Source : Exonerated By Thecouchcarrot

OH . MON . DIEU

Je viens de voir la date de ma dernière publication qui remonte à... 2016. Damn ! Je pensais pas avoir traîné autant, j'ai vraiment honte de moi...

En tout cas, au risque de passer pour une radoteuse de compét', sachez je n'abandonne pas cette traduction. c'est toujours quelque chose qui me passionne, et je n'ai vraiment aucune excuse pour l'attente que je vous ai fait subir, si ce n'est que ma dimension du temps doit être carrément différente que celle des terriens modernes...

Dans tous les cas, avec un pied dans le plâtre, et un repos forcé qui me réussit pas du tout, je pense que le prochaine chapitre ne tardera pas autant (et vu le cliffhanger, vous serez content que ce soit le cas ^^)

J'espère en tout cas que cette suite va vous plaire, même si je pourrai pas vous en vouloir si vous vous dites "mais c'est qui Elizabeth?"

Enjoyez !


o0o


Le vent lui fouette le visage et la nuque. Assis sur le banc au métal froid, Dean n'a d'autre choix que d'attendre. Ses doigts commencent lentement à s'engourdir. Il ferme les yeux.

« Eh bah, si j'm'attendais à ça. »

Il rouvre brutalement les paupières.

Jody se tient au milieu du jardin, affublée de son uniforme, une main posée sur son arme de service. Le soleil se démarque derrière elle et rend son expression indéchiffrable. Le ton de sa voix l'est tout autant.

« Shérif Singer, » la salue-t-il. « Va falloir qu'on arrête ce genre de rencards foireux. »

Elle s'esclaffe.

« Merci d'être venue, » dit-il. « Je t'en aurai pas voulu de m'avoir tourné le dos. »

« Hum hum, » Elle lève la tête, les rayons du soleil inondant son visage tandis qu'elle fixe les arbres alentours. « C'est pas mon genre. »

« Je suis désolé. »

Jody reporte son regard vers lui en plissant les yeux. « Non tu ne l'es pas, » rétorque-t-elle. « Inutile de t'excuser si tu n'en penses pas un mot. »

« Ce que je veux dire c'est que – » Dean s'interrompt, avant de se passer une main sur le visage. « T'as raison, je ne regrette pas ce que j'ai fait mais – »

« Mais quoi ? » demande Jody, incrédule. « T'étais sûr de ton coup et ton p'tit numéro a foiré ? Pointer une arme sur quelqu'un n'est pas le genre de bavure sur laquelle on peut déconner après coup, Winchester ! »

« Il me semble pas avoir été le seul avec l'arme au poing, j'te signale ! » siffle-t-il. « Alors tes leçons de morales tu peux te les garder ! Certes, j'ai perdu mon sang froid, mais toi aussi, et j'en suis désolé. Disons qu'on est quitte. »

« Comment tu t'es retrouvé menotté à ce banc ? » demande alors Jody. « Dis-moi, Dean. Qui t'a attaché ? »

L'interpellé grince des dents.

« C'est bien ce que j'pensais. » Elle penche la tête pour jeter un œil à son poignet. « Et comment est-qu'il a mis la main sur une paire de menottes, dis-moi ? »

« Ce sont les miennes », marmonne Dean.

« Je vois. » Jody croise les bras en courbant la nuque. « Récapitulons. Tu as menacé de me tirer dessus si je ne relâchais pas l'homme qui a ensuite pris la liberté de t'attacher à un banc en plein hiver avant de se tirer et de te laisser gentiment moisir ici... et tu n'en regrettes pas une seconde. »

Dean soupire. « Je n'ai pas dit ça. »

« Ah bon, pourtant tu "ne regrettes pas ce que tu as fait" », lui fait-elle remarquer en mimant les guillemets, « même si Castiel est certainement à mi-chemin du Canada à l'heure qu'il est. »

Dean secoue la tête. « Il est en route pour le poste. Il est parti se rendre. »

Elle rigole ouvertement. « Et tu l'as cru ? »

« Est-ce que Garth et Harvelle t'ont contactés ? » riposte vertement Dean. « Si Castiel décidait de quitter le territoire, tu en serai la première informée. Les fédéraux nous lâchent pas d'une semelle, et je suis sûr qu'ils hésiteraient pas à l'embarquer si toutefois il se montrait d'humeur un peu volage. Si Cas s'aventure ne serait-ce qu'aux frontières de la ville, ça remontera jusqu'au central. »

Elle le jauge du regard, sceptique, mais il l'aperçoit se mordiller nerveusement la lèvre inférieure.

« Je pense que c'est pour ça qu'il a fait ça... » Dean désigne les menottes – « ici. Derrière l'immeuble, pour que personne ne nous voit. Nos sangsues sont garées à l'avant. »

Jody continue de le dévisager un moment, son regard perçant lui picotant la peau.

« J't'en prie, Jody, » la supplie Dean à voix basse, évitant son regard, ses yeux se contentant de fixer le badge accroché à sa poitrine, l'étoile à six branches, dorée et scintillante. « C'est pas lui, c'est pas lui le tueur. Je suis à deux doigts de résoudre cette affaire. Tu l'as bien vu toi aussi, t'étais là quand ils ont découverts ce bout d'ongle, celui d'une femme. J'ai une piste. Cas et moi avons rencontré une femme qui s'appelait Candy il y a quelques mois, et maintenant y'a ce type en prison qui soutient que Lucas est sorti avec une nana du nom de Candy pendant des années. Je pense pas que ce soit une coïncidence. » Il plonge son regard dans le sien, cherchant à tout prix à lui faire comprendre. « Je sais comment la retrouver. Je peux l'empêcher de tuer à nouveau et pour ça j'ai besoin de ton aide. »

Jody ne fait que lui renvoyer silencieusement son regard, se mordillant furieusement la lèvre.

Dean sent sa gorge se resserrer et son pouls battre jusqu'à la pulpe de ses doigts. « Je suis désolée de t'avoir menti à propos de Cas et moi, » continue-t-il. « Mais tu n'es pas la seule avec qui je n'ai pas été honnête, Jody, j'ai menti à tout le monde. Mais je peux t'assurer que là je ne mens pas et que je ne te mentirai plus jamais. »

Elle déglutit en fermant les yeux quelques minutes, avant de finalement prendre la parole. « Je devrais te laisser moisir ici. »

« Tu devrais, en effet, » reconnaît-il, un sourire hésitant aux lèvres.

Elle pousse un profond soupir avant de s'accroupir et de fourrager dans sa ceinture à la recherche de ses clefs. « Si ça pouvait t'empêcher de me casser les pieds, pour changer, » marmonne-t-elle, « je te laisserai moisir ici jusqu'au mois de février. »

« Ça t'embête de me déposer ? » demande Dean avant de se relever tout en faisant craquer son dos.

Jody fronce les sourcils. « Il a piqué ta bagnole ? »

« Pas la peine d'en faire une tragédie ! » s'exclame-t-il. « On n'a qu'à faire – comme si de rien n'était. »

« Tu me laisses même pas ne serait-ce que poser un doigt sur cet engin, » continue Jody, complètement incrédule. « Et tu continues à vouloir le sortir du pétrin ? »

Dean lui lance un regard dur, puis se masse la nuque, faisant craquer quelques vertèbres afin de refaire circuler le sang. « Je veux stopper un meurtrier, » dit-il. « Je refuse de voir une nouvelle victime sous ma juridiction. »

[...]

Castiel roule jusqu'au bureau du shérif puis se gare sur le parking. Il laisse le moteur tourner un moment, les vibrations remontant le long du volant et jusque dans ses mains.

Ses yeux se perdent sur l'emplacement vide en face d'un lampadaire. Il n'est pas allumé car il fait encore jour, mais son absence de lumière attire néanmoins son regard. L'accablement et le désespoir s'emparent de tout son être, telle une ardoise vide s'écrasant au sol, et pendant un instant, il fixe le mur en béton en envisageant d'appuyer sur l'accélérateur pour aller s'encastrer dans le mur afin que les débris le transpercent de part en part, mettant ainsi un termes à tout ça.

Il se met au point mort et coupe le contact.

Castiel a l'impression que cette journée arrive à quelqu'un d'autre, quelqu'un de plus placide et intelligent. Il glisse sa main dans la portière mais ce ne sont pas ses doigts qui vont actionner la poignée ; c'est le corps de quelqu'un d'autre qui va l'entraîner contre sa volonté en direction du commissariat, vers une mort certaine, au travers d'un étroit couloir, sombre, taciturne, baigné par le néant.

Il sent la crise de catatonie arriver. Il peut le sentir comme lorsqu'on est sur le point d'éternuer. Un arrière goût au fond de la gorge. Il se demande où il va se réveiller.

Soudain la portière côté passager s'ouvre et quelqu'un s'introduit dans la voiture.

« Cas, » lance Sam. « C'est Dean qui m'envoie. »

La sensation s'interrompt et Cas cligne des yeux. Il peut se sentir reprendre subitement pied. Il toise Sam du coin de l'œil puis se tourne à nouveau vers le lampadaire, et sent l'appréhension lui remonter l'estomac.

« Je suppose qu'il veut m'empêcher d'y aller, » déduit Cas.

« En effet, » avoue Sam.

Castiel lui lance un regard en biais, hésitant longuement avant de demander. « Est-ce que toi tu veux m'empêcher d'y aller ? »

Sam baisse les yeux sur ses genoux sans répondre.

Castiel ouvre la portière et commence à sortir de la voiture.

« Attends ! » Sam l'attrape par le bras et le ramène à l'intérieur. « Cas, attends, juste... écoute. »

Castiel n'a aucune envie de l'écouter. Il ne veut pas qu'on l'éloigne de ce précipice. Il a déjà à peine le courage de s'y rendre, il n'a pas en plus besoin que le démon perché sur son épaule lui rappelle à quel point il serait facile de laisser les doutes et l'incertitude entraver les rouages de la justice. Mais comme il est faible, et que la peur lui ronge les tripes, il décide de rester.

« Dean t'a déjà parlé de nos parents ? » demande Sam.

« Pas énormément, » répond Castiel. « Je pense que c'est un sujet douloureux pour lui. »

Sam hoche la tête avant de se racler la gorge. « Quand Dean et moi on était petit, » déclare-t-il lentement, « notre mère a été tué par un chauffeur ivre. On était tous les deux dans la voiture lorsque l'accident s'est produit, toute notre famille était là. J'étais encore bébé donc je m'en souviens pas, mais... Dean si. Il faisait nuit, et notre voiture a fini dans un fossé. Dean et moi on s'en est sorti grâce aux sièges auto. J'imagine que je me suis mis à pleurer... mon père était bien amoché et il était bloqué sous le siège, alors il a demandé à Dean de se détacher et d'aller voir si j'allais bien. Le temps que des passants arrivent près de la voiture, mon père avait perdu connaissance. En brandissant une torche à travers les vitres, ils ont trouvés Dean penché au-dessus de moi. Il s'était servi de son T-shirt comme d'une couverture pour me protéger. "Voici mon frère", a-t-il dit, "il a deux bobos aux pieds et il faut lui changer sa couche." » Le coin de la bouche de Sam s'étire en un mince sourire. « Enfin c'est ce que dit la légende du moins. »

Castiel n'est pas sûr de savoir où il veut en venir, mais il a toujours été de nature curieuse. Il laisse donc Sam continuer tout en gardant la main sur la poignée de porte.

« C'est à partir de ce moment-là que prendre soin de moi est devenue la responsabilité de Dean, » poursuit Sam. « Avec le recul aujourd'hui, je m'aperçois que la mort de ma mère a été vraiment un coup dur pour mon père. Aucun de mes parents n'avaient de famille proche, et je pense pas que mon père était du genre à demander de l'aide. Lui c'était plus "encaisse et taille la route", mentalité qui ne s'accordait pas tellement avec la dépression, et je pense qu'il croyait vraiment que c'était sa mission de s'occuper de nous, que s'il faisait appel à quelqu'un, ce serait comme avouer son échec en tant que père. » Sam soupire. « A l'époque, tout ce que je voyais c'est qu'il était distant, strict et qu'il passait son temps au travail. C'est donc plus ou moins Dean qui m'a élevé, et j'ai toujours pris pour acquis le fait...le fait qu'il ait tant sacrifié pour moi. » Son regard se perd dans la vitre et il fait pivoter sa mâchoire. « Quand je suis parti pour Standford, j'étais tellement content de m'éloigner de mon père et de vivre ma propre vie. Ça ne m'a même pas effleuré l'esprit que j'abandonnais Dean par la même occasion. Pas une seule seconde j'y ai songé. Il était heureux ici, il allait devenir flic comme notre père et pourrait entreprendre tout ce qu'il a toujours rêvé de faire. J'ai jamais songé au fait que je puisse lui manquer. Donc ouais, j'ai été à Standford, j'y ai rencontré une fille géniale qui s'appelait Jess et j'ai jamais remis les pieds dans le comté de Sherman. »

Castiel n'a jamais entendu parlé de cette fameuse Jess, mais ça ne le surprend pas tellement. De toute évidence, ça n'a pas dû marcher entre eux si Sam est avec Amélia aujourd'hui.

« Puis mon père est mort. » Sam serre la mâchoire et sa voix se remplie d'amertume. « Tué dans l'exercice de ses fonctions. » Il se tourne vers Cas, le visage et les traits fermés. « Il n'était pas de service ce jour-là. C'est Dean qui était supposé être à sa place, mais il lui avait demandé s'il pouvait prendre sa place pour pouvoir se rendre au salon de l'automobile à Hanneville. »

Castiel hausse grandement les sourcils. Soudain, tout ce qu'il pensait savoir de Dean lui apparaît comme teinté d'une ombre aux nuances étrangères.

« Je suis donc revenu pour l'enterrement... » Sam baisse le visage et fixe ses pieds en se raclant la gorge. « Et je suis reparti en suivant. Je suis reparti en Californie pour épouser Jess. Et j'ai laissé Dean ici. » Il tourne à nouveau les yeux vers Castiel avant d'énoncer avec un calme volontaire. « Moins d'un an après, il procédait à ton arrestation. »

Castiel ne peut empêcher la confusion de se lire sur son visage. « Et tu penses que c'est... lié ? »

« Dean est un bon inspecteur, » lui explique Sam. « Il n'y a aucune raison qu'il ait pu faire une telle bavure. Selon Jody et Bobby, lorsque mon père est mort, ça la rendu complètement obsessionnel, un véritable maniaque. Il s'est jeté à corps perdu dans le travail. Il avait certainement l'impression qu'il devait prouver au monde entier qu'il était digne de prendre la place de papa, j'imagine. Mais quand des enfants ont commencés à disparaître, c'était comme s'il... comme s'il avait une mission. Il avait ce besoin quasi frénétique de trouver le tueur. Il en dormait plus, se bourrait de medocs et se tuait à la tâche... » Sam soupire gravement « Et du coup il a merdé, et j'ignore si ma présence aurait pu changer quoique ce soit ; il n'écoutait ni Jody, ni Bobby, alors je sais pas s'il m'aurait écouter si je lui avais dit de lever le pied, p't'être que oui, mais je n'en saurais jamais rien. Ce qu'il y a c'est qu'au plus profond de moi... » Les yeux larmoyants et la voix chancelante. « Castiel je me sens responsable de ce qu'il t'est arrivé. »

Ce n'est qu'à ce moment-là que Castiel comprend le but premier de cette conversation. « Sam... »

« Quand tu as été disculpé, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour convaincre Dean que ce n'était pas de sa faute, » l'interrompt Sam. « C'était ma façon à moi de me délier. Si ce n'était pas de la faute de Dean, alors ce n'était pas de la mienne non plus, et je peinais tellement à trouver une échappatoire parce que tout ne s'arrêtait pas à toi. Les gosses qui ont été tué pendant ton incarcération ? Je m'en sens également responsable, en partie du moins. Comme un effet papillon. Je sais que je ne suis coupable de rien aux yeux de la loi, mais je me sens quand même coupable. » Il pivote sur son siège, de façon à faire complètement face à Castiel, sa posture montrant le sérieux et l'importance de ses propos. « Est-ce que tu arrives à faire la différence, Cas ? Il y avait tout ces minuscules facteurs qui, une fois rassemblés, ont conduit à ta condamnation à tort, et je fais parti de ces facteurs. Je m'en sentirai toujours coupable, mais ça ne veut pas dire que je suis coupable. Tu comprends ça ? »

Castiel fronce les sourcils. « Je comprends ce que tu ressens, mais je vois pas où tu veux en venir. »

Sam s'humidifie les lèvres en choisissant soigneusement ses mots. « Tu te sens coupable de la mort de ces enfants, » dit-il. « Quand tu penses à eux, quand tu essaies de comprendre ce qu'il s'est réellement passé, cette culpabilité te ronge parce que tu n'y peux rien, parce que tu sais que tu es impliqué dans cette affaire d'une certaine manière, mais que tu n'as pas réussi à empêcher la mort de ces enfants. Et tu t'es convaincu tout seul que cette culpabilité voulait certainement dire quelque chose, que tu ne te sentirais pas comme ça à moins que tu ne sois le tueur. » Sam pose une main sur l'épaule de Castiel en la pressant fermement. « Mais si c'est le cas, Cas – alors je suis également le tueur. »

Un tressaillement se fraye un chemin dans la poitrine de Castiel, une sensation prenant d'assaut ses convictions, martelant sa cage thoracique et menaçant de s'en échapper. « Tu ne sais pas ce que c'est, » commence-t-il, la voix chevrotante, « de te réveiller dans les bois, couvert de boue, et de te rendre compte que t'as roulé jusqu'ici. De remonter dans ta voiture et de suivre la route en espérant tomber sur une station service parce que t'as aucune idée de l'endroit où tu te trouves. » Sa voix se brise. « De trouver des coupures sur tes mains. »

Les yeux larges, Sam garde un faciès déterminé. « Et c'est pour ça que tu penses que c'est toi ? A cause d'une balade dans les bois ? C'est rien du tout ça, Cas. »

Castiel ferme les yeux en agrippant férocement le volant. « C'est forcément moi, » murmure-t-il. « Logique rationnelle. »

« Cas, je vais te dire la vérité, » dit Sam. « Il y a une chance pour que tu sois le tueur. Je suis prêt à le reconnaître. »

Castiel demeure immobile, le dos droit sur son siège.

« Mais il y a aussi une chance pour que ça ne soit pas le cas, » continue Sam, « une bonne chance. Dean est sur une piste et pense qu'il peut le prouver, mais pour ça il a besoin de temps. Je te demande pas de proclamer ton innocence, je te demande seulement d'attendre. »

Pendant un moment, Castiel ne dit rien. Il en est incapable. Il a tellement envie de lâcher prise et de laisser la peur décider pour lui.

Ce n'est qu'après de longues minutes qu'il reprend la parole, « Pourquoi tu es revenu de Standford ? »

Sam marque un temps d'hésitation. « Jess s'est faite renversée, » répond-t-il. « Par un chauffard ivre. J'arrivais pas à surmonter sa mort. Je suis rentré et j'ai emménagé avec Dean. »

Castiel relâche le volant en rouvrant les yeux. Il n'est pas sûr de savoir quoi dire. Présenter ses condoléances lui semble dénué de sens. Il finit par dire la première chose qui lui passe par la tête.

« Mon père s'est pendu, » explique-t-il. « Après que ma mère ait succombé à un cancer. J'avais dix-sept ans. Je comprenais pas pourquoi il avait fait ça. » Son regard dérive vers le lampadaire tandis que sa main glisse le long de la portière. « Je comprends mieux à présent. »

Sam le scrute attentivement. « Est-ce que... c'est ce que tu ressens ? T'as envie de faire la même chose ? »

« Non, » ment Castiel.

Ce n'est pas un véritable mensonge. Il y a une part de Castiel qui souhaite désespérément vivre, être libre, se ruer vers Dean en le suppliant de le pardonner avant de se réfugier dans un endroit où personne ne sera capable de les trouver, être insouciant, déchaîné, ivre, heureux à s'en damner, et surtout vivant. Mais cette option lui semble tellement hors de portée à l'heure actuelle, que le simple fait d'en avoir envie lui est terriblement douloureux, en plus de rendre le cours des choses encore plus chaotique et insoutenable.

Mais il reste une chance.

Castiel enclenche le moteur avant de croiser le regard de Sam. « Je peux attendre, » dit-il. « Mais pas longtemps. » Il fait marche arrière avant de sortir du parking.

[...]

La femme derrière le comptoir du Denny's porte de larges lunettes marrons encadrant son visage aux cheveux blonds, et les dévisage, le regard un peu hagard et la bouche légèrement entrouverte. Sur son badge se détache le prénom "Dolores".

« Elle s'appelle Elizabeth, » lui explique Dean. « Elle travaillait ici courant Novembre, je sais pas si elle y est toujours. Elle a les cheveux roux, la peau sur les os... »

Dolores cligne à nouveau des yeux en pinçant les lèvres. « On a quatre Elizabeths ici. »

« Et est-ce que l'une d'entre elle est rousse ? » demande Dean.

Dolores ouvre la bouche l'air pensive. « Euhhhhhhmmm... j'sais pas. »

Dean se fait violence en se rappelant qu'étrangler du personnel en public est plutôt mal vu.

Jody soupire avant de s'avancer sur le comptoir. « Bon et si vous nous donniez plutôt le dossier de ces quatre filles ? »

Dolores acquiesce telle un clown à ressort, « Okay », puis s'esquive dans la pièce du fond.

« Dieu merci elle a pas demandé de mandat, » marmonne Dean dans sa barbe.

« Tout est dans le badge, » commente Jody. « Parfois j'ai même droit à des boissons gratuites. »

Dean fronce les sourcils. « J'ai jamais eu droit à des boissons gratuites ! »

Jody lui lance un sourire narquois. « P't'être que j'ai plus de succès. »

« J'étais un Shérif très apprécié, » maugrée farouchement Dean. « Très très apprécié. »

« P't'être que je suis plus appréciable, » suggère Jody.

Dean plisse les yeux. « J'ai reçu un award de la part de toute une école primaire. En papier mâché. Ça disait "nous aimons notre Shériff", avec une faute à Shérif. Essaie d'faire mieux qu'ça Singer ! »

Jody hausse un sourcil. « J'ai été invité à une conférence universitaire sur les femmes dans les forces de l'ordre. J'ai également été convié à une conférence sur les femmes dans la sphère politique, les femmes au sein des instances dirigeantes, et une autre sur la criminologie. »

Dean grimace. « Visiblement, c'est ton utérus qui fait tout l'boulot. »

Le regard de Jody se teinte d'une sombre lueur acerbe. « Oh, Dean, » lance-t-elle gaiement, « ne me force pas à passer en revue tout ce que tes organes reproducteurs ont provoqué au sein de notre éminent comté. »

Dolores réapparaît juste à temps, une liasse de papiers entre les mains. « Je vous ai imprimé le CV des employées, » leur dit-elle. « J'espère que c'est tout ce dont vous avez besoin. »

Jody s'empare des documents avant d'y jeter un œil. « Ça devrait suffire, » dit-elle. « On vous contactera si on a besoin d'autre chose. »

Elle se dirige vers la sortie, Dean sur les talons, tout en feuilletant le profil des quatre jeunes femmes. « Elisabeth Bailey, » murmure-t-elle, « Elisabeth Cook... »

Puis elle se stoppe net, les pieds figés au sol.

« Putain de merde, » lâche-t-elle.

[...]

Le duplex à la devanture jaune se situe dans la partie nord du comté, au pied de la colline du Green Mountain, et à deux pas du Lac Madeleine. Le duplex est petit mais décent, le parc bien entretenu. Le quartier tombe en ruines et se trouve assez loin de la ville, mais Dean estime qu'il y a pire. Bien pire.

Jody frappe à la porte, un Dean trépignant à ses côtés.

La porte s'ouvre, révélant une jeune femme derrière le battant. « Oui ? »

« Bonjour, » dit Jody avec un sourire. « Êtes-vous Elisabeth Goodwin ? »

Dean se contente de la dévisager.

C'est Candy, Candide, en chair et en os. Elle est même – si tant est que ce soit possible - encore plus maigre que la dernière fois. Squelettique. Ses cheveux ont à présent une teinte marron terne, et Dean se demande si c'est volontaire afin de se fondre dans la masse. Ses yeux sont brillants et alertes, les fixant à tour de rôle lui et Jody avant de sourire de manière hésitante.

Elle ne le reconnaît pas.

Elle ne le reconnaît pas.

Dean se force à lui sourire en retour alors que son cerveau, lui, bouillonne. Comment c'est possible ? Est-ce qu'il se pourrait qu'en réalité elle ne sache pas que lui et Cas vivent ensemble ? Après tout elle ne l'a vu que deux fois. Est-ce qu'elle pensait qu'il n'était qu'un ami ? A-t-elle carrément zappé son visage parce que pour elle, il n'était qu'un client parmi tant d'autres ? Ou est-elle juste une menteuse hors pair ?

Puis brusquement, à la manière d'un coup de pied au ventre, Dean se rappelle qu'il a couché avec cette femme. Il a baisé avec une serial killeuse.

Il n'a subitement plus aucune envie de s'attarder sur ce genre de souvenirs.

« Oui c'est moi, » répond Elizabeth. « Qu'y a-t-il ? »

« Peut-on entrer et nous entretenir avec vous ? » demande Jody. « Nous avons quelques questions en lien avec l'un de vos proches. »

« Bien sûr, » répond Elizabeth, en ouvrant plus largement la porte. « Entrez donc. »

Ils s'exécutent.

L'intérieur est remarquablement propre et bien entretenu, petit et un peu étroit mais très chaleureux. De la moquette ainsi que des meubles aux nuances marrons, des murs couleur crème, le tout baignant dans un halo paisible de lumière. Assise près de la basse se trouve une jeune fille ayant l'air d'être encore au collège, en train de faire ce qui semble être ses devoirs de maths. Elle a de long cheveux bruns, un faciès éveillé aux traits enfantins, ainsi qu'un grain de beauté juste sous l'œil gauche.

Elle n'a curieusement, étonnamment et miraculeusement rien en commun avec Lucas.

Elizabeth les conduit jusqu'au canapé. « Voici ma fille Krissy, » leur dit-elle. « Krissy, va donc continuer tout ça dans la cuisine. »

Krissy râle un peu en se relevant. « D'accord. » Elle récupère son cahier avant de se traîner d'un pas lourd jusqu'à la cuisine. Elizabeth retire son sac à main du fauteuil leur faisant face, s'y assoit et croise les jambes. Son sourire est amène bien qu'hésitant. « Alors, de quoi vouliez-vous me parler ? »

« Lucas Goodwin, » commence Jody. « Il est actuellement en prison, mais nous pensons qu'il ait possiblement essayer de vous contacter. »

Elizabeth cligne des yeux avant qu'un gloussement incertain ne lui échappe. « Lucas Goodwin ? » demande-t-elle, complètement ahurie. « Le – le meurtrier ? Me contacter moi ? »

Le pire c'est que Dean arrive presque à la croire. Elle semble réellement déconcertée. Elle est recroquevillée sur elle-même, lui donnant un air minuscule et fragile tel un oiseau blessé. Une pensée folle lui traverse l'esprit, non, non, c'est pas possible que ce soit elle.

Jody émet un rire à son tour. « Je sais que ça peut paraître fou, mais vous êtes une Goodwin. Nous pensons qu'il a pu essayé de joindre des proches... »

« Oh, mais on n'a aucun lien de parenté ! » s'esclaffe Elizabeth en faisant de grand gestes. « Dieu merci ! »

« Mais vous l'avez déjà croisé, » intervient Dean, « pas vrai ? »

Elizabeth le toise du regard avant de secouer le tête. « Non, » répond-t-elle. « Ça m'étonnerait. »

« Vous êtes sûre ? » insiste-t-il.

Elle sourit à nouveau. « Un homme comme lui, je pense que j'm'en souviendrais. »

« Très bien, » concède Jody. « Dans ce cas, qu'en est-il de Balthazar Travers ? »

Elizabeth fronce les sourcils. « Balthazar, » répète-t-elle, semblant perplexe. « Non, ça ne me dit rien non plus... » Puis elle semble se rappeler de quelque chose. « Attendez. Il y a ce type-là, qui m'a donné sa carte l'autre jour – » Elle attrape son sac à main qu'elle ouvre en poursuivant, « je dois l'avoir quelque part – »

Elle en ressort alors un semi automatique qu'elle pointe directement vers Jody.

Celle-ci a déjà la main sur son arme mais se fige.

« Ne bougez plus, » gronde-t-elle, le regard dur et brillant. Elle se tourne vers Dean. « Tous les deux, ou je vous descends. »

Dean déglutit, la gorge sèche. « Elizabeth – »

« La ferme, » siffle-t-elle. « Pas un mot de plus. »

Dean s'exécute.

Dans un mouvement mesuré, elle se lève et se dirige vers la cuisine, le canon toujours pointé vers Jody. « Krissy, » appelle-t-elle, ses yeux ne quittant pas Jody. « Il faut qu'on parte tout de suite. » Elle franchit le pas de la cuisine avant de rapidement faire volte face dans l'angle de la pièce.

Jody se lève alors, l'arme au poing et se dirige d'un pas résolu vers la cuisine. Dean lui emboîte le pas, sans arme ni rien pour l'aider.

« Maman ? » résonne la voix de Krissy juste avant que la porte arrière ne claque.

« Merde, » lâche Jody. « Elle prend la voiture. »

Ils traversent la cuisine et se rue vers la porte au moment même où Elizabeth démarre une berline bleue. Jody range son arme avant de se jeter dans sa voiture de patrouille. Dean la suit et s'agrippe fermement à la portière alors qu'elle s'élance à la poursuite d'Elizabeth, toutes sirènes hurlantes.

Lorsqu'une voiture de police atteint une certaine vitesse, le moteur se met à chauffer et à embraser tout l'habitacle. Au central, on appelle ça "rouler plein gaz". Dean n'a pas roulé plein gaz depuis presque un an, et se retrouve maintenant aux côtés d'une Jody brûlant le pavé à une allure folle, tandis qu'il dégouline de sueur, le cœur battant furieusement contre sa poitrine. Il met sa ceinture et pose ses mains sur le tableau de bord, le pied s'enfonçant d'instinct contre le plancher.

Ils arrivent à rattraper Elizabeth relativement vite, bien qu'elle parvienne à garder une tête d'avance sur eux dans les abords montagneux. Elle dispose de l'avantage même à bord de sa vieille voiture car elle connaît bien la route. Dean la connaît aussi pour y avoir passé toutes ses nuits à sillonner le Lac Madeleine, mais ce n'est pas le cas de Jody, ce qui l'oblige à prendre chaque virage sans pouvoir les appréhender. Elle se serre au maximum pour les passer au plus vite et garder la berline bleue bien en vue. Dean se penche vers le tableau de bord lorsque les arbres centenaires bordant la route laissent deviner un virage à 180 degrés. Il aperçoit l'arrière de la berline déraper sur le bas côté et s'écrie « Jody – »

La voiture bleue devient hors de contrôle et se met à chavirer droit sur eux.

Jody braque le volant pour l'éviter et c'est alors que le monde se met à basculer dans tous les sens ; le pare brise explose à l'intérieur de la voiture, Dean sent quelque chose lui percuter le visage, il se cogne l'arrière du crâne contre le toit, et la carcasse de la voiture se comprime dans un vrombissement tonitruant.

La fumée, l'angoisse.

Le silence.

Le choc.

Dean se dégage de l'airbag finissant de dégonfler et défait sa ceinture. « Jody. Jody. Est-ce que ça va ? »

Jody pousse un léger grognement. Ses yeux papillonnent, et un filet de sang s'échappe de son nez.

« Je crois que j'peux – j'crois que j'peux sortir – » Il tente d'ouvrir la portière mais celle-ci est beaucoup trop renfoncée dans l'habitacle. Il donne donc un grand coup dedans et se glisse lourdement hors de la voiture.

Il fait nuit noire, le temps est glacial. Il n'y a pas une seule source de lumière en dehors des phares de leurs voitures. La route est déserte. La berline fumante a terminé sa course sur le toit, à cheval sur l'accotement.

« Augh ! » s'écrie une voix dont l'écho perce la nuit. Une silhouette s'extirpe péniblement de la voiture. Dean titube jusqu'à elle.

Il s'agit d'Elizabeth, se glissant par la fenêtre en sanglotant silencieusement. Une large traînée de sang s'écoule de son cuir chevelu pour lui barrer le visage, se mélangeant aux larmes qui lui dévalent le menton. Elle finit par sortir de la voiture et par se relever en s'appuyant contre la carcasse. C'est à ce moment-là qu'elle redresse le visage et aperçoit Dean.

Celui-ci s'approche. « Est-ce que Krissy – »

« Pas un geste ! » crie Elizabeth. Elle dégaine son bras et pointe son arme sur lui. « M'approche pas ! »

Dean se fige avant de lever les mains en l'air.

Prudemment, elle contourne la voiture et raffermit sa prise sur le revolver de ses deux mains. « Je connais ces bois par cœur, » lance-t-elle au travers de ses dents serrées. « Vous n'arriverez jamais à me trouver. »

« Pourquoi t'as fait ça ? » murmure Dean. « Pourquoi ? »

De nouvelles larmes s'échappent de ses yeux, et elle agrippe fermement son arme, le doigt sur la détente. « Parce que j'aime ça, » rugit-elle. « Parce que je suis mauvaise. » Elle s'étrangle et sanglote à nouveau. « Je suis mauvaise ! »

Dean la suit méticuleusement du regard, ses yeux ne quittant pas l'ombre de sa silhouette.

Elle arrive au bout de l'accotement et jusqu'aux bois, le canon toujours pointé sur Dean, après quoi elle baisse son arme...

Et se met à courir.

Dean se lance à sa poursuite.

Il court plus vite qu'il ne l'a jamais fait, forçant le passage à travers les buissons, slalomant entre les arbres, l'obscurité quasi totale s'accentuant dans la forêt. Il trébuche et s'étale contre une branche, se relève à la hâte, ne se fiant qu'au bruit saccadé et pantelant de sa respiration alors qu'elle file à travers les buissons, le froid hivernal lui mordant le visage, avant qu'un rayon lunaire ne se fraye un chemin entre les arbres, baignant la clairière d'un sobre halo glacé. Il peut alors voir Elizabeth tituber et s'y arrêter ; elle sait qu'elle ne peut pas le semer, pas dans l'état où elle est, elle se retourne donc vers lui, l'arme au poing avant de crier « Arrête-toi ! » et d'appuyer sur la détente.

Le coup siffle à travers les arbres.

Instinctivement, Dean freine le pas dans sa course, tous ses muscles lui ordonnant de se baisser et de se mettre à couvert. Mais il aperçoit le tremblement de ses mains autour du revolver, se rend compte qu'il n'est pas dans sa ligne de mire, repense à Gabriela et Camden, et fonce dans la clairière.

Il court de toutes ses forces, malgré ses poumons qui le brûlent, malgré ses jambes sur le point de lâcher, car petit à petit le temps semble se ralentir à l'instar de la lune se reflétant pleinement sur son visage emplie d'une terreur larmoyante, et tandis qu'il n'est plus qu'à deux pas d'elle, ses doigts frêles se referment à nouveau sur la gâchette,

Il tend le bras,

Et la désarme avant de la plaquer au sol.

Elle se débat vivement, mais il est bien plus fort et bien plus lourd qu'elle. Il pare ses attaques en lui restreignant les bras, et lorsqu'elle se met à hurler, il la gifle. Violemment.

Elizabeth croise alors son regard, son expression à la fois furieuse, vive et moqueuse avant d'arquer sa mâchoire. « Tu dois te sentir fort, » lance-t-elle, pleine de sarcasme.

« Non, » halète Dean, « là j'suis plutôt dans un moment de faiblesse. » Il la frappe une nouvelle fois, puis une autre.

Juste avant qu'un fracas ne résonne dans les buissons et qu'une douzaine de policiers n'affluent jusqu'à eux.

« Dean ! » La voix de Jody se détache dans le brouhaha. « Dean ! »

On l'éloigne d'Elizabeth pour pouvoir lui passer les menottes. Jody fonce droit dans sa direction avant de le serrer contre elle à lui en faire mal. Le grésillement des radios se multiplie au fur et à mesure que d'autres officiers débarquent sur les lieux afin d'escorter Elizabeth hors de la forêt.

« J'suis content que tu ailles bien, » lance Dean. « On a fait une sacré embardée... »

« T'es vraiment fou à lier! » marmonne Jody. « Moi ça va ! Et toi, tu n'as rien ? »

« J'ai un point de côté, » dit-il. « J'avais pas couru comme ça depuis qu'ils... qu'ils... » Sa tête se met à bourdonner, sa vision devient trouble et ses jambes flageolent. « Je... »

Il s'effondre dans les bras de Jody, le sol se dérobant sous ses pieds et lorsqu'elle passe une main sous sa veste, celle-ci revient couverte d'une substance sombre et brillante.

Il était peut-être dans sa ligne de mire en fin de compte.

« J'ai besoin d'un médecin ! » crie Jody par-dessus ses coéquipiers. « J'ai besoin d'un médecin ! »

Dean imite les gestes de Jody, et observe bêtement le sang recouvrir ses doigts avant que sa tête ne tourne à nouveau. « Comme papa, » d'une voix rauque. L'odeur métallique et agressive caractéristique du sang lui monte au nez.

C'est donc ça.

C'est donc comme ça que ça va se passer.

Soit, ça lui convient.

Ça en valait la peine.

Ça en valait la peine.

Jody l'allonge sur le dos et fait compression sur la blessure d'une main tremblante. Respirer devient de plus en plus difficile, ses poumons commençant à le lâcher. « Où est Sammy ? » halète-t-il. « Où est Sammy ? »

« Il va bien, » le rassure Jody, la voix étranglée. « Il est à la maison. Je suis là. »

Dean s'empare de sa main, lui démontant par ce geste l'importance de ses propos. Le ciel s'assombrit, en fait tout ce qui l'entoure semble se plonger dans les ténèbres. « Bobby et toi, vous devez prendre soin de lui maintenant, prenez soin de Sammy... »

« Ne dis pas des choses pareilles ! » Jody lui serre la main. « Tu vas t'en sortir, Dean. »

Dean lutte pour respirer, l'impression de se noyer s'emparant de son corps. Ça et la fatigue. Il est tellement fatigué.

« Dis à Cas que je... je déteste Van Gogh. Dis-le lui. »

« Dis-le lui toi-même ! » gronde Jody à travers ses larmes. « Dis le-lui toi-même, Dean Winchester ! »

Il ferme les yeux car la fatigue se fait de plus en plus forte et qu'il n'a plus assez d'énergie pour la combattre. Et à l'instant même où il clôt les paupières, c'est le silence, l'obscurité et la mort qui s'emparent de son monde.


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A suivre...