Il lui semblait même qu'elle l'étreignait. Elen porta le verre à ses lèvres et but tout d'un coup, elle retendit le verre au roi, qui la dévisagea avec de grands yeux ronds étonnés. Balançant gracieusement la coupe translucide dans les airs, elle fit avec un sourire mutin :

« Si vous saviez ce que j'ai eu l'habitude de boire à une certaine époque, vous en perdriez votre couronne elfique, Seigneur ! »

Elle avait tout de l'attitude d'une adulte en cet instant, une femme en pleine fleur de l'âge, qui lui faisait effrontément tête, et dont le charme naturel explosait littéralement. Malgré sa robe et sa coiffure soignée, ses gestes s'étaient peu à peu glissés dans ses comportements d'avant. Des gestes un peu masculins, mais fait avec des atours de femme, qui avaient un pouvoir de séduction qu'elle ne soupçonnait même pas. L'ourlet des lèvres de Thranduil se retroussa légèrement, il était totalement séduit par la situation. Secouant la tête légèrement, il versa à nouveau du vin, et déclara de bonne humeur « Tu es d'un naturel un peu trop débridé par moment Elenluinë. Je pense que tu n'as pas conscience de ce que tu fais, ou de ce que tu soulèves chez les autres ... »

Elle haussa négligemment les épaules, et portant à nouveau le verre à ses lèvres elle répondit juste :

« Je ne suis pas responsable des humeurs et des pensées des autres Roi Thranduil …. Et le roi partit dans un éclat de rire franc qui la fit sourire. Pleine de malice elle continua, mais faites attention cher Roi. Vous allez bientôt finir par vous attacher à moi ! Cela ne serait pas convenable.

- Cela serait SUREMENT inconvenant Elen ! Mais que veux-tu, je fais rarement les choses comme tout le monde. Cependant je ne peux le nier, je suis certain que si Legolas avait choisi une elfe comme compagne, je m'amuserai beaucoup moins. Comme tu le dis, la perfection a ses limites. Nous ne sommes pas habitués aux femmes comme toi Elen. Nos éducations sont diamétralement opposées. Et tu sais quoi ? J'en remercie les Valar !

- Une femme elfique, j'imagine que tôt ou tard c'est ce qui va gagner la couche de votre héritier Roi Thranduil. Vous penserez à moi lors de vos longs repas pompeux …. dit Elen, le verbe acéré.

- J'espère ne pas connaître cela Elen ! Car si je ne peux te garder à mes côtés en tant que future belle-fille, je trouverai une autre solution ! » Lança alors Thranduil très sérieux pour le coup, son regard ayant un éclair presque carnassier.

Elen faillit avaler de travers à cette annonce. C'était elle ou les Elfes Sylvains étaient totalement tombés sur la tête dès la naissance ? Voyant sa confusion, le suzerain en ajouta une couche :

« Tu préfères quoi …. fille ou épouse ? »

Là elle devint totalement blême sous cette question, qui apparemment amusait outrancièrement le roi. Elle fronça les sourcils, et elle rétorqua :

« Fille ! Je préfère vous avoir comme père que comme mari. Je suis certaine que vous finiriez par m'enchaîner dans un de vos cachots pour m'éviter de bouger ! »

Thranduil partit dans un autre éclat de rire non feint qui résonna dans le cristal qu'elle tenait toujours entre ses doigts. Il mit un petit moment à calmer son hilarité, et résolument sous le charme de son esprit retord il avoua « Oui c'est fort probable …. je l'avoue sans mal ». Elle ne put s'empêcher de sourire. Il lui faisait du bien dans son attitude profondément indécente. Lui parlant et partageant avec elle ce qu'elle avait connu avec d'autres compagnons de route. Comme Elladan et Elrohir. Au fond, ils avaient les mêmes rapports nota-t-elle. La pensée que le roi lui faisait un honneur incroyable en étant ainsi avec elle, lui chatouilla l'estime. Le vin commença à répandre ses effets, et elle demanda :

« Que mangeons-nous cher Roi ? »

Il allait répondre quand quelqu'un frappa à la porte de son talan. Elen nota l'éclat de malice qui brilla d'un feu singulier dans les yeux azur du roi, et elle fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il lui réservait encore ?!

Ses cheveux se hérissèrent sur sa tête quand elle entendit la voix grave de Thranduil s'exclamer « Legolas, je suis content de te voir, et ravi que tu aies accepté mon invitation ». Là c'est sûr elle allait le tuer ! Un régicide allait avoir lieu ! Thranduil ferma la porte, et elle ne daigna même pas couler un regard vers eux. Elle restait résolument fixée sur son verre presque vide, se demandant si elle n'allait pas siffler toute la bouteille au final. La configuration de la table était simple, un triangle parfait dans un cercle. Elle reconnaissait bien là le côté calculateur de ce cher roi. Ils étaient obligés de se faire face. Elle nota la raideur de Legolas, qui cherchait désespérément à accrocher son regard du sien. Mais elle n'allait pas lui donner ce plaisir.

« Bonjour Elen … sa voix était aussi tendue que son corps.

- Bonjour Legolas, répondit-elle sur un ton détaché au possible, ou du moins, qu'elle voulait convaincant.

- J'ai convié mon fils à partager le repas avec nous. Cela ne te gêne pas Elen ? »

Elle failli lui jeter le verre à la figure quand elle posa son attention sur le sourire de chat satisfait qu'il arborait. Il voyait ses efforts pour ne pas l'envoyer balader, et cela ne faisait qu'accroître sa satisfaction. Il savait que c'était risqué, mais il fallait au moins cela. Elle inspira à fond, et rétorqua :

« Pourquoi est-ce que cela me gênerait cher roi ? Vous êtes en droit d'inviter qui vous le voulez à votre table. Il serait peut-être plus judicieux tout de même d'essayer de mettre des aimants de polarité différente pour éviter certaines tensions …. sa voix était mordante à souhait.

- Elen .. » soupira Legolas réellement touché par son comportement.

Elle glissa ses yeux vers lui, et la rancune qu'il put y lire le coupa en deux. Il ne l'avait jamais vu dans cet état à son encontre. Un tel courroux, une telle hargne contenue. Ses yeux noirs étaient deux abîmes dans lesquels il était en train de se noyer.

« Quoi Legolas ? Quelque chose à redire ? Je t'avertis ma journée était radieuse jusqu'à présent, j'ai pas envie qu'elle soit gâchée !

- Elle ne sera gâchée que par ton comportement ….

- MON comportement ?! » répéta-t-elle réellement sidérée.

Là Thranduil savait par avance que ça allait exploser. Il se cala dans son fauteuil, prêt à jouir du spectacle qu'il avait sciemment orchestré. Les connaissant plus ou moins tous les deux, il savait comment ça allait se terminer. Sauf grosse surprise de leur part. Elle se leva lentement, tel un félin prêt à bondir sur sa proie. Les dents serrées elle répondit :

« Mon comportement Legolas ? Que je sache, le mien n'est en aucun cas à remettre en question ! Nulle chose ne peut me mettre en porte-à-faux ! J'ai été là, tout le temps ! Malgré la fatigue, malgré des choses que tu ne sais pas ! TOUS les jours à être à tes côtés, me laissant insulter par tes gestes froids et distants ! Par ton rejet ! Par ton abattement maladif tandis que je ne souhaitais qu'une chose, être là pour toi ! Tu m'as ignoré comme si j'étais aussi insignifiante qu'un débris sur un trottoir ! Et si MON comportement te gêne … je n'ai qu'une chose à te dire … vas te faire voir ! ».

Son juron choqua les deux elfes de concert, mais Thranduil eut du mal à retenir son hilarité. Elle était purement distrayante et adorable ainsi. Nul doute que son caractère lui plaisait. Legolas devint pale comme la mort face à son indignation. Il sentait glisser entre ses doigts l'opportunité de pouvoir lui parler. Retranchée derrière tout ce qu'il avait vu chez elle lors de leur première rencontre, il fallait qu'il arrive à briser cela au plus vite. Voyant qu'il ne réagissait pas à son attaque, elle inspira à fond avant de perdre ses moyens. Elle dit simplement en prenant la direction de la porte :

« Nous mangerons ensemble une autre fois Seigneur Thranduil, la compagnie m'incommode tout compte fait. Nous reprendrons nos discussions divertissantes une autre fois ! »

Thranduil se raidit en la voyant partir, il lança un regard noir à Legolas qui en comprit toute la signification. Tandis qu'elle agrippait avec fermeté la poignée de la porte, elle entendit sa voix, forte et claire, déclarer simplement « Je suis désolée Elen ! ». Quelque chose lui donna un coup au coeur. Sa rancune se battant avec ses sentiments. Elle resta figée quelques secondes, et il ajouta « Pardonne-moi s'il te plaît, nous devons parler ... ». Sa main glissa de dessus le quarteron, comme sans vie. Elle leva le visage vers le plafond, essayant de calmer le tumulte qui lui brouillait l'esprit. Quand elle leur fit à nouveau face, les étoiles de son regard brasillaient légèrement. Elle revint d'un pas las vers sa chaise, et se laissant littéralement tombée dessus, elle mit les coudes sur la table, et posant son menton sur ses mains jointes, elle fit :

« Je t'écoute, qu'as-tu donc à me dire que tu ne pouvais exprimer avant ? »

Comment avait-il pu la rejeter ainsi ? Là qu'elle le dévoraient de ses yeux fauves, les soleils bleus brillant dans la nuit de ses iris sombres. Elle était si forte, si combative, si belle en somme, en cet instant. Son coeur se porta au bord de ses lèvres, et il eut du mal à parler. Il se crispa tandis que les mots avaient du mal à franchir le seuil de sa bouche. Il vit le signe discret de son père, l'enjoignant à franchir le cap. Et malgré la maladresse de ce qui advint, Thranduil sut que c'était par cela qu'il fallait commencer.

« Je sais pour … la perte que tu as subi …. que nous avons subi ... » sa voix s'était élevée, à moitié étranglée par la douleur. L'aplomb dont faisait preuve Elen, vint à se dissoudre comme un mirage.

Il avait frappé en plein coeur dès le début. Elle sentit une vague de désespoir l'engloutir. Des larmes bordèrent instantanément ses cils, et elle jeta un regard furieux à Thranduil.

« Je vous avais demandé de ne rien dire ! Vous avez trahi ma confiance roi Thranduil !

- Oui, sciemment, et j'avais de bonnes raisons. Je ne veux pas que toute cette histoire se finisse ainsi ! A cause de vos orgueils réciproques. Je ne sais que trop bien ce que la fierté peut causer comme mal ! ».

Elen déglutit avec effort, et rivant son attention sur son assiette, elle luttait vaillamment pour ne pas éclater en larmes. Sa colère se mua en ce qu'elle avait rejeté et banni, une peine abyssale. Cette souffrance insupportable qui lui lacérait chaque atome. Jamais elle n'aurait pu penser que la perte de cet enfant perte si programmée à l'avance l'aurait à ce point détruite. Legolas décela sur son visage frémissant, tous ses sentiments. Il se leva, et venant tout à côté d'elle, elle se tétanisa. Elle savait que si il osait la toucher, elle ne pourrait plus rien contrôler. Elle avait tant de fois espéré le voir la rejoindre, la réconforter, lui apporter ce soutien et cette force qu'il lui avait toujours prodigué. La solitude qu'elle avait ressenti dans ce lit, avait eu le goût de la mort. Des larmes silencieuses roulèrent sur ses joues oscillant entre le blanc et le rose. Elle sentait son odeur, voyait sa silhouette du coin de l'oeil. Ses cheveux pales brillant comme des fils de soie, dans un éventail mêlant l'or et l'argent. Il s'accroupit à côté d'elle, et lui prenant la main gauche, elle faillit suffoquer sous ce contact. Sa respiration se coupa même un instant, la brûlure dans sa gorge la torturant comme une braise incandescente. Elle tourna la tête vers lui, et ancrant son regard dans le sien, elle put déceler dans les trésors outremer de ses yeux, tout ce qui l'animait. Serrant ses doigts dans sa main droite, il murmura « Si désolé Elen … j'espère que tu m'accordes ton pardon … je n'aurai jamais du réagir ainsi. Car même si le sort me fait endurer cette épreuve, toi, tu ne m'as jamais imposé les tiennes. Bien au contraire …. tu as toujours pris tes distances pour m'en protéger. Et que les Valar me pardonne d'avoir ainsi bafoué ta ténacité et ton honneur ».

Elle ne pouvait pas parler, elle ne le pouvait plus. Elle ne fit que la seule chose logique et instinctive qui lui vint, elle pleura. Et dans les perles lacrymales acides qu'elle déversa, il y vit tous les maux invisibles qu'elle taisait. Elle pencha la tête en avant, essayant de se camoufler au mieux, mais en vain. Elle se recroquevilla sur sa chaise en lui faisant face, et il vint lui prendre la nuque tendrement. Collant ses lèvres sur son front, il plaqua ensuite ce dernier contre sa poitrine, et il se maudit de la voir ainsi anéantie. Thranduil, spectateur muet depuis quelques minutes, regardait la scène, avec presque fascination. Totalement bouleversé, tant les souvenirs lointains reprenaient possession de son esprit. Il envia son fils, car il aurait aimé, tout comme lui, pouvoir faire amende honorable face à ces femmes qui lui manquaient tant. La voix légèrement rauque, il déclara :

« Elle a fait un petit miracle ce matin aux écuries …

- Ho ça … je ne sais pourquoi … mais cela ne m'étonne pas d'elle, père ... chuchota Legolas dont les yeux imbibés de larmes, avait du mal à se contenir.

- Veux-tu que je te raconte ? » demanda soudain Thranduil, empli de fierté, impatient de tout raconter, tel un enfant excité de conter une aventure.

Legolas se détacha d'Elen, qui eut le réflexe de le retenir. Il eut un faible sourire, puis allant prendre ses couverts, il les plaça juste à côté d'elle. Il avait suffisamment été distant dernièrement. Thranduil attendit patiemment qu'il s'installe, puis, avec l'art oratoire dont il savait faire preuve, il raconta tout à Legolas, tandis qu'Elen séchait ses larmes, un sourire tiré sur les lèvres en repensant à tout ceci. Dire l'orgueil qu'éprouva le prince en ces minutes, serait impossible. Il donnait des regards admiratifs à la femme à ses côtés, et il ne savait pas encore comment il arriverait à se faire absoudre. Ils arrivèrent à manger un peu, et l'atmosphère se délia d'elle-même au fil des minutes. Même si Elen restait assez discrète. Malgré le côté calculateur de Thranduil, elle ne lui en voulait pas. En voyant Legolas s'ouvrir à nouveau peu à peu, prouvait qu'il n'avait pas eu tort. Mais elle … elle … elle avait du mal à reconstruire le mur qu'elle avait réussi à mettre en place. Elle voulait juste être seule, loin de tout. Un havre de paix, perdu quelque part. Son esprit divagua vers le sable des déserts du Harad. Les oasis luxuriants, et les animaux exotiques. Les chevauchées dans les plaines venteuses du Rohan. Absente, elle ne faisait plus cas de leur présence. Les yeux plantés dans son assiette vidée, elle ne bougeait plus, et les deux elfes s'en aperçurent. « Elen ? Tu as entendu ? » la voix de Thranduil la fit presque sursauter. Elle décolla littéralement son menton incrusté dans la paume droite de sa main, qui lui servait de reposoir, et levant les yeux vers le roi, elle battit plusieurs fois des paupières comme si elle s'éveillait. « Pardon? » dit-elle simplement, sans même utiliser une formule de politesse.

« Veux-tu manger autre chose, un dessert, un fruit ?

- Heu non .. non merci Seigneur Thanduil.

- Elen … tu n'as presque rien avalé, lui dit le roi d'un air de réprobateur. Il savait que depuis son accident, elle s'alimentait peu, ce qui n'était vraiment pas bon.

- Je .. j'ai l'estomac noué Seigneur, je ne peux plus rien avaler ... » avoua-t-elle gênée.

Après tout il était bien aimable de l'avoir invité, même si ce n'était pas un repas galant ou courtois à la base. Il n'était obligé en rien de le faire. Elle lui offrit un piteux sourire, et déclara :

« Je vais aller me reposer Seigneur, si vous le permettez. Je me sens très lasse. La naissance de cet être était certes galvanisante et merveilleuse, mais je suis épuisée.

- Je comprends. Je te libère. Vas donc prendre un peu de repos. »

Elle le remercia, et se levant, il la suivit dans son geste. Puis la saluant très affectueusement du regard, il la laissa partir. Une fois qu'elle eut passé la porte Thranduil posa ses yeux de glace sur son fils et s'exclama « Tu attends quoi ? Un ordre de ma part pour la suivre ?! Vas la rejoindre, vite ! ». Legolas adressa un sourire de gratitude à son père, et suivant les pas d'Elen, il sortit à son tour.

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Elen suivit les corridors et les escaliers qui habillaient les arbres d'oeuvres architecturales. Tandis qu'elle pensait à tout ce qui venait de se produire, elle s'arrêta progressivement. La pierre sur sa peau émettait de douces pulsations chaudes et presque tendres. Elle posa sa main dessus, et elle eut un hoquet de stupeur quand elle s'aperçut qu'elle pulsait au rythme de son coeur. Elle plongea sa mains sous le tissu qui la recouvrait, et sortit le médaillon. Elle l'observa longuement, et eut un hoquet de stupeur quand elle vit que la brèche s'était légèrement résorbée. Elle serra les doigts dessus, un espoir incroyable venant la caresser. Etait-ce possible ? Avait-elle réussi à soigner sa pierre sans s'en rendre compte ? Un oiseau siffla au loin, et rivant son attention vers les sous-bois elle le vit très clairement, alors qu'il était à bonne distance. Son ouïe également s'était affinée. Elle sentait, ressentait la forêt comme si ses pieds étaient ancrés dans les racines millénaires, et que le reste de son corps pouvait respirer la vie qui émergeait peu à peu sous le printemps. Les enseignements de Gandalf prirent tout leur sens. Elle fut submergée par une sensation de plénitude singulière, comme celle que l'on ressent quand on sait que l'on est chez soi. Que là où nous sommes, nous faisons parti d'un Tout. Elle soupçonna ses aïeules d'avoir atteint un degrés de conscience qu'elle commençait à peine à effleurer. Voilà pourquoi elles avaient des facultés si puissantes. Elles tiraient leurs forces directement d'Arda. Leur magie, cette pierre, la Terre du Milieu, le savoir des Istari, tout était lié. Inspirant à fond comme si elle reprenait peu à peu vie, elle sursauta quand elle sentit la main de quelqu'un se poser sur son épaule en l'appelant doucement. Elle se retourna vivement, passablement grognon d'avoir été coupée dans cet éveil, et elle fronça légèrement les sourcils en voyant Legolas, ne comprenant pas sa présence. L'elfe eut un bref moment d'hésitation quand il décela les étoiles bleues lui faire front. Il ne sut pas trop comment aborder la discussion, alors il dit la chose la plus simple qui lui vint à l'esprit « Puis-je te raccompagner ? ». Elen était troublée, ses nouvelles sensations ayant la fâcheuse tendance à prendre le pas sur tout le reste. Legolas se sentit aussi fébrile face à elle que quand il s'était connu. S'admonestant d'avoir été tellement stupide d'avoir brisé, de lui-même, ce qu'il avait réussi à construire peu à peu. Il n'arrivait pas à lire en elle, il la sentait confuse, et il n'arrivait pas à déterminer pourquoi. Il discerna que ça allait au-delà de sa personne, mais rien de plus. Il avança sa main vers elle, venant lui prendre la sienne, et elle eut le réflexe de regarder partout autours d'eux, sachant pertinemment ce que cela impliquait qu'il ait des gestes directs avec elle en public. Il eut un faible sourire.

« Tu fais toujours passé mon intérêt avant le tiens Tingylia …

- Je ne suis pas fille de Roi, Legolas. Il est normal que je ne perdre jamais cela de vue. Cela causerait trop de « on-dit », qui intrinsèquement, vous feraient du tort à toi et à ton père.

- Et tu crois que ce que peuvent penser les Galadhrim nous importe ?

- Oui Legolas. Il y a trop de choses en jeu. Vos royaumes sont moins puissants qu'avant ..

- Et ils mutent eux aussi Elen. Si nous voulons perdurer, il faudra que certaines de nos moeurs évoluent également. Autrement, nous finirons d'exister. Et notre peuple ne figurera que dans les contes, et les souvenirs des Hommes. »

Il sentit les doigts d'Elen resserrer les siens instinctivement sous ses mots. Il savait que c'était une chose qu'elle redoutait depuis toujours. Son amour pour sa race dépassant celle qu'elle avait pour la sienne propre. Bien qu'à y réfléchir, elle faisait partie des deux. Elle regarda leur mains jointes, et soupirant elle murmura :

« Si tu le souhaites, oui accompagne-moi. Tu verras mes appartements comme ça ... »

Il sentit un pincement au coeur, car en effet, il n'était jamais venu jusque chez elle depuis qu'ils étaient ici. Plus de deux semaines à présent. Ils marchèrent en silence, et de la voir si distante malgré tout, n'éveillait en lui qu'un désir de la prendre dans ses bras, de la serrer contre lui. De lui dire, de lui clamer, son amour. Il savait que sa seule volonté la faisait encore tenir debout, si il faisait quoi que ce soit en ce sens présentement, elle s'effondrerait sûrement, et ce devant tous. Il ne lui ferait pas cet affront. Ils arrivèrent enfin, et quand ils furent à l'intérieur, la première chose que fit Elen est d'aller voir Aku qui dormait paisiblement sur un tapis. Elle prit la panthère avec elle, et murmura « Je te laisse sortir un peu, ne t'éloigne pas d'accord ? Je pense que le Seigneur Haldir sera un peu plus conciliant mais on ne sait jamais. Ne mange pas leurs animaux hein ! Juste des bêtes sauvages compris ?! ». La bête cligna des yeux, masquant ses magnifiques orbes jaunes, et Elen la la libéra. L'animal trouva les hauteurs de suite.

« Tu n'as pas peur pour elle ? Demanda Legolas surpris.

- Non, dit Elen en la voyant s'éloigner, la tête collé contre l'embrasure de la porte. Je sais qu'elle est assez intelligente pour faire ce qu'il faut. Je ne sais comment l'expliquer, mais notre lien est très particulier. Comme si on s'était toujours connues …. ».

L'elfe eut un tendre sourire. Il détailla sa silhouette de dos. Elle avait un peu perdu de poids, ce qui n'était pas forcément au mieux. Mais avec les épreuves qu'elle avait subi dernièrement c'était tout à fait naturel. Sa robe elfique soulignait ses courbes austères, et sa longue natte brune habillait le creux de ses omoplates avec sensualité. Il ordonna à son bras gauche d'exécuter des gestes simples, et ce sont les doigts de cette dernière qui caressèrent ses cheveux de jais. Elle ferma la porte et lui fit face, sentant son attention accrue derrière elle. De longues secondes silencieuses s'écoulèrent, et il se rapprocha d'elle, au point que leur deux corps soient séparés que par quelques timides millimètres. Il vint lui caresser la joue, et il la vit rougir de suite. Dans son regard il voyait défiler tout une palette d'émotions qui le bouleversèrent. Puis, ne tenant plus, il vint trouver ses lèvres. De baisers tendres et discrets, ils se transformèrent peu à peu en des attentions ardentes. Le contact de ses lèvres, la chaleur de son corps, son odeur. Pas les Valar que tout cela lui avait manqué ! Elle essayait de lutter contre elle-même, contre cet amour qui tel un fléau, la fauchait sur place. Elle le sentit se presser contre elle, et elle attrapa sa main invalide dans la sienne. Elle sentit ses phalanges se crisper légèrement sous sa peau. Il eut un gémissement presque plaintif, et elle sépara leur bouche doucement. Elle porta sa main handicapée à son visage et le guidant, elle lui fit caresser sa cicatrice. Cela voulait tout dire. L'émotion qui le mordit fut trop violente. Il ne put s'empêcher de verser des larmes. Il vint à nouveau sceller ses lèvres aux siennes, buvant littéralement son essence.

« Si tu savais comme je t'aime Tingylia ... »

Elle étouffa un pleur, et il vint la serrer ardemment contre lui. Ils délaissèrent l'entrée, et ils se dirigèrent vers la chambre. Elle le laissa prendre les initiatives, frissonnant à chacun de ses contacts. Il râla peut-être deux trois fois de ne pas avoir la même dextérité qu'avant, mais elle le réconfortait à chaque fois. Malgré sa faiblesse, il donnait des trésors d'attentions et de douceurs. Meurtris tous les deux, à un point qu'ils n'auraient peut-être pas pu imaginés, ils se perdirent dans leurs soupirs réciproques. Soudant leur corps et leurs chairs dans des étreintes passionnées, où même leur esprit se consuma. L'un comme l'autre se donnant le droit de se noyer dans un bonheur inavouable. Mourant, renaissant, comme si ils détenaient les secrets de l'univers entre leurs reins. Ils se retrouvaient, s'aimaient, et ils savaient que quoi ils fassent, c'était leur destinée à tous deux.

« Viendras-tu avec moi ? Demanda Elen qui plongeait littéralement dans son regard teinté d'azur.

- Oui Tingylia … jusque dans la mort si il le faut …. ».

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Merci à tous ceux qui me laissent des reviews, et ceux avec qui je discute par MP. Vous êtes mon moteur ! J'espère que ce chapitre vous aura plu, même si il ne se passe pas grand chose ! ^^

A bientôt !