"Bonjour Harry, as tu repensé à ma proposition ?"

Quand il entendit la voix de Daphné l'appeler, Harry regretta de ne pas être resté caché sous la cape.

Il avait fini par rejoindre la bibliothèque. Le désir d'explorer la section interdite le démangeais, mais il voulait avant tout se renseigner sur le type de système de sécurité qu'il allait rencontrer. Il avait donc cherché des livres sur l'histoire de Poudlard, la magie d'invisibilité et sur les sortilèges de détection, mais de fil en aiguille son attention s'était détournée du sujet principal pour se diriger sur les origines de sa cape. Les capes d'invisibilité sont connues pour avoir une durée de vie très courte : après quelques années d'usage elles finissaient toujours par perdre leur pouvoir et ne devenaient que de simples vêtements tout ce qu'il y a de plus banal. Pourtant la sienne était censée avoir appartenu à son père, elle avait donc au moins onze ans d'activité et pourtant elle continuait de fonctionner comme au premier jour.

Et c'est donc assis sur une cape roulée en boule, au pied d'un des innombrable étagères de la jungle des rayonnages de la bibliothèque, qu'elle le trouva. Elle ne prit pas la peine de demander la permission avant de prendre au pied des rayonnages en face de lui, et s'assis dans un mouvement fluide, plein de grâce et d'élégance.

"Je sais que les règles de la bienséance voudraient que j'attende que ce soit toi qui viennes à moi, continua-t'elle mais j'ai toujours trouvé que ces règles avait été dictées par de vieux sorciers grincheux qui ont la baguette bien trop en foncée là ou je pense."

"Jolie image." commenta-il, sur le ton de la conversation.

Daphné rougit légèrement, mais sourit néanmoins.

"Désolée, mon père me dit toujours que je dois faire attention à mon langage quand je représente l'image de la famille, mais parfois je me laisse un peu aller."

"Pas la peine de t'excuser, je ne suis pas un grand fan du langage protocolaire non plus."

"Tant mieux, soupira-t'elle alors que sourire s'élargissait, je préfère franchement qu'on se parle normalement."

Daphné était la seconde personne à vouloir obtenir quelque chose de Harry aujourd'hui; essayait elle de créer une atmosphère amicale simplement dans le but de l'amadouer, ou était elle vraiment telle qu'il la voyait ?

"Mais revenons en à nos moutons, ça te dis de faire alliance avec moi ? Enfin, ma famille quoi."

Je me suis déjà fait avoir avec Draco, je préfère éviter de refaire les mêmes erreurs avec toi.

Ça c'est la manière intelligente de réagir, mais la chose Serpentard à dire c'est :

"J'aimerais beaucoup que nous soyons amis."

Le sourire de Daphné rayonnait. Il dégageait plus de sincérité que celui de Draco. Soit Daphné était vraiment une fille bien, soit elle était meilleure actrice que le blondinet.

Évidemment Harry avait vérifié dans ce qui ressemblait le plus à un code pénal pour le monde des sorciers, et non, se déclarer verbalement l'allié de quelqu'un n'avait aucune valeur juridique : il n'appartenait donc pas plus à Daphné qu'à Draco. Ce qui était toujours rassurant. Mais ce n'est pas pour autant qu'il pouvait se permettre de s'allier à n'importe qui, il fallait qu'il sache si Daphné n'était qu'une opportuniste qui voulait profiter de l'influence du survivant.

"Bien sûr," continua-t'il, "je ne connais pas plus ta famille que je ne connais celle de Draco. Et donc, je ne sais pas vraiment ce que vous valez sur le plan politique."

L'appât était placé, et l'hameçon lancé.

Daphné hocha la tête.

"Évidemment, dit elle en fronçant les sourcils Nous n'interagissons pas vraiment avec le monde moldu, il y a peu de chance que tu aies entendu parler de nous auparavant."

"La question que je me pose, est surtout : quelle genre d'aide ta famille espère obtenir de la part de la Maison Potter. Je n'ai pour l'instant pas d'argent que je pourrais investir, et je ne pense pas que la voix d'un garçon de onze ans ait un quelconque poids sur l'échiquier politique de Grande-Bretagne."

"Je… C'est vrai. Mais il faut que je mette une chose au clair, je ne veux pas de ton argent. Ma famille est suffisamment riche pour ce débrouiller de ce côté là. Et pour le reste, tôt ou tard tu entrera en possession de l'héritage de ta famille, ce qui fera de toi officiellement le détenteur du titre de noble, et en tant que survivant il y aura beaucoup de gens prêts à écouter ce que tu as à dire, ce qui implique que ta parole influencera l'opinion publique en bien ou en mal. Ce que nous voulons c'est que tu acceptes d'entendre ce que nous pourrions avoir à dire et que tu nous fasses confiance. Nous n'essaierons pas de t'influencer, seulement de t'apporter un point de vue différent. Nous voudrions aussi que tu penses à nous lorsque tu auras besoin d'aide pour quoi que ce soit, et que tu acceptes de nous entendre si nous venions à avoir besoin de ton aide. Et aussi, lorsque tu décideras de placer ta fortune, que tu penses à nous pour_"

"Je croyais que tu ne voulais pas de mon argent ?"

"C'est le cas, mais tôt ou tard tu vas devoir le dépenser, et selon la quantité d'or que tu décidés d'injecter dans l'économie de ce pays, tu risques de faire pencher la balance du marché dans un sens qui pourrait nous être favorable ou au contraire, qui avantageraient nos concurrents. Nous n'avons aucunement l'intention de te dire quoi faire de ton argent, ni de nous en emparer, simplement nous voulons nous assurer que tu n'essaieras pas de nous nuire, volontairement ou non."

Harry n'avait pas réalisé qu'il pourrait avoir autant de pouvoir, ni que ses actions pourrait avoir ce genre d'implications, mais maintenant qu'il y réfléchissait cela devenait évident. Ajoutez un joueur à la partie et tout ce que vous avez mis du temps à construire peut s'écrouler devant vos yeux. Il était même étonnant que plus de gens n'ai pas essayé de s'attirer ses faveurs. Pendant, un instant, le souvenir d'un rêve vint flotter à la limite de sa conscience, mais il s'en alla aussi tôt, lui laissant simplement une forte envie d'aller vérifier son courrier.

"Je vois. La question maintenant est de savoir pourquoi moi je voudrai m'associer aux Greengrass. Je ne sais toujours rien de vos activités, et je me doute que je ne suis pas le seul à qui tu as fait cette proposition cette année n'est-ce pas ? Et puis, il faudrait que je voie qui sont vos alliés actuels ; vous avez forcément une influence politique, directe ou indirecte, je me trompe ? Alors Daphné, si je me renseigne sur ta famille quels squelettes je risque de découvrir enterrés sous l'herbe verte de vos jardins ?"

Elle avait beau dire parler librement, Harry sentait qu'elle avait répété son discourt. Et sa remarque fit mouche, Daphné semblait soudainement hésiter.

"En politique, il faut savoir choisir ses alliés, et allié ne veut pas toujours dire ami. Il faut parfois ravaler sa fierté et se lier avec des gens qu'on apprécie gère, mais qui partagent des buts communs ou proches des nôtres ; surtout avec les adversaires qui nous font face."

" Et par adversaire, tu fais bien évidemment reference_"

"A la maison Malfoy."

Elle n'essayait même pas de cacher son mépris.

À quelles extrémités les Greengrass ont ils dû se résoudre pour contrer l'influence des Malfoys ?

"Jouer sur l'échiquier politique de l'Angleterre magique c'est prendre en compte leur présence. Alors il faut parfois faire des compromis, continua-t'elle sur un ton diplomate, essayer d'éviter le pire et se contenter de ce qu'on peut avoir pour l'instant."

"Je remarque que tu ne réponds pas vraiment à ma question. Y aurait-il des choses que ta famille a fait dont tu aurais honte ?"

En un instant elle fut sur ses pieds. Le visage fermé, la gorge rouge elle jetait sur Harry un regard glacial. Il devait lever les yeux pour la regarder. Si l'effet recherché était de le faire se sentir minuscule, c'était réussi. Sa réaction eut sur Harry l'effet d'une douche glacée.

"Essaierais-tu de m'insulter Potter ?" Le volume de sa voix restait aussi bas que le réclamait le lieu, mais la colère contenue dans son ton glacial ne faisait pas le moindre doute.

Il s'était efforcé de paraître plus sûr de lui qu'il ne l'était réellement, après tout il n'avait qu'une vague idée de la portée réelle cette conversation, alors que son interlocuteur semblait attendre beaucoup de lui. Il avait simplement essayé de paraitre en contrôle, mais visiblement il s'était trop laissé emporter par son rôle et l'avait offensée. La paniquer le gagna en un éclair; ses premiers pas en politique semblaient mal amorcés. Venait-il de se mettre à dos une alliée importante pour l'avenir ? Il fallait qu'il trouve quelque chose à dire, et vite ! Mais elle ne lui en laissa pas le loisir.

"Je ne vais pas essayer de te caresser dans le sens du poil ; j'aimerai que nous aillons des relations cordiales, mais je ne sais rien de toi. J'ai entendu parler la façon dont tu t'es comportés envers Neville et les sœurs Carrow, et tu t'affiches ouvertement avec des sang-mêlé et des nés modus, mais je n'ai aucun moyen de savoir si c'est vraiment ta façon d'agir normale ou si tu joue un rôle juste pour te faire bien voir. Après tout tu as aussi accepté de t'allier aux Malfoys."

" Un rôle ? Je n'aurai jamais_"

"Inutile de nier, je ne t'accuse de rien, je dis juste que si c'était le cas je n'aurai aucun moyen de le savoir." Elle poussa un long Soupir. La tension dans ses épaules se relâcha ."Écoutes, tout ce que nous voulons c'est le bien du plus grand nombre. Nous avons évidemment des intérêts personnels à voir cette nation unie, et nous avons, comme tout le monde, notre propre idée de la meilleure façon d'y parvenir, mais tu sois savoir que depuis des décennies les puristes de sang ont entretenu un climat de division au sein de l'Angleterre magique, et ce sont ces divisions qui nous ont affaiblis. Et aujourd'hui nous ne sommes plus que l'ombre de la nation forte que nous fument autrefois. Si nous visons le même but, nous n'avons aucun intérêt à nous mettre des battons dans les roues, je me trompe ?"

Elle s'efforce de rester calme uniquement parce qu'elle veut obtenir quelque chose de nous. Tout ceci ressemble trop à une mascarade, ses mots, ses actes, tout est trop calculé.

Est ce que ça veut dire que c'est une ennemie pour autant ?

N'oublie pas qu'elle a été réparties à Serpentard.

Moi aussi.

"Daphné, j'ai envie de te faire confiance, mais tu veux faire de moi ton allié avant de chercher à savoir quel genre d'objectif je me suis fixé. À aucun moment tu ne m'as demandé de quel côté de la balance j'allais me placer, ni ce que je ferai des ressources que je pourrais rassembler grâce à l'aide de ta famille. Peu importe tes intentions, tu agis, pour le moment, exactement de la même façon que Draco. Excuse moi si je t'ai insulté, ce n'était pas mon but, simplement ; si je demandais à Draco s'il se considère dans le camp des gentils dans cette histoire, il me dirait certainement que oui, simplement parce que pour lui ce que sa famille fait est juste, il a grandi avec des gens qui l'ont éduqué à penser de cette façon et n'a jamais remis en compte leur idéologie. Et je ne pense pas me tromper en disant que la même chose s'applique à toi."

Il marqua une pause pour lui laisser le temps de le contredire, mais elle n'en dit rien. Elle se contenta de se mordre la lèvre inférieure.

" Je me trouve dans une position où_"

"Qu'est ce que tu veux faire ?" l'interrompit-elle.

"Euh… Je… Quoi ? "

"J'ai compris où tu voulais en venir, alors sautons les longs discours et venons en directement au faits : quel est ton but ? Pour quelle ambition démesurément grande un Gryffondor, fils de Gryffondors à t'il été reparti à Serpentard ?"

Qu'est-ce que_?

" Ne fait pas cette tête, tu te doutais bien que ça allait se remarquer ? Ou alors tu penses vraiment que tous les sorciers sont assez stupides pour croire les rumeurs de Tracey ? Le jour de ton arrivée tu te dresse contre des brutes pour défendre des gens que même des Poufsouffles ne prendrai pas en pitié, et dans la même semaine, tu manques de te casser le coup pour sauver la vie d'un Poufsouffles auquel personne ne fait vraiment attention, si ce n'est pas du Gryffondor, je ne c'est pas ce que c'est."

Encore une chose à laquelle Harry n'avait pas réfléchi. Il avait l'habitude d'être transparent dans le monde moldu, et s'était attendu à subit le même traitement dans le monde sorcier. Draco avait beau le lui répéter, il oubliait toujours que les regards étaient braqués sur lui ; chacune de ses actions était déjà un message politique qu'il envoyait. Et maintenant ils avaient tous des attentes du survivant, qui insistait déjà pour se faire remarquer en tant que héros en devenir. Il pouvait tenter d'expliquer la vérité à Daphné, lui dire qu'il n'était pas si exceptionnel que ça, mais elle ne le croirait sûrement pas. Il pouvait sentir que sous son masque de politesse, elle lui en voulait encore pour ses propos et il ne tenait pas à tester les limites de sa patience.

Après tout pourquoi pas ? Si tout le monde pense qu'on deviendra un héros, qu'est ce qu'on risque à s'essayer au rôle ? Si c'était ça ma propre voix ? Le genre de Serpentard que je suis sensé devenir ?

"Harry ? Tu comptes me répondre ou je dois deviner ce que tu penses en me basant sur tes expressions ?"

"Excuses-moi, je me perds facilement en pensées."

"Et donc ?"

Elle s'est déjà forgé son opinion, mais dans un sens ses aprioris sont à notre aventage.

"Je ne m'attendais pas à ce que mon plan ce fasse remarquer si vite. Mais tu as raison, j'ai bien un but. Cependant rien ne dis qu'il te plaira."

"J'écoute."

"Tu l'as dit toi même, je suis le plus Gryffondor des Gryffondor et pourtant le Choixpeau m'a reparti à Serpentard, ce n'est pas un hasard. J'ai l'intention de renverser l'ordre établi. Au moins à Poudlard."

J'espère que tu sais où tu vas avec ça !

Je l'espère aussi.

"Je vais prouver qu'il n'est pas nécessaire d'être Gryffondor pour être un héros."

"…"

"…"

"Tu es fou. Ou trop Gryffondor pour ton propre bien."

Elle se retourna comme si elle était sur le point de s'en aller, mais lança quand même par dessus son épaule.

"J'aimerais beaucoup que notre alliance soit fondée sur une vraie amitié, mais même sans ça, tant que tes actions feront avancer les choses vers le meilleur, tu pourras compter sur mon soutien même pour des entreprises… Perdues s'avance."

"Accessoirement je vais faire cesser les actes de brutalisassions entre maisons rivales."

Elle commença à marcher vers la sortie, et sans prendre la peine de le regarder elle dit après un soupir agacé :

"Je se sais pas si tu as remarqué, mais aux yeux de tout le monde ici c'est nous les méchants."

"Très bien, alors il va falloir que je change ça aussi."

Elle s'immobilisa brutalement, son pied à un centimètre du sol. Pendant un instant elle paru considérer l'idée de s'en aller sans rien dire, mais finit par lui faire face et le regarda intensément.

Ne cille pas…

En deux pas elle franchit la distance qui les séparait et se baissa, prenant appui de sa main gauche sur le rayonnage juste derrière la tête de Harry avant de plonger ses yeux dans les siens, leurs visages étaient si près qu'il pouvait sentir le parfum doux de son haleine quand elle dit dans un murmure.

"Harry Potter, si tu parviens à faire ce dont tu parles, je ne serai pas ton alliée mais ta débitrice, moi et toute ma maison, présent et futur te seront à jamais redevable."

Harry se sentit comme hypnotisé par son regard, ses yeux étaient verrouillés, comme magnétisés sur ses prunelles à l'intensité électrique, encadrées d'un vert profond.

"Saches-le, ce ne sont pas des paroles en l'air, si tu prévois de changer le monde, tu auras les Greengrass de ton côté."

Et d'un mouvement aussi fluide que gracieux, elle se releva lentement, brisant le charme qui le retenait prisonnier, se détourna de lui et s'en fut de sa démarche gracile.

Tu réalises ce que tu viens de dire ? Tu arrives à peine à lancer un sort correctement et tu veux jouer les justiciers ? Et il va se passer quoi quand elle va réaliser la supercherie ?

Ne l'écoutons pas, il panique encore pour rien. Tout ce qu'on a à faire c'est trouver une façon intelligente de régler le problème. C'est notre spécialité, non ?

Et si tu échoues ? Elle ne va pas juste être déçue quand elle comprendra que tu es plus proche du Clark Kent que de Superman. Elle va croire que tu t'es moqué d'elle ! Et là tu va sûrement te faire comme ennemi une des prochaines fortunes du monde de la magie !

Encore des prédictions pessimistes basées sur rien. Un grand sorcier nous a dit qu'il voyait du potentiel en nous, et on atoujours su qu'on était destiné à être plus qu'un triste orphelin martyrisé, qu'on se l'avoue ou pas.

Parce que maintenant les fantasmes de grandeur sont un signe du destin ? Dans ce cas_

Harry ne prêtait aucune attention aux vois qui se disputaient dans sa tête. En ce moment il avait l'esprit ailleurs.

Menthe… Elle sentait la menthe.